‹ Histoire de la révolution liégeoise de 1789Chapitre 19 sur 48 · TOME IL · texte numérisé non relu

TOME IL

510 RÉVOLUTION LIÉGEOISE. [l79Sl

pétition. Les lettres insérées à la âuite de cette pièce dans ronvrage que lear vanité regardait comme an piédestal destiné à les grandir , prouvent que le Comité de salut public et les ministres des affaires étrangères et de rintérieur , Lebrun et Garât, ne leur étaient pas positivement contraires; mais on ne trouve nulle part la trace d'une discussion à ce sujet dans la Convention , ni même d'une proposition destinée à faire droit à leurs exigences.

Dans leur mauvais vouloir, les Franchimontois ne s'en tinrent pas là. Le groupe liégeois comprenait des hommes qui partageaient leurs préventions etleur manière de voir sur le terrible modérantisme ; qui se faisaient même de ce grief une machine de guerre propre à renverser des compatriotes dont la supériorité intellectuelle les blessait, et dont la popularité était à leurs yeux un crime, puisqu'elle les empêchait de devenir quelque chose ; qui avaient enfin contre ces hommes , possédant la majorité dans le Comité parce qu'ils continuaient à posséder la confiance de la majorité de leurs compatriotes , les griefs pécuniaires dont nous parlions tout-à-l'heure. Il y avait là, pour les séparatistes, un nouvel élément de division qu'ils prirent bien garde de négliger. € Des hommes derrière le rideau , dit à ce sujet Bassenge, excitèrent le mécontentement, échauffèrent les esprits et préparèrent la scission (i). > Sans pouvoir dire positivement l'attitude de Levozà cette déplorable époque, les documents faisant défaut, nous savons — et nous sommes heureux de le dire — que, tout en conservant sa méfiance et ses préventions contre les Fabrù ciens, il refusa de coopérer aux sauvages machinations que nous allons flétrir (s), et qu'il resta étranger aux dénonciations dont la salle des Jacobins retentit, où qui allèrent fatiguer les membres du Comité de salut public. Il est bien constant, en tous cas, que son nom n'apparatt pas cette fois dans les attaques contre Fabry et ses amis. Nous devons aussi reconnaître que les mécontents trouvèrent, pour commencer l'attaque, un prétexte dans le retard plus ou moins forcé que

(i) Voir la lettre écrite , avec Danthine et Levoz d'Esneux , aux commissaires de la Commune. Archives de VEmpire. Carton F. 15. 3506.

(t) Nous avons été fort surpris de le trouver parmi les 38 qui refusèrent de faire partie de rassemblée générale populaire. Sa note au ministre pour établir ses droits à obtenir une part dans la distribution des secours respire toujours ses anciennes préventions et sa méfiance contre Fabry. Ibid,

mettaient certains membres de Témigration , certains officiers municipaux de Liège surtout , à rendre compte de remploi des 52,000 florins que le caissier Parfondry avait versés-dans leurs mains, et qu'ils emportèrent. Les froissements personnels résultant de ces questions d'argent vinrent en aide aux rancunes politiques , et Texplosion eut lieu à Toccasion d'une lettre écrite à Lebrun.

Ce ministre du 10 août avait été enveloppé dans la proscription qui, le 2 juin, frappa la partie de la Convention à laquelle donna son nom la généreuse députation de la Gironde. Fabry et ses amis avaient sans doute de nombreuses raisons pour être mécontents de Lebrun; c'est aussi ce qui rend plus méritoire, plus louable, leur conduite à son égard. Dès qu'ils apprirent son arrestation, ils firent adopter par l'assemblée la lettre suivante (i):« Citoyen ministre, les représentants des Liégeois ont appris avec peine , mais sans inquiétude, le décret d'arrestation porté contre vous. Dans des moments où Ton eût pu les soupçonner de flatterie ou d'intérêt , ils n'ont pas cherché à vous donner des marques de leur confiance ; mais aujourd'hui l'on vous accuse , vous éprouvez des revers , et les Liégeois s'empressent, citoyen ministre, de vous adresser le témoignage de leurs regrets et de leur attachement. Nous ignorons encore la cause des désagréments que vous essuyez , mais nous ne pouvons croire que l'on parvienne à rendre suspect votre patriotisme. Celui qui, en 1789, fut atteint d'un décret de prise de corps par le gouvernement général des Pays-Bas, pour avoir proposé les principes de la révolution française; qui, en 1790, fut proscrit par le congrès Belgique, pour avoir soutenu la démocratie

( I ) Elle est de Henkart. Voir la brochure de Hyac. Fabry : Réponse aux différentes observations publiées dans la Gazette révolutionnaire de Liège j etc., p. 51... An reste , voici ce qu'écrivait Henkart même , le 26 juillet 1813 , à une dame de ses amies devant qui il avait été traité de jacobin : « Je passe tout, mais le titre de jacobin moi que mon indéracinable modérantisme aurait fait dix fois guillotiner, si ron était parvenu aux oiseaûx-moucbes ! Celui qui a défendu le ministre Lebrun, et sous les yeux des cannibales a publié sa défense ; celui qui , sous les yeux des agents restants de Robespierre, a fait déclarer par Tadministration générale de Liège, que les absents liégeois n'étaient que fugitifs et n'étaient pas des émigrés, parce qu'ils avaient quitté quand les anthropophages dévoraient la France ; celui que Vergniaud daignait nommer son ami , ne devait pas s'attendre à se voir traiter d'ancien Jacobin. Je l'ai été quelques mois , mais ma carte était signée : Pétion. i

BrabaDçoDDe; qui fût décrété par la Chambre de Wetziar, lorsqa^il consacrait son talent et ses veilles à la défende des malheureux Liégeois toujours idolâtres dé la liberté , toujours victimes du despotisme; celui que le collège électoral de TEmpire^ assemblé à Francfort pour le couronnement de Léopold , bannit de toute rÂllemagne,4)arce quMl avait constamment travaillé à en bannir la servitude ; celui enfin que la Commission impériale ^ établie à Liège lors de la rentrée de Tévéque^ dévoua à Téchafaud; celai-là sans doute , élevé par la république française au poste de son ministre ^ n'a pu ni la tromper ni la trahir^ Nous en avons pour garant la conduite civique dont vous vous honorâtes aux yeux de notre patrie i qui, dans les beaux jours de sa liberté, vous décerna 16 titre de citoyen , et vous adopta pour un de ses enfants. Vous vous êtes montré digne de son adoption , et bientôt, nous eu sommes convaincus, vous prouverez à la France que vos vertus républicaines ne sont pas à leur apprentissage , et que vous n'avez servi dans votre patrie que les Français qui aiment la république et la liberté. > (i)

Rien de plus honorable et de plus courageux assurément que le sentiment qui avait dicté cette lettre. Cela ne devait pas arrêter des hommes qu'aveuglait la passion, et ils ne voulurent voir, dans cette généreuse intervention en faveur d'un malheureux proscrit^ qu'une arme propre à combattre des adversaires politiques. L'éclat n'eal pas lieu immédiatement, et les procès-verbaux de l'assemblée lié^ geoise nous apprennent que, le jour môme où la lettre était votée , le^ modérés obtenaient encore la majorité dans le Comité du 34 avril, renouvelé à cause de la maladie ou de l'absence de quelques-uns de ses membres (a). Mais, peu de jours après (10 juin), se présentèrent au conseil-général de la Commune installé le 31 mai, < des députés des autorités constituées de Franchimont, Stavelot et Logne,

(i) Cette lettre, datée du 6 juin, est signée : « Les administrateurs et officiers municipaux de Liège , assemblés au ci-devant palais cardinal. P. F. André i, président de la séance, J. P. Libetty secrétaire. » Nous ne Pavons trouvée que dans le n*» 33 du Journal de Paris.

(i) Ce comité était chargé de donner son avis sur les réclamations des réfugiés relatives à la distribution des secours. Il fut ainsi recomposé : Spiroua; aine, Lamboî^ Domalius, Hyacinthe Fabry, Lonhienne, de Liège , Men^a/ , Moyse, Lmeux^ Jaymaertf Bury^ André, J. Collette,

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poar protester de lear entière adhésion aux principes révolationnaires des citoyens de Paris. > En insérant le fait dans son compterenda, le Moniteur (i) ajoute : t Le Conseil témoigne le plaisir qu'il ressent de voir dans son sein ces braves citoyens, auxquels on donne le nom de Cordeliers du Pays de Liège. Ils reçoivent du président Taccolade fraternelle. > Ces députés étaient porteurs d'une adresse votée à Tunanimité par l'assemblée franchimontoise (s ) : on y déclarait ne pouvoir trop c admirer le calme , la fermeté , Tunion , Tordre et la sagesse que le peuple de Paris venait de montrer, en se levant en masse contre l'oppression, i» et Ton adhérait pleinement « aux mesures sages et vigoureuses que la Convention s'était engagée à prendre , pour faire marcher à grands pas la révolution vers son but. > La détnarche était significative , et la désapprobation de la lettre écrite à Lebrun assez claire. Cependant cette lettre uç fut directement attaquée que cinq jours après (15 juin) , toujours au conseil-général de la Commune. Voici ce que porte à ce sujet le compte-rendu du Moniteur {z) : c Une députation des sans-culottes liégeois vient lire nne adresse (4) contre l'aristocratie des richesses et les aristocrates de toute espèce. Elle applaudit au patriotisme des sans-culottes de Paris qu'elle regarde comme des frères ; elle désavoue la lettre écrite par des Liégeois au ministre Lebrun , et déclare n'avoir aucune connaissance de cette lettre. >

La démarche était faite au npm de ces dissidents dont nous aurons à raconter incessamment les procédés révolutionnaires , et il est fort probable que, dans la députation, se trouvait un patriote assez obscur , connu seulement pour la part fort active qu'il avait prise aux odieuses folies du club des saps-culottes : il était notaire, et s'appelait Nahon. Mécontent de la part forcément minime qui lui avait été faite dans la répartition des 50,000 livres votées par la Convention, il s'en était plaint au ministre de l'intérieur Garât, qui de;nanda

(1) N« 164 du 13 juin 1793.

(t) Le Moniteur ne la reproduit pas : on la trouve dans le Journal des BébaU et de la correspondance des JacQbîQS , n^ 3Û6 du 13 juin i793. Elle e&t signée : i. F. Jehin , président , et (^lathieu Çolson , secrétaire , et adressée au Club des Cordeliers.

i%) N* 169 du 18 juin 1793.

(4) La pièce devait être curieuse, maiç 9QU8 ne TavoQs t^çuvée nulle part.

aassilôt (IGjuia) des éclaircissemeals à rassemblée (i), etBasseDge , quoique étranger à toute cette affaire , fut chargé de préparer la réponse (s). Nahon avait ajouté à sa plainte (s) des récriminations contre la manière dont les 52,000 florins avaient été dépensés : il avait parlé de gaspillaqe et de dilapidations , et la tâche confiée à Bassenge avait un côté fort délicat , car les comptables , à qui un arrêté récent {a) faisait une dernière invitation, avaient, parleurs retards prolongés , excité le mécontentement. Il fallut bien en venir à avouer un déficit dansTétat transmis au ministre (s), mais en l'expliquant par la précipitation de la fuite : « On n'a pas manqué sans doute, lit-on dans la lettre en réponse, de vouloir jeter quelque louche sur le déficit qui se trouve dans la somme de 52,000 florins. Nous vous Tavons déjà dit, citoyen ministre , ce qui n'a pu être transporté , après les payements faits , sera demeuré dans les armoires du Comité des finances. Tant d'autres objets, soit aux Liégeois, soit à la république , n'ont-ils pas été laissés dans ces moments de confusion et d'alarmes ? Nous-mêmes , n'avons-nous pas abandonné nos effets les plus précieux , les deux tiers d'entre nous ayant fui à pied , dans l'obscurité , n'emportant que ce qu'ils avaient sur le corps? Ne sait-on pas dans quel état nous arrivâmes à Louvain, Namur, Tirlemont, Bruxelles? Tous ceux qui étaient présents savent qu'on ne put mettre dans le coffre que 1,200 louis, en trois sacs de 400 chacun en écus de 6 livres ; qu'il fut sur le point d'être abandonné, que ce ne fut que par le plus grand hasard et le zèle de quelques individus, que cette somme et les archives furent sauvées. Ceux qui , quelques heures après , chargèrent ce coffre qui ne fut pas ouvert à Liège , ne s'avisèrent guère d'aller fouiller les armoires, et certes ils avaient bien d'autres soucis, dans cette

(0 Voir sa lettre. Bibliothèque. Cartons, 1795, suite.

(s) La minute est écrite en entier de sa main. Ibid.

(s) Nous n'en connaissons le contenu que par le peu qu*en dit la réponse au ministre.

(4) Du 29 mai. Bibliothèque. Cartons. 1793, suite.

(s) On n*en a pas joint de copie au brouillon de la réponse. Cette pièce, assez longue , n'a pas de date , mais elle doit être de quelques jours antérieure à une lottre de Garât du 30 juin renvoyant Tétat, à qui manquait la forme officielle nécessaire dans des pièces de comptabilité.

[1793] CHAPITRE XXV. 3t5

exlrémité fuoeste où toat était chaos, où la foale, dans un état accablant, les assaillait de toutes parts; car il ne faut pas perdre de yue qu'on n'apprit qu'il pouvait élre question de retraite , que le soir même du jour où elle s'effectua. » Bref , il résulte de la pièce que, sauf le déficit constaté et raisonnablement expliqué ( i ) , il n'y avait pas de reproche fondé à faire sur l'emploi donné au reste de la somme. Tel fut aussi le jugement qu'en porta le ministre en reconnaissant (30 juin) que l'assemblée fournissait, dans le compte présenté, c tout ce qu'elle pouvait produire, vu la précipitation avec laquelle elle avait été expulsée de Liège. »

Cette réponse, acte de légitime défense de la part d'administrateurs injustement attaqués, respirait une amertume qui dut augmenter le ressentiment de ceux contre qui elle était dirigée ; puis les Franchimontois étaient là , épiant avec soin les occasions de fomenter la querelle. Il nous est impossible encore de voir autre chose qu'une mesure propre à se précautionner contre des menées hostiles , dans la résolution prise quelques jours après par l'assemblée au sujet de l'acceptation de la Constitution.

Débarrassée des Girondins , la Montagne avait en quelques jours Toté une constitution selon son cœur, et décrété, le 27 juin , qu'elle serait soumise à la sanction des assemblées primaires. Les Liégeois ne s'étaient pas , comme les Franchimontois , souillés par une adhésion au 31 mai. Cette honorable réserve pouvait attirer l'attention de la faction dominante, et leur susciter des contrariétés. Il existait un moyen de tempérer le mécontentement : c'était d'adhérer au moins à la nouvelle constitution. Dans sa réponse à Chaussard (s), Bassenge explique la chose différemment, et donne à la démarche un caractère tout spontanée A nos yeux, c'est là une précaution oratoire, et, pour en être convaincu, il suffit de savoir que le livre fut publié trois ou quatre mois avant le 9 thermidor. Laissons de côté ces suppositions pour arriver au fait. Le 7 juillet, dans une séance à

(i) NoQs renverrons aussi k une lettre de Timprimeur Leruitte insérée dans la Gazette révolutionnaire de Liège y n« 140 du 9 messidor an III. Elle donne des détails plus précis que la réponse h Garât : sur les 52,000 florins , dit Leruitte on fit divers payements, notamment aux officiers des sans-culottes et k des buralistes , et il ne restait au moment du départ que 24,056 florins, (t) Page 108.

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laquelle foreDt invités tous les Liégeois établis à Paris , rAssemblée, sur la proposition de Bassenge, déclara à TunaDiinité c qu'elle adhérait à Tacte coDstitulif du peuple français , dont, par son honorable adoption , elle faisait partie. » Elle décida en même temps , c que le procès-verbal de la séance serait porté à la Convention le mardi suivant, que les Liégeois seraient invités à se réunir dans la grande allée des Tuileries pour se rendre à la Convention , et qoe cet arrêté, ainsi que Tinvitation de se trouver ensemble mardi au rendez-vous, seraient spécialement communiqués aux citoyens de Liège, Franchimont et autres lieux du Pays, de même qu'aux citoyens de Stavelot et de Logne (i). » On pouvait croire que cette démarche, en donnant satisfaction aux avancés, empêcherait ou tout au moins éloignerait un éclat. Bassenge avait pris résolument Tinitialive, et croyait s'être rallié la masse des dissidents, à ce point c qu'ils voulurent le nommer président de l'assemblée. J'insistai ^ dit-il, pour que le choix tombât sur un bon et digne vieillard, vrai sansculotte (s) , dont rage convenait à la majesté de cette époque... Ce vieillard occupa le fauteuil; je fus nommé secrétaire, et chargé du travail, il fut adopté à l'unanimité (s), i Ce travail, c'était l'adresse dont il fut donné lecture à la Convention , où les Liégeois se présentèrent au jour convenu (9 juillet). Le Moniteur (4) ne contient à ce sujet que les quatre lignes suivantes: € Les Liégeois réfugiés à Paris sont admis à la barre; ils annoncent que , faisant partie de la république française , ils se sont assemblés pour délibérer sur la constitution, et l'ont acceptée. Mention honorable. » Quant à l'adresse, dont nous avons retrouvé le brouillon écrit par l'auteur (s), voici

(ft) Procès-verbaux insérés dans le Journal de Liège, Année i857 , n* $8.

( 9 ) Libert. Cependant on adijoignlt comme secrétaire à Bassenge , Briarl de Huy, Tun dea plus violenjts montagnards, et que nous aurons encore à citer.

(s) Boisenge de Liège à PubUcola Chauttard^ p. 109. Un peu plus haut , ^ propos de son intervention dans cette aflTaire , il dit : « Puisqu'il faut parler de nous, cette démarche , c*est encore nous qui l'avons dirigée , exécutée ; le procès-verbal de cette séance , le discours qui fut prononcé à la barre , c*est encore moi qui les rédigeai. Nous proposâmes à nos concitoyens cette demande, dès les premiers jours de Juillet ; nous devançâmes môme le vœu de la Commune de Paris. Ceux qui , deux jours après, s'avisèrent de nous dénoncer, vivaient encore avec nous en frères. 1

(4) No 192 du 11 juillet 1793.

(b) Biblioikèque. Cartons, 1793, suite.

ce qu'elle disait: c Citoyeo président , enfants nouveaux de la grande famille, les Liégeois que les farouches satellites des tyrans coalisés ont forcé d'abandonner leur infortunée patrie, se sont réunis à Paris en assemblée primaire. Ils ont examiné et discuté Pacte constitutionnel que vous venez de présenter au peuple français dont, par votre honorable, adoption , les Liégeois font partie. Ils ne pouvaient, citoyen président, que voter leur adhésion à cet acte; les Liégeois y ont trouvé les principes sacrés du républicanisme , les bases immuables de la vraie liberté , à laquelle ils ont voué leur vie, et qu'ils défendront jusqu'à la mort. Nous présentons à la Convention le procès-verbal contenant cette adhésion ; puissent bientôt nos frères, gémissant sous d'indignes chaînes dont frémissent leurs cœurs généreux , voir briser ce joug si peu fait pour eux t La France recevra de nouveau leur serment de sacrifier avec transport leur vie pour le maintien de la république une et indivisible, de la république seul gouvernement qui convienne à des hommes ; elle verra , par leur impétueuse ardeur à voler contre les ennemis de l'humanité, s'ils étaient dignes d*élre adoptés par elle. > Nous n'avons pas découvert la moindre trace d'une démarche semblable faite au nom des Franchimontois. Comme ils avaient été conviés à s'adjoindre aux Liégeois, peut-être jugèrent-ils superflue une adresse particulière. Deux jours après sa comparution à la barre de la Convention, l'assemblée liégeoise prit l'arrêté suivant: « Sur la proposition d'un membre (i), rassemblée déclare que ceux des administrateurs et officiers municipaux de Liège qui ont écrit la lettre à Tex-ministre Lebrun , ont perdu la confiance des Liégeois qui l'ont désavouée publiquement. En conséquence, elle en déclare les auteurs et adhérents complices de la faction girondine et brissotinej anéantie par la Convention nationale , lors des journées mémorables des 31 mat, 1, 2, el 3 juin dernier (s), dont la liste, avec le

( I ) Le prôtr^ D^mani. G*est ce que dit positivement le réfugié Collette dans sa note au ministre de Tintérieur. Archives de r Empire. Carton F. 15. 3,506.

(t) Les mots imprimés en italiques le sont dans le document d*où nous extrayons ce passage. C'est un in-S*" de 16 pages, sans titre et commençant ainsi : Égalité ^ libéré , unité , indivisibililé de la république , fraternité ou la mort. Extrait des procès-verbaux des ci-devant pays de Liège , Franchimont , Stavelot et Logne , en assemblée générale populaire au ci-devant palais Cardinal^ local qui leur a été

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procès-verbal de cette séance, sera remise à la Commune de Paris, au ministre de Tintérieur, au conseil exécutif, au comité de salut public et aux sociétés populaires. Sur la motion du citoyen Briart, rassemblée arrête que le procès-verbal sera communiqué à nos frères de Franchimont, Stavelot et Logne , avec invitation de se réunir à nous et resserrer les liens de la fraternité, pour travailler conjointement au bien général ; en conséquence , les citoyens Pondavy, Briart et Cornesse sont chargés de cette mission , pour en faire rapport à la prochaine séance, fixée à samedi prochain, 13 courant, à 11 heures du matin. » D'après le compte-rendu inséré dans le Moniteur (i) y le même jour se présenta au conseil-général de la Commune de Paris c une députation de la société républicaine des Liégeois , qui vint donner lecture du procès-verbal par lequel elle acceptait la Constitution.» Cette société républicaine n'était pas autre chose que rassemblée régénérée , qui s'empressait de venir, auprès de la Commune du 31 mai , faire parade de son énergie révola* tionnaire.

Mais que s'était-il donc passé dans l'intervalle , et comment rassemblée liégeoise avait-elle été amenée à improuver si énergiquement, le 11 juillet, ce qu'elle avait adopté sans opposition le 6 juin. Les documents imprimés sont muets à cet égard , mais la source où nous avons puisé tant de détails (i) va nous donner encore le mot de l'énigme : c'est le brouillon d'une lettre où Bassenge raconte au ministre Garât une scène qu'on peut appeler un 31 mai en miniature. La pièce n'a pas de date, mais il est facile de la suppléer: la lettre a été écrite le ^i juillet, le lendemain de la séance à laquelle se rapporte l'extrait qu'on vient de lire. Nous insérons la pièce en entier. A côté de cette page écrite par un témoin des faits, par une victime de la scène violente qu'elle

atsigné par la commune de Paris. Brochure fort rare , comme toutes celles que les réfugiés ont publiées en France. Les extraits des procès- verbaux qu*elle contient — ils sont au nombre de sept — sont signés : T. J. Jehin , président ; M. Colson , J. H. Nahon.S. F. J. Briart, secrétaires. Deux Franchi montois , deux Liégeois. Ceux-ci étaient des avancés fort avancés ; nous en avons déjà parlé , nous en parlerons encore. C*est à Briart que Ton confia la rédaction de ces extraits. t

( I ) N* 195 du iA juillet i793.

(i) Bibliothèque. Cartons. ildZ suite.

retrace ) le récit que nous en ferions serait terne et décoloré. Voici cette lettre, écrite, avons-nous dit, par Bassenge , au nom de ses collègues si brutalement destitués , comme on va le voir :

c Citoyen ministre , nous venons vous rendre compte d'une scène qui s^est passée hier au palais cardinal^ dans la salle que la commune de Paris a donnée aux autorités constituées du ci-devant pays de Liège. Certes elle mérite de faire époque dans les fastes des révolutions. Hier, nous nous réunîmes pour tenir séance, et nous occuper de différents objets, entre autres d'une réponse à faire au comité des finances de la Convention (i). Nous trouvâmes la salle remplie, et tout nous annonça un projet formé. En effet, après quelques vociférations et quelques invectives plus absurdes les unes que les autres , nous parvînmes à apprendre que quinze ou seize individus , entre autres des ouvriers domiciliés à Paris depuis nombre d'années , à qui vous avez décidé qu'il ne venait pas de secours , mus par quelques vues que nous ne voulons pas pénétrer , se* disant assemblée primaire (s), peuple souverain y étaient venus pour dissoudre l'administration générale , en créer une autre à leur volonté , enfin exercer , en se déclarant le peuple en insurrection (ce sont leurs mots) , leur pouvoir révolutionnaire. Il fut impossible d'entrer en discussion; on n'en voulait pas, le parti était pris. Nous crûmes ne pas devoir lutter contre cette puissance, et nous nous retirâmes, en ordonnant au secrétaire-greffier de veiller aux archives du pays dont nous sommes les dépositaires. La grande majorité des citoyens qui , ayant entendu parler de ce projet , s'étaient rendus dans la salle des séances, nous suivit, et il ne resta que ceux qui avaient ourdi celte trame. Il est inutile de vous dire que ce sont les mêmes personnages qui ne cessent, depuis quatre mois, de calomnier des hommes intègres qui, pour toute réponse, n'ont cessé de veiller à leurs intérêts. Vous connaissez, citoyen ministre, nos démarches dans les distributions; nous n'avons suivi que les arrangements que vous avez déterminés. Mais il n'y a

(fl) n y a en effet, dans le carton déjà cité, une lettre de Real , membre du comité des finances de la Convention , réclamant un éttit nominatif des Liégeois réfugiés en France, nu 8 juillet.

(t) Les mots imprimés en italiques sont soulignés dans le brouillon de Bassenge.

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aucune raison , avec des gens qui n'en veulent point : d^ailleors nou^ne parlons pas la môme langue.

» Aujourd'hui, la grande inculpation est la lettre qi|e Tadministration a écrite au citoyen Lebrun, lors de son arrestation. Nous le demandons à tout homme qui a de la bonne foi et de Tâme : cette démarche n'honore-t-elle pas les Liégeois ? Après la manière dont Lebrun s'est conduit dans le Pays de Liège, les services importants qu'il y a rendus à la liberté , les persécutions que ses travaux constants pour y répandre les sains principes lui ont valu de la part des tyrans de Vienne et de toute la Germanie, les Liégeois pouvaient-ils se dispenser de donner, dans un moment de revers, un témoignage de leur attachement à ce citoyen , qui n'est qu'accusé et qui assurément est présumé innocent, jusqu'à ce qu'il soit prouvé coupable? A Lebrun qu'ils avaient vu agir dans leur première révolution , à qui la ville de Liège a solennellement conféré le droit de citoyen, pour le faire secrétaire du Conseil-général de la Commune, et auditeurgénéral de la garde nationale qu'elle organisait? A ï^ebru^n enfin qui. en ce moment encore, travaille dans les bureaux de la république (i), et contre qui rien n'a été prouvé. Citoyen ministre, les passions qui empoisonnent tout auront beau faire: nous vivrons et mourrons libres et républicains ; notre âme est fière , indépendante et pure , et cette démarche qu'ils condamnent , pour parvenir à nous ne savons quel but , ils ne sont pas faits pour la sentir. La seule chose à laquelle nous vous requérons de vouloir donner votre attention, ce sont les archives du pays, dont le dépûi nous fut confié par le peuple; car, malgré cette insurrection, vous sentirez qu'il ne nous est pas permis de les reo^iettre à ce souverain. Ils doivent cependant les demander. Tracez-nous la marche à suivre dans cette circonstaace ; demain peut-être opéreron|.-il$ ^e nouveau. »

Bassenge prend à tâche de ne pas citer de noms prQp^es. A quoi cela eût-il servi auprès de Garât , complètement étranger à Liège et aux hommes qui avaient coopéré à sa révolution? Mais dans sa

(i) On trouve, dans le carton qui contient plusieurs des pièces citées dans cette partie de notre travail, des lettres signées de Lebrun en qualité deministre des affaires étrangères, et postérieures au décret d'arresiation. Probablement il devait, jusqu'à nouvel ordre, rester en prison chez lui.

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réponse & Chaussard , qtii s'adressait plus à ses compatriotes qu'à l'écrivain dont il relevait les âneries, il donne quelques indications personnelles. Nation et Briart furent évidemment les promoteurs de ce petit coup d'État; c'est sur eux, singes ridicules et malhabiles, qu'on peut à coup sûr en faire retomber la responsabilité. Leur nomination comme secrétaires indique suffisamment la part importante qu'ils prirent au complot. A côté de ces deux hommes , Bassenge en place encore trois autres : un De Behr [i ) qui ^ secrétaire du Conseil municipal de Givet sous la présidence de Tinfâme Lecolle ^ obtint une assez triste célébrité dans ces années d'épreuves , un Wilmotte , qui avait été placé dans l'état-major des sans-culottes par ses dignes acolytes , et un Demani , que Bassenge qualifie assez durement : sBle et mêchûnt fou de prêtre (i). Ce sont là les misérables qui , au tort d'avoir été les principaux auteurs de ces divisions intestines , ont joint le tort bien plus grand d'avoir signalé au bourreau leurs meilleurs compatriotes. Certes, il faut être indulgent pour les hommes qui subirent l'influence du terrible milieu où l'on vivait à cette époque , et quand on n'a à leur reprocher que des doctrines où de simples aberrations. Mais dès qu'il s'agit d'actes de la nature de ceux que nous rappelons ici, de dénonciations faites en pleine Terreur, l'historien manquerait à sa mission s'il ne les flétrissait avec toute l'énergie dont il est capable. Ajoutons que ces dénonciations ne se maintinrent pas dans le vague. Il est une phrase du procès-verbal du H juillet dont l'incorrection grammaticale — cela se rencontre fréquemment dans les productions littéraires des avancés — a pu tromper plus d'un lecteur; c'est la suivante, à propos de la lettre à Lebrun : « l'Assemblée en déclare les auteurs , complices delà faction girondine etbrissotine, anéantie lors des mémo-^

(i) A propos de Oe Behr, voici ce que rapporte la tradition à Liège. l\ avait fait an jour, à nous ne savons quel club, une allocution plus que chaleureuse , qui avait assez impressionné une bonne parUe de Tauditoire. Le prélocuteur Gilkinet demanda la parole , et monta à la tribune que l'orateur venait d'abandonner, puis, se tournant gravement vers lui , il lui dit : Citoyen , que le grand saint Hubert te prenne en partie / Après cela, il descendit lentement et regagna sa place, sans abandonner son air sérieux. Inutile d'ajouter qu'un rire Tou accueillit ses paroles , et que Poratcur montagnard désarçonné ne demanda pas à répliquer.

(9) J. N. Bassenge de Liège à P. Chaussard , p. 151.

rables journées des 1"^' mai , 1 , 2 et 3 juin dernier , dont la liste sera remise , etc. > Ce dernier membre de phrase , à peu près inintelligible, s'applique aux complices de la faction dont, en effet, la liste fut arrêtée et transmise aux autorités indiquées par le procès-verbal; c'est à cela que Bassenge fait allusion quand il parle de la dénonciation survenue deux jours après la séance de la Convention où radresse fut présentée, (i)

On a dû remarquer la trace des menées des Franctaimontois dans la disposition par laquelle on avait désigné trois députés pour leur proposer de ne former qu'une seule assemblée. Cette députation est celle qui s'était aussi présentée le jour môme au Conseilgénéral de la Commune , où les procédés révolutionnaires de ses commettants ne devaient naturellement rencontrer que des approbateurs. Aussi quand, au jour fixé (13 juillet) , elle fit son rapport, ce fut pour déclarer que « la Commune de Paris avait applaudi aux mesures prises par l'Assemblée (a). » Hais la députation avait aussi été chargée de faire des propositions de réunion aux Franchimontois, et elle annonça qu'ils étaient précisément occupés à délibérer. Bientôt, en effet, se présentèrent quatre députés (s) chargés de la déclaration suivante: (4) ^ Le comité des Franchimontois a reçu dans son sein , avec la plus vive satisfaction , la députation de ses frères, les sans-culottes et vrais républicains liégeais, qui, unis aux principes du pur républicanisme , ont témoigné leur désir de se joindre à nous pour les faire triompher, sans avoir jamais cessé de fraterniser avec tous ceux qui ont professé et qui professent les mômes sentiments. Le Comité déclare ne former qu'un seul faisceau avec tous ceux qui , comme lui, veulent l'unité, l'indivisibilité de la république , et former une réunion de force et de moyens , pour la consolidation de la révolution et le maintien de la nouvelle constitution. En conséquence, et pour travailler de concert, le Comité demande à ses frères les Liégeois sur quelles bases ils voudraient

(1) Voir le passage cité, p. 316, note 3.

(«) Extrait des procès-verbaux , etc., p. 3.

(3) Dethier, Brixhe, Jehin et Petitbois.

(4 ) Nous ne changeons rien à ce galimatias double , et, une fois pour toutes, nous déclarons que, dans les occasions semblables , nous nous faisons un devoir de copier exactement.

former cette réanion, et députe quatre de ses membres pour leur porter la présente délibération. > Â celte proposition , rassemblée liégeoise c vivement pénétrée des sentiments qui animent et ont toujours animé ses frères de Franchimont , » désigna trois de ses membres ( i ) pour rédiger de concert un projet de réunion , qui fut dépêché séance tenante, communiqué , longuement (s) discuté et adopté le même jour. Il fut , en outre , résolu de le communiquer à rassemblée franchimontoise , qui se réunit à cet effet le 15, et, ce qui était facile à prévoir, s'empressa de Tadopter : « L'Assemblée, porte la brochure citée , a reçu dans son sein la députation de nos frères les Liégeois, au milieu des applaudissements réitérés, qui a remis sur le bureau extrait du procès-verbal de leur adhésion au projet de réunion à eux proposé ; et , après lecture , TAssemblée, par Forgane de son président, a arrêté la réunion des citoyens réfugiés des ci-devant pays de Liège , Franchimont , Stavelot et Logne. » La farce était jouée, et le même jour se constitua, sous la présidence de rillustre abbé Jehin , V Assemblée générale populaire de ces différents pays réunis. La salle occupée par les Franchimontois resta affectée aux séances générales , et Ton réserva , pour Tusage d'un comité qu'on se proposait d'établir, celle où avaient siégé les patriotes liégeois que le peuple souverain en avait si cavalièrement expulsés.

La première mesure décrétée fut une profession de foi civique^ qui fut adoptée à l'unanimité , et signée par tous les membres de la nouvelle assemblée. Nous n'exciterons pas de surprise en disant que cette pièce était dirigée exclusivement contre les hommes suspects de modérantisme. On lit dans le préambule : c Comme il importe de tirer, dès la première séance, une ligne exacte de démarcation entre nous et ceux des réfugiés de nos pays qui ne professent point les mêmes principes , nous déclarons solennellement de ne pouvoir admettre ni souffrir parmi nous que des citoyens réfugiés hors de nos pays pour cause de patriotisme , ni aucun de ceux qui refuseraient ou n'auraient pas le courage de signer comme nous les points suivants , que nous sommes convenus

(f) Briart, Goraesse et V^ilmotte.

(t) C'est le procès-verbal qui le dit , et il faut bien Ten croire sur parole , car il ne fournit pas la moindre trace d*unc discussion.

de regarder comme un symbole civique, qui aide à distingner les bons palriotes réfugiés de ceux qui ne le sont point. » (i)

Les principes décrétés étaient au nombre de six , et ainsi formulés : « i<> La réunion pure et simple de nos pays à la République française , une et indivisible ; 2® L'adhésion aux principes de la Montagne de la Convention et de la Société des Jacobins de Paris; 3® L'adhésion à la révolution des 51 mai, 4«', 2 et 3 juin dernier; ^^ La soumission entière aux décrets émanés de la Convention nationale depuis ces mémorables journées ; 5<^ Le ralliement à cette assemblée , comme au vrai centre de réunion , de tous les vrais patriotes français ; 6*^ L'acceptation de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen , et de l'acte constitutionnel présenté le 24 juin dernier par la Convention au peuple français, et déjà adopté par une très-grande partie du peuple souverain. > (t)

« Nous déclarons même , lit-on encore , de ne considérer que comme des faux frères , comme des hommes indignes de la confiance de nos concitoyens tous ceux qui seraient prouvés, depuis notre retraite dans l'intérieur de la république, avoir professé ou professer , de propos délibéré , des principes contraires aux points ci-dessus, que nous regardons comme des conditions essentielles de notre réunion en assemblée générale , promettons de les dénoncer, tous indistinctement, comme nous avons déjà commencé, à mesure qu'ils nous seront connus. » (s)

Il fut résolu ensuite qu'en envoyant au conseil-général de la Commune copie du procès-verbal et de la profession de foi, on lui demanderait de faire apposer les scellés sur l'appartement occupé par Liben , le greffier du Conseil municipal , devenu secrétaire-archiviste des réfugiés, c attendu qu'il avait perdu la confiance de l'Assemblée, comme professant des principes différents des siens (4). » Le lendemain (16 juillet) il y eut encore une séance pour nommer la députation (s) qui devait aller au conseil-général

(4) Extrait des procès-verbaux , etc,^ p. 8. (s) /&<d.,p. 9.

(j) Ibid., p. 10.

(i) Ibid,, p. 11.

(s) Elle se composait de Delrée, Petitbois, Heyman, Pondavy, Wîlmotte et Briart.

de la CommuDe faire sa communicalion. Une résolution y fut prise, noo moins significative que la précédente : celle d'assister en masse au convoi funèbre du patriote Marat assassiné par une furie, (i)

La Commune du 31 mai ne pouvait manquer de faire bon accueil aux actes d'une assemblée qui , du premier bond , et sous le patronage d'hommes suffisamment flétris par la dénomination A^Héber-tisies (i), se mettait ainsi à la hauteur des circonstances. Laissons encore ici parler le Moniteur (3):€ Une députation des citoyens réfugiés à Paris de Franchimont, Stavelot et Liège se présente , et annonce que la ligne de démarcation formée entre quelques-uns d^entre eux n'existe plus ; que les amis de Brissot^ qui l'avaient excitée, avaient été dénoncés à l'opinion publique, et que maintenant ils sont tous réunis. > Le procès-verbal ajoute, ce que ne dit pas le compte-rendu du Moniteur : « Les applaudissements les plus vifs accueillent les députés, et le président les invite à la séance. » (4)

Ceci se passait le 17 juillet. Deux jours après, les députés firent rapport de leur mission : la Commune avait accédé à la demande, et décidé qu'après l'apposition des scellés les archives « seraient rapportées à la Maison commune , où elles avaient été déposées à leur arrivée à Paris. » Elle avait en même temps désigné , pour assister en son nom à l'apposition des scellés , trois commissaires qui arrivèrent au moment où les députés venaient de terminer leur rapport ; ils furent reçus au milieu des plus vifs applaudissements , déposèrent l'expédition de l'arrêté qui les nommait , et invitèrent TAssemblée , € comme le droit dont elle allait user était l'effet de Texercice de leur souveraineté particulière , le droit des administrés sur les administrateurs , d à désigner de son côté des commissaires pour procéder à l'opération. (5)

(1) Extrait des procès-verbaux ^ etc., p. 12. Les mots en italiques sont ainsi imprimés dans le texte. Pourquoi ? Pour prendre couleur? Elle était passablement accentuée par tout ce qui précède.

(1) t Les Chaumette , les Hébert , etc. , ont accueilli les plus fous , les plus nuls des réfugiés > pour vexer tous les anciens de la révolution , et former cette scission éclatante. » Bassenge à Chaussardj p. XI , note.

(3) N* 201 du 20 juillet 1793.

(A) Procès-verbaux du conseil général de la commune de Paris. Vol. XXXI, carton 10.

(s) Extrait des procès-verbaux ^ etc., p. 14*

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