TOME II
â46 RÉVOLUTION LIÉGEOISE. [i793]
provinces, De Paix, lui rappelant ce qui s'était passé à roccasion de la jonglerie dite: acte de réunion , affirmait que Ton obligea à donner les suffrages par oui ou par non: c Tout discours, ajoutait-Il, toute explication n'était aucunement permise, et lorsque quelque opposant voulait faire entendre sa voix , il était maltraité ou expulsé. Aucune des listes de ces sections n'a été d'ailleurs collationnée ou constatée d'une manière légale. On a publié que la majorité était pour la réunion , et Ton a compté les suffrages comme on a voulu. Il est de fait que plusieurs sections , où la majorité était composée de gens plus fermes et moins mélangée que les autres , ayant voté pour la négative , ont cependant été réputées comme ayant voté pour l'affirmative. » Nous, lisons encore dans la lettre du correspondant de Metternich: < Les assemblées (des sections) se faisaient dans le vaisseau d'une église. Les émissaires français, après avoir étourdi les votaAts par Guelques phrases séditieuses, criaient: que ceux d'entre vous qui atentpour la réunion entrent dans le chœur. Les votants étaient placés de telle sorte que ceux qu'on connaissait être absolument dévoués au système français étaient le plus près du chœur; ils y entraient en proférant des imprécations contre ceux qui ne pensaient pas comme eux. Ces imprécations, encouragées parles félicitations des émissaires français, étourdissaient ceux des votants qui délibéraient encore, et ils entraient dans cet état d'engouement qui ne permet plus aucune réflexion. Les autres^ qui auraient émis un vote contraire s'il y avait eu l'épreuve du scrutin , voyant le grand nombre passer dans le chœur , passaient aussi , jugeant inutile de s'opposer au torrent. » Ces témoignages assurément ne font pas foi , et nous n'entendons pas non plus les admettre comme pièces probantes. D'un autre côté , il nous est impossible de croire qu'un vote aussi important ait été unanime , car — le Conseil municipal le faisait lui-même remarquer en proclamant le résultat — une minorité de 40 voix seulement, sur un nombre de 9,700 votants, équivalait à l'unanimité. Cette unanimité môme , nous Pavons dit plus haut, autorise à suspecter la sincérité du vote à défaut de scrutin secret. Nos recherches , dans les papiers provenant des archives de la commune (i), ont mis sous nos yeux un procès-verbal de la
(f) Carton de r Université, coté 4793.
[1795] CHAPITRE XXll. 247
1" section, réanie dans la chapelle de Belair le 3 février : < Ajant rêva, y lit- on, sos arrêté du 21 janvier, et pour concourir aux seotiments de ses co-sections, la section dit et déclare son vœu nnanime être de se réunir à la république française pour faire un département, i D'après ce qui suit on doit supposer que ce premier vote avait été négatif, car voici la manière dont cette section entend la réunion : t Voir en conservant par le pajs de Liège ses propriétés, son indépendance , son administration intérieure , quasi de la môme manière que les États de la république de Hollande , ou les cantons helvétiques les conservent respectivement Tun vis-à-vis de Tautre. » La section s^explique plus loin sur les réserves qu'elle adopte, au moins la plupart. Quant au payement des frais de la guerre, sans s'y refuser explicitement , elle fait remarquer que c la république française ne Ta pas entreprise pour la cause des Liégeois , et que le sort des armes seul a amené ses troupes dans ce pays à la poursuite des ennemis.) Ici le refus n'est pas formel, mais, sur la question des assignats, la réponse est précise : € NON (i), les assignats ne sont nullement admissibles. D'abord notre pays en regorgerait, et les pays circonvoisins , dont le nôtre est comprimé , ne les admettant pas , nous nous trouverions réduits aux dernières misères; quelques accapareurs ou monopoleurs pourraient seuls faire leurs affaires dans la ruine générale. >
Voilà au moins une section qui s'est exprimée librement , et nous sommes disposé à croire que d'autres encore, ou bien auront émis un vote pleinement négatif, ou bien auront voté la réunion , mais en croyant naïvement, comme le faisait la première , que cela n'enlratnait pas la perte de la nationalité liégeoise. Nous nous demandons s'il est possible, dans celte hypothèse, que la minorité n'ait fourni qu'un chiffre de 40 opposants ?
(4) Ainsi, en grandes maguscules.
Promien actes de l'Assemblée provinciale. — Discussion sur les réserves au Tote de réunion. — . DéponiUemontdeS'proGès-yerbauK tMàh à oe vote^ — Conmuiitcation de Delacroix pa^r rapport aux r^rves. — Un nouveau v^i d'al^qu^. contre les modérés. — Nouvelle discussion dans rAssemblée provinciale sur les réserves. -^ Décisioa prise sur une proposition de Delacroix. — Dispositions des esprits dans plusieurs parti^sade la province. — Discussion relative au séquestre des biens des suspects. — If ft commissaire. oi;d0anateur ^n^p, ses.actea arbitcairâ^, sça rapports avec les autorités du pays. — P. Chaussard et son, livre. — Réponse q^ Bassenge y fait. — L'écbec d*Aldenhoven annoncé à l'Assemblée provinciale. — Mesures prises en conséquence — Séance du %^ mars. -^ Les commissaires de la Convention annoncent leur 44psrt. — La crise «& psépare* -r Séance. d«.i mars. -* Svacuation de Liège et fuite des patriotes.
Trois semaioes açr^s, q,qje les seotiions, de Liège eiy:e^^ vAl4 la réunion à la France ,1," Assemblée provinciale se con&titaa» etrQous ayons dit qu'un de ses premiers actes ( 17. février) fut.d'éi^etlre sga^i à runanimité ce voeu de réujoion ( i)., Ua a^tre , qpi le. ^jiiivit de près, fut rarrété qui ordonniailt lav dém<;^tion de la Cathédrale* OQlit à ce
(i) c< L*Assemblée, à Tunanimité, porte le procès-verbal de la séance du i7 février, a émis sou vœu particulier pour la réunion k la France. » Ces procès-verbaux se trouvent aux archives de la province dans un volume intitulé : Archives de Vadministration centrale. Registre aux procès-verbaux des séances pendant Voccupation de DunMuriez, 1703. Les procès-verbaux, jusqu*au 24 février Inclus , ont été transcrits dans le volume ; les autres , jusqu^au 2 mars , se trouvent joints en brouillons. Les deux derniers , 5 et 4 mars , sont avec d'autres pièces dans le carton de la bibliothèque de TUniversité d^jà signalé. Nous appelons de nouveau Tattention de qui de droit sur la nécessité de copier tous ces derniers procèsverbaux k la suite de ceux qui le sont déjà dans le volume indiqué.
[170] GHAPITRB XXIII. S49
sqet dans ie procès-verbal : c Un membre fait la motion de détruire la cathédrale. On demande la discnssion. On décrète unanimement la démolition , mais on arrête que Ton attendra la formation des autres comités , pour en foroÉer un de trois membres , qui s'occupera de la démolition de cette Bastille (M* ^ ^^ tradition locale attribue cette motion au peintre Defrance , mais Bassenge en revendique le triste honneur pour son fi'ère Lambert («). En disant que la mesure fut décidée à l^inanimité , le procès-verbal aurait dû ajouter : à Tuna- Diiailé des membres présents ; car il fallut le lendemain repousser par Tordre du jour une motion tendant à rapporter ce déplorable atTélé«
En votant la réunion , l'assemblée n'avait fait que constater Topinion individuelle des membres qui la composaient y la solution de cette importante question appartenant aux citoyens des différentes communes fbrmant la iiation liégeoise. Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était de stimuler celles de ces communes qui tardaient à se prononcer , et qni se trouvaient surtout dans la partie flamande de la principauté. Prévoyant un résultat contraire à leurs vues , les avancés auràictnl voulu employer les procédés expéditifs de leurs confrères des provinces belges , et ils demandaient qu'on proclamât, dès maintenant le voté des conmiunes qui s'étaient prononcées , comme étant le vœu du pays entier , piiis(}ue c'était celui de la majorité des habitants : c Les premiers pas de Tadministration provinciale, disait le BuUelin du département (s), manifestent le bon esprit qui anime ses membres.... Combien le peuple ne regrette-t-il pas que, pour demander à la France de nous adopter , il faille encore l'opinion de quelques communes, que l'intrigue de nos ennemis ou une insoudance inooncevable ont jusqu'à présent empêché de s'expliquer ! Sans
(i) L*0rg:iiMI des Jdcobltis extrêmes, fendaat compté dé ééiit séance, dit : f La ^oposition d*abattre la cathédrale,* pour effacer tout vestige de la tyrannie ecclésnstkni^ dont le pays a tant souffert , est accueillie avec la joie la plus vive et déerélée ^ Tunaninitté. • BtUietin du département du pa^s de Liège et de la BOgi^fiiei n« 7, p. 53. Ce Journal , moins Intéressant ({u*on pourrait le croire, forme 18 mimérés é'tîùt demi^euiHe itt-4» , dd f 5 février av 4 marâ , eo tout 7â pages.
(i) Bauenge à Chaussard^ p. 15.
doute la majorité des citoyens doit faire la loi à la minorité. Si cette minorité tarde ou refuse de s'expliquer , la raison et le salut public veulent qu'il soit passé outre. > L'assemblée fit sagement en ne procédant pas avec précipitation , et elle se contenta d'inviter les communes retardataires à exprimer leur intention. Hais quand il fut question de rédiger la proclamation qu'il s'agissait de leur adresser, on se demanda ce qu'il fallait faire des réserves proposées par le Conseil communal de la Cité , et adoptées par la majorité des sections. Un membre proposa d'insérer ces réserves dans la proclamation décrétée , et un autre d'en faire l'objet d'une adresse particulière. On s'en remit au comité de rédaction , el le procès-verbal ne renferme aucune trace d'opposition ; l'assemblée , où dominait le parti modéré — la composition du bureau l'atteste assez — y eût du reste mis ordre.
Jusqu'alors on n'avait rien trouvé à reprendre dans ces réserves , rien à reprocher à ceux qui les avaient proposées. La Société des amis de la liberté et de l'égalité, qui en avait pris l'initiative (i), continuait à donner pour instruction aux missionnaires qu'elle expédiait dans les différentes parties du pays , de citer le vote de la capitale comme modèle à suivre («), et la réponse du Conseil municipal aux Jacobins, qui demandaient la convocation immédiate des sections, prouve que les commissaires de la Convention approuvaient l'idée d'attendre la publication d'un rapport dont l'objet principal était bien connu. Il est attesté également que ce Conseil , avant de s'engager dans la voie qu'on lui indiquait, consulta Camus, le seul de ces commissaires qui fût alors à Liège, et que ce conventionnel reconnut la justice des demandes qu'on se proposait de faire (s). Enfin, comme le dit Bassenge à Chaussard , c depuis plus d'un mois la
(i) Bauenge à Chaussard, p. 30. < Elles furent demandées, après des discussions longues , publiques , solennelles , par la Société des amis de la liberté et de régalité , Société très-nombreuse à celte époque , et oii Timportance , la gravité de Tobjet discuté attiraient Taffluence. En sorte que, soit comme membres , soit comme spectateurs , on peut dire que la grande migorité des citoyens y assistaient. Ils applaudissaient à Punanimité, pas une voix ne s*éleva alors contre; aucun de nous cependant n*y parla pour elles. Quant i| moi , j*étais malade... •
(t) Ibid., p. 3S.
(i) /Wd., p. 32.
[inS| CHAPITRE XXIII. 251
ràinion était votée, sans que les commissaires eussent élevé la moindre réclamation sur les prétendues conditions ; sans qu'ils en eussent dit un mot à ce peuple que prétendument on égarait; sans qu'ils en eussent dit ou fait dire un mot à la municipalité de Liège , qai prétendument Favait égaré ; sans qu'ils eussent fait parvenir la moindre plainte à l'administration chargée d'envoyer le vœu à Paris; sans qu'ails en eussent enfin parlé ou fait parler en leur nom aux sociétés populaires. » (i)
L'Assemblée provinciale avait chargé un comité de trois membres (9) de dépouiller les procès-verbaux des communes qui avaient déjà voté^ et Danthine, l'un des trois députés, fit son rapport le 21 février. Le relevé établissait qu'à cette date, sur 600 communes environ (s), 378, parmi lesquelles figuraient sept villes et trois gros bourgs, avaient demandé la réunion. Le nombre des votants, ceux de Huy et de Dinant non-compris, était de 21,519, dont 14,103 avaient voté avec les réserves déjà adoptées par les sections de la Cité et 5,298 sans restriction ; 93 volants seulement s'étaient prononcés, d'une manière absolue contre la réunion, et 40 pour l'ajournement de la décision. Le lendemain (22 février) fut pris Tarrôté suivant: c L'assemblée, après Térification des procès-verbaux , arrête de proclamer que la majorité des habitants du pays de Liège a émis son vœu pour la réunion i la république française, décrète en conséquence que copie authentique de tous ces procès-verbaux sera envoyée à la Convention nationale, et que, dans l'intervalle, des missionna: js continueront à recueillir les vœux des communes qui ne se sont pas expliquées sur cet objet. » En même temps , l'assemblée chargea huit de ses membres (4) d'aller trouver le conventionnel Delacroix , récemment arrivé , pour se concerter avec lui sur les moyens de hâter la réunion. A l'instigation des avancés , soit qu'il eût été en rapport direct
(1) BoêiengeàChauuard^ p. 91.
(*) DaDtbioe, BiroD, Lambot.
(s) Un Tolume manuscrit des archives de la province, intitulé : Matricule 4u payt de Uége et comté de Looz , énumère ces communes : elles sont au nombre <)e 643 , la Cité non comprise.
(4) Detbier, Levoz, Digneffe, Loneux, DeviUers, Depresseux, Moxbon et Danthioe.
252 RÉVOLUTION LIÉGEOISE. [l795]
avec eux , soit qu'il eût été informé de leur manière de voir par ie commissaire du pouvoir exécutif Chaussard , qui venait d'être envoyé à Liège, et qui, paralt-il, assistait à la conférence (i), Delacroix s'avisa , pour la première fois , de trouver ces réserves injurieuses pour la France , et inacceptables par la Convention , et il remit à Tnn des députés (s) une note dans ce sens. La pièce n'est pas jointe au procès-verbal, mais le compte-rendu du Manuel du républicain (s), journal que publiait Lambert Bassenge , en donne ainsi l'essence : € La députation vers le citoyen Delacroix fait son rapport. Le commissaire de la Convention nationale a dit que la réunion n'aurait pas lieu , si elle n'était nue et simple ; que les assignats , du moment de notre réunion , devaient avoir cours forcé , même pour les dettes contractées avant cette époque; il ne croit pas que, si la majorité du peuple a voté pour les réserves exprimées dans l'adresse de la municipalité de Liège , l'administration générale puisse interpréter ce vœu , et il lui parait plus simple de reconvoquer le peuple dans ses sections , pour connaître sa volonté ; il finit par donner le conseil d'envoyer à Bruxelles des députés, pour conférer sur ces objets avea six commissaires de la Convention nationale qui y sont maintenant rassemblés. »
Depuis quelques jours circulaient, au sujet de ces réserves, des bruits qui allaient donner ouverture à une nouvelle accusation contre Fabry et ses amis. La colère de leurs adversaires , momentanément
(0 Dans son livre : Mimairei histariqitet et politique» tur la révolution de la Belgique et du Pay» de Liège en 4793 (in-8« de 452 pages) , Cbaussard donne , p. i04, une lettre écrite par lui de Liège aux commissaires de la Convention, où on lit : « Il est instant, très-instant, que les citoyens Danton et Delacroix se rendent ici , pour influencer de leur présence et de leur talent révolutionnaire Tadresse des représentants à la Convention, pour déjouer les prétentions des partis, pour dissoudre enfin la représentation liégeoise, à qui il ne faut pas laisser le temps de devenir une puissance, ne fût-ce que d*opinion, et qui d'ailleurs ne doit plus exister, du moment où la réunion sera acceptée. On cherche à alarmer, à diviser les patriotes en élevant des demandes de secours, d'indemnités. J'ai répondu que, si elles étaient justes, c'était insulter à la loyauté flrançaise que de désespérer de leur acquittement, i
(i) Dethier.
(s) Page i97. Ce journal, qui était hebdomadaire, comprend cinq N«« ou livraisons formant un total de 246 pages in-S*^.
(tm) UIAPITRB XXlil. t53
amortie <i ) lors du retour de tous les exilés , s'était réveillée ptns ardeate ^e jamais. Dans toutes les élections , les hommes si cruellement poursuivis par Levoz avaient obtenu un nombre de voix qui attestait Hnsuccës de ses odieuses diatribes; dans TÂssemblée provinciale » aussi lâen que dans l'administration de la Cité, leur, parti possédait une majorité non douteuse. De là un désappointement <pii contribua à réveiller une malveillance incomplètement éteinte. Pour la faire éclater de nouveau, il fallait une occasion qui se présenta lors du vote des réserves. Il est vrai que Fabry, à raison de son âge y ne fréquentait pas la Société populaire, et que Bassenge était malade quand la motion relative à ces réserves y fut adoptée ; il est vrai encore qu'ils ne faisaient plus, ni Tun ni Tautre , partie du Conseil municipal de la Cité lors du vote de l'adresse qui les proposait aux sectims. Néanmoins, quoi qu'en dise Bassenge («), on ne peut nier que l'idée de cet expédient , qui ne témoignait pas d'un enthousiasme irréfléchi , venait du parti dont Fabry était à bon droit considéré comme le chef, et la méfiance (s), qui se plaisait à empoisonner tous les actes du vieillard , se demanda encore quel était le mobile de sa conduite ? Ce ne pouvait être que le désir de Conserver le pouvoir et l'influence qu'il donne. Or, pour cela, qoe lui fallait-41 faire? Empêcher l'union avec la France^ en la subordonnant à des conditions que la Convention nelpouvait accepter. L'historien ne doit éprouver aucun embarras à déclarer cette imputation absurde, et à ratifier complètement ces paroles de Bassenge : < Certains individus s'avisèrent d'accuser quelques-uns d'entre nous d'avoir imaginé ces prétendues conditions, pour faire rejeter la réunion , supposition extravagante qui ne mérite pas en vérité d'être réfutée (4). > Nous avons en effet constaté, tout en la déplorant, l'attitude bien nette de Fabry et de ses partisans dans la question de réunion à la France. Dès que cette réunion prenait à
(1) U panlt qtt*il y avait eu k Paris , en septembre i799 , une espèce de réconciliation. Basunge à Chauuard , p. 72.
(1) i&ttf., p. 30.
(s) Bassenge indique particoUërement Levoz etDigneffe, quand , dans sa réponse à Chaussard, il dit : t Plasieurs de ceux qui instiguent non calomniateurs actuels bisaieni partie du Comité révolutionnaire belge et liégeois. >
(4) iM.,p. 91.
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leurs yeux le caractère d'une nécessité, les réserves proposées avaient un objet patriotique parfaitement exposé dans ces lignes : c La réunion étant devenue le vœu général , les citoyens se disaient: ne pourrions-nous pas arranger en même temps nos affaires intérieures? Le pays a une dette, celle surtout des créanciers de la première révolution, de ces hommes qui ont fait de généreux sacrifices à la cause de la patrie et se sont tus frustrés, par le retour des tyrans, du remboursement le plus légitime ; ne pourrionsnous pas promptement la liquider? Il en est une bien plus sacrée, bien plus urgente, la propriété du malheur, les dédommagements dus aux déplorables victimes delà plus implacable persécution, à ces martyrs de la liberté dont les biens confisqués, les familles ruinées, Tétat anéanti crient vengeance ; cette dette sacrée d'indemnités dont répondent les fortunes des lâches vexateurs , ne pouvonsnous pas racquitter sans délai? Tout retard n'est-il pas un crime ? Les Français nous applaudiront sans doute. Tel était le cri général. Les Franchimontois en donnèrent l'exemple, et certes personne ne s'avisa de leur en faire un crime ; et certes il faudrait tout dénaturer pour leur en faire un. » (i)
Ce n'était pas dans le sein de la Société des amis de la liberté et de l'égalité que ces absurdes imputations se produisaient: la majorité y restait toujours acquise aux modérés; mais à côté s'en était établie une autre, celle des sans-culolles, necrutée dans les basfonds du parti révolutionnaire, et présidée habituellement par deux moines défroqués, Ponlot et DemaDy.(3). Là était le théâtre de la lutte , là se faisaient entendre les divagations les plus déraisonnables par rapport aux réserves, là enfin Fabry, attaqué ailleurs sourdement, était ouvertement présenté comme un contre-révolutionnaire! Il avait , paralt-il , prononcé à l'Assemblée provinciale un discours qui
(i) Basienge à Chaussard, p. 75.
(«) Il existe dans les Papien de Fabry quelques lettres de ce Ponlot , écrites en 4790, pour dénoncer ses frères de Tabbaye d*Alne. La Société des Sans-Culottes tenait ses séances dans Téglise des Mineurs , Tautre dans celle des Jésuites. Il doit y avoir eu une troisième Société populaire , dite aussi : des Amis de la liberté et de Tégalité, qui siégeait dans la chapelle du palais (église S*^Ursule). Voir un avertissement daté du 30 janvier dans la Gazette nfltionale liégeoUe de ce jour. l\ est signé : P. C. Marchât ^ président, Comene^ Owen^ secrétaires.
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finissait ainsi : c J'ai promis de me conformer à la volonté générale ; je promets encore de ne jamais m'en écarler y el celle de la pluralité de DOS sections m'impose la loi de joindre à notre vœu de réunion à la France, ceux qu'elles ont émis en même temps pour nos arranj gements particuliers.... Nous souhaitons tous de devenir Français ; mais, pour mériter cette adoption, faut-il absolument oublier qu'on
i est Liégeois?) Un sans-culotte, qui ne s'est pas fait connaître, s'empara de ce passage qu'il ne viendra à l'esprit de personne de blimer, et monta un jour à la tribune pour hurler une réponse où nous lisons : c Oui, il le faut oublier. Eht vous perdriez au change peut-être? Dites que le nom français va vous avilir! Dites plutôt que vous regrettez vos Autrichiens, vos Prussiens, votre prince de Liège t Citoyens , voilà le premier jour , la première fois pe je monte à la tribune. J'y monterai encore, oui j'y monterai, mais ce sera pour y combattre les intrigants, les modérés, les modérés, dis-je. :» (i)
Nous croyons être dans le vrai en attribuant aux suggestions de ces insensés Tobservation tardive de Delacroix. Chaussard (s) semble en revendiquer l'initiative, mais il ne fut probablement aussi qu'un
(i) Riponu au mé$noire <nt à Vadresse de J. J. Fabry^ député à l'auemblie lU§eo%ie^ lue à Vunemblée du dub de* San$'Culottes le 28 février , Van II de la r^ubUque française. In-8<» de 8 pages. C'est à ces divagations que fait allusion Damottriez quand , dans ses Mémoiret (H. 14), s*occupant des Liégeois, il dit: « Us aTaient ôté leur confiance à leurs chefs, qui avaient voulu fonder leur liberté sur des principes sages. Fabry, Chestret, hommes très-honnétes et qui ne voulaient que le bien de leur patrie , avaient perdu tout leur crédit. » Nous avons parlé ailleurs (BiUwre des Belges^ II. 107), d*une pétition pour faire disparaître tous les enblèmes du système déchu. Cette pétition fut présentée par Ponlot à la municipalité, an nom des Sans-Culottes, le 9 février. L'assemblée n*ayant pas jugé convenable de donner suite à cette affaire , les Sans-Culottes revinrent.à la charge, comme le prouve la pièce suivante extraite du carton delà bibliothèque déjà signalé : f Séance da 38 février 1795 , Tan II de la république française. La Société des Amis de la liberté et de Tégalité députe les citoyens Ponlot et Behr vers le conseil municipal , i reffet de lui représenter qu'elle a déjà fait diverses députations pour le prier de vooloir faire disparaître toutes les armoiries , enseignes et autres emblèmes du despotisme , qui blessent les yeux de tout républicain , mais jusqu'à présent leurs représentations ont été infructueuses. £lle le prie donc instamment de vouloir s'occuper de cet objet. P. Pestieauxy président, J. F. /«/a, secrétaire.»
(I) Mémoires historiques et politiques ^ etc. , p. 104.
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écbo. Quoique assez étrange, puisque enfin si ie peuple li^eois avait le droit de ne pas se donner à la France , il avait bien aussi celui de déterminer les conditions auxquelles il entendait le faire , cette observation cependant ne pouvait être dédaignée, dans les circonstances difficiles où Ton se trouvait , avec cette tourbe d'anarcbistes dont les agents étrangers encourageaient les tnacbinations. L'Assemblée provinciale s'occupa de la question dans sa séance du 23 février , jour où la députation envoyée à Delacroix fit son rapport parla bouche de Loneux, et où Dethier fit lecture d'une note renfer^ mant les observations de ce conventionnel relativement aux réserves. La discussion fut longue et passablement confuse. La mayoritô évidemment désirait trouver un biais qui donnât quelque satisfaction aux commissaires de la Convention. Les uns proposalebtde restreindre les réserves aux deux articles qui concernaient Tindemnité due aux victimes de la tyrannie et la circulation des assignats : en matière de remboursement de rentes , Tacceptation de ce papier-môunaie n'aurait été obligatoire qu'après un délai de deux ans. Pour appuyer ce système , on ajoutait que les réserves adoptées n'étaient pas deft conditions, puisqu'on s'était réservé de les discuter (i). Les autres répondaient qu'il n'appartenait pas à l'assemblée de substituer sa volonté à celle des électeurs , et demandaient en oonséquence qu'ils fassent de nouveau convoqués et invités à émettre on toié pur et simple, sauf à transformer les réserves en pétitions parllculière». Vet-^ pédient était défendu surtout par les PranchimoUtois, qui, ayant àUssi en définitive voté des réserves , se trouvaient assez embarrassés de leur attitude t eux qui se posaient maintenant en censeurs moroses du système proposé par la municipalité liégeoise. € Ceux du quartier de Franchimont, disait avec raison Bassenge, ne se aontr-ils pas expressément réservé de faire régler, par des députés à nommer par eux, les indemnités dues aux infortunées victimes de la première révolu-
(0 Dès le 3 février, Bassenge cadet avait dit dans son Journal : c Ces points ne sont pas des conditions absolues. En les proposant à ses concitoyens , lat municipalité de Liège a fait son devoir; elle leur a montré avec franclrise quelques inconvénients qui pourraient résulter de la réunion à la France , et elle a mérité leur estime, en les invitant k laisser à Tadministration générale du pays le soin de chercher les moyens de les prévenir et de les empêcher. » Manuel du républicain , pa^e 44,
[t19Sl CHAPIURB XXUI. 257
tioD (i)?... Ebl qa'imporlenlune ou deux conditions, du momeni.où le J€BQ n'esL pas pur, simple? Ils ont donc aussi insuUé à la loyauté /hMfotM j> Dans ce cas, ils devraienl rougir d^accuser leurs frères (s).» Enfio, après avoir iongneaieiit discuté» rassemblée décida de chaîner ^àire de ses membres de présenter à la Convention le %od\i de réimifm. lel qu'il avait été émis. L'arrêté du 2S était confirmé , avec cette seule modification qu'il n'y aurait pas de proclamation faite au peuple à ce sujet. La députation composée de Bassenge , Henkart, Dechamps et Lesoinne — et cette composition démontre encore i%flneiice da parti modéré dans l'Assemblée provinciale — fut choisie le 26, et son départ fixé au lendemain du jour où elle recevraii la copie des procès-verbaux à porter à Paris (s). La mino- Qté ne se tint pas pour battue, et, le lendemain, rassemblée fut appelée à discuter de nouveau la proposition de réunir les électeurs pour ea obtenir un vote pur et simple : elle y répondit par Tordre dn jour, et le journal des avancés eut soin de dire à ce propos : c On a Vei de regretter que cette motLon n'ait pas étô appuyée des raisons ynûaantoa qui la rendaient digne de rattention la plus sérieuise , et qui , de Tavis d^in gjrand nombre de bons citoyens , doivent remporter sur les considérations présentées dans les instructions pow les députés à la Convention nationale de France. » (4)
Le 2 mars, au lendemain de Téchec d'Âldenhoven , cette motion encore reproduite trouva un accueil plus favorable. Laissons ici parier le procès^verbal : « Un membre fait observer quMl s'élève des craintes que le vœu émis pair la majorité des habitants du pays de Lié|e , pour la réunion à la république française , ne soit point accepté avec* les réserves et restrictions qui y sont apposées ; il demande que les assemblées primaires soient convoquées, pour
(0 Voir dans le chapitre précédent rarrété du 23 décembre 1792.
(<) Boêsenge à Chatusardy p. 36.
(s) Voir leurs instructions dans le BuUeiin du département ^ etc. Np 17, p^ 06. A b suite , soos le titre : YarUtU , se trouve un long article contre les réserves et a faveur du coiirsibreé des assignats. Ce journal avait dans le N* précédent déjà publié un article à ce sujet oU Fauteur : le citoyen Vamey^ soldat français^ disait aux Liégeois : c Vous êtes Français quand vous recevez des écus, mais, s'agit-il de TOUS donner des assignats au lieu d*écus , vous redevenez Liégeois. »
(i) IHd, N» 16, p. 61.
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qu'elles expriment leur vœu parement et simplement , sans condition, en laissant aux administrateurs le soin d'implorer, par une pétition, la justice de la Convention nationale de France, pour les objets de localité. Il lit un projet d^adresse au peuple liégeois. Un membre propose que le peuple soit invité à émettre son vœu purement et simplement, sans réserves ni restrictions, mais qu'en même temps il témoigne son désir d'obtenir les avantages qu'il sollicitait par son premier vœu. > On en était là , et rassemblée allait adopter la dernière motion, faite par Bassenge cadet de concert avec son frère (i), quand se présenta Delacroix, accompagné de ses deux collègues Gossuin et Merlin. Il demanda à l'assemblée de suspendre sa décision , et de se former en comité général pour recevoir une communication à ce sujet. Le procès-verbal ne contient aucun renseignement sur ce qui fut fait hors de la séance publique , mais la réponse de Bassenge à Chaussard supplée à cette lacune : elle nous apprend que Delacroix , avec l'assentiment marqué de ses deux collègues , fit sa communication dans les termes suivants : c II me semble, dans ces moments , inutile de convoquer de nouveau le peuple; le désir universel de voir s'opérer promptement la réunion est prononcé de la manière la plus énergique. Toute la question roule sur les conditions; Tadministration est d'accord que ces conditions soient changées en pétitions , qui seront faites à la Convention, après avoir demandé la réunionpure et simple. Il est évident que le peuple prononcera là-dessus comme elle, car son intention est bien connue. Je propose donc d'arrêter et de publier que , connaissant le vœu , les intentions, la volonté du peuple; sachant qu'en faisant à la France quelques demandes avec l'émission de son vœu de réunion, il n'^a jamais enlendu faire dépendre d'elles celte réunion , premier objet , ou plutôt seul objet de ses désirs , Tadministralion générale va faire porter à Paris ce vœu par et simple , et qu'en même temps elle présentera ces demandes comme pétitions ; elle les sollicitera instamment, fera un tableau de la situation des Liégeois, des malheurs dont ils ont été accablés , des localités qui les ont engagés à faire ces demandes , etc. Cette marche sera , sans délai , suivie , à moins que le peuple souverain, huit jours après la publication de cet arrêté,
(i) Bauenge à Chauuardy p. 93.
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ne fasse parvenir à radministration une volonté contraire (i). » Qaelqae embarrassantes que fussent les circonstances , la marche proposée par Delacroix restait toujours assez étrange , et Bassenge a soin de le faire remarquer: < Il n'appartenait pas, dit-il » à radministration d'apporter le moindre retard à Texécution de la volonté du peuple qui, n'élevant aucune réclamation, annonçait qu'il y persistait, et condamnait par son silence quelques voix isolées sans prépondérance , qui murmuraient sans sens ni vues. Il appartenait bien moins à une administration de tracer au peuple, qui avait parlé, un cercle seooiblable et de lui dire : si vous ne parlez pas de nouveau avant huit jours, nous agirons de telle ou telle manière (s). » Hais il était difficile de résister aux commissaires de la Convention, et aux réclamations des exagérés qu'ils soutenaient ; aussi l'assemblée se soumit-elle. En reprenant la séance publique , elle décréta en termes généraux c qu'il serait formé un comité , pour rédiger la délibération sur les moyens de rendre le ve^u du peuple , pour la réunion à la France, pur et simple. » Bassenge fut chargé de rédiger la proclamation proposée par Delacroix ; au préalable , elle fut approuvée par oes proconsuls susceptibles , puis décrétée et approuvée. Deux jours après, les Autrichiens étaient aux portes de Liège.
Nous ayons signalé ailleurs (3), dans la conduite des agents de la France, une différence entre les provinces belges et la principauté de Liège, Toutefois on se tromperait fort si l'on croyait qu'ici les actes de brutal arbitraire firent défaut; si l'on croyait que le décret du 15 décembre fut accepté dans toutes les localités aussi bénévolement qaedans la capitale. La grande majorité des communes flamandes, qui déjà s'étaient montrées indifférentes, si pas hostiles— le district deS^-Trond surtout— aumouvement du 18 août 1789, ne témoignaient père de sympathie pour les idées des patriotes. Ces sentiments étaient un peu moins défavorables à Tongres et à Hasselt. Hyac. Fabry, qui y avait été envoyé avec Lesoinne pour travailler en faveur de la réunion, fit son rapport à l'assemblée le 19 février, et déclara c qu'ils stmeni en général trouvé dans les habitants de ces districts de bonnes dispositions, Famour de la liberté, mais encore quelques inquiétudes^
(1) Bauenge à Chaussard , p. 94.
(1) Ibid. , p. 95.
(s) Histoire des Belges, etc., II. 176.
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quelques doutes, qaelqucs vieux préjugés, quelques erreurs suggérées par la malveillance que les amis de la liberté et de régaKté se Sat* iaieni de dissiper bientôt (i). » A travers les précautions oratoires, on comprend que les deux commissaires n'^avaient pas à se féliciter du résultat de leur mission. Tongres et Hasselt nammèrent des représentants, qui prirent quelque part aux opérations de l'assemblée; mais à S^Trond les élections n'eurent lieu que le 27 février, et, si les députés de ce quartier se rendirent à Liège , ils durent y arriver à peu près en même temps que les Autrichiens. Dans la partie wallonne de la principauté , Verviers montrait également peu de propension à adopter les idées qui prévalaient dans la capitale, et la pression exercée par le congrès de Franchimont dans tout le quartier rencontrait là, comme obstacle, Tinfluence de riches industriels déjà notés pour leur attachement au prince déchu. Leur répugnance à adopter le régime français se révéla particulièrement à Toccasion des mesures à prendre pour assurer Tindemnité promiseaux citoyens persécutés par le gouvernement de Hoensbroeeh. Dans la séance de l'Assemblée provinciale du 20 février, la motion fut faite d'ordonner aux autorités communales de mettre sons le séquestre c les biens de tous composant cour ou tribunal de juges , ou occupant places de magistrature ou militaires pendant la contrerévolution, i Nous ne pouvons indiquer l'auteur de la motion, rassemblée ayant déclaré quelques jours auparavant que les noms des orateurs ne figureraient pas au procès-verbal ; mais il appartenait certainement à la petite phalange des avancés , et sa proposition fut combattue par plusieurs membres de la majorité. On lai répondit qu'il n'était pas permis de présumer le crime, et de prendre, avant de l'avoir prouvé, une mesure aussi rigoureuse que celle qui était proposée ; le séquestre d'ailleurs était inutile , puisque la fortune mobilière était emportée dans l'exil par ceux qui' se sentaient menacés, et que les immeubles constituaient une garantie suffisante , surtout si Ton avait la précaution de déclarer nuls les contrats de vente conclus depuis l^arrivée des Français dans le pays. La mesure proposée, répondait^on , est à l'avantage
(i) Le rapport a été publié par M' F. Capitaine dans le BuUetin de ImSoâéU scientifique et littéraire du Limbaurg, t. VI, 1863, p. iU-m.
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des opprimés dont il faut assurer le sort; ce n'est pas à eux à prouver le crime de leurs oppresseurs , mais à ces oppresseurs à se disculper. Avec de pareilles idées on pouvait aller loin, et ce fut pour échapper à des conséquences faciles à prévoir , qu'un membre de la majorité proposa de décréter que la révolution avait uniquement pour but de conquérir la liberté , non d^eiercer des vengeances. Il y avait d'autant plus de générosité à élever ainsi la voix en faveur des principes, que la Chambre de Wetzlar et le gouvernement de Hoensbroech avaient précisément pratiqué le système invoqué par les démocrates extrêmes, en saisissant, préalablement à toute condamnation, les biens des malheureux qu'ils décrétaient de prise de corps. Sentant peut-être qu'ils ne l'emporteraient pas, les partisans de la mesure odieuse du séquestre cherchèrent à l'obtenir par une voie détournée , en faisant remarquer qu'il ne s'agissait en définitive que d'exécuter l'article 4 du décret du 45 décembre. Après une dernière résistance , la majorité dut se rendre, et décréta le séquestre des biens des fauteurs^ adhérents et satellites volontaires du despotisme : c'étaient les expressions mêmes qu'on lisait dans cet article 4. Une désignation aussi vague devait cruellement embarrasser les administrateurs chargés d'exécuter la résolution, et les réclamations ne manquèrent pas. Il en vint notamment du Conseil municipal de Yerviers , qui avait cependant été renouvelé dans le sens révolutionnaire , et , le !27 février ^ ses députés à l'assemblée demandèrent en son nom qu'on déterminât les catégories de citoyens auxquelles ces expressions s'appliquaient. Alors Brixhe (i) proposa la rédaction suivante : « Tous ceux des membres des ci-devant États et d'autres corporations quelconques, ainsi que tous les fonctionnaires publics , soit magistrats , soit les conseillers privés de la chambre des comptes du ci-devant prince , soit tous autres officiers civils et militaires qui ont prêté les mains à la contre-révolution, en exécutant ou faisant exécuter les sentences de Wetzlar. :» A ces catégories assez nombreuses de proscrits, Brixhe proposait d'ajouter € ceux qui, avant la révolution du 18 aoiit 1789, soutenaient des prétentions contraires à la paix de
(0 Le brouillon de la motion, joint au brouillon dn procès-verbal , est de sa main.