TOME II
Noot survécut seul : il mourut, presque centenaire (en 1827), trente-cinq ans après ses deux ennemis politiques, et à la veille d'ane nouvelle révolution.
Les quatre délégués du Comité de Paris se trouvaient à Menin depuis deux jours, quand de Givet arrivèrent (19 juin) Levez, Fyon , Digneffe , Brixhe et Dethier ( i ) , et le premier acte de ce conciliabule renforcé fut de se constituer en Comité général révolutionnaire des Belges et Liégeois unis (20 juin ). Maret, arrivé en même temps , devint , en sa qualité de chargé de pouvoirs du gouvernement français auprès des Belges (s), leur intermédiaire auprès de Luckner.
On connaît Topinion de Maret sur le fameux manifeste du comité. Il le désapprouvait non moins que Yonck, qui conçut , parait-il, le projet de publier un manifeste particulier au nom du Comité de Lille (3). Toutefois la désapprobation de Maret portait moins sur les principes que sur l'opportunité , et c'est par des raisons d'opportunité qu'il l'appuya, en proposant d'sgourner non la publication, — elle avait eu lieu dès le mois d'avril — mais la distribution de la pièce (4). Accueillant ses raisons et suivant son conseil, le comité décida qu'il se bornerait à publier une proclamation pour soulever le pays , et s'en occuperait sans retard. On devait y proclamer la souveraineté du peuple , et l'intention du comité de n'exercer l'autorité que provisoirement et en son nom (5). A peine la proclamation était-elle rédigée et adoptée , que survint une nouvelle communication de Maret: elle faisait prévoir la retraite de Luckner ( 6 ), et laissait au comité à décider s'il ne conviendrait pas d'ajourner la
( 4 ) Le 27 juin , Hyac. Fabry écrivait à ce propos à Tavocat Jaymaert, son ami , à Liège : a Le fameux comité de Givet est allé à la piste de Luckner; il veut quitter les drapeaux de Lafayette, qui n'a pas tardé k apprécier ses membres. Je suis bien impatient de savoir s'ils parviendront à municipalUer dans la Belgique; si 5Ienin , Ypres , Courtrai , etc. , se soumettront à leur pouvoir révolutionnaire. » Papiers de Fabry,
( t ) C/ebt la qualité qu'il prend dans une note remise à Luckner. Exirait des registres, clc. p. 23.
1 s ) Voir Ucux lettres de Dinne des 8 et 9 juin , dans les Papiers de Vonck. IV.
(4) Extrait des registres , etc. , p. 13.
(s) Voir le texte de la décision dans VExtraii des registres, etc. , p. 14, et celui de la proclamation , ihid. , p. 17.
(6) /6id., p. 10.
[1798] CHAPITRE XXlt. ±it
poblicatioD d'une pièce qui . dans l'éventualité prévue , n'aurait d'antre résultat que de compromettre inutilement les patriotes. L'observation était juste et fut accueillie.
Ceci se passait le 2i juin. Le surlendemain le comité régla son organisation intérieure par un arrêté ainsi conçu : « Le Comité géoéral sera dorénavant un et indivisible. Il sera permanent pendant soD séjour dans les provinces belgiques et le pays de Liège , jusqu'au moment où l'indépendance sera déclarée. Il existera là où seront les présidents et secrétaires. Il se transportera partout où sa présence sera jugée nécessaire aux intérêts de la patrie. Il ne pourra y avoir des sections, mais seulement des commissions du comité (i). » Après cela, on procéda à la nomination d'un président et d'un viceprésident, à renouveler tous les huit jours, et de deux secrétaires à renouveler tous les mois. Rens et Brixhe furent élus président et Tice-président; Dinne et Smits furent élus secrétaires. On nomma en outre un trésorier qui fut Levez. Dinne , revenu de Givet peu de jours auparavant, continuait à tenir Yonck au courant des opérations du comité, à qui il était indispensable malgré la défiance qu'il excitait. ( s )
La pièce où nous puisons ces détails renferme aussi quelques données sur Torganisalion militaire des réfugiés. Malheureusement elles sont toujours insuffisantes pour décider la question que nous nous sommes posée plus haut. Nous y voyons qu'à cette époque on formait six compagnies nouvelles de 50 hommes chacune , destinées pour l'armée de Lafayelle: trois étaient à Givet, les trois autres à
l'abbaye de Looz, près de Lille. Il est assez probable que celles-ci se
composaient de Belges, et celles-là de Liégeois. Mais appartenaient-
(i) Extrait des registres y etc., p. 35.
(«) c Je voudrais bien pouvoir, écrivait-il de Menin à Vonck le 25 juin , vous aller trouver, mais on élude toujours la proposition que je fais, lorsqu'on doit envoyer quelqa*un à Lille : on prétexte qu^étant secrétaire , je ne puis quitter. l\ ne Bi*est pas possible non plus d'écrire , n'ayant point de chambre particulière , et surtout étant occupé depuis mon lever jusqu'à dix et onze heures du soir. J'aurais bien des choses à vous dire cependant', et des réflexions dont j'ai à vous faire part sur la conduite de certains personnages... » Il est probable que ces réflexions que Dinne désirait communiquer à Vonck étaient relatives aux procédés impérieux do comité. On lit à ce sujet, dans une lettre d'un oflicier nommé Peeters : ces messieurs agissent déjà en souverains. Papiers de Vonck , lY.
216 RÉVOLUTION LIÉGEOISE. [l79t]
elles à deux légioDs différentes? C'est ce quMI n'^est pas permis d'affirmer. Les expressions employées dans le procès-verbal du 27 juin (i) , OÙ il est question du service fait par la légion Mgique et liégeoise à Favant^garde de F armée française y autorisent même à supposer qu'on se contentait d'enrôler, sans distinction de nationalité , toutes les recrues qui se présentaient ; et Ton voit en effet , parmi les officiers des compagnies qui marchaient avec les soldats de Luckner, des noms beiges et liégeois. Il ne serait donc pas impossible que la majorité des réfugiés de Tannée de Lafayette fût liégeoise, celle des réfugiés de Tarmée de Luckner belge, sans que Ton soit fondé à dire que les uns formaient la légion liégeoise, les autres la légion belge. En tous cas^ une lettre de Maret à Luckner du 27 juin donne le total approximatif de ces réfugiés, et le fixe à < environ 1200 hommes qui sont, soit à l'armée du maréchal Luckner, soit à Givet pour se porter à Tarmée de H. de Lafayette , soit au cantonnement de Tabbaye de Looz près de Lille («). > D'après Maret, le comité avait en outre € à secourir plus de 200 officiers de tout grade, émigrés des Pays-Bas depuis 7 à 8 mois, et faisant partie d'un rassemblement formé à Douai et destiné à une révolution aristocratique. » C'étaient les hommes enrôlés par Béthune^Charost. Le lendemain du jour où le comité régla son organisation intérieure , il décréta (24 juin) le renvoi à Givet de Levez et de Dethier , pour y presser le recrutement des nouvelles compagnies. A peine ce décret était-il rendu , que se répandit le bruit de la retraite des Français ; le génrral de Rosières, commandant le corps des réfugiés, reçut môme Tordre de se préparer au départ, mais le soir un contre-ordre lui parvint. Le comité avait déjà eu à se plaindre des procédés de Luckner à son égard , quand arriva, le 27 , une députation de patriotes brugeois pour se plaindre de Tinaclivité de Tarmée d'invasion. Que répondre à ces doléances? Deux membres du comité, Fyon et Digneffe, furent chargés de conduire la députation chez le maréchal , qui les reçut fort brutalement et alla jusqu'à les injurier (s). C'était probablement le résultat de l'avènement du ministère feuillant, qui venait d'avoir lieu { 24 juin ) . Luckner, écoutant
(i) Extrait àeê regUtrea, etc., p. 37.
(t) /»id., p. 44.
(s) Ibid.j p. 39.
[ITSISJ CHAPITRE XXll. 217
les hommes d^uD parti qui ne voulait pas des procédés réyolutionnaîres da comité, se faisait en cette occasion leur écho, et c^est ce qui rengagea, le jour même, à donner de nouveau Tordre de retraite, qui fut encore révoqué, au moment où déjà les caissons d'^arlillerie prenaient la route de Lille. Le 29 enfin, le comité apprit que les faubourgs de Courlrai étaient en feu , et que Tarmée était en marche pour revenir à Menin. Les deux secrétaires, Dinne et Smits, forent envoyés sur les lieux pour vérifier le fait, et, quand ils revinrent arec la réponse affirmative du maréchal , il ne resta plus au comité^ s'il voulait ne pas tomber au pouvoir d'un ennemi dont il n'avait à attendre aucun ménagement, qu'à retourner à Lille, où il arriva le 30 juin au malin (i ), quelques heures après l'évacuation de Courtrai. La publication des procès-verbaux relatifs à la part que le comité prit i l'expédition de Luckner provoqua de nouvelles explications, et enfin une rupture ouverte avec Yonck. Dans ces procès-verbaux il était dit que Rens , Vandersteen , de Raet et Smits , en se rendant à Menin après la prise de cette ville par les Français , avaient laissé à Lille leurs c collègues HM. Yonck , Yandencruyce et Leunekens , pour y accélérer l'équipement des troupes (i ). » Après son refus de signer la déclaration, le jugement qu'il avait porté sm* le manifeste (s) , et le mauvais accueil fait à ses observations, Yonck croyait avoir assez ouvertement exprimé l'intention de ne pas s'associer aux opérations du comité : il était d'autant plus fondé à croire cette intention comprise , que lorsque Rens et Smils arrivèrent de Paris pour se rendre à Menin , ils n'allèrent pas le voir en passant à Lille (4). Aussi fut-il froissé de la manière dont on se servait de son
( t ) Le dernier procès-verbal porte la date da 30 juin, k six heures du matin.
(1) Exiraii des registres ^ etc., p. 2.
(s) n se trouve dans les Papiers de Vonck, IV, au dos d*une pièce envoyée par le comité révolutionnaire, des notes dictées par le chef patriote à un secrétaire pour lui servir dans sa polémique avec ce comité. L*une d*elles , applicable sans aucun doute au manireste, est ainsi conçue : < Je me moque d'une liberté oii la bonne foi , Thumanité , Tamour du prochain , la justice même et toutes les antres vertus ne sont plus que de vains mots. »
(i) Parmi les notes signalées plus haut se trouve encore la suivante : f Les membres du comité de Paris , étant arrivés à Lille pour aller à Menin , se sont-ils présentés chez moi, m*ont-ils rendu.... > La phrase est inachevée, mais le mot mû manque doit être visUe.
âiS RÉTOLUTION LIÉGEOISE. [l792]
nom saris le consulter, et s'empressa-t-il d'écrire au comité , revenu à Lille (15 août), pour protester contre Tassertion qui le concernait, a Je n'ai jamais été , disait-il , et môme je n'ai pu être membre de votre comité dit : Comité général révolutionnaire des Belges et Liégeois unis. » S'il a consenti à paraître s'associer à eux , c'a été uniquement pour paralyser les manœuvres de Béthune-Charost , et s*il n'a pas voulu désavouer publiquement ni le comité , ni son manifeste, c'a été pour ne pas nuire à ses opérations , ou faire du tort à la chose publique. Il ajoutait : « Mes ménagements devaient vous engager à me ménager à votre tour, et à agir avec plus de prudence et de discrétion à mon égard , et ne pas vous autoriser à me compromettre contre toute vérité dans vos entreprises. » En conséquence il exigeait une rétractation (i). On lui répondit (20 août) en lui envoyant copie de plusieurs décisions auxquelles il avait apposé sa signature, et en lui demandant s'il entendait que sa lettre fût considérée comme une démission. -A cette réponse était joint un postscriptum assez singulier, où l'on qualifiait faute d'impression Tinsertion de la phrase incriminée par lui ; on lui envoyait , comme preuve . un exemplaire déclaré conforme à tous ceux qui avaient été distribués tant à l'Assemblée nationale que partout ailleurs^ et dans lequel il était signalé comme étant resté malade à Lille (%). Après quelques jours d'hésitation , Yonck répliqua (le 30) en termes fort vifs : les résolutions signées par lui l'avaient été en sa qualité de membre du Comité de Lille , tout différent du Comité de Paris , et où du reste il n'avait consenti à figurer que pour ne pas compromettre les intérêts de la cause patriotique ; il finissait en insistant sur la rétractation , et en menaçant d'avoir recours à d'autres mesures^ si on ne la lui accordait pas. Dans cette lettre , Vonck exposait de nouveau son plan : « Mon intention, disait-il, n'a jamais été de faire une révolution par nous-mêmes ; j'ai toujours cru que les troupes françaises devaient la commencer en chassant les Autrichiens de nos foyers , et qu'alors
( 4 ) Cette lettre de Vonck du i5 août , la réponse du comité du 20 , et une réplique de Vonck du 30 se trouvent dans le quatrième volume de sa correspondance. Ces trois pièces sont fort curieuses.
(i) Nous n'avons pu vérifier l'exactitude de l'assertion, l'exemplaire joint k la lettre ne s'étant pas retrouvé; mais nous affirmons que rexemplaire placé sous nos yeux renferme bien la phrase telle que Vuuck la rappelle.
[t79Sj CHAPITRE XXII. 219
le peuple devait, à Taide des Français, choisir des représentants légitimes ou de nouveaux États , pour faire dans Tancienne constitution les changements qu'ils eussent trouvé nécessaires, ou en former une nouvelle, analogue aux mœurs et usages du pays, s'ils le trouvaient convenir. C'était dans cette intention , MM. , que j'ai signé les propositions faites au ministère français, conjointement avec les autres membres du comité de Lille : MM. Rosières, Vandersleen, Leunekens et Vandencruyce. Dans ces propositions , il n'est point parlé des Liégeois ni du comité de Paris , mais bien de celui de Lille dont j'étais membre. Vous savez , MM. , que c'était le seul comité reconnu par M^ Maret , dont la volonté était de n'entrer dans le pays qu'avec un autre manifeste , et qui n'approuva en rien ce que le comité révolutionnaire avait fait à cet égard. > Puis prenant, quoique indirectement, à partie les membres du comité révolutionnaire , il disait encore : < Quant à mon amour pour la liberté dont vous daignez faire mention, il faut que je vous observe que je n'aime d'autre liberté que celle qui, admettant un Dieu et une religion , est appuyée sur la bonne foi , l'humanité , l'amour du prochain , la justice , l'équité et sur toutes les autres vertus sociales. Et pour m'expliquer en peu de mots quant au patriotisme , j'avoue que j^ai toujours été grand patriote , mais sans aucune vue particulière, patriote désintéressé à tous égards. Ce n'est qu'avec beaucoup de peine que je me vois forcé d'avouer que mon enthousiasme patriotique est un peu refroidi , depuis que j'ai vu ce mot de patrioiistne changé en égoïsme, ou plutôt que plusieurs on ont fait mauvais usage ; que les uns s'en sont servi pour trouver moyen d'arranger leurs affaires délabrées , d'autres afin de pouvoir subsister ou se faire un sort , la troisième classe pour signiGer quelque chose ou figurer avec quelqu'éclat. D'ailleurs quand on considère tous les crimes , toutes les horreurs qui se sont commises sous le voile du patriotisme depuis plus de trois ans, qui n'en serait un peu refroidi ? Cependant comme j'ai toujours été l'ennemi juré de l'aristocratie et de toute sorte de despotisme , rien ne pourra jamais altérer mes premiers sentiments patriotiques, ni éteindre le zèle que j'ai de pouvoir être utile à mes concitoyens. »
Nous ne savons si le comité reçut ces récriminations sans y réplipUquer; quant à Vonck, cette lettre fut une des dernières qu'il
fiO RÉVOLUTION LIÉGEOISE. [^99]
écrivit, car il mourat à Lille trois mois après , le lendemain du jour où les Français entrèrent dans la citadelle d'Anvers.
L'insuccès de Luckner précipita la crise intérieure en France. Après avoir, de son quartier-général de Haubeuge , écrit à T Assemblée nationale ( 16 juin) la lettre où il dénonçait les dangers dont les usurpations des clubs menaçaient la constitution monarchique que la France s'était donnée un an auparavant , Lafayetle fit une dernière tentative pour sauver un prince qui ne voulait pas lui devoir son salut, et vint à Paris braver encore une fois la fureur des Jacobins exaspérés contre lui. Il y arriva huit jours après Témeute qui avait envahi les Tuileries , et se présenta à la barre de l'Assemblée pour réclamer la punition des émeutiers. Après cette courageuse démarche qui resta infructueuse , il retourna (le 30 ) tristement à son armée (i), comme il le dit lui-même, convaincu que la monarchie ne pouvait plus être sauvée que par une opposition énergique des départements au système politique imposé par Paris à la France. Soixante-quinze de ces départements avaient adhéré à son adresse ; il se croyait assuré de la coopération de Luckner, et du dévoùment de leurs troupes à tous deux. Former une espèce de Congrès des départements unis (t) , dont ceux des Ardennes , de T Aisne et de la Meuse auraient été le noyau , ne semblait donc pas un projet irréalisable. Hais révénement trompa son attente : le 10 août survint ^ et la déchéance de Louis XVI fut prononcée. Destitué quelques jours après , Lafayette ne tarda pas à comprendre Timpossibilité de lutter contre la puissance d'une assemblée dont les décisions pouvaient être dictées par une minorité factieuse , mais qui n'en restait pas moins aux yeux de la France entière la réunion légale des représentants de la nation (s). Bientôt il n'eut plus qu'à opter entre l'émigration et une mort ignominieuse, sans utilité pour son pays. Le 19 août , jour où un décret d'accusation était rendu contre lui, il se rendit à Bouillon, et prit là ses dernières mesures pour la
( f ) Mémoires, etc. VI. 88.
(t) Ibid. yi. 153.
(s) Nous croyons avoir exactement résumé le projet de Lafayette tel qu*il rexpose lui-même dans ses Mémoires. Vf. 96 et suiv. Mais il n*y dit mot d'une négociation que rabbé Lambinet prétendit lui avoir été confiée par lui , et dont nous avons retrouvé les actes dans les archives du royaume.
B^J CHAPITRE XXII. 2âl
sûrelé de la partie des frontières confiée à ses soins (i). Accompagné de vingt-trois officiers de différents grades , que leur coopération à ses projets avait compromis et qui étaient décidés à partager son sort , il quitta Bouillon le môme jour, avec Tintention de gagner le territoire hollandais. A Rochefort il rencontra les premiers postes autrichiens , qui Parrôtèrent. Transféré à Namur, il fut , malgré ses protestations et sur un ordre venu de Bruxelles ( j ) , traité en prisonnier de guerre , et remis au gouvernement prussien , qui le fil transférer à Wesel, puis le livra à TAutriche.
Fabry était encore à Bouillon quand Lafayette y vint, car sa correspondance contient une lettre écrite par lui de cette ville le 31 août : il n'y fait aucune allusion à Tincident et ne parle que des dangers qu'il court. Les Prussiens , commandés par le duc de Brunswick , le vainqueur des patriotes hollandais , étaient arrivés dans le Luxembourg à la fin de juillet, et commencèrent leur invasion le mois suivant; chargés de Tattaque principale , ils allaient entrer en France par la trouée que forment la Meuse et la Moselle supérieures. A leur droite , les Autrichiens devaient entrer dans la Flandre française, mais ce n'était là qu'une diversion dont le sort dépendait de celai de l'expédition principale dirigée par Brunswick. Longwy et Verdun capitulèrent successivement, et, dès les premiers jours de septembre , les Prussiens entrèrent en Champagne. Les Ardennes françaises se trouvaient entre ces deux attaques, et si Sedan, devenu la base des opérations de Dumouriez, était suffisamment garni pour n'avoir momentanément rien à craindre, il n'en était pas de même de Bouillon^ qui ne pouvait opposer de résistance sérieuse. Depuis l'ouverture des hostilités, Fabry s'y sentait mal à l'aise, et ses parents, ses amis, le sollicitaient de se réfugier ailleurs. Se retirer plus avant dans l'intérieur de la France, à Reims par exemple (5),
(I) Mémoires, etc. VI. 166.
(t) L*avis de Metternich se trouve dans ude dépêche adressée le 22 août aux goaTemeurs-généraux : il y propose de renfermer Lafayette dans la forteresse d*ElirenbreitsteiD , et le qualifie homme dangereux tous tous les rapports , le ^emier mcbUe de la révolution , celui qui a osé consacrer le principe odieux que rinsurrection est le plus saint des devoirs. Chancellerie des Pays-Bas à Vienne. Vol. 579.
(s) Yoir une lettre de Lambert Bassenge du 31 juillet. Papiers de Fabry,
il ne le pouvait guère dans Tétat de pénurie où Tavait noiis la saisie de tout ce qu'il possédait. En effet, cet homme, accusé par ses ennemis d'avoir fait son profit du maniment des deniers publics , en était réduit, comme nous rapprend une lettre de son gendre Dupont (i) , à faire vendre son argenterie. Nous aimons à citer des documents semblables, parce que, destinés à rester dans le secret de la famille , ils ne peuvent être suspects. Puis , s'éloigner de son pays à la veille peut-être d'y rentrer , d'y être utile , offrait aussi bien des inconvénients. Dupont proposait à son beau -père sa propriété du Rondchêne, près d'Esneux, comme lieu de refuge; mais s'établir à trois lieues de Liège, c'était bien hardi, bien dangereux , et Fabry le sentait : c Le retour au Rondchêne , écrivait-il le 31 août, me paraît sujet à bien des inconvénients. Je crains de compromettre sa tranquillité. Je crains aussi de laisser les femmes seules ici , en cas d'une visite d'uhlans. Viendront-ils , ne viendrontils pas? Faut-il partir, faut-il courir le risque de rester? Si je m'éloigne , je semble abandonner ma patrie, et je ne pourrais la servir promptement, dans certain cas qui peut arriver et où ma présence serait nécessaire. Puis les circonstances varient à chaque instant, et augmentent l'incertitude. Puis la dépense d'une promenade, dans le temps qu'on noi^s coupe tous les moyens de subsister t » (s)
La correspondance du patriote fournit des détails sur la situation de Liège à cette époque. On y suivait avec une anxieuse attention les péripéties de la guerre, passant alternativement de la joie à la tristesse, selon que ces péripéties étaient favorables ou non au parti qu'on avait embrassé. La facilité avec laquelle l'Autriche avait comprimé la révolution belge et la révolution liégeoise, était, aux yeux des partisans du prince et de tous les hommes de l'ancien régime en général, un motif pour envisager, sans trop de crainte, la lutte que la Frarfce venait d'entreprendre contre la plupart des puissances européennes. Le début même semblait leur donner raison : à deux reprises , la révolution , débordant sur la Belgique , avait dû reculer, et les dissensions civiles menaçaient de venir en aide à l'invasion étrangère pour lui ouvrir les portes de Paris.
(4) Du il juillet. Papiers de Fabry.
(t) Ibid,
[n9îj CHAPITRE XXII. 22S
« Je ne saurais me persuader, écrivait Dupont-Fabry à son beaupère , que les Français , partagés en diverses factions qui semblent se disposer à en venir d'abord entre elles à des voies de fait , puissent résister à la ligue formidable qui s'est formée contre eux. » Les patriotes avaient d'abord fondé de grandes espérances sur une intervention où ils voyaient leur dernière chance de salut : < La guerre étant déclarée, écrivait Desoer le 25 avril, nous aurons sous peu de jours les Français ici. > Et, le 1®' mai, il disait encore : € Levoz est arrivé à Givet; il compte être ici à la fin de la semaine. » Mais bientôt survint la nouvelle de Téchec essuyé à la fin d'avril, et cette confiance un peu présomptueuse fit place à l'abattement : ( Nous avons beaucoup souffert, écrivait Desoer le 10 mai, en apprenant les défaites de Lille et de Mons , et surtout les absurdes nouvelles qu'on a débitées à ce sujet, y^ Puis le 17 : « Nous avons reçu le Journal de Paris, qui est fort désolant... Nous avons été bien accablés de toutes ces fâcheuses nouvelles. On n'ose sortir, on est honteux de tout ce que l'on apprend; je crains en vérité pour les Français. Il paraissait qu'ils allaient tout abattre , et tout manque , surtout au camp de Givet, où, selon le maudit journal, il n'y a rien de tout ce qui est le plus nécessaire. Je suis de bien mauvaise humeur; donnez-nous quelques consolations. » Peu de semaines après eut lieu la seconde tentative d'invasion, bientôt suivie de la retraite de Luckner : nouvelle cause de découragement pour les patriotes, de satisfaction pour leurs adversaires.
L'incertitude si cruelle toujours, surtout pour des bannis, ne devait plus être longue. Deux fois repoussée dans son agression, la révolution française allait être attaquée sur son propre territoire. La paix préparée à Reichenbach entre l'Autriche et la Prusse , puis de nouveau compromise , avait enfin été assurée depuis que la Cour de Vienne s'était décidée à traiter avec la Porte Ottomane à Sistove (août 1791). Une ligue formidable avait été organisée, et une armée prussienne, arrivée sur le Rhin au mois d'août 1792, venait aider aux Autrichiens, trop faibles pour prendre à eux seuls l'offensive : la France était menacée sur toute sa frontière orientale, de la mer du Nord aux montagnes de la Suisse. Grâce à l'enthousiasme révolutionnaire, l'Assemblée natonalc était parvenue, malgré deux échecs, à maintenir en ligne une armée d'environ
m RÉVOLUTION LIÉGEOISE. [l79î]
100,000 hommes. Émigrés pour la plupart, les officiers faisaient défaut; mais, chez une nation essentiellement guerrière et que distingue la promptitude de son intelligence, cette lacune pouvait être bientôt réparée. Dumouriez avait pris le commandement devenu vacant par le départ de Lafayette ; il s'apprêta à exécuter lui-même le plan de campagne qu'il avait conçu étant ministre , et qui avait si tristement avorté.
Auparavant il fallait songer à reconquérir le territoire envahi. L'invasion avait commencé aussitôt après l'arrivée des Prussiens dans le Luxembourg. Renforcés par un corps autrichien que Clerfay t commandait , ils pénétrèrent dans la basse Lorraine, et s'emparèrent en quelques jours deLongwy et de Verdun(23 et 31 août). Maîtres du cours de la Meuse , ils avaient devant eux la célèbre forôt d'Argonne , dont Dumouriez occupait tous les défilés. Un de ses corps fut forcé dans sa position , et l'ennemi , n'ayant plus devant lui qu'un pays ouvert, la Champagne, et un seul cours d'eau un peu important, la Marne , se disposa à marcher sur Châlons , comptant bien arriver ensuite aisément à Paris. A ce moment , les Autrichiens , qui , à la droite de leurs alliés, étaient jusqu'alors restés sur la défensive, avancèrent dans la Flandre française pour faire diversion, et investirent Lille. Tout-à-coup , au lieu de continuer hardiment son attaque, Brunswick s'arrêta, puis commença un mouvement rétrograde.
Ce ne fut pas la canonnade de Valmy qui l'y força ; ce ne fut pas non plus la dyssenterie qui régnait parmi ses troupes; mais, à voir l'attitude hostile des populations et l'énergie déployée par la Convention qui s'installa dans l'intervalle, ayant derrière lui une armée qui l'inquiétait et d'importantes forteresses dont les garnisons seraient tombées sur lui en cas de revers , il se prit à hésiter. On croit aussi — la chose n'est pas encore complètement éciaircie — que Dumouriez exploita adroitement la méfiance que le Cabinet de Berlin , malgré une réconciliation récente , conservait contre celui de Vienne (i). Il est bien établi en tous cas qu'une négociation
(0 II y a, dans le volume 381 de la Chancellerie des Pays-Bas à Vienne, plusieurs pièces qui semblent établir que , déjà à cette époque , Oumouriez songeait à s'attaquer à la Convention, et à tenter le rétablissement de la monarchie constitutionnelle. Il y en a aussi qui établissent la méfiance bien fondée de TÂutriche par rapport ^ Tattitude du duc de Brunswick.
[i79S] CHAPITRE XXII. 235
secrète obtint de renvahisseiir révacualion du territoire conquis , i condition de ne pas être sérieusement inquiété dans sa retraite. L'évacuation de Longwy suivit de près la levée du siège de Lille, qai eut lieu le 8 octobre , à la nouvelle du mouvement rétrograde des Prussiens. A la fin de ce mois, les Autrichiens étaient rentrés dans leui*s premiers quartiers , et les Prussiens reprenaient leurs cantonnements le long du Rhin.
Malgré la saison avancée , Dumouriez se décida à brusquer rinvasion de la Belgique. Trois corps d'armée se disposèrent à y pénétrer à la fois : tandis que Dumouriez , à la tête de 40,000 hommes environ, attaquerait les Autrichiens retranchés en avant deMons, ses deux lieutenants, Valence et Labourdonnaye , devaient marcher TnnsurNamur, l'autre sur la Flandre. Clerfayt, détaché à l'armée de Brunswick , était parvenu « malgré Valence , à rejoindre le corps principal, dont il prit aussitôt le commandement. Dumouriez commença son mouvement d'attaque le 28 octobre , et le 6 novembre, après plusieurs engagements de peu d'importance , il livra la bataille de Jemmappes. Les impériaux défendirent bravement le terrain , mais ils durent céder à la supériorité numérique , et se replièrent sur la capitale. Le lendemain , Mons tomba au pouvoir des Français, qui entrèrent dans Bruxelles le 14, dans Malines le 16 et dans Louvain le 20. Le 28, après un combat livré non loin du village de Rocour, où le maréchal de Saxe avait, cinquante ans auparavant, remporté une de ses plus éclatantes victoires, ils pénétrèrent dans Liège, que les Autrichiens leur abandonnèrent pour se retirer derrière la Meuse, puis derrière la Roer, où Dumouriez fut forcé de s'arrêter. Encore tout ému des acclamations , des cris de joie que fit entendre la population de cette ville, il écrivit le même jour au président de la Convention : « Il m'est impossible de peindre l'ivresse de ce brave peuple , et les délicieuses émotions qu'il nous a fait éprouver. "» Metternich constatait le même fait, quand il écrivait au comte de Cobenzel que , traversant cette ville quelques jours auparavant pour regagner l'Allemagne, il avait remarqué à son grand regret , que ks Français y trouveraient un accueil qui pourrait même surpasser leur attente. » ( i )
(i) Chancellerie des Pays-Bas à Vienne, vol. 382.
îâe RÉVOLtlTIUiN LIÉGEOISE. [1792]
MéaD , saivi de sa Cour et de toas les hommes qu^uoe aveugle réaction exposait à des représailles, avait quitté Liège vingt-quatre heures auparavant, et son départ avait été le signal d'une explosion facile à prévoir. Heureusement des précautions avaient été prises dans cette éventualité, et, le 30 novembre, la gazette privilégiée de Lemarié, devenue dans les mains du patriote Desoer la Gazette nationale liégeoise^ publiait une proclamation datée de Bouillon le i^'' novembre, et dans laquelle Fabry , invitant ses compatriotes à secouer le joug de la tyrannie épiscopale, leur recommandait la modération dans la victoire. Une phrase de ce document permet de supposer son auteur initié aux projets de Dumouriez, qui, dans son allocution aux représentants provisoires de Bruxelles, leur conseillait sagement de former avec les Liégeois une seule et même nation libre sous le nom de Belges. Cette phrase est la suivante : c Que sous la seule protection de la république française, des liens plus heureux, une correspondance fraternelle nous unissent aux peuples qui nous environnent (i). » Les recommandations des chefs patriotes furent écoutées , et aucun excès ne souilla le triomphe de la cause pour laquelle ils avaient souffert les douleurs poignantes de Texil et toutes les privations qui l'accompagnent. On se porta aux prisons, mais ce fut pour en faire sortir les détenus politiques. Parmi ces victimes de la réaction se trouvait le vénérable Duperron, que les instances du gouvernement autrichien étaient parvenues à soustraire à la mort sans le rendre à la liberté. La plus grande partie des exilés ne tarda pas à rentrer à la suite de ses libérateurs, et, le 30 novembre , la Société des amis de la liberté et de Tégalité , dont rétablissement à Liège remontait à 1785, tint sa première séance dans Téglise des ci-devant jésuites (s) en présence de Dumouriez et de son état-major. Composé de patriotes honorables et justement appréciés, cette société prit hardiment Pinitiative pour reconstituer le gouvernement du pays. Soleure , un des correspondants de Fabry, ouvrit la séance, et des commissaires furent aussitôt chargés de faire un rapport sur les moyens d'élablir une
( 1 ) Gazette nationale liégeoise. N"* du 50 novembre 1792. (i) La salle académique de TUniversité a élé construite sur remplacement qu'elle occupait.
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administration provisoire. Le magistrat de la Cité, formé de partisans du prince, s^était dissous, et la plupart de ceux qui le composaient avaient jugé prudent de se soustraire à Tanimadversion dateurs adversaires politiques. Le rapport, rédigé par Brixhe (i), fat lu à la deuxième séance tenue le dimanche 2 décembre, et adopté à Tunanimité : il concluait à remettre Tautorité au Conseil municipal de 1790, mais avec Tobligation de réunir dans les trois joars les sections pour faire choix d'une nouvelle administration communale et de députés à une convention nationale liégeoise. Une adresse fut en môme temps votée aux membres de la municipalité restaurée; on leur disait : « Citoyens, un nouveau jour éclaire notre patrie; la liberté et Tégalité triomphent; le despotisme porte les fers qu'il avait forgés pour Tunivers. Un tyran nous avait courbés sous le joug d'un prêtre hypocrite et féroce. La religion , protectrice des hommes, servait de prétexte pour nous opprimer. Des emprisonnements arbitraires, des vexations odieuses, une inquisition établie sur toutes les consciences enchaînaient nos opinions, et le citoyen payait de son sang un soupir pour la liberté. Citoyens , les tyrans ne sont plus; les Français ont marqué de leur sang les limites qui nous séparent : Liège est libre. Mais tous les pouvoirs ont cessé , et le peuple a besoin de magistrats. Votre énergie dans an temps de révolution , votre courage à résister à l'oppression , vous ont mérité la reconnaissance du peuple ; veuillez reprendre les rênes du gouvernement, et travaillez une seconde fois au bonheur de votre patrie. Si vous aimez le peuple, ne tardez pas à céder au vœu des amis de la liberté et à travailler à écarter l'anarchie qui nous menace (s). » Ce môme jour, à la soirée, la Société d'Émulation, qui avait été fermée, puis définitivement supprimée par un pouvoir ombrageux, attesta sa résurrection en donnant un splendide concert auquel assista Dumouriez, accompagné d'un nombreux corps d'officiers.
(i) Il a été imprimé sous le titre : Rapport du Comité nommé le 30 novembre 1792 par la Société des Amis de la liberté et de Végalité de la ville de Liège , et forme une brochure de 8 pages in-8<».
(1) La pièce a été imprimée , avec le rapport, dans le supplément au N"" du 5 décembre de la Gazette nationale liégeoise. Elle est signée : Henkart , prés. ; Waleffe , vice-président; Loneux, Harxéy Levoz d'Ësneux , Bassenge cadet, secrétaires.
SS8 RÉVOLUTION LIÉGEOISE. [l79t]
Le lendemain (3 décembre) eut lieu la réinstallation du Conseil municipal proscrit par les tyrans , et rétabli provisoirement par les vengeurs des droits des peuples. Il adopta la proposition faite au nom de la société populaire de considérer comme abolies les charges aristocratiques^ dispendieuses et inutiles de bourgmestres , et il se donna un président et un secrétaire qui furent Fabry et Bassenge. Hais cela ne suffisait pas : il fallait , en outre , songer à remplacer , par une Assemblée provinciale , les États dont Texistence était devenue impossible , et cette opération réclamait rétablissement d'^an système électoral en harmonie avec le nouvel ordre des choses. La société populaire s'occupa également de cet objets et le comité qu'elle avait chargé d'étudier la question fit lecture de son rapport (4 décembre) dans une séance (i) à laquelle assistèrent Dumoariez et deux commissaires, Camus et Gossuin , que la Convention venait de dépécher à Tarmée. On y communiqua aussi le décret du 19 novembre , qui promettait, au nom de la France, secours et fraternité à tous les peuples qui voudraietU devenir libres , et la proclamation de Dumouriez aux Liégeois : c En entrant sur votre territoire pour en chasser votre tyran , leur disait-il , je vous annonce , au nom de la république française , qu'au peuple seul appartient la souveraineté. Je vous invite à nommer provisoirement des magistrats, pour veiller au maintien de Tordre public. Les armes de la république française vous aideront à rompre les liens qui vous attachaient à TEmpire germanique. Bannissez de vos foyers les passions , les ressentiments personnels et tous les germes de division ; abolissez pour jamais toute distinction contraire aux grands principes de l'égalité ; hâtezvous de jouir du droit que vous avez tous de concourir à la formation de votre gouvernement, en vous réunissant en assemblées primaires, pour procéder à l'élection des membres d'une Convention nationale. Surtout, faites de bons choix , car c'est d'eux que dépendra le sort de votre patrie. » {«)
(i) Tenue dans Téglise des RécoUets , quartier d'Outremeuse. Les commissaires s*y étaient rendus avec le général Dumouriez, lit-on dans la GasetU uaSionafe liégtoiu (n<^ du 7 décembre), et ils y trouvèrent « un grand nombre de citoyens de ce quartier réunis pour jeter les fondements d*une société patriotique. • En tous cas, le rapport lu alors au nom du comité fut adopté dans la séance plus régulière du 7.
(i) Gazette nationale liégeoise , n» du 7 décembre.
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Domouriez développait ici le système politique auquel il resta fidèle, et qui, loyalemeat pratiqué , aurait assuré rindépendance de qotre pays. A Liège même, où prévalut une opinioa différente de celle qui dominait dans la plupart des autres provinces y on s'^empressa de suivre son conseil , et les conclusions du rapport furent adoptées le 7 décembre : le peuple , réuni en assemblées primaires, était invité à nommer les membres d'une Convention nationale liégeoise; tout citoyen Agé de 18 ans était électeur; pas de cens nécessaire pour exercer ce droit, pas de conditions d'éligibilité pour ceux qu'on allait choisir. Le nombre des membres de la Convention était fixé à 1^0 , et la présence de la moitié suffisait pour que rassemblée se coDstiluit. Liège avait à en nommer vingt ; les cent autres étaient répartis , d'après la population , entre les diverses parties du pays divisé en douze districts ; les chefs-lieux étaient Vcrviers avec 11 députés , Visé avec 7 , Tongres avec 8 , Stockbem avec 7 , Maeseyk avec 7, Hasselt avec 9, S*-Trond avec 7, Waremme avec 7, Huy avec 9 , Ciney avec 8 , Dinant avec 9 et Florenne avec 11. Des missionnaires étaient envoyés dans tous ces districts pour presser la convocation des Assemblées primaires , et l'adresse suivante devait leur servir de passe-port : < Frères et amis , rendus â la liberté par les armes de la république française , nous avons pensé que le moyen le plus sûr de conserver à jamais ce bienfait précieux , était d'appeler promptement le peuple à l'exercice de sa souveraineté ; c'est dans une Convention nationale que la volonté de tous , librement exprimée, pourra prévenir Tanarchie, en substituant le règne des lois aux caprices et à l'arbitraire du pouvoir tyrannique. La ville de Liège» devenue le berceau de la liberté « devait à ses concitoyens l'exemple de l'accord et la résolution nécessaires pour arriver à ce grand but. Ces missionnaires , dignes de la confiance du peuple , vont vous porter le nouveau témoignage de notre amour et de notre sollicitude pour le bien de tous. Vous les accueillerez, nous n'en doutons pas , avec fraternité ; de concert avec eux , vous établirez les bases de votre réunion , et bientôt, représentants du peuple souverain, vous viendrez partager avec vos frères les travaux législatifs qui doivent assurer pour toujours la prospérité de votre patrie. » (i)
(i) GtuetU nationale lUgeoUe^ n« du 12 décembre.