TOME II
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étaient révolutionnaires , d'avec ceux attachés à leur prince , et les malintentionnés seront imposés le double , le triple , le quadruple des autres , même le centuple pour les chefs ; et les braves gens contribueront avec plaisir pour une petite somme, parce qu'ils doivent être charmés d'être délivrés de ces factieux. »
A un pays qui venait de supporter les maux d'une invasion , et qui allait encore avoir à entretenir sans indemnité une armée libératrice, imposer une contribution aussi élevée, c'était user bien rigoureusement du droit que donne prétendument la guerre. C'est ce que pensait sans doute le trésorier-général Désandrouin, quand il écrivait de Haestricbt à Mettemich que la leçon était un peu amère , quoique, ajoutait-il, elle fût après tonl plus humaine qu^un pillage ordinaire exercé par les troupes en pareille occasion (i). C'est aussi ce que pensaient les braves gens à qui Cobourg prêchait la résignation , et qui lui députèrent les personnages les plus notables du parti du prince pour le fléchir (i). Il parut ne pas comprendre que cette contribution pèserait à peu près exclusivement sur ceux qu'il venait délivrer, non sur leurs adversaires, qui étaient déjà dépouillés de leurs biens , et il se montra intraitable. Il y avait là une première ' manifestation de la rancune que conservait la Cour de Vienne pour l'opiniâtreté du gouvernement liégeois à ne pas suivre les conseils de Mettemich ; nous aurons bientôt à en signaler encore une autre.
Héan reçut communication de la proclamation de Cobourg au moment où il s'apprêtait à quitter Munster, lieu de son refuge pendant l'invasion : celte pièce diminua considérablement la joie qu'il avait ressentie à la nouvelle du départ des Français, et dérangea son plan, qui était de se rapprocher de Liège. Ce sont les expressions d'une
(i ) Lettre à Mettemich datée de Maestricht le i2 mars. Bans une autre du même au même , de S^Trond le 15 , on lit : c L*objet de ma mission à Liège, où j*ai des connaissances et des possessions , était de connaître avec certitude la façon de penser de ses habitants , qui avaient montré infiniment d^engouement pour les opinions des démocrates français. J*ai pu m*assurer que tous les citoyens honnêtes et possessionnés les détestaient hautement ; mais que le peuple , qui est trèsméchant et encore plus dangereux, soupirait après le retour du désordre, et conservait encore l'espoir d'un pillage abandonné à sa fureur , en cas d*un revers quMl implore. » Chancellerie des Pays-Bas à Vienne , vol. 286.
(s) Esprit des Gazettes. 1793. I. â75.
It795j CHAPITRE XXIV. fig
lettre (i) de son secrétaire Berlhonier à Ghisels, qui s'était empressé de retourner à son poste pour réorganiser le gouvernement. A cette lettre (10 mars) le prince ajoutait un post-scriptum : il mandait à son grand-écolâtre qu^'aussitôt après avoir reçu sa dépêche jointe à la proclamation de Cobourg, il s'était rendu chez le comte de Westphalen, représentant de TAutriche près de TÉlecteur de Cologne, puis chez cet électeur môme (s), pour leur communiquer la pièce et demander des explications : tous deux reconnurent Tinjustice de la mesure, et supposèrent quelque équivoque ; toutefois ils croyaient que, si Gobourg avait agi par besoin d'argent, il fallait mettre tout en œuvre pour lui en procurer , le succès de la bonne catise y étant attaché; l'avance, ajoutaient-ils, serait plus tard remboursée par la caisse générale de l'Empire. Héan était d'autant plus fondé à faire ces observations, que Gobourg, à Liège, se trouvait encore dans l'Empire germanique , et non en pays ennemi. De quel droit alors y prélever une contribution de guerre ?
Méan envoyait en même temps à son grand-écolâtre copie d'une lettre au généralissime , dans laquelle , après l'avoir félicité sur ses succès , il abordait la question délicate de la contribution , et la traitait de la façon convenue avec l'électeur : le pays de Liège n'est pas la cause directe de la guerre actuelle , et ne doit pas profiter seul des avantages récemment obtenus. Il n'a pas été non plus la cause des perles éprouvées par les Impériaux lors de leur retraite, l'année précédente: Glerfayt, qui la dirigeait, peut attester que le prince et le pays ont fait ce qui leur était possible pour alléger les souffrances des troupes. Si le généralissime a besoin d'argent, qu'il le dise , et on tâchera de lui procurer, à titre d'avance , tout ce qu'on pourra.
Le lendemain, nouvelle lettre du prince à son grand-écolâtre. n a revu le comte de Westphalen : € La contribution est reconnue injuste, impossible, et on en serait même honteux. Mais comme on envisage que le prince de Gobourg a fait cette demande pour donner
(i) Du iO mars. Fondt GhkeU , farde 528. Les lettres adressées à Berthonier le qualifient : conseiller intime et secrétaire de cabinet de Son Altesse.
(fl) Lors de la prise de Mayence et de la débâcle qu*elle détermina dans les principautés ecclésiastiques du Rhin, Télecteur s^enfuit à Textrémité de son électorat.
»0 RÉVOLUTION LIÉGBOISB. [1793]
une récompense à son année, et animer de pins en plus sonrCOiir«ge pour assurer le succès » ce à quoi nous avons tous le plus prand intérêt, en a jugé qu'il fallait donner à cette affaire une tournure propre à ne point mécontenter le prince, ce qui est de la dernière importance, à ménager sa réputation, et en mâme temps à empocher que le pays en soit aucunement grevé, et ne ressente aucun autre inconvénient que la peine de procurer, très-preêtement ^ nne somme qui , sans être aussi considérable que celle qu'on a demandée, ce qui est impossible, soit pourtant proportionnée à sa destination et à la distribution qui doit en être faite. Le comte de Westphalen , ajoutait Méan , m'a derechef demandé de vous prier très-instamment, si l'affaire s'arrangeait de cette manière, et que le prince de Gobourg devint traitable d'après ce qui lui a été écrit hier, de mettre le plus de célérité possible dans le fournissement de l'argent, et même de forcer, s'il en est besoin , ceux qu'on sait qui en ont à le donner. Je ne fais en cela que transcrire mot pour mot ce que le comte de Westphalen m'a dit (i). > On a de nouveau déclaré que ce ne serait qu'une avance , mais il faut se hâter , dit Méan , et lui-'même s'exécute en offrant 24,000 fl. qui restent dans sa caisse et quelques centaines de louis qu'il a laissés à Haestricht. La chose pressant, on peut aussi recourir aux Israélites chrétiens. Si Gobourg est parti, qu'ion lui envoie un homme intelligent pour négocier l'affaire ; Méan ne quittera Munster que lorsqu'elle sera arrangée.
Toutes les instances furent inutiles : Gobourg repoussa ces ouvertures, et la somme fut payée môme avant le terme fixé par la proclamation (9). Ghisels s'empressa d'en informer Méan, l'engageant à revenir au plus tôt, et Méan lui répondit sans tarder ( 13 mars ) que , malgré son désir de revoir Liège , il ne croyait pas pouvoir encore quitter Munster , où sa présence continuait à être nécessaire c pour la fâcheuse affaire survenue à l'improviste. » La contribution ayant été payée, il va aviser aux moyens de récupérer la somme; il lui
( I ) Fonds Ghisels , farde 528.
(s) Le 13 mars, le conseiller Leclerc, renvoyé à Liège par Mettemich, lui écrivait : c< La contribution de 600^000 florins, imposée k la ville par le prince de Gobourg, est d^à entièrement payée. > Chancellerie des Pays-Bas à Vienne , vol. 386.
eût été impossible d^'arriver assez tôt pour empêcher le palment, et, d'ailleurs y ajoutail-il , c vu Topiniâtreté du prince de Cobourg à résister aux instances faites même en mon nom , ma présence près de lui n'aurait pu rien effectuer, n Le comte de Westphalen , avec qui il a encore causé de cette affaire , lui a dit en avoir écrit à l'Empereur € et ne pouvoir répondre plus positivement sur cet objet, que lorsque le détail des motifs qui ont engagé le prince de Cobourg à faire celte demande nous serait connue dans son entier, avec toutes les circonstances qui ont accompagné l'entrée des Autrichiens è Liège, et la manière dont on les y a reçus, chose sur quoi on varie beaucoup (i). > Méan priait Ghisels de lui répondre de suite, et Use proposait de partir pour Dusseldorf immédiatement après la réception de cette réponse.
Sa dernière lettre, datée de Munster, est du 16 mars. Il a reçu celle de Ghisels (s), et s'est empressé de communiquer les pièces qa'^elle accompagnait à l'électeur et au comte de Westphalen , avec qui il a c arrangé tout ce qu'il était possible d'arranger pour le moment. » Il compte avoir encore une entrevue le lendemain , et partir le lundi 18; de la sorte il pourra être rendu le mardi à Dusseldorf, le jeudi à Aix-la-Chapelle et le vendredi à Liège. Tels étaient ses projets le 16. Le 19, ils avaient déjà subi quelques modifications, puisqu'il écrivait à Ghisels de Dusseldorf où il venait d'arriver : «Vous persistez à désirer infiniment que je revienne à Liège, pour accélérer la marche des affaires. J'en sens aussi parfaitement moi-même la nécessité ; c'est pourquoi je ne m'en éloigne aucunement, et je me propose même d'y retourner aussitôt que je le pourrai. » Hais il y trouve des obstacles. Où descendre ? Le palais est devenu pour le moment inhabitable , et l'hôtel de sa famille , d'où l'on a d'ailleurs emporté tous les meubles , exige des réparations considérables; puis il se prépare c des événements très-importants et même peut-être décisifs, et Ton croit, dit-il, qu'il serait prudent d'en attendre l'issue avant de me rendre à Liège. » Du reste , il se propose toujours de gagner Aix-la-Chapelle le surlendemain, (s)
(4) Fondé Ghisels, farde 528.
(t) Les copies de ces lettres du grand-écolàtre n'ont pas été retrouvées.
{^) Fonds GhiseU,ibid,
Il y arriva en effet au jour indiqué, et y trouva Ghisels, qui lu\ fit une commuaicatioD bien propre à amener un nouvel ajournements Il s'agissait d'une lettre où Cobourg disait € qu'il venait de recevoir, par exprès, Tordre de l'Empereur de prendre en dépôt le pays de Liège et son administration, jusqu'à ce que les circonstances permissent la réintégration du prince et des États du pays dans leurs droits respectifs; il prévenait le prince de cette disposition , pour lui éviter tout désagrément (i). ^ On ne pouvait plus nettement lui enjoindre de rester provisoirement où il était.
Le premier sentiment qu'éprouva Méan à une semblable communicalion fut celui de la surprise, et il est consigné dans une dépèche de Berthonier à Ghisels (22 mars), qui, immédiatement après l'entrevue, était retourné à Liège : € Le prince , disait-il , se persuade que la lettrene peut être interprétée dansle sens que vous l'avez prise
lors de votre départ d'ici, il tient môme la chose pour impossible
Comme vous proposiez de faire usage de cette lettre , S. A. croit que ce n'est pas le moment, et me charge de vous prier de différer jusqu'à ce que la chose soit tirée au clair. Je me rappelle d'^avoir entendu dire que le prince de Cobourg n'était pas un ministre , mais un militaire , et que , dans ce cas , on ne devait pas s'attacher à la lettre à tout ce qu'il pourrait écrire, et je crois que ce sera encore le cas ici (a). > Méan se trompait, et nous allons le démontreî*; mais l'incident était si étrange , qu'il lui était en vérité bien permis de croire à quelque malentendu , et un autre personnage , qui semblait devoir être au courant de la chose, y fut pris comme lui.
Le 8 mars, Metternich avait résolu de renvoyer à Liège, toujours en qualité de commissaire du cercle de Bourgogne, le conseiller Leclerc. Ses instructions ne contenaient que deux articles, mais assez importants pour être signalés. Le premier lui enjoignait de
( I ) Nous ne pouvons garantir Texactitude littérale , la pièce même n*ayant pas été retrouvée ; le texte que nous donnons est celui que communiqua de mémoire le prévôt Harlez au conseiller Leclerc , dans une entrevue dont il sera question incessamment. Il y a bien , dans la farde oii nous puisons ces détails , copie d*une lettre de Cobourg; mais c*est une lettre ostensible que Méan envoya à Ghisels poup la communiquer au Chapitre , et par conséquent elle est be^iucoup tt)oins Vnxi^ phante.
(i) Fondt Ghisel9, fardç 528.
[il^] CHAPITRE XXIV.
donner, dès son arrivée, connaissance de sa nomination au fonctionnaire chargé par le prince-évéque de la direction des affaires , et de loi exprimer Tintention où était TEmpereur de contribuer, de tout son pouvoir, au rétablissement de Tordre et de la tranquillité; il devait , dMn autre côté , insister sur une amnistie , d'où ne seraient exclus que ceux qui avaient provoqué l'invasion des Français, ou fait acte public d'adhésion à leurs principes. Par le second article, il était prescrit à Leclerc d'engager le prince « à ne pas se refuser à entendre les griefs toujours subsistants de la nation , bien entendu toutefois que ces réclamations fussent faites par des personnes suffisamment autorisées à cet effet. M. Leclerc , ajoutait-on , se bornera pour le moment à ces deux points , et attendra les instructions ultérieures que le développement des circonstances pourrait amener. » ( i )
Arrivé à Liège (11 mars), Leclerc s'empressa de se présenter chez le chancelier, baron de Sluse, qui lui demanda ses instructions pour les communiquer au Conseil-privé. Leclerc les remit le surlendemain , et , dans cette seconde entrevue , le chancelier lui dit que le retour du prince était ajourné. Surpris du mystère qu'on faisait de la cause de cet ajournement, Leclerc se rendit à la soirée chez le prévôt de Harlez, qui, le croyant instruit de tout, cita de mémoire les termes du message de Cobourg tels qu'on vient de les lire, et s'engagea même à lui en procurer une copie; mais, le lendemain , il s'en excusa , de crainte , disait-il , de mécontenter l'auteur du message en lui donnant de la publicité, c Votre Excellence, ajoutait Leclerc en terminant son rapport , est sans doute informée de cette disposition souveraine, dont j'ai dû avouer ingénument à M' de Hariez que je n'avais pas la moindre connaissance. Elle me donnera sans doute des ordres et des directions en conséquence , cette disposition se trouvant en contradiction avec ce que , par mon instruction , j'ai été chargé d'annoncer, savoir que S. M. se prêterait avec plaisir à concourir au but salutaire du rétablissement de Vordre^ de la paix et de la tranquillité publique * au pays de Liège , mats qu^elle en avait abandonné tout le soin au prince-évéque ^ qui puisera dans sa sagesse tous les moyens d'y parvenir. En attendant les ordres de Y, E. , je
(i) Chatwetlerie des Pays-Bas à Vienne^ vol. 386,
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crois ne pouvoir hasarder aucune démarche, ni vis-i-vis du prince de Cobourg , ni vis-à-vis du prince-évêque ou de son ministère. J'avouerai à V. E. que je n'y conçois rien , et que je ne vois pas de quel (droit?), ni dans quelle vue, on pourrait vouloir s'emparer ainsi, de la part de S. M., du gouvernement de cet état, et en déposséder le prince légitime, qui en a repris la possession par son Conseil, dès le moment que les usurpateurs en ont été chassés par Tarmée victorieuse. Je ne parlerai pas delà sensation qu'une entreprise pareille ne manquerait pas de faire dans l'Empire et dans toute l'Europe. Il faut qu'il y ait quelque malentendu. >
La surprise du député à coup sûr était légitime , et il avait bien raison de, trouver que le message de Cobourg contredisait singulièrement sa mission. Ce message, néanmoins, n'était qu'une exécution des ordres précis de la Cour de Vienne, car l'article 2 des instructions données au généralissime portait : c Le pays de Liège, lorsqu'il aura été conquis par l'armée que vous commandez , devra être pris en dépôt et en administration , en notre nom , et devra être gouverné par droit de conquête , jusqu'à ce que les circonstances permettent la réinstallation du prince, du Chapitre et des États de Liège, dans leur autorité et dans leurs droits (i). » Pourquoi Hettemich, qui connaissait ces instructions , puisqu'elles avaient été transmises par son intermédiaire , n'en parla-t-il pas à Leclerc quand il le renvoya à Liège ? Il est assez probable que ce fut pour ne pas ébruiter l'affaire , car dans sa dépèche à Trauttmansdorff (s), à laquelle était joint le rapport de Leclerc (26 nov. ) , il se montre fort préoccupé de l'effet que produira la lettre de Cobourg , si elle est connue , quoique au fond il ne fût pas fâché de faire sentir au chef de l'Ëtat liégeois que le système conseillé par lui était bien le système de la Cour de Vienne , et qu'en refusant de suivre ses conseils , c'étaient les conseils mêmes de cette Cour qu'on repoussait : c Je m'étais réservé, disail-il, d'entretenir V. E. des mesures prises relativement à la réoccupalion du Pays de Liège ; il m'a paru qu'il était essentiel de suivre la marche et les principes qu'on avait adoptés pour la dernière insurrec-
( 1 ) Ces instructions sont jointes à une dépêche de Trauttmansdorfl à Metternich du 4 mars. Chaneellerie de* Pays-Bas^ vol. 385.
(i) Après la retraite de Kaunitz , le département des Pays-Bas a^ait été détaché de la chanceUerie de Cour et d*Ëtat, et confié au comte de Trauttmansdorff.
[i79Sj CHAPITRE XXIV. 285
lion , et j'ai cm ne pas devoir m'écarter de cette même marche , puisque à Fépoque où j'ai dû y avoir, recours , je me trouvais sans direction de la cour. En attendant^ M' le prince de Cobourg a donné suite aux instructions de S. M. que je lui avais transmises. V. E. verra, par le rapport ci-joint de M. le conseiller d'État Leclerc, rimpression que la démarche de ce général a produite. En effet, cette affaire demande à être traitée avec ménagement, si on ne veut heurter Topinion dans un moment de crise , et si Ton ne veut surtout réveiller Tattention des autres puissances. » ( i )
C'est le 24 mars que Méan écrivit à Ghisels, par rapport au retour de Leclerc et à son entrevue avec le chancelier : c Les renseignements que vous me donnez, lui disait-il, m'ont fait d'autant plus de plaisir, qu'ils me mettent à même de vous rassurer de plus en plus sur l'objet de la lettre du prince de Cobourg, qui a vraiment plus l'air d'un malentendu que de toute autre chose, et à laquelle on peut facilement donner une explication telle, qu'elle ferait rejaillir sur nous tout l'odieux du sens que nous lui avons donné dans le premier moment, et qui pourrait nous attirer des conséquences très-désagréables , et à ne pouvoir nous en tirer. C'était cette appréhension qui m'avait fait désirer d'éviter de rendre la lettre publique, et, pour cette raison, de ne point la communiquer au Chapitre» car je ne sais malheureusement que trop l'impossibilité qu'il y a d'y garder un secret , et l'événement présent le prouve encore davantage, L'ouverture que le prévôt Harlez a fait de cet objet à M. Leclerc peut nous être aussi désavantageuse que favorable ; la suite nous l'apprendra. Je suis trës-charmé que vous lui en avez refusé copie, je vous en sais beaucoup de gré. Vous savez d'ailleurs que je n'aime pas à voir revenir Leclerc dans nos affaires, moins encore depuis ce que vous m'annoncez qu'il part d'un principe faux , et que je travaille à l'en faire sortir, d'une manière cependant à ce qu'il ne puisse s'en formaliser (s). iMéan, on le voit, continuait à se montrer aussi peu disposé qu'autrefois à suivre les avis du cabinet autrichien. Après avoir écrit la letttre qui précède, il expédia une dépêche pressante à Gretzmillem , son résident à
(0 Chancellerie des Pays-Bas à Vienne , vol. 386. (s) Fonds Ghisels, farde 528.
286 RÉVOLUTION LIÉGEOISE. [l793]
YieDDO , pour se plaindre à TEmperear du procédé de Cobourg, et surtout de rignorance complète où on Tavait laissé, quand il était si naturel de le prévenir. A Tinstruction particulière envoyée à ce résident était joint un article secret qui montre Méan beaucoup moins rassuré qu'il ne le disait à Ghisels , et préoccupé des dispositions hostiles de TÂutriche et de la Prusse à son égard : c Si contre toute attente, disait-il, le ministère de Vienne n^a point ordonné formellement au prince de Cobourg de lever tout obstacle à ma rentrée , et de m'abandonner l'administration de mon pays, vous chercherez adroitement à découvrir, si Ton a conçu , dans la grande politique, le projet de changer Pétat de la principauté de Liège. » (i)
Méan avait raison de s'inquiéter des projets de la grande poli-tique. Il y avait, sans aucun doute, dans les procédés de Coboui^, Texpression d'un mauvais vouloir que lui et son Chapitre avaient sciemment provoqué en s'obstinant à repousser les propositions du gouvernement de Bruxelles. Le 7 avril, le résident Dotrenge mandait au secrétaire Chestret le résultat d'une conversation quMl venait d'avoir avec un membre du gauvernement , lequel n^était pour rien dans les affaires de Liège : c L'Empereur et le roi de Prusse regardent dans ce moment le pays de Liège comme pays conquis, et, en conséquence , ils le feront administrer jusqu'à ce que le bon ordre et la tranquillité y soient rétablis : à cet effet , outre une amnistie, ces deux puissances désirent que le règlement de 1684 soit aboli. » Et Dotrenge, en envoyant cette communication, ajoutait : « Je souhaite que la personne qui m'a tenu ce discours se soit trompée ; cependant je la crois bien instruite (i). > De son côté , le chevalier de Roqueville , résident à Ratisbonne , écrivait le 29 avril : € Je vois avec peine le prince à la porte de ses États, sans oser y paraître. Une absence aussi prolongée ressemble assez à une persécution produite par des motifs cachés dont il faut se méfier : perfidie et politique sont synonymes (3). » Roqueville n'est pas aussi précis que Dotrenge; on peut néanmoins croire que ses appré-
( I ) Fonds GhiieU , farde 528.
( 1 ) Fonds de Hambourg. Il , farde 3.
(1) Ibid I, farde 16.
heosioDs portent sur le caractère de la direction politique que ce dernier attribue à la Prusse et à T Autriche ; également mécontentes de Tattitude du Chapitre à leur égard , ces deux puissances pouvaient fort bien être tombées d'accord sur le système à suivre désormais dans les affaires de Liège.
Le mécontentement de la Cour de Vienne et de Metternich était
trop bien connu du gouvernement liégeois pour qu'il ne dût pas
s'attendre à le voir éclater dans les occasions favorables, et jusqu'à
présent il n'avait point paru le redouter beaucoup , puisqu'il n'avait
lien fait pour l'apaiser. Les communications de ses résidents
D'apprirent sans doute à Méan rien qu'il ignorât. Mais ce qui était
plus grave , c'est ce que Dolrenge mandait encore à Chestret
quelques mois plus tard (9 février 1794). Il commençait sa lettre en
rappelant ce qu'il lui avait déjà confié de ses craintes sur les
suites de la guerre , et cela pour les petits États , puis il disait : « J'ai
appris confidentiellement d'un des premiers cavaliers de la cour,
qu'il était question d'un second volume de la paix de Westphalie,
quant à la sécularisation de plusieurs évôchés d'Allemagne. Il m'a
dit, et il est venu exprès chez moi pour me le dire, que le cabinet
de Berlin avait enfanté ce projet qui était actuellement agité , et qu'il
s'agissait spécialement des évêchés de Liège , de Munster , de Worms
et de Spire , sous le prétexte que ces petits États étaient trop faibles
pour se défendre contre un puissant agresseur. L'Empereur , comme
chef du corps germanique, ne parait pas approuver ce projet. Mais
n'est-il pas à craindre que le roi de Hongrie . le roi de Bohême et le
souverain des Pays-Bas ne pensent autrement? Le pays de Liège est
si fort à la bienséance du directeur du cercle de Bourgogne t L'on
assure que c'est là le motif du voyage de l'électeur de Cologne à
Tienne. Peut-être est-ce aussi pour le même motif que l'électeur de
Mayence l'y a suivi (i). i» Deux mois après (11 avril), Dotrenge
envoyait encore le résumé d'un entrelien du duc de Beaufort avec
l'archiduc Joseph : c Le duc étant allé à l'audience de ce prince, et
ayant entre autres choses parlé des abattis que les Autrichiens
faisaient dans ses bois de Florennes, S. A. lui a dit, de son propre
mouvement, qu'il y avait dans le Pays de Liège ^ et notamment dans
(i ) Fondt de Hambourg, II , farde 5.
rEntre-Sambre-et-'MefMe et Us Ardennes , plusieurs parties qui étaient de la convenance de S. M., et qu'il serait à désirer qu*on pût trouver le moyen de faire des échanges. Il est bien sensible , ^goatait Dotrenge, que ce jeune prince , qui n'a que dix-huit ans , tf a pas fait cette réflexion sans avoir ouï parler de quelque chose. Aurait-on de nouvelles vues sur certaines parties du pays de Liège , ou penserait-on à un démembrement? » (i)
De tous ces indices résulte assez clairement Texistence de projets de sécularisation , dont il avait déjà été vaguement question , et qui prirent, quelques années après, une forme plus nette dans les conférences de Rastadt , et dans celles qui aboutirent à la paix de Lunéville. En 1793 et 1794, il ne s'agissait pas encore de satisfaire la France , qui se fit céder la rive gauche du Rhin , et d'indemniser les princes que cette cession privait de leurs États ; mais rAutriche avait un inunense intérêt à conserver le concours armé de la Prusse, qui déjà préparait sournoisement, et au détriment de TAUemagne, sa paix avec la France. Pour la retenir, il semblait assez naturel de présenter à son avidité peu scrupuleuse Tappât d'une augmentation de territoire vers la Meuse. Il pouvait être question aussi d'un partage entre les deux grandes puissances allemandes , car , avec l'opiniâtreté que le Chapitre apportait dans la défense de ses prérogatives politiques , on finissait par comprendre l'impossibilité de rétablir l'ordre et la tranquillité dans la principauté de Liège sans changer la forme de son gouvernement, sans retirer au clergé le pouvoir temporel dont il avait, dans ces derniers temps, si cruellement abusé.
Héan parait s'être fait à ce propos de singulières illusions, car, le lendemain du jour où il avait envoyé à Gretzmillern les instructions renfermant l'article secret cité plus haut, il manda à Ghisels le résultat d'une entrevue avec Metternich , qui avait passé par Aix en retournant à Bruxelles (25 mars), c Le détail de tout ce qu'il m*a dit, au sujet de la démarche du prince de Cobourg et de ses lettres , de même que des motifs qui y ont donné lieu, serait trop long à vous rendre par écrit ; mais il est très rassurant , et nous pourrons faire nos pâques avec toute la tranquillité et le calme que cet au-
(i) Fonds de Hambourg, II, farde 3.
[il9S] CHAPITRE XXIV. 289
gQste devoir exige, et je erois que, moyennanl an petit concert exécuté à propos par nos 3,000 canaris, «ous mettrons le sceau à Tœuvre et jouirons de la plus parfaite tranquillité (i). » En ^goûtant ainsi foi aux assurances de Metternich, Méan faisait preuve de grande inexpérience , car son ambassade de Tannée précédente aurait dû lui rappeler que les actes du ministre n'étaient pas toujours en rapport avec ses paroles, et il eut bientôt une nouvelle occasion de réprouver. Quelques jours après (31 mars), une lettre de Berthonier , confirmant ce qu'avait dit Méan sur son entrevue avec Mettemich , expliquait le caractère assez vague du passage de la lettre du 24 mars relatif à Leclerc : on attend , disait-il, des explica* lions ultérieures de Mettemich, et il ajoutait: c J'espère qu'elles hâteront le départ de M. Leclerc, toujours incliné, à ce qu'il semble, à favoriser les patriotes. > (i)
Sur ces entrefaites était parvenue la réponse de Gobourg (24 mars) à une lettre que Méan lui avait écrite pour l'engager à révoquer ou modifier son message ; elle était positivement négative. € Y. A., écri- Tait-il^ voudra bien sentir que je ne puis m'écarter des ordres précis dont je lui ai donné connaissance, ces ordres pouvant seuls m'engager à m^opposer au vœu qu'elle daigne manifester dans sa lettre. > (s)
Pour obtenir plus tôt les explications promises par Mettemich à ce sujet, Berthonier fut envoyé à Bruxelles : c La première personne, écrivit-il à Ghisels, que le domestique qui m'accompagne a rencontrée, est M. de Waseige qui a paru fort surpris de me savoir ici. » Plus loin il lui transmettait quelques détails sur son entrevue avec Mettemich, qui, pour expliquer la conduite de Gobourg, disdt qu'à l'époque ou les instructions avaient été envoyées de Vienne , on s'attendait à une résistance plus vive de la part des Français, et Liège était tm premier pied à terre où Ton croyait rester
(0 Fends Ghisels^ farde 528. Ëvidemment le concert des 9^000 canaris indique remploi d'une force militaire pour réprimer tout mouvement insurrectionnel. L*expression canaris servait à désigner le régiment de la Cité , dans Tuniforme duquel dominait la couleur jaune. Elle pourrait bien ici être appliquée au régiment du prince, qui cependant ne comprenait pas à beaucoup près 3,000 bommes.
( « ) Fonds Ghisels , ibid.
(s) im.
290 RÉVOLUTION LIÉGEOISB. [i793j
quelque temps , et où par conséquent le prince-évèque ne pouvait pas retourner de suite, (i)
Berthonier ne tarda pas à s'apercevoir que Mettemich n'était nullement pressé de terminer cette affaire. Il avait d'abord prétexté la nécessité d'attendre l'issue de la conférence d'Anvers^ où devait être discuté le plan de campagne : € C'est là probablement, écrivait Berthonier à Méan { 7 avril ), que l'on verra si le pied à terre est encore nécessaire ou pas. » Et il ajoutait : € Je suis pour le dernier , parce que notre feu ministre ( Waseige), que j'ai rencontré vers midi, à qui j'ai fait mes excuses de ne pas lui avoir rendu mes devoirs, parce que j'ignorais son hôtel , m'a fait la grâce de me dire que cela finirait comme il l'avait dit à Y. A.; et retournant cet après-midi, quelqu'un attaché à S. E. (Hetternich) m'a prévenu qu'il avait été reçu hier au soir. On a bien de la peine à quitter les affaires i » (s)
La conférence d'Anvers close , Berthonier, dans une nouvelle entrevue , insista sur une résolution , et Hetternich lui répondit qu'il ne voyait aucun motif qui s'opposât au retour de Méan à Liège : il ne savait même pas qui pourrait avoir le droit de Fen empêcher. c Je me suis permis de lui observer, ajoutait Berthonier , que cependant le prince de Cobourg avait écrit de s^en abstenir. > Et Hetternich, ainsi pressé, avait encore ajourné une réponse, qu'il promettait satisfaisante^ à son retour d'un voyage très-prochain à Hons, où il devait rencontrer le généralissime, (s )
Pourquoi Hetternich montrait-il si peu d'empressement à donner à Héan la satisfaction qu'il sollicitait, c'est-à-dire une lettre où il se déclarât favorable à son retour à Liège, « lettre qui cependant, comme disait Ghisels («) , n'eut pas l'air d'une permission, laquelle au fond n'était pas nécessaire, mais qui mit à l'abri de tout, de la part du prince de Cobourg, en cas d'événement? > L'explication est facile à donner : Hetternich voulait, et, certes nous ne l'en blâmons pas, amener Héan à modifier son système politique à l'intérieur, à
(0 Fonds Ghùds, farde 528.
(t) llnd. Dans une lettre à Méan du 6 avril , Berthonier joint une note adressée à Gbisels oii se trouve encore ce passage qui s'applique évidemment k Waseige : « On me dit que Thomme au beau visage cherche à rentrer dans les affaires. » Und.
(s) Lettre de Méan du 11 avril. Ihid,
(4) Lettre de Ghisels il Berthonier du 13 avril, llnd.
(1793] CHAPITRE XXlV. 29i
soiTre la ligne de conduite que le gouyernement de Braxelles ne cessait de lui conseiller depuis deux ans , et que rappelaient encore les instructions données à Leclerc. Waseige, sans doute , prétait la main à cet honnête complot; c'est du moins ce que supposait Bertbonier en le voyant assaillir Tantichambre du ministre : c Je ne sais, écrivait-il à Héan , si notre feu ministre ne s'amuse pas encore de nos affaires. Quelqu'un se trouvait le matin chez son Excellence, lorsqu'elle reçut une lettre avec des mémoires ; elle dit : c'est de Waseige, et l'a jetée sur la table. Je tâcherai de tirer ces objets plus au clair. » ( i )
De son côté, Méan avait pénétré le dessin de l'amener à composition par la lassitude , et entendait bien échapper : € Il est possible , écrivailril à Ghisels, que.la réponse du ministre ne soit pas nue et simple. Il y a déjà longtemps que j'ai prévu qu'elle pourrait être accompagnée de quelques demandes importunes , relativement à la marche à tenir pour le rétablissement de la tranquillité , mais aussi j'ai préparé mes réponses (s). > Quelques jours auparavant, il avait eu l'occasion de s'en expliquer avec le juif Baruch, qui se rendait à Braxelles : c J'ai eu , écrivait-il , une longue conversation avec lui , et lui ai entre autres fait des plaintes de ce que le Comte de Mettemich semblait vouloir protéger nos coquins , et l'ai chargé de tâcher de l'en empêcher (s), i Berthonier, qui connaissait sa manière de voir à ce sujet, lui avait déjà écrit à propos d'une démarche que nous ne pouvons préciser : < Vous avez parfaitement bien fait de chercher des dilatoires, pour éluder les réclamations du comte de Mercy , qui devrait être fatigué des révolutionnaires, et abandonner les chefs à la punition des lois. » (4)
Peu de temps après , ce même Berthonier, ayant eu à traiter avec Dotrenge la question de la ligne de conduite à tenir à l'intérieur, s'était empressé d'en informer Méan, et son langage, dans cette circonstance encore, prouve que , même après la terrible épreuve qu'on venait de. traverser, les conseillers du prince entendaient bien ne pas se départir de leur déplorable système : c II m'a
(1) Lettre à Méan du il avril. Fondt GhiseU, farde 528.
(fl) Lettre du 13 avril. Ibid.
(s) Lettre k Ghisels du 8 avril. Ibid,
(4) Lettre k Méan du 31 mars. Ilnd»
29S RÉVOLUTION LIÉGEOISE. [l795]
prié de prévenir V. A. que , depuis la rentrée de S. E., il avait appris que le cabinet de Vienne, d'après le travail de ses ministres au nombre desquels il a mis M*' de Westphalen, était d'avis^ ainsi que celui de Berlin, que Y. A. devait accorder une amnistie générale réservée à quelques chefs (i), et que le grief de la nation étant le mandement de 1684, il fallait dans ce moment , à rinstar des grandes puissances qui accordent tout au peuple , abolir ce règlement. Il a ajouté que peut-être on demanderait à Y. A. ces deux points avant son retour. J'ai prouvé à H' Dotrenge combien cette abolition serait impolitique , même dangereuse. Impolitique , en ce que la grande majorité des Liégeois, loin de demander des changements , insistait au contraire pour le statu quo , outre que ce serait remuer les esprits sur les nouveautés, tandis quMls sont parfaitement tranquilles et contents. Dangereux , en ce que nous avons l'exemple qu'il y a eu constamment des factions , même des massacres , lors des élections populaires , au lieu que la paix et la tranquillité les ont remplacés depuis l'émanation du règlement. > (a ) En voyant ajourné le voyage de Hons , qu'on avait assigné comme terme à ses incertitudes , Berthonier se désolait de n'avoir rien de positif à annoncer, malgré ses démarches multipliées , et le 12 avril encore il écrivait: < Peut-être devrai-je me contenter de paroles, car pour des écrits l'on a bien de la peine, et je vous en dirai la raison à mon retour (3). > Heureusement pour Méan, à Vienne même Gretzmillern était plus heureux. D'abord il eut à annoncer la révolution ministérielle qui donna à Thugut la direction des affaires étrangères , et en éloigna Cobenzel, que son référendaire intime Spielman suivit dans sa disgrâce. Une lettre à Ghisels, où il le félicitait d*un événement qui , en effet , mit fin à la politique libérale que la cour d'Autriche suivait depuis le règne de Marie-Thérèse, renferme ce passage: c Ces deux ministres sont ceux dont on se défiait depuis longtemps , et qui nous étaient particulièrement contraires (4). > Cette nouvelle était intéressante pour Méan , mais Gretzmillem put bientôt lui en transmettre une encore plus importante : celle que son exil allait
(1) Sic pour : à Texception de quelques chefs». ( s ) Fonds GhiseU , farde 528.
(s) Lettre à Ghisels. Ibid, (4) Lettre du 0 avril. Ibid.
prendre fin. Elle confirmait un message du juif Baruch annonçant € que le courrier envoyé à Vienne venait d'en rapporter Tordre de le rétablir à Liège comme prince régnant légilime , et que le voyage du comte de Hetiemich à Mons n'avait pour but que d*en donner connaissance au prince de Cobourg, et d'arranger ensemble les ordres à transmettre en conséquence à Tofficier commandant à Liège (i). » Le 17 avril , Méan mandait à Ghisels : <l J'ai vu avec plaisir que vous étiez satisfait de la fin de notre raccroc. J'espère que tout va être complètement fini. J'ai du moins appris ce matin, par une lettre venue de Bruxelles, que le fils du ministre en est parti pour Mons à la place de son père , pour aller mettre la dernière main à l'œuvre avec le prince de Cobourg, en sorte que j'attends, de moment à autre , l'arrivée du courrier qui me fera reprendre la route de Liège (i). » Le lendemain encore , il lui écrivait ces quelques lignes assez singulières : « Hier soir j'ai vu Baruch , qui m'a remis une lettre de Hetternich ; elle ne dit absolument, mais absolument rien. Vous en rirez, j'ensuis sûr , quand je vous la montrerai. » (s)
Le 2 avril enfin , il put annoncer son retour à Liège pour le lendemain dimanche , en envoyant à son grand-écolâtre la dépèche qu'il venait de recevoir de Vienne , et qu'il le chargeait de communiquer au Chapitre. Nous n'en avons pas le texte, mais une dépèche de Trauttmansdorff à Hetternich (4) y supplée; en voici un extrait: € Quant à ce qui regarde la réoccupation du Pays de Liège , les instructions données au prince . de Cobourg étaient très-précises , ainsi que M' Leclerc Ta bien senti lui-môme , et n'eussent par conséquent pas dû laisser le moindre doute sur le mode de leur exécution. Les mesures y prescrites ne devaient donc durer qu'aussi longtemps que les circonstances eussent permis de remettre ce pays à son prince , et ces circonstances étant venues à cesser , je préviens V. E. que S. M. fait parvenir directement à M' Leclerc ses ordres à ce sujet. » Ces ordres , expédiés ainsi directement pour éviter tout retard et datés du 3 avril , apprenaient à Leclerc que , le dépôt du Pays de Liège cessant, il avait à en informer les ministres du prince ;
(I) Lettre de MéaD à Ghisels du iA avril. Fonds Ghisels , farde 528.
(s) Ibid.
(s) Ibid.
(i) Du 2 avril. Chancellerie des Pays-Bas à Vienne^ vol. 386.