‹ Histoire de la révolution liégeoise de 1789Chapitre 18 sur 48 · B) IM · texte numérisé non relu

B) IM

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de ce comilé , ie ministre avait en vue , disait-il , de posséder des commissaires c qui passent stipuler les intérêts de tous les réfugiés, faire valoir les réclamations de chacun, et mettre le gouvernement à portée d^exécuter promptement le décret qui les concernait (i). > De la parité établie , dans la formation de ce comité, entre les exilés des deux catégories, on aurait tort de conclure que les Belges étaient aussi nombreux que les Liégeois : si déjà , pendant la première restauration , ceux-ci formaient un contingent plus considérable , ce fut bien pis pendant la seconde, (s)

Quelques jours après, l'assemblée reçut une députation de la Société fraiemelk de patrioles de Pun et Vautre sexe séant en la bibliothèque des JaœbinSy qui venait (30 avril) inviter ses frères les Liégeois à se rendre à ses séances le plus souvent qu'ils le pourraient, c pour y être témoins des sentiments qu'inspiraient Théroïsme et la Tertu accompagnés de Tinfortune (s). > Huit membres (4) furent chaînés de porter les remerciments de l'assemblée pour cette invitation, et Bassenge, l'un d'eux, de prononcer un discours. Cette députation venait d'être choisie quand parvint à l'assemblée un message do ministre de l'intérieur Garât (2 mai), qui lui annonçait un nouveau secours de 50,000 livres voté par la Convention le 27 du mois précédent ( 5 ), et lui demandait de dresser, pour les lui envoyer, des états de distribution ; c les parties prenantes , disait le ministre ,

XO Pièce datée du 27 avril, bibliothèque^ carton. 1793. Suite. Les douze élus ftirent: Spiroux^ aîné, Lambot^ Dechamps, Rassen fosse, Lambrecht, Biron , Lonhienne, de Liège , Leruitte, notaire , Walbrecq, Rasquinet, Levox , d*Esneux , JlioMiig. On leur donna pour suppléants : RemacH, Rouchard , Tixhon , Boelen , LanhUnne, de Verviers, Briart , Plumier, Renard, Bury, hta. Botter, J. ColletU.

(t) Dans une lettre au ministre de l'intérieur du i juillet , lettre dont la minute est de la main de Hyac. Fabry, on lit» au sqjet de la réclamation d*un réfUgié domicilié à Bruxelles , qu*il faut « le renvoyer aux secours particuliers qu*on a accordés aux Belges expatriés , bien moins nombreux que les infortunés Liégeois. » BibUothique. Carton, i793. Suite.

(i) Bibliothèque. Carton. 1793. Suite. L'extrait du procès-verbal qui contient cette phrase est signé : Bonneau, président, Leclerc, secrétaire , et Sœur Hardoin , Jeune.

(4) Bassenge, Soleure, Danthine , Briart , Bouchard, Qharlier, Walbrecq et Dttperron.

(s) Il le fut sur le rapport de Johannot, et sur la proposition faite par Lebrun dans la séance du 20. (Moniteur, ifi* 112 et 118 des 22 et 28 avril 1793.) Il y eut

iront à la trésorerie nationale recevoir les secours que leur doit Thospitalité française, et que leur dispense avec empressement la fraternité des hommes libres (i). > C'était en réalité charger l'assemblée elle-même de la distribution , opération fort délicate et qui devint, pour les hommes à qui on la confia, une source d'embarras et de contrariétés très-vives.

Le projet d'adresse dont la rédaction avait été confiée à Bassenge ne fut présenté à l'assemblée que le 4 mai. Il fut adopté, et une députation de quatre membres se rendit chez le président de la Convention — c'était le girondin Boyer-Fonfrède — pour le prier de fixer le jour où les Liégeois seraient admis. Ou leur indiqua le mercredi suivant ( 3mai ), jour auquel l'assemblée en corps parutà la barre. Bassenge fit la lecture de son œuvre (s). Quoique conçue dans ce style emphatique si fort admiré alors, elle intéresse parce qu'on y retrouve l'expression d'un sentiment sincère : « Législateurs, les malheurs des Liégeois vous sont connus ; ils ont déchiré vos âmes sensibles et généreuses ; vous savez combien ils méritaient un autre sort. Nous, choisis par ce bon peuple aux jours hélas ! si rapidement fugitifs de sa liberté , pour vous exprimer son vœu, échappés aux fers, aux glaives des tyrans auxquels vient de le livrer la plus scélérate des trames ; arrachés à nos femmes , à nos enfants, à nos frères , dépouillés de nos propriétés , voués à l'exil, aux proscriptions, à tous les attentats, à tous les raffinements de l'oppression la plus barbare, nous avons volé vers vous. Allez, nous ont dit ceux qu'un destin impérieux enchaînait sur ces rives désolées , allez vers cette terre notre unique espérance , l'unique espérance du genre humain ; là vous retrouverez des frères, vous leur direz : les Liégeois sont Français, c'est un département frontière envahi par l'ennemi

encore, le 18 Juillet et le 29 novembre, deux autres secours de 150,000 livres chacun , mais celui du 18 juillet ne fut pas destiné seulement aux réfugiés belges et liégeois.

(i) Bibliothèque. Carton, 1793. Suite.

(s) Quelques mois plus tard , dans sa réponse k Chaussard , il rappelait avec un orgueil assez légitime, son rôle dans cette circonstance : < Tai eu Thonneur d*étre rinterprête des sentiments du peuple liégeois, en rédigeant le discours qui fut prononcé dans le sanctuaire de la liberté. Ce moment fut le plus beau de ma vie. » J. iV. Boêtenge ie liège à Publiçola Chaussard^ p. Xllf.

commuD. La trahison , la perfidie Pont livré à Timpie croisade qui n^aspire à dévorer cette terre révolutionnaire , que pour fouler à ses pieds Thumanité, que pour la replonger dans les horreurs de là dégradation et de la barbarie. Français, vous romprez de nouveau ses efforts sacrilèges, de nouveau vous lui arracherez sa proie, vous nous sauverez , vous le devez. Tel fut leur langage , telles sont leurs consolations, telles sont les nôtres. Ehl sans elles que serait pour nous la vie ? Notre unique soin, en partant, fut d'arracher aux tigres qui venaient de nouveau déchirer notre patrie , les preuves des sentiments du peuple , de sa volonté absolue d'être libre. Les procès-verbaux de ses assemblées primaires, que nous déposons sur le bureau , voilà le seul bien qui nous reste : après la perte de la liberté, c'était le seul qui pût exciter nos regrets. Législateurs, vous y verrez le vœu des Liégeois; jamais vœu ne fut émis d'aune manière plus libre. >

Absorbé par les discussions orageuses qui annonçaient le 31 mai, le Moniteur se borne à donner le texte de l'adresse ( i ), et à ajouter que rassemblée, sur la proposition de Legendre, décrète la réunion du pays de Liège à la république française. Rien de plus sur le décret. Le texte , qu'il faut chercher ailleurs (s), ne mentionne pas les pays de Franchimont , Stavelot et Logne, qui faisaient cependant partie de la Principauté : c'est que le vote de ces cantons, présenté en leur nom particulier , avait été accepté par la Convention dès le 2 mars, et que celui de Liège, présenté à la môme époque, n'avait obtenu, pour les raisons exposées précédemment, qu'un accueil assez froid et l'ajournement jusqu'à l'arrivée des procès-verbaux, qui ne purent être transmis avant l'évacuation du pays.

A cette occasion , la Gazette de Liège ( s ) publia un article que l'on peut regarder comme une réponse du gouvernement même à la démarche des réfugiés : « Quelques feuilles publiques ont calomnié une nation qui, sentant tout le prix de son heureuse constitution, a gémi pendant près de quatre ans sous le despotisme de quelques

(0 NO 130 duiOmai.

(i) Code du droit public^ etc., H. 93.

(b) No 45 du iO juin 1793. Le rédacteur de cette feuille bien pensante était Tabbé Hubens , Tun des collaborateurs de Feller. Voir la Correspondance de ce dernier. Mamuerit 21,142 de la Bibliotbèque de Bourgogne, folio 412.

30e RÉVOLUTION LIÉGEOISE. [l79S]

méchants, tandis que ceux-ci tachaient de persuader à toute TEurope que c^était le vœu unanime de leurs concitoyens de se soustraire à un gouvernement le plus doux et le plus heureux qui existe. C'est une partie de ces hommes pervers , qui , au nombre de neuf ou dix, ont été renouveler dernièrement à la Convention nationale la demande faite, pendant Tinvasion des Français, de la réunion de ce pays à la soi-disant république française. Quelque absurbe qu'était cette demande, elle fut accueillie par les tyrans qui couvrent la France de deuil, et effraient Tunivers par leurs forfaits. Mais qu'ails sachent, ces législateurs de sang et de carnage et l'Europe avec eux, qu'inviolablement attachés à la religion de nos pères , soumis aux lois sages et bienfaisantes de notre patrie , et fidèles à TEmpire et à la constitution germanique dont nous ne voulons jamais nous séparer, nous avons en horreur et la licence , et Timpiété , et les principes exécrables de ces novateurs. >

Im Pranchimontois se séparent des Liégeois. — Leur pétition à la Convention. — Leurs menées pour diviser l'assemblée qu'ils viennent de quitter. — La lettre à Lebrun. — Elle est dénoncée à la Commime de Paris. — Explications fournies au ministre de Tintérieur 6arat. — Les Liégeois déclarent accepter la constitution de 1793. — Us désavouent les signataires de la lettre à Lebrun. — Le 81 mai liégeois.

— Quelques noms propres. — Les Pranchimontois se réunissent de nouveau aux Liégeois. — L'Assemblée générale populaire se constitue. — Sa profession de foi. ~ Le mouvement est appuyé par la Commune et par les Jacobins. — Les dénonciations. — Adresse à la Convention. — Autre adresse aux Français républicains. — Nouvelle dénonciation- contre Pabry. — Explications de lui et de Bassenge à ce sujet. — Mauvais vouloir de la Commune à l'égard de cette catégorie de réfugiés.

— Leur situation malheureuse. ^ Dissensions parmi les montagnards liégeois. — Fyon et Brixhe aux Jacobins. — Nouveau secours accordé par la Convention aux réfugiés. — Démarches relatives au mode de répartition. — Une réconciliation se prépare. -- Arrestation et exécution de Lebrun.

Jusqu'ici, dans les brouillons incomplets où nous avons puisé les renseignements relatifs au séjour des réfugiés liégeois à Paris , nous n'ayons pas trouvé de trace des dissentiments qui s'étaient cependant réveillés plus ardents que jamais , et ne devaient pas tarder à faire explosion. Le signal fut encore donné par les Pranchimontois, dont nous avons eu à constater Texagération révolutionnaire et la fâcheuse tendance à séparer leur cause de celle du reste du pays , tendance dont ils avaient déjà eu , dont ils eurent encore plus tard à se repentir. Les premiers temps de Témigration nous les montrent confondus dans la masse des réfugiés liégeois ; puis on les voit tout-à-coup, sans motif apparent, se présenter le 17 mai au Conseil-

général de la Commune de Paris, pour fraterniser avec lui, et lui demander un local particulier quifut accordé avec empressement (t). Ils allèrent siéger aussi dans une des salles du palais cardinal.

Que s'était-il passé dans rassemblée générale des réfugiés qui motivât cette démarche ? Pour Texpliquer, nous rappellerons d'abord que les patriotes de la Cité n'avaient pas en politique les mêmes idées que ceux de Franchimont. Déjà sensible en 1790 , cette différence était devenue plus tranchée à Toccasion des réserves ajoutées au vote de réunion à la France, Le malheur commun, qui aurait dû être un puissant élément de réconciliation, ne parait même pas avoir apporté aux ressentiments un adoucissement momentané , et nous avons quelque raison d'appliquer aux Franchimontois ce passage d'une lettre que plus tard Bassenge écrivit , avec Danthine et Levoz d'Esneux, pour réclamer une participation au subside de 150,000 livres accordé en novembre 1793 : < Dès notre arrivée à Paris, trois ou quatre brouillons dénoncèrent les autorités constituées. Le ministre Garât fut importuné de leurs plaintes. Il nous les communiqua, nous y répondîmes facilement, il leur imposa silence, et nous donna des marques honorables de sa confiance («). » Des questions d'intérêt privé se joignirent aux divisions occasionnées par ces différences de doctrine. Il s'agissait de la répartition du subside de 50,000 livres voté par la Convention le 27 avril. Le ministre demandait une liste générale des réfugiés , avec l'indication des titres qu'ils pouvaient faire valoir pour prendre part à cette répartition. Il painit» aux administrateurs chargés des intérêts de la masse, que le meilleur parti à prendre était de convoquer tous les Liégeois indistinctement, et de les engager à nommer eux-mêmes un Comité pour faire des propositions au ministre. Des notes que chacun présenta , le Comité fit un tableau renfermant les détails demandés, et, d'après cela, le ministre régla la distribution. « Il fit des classes, dit encore Bassenge,

(4) f Des députés de la commune {sic) de Franchimont près de Liège, victimes des derniers événements du mois de mars , viennent fraterniser avec le conseil général , et demandent un local pour délibérer sur les objets qui les concernent. Leur demande est applaudie , et renvoyée au corps municipal , avec invitation d*7 faire droit dans le plus bref délai. » Moniteur, n» 140 du 20 mai 1703.

(f ) Archives de VEmpire, Carton F. 15. 3506.

donna anx fonctionnaires dépouilléà de to^t èe qtt'its possédaient dans le monde 300 livres^ el diminua ta soâime pont* les autres. Nous réclamâmes Tégalité; il répondit que cela serait injuste. De là jalousie et haine (i). > Quoique la retraite des Franehimontois soit d^on mois antérieure à la résolution du ministre (i), il est fort probable qu'Hun certain nombre d'entre eux se crurent lésés, car nous To jons qu'aune fois en possession d'un local distinct , ils commencèrent par s'adresser à la Convention pour obtenir une part distincte dans la distribution des secours (s). Leur pétition ne renferme pas d^attaque directe , mais de malveillantes insinuations contre les modérés^ qu'on met sur la même ligne que les fûnaiiques^ et contre les traîtres que contrariaient les vœux de réunion à la France. Tout cela est assez clair et assez odieux à la fois. Puis -y à la fin de la pièce , apparaît la demande de former, c des pays de Franchimont , Stavelot et Logne , un nouveau département qui pourra s'agrandir et se compléter, par la réunion des pays voisins au delà de la Meuse. > Ainsi les Franehimontois, emportés de nouveau par leur exagération révolutionnaire , ne se contentaient pas de rompre avec leurs frères d'infortune , et de se rendre par cela même plus dures les douleurs de l'exil : mauvais citoyens , ils complotaient contre l'intégrité du territoire liégeois ; cette intégrité que leurs compatriotes cherchaient encore à maintenir au moment même on ils se jetaient dans les bras de la France , eux la répudiaient , la combattaient avec amertume , se déclarant étrangers au touchant sentiment qui pousse les enfants à se serrer autour d'une mère malheureuse. Ils l'obtinrent celte séparation , et la Providence y attachait une punition que leur imprévoyance à coup sûr n'avait pas prévue. Mais n'anticipons pas sur les faits ; le moment viendra bientôt de dire comment l'ennemi commun les chassa de la citadelle qu'ils croyaient inexpugnable, et leur fit amèrement déplorer cette demande inconsidérée.

Nous ne croyons pas qu'ils aient obtenu le principal objet de leur

(i) Archives de VEmpire. Carton F. 15. 3,506.

(t) Elle doit être du milieu du mois de Juin. H existe uae réclamitioii datée dn21.

(i) La pièce se trouve, mais non datée, dans le Code du droit public , eit. IL 98. D*après la lettre de Lebrun qui suK, on peut lui assigner la date du 33 mai.

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