TOME II
L'élecUoD des représentants de Liège et de sa banliene à la future Convention eut lieu le 14 décembre, et le dépouillement du scrutin, achevé le lendemain , constata que quatre citoyens seulement , Bassenge y Fabry y Lesoinne et Levoz^ avaient obtenu la majorité absolue des suffrages (i). La nomination des seize représentants restants fut remise au 20 , et le choix restreint aux soixante-quatre citoyens qui avaient obtenu le plus de suffrages. Cette fois, le nombre des votants, qui n'avait été précédemment que de 4,387, s'éleva à 8^595. Les seize élusfarent: DuperroUy Gosutn, Hauzeur-Vanderheyden père, Digneffe^ avocat; Henkart, Fyon^ Delkcreyer^ Spiraux^ avocat; Hyac. Fabry , Lsvoz d'Esneux , Mu, avocat; Paquot^ avocat; CrcMCy taxateur; Defrance, Chevremonty apothicaire; Loneux^ chanoine de S^Barthélemy. On donna la qualité de suppléants aux vingt citoyens qui avaient obtenu le plus de suffrages après les seize élus , et le second parmi eux se trouvait Chestret (s), qui n'avait réuni que 2,161 voix, tandis que le chanoine Loneux, le dernier des seize, en avait obtenu 2,332. En proclamant ce résultat le 28 , le Conseil municipal annonça que , le 30 , on procéderait à Télection des trente citoyens qui devaient le remplacer dans Tadministration de la capitale. Le relevé de ce nouveau scrutin fut achevé le 8 janvier et constata encore la présence de 7,113 votants. Les élus furent : Gilkinet, prélocuteur ; JDantAîne, avocat; Plumier y avocat; Wéry^ ex-conseiller; Balaesj id.; Bassenge cadet, Chestrely ancien bourgmestre ; Lyony avocat ; J. L. Prioriy prélocuteur; Lonhimne, avocat; Cox^ ex-conseiller; Dtgneffe le Romain, Raikeniy médecin ; Aatfem, avocat ; Waleffe^ avocat; Detrixhey avocat; Lassence^ ancien bourgmestre ; fotic/^t , secrétaire ; Donceel fils , avocat ; Rasquinel , ex-échevin ; D. Bury , Omalius, président; Harzé fils, avocat; J. J. Toussaint ; Frankineiy avocat; C. Niquety négociant; Catoir, prélocuteur; C. Grailet aîné, J. Collette le banni ; Laminney agent. Ils entrèrent en fonctions le lendemain. Les petites villes du pays et les communes rurales suivirent Texemple de la capitale, et partout des Conseils provi-
(i) La magorité absolue était de 2,194. Levoz n*obtint que 6 voix de plus : 2,200, tandis que Fabry en obtint 838 de plus. Néanmoins l'élection de Levoz, an premier tour de scrutin , aUeste que beaucoup d'oreilles s'étaient ouvertes à ses récriminations calomnieuses contre Fabry.
(t) Il envoya sa démission le 10 janvier 1793.
[IT»] CHAt>lTftfi XXlt. 2S1
soires , Dommés sous Tinfluence des idées nouvelles » s'emparèrent de Fadminislration locale, (i)
Dans rinter?alle avait paru le décret du 15 décembre. Nous avons fait ailleurs (s) rbistorique de ce décret , et nous ne rappellerons ici que les circonstances nécessaires à Tintelligence des faits qui concernent le pays de Liège en particulier.
Le décret du 19 novembre, en appelant à la liberté les peuples étrangers, en leur promettant au nom de la France aide et proleciioD, avait respecté leur indépendance. De la part d^ la Convention, si ce fut un acte sérieux, elle ne tarda pas à en témoigner du repentir. Les premiers à écouter sa voix, parce qu'ils croyaient avoir le plus à se plaindre du gouvernement qui les régissait, les Belges^ ne se montraient pas disposés à faire de tous les principes qu'elle pratiquait la règle de leur conduite ; s'ils étaient prêts à lui payer largement le bienfait qu'ils venaient d'en recevoir , ils ne l'étaient pas à lui sacrifier la fortune publique et privée, comme elle l'espérait. Revenir sur ses pas , révoquer des promesses solennelles , exercer dans toute son étendue les droits de la conquête , c'eût été franc ; mais la Convention ne pouvait le faire ouvertement sans compromettre ses succès dans l'avenir, sans détruire la confiance que ses promesses avaient fait naître, et elle jugea plus utile d'arriver à ses fins par des moyens détournés. Comme il lui fallait de l'argent . nous fûmes condamnés à réparer ses erreurs financières en recevant ses assignats et en mettant à sa disposition les ressources de nos maisons religieuses. Toutefois ce n'était là que la portée secondaire du plan qui prévalut. Les succès de ses armes , en lui révélant sa force , l'enhardissaient à reprendre les projets ambitieux de Louis XIV, et à préparer l'incorporation d'un territoire que la France ne cesse de convoiter.
Tels furent les motifs qui déterminèrent l'adoption du nouveau
(i) En quelques endroits la lutte fat vive. Ainsi dans un carton de la bibliothèque de notre Université, coté année 1793 et renfermant des documents qui proviennent des archives communales , nous avons trouvé une réclamation du bourgmestre de Jemeppe , portant que, dans la réunion convoquée le 17 février pour élire le Conseil communal , c il s*était ému tant de tumulte et tant de menaces Jusqu*à en venir aux mains , que rassemblée avait dû se dissoudre sans rien faire. »
(t) Hisiaire des Belgei^ etc., chapitre XVI.
décret que le financier Cambon fit adopter le 15 décembre. Le^ deux premiers articles abolissaient les impositions^ ainsi que les presta^ tions féodales de toute espèce; ils supprimaient les autorités existantes , et chargeaient les généraux de convoquer les assemblées primaires pour élire des administrations provisoires. L'article 3 privait du droit électoral les anciens fonctionnaires ^ les nobles et les membres des corporations privilégiées. Cet article, aussi impolitiqae que rigoureux ) ne se trouvait pas dans le projet primitif, et y avait été introduit , malgré les réclamations d'une partie de la Montagne , sur la proposition du girondin Buzot ; il fut rapporté quelques jours plus tard, et Ton en revint au texte de Cambon, qui obligeait les électeurs et les éligibles à renoncer à tous privilèges , et à prêter serment à la liberté et à Tégalité. Les articles 4 et 5 concernaient la séquestration de tous t les biens meubles et immeubles appartenant au fisc, au prince, à ses fauteurs, adhérents et satellites volontaires, aux établissements publics, aux corps et communautés laïques et religieux. > L'exécution était confiée aux généraux français, et la régie des biens séquestrés remise aux administrations provinciales , auxquelles on voulait bien accorder le droit d'établir de nouvelles impositions, < pourvu qu'elles ne fussent pas supportées par la partie indigente et laborieuse du peuple. » Les articles 6 et 7 étaient relatifs à renvoi des commissaires à nommer par la Convention et le pouvoir exécutif pour aller fraterniser avec les populations des pays conquis, et prendre les mesures nécessaires à l'entretien et à la subsistance des armées. L'article 8 et dernier déclarait que les fonctions des administrateurs provisoires et des commissaires du pouvoir exécutif cesseraient dès que les habitants, après avoir déclaré la souveraineté du peuple, la liberté et l'indé^ pendance, auraient organisé une forme de gouvernement libre et populaire.
Ces dispositions à coup sûr étaient exorbitantes , et la Convention mettait en singulier oubli le principe de la souveraineté populaire , qu'elle osait cependant rappeler dans le préambule de son décret. On a cherché à justifier ses usurpations par la nécessité d'en finir une bonne fois avec des institutions vieillies. Nous tenons en mince estime tout progrès politique imposé par la violence , et nous sommes convaincu qu'il n'était pas nécessaire de recourir à de
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semblables mesures, si Ton avait roulu sincèremeDt l'indépeDdance de la Belgique avec le triomphe des idées libérales. Dans quelques proTÎDces, comme la Flandre et le Haioaut, le parti du progrés raurait certainement emporté. Dans quelques autres , le Brabant en particulier, ^influence du clergé sur les classes inférieures aurait pu faire de nouveau prévaloir le malencontreux système qui avait triomphé en 1790; mais, pour empêcher ce résultat, il suffisait d^accorder aux Yonckistes ce qu'ils avaient vainement réclamé du gouvernement autrichien : le renforcement des ordres et la double voix assurée au tiers-État. Dans tous les cas, la prépondérance leur eût été assurée par un usage convenable des moyens d*influence que possède tout gouvernement, et que possédait surtout la terrible assemblée qui régissait la France. Tout cela est démontré à nos yeux, et suffit à justifier les réclamations qui partirent des différents points du pays.
Toutes fondées qu'elles étaient, elles furent repoussées, parce que la pensée véritable du décret tendait à une fin qu'on ne voulait pas avouer. Pour y arriver plus sûrement, on dépussa dans la pratique la rigueur des dispositions décrétées. L'*exercice du droit électoral avait été soumis à certaines restrictions ; cela ne suffisait pas : nutimidation , exercée sans pudeur et de la manière la plus brutale , fut employée pour éloigner du scrutin les citoyens dont les opinions étaient douteuses. Entendu loyalement , le décret attribuait aux administrateurs provisoires la régie des biens séquestrés par les généraux : en dépft d'un texte formel, les agents français se l'approprièrent et l'exercèrent avec une improbité sans exemple. Ces administrateurs étaient , dans certaines limites , autorisés à établir de nouveaux impôts pour suppléer aux anciens que la Convention déclarait supprimés : une idée anarchique leur contesta ce droit et leur refusa ainsi le moyen de gouverner. Loin de se concerter avec enx, les commissaires du pouvoir exécutif usurpèrent insolemment le pouvoir suprême, et jamais plus odieuse, plus plate tyrannie ne pesa sur un pays ; elle fut d'autant plus lourde que ceux qui l'exerçaient avaient été recrutés dans la populace des clubs.
Liège seul ne fit pas entendre sa voix : ni le Conseil communal de 1790 restauré, ni la Société populaire, dont l'intervention avait soustrait la principauté aux vengeances est à f anardiie , ne réda-*
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mërent contre le décret. Il faut en chercher la raison dans la direction des esprits différente de ce qa*elle était ailleurs en Belgique , et surtout dans le dessein, hautement avoué par la plupart des patriotes, de travailler à unir la principauté à la France. Ne concluons pas toutefois de ce silence que ces dispositions exorbitantes furent acceptées sans observations : il en fut fait dans le sein môme du Conseil communal , si peu suspect de mauvais vouloir contre la France : Bassenge, présidant cette assemblée, c persuada, nous dit-il, des citoyens qui de bonne foi croyaient qu'il fallait imiter les Belges et faire des remontrances à la Convention, «d'accepter au contraire le décret comme un& mesure essentiellement salutaire. Hais, en même temps qu'il en faisait un éloge dont l'exagération s'explique par la date et les circonstances de la brochure où il est consigné, l'écrivain n'hésite pas à reconnaître que « ce décret n*a donné aucunement à l'exécution les résultats qu'il devait produire. Il a rejeté, ajoutait-il , partout la stagnation et l'incertitude ; il a retardé la marche des peuples qui , comme les Liégeois, n'en avaient pas besoin; servi d'instrument à ceux qui ne voulaient pas de vraie liberté chez les Belges ; enfin désorganisé ce qu'il devait rendre un ( i ). « Si les conseils de Bassenge prévalurent, c'est qu'en effet les dispositions , comme le but caché du décret, ne froissaient pas aussi vivement les idées des Liégeois que celles des Belges. Est-ce à dire qu'on eut à Liège moins qu'à Bruxelles et à Gand le sentiment de la nationalité? Assurément non ; l'opinion publique n'y opposa pas la même résistance à l'incorporation pour des motifs qu'il convient de bien préciser, et qui du reste résultent sufRsamment des faits tels qu'ils sont rapportés plus haut.
Nous croyons avoir suffisamment exposé la différence profonde qui séparait les deux révolutions , différence dans le but à atteindre aussi bien que dans les moyens à employer et dans le caractère des populations. Les unir l'une à Tautre était une idée généreuse , mais difficile à réaliser, pour ne pas dire plus, à cause du caractère différent des deux systèmes politiques que l'insurrection de 1789 avait fait prévaloir à Bruxelles et à Liège. Tout cela a bien changé depuis trois quarts de siècle. Si l'opinion libérale possède aujourd'hui
( I ) Boisenge à Chaussard^ p. 19.
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à Liège ane prépondérance incontestée ^ d'autres provinces sont arrivées à son niveau; là môme où l'on a à lutter encore pour obtenir nne position meilleure , le progrès est évident , surtout dans les villes qui renferment, quoi qu'on dise et qu'on fasse, les forces vives de la nation. La situation )*espective étant toute différente en 1792, on n'éprouvait à Liège que de l'antipathie pour le Congrès belge. Sons l'impression de la nécessité , les chefs avaient bien pu se rapprocher , songer même à donner à ce rapprochement un caractère durable ; mais on se mit à Tœuvre sans confiance dans le succès , et on oe tarda pas à tenir le projet pour irréalisable.
Quel espoir restait-il encore aux patriotes liégeois? Continuer l'union avec l'Empire germanique, c'était vouloir continuer le système décrépit dont on entendait à tout prix se débarrasser ; pour opérer le contraire, il eût fallu un mouvement de réforme semblable à celui qui agitait la France, et impossible à introduire dans ce grand corps apathique. La principauté de Liège, brisant le lien qui la rattachait à l'Allemagne et ne trouvant pas à en nouer un autre avec les provinces belges , ne pouvait pas raisonnablement songer , vu son peu d'étendue, i former un corps isolé. Dès lors il ne lui restait que l'union avec la France, vers laquelle elle était naturellement attirée parla conformité du langage et des idées. Ces raisons expliquent , sans la justifier, la conduite des patriotes liégeois , et la facilité avec laquelle ils se résignèrent à la perte de leur indépendance.
Telles furent, à notre sens, les nécessités qui poussèrent à Liège les révolutionnaires dans une voie où refusèrent d'entrer la plupart de ceux de la Belgique. Il n'y eut là rien de spontané, rien de volontaire, et nous allons en trouver la preuve dans les incidents qui accompagnèrent l'organisation de l'administration provinciale.
Prévoyant le sort que la Convention réservait à nos provinces , Domouriez avait, dès le 17 décembre, c'est-à-dire à une époque où le décret du 15 n'y était pas encore parvenu , renouvelé ses instances pour amener à l'unité nationale des populations qui n'en comprenaient pas l'utilité, c Soyez frères, leur disait-il, soyez unis, et vous deviendrez mpeuj^ aussi heureux que puissant (i). Pour atteindre ce but , il
(i) Procès-verbaux des séances des représentants provisoireê de Bruxelles, N* 37 du 17 décembre 1792.
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conseillait de former une convention nationale belge ^ et indiquait la manière dont devaient être convoquées les assemblées primaires pour procéder aux élections. Quels qu'aient été les motifs de Damouriez , les Belges seraient injustes à son égard s'ils ne lui tenaient compte de ses efforts. Ses conseils , réitérés à plusieurs reprises, ne furent malheureusement pas suivis; Tanimosité des partis et les intrigues des agents de l'étranger firent avorter un projet qui eût peut-être épargné à notre pays les calamités de ces jours néfastes. Qui ne sait combien est grande en politique la puissance du fait accompli 1
La conduite suggérée aux Belges par Dumouriez l'avait été aussi aux Liégeois. Ici il trouva une population mieux préparée; le Conseil municipal et la Société des amis de la liberté et de l'égalité accueillirent avec empressement ses conseils , et toutes les dispositions furent prises pour assurer le résultat qu'on avait en vue. Cela ne convenait nullement aux hommes qui , interprètes des volontés de la Convention, n'entendaient pas laisser aux patriotes liégeois, pas plus qu'aux patriotes belges, le temps de prendre goût à l'indépendance de leur pays, et ils s'attachèrent à contrarier les mesures du général qui, lui, n'était pas favorable à la réunion (t ). Dans les provinces belges, ils n'usèrent d'aucun ménagement. A Liège, la brutalité pouvait produire une réaction , et changer la direction des esprits généralement bien disposés pour l'union avec la France. Cependant il fallait à tout prix empêcher la formation d'une assemblée qui , investie d'un mandat populaire , eût pu se déclarer pouvoir constituant. C'est à quoi s'attachèrent les délégués de la Convention : Camus, Gossuin, Danton et Delacroix. Ils alléguèrent Tobligation de se soumettre aux dispositions du décret du 15 décembre, et , sur l'observation de Danton ( i ) , de commun acccord
(i ) Bai9enge à Chaustard , p. 75.
(f ) Ibid, p. 24. Hyac. Fabry {Réporue aux différentes observations^ etc., p. 49) raconte qu*à un souper où Danton et Delacroix fUrent invités k leur arrivée k Liège , « un de leurs premiers propos fut de s*étonner quMls n'avaient pas rencontré 200 têtes sur des piques , quMls n'avaient vu couler aucune goutte de sang. Selon eux , on ne faisait point des révolutions avec du thé; les principes de justice , de raison et d'humanité étaient bons en théorie , étaient bons dans les livres des philosophes^ mais tout cela ne valait plus rien en pratique; il fallait d*autres moyens pour opérer, il fallait avoir des coupe-jarrets à gages ! etc. »
It795] CHAPITRE XXII. 257
aTec des députés du Conseil de la Cité , qui n'osèrent peut-être pas heurter de front le système de leurs insolents dominateurs , il fut décidé de transformer les futurs conventionnels en administrateurs provisoires, sauf aux électeurs à en nommer d'autres à ce dernier tilre , s'ils le jugeaient convenable. La chose fut annoncée au peuple (3 janvier 1793) par une proclamation des commissaires de la Convention (i), qui lui disaient : « Le décret du 15 décembre n'a élé, à votre égard , que la confirmation de ce que vous aviez déjà fait. Une seule différence entre vos opérations et les expressions du décret mérite quelque attention. Vous aviez pensé pouvoir procéder , dès les premiers moments , à la nomination d'une Convention nationale ; les représentants du peuple français vous avertissent de la
nécessité d'établir d'abord une administration provisoire Vous
formerez donc avant tout celte administration: mais cette nécessité n'allongera point vos opérations : toutes les dispositions relatives à la nomination d'une Convention nationale peuvent subsister. > Quoique revêtue de formes courtoises , l'injonction n'en était pas moins réelle, et les élections, qui n'étaient terminées qu'à Liège même, s'en ressentirent; la déception produisit le découragement, et Bassenge ne nous semble pas en avoir signalé la véritable raison, quand il l'attribue exclusivement à la confusion que produisirent dans les idées les dispositions du décret , différentes des instructions données aux missionnaires qu'on avait envoyés dans les différentes parties du pays (s). Pour ouvrir les séances, on dut attendre jusqu'au 15 février, quoiqu'on eût^ dès le i«% appelé à se réunir aux représentants de la capitale ceux qui seraient nommés dans les autres districts (s); et encore ne put-on, à celle époque, réunir que soixante -et-un membres, c'est-à-dire la moitié plus un, nombre rigoureusement nécessaire pour délibérer. Après avoir consacré sa première séance (15 février) à vérifier les pouvoirs des élus, la seconde (16) à se constituer (4), ces représentants d'une partie
(1) La pièce se trouve dans la Gazette nationale Higeme du 4 janvier.
(t) Bassenge à Chaussard, p. 32.
(•) Voirnta averttsseraent à ce sujet dans la Gazette natienale lUgeûiêe, n^ du «• février.
(4) Le bureau fut ainsi composé: Fabry^ président; Bassenge aîné, viceprésident, Auifn^e cadet, Loneux , Henkart et Detrixhe ^ secrétaires.
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seulement du pays votèrent à runauimilé, mais en leur nom particulier, la réunion à la république française. Malgré toutes les peines qu^on se donna pour la compléter , cette assemblée ne comprenait que soixante-treize membres à la veille de l'évacuation du pays, (i) A répoque où l'assemblée entra en fonctions , cette question de la réunion avait déjà été résolue affirmativement à Liège même , et dans un grand nombre d'autres communes. Nous avons déjà eu Toccasion de dire quelle était à cet égard l'opinion de la majorité des exilés. L'initiative fut encore prise par les hommes du pays de Franchimont. Le 23 décembre , les administrateurs de Spa et de Theux convoquèrent les habitants de ces deux petites villes et des villages voisins, « pour établir les bases d'une nouvelle organisation sociale. > Après avoir proclamé les droits de l'homme en société , la déchéance du prince-évéque, la rupture de tout lien avec l'Empire germanique, l'abolition des prestations féodales et le principe d'une indemnité pour les patriotes opprimés , l'assemblée — à Vunanimité^ porte le procès-verbal (s) — déclara son intention de demander la réunion à la France. Deux communes seulement s'étaient prononcées ; mais comme il avait été décidé que les autres seraient invitées à accéder à ce vote , on convoqua les députés du congrès franchimontois de i 790 ; le 36 , ceux-ci approuvèrent la résolution prise le 23, mais en réservant la ratification de leurs commettants. Cette ratification fut donnée peu de jours après, et consignée dans le procès-verbal de la séance du 7 janvier (s), à laquelle assistèrent les députés de toutes les communes. Ce procès-verbal renferme en outre ce renseignement : « Des députés de Theux et de Spa, qui ont eu l'occasion de parler à Spa et à Liège aux citoyens Danton , Delacroix et Gossuin, membres de la Convention, ont fait rapport que , leur ayant communiqué le contenu des vœux émis par ces communes et adoptés par les députés des pays de Franchimont , Stavelot et Logne, ces commissaires ont témoigné d'être trèssatisfaits de cette marche , et souhaité ardemment qu'elle soit suivie par tout le pays de Liège et autres ci rcon voisins. » Avant même
(0 Une liste de ces soixante-treize représentants existe aux Archives de la province de Liège.
( 1 ) Code du droit public , etc. II. 0. (O /6id., etc. II. 25.
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gae la décision du congrès eût élé ratifiée par les assemblées primaires, l'un des députés, celui même qui peut être envisagé comme le promoteur de la mesure , Brixhe de Spa , s^était présenté à la séance de la Société des amis de la liberté et de fégalité , et y avait donné lecture de la résolution. « A cette lecture, souvent interrompue par des applaudissements, porte le compte-rendu (i), ont succédé diverses motions. Des membres demandaient que les communes du pays de Liège fussent invitées à exprimer leur vœu sur la réunion à la France, au moment même qu'elles nommeront leurs députés à la Convention. D'autres voulaient au contraire qu'on attendit , pour consulter le peuple, que les représentants eussent, par une discussion grave et solennelle , dissipé tous les doutes , détruit toutes les objections qu'on pourrait former. D'un autre côté , on demandait rajoornement , afin de se préparer à la solution d'une question d'où dépend la félicité nationale. L'assemblée a adopté un médium : elle a arrêté qu'un comité nommé sur-le-champ s'occupera de cette matière intéressante et neuve, recevra les idées des citoyens, et fera son rapport en conséquence. » Sans être défavorable , l'accueil fait à la communication de Brixhe ne montrait pas au moins l'intention de voter sans se donner le temps de la réflexion , et il prouve que la Société liégeoise des amis de la liberté et de l'égalité n'était pas, comme celles des villes belges, tombée aux mains des anarchistes. La rédaction du rapport demandé au comité fut confiée à Bassenge (s). Cette pièce importante mérite d'être analysée, car elle énumère les motifs qui poussèrent les patriotes à voter la réunion.
On y établit d'abord la nécessité pour la principauté de Liège de rompre le lien qui l'unit à l'Empire germanique. Le rédacteur se demande ensuite ce qu'il convient de faire , ce lien étant rompu : se constituera- t-on en république isolée, ou bien s'unira-t-on à la Belgique sous la protection de la France? Ces deux combinaisons sont également impraticables : la France ne consentira pas à sortir de son repos ni à prodiguer ses ressources pour soutenir d'aussi petits États, et les Belges, par les principes qu'ils défendent, ne
(i ) Cazeite nationale liégeoise , d* du 7 janvier.
(«) Cette pièce a été imprimée sous le titre : Rapport fait à la Société des ami$ de la liberté et de tégalité tur cette question importante : le pays de Liège doit- U demander d'être réuni à la république française f In-8* de 31 pages.
tàO RÉVOLUTION LIÉGEOISE. [ïTVI^]
se montrent point disposés à une fusion avec nous. Reste la réumon à la France, qui nous assurera la liberté et la sécurité. Quels inconvénients y trouve-t-on ? La perte de nos domaines nationaux , au préjudice des yiclimes de la tyrannie qu'ils sont destinés à indemniser, Tobligation de partager la dette de la France et de recevoir ses assignats? Rien n'empêche de déclarer que ces victimes seront préalablement indemnisées. Quant à la dette, il ne faut pas oublier que nous en avons une aussi relativement fort considérable, dont la France devra se charger en acceptant la réunion. La question des assignats est grave sans doute , à cause de la perturbation qu'elle peut jeter dans les transactions privées; mais il n'est pas impossible d'amoindrir le mal en ne donnant par exemple cours obligatoire aux assignats que pour les opérations postérieures à la réunian. On ne doit pas d'ailleurs à cet égard exagérer les craintes; si le papier-monnaie est momentanément déprécié , il ne tardera pas à se relever avec le crédit d'un grand et riche pays, et avec les garanties que présente une hypothèque dont nos domaines nationaux augmenteront encore l'importance. Puis, n'oublions pas que ces inconvénients seront amplement compensés par les avantages matériels de toute espèce que nous assure la réunion i la république française. Une dernière considération : cette réunion peut seule nous assurer la liberté , et c^est là , à coup sûr, un résultat qu'il faut savoir payer de quelques sacrifices. Le rapport finissait ainsi : c II est inutile , sans doute , d'observer de nouveau ce que nous avons dit plus haut relativement aux indemnités dues aux victimes du despotisme, à l'acquittement de la dette contractée par la nation et autres objets de cette importance majeure. Nous le répétons , c'est à la nation , en émettant son vœu, en se donnante la France, à charger les administrateurs-généraux du pays de discuter ces questions qui intéressent le salut des citoyens. La France sentira elle-même que la justice nous impose de remplir avant tout ces obligations sacrées. Les Liégeois , en portant à la république , au sein de la Convention , le vœu de tous les cœurs émis* librement dans les assemblées primaires, exposeront à ces représentants du premier peuple du monde , qu'ils ont accompli ce devoir si cher. La France applaudira; elle verra que le Liégeois aussi est digne de la liberté ; quHl sait
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yooloir être libre et jaste , paisque , le premier , il a saivi le mou- Temeot que les Français ont imprimé à Funivers; puisque » le premier, il a fait ses efforts pour s'élancer sur leurs traces vers le temple de la liberté. »
Le compte-rendu des séances (1)9 au sujet de ce rapport qu'il mentionne dans les termes les plus favorables , dit que deux de ces séances ( 1^' et 2 janvier) furent consacrées à en entendre la lecture, et il ajoute : c L'Assemblée a arrêté que ce rapport sera déposé sur le bureau 9 et^ après la discussion de tous les points, imprimé en forme d'adresse au peuple , afln d'éclairer et diriger l'opinion des assemblées primaires (a). > Cette rédaction suppose une discussion postérieure. Eut-elle lieu? Les procès-verbaux n'existant plus, n'ajant peut-être jamais existé , et les journaux n'ayant publié que des analyses fort incomplètes de quelques séances , une preuve positive manque. Cependant on peut répondre affirmativement, d'après ce que dit Bassenge dans sa réponse à Chaussard : il nous apprend que la rédaction du rapport est de lui , et que t cette rédaction , relue et discutée de nouveau par la Société , qui me vota des remerclments , fut adoptée (s). » Comment se fait-il néanmoins que le nouveau Conseil municipal , installé depuis trois jours^ reçut le 11 janvier la pétition suivante : c La Société des Amis de la liberté et de l'égalité chaque la députalion nommée par elle de demander à rAdministration provisoire de la ville de Liège, qu'elle indique dimanche, 13 courant, pour que les soixante et une sections, assemblées, délibèrent et émettent leur vœu de réunion à la France, par un oui ou par un non , par appel nominal et i haute et intelligible Toix. » Cette pétition allait à rencontre du rapport, qui proposait des réserves, et du vote au scrutin secret qui fut adopté sur la proposition dn Conseil municipal. On serait disposé à croire que la pièce était Tœuvre de la Société montagnarde qui s'établit vers cette époque , si la réponse du Conseil ne désignait clairement celle à laquelle Bassenge avait fait son rapport. Cette réponse (12 janvier) était coDçue dans les termes suivants : < La municipalité de Liège , ayant
(1) Gazette nationale liégeoise , n« du 7 janvier.
(1) n ^ouUit : f Espérons que la voix de la raison et de la volonté générale étotTera les cris séditieux des sacerdo-robino-arlstocrates. > is) Bassenge à Chaussard, p. 31.
14i HÉVOLUTION LIÉGEOISK. [1793 1
entendu la demande de la Sociélé des Amis de la liberté et de Téga* lue séante en cette ville , croit , diaprés Tavis de la Convention nationale de France , que lui ont transmis hier ses députés , quHl serait absolument nécessaire , même indispensable y que la convocation des sections, pour émettre leur vœu sur la réunion à la France, fût précédée de quelques jours d'une instruction aux bons citoyens « qui leur fit sentir leurs intérêts et les avantages , la nécessité même d'une réunion à la France. La Municipalité sait que les Amis de la liberté et de Tégalité avaient pris cette résolution, et elle les invite à faire paraître Tinslruclion nécessaire le plus tôt possible. Connaissant le zèle qui anime la Sociélé, la Municipalité ne doute point que ce travail ne soit bientôt terminé. Alors le vœu de la réunion du pays de Liège à la France pourra être émis d'une manière honorable pour la République française et pour les Liégeois , puisque ce vœu aura été réellement réfléchi et formé par les lumières; alors la Municipalité se rendra aux désirs de la Société , et fera convoquer les sections (i). > Évidemment il y eut là une manœuvre de parti que nous ne pouvons que constater. Voici à ce sujet ce que contient une brochure montagnarde publiée plus tard à Paris, et dont nous aurons encore occasion de parler (s) : t Quelques Franchimontois ont mérité rhonneur d'encourir rindignation de ces Messieurs (s), pour s'être rendus aux sociétés populaires de Liège y au commencement de janvier, y avoir prêché contre leurs projets liberticides de se former en Convention nationale , y avoir prêché la réunioo pure et simple à la France avec un tel succès , que la Sociélé des Amis de la liberté et de l'égalité prit, le il janvier, un arrêté par lequel elle invitait les sections à s'assembler pour voter oui ou non la réunion. » Ainsi il est au moins bien démonlré que ce furent les démarches des Franchimontois, et sans doute Brixhe particulièrement qui était venu à Liège communiquer le vote de ses compatriotes, qui provoquèrent la pétition et la convocation des sections, sans attendre la décision de la municipalité.
(4) La requête et la réponse de la niunicipalité sont dans la Gazeile natUmaie
liégeoise, n<> du 14 janvier, (t ) Cest un in-80 de 10 p. ne contenant d'autre titre que : Françaii républicains, (3) Fabry, Bassenge, Lesoinne, etc. , c*est4-dire la Gironde liégeoise contre qui
la pièce est dirigée.
[naSj CHAPITRE IXII. uz
Ed eflët, contre la volonté de celte municipalité , on du moins sans aToir été convoquées par elle, plusieurs sections se réunirent au joor indiqué dans la pétition (13 janvier). Nous en connaissons trois, et nous ne pouvons assurer si ce furent les seules: la 23®, réaule dans la chapelle de Grivegnée; la 44<^, dans Téglise de Sainte-Catherine ; la 56®, dans celle des Mineurs. La 33® section vota pour la réunion à la France dans la forme indiquée par la Société populaire (i); mais les deux autres déclarèrent vouloir attendre, pour se décider, une convocation plus régulière. La 44® section alla plus loin : elle vota une adresse qu'elle proposa aux autres d'adopter, et dans laquelle elle censurait la conduite de la Société. Ooy lit que, malgré la réponse sage et prudente qui lui avait été faite, cette Société, « n'en ayant pas moins procédé à l'exécution de sa pétition particulière, au mépris d'une autorité publique constituée , » avait donné un mauvais exemple ; aussi « on l'avertissait fraternellement de respecter , comme tout bon citoyen doit faire , les autorités émanées du peuple , et de ne pas sortir des bornes que De doivent jamais franchir les clubs. » Il y avait eu probablement, dans les rapports des Amis de la liberté et de l'égalité avec la municipalité, des froissements dont nous n'avons pas trouvé la trace, car radresse finissait en demandant l'impression du procès-verbal du 12, la municipalité pouvant avoir des torts à Végard de la SociHè.(%)
Sur ces entrefaites, Yinstruction réclamée par la municipalité, c'est-à-dire le rapport de Bassenge, ayant été publiée, lessoixanteet-une sections furent convoquées (16 janvier) pour le 20 janvier, et cette résolution fut prise après avoir , disait-on , « délibéré sur la pétition des amis de la liberté et de l'égalité. » Le Conseil municipal tenait comme préjugée la question principale, « l'opinion publique , le vœu des cœurs hautement , généralement prononcé , ne permettant pas de douter que la réunion à la France ne fût
(i) EUe avait pour président un fabricant de clous nomîné Jos. Wilmotte , cfréDé montagnard dont le Dom reviendra plus d*uDe fois dans ce récit. Voir une Bote de lui dans le carton F. 1«H. 3,506 , aux Archivet de VEmpire , à Paris.
(i) Les résoluUons de ces trois sections se trouvent, avec d*autres pièces proveoaot des archives de la commune, dans le carton de la bibliothèque de TUniversité indiqué plus haut.
regardée comme le port qui devait arracher ce pays aux orages qai l'avaient bouleversé pendant des siècles; » seulement il demandait si , dans ce cas , il ne conviendrait pas de réserver à Tadministration générale qui allait entrer en fonctions : c 1» de faire un tableau exact de la richesse, de la dette , des ressources du pays, et d'acquitter incessamment sur nos biens nationaux cette dette sacrée, dont la loyauté liégeoise est garante , de même que notre contingent dans les frais faits par la république française , depuis Tarrivée de ses armées sur notre territoire.
» 2® D'indemniser et dédommager les nombreuses et infortunées victimes des tyrans qui ont écrasé notre terre , d'une manière digne d'un peuple libre, sans parcimonie ni prodigalité, sans faveur ni préférence; et de prendre les dédommagements sur les biens des oppresseurs qui ont occasionné les pertes , la caisse nationale devant seulement combler le déficit.
> 3<» D'assurer aux individus du clergé , dont la corporation , selon les principes immuables de la liberté , doit être éteinte , un sort propre à les attacher comme citoyens à la chose publique , et de manière que la sévérité de la nation ne s'appesantisse que sur les conspirateurs et les oppresseurs du peuple.
» i^ De veiller aussi à ce que le prix des places supprimées et acquises à la bonne foi soit remboursé aux titulaires.
» 5® De prendre les mesures que les localités exigent par rapport aux assignats, dont la circulation devra être admise dans ce pays. Par exemple que ces assignats ne puissent être forcés pour le rembour* sèment des dettes particulières contractées entre Liégeois , ni pour la rédimalion des rentes consliluées avant l'époque de la réunion, i
Le Conseil invitait à peser mûrement ses propositions, et à ne pas se départir du scrutin secret, nécessaire surtout c pour qu'on ne pût faire l'injure à l'armée française 4e croire qu'elle eût influencé le vœu des Liégeois. > ( i )
Au jour fixé, les sections se réunirent. Jamais elles n'avaient été aussi nombreuses ; mais il est vrai aussi que c'était la première fois qu'on mettait chez nous en pratique le suffrage universel: 9,700 électeurs répandirent à l'appel de la municipalité, et, malgré les
(0 Gazette nationale liégeoise, q^ du 18 janvier.
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iosttgations des avancés , 9,660 se prononçëreot pour la réunion à la France , mais avec les réserves proposées. Sur les soixante-^Uune sections ( i ) , quaranie^neuf avaient émis teur vote à runanimité, ce fH le permet guère de croire à remploi du scrutin secret. En prodamani ce résultat, le Conseil municipal décréta qu'il en serait pr6fBpteme»t donné connaissance à toutes les communes du pays ^ et qu'elles seraient invitées à voter aussi sur cette question., (s )
Tout en admettant que Ton n'employa pas à Liège les odieuses pratiques dont on fut si prodigue dans nos autres provinces, et que le vote de réunion y eut un certain caractère de sincérité,, nous B'oserioBs affirmer qu'il fut parfaitement libre. Une circonstance d'abord frappe l'observateur attentif : c'est le nombre relativement peu eoBsidéraèle des citoyens qui, dans ces graves* circonstances^ exercèrent leur droit de suffrage. Hettemich av^ait à Liège un corres^ pondant en qui il avait grande confiance, et qui lui exposait, dans une lettre écrite au sujet du vote de réunion, le calcul suivant : < Liège csfflpfe 100,000 habitants et plus ( s )« Chaque section aurait donc pu être composée de 400 et leur ensemble aurait formé 24,000 représentants (4). Ehi bien, la plus nombreuse des sections n'était que de 105, et la plus faible n'élit que de 25. De sorte qta'en tout ils n'étaient que 1900 pour exprimer le vœu de 100,000 habitants (s).. > Pour que le renseignement fût exact , il faudrait supposer dans le relevé du Conseil municipal des falsifications , ce qui ne nous parait pas admissible. Néanmoins, quoique 9,700 soit un chiffre cinq, fois supSrieur à celui du correspondant de Metternich, il reste toujours assez faible pour la masse des citoyens appelés à exercer le droit électoral. Nous avons aussi des doutes sur la manière dont le suffrage fat donné et. compté. Dans une lettre écrite à Méan en 1798, époque où le Congrès de Rastadt avait à statuer sur le sort de nos
(4) U y en a qui avaient pris des titres assez significatifs. Ainsi la 39«, qui se réamssait dans les cMiru des incurablei en Bêche, se qualifiait : section des Sns^uiùitesy et la 46* : seciion du iO août.
(t) Gazette nationale liégeoise , w* du 30 janvier et des !•' et 4 février.
(s) Ce cliiSre était exact, mais en y comprenant la banlieue, qui s'étendait fort loin , à plus de deux lieues à la ronde.
(4) L^auteur de la lettre veut sans doute dire : électeurs ou votarUs.
(1) Chancellerie des Pags-Bas à Vienne , vol. 384. Cette lettre est jointe à une dépècbe de Metternich à Cobenzel du 5 février 1793.