TOME II
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de son côté , Metternich avait à se concerter avec Cobourg pour les mesures d'exécutûm. Nous lisons anssi , dans une lettre du 20 avril à Ghisels , qu'on avait présenté la missive de Cobourg comme Teffet d'un malentendu. Il n'est pas probable que Héan ait été dupe de
cette défaite.
Méan revint à Liège le 21 avril au soir. La population n'avait pas été prévenue , et le prince rentra dans son palais sans avoir subi les ennuis d'une réception officielle. Éviter les acclamations de la foule toujours disposée à saluer le vainqueur , c'était une preuve de tact , et il y avait sagesse aussi à ne pas fournir aux passions surexcitées une occasion de lutte. Aussitôt après, le prince mit la main à l'œuvre de sa restauration. Dès le 7 mars, Berthonier avait envoyé en son nom au grand-écolâtre deux décrets fulminants de l'Empereur contre la constitution française et ses adhérents (i). Le 9 parut une ordonnance du prince-évéque (s) qui annulait ce qui s'était fait depuis le 27 novembre i 792 , rétablissait toutes choses dans l'étal où elles étaient avant cette époque , et en conséquence rappelait à exercer leurs chaînes les anciens fonctionnaires de l'ordre judiciaire et administratif. Étaient naturellement exclus ceux de ces fonctionnaires qui avaient adhéré au système français ; on défendait même aux cours c d'admettre à patrociner et plaider devant elles, aucuns avocats, prélocuteurs, procureurs , clercs ou praticiens, qui avaient coopéré à cette désastreuse rébellion. » Quant aux notaires qui se trouvaient dans ce cas , et il y en avait plusieurs , disait l'ordonnance, ils étaient provisoirement suspendus , en attendant Tinstruction criminelle qui devait décider de leur sort. « Si cette disposition est bien comprise , disait Orts de BuUoy dans un rapport à Metternich , et que le gouvernement n'en étende pas l'interprétation outre mesure, elle me semble sage et placée à tous égards, b Cela était vrai au point de vue du gouvernement de Bruxelles ; mais celte modération , regardée par son agent comme hautement désirable , continua à faire défaut. Toutefois un mandement du 29 mars apporta quelque adoucissement à Tordonnance du 9 (3) , en relevant de la sus-
(0 Fonds Ghiseliy farde 528.
(t) Recueil deê ordonnancet de la principauté de Liège, 3* série, vol. H « page 980.
(a) Recueil des ordonnances , etc., p. 082.
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pension < quantité d'avocats , de procureurs, prélocuteurs , notaires, greffiers et autres ministres de justice , i qui n'auraient été que membres de sections, pourvu que, « en y siégeant, ils n'eussent commis aucuns faits qui les rendissent plus coupables , tels que des motions impies , sacrilèges, incendiaires , ou des démarches tendant à engager et solliciter d'autres à voter pour la réunion à la France. » Ces restrictions laissaient encore un champ bien vaste aux poursuites.
Sans doute, avec le caractère attaché désormais i la lutte des partis à Liège , avec l'animosité réciproque dont nous persistons à regarder le gouvernement du prince comme le véritable promoteur et la cause première, une amnistie n'était guère à espérer. Le bruit cependant en courut, toujours fondé sur l'exemple que l'Empereur donnait en Belgique , sur l'impossibilité pour le prince-évôque de lui céder en générosité (i). Quelques-uns des fragments qui précèdent , empruntés à la correspondance de Méan , prouvent qu'il était bien décidé à ne pas céder aux nouvelles instances du gouvernement de Bruxelles. Nous persistons à croire que , môme alors , il eût été d'une saine politique de montrer de h modération , de ne pas envenimer davantage la haine des partis , de ne pas fournir un nouvel aliment aux passions déchaînées. Le prince assista en personne aux cérémonies pieuses (s) qui avaient pour objet de faire disparaître les traces des profanations exercées dans les églises (s) par les anarchistes, sans nécessité, uniquement pour froisser le sentiment public. Ces cérémonies auraient dû lui inspirer des pensées d'oubli et de pardon. Il n'en fut malheureusement rien, et dans l'application on exagéra encore , loin de les adoucir , des disposi-
(« ) On lit dans une lettre de Hauzeur k Dupont-Fabry , de Charleroi , le 6 avril : c Mon fils m'écrit que Ton espère plus que jamais une amnistie , et ma fille affirme aussi la chose/On se persuade qu*il est impossible que , si Sa M syesté accorde une amnistie générale pour ses sujets , Tévêque de Liège puisse se dispenser d*en faire autant pour son troupeau. Quel troupeau ! quel pasteur ! • Hauzeur était obligé de s'expatrier pour avoir fait partie de l'Assemblée provinciale. Papien de Fàbry.
(i) La Gazette de Liège , redevenue prtvt/^t^ dans les mains de Lemarié, en donne un récit détaUlé. N»' 24 et 25 des 26 et 29 avril.
(s) On peut lire, dans le rapport d*Orts dont il est question plus haut , ce qu'il dit de la destination donnée aux églises de S'-Lambert et de S* -Paul : Tune convertie en écurie , Tautre en abattoir.
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tiens déjà suffisamment rigoareases par elles-mêmes. Le 27 mars, une lettre de Méan désignait à Chestrèt , secrétaire du Conseil privé, les catégories de patriotes qu'il s'agissait de soumettre à une procédure criminelle : c'étaient les présidents et secrétaires des sections, les membres de Tadministrafion provinciale y ceux des Conseils municipaux, les missionnaires politiques envoyés dans les campagnes , et les imprimeurs de toutes les scélératesses imaginables contre Dieu ef les souverains (i). Il est vrai que, le lendemain, en informant Ghisels de ses intentions à ce sujet, il recommandait de suspendre provisoirement ces poursuites (s) ; mais , trois jours après , il expliquait sa pensée , et disait que cette suspension s'appliquait surtout aux présidents et secrétaires des sections ; c pour tous les autres cas , écrivait-il , comme ils tombent sur des gens qui sont universellement reconnus punissables , sans espoir de trouver des protecteurs puissants , on peut continuer d'aller en avant. » Singulière justice celle qui se réglait non sur la gravité des faits, mais sur la protection plus ou moins considérable que pouvaient se procurer les accusés I Le successeur de Hoensbroech continuait sa politique implacable , et comme les occasions de prendre une attitude toujours plus nette , toujours plus accentuée à l'égard du gouvernement s'étaient multipliées depuis une année , le nombre des exilés , pendant la seconde restauration , fut plus grand que pendant la première. Le conseiller Leclerc , dans son rapport à Metternich , donne le chiffre de 6 à 7,000 , et nous n'osons pas dire qu'il soit exagéré, (s)
A la nouvelle de la prise de Tongres , les préparatifs pour l'évacuation de Liège durent être faits en grande hâte, car les Autrichiens
(0 G*est la disposition qu^on invoqua contre le patriote Desoer, et qui lai valut un emprisonnement fort rigoureux de plusieurs mois. Pour la lettre , voir le Fonds Ghisels , farde 828.
(«) Lettre du 28 mars. Ibid,
(s) c Le nombre des fugitifs d*ici est très-considérable; on prétend qu*il passe les 6 à 7,000. »( Rapport du 13 mars. Chancellerie des Pays-Bas à Vienne, vol. 386.) Il est vrai que, dans leur Rapport ( p. 83 ), les commissaires de la Convention parlent seulement de 200 réfugiés ; mais nous ferons remarquer : 1» qu'en donnant ce chiffre , les commissaires rappliquent à des individus auxquels , pendant la déroute, il fallut distribuer des secours en argent , c'est-à-dire à des indigents , et , à cette époque , ils formaient le petit nombre: 2« que tous les réfugiés ne se
s^ayançaient rapidement, et à trop tarder on poa?ait être coupé. Tous les patriotes qui se sentaient compromis cherchèrent lenr salut dans une prompte fuite. Éblouis par les succès des armes françaises à la fin de Tannée précédente^ trompés par les rapports infidèles qui arrivaient du quartier-général de Miranda , ils avaient gardé leur confiance jusqu'à la dernière heure. Au départ encore, ils ne croyaient qu'à un échec peu important, et comptaient sur une revanche (i). Les malheureux s'en allaient le cœur serré, les yeux constamment tournés vers leurs foyers domestiques qu'ils étaient forcés d'abandonner, mais emportant l'espoir de les revoir bientôt. Dans la prévision d'un retour plus éloigné qu'elle ne le pensait , l'Assemblée provinciale , décidée à continuer ses séances, avait, en se séparant, désigné Tirlemont comme lieu de réunion , et invité à y venir, pour se joindre à elle, les membres des diverses municipalités. Là, ils se trouvaient sur territoire impérial , par conséquent à Tabri des proscriptions du prince-évôque , ayant d'ailleurs entre eux et les Autrichiens l'armée française qui se concentrait à Neerwinde. De Tirlemont, où l'on put reprendre haleine, il fallut bientôt continuer à se retirer sur Louvain , puis sur Bruxelles ; ceux des exilés qu'un départ précipité laissait sans ressource reçurent dans cette ville les premiers secours de la Convention (s). Survint la défaite de Dumouriez (18 mars), qui amena l'évacuation de la Belgique. Un gouvernement plus humain que le leur y promettait, à la plupart au moins de ces infortunés , la sécurité que les lois du pays garantissaient aux étrangers ; toutefois la masse suivit l'armée , et rentra en France avec elle. Valenciennes fut leur première étape. Le jour môme de la bataille de Neerwinde , Fabry écrivit à Henkart, resté à Bruxelles, pour lui demander des nouvelles de Dumouriez. Faisant allusion aux procédés vigoureux
tenaient pas ensemble , et que , quand il fallut partir, chacun prit la direction qu'il trouva la plus convenable pour lui. En tous cas, sMl y a exagération en plus dans le chiffre de Leclerc, il y en a une effroyable en moins dans celui des commissaires de la Convention , si on ne Texplique pas comme nous venons de le faire .
( t) Cela est si vrai que Fabry, dans une lettre écrite le 18 mars de Valenciennes ^ Henkart, admet la possibilité que Dumouriez avance sur Liège avec apparence de iuccès.
(t) J. N, Bassenge de Liège à Publicola Chaussard^^. 26.
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du général avec les anarchistes du Brabant , il lui disait : c Tespère qa'il traitera nos bétes comme les bétes belges ; » puis , préoccupé de Tavidité de certains de ses compatriotes quMl rangeait dans cette catégorie ^ il ajoutait : « Ne serait-il pas à propos de faire intervenir Tautorilé française pour imposer à nos gredins ?» Il s^agissait d'une somme de 50,000 livres que la Convention venait de voter pour les réfugiés : c Dieu sait , disait-il à ce propos , comment cela sera distribué, si tant est qu'on le distribue ! Si Delacroix et Danton en senties distributeurs, le pouvoir révolutionnaire aura beau jeu... 0 saint Dumouriez t puissiez-vous être notre sauveur à tous égards t J'aime sa déclaration aux clubs. » Hyac. Fabry ajoute quelques lignes à la lettre de son père ; il parle aussi de la somme accordée par la Convention :< Ce sera probablement, dit-il, l'avance à la nation liégeoise dont nous ont parlé les chers commissaires conventionnels , dans l'entrevue secrète et fraternelle qu'ils ont eue avec nous , administrateurs feuillantins ; elle servira à remplir le vide des contributions que , dans le système désorganisateur, on croit si essentiel d'abolir. » On lui a rapporté que les députés désignés par l'Assemblée provinciale, pour porter à Paris les procès-verbaux du vote de réunion , se disposaient à remplir leur mission : c Si notre rentrée à Liège ne parait pas prochaine 9 ce serait , je crois , un parti très-sage. On pourrait, par des renseignements sur les hommes et les choses, faire sentir combien la conduite de Dumouriez avec les Belges a été bien vue; peut-être aiderait-on à renverser les monstres qui ne prêchent que sang et carnage , et qui tueront la liberté , si on ne parvient à les étouffer (1 ). » Hyac. Fabry n'avait, ces lignes l'attestent, qu'une idée bien inexacte des rapports de Dumouriez avec la Convention , et de son influence sur cette assemblée.
De Yalenciennes, les réfugiés ne tardèrent pas à se rendre à Lille , qui allait de nouveau subir un siège. Ils s'y arrêtèrent pour tenir séance , et se reconnaître au milieu de la tourmente. Le premier procès-verbal porte la date du 26 mars (s ). On y lit : « Des membres
(i) Papiers de Henkart,
( f ) Ces procès-verbaux sont de véritables brouillons sur feuilles volantes. Us proviennent, avec beaucoup d'autres pièces manuscrites de cette époque, des
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de radministratîon générale du pays de Liège , réunis avec des membres de différentes municipalités du Pays de Liège (i), assemblés à THôtel de Portugal à Lille, ont arrêté.... » Suivent plusieurs dispositions particulières qui ne présentent pas d'intérêt; puis vient la nomination d'un comité de cinq membres , c pour recevoir et vérifier les comptes des personnes qui ont eu en maniement des argents ou des assignats. » Il s'agit ici de l'emploi de la somme que contenait la caisse publique au moment de la catastrophe, et que l'Assemblée emporta, ce qui devint plus tard l'objet de violentes récriminations , et Tune des causes des dissentiments qui éclatèrent. Nous aurons à en reparler.
Les cinq procès-verbaux suivants , qui complètent ceux ^es six séances de Lille jusqu'au 31 inclusivement , sont relatifs à la distribution d'une première somme de 50,000 livres votée , dès le 13 mars («), par la Convention, sur la proposition de ses commissaires, et dont la distribution avait été confiée aux administrateurs expatriés. Il fut décidé que les membres de l'administration provinciale , les officiers municipaux et les missionnaires , c'est-à-dire les trois catégories de citoyens particulièrement menacées par la réaction qui s'annonçait imminente à Liège, recevraient chacun 300 livres en assignats , sauf à déduire ce qu'ils auraient reçu de la caisse de l'administration. Une première liste , arrêtée dans la séance du 29, contient dix-huit noms, parmi lesquels un seul officier municipal, et pas un personnage quelque peu marquant. Le 31 à la soirée, Fyon étant venu annoncer que Lille allait être mis en état de siège, l'assemblée résolut de se rendre à Paris. Une charrette , achetée avec ses chevaux à un des administrateurs (s), avait transporté jusque-là les procès-verbaux et papiers de l'admi-
archîTes de la Commune, qui les a fait transporter à la bibliothèque de FUniversité. Tout cela est déposé dans des cartons auxquels nous renvoyons quand , dans les notes , on rencontre findication : Bibliothèque. Cartons. Celui où se trouvent les procès-verbaux en question est désigné par la date : 1793. Suite.
( I ) 11 y a une rature qui n'est pas sans signification. La première rédaction portait : Des membres de la municipalité de Liège et de celle de Verviers. Ce procès-verbal est de la main de Loneux , Tun des derniers secrétaires de l'Assemblée provinciale*
(1) Moniteur, n» 74 du 15 mars 1793,
(s) Cbèvremont.
nislration et de la municipalité de Liège ; elle servit au même usage pour le voyage de Lille à Paris.
Dès leur arrivée dans la capitale (10 avril), les réfugiés se présentèrent au Conseil général de la commune, et Soleure, Tundes officiers municipaux de Liège, demanda, au nom de ses compatriotes, un local propre à recevoir leurs archives, c et qui servit en même temps de lieu de séance aux représenlants du peuple liégeois , afin qu'ils pussent s'occuper des intérêts de leur infortunée patrie , jusqu'à ce que l'arbre de la liberté , abattu par le féroce autrichien, y fût relevé par les mains victorieuses des braves et généreux Français. > Le Moniteur (i) , en publiant ce discours dans son compte-rendu habituel des séances de la Commune , ajoute qu'il excita les plus vifs applaudissements. « Le maire, dit-il encore , après y avoir répondu, donne à l'orateur l'accolade fraternelle. Les députés liégeois la donnent au procureur de la Commune et à ses substituts. » Il fut ensuite décidé que la salle de la maison commune , dite de l'Égalité, serait accordée aux Liégeois pour y placer leurs archives ; que le 10 avril porterait désormais, dans le calendrier des hommes libres, le nom de jour de rhospilalité ; que le dimanche suivant serait célébrée la fête de la translation des archives de la ville de Liège dans la maison commune de Paris ; enfin que € le procès-verbal de cette intéressante séance serait imprimé et envoyé aux armées de la république. >
Le 14 eut lieu cette fête do l'hospitalité , à laquelle le Moniteur (s) a consacré larelation qui suit; dans des circonstances comme celle-ci, on ne peut mieux faire que de laisser parler les documents mêmes de l'époque, et nous nous bornons à copier: € La fête ordonnée par le Conseil général a eu lieu dimanche. Toutes les autorités constituées et les corps judiciaires de Paris, escortés de citoyens armés, se sont rassemblés sur la place de la maison commune, et en sont partis vers les 11 heures du matin. Le cortège marchait aux acclamations et aux applaudissements d'un peuple immense. Les autorités constituées de la ville de Liège attendaient le cortège sous l'arc de la porte
(I) N» 405 du 15 avril 1793.
(i) N» i07 du 17 avril 1793. Il y eut môme une hymne qui devait être chantée, mais que Tauteur eut du moins la satisfaction de lire publiée dans le Moniteur^ nM15du 25 avril 1793.
S^MartiD (i). Tels que les anciens Troyens, obligés de fuir leur patrie, ils étaient munis de leurs archives, plus respectables que les effigies des faux dieux. Arrivés devant cette porte , les citoyens de Paris ont salué leurs infortunés concitoyens de Liège , et leur ont donné le baiser fraternel. Le cortège s'est remis en marche. La statue de la liberté s'est arrêtée devant le lieu des séances de la société populaire des Jacobins. Cette station a été précédée, accompagnée et suivie de chants patriotiques et guerriers , de Thymne des Marseillais, du ça ira, delà carmagnole, et des cris mille fois répétés de : vive la nation^ vive la république. Les scènes les plus touchantes ont succédé à cette marche solennelle. Arrivés sur la place de la maison commune, tous les membres du cortège sont entrés en foule dans la salle du Conseil-général ; tous les citoyens y ont pris place, indistinctement et sans ordre. Les archives des Liégeois ont été déposées sur le bureau de la Commune. Le président de laDéputation envoyée par la Convention nationale a prononcé un discours, où respiraient Tamour de la liberté , de l'égalité et Tenthousiasme du républicanisme. Un vieillard modeste se cachait dans la foule : c'est un respectable Liégeois nommé Duperron, qui fut longtemps la victime des tyrans de TAUemagne , et qui a longtemps gémi dans les cachots du despotisme. Le procureur de la commune l'appelle, le conduit , l'invite à monter devant le fauteuil du président. Des acclamations universelles l'y accompagnent. Il reçoit des mains du président une couronne civique. Il remercie l'assemblée par des larmes, et en fait couler de tous les yeux. D'autres Liégeois, victimes comme lui de la tyrannie autrichienne, sont désignés à haute voix , et reçoivent des Parisiens l'accueil le plus fraternel et les plus doux embrassements. Une femme liégeoise, la citoyenne Ransonnet, a montré dans toutes les révolutions de sa patrie, une force d'âme au dessus de son sexe. Elle a bravé les menaces des despotes, elle a même affronté leurs échafauds. Elle assistait à cette fête , où elle a reçu les témoignages les plus vifs de l'admiration publique. Puisque votre vœu est de rester toujours unis avec les Liégeois^ s'écrie un citoyen , jurons de Vétre avec tous les peuples qui y adoptant nos
(0 Pas tout-à-fait sous la porte S^-Martin, mais près de là, à Tauberge du Chaudron,
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principes y voudront fraterniser avec nous. Déclarons de nouveau une guerre étemelle à tous les rois^ paix et fraternité à tous les peuples. Jurons surtout de ne jamais nous désunir entre nous y et de maintenir à jamais Funité et V indivisibilité de la république. Nous le jurons, nous le jurons, s'écrie-t-on de toutes parts. Périssent à jamais tous les rois î Vive la république. >
Le local assigné aux réfu^çiés liégeois pour s^y rassembler fut une salle du palais cardinal occupée auparavant par le département des travaux publics (i): on y ajouta un logement particulier pour Tarchiviste (i). La prise de possession suivit de près, et, le 19 avril, on y tint la première séance. L'assemblée prit alors connaissance d'une circulaire par laquelle le ministre Lebrun annonçait aux Belges et Liégeois réfugiés en France la présentation prochaine d'un projet de décret destiné à assurer une position à ceux d'entre eux qui seraient aptes à exercer des fonctions civiles ou militaires, et à procurer des secours aux autres (s). Elle décida ensuite € qu'il serait fait une invitation par les papiers publics à tous les Liégeois réfugiés en France pour cause de la révolution , de faire passer sans délai une note de leur état , profession , comme ajoissi de la situation où ils se trouvaient , » pour en faire une liste nominative destinée au ministre des affaires étrangères. Puis elle chargea Henkart, Hyac. Fabry, Brixhe et Bassenge de rédiger une adresse à la Convention pour lui présenter , au nom des Liégeois , leur vote de réunion à la France. La discussion de cette adresse fut fixée au 24 (4). Bassenge, à qui sa plume abondante et facile procurait toujours la rédaction des pièces de ce genre , ne fut sans doute pas prêt pour le jour indiqué, caria séance fut consacrée à la nomination de douze membres chargés de former, avec un nombre égal de Belges , un comité auquel seraient remises les réclamations de leurs compatriotes réfugiés en France, c depuis le retour de leurs tyrans dans leurs patries respectives (5).» En provoquant la formation
(i ) Vieille rue du Temple. C'est aujourd*hui rimprimerie impériale. (1) Liben, secrétaire de la municipalité de Liège. (8) Moniteur, n» 117 du 27 avril 1793.
(4) Pour cette série des procès- verbaux , nous citons les documents publiés par notre ami et confrère , M' Polain , dans le Journal de Liège, Année 1837 , n« 58,