TOME II
Jaymaert , assisté cette fois d'un de ses collègues , Tavocat Harzé , pour avoir des ouvriers disposés à venir travailler, moyennanl salaire, aux retranchements projetés : c Rendez - vous , leur disait-on, à Tinstant sur la place Verte avec des pelles, des pioches, des haches ou des fourches , et vous recevrez là des ordres. > Après cela , il n*est plus momentanément question que d'une seule autorité populaire : le Comité d'urgence , qui s'empressa de donner suite à cette première réquisition en usant du nâême procédé : à son tour il enjoignit à tous les iharchands de toile , sous' peine d'exécution militaire et d'être traités comme ennemis de la chose publique^ de faire, dans les vingt-quatre heures, « porter à la maison commune toutes les toiles grosses et celles d'emballage qu'ils avaient en leur possession. ]i^ (i)
Ce langage, cette attitude indiquent une assemblée qui, pour employer une expression caractéristique fort usitée à cette époque , savait se mettre au pas, et il importe de connaître son origine et sa composition. Les renseignements qui la concernent sont peu nombreux, et les quelques procès-verbaux qui nous sont parvenus, rédigés par des hommes étrangers aux premières notions de Tinstruction, sont de peu d'utilité à qui les consulte (s). Tout y est pêle-mêle, les décisions des sous-comités avec celles du comité principal, sans le moindre vestige de signatures pour garantir l'authenticité des pièces, et l'assemblée se trouve installée sans qu'on sache pourquoi, puis brusquement dissoute de même. Le peuple, qui prétendAment la nomma, fut h coup sûr peu nombreux. Bien plus, nous sommes disposé à croire qu'elle se donna à elle-même ses pouvoirs : c'est ce qu'on peut induire de l'arrêté du représentant Gillet qui la supprima: < Quelques citoyens, y est-il dit, se réunirent et formèrent un Comité d'urgence. > (s)
(i) Recueil des arrêtés, I. 14.
(i) Voir aux archives de la commune de Liège un volume intitulé : Protocole des procès-verbaux et arrêtés du Comité d'urgence établi par le peuple de la commune de Liège le iS thermidor an IL Tout est irrégulier dans ce malheureux Comité d*urgence. Ainsi ce titre le donne comme institué seulement le i8 thermidor; et, dans le volume même, il y a un procès- verbal du 17, et dans le Recueil des arrêtés {\, 14) une réquisition du 11.
(s) Recueil des arrêtés. I. 43.
[1794-AN II] (CHAPITRE XXVlli. i^
Les procès-verbaux conservés ne portent que sur cinq séances , du 17 au âl thermidor inclusivement. L'une ^es premières opérations fut rétablissement d^un Comité de surveillance. Quoique cet établissement ait certainement eu lieu plus tôt, il est seulement indiqué dans la séance du 18 thermidor en ces termes : « Comité de surveillance et passeports. Extrait du registre des opérations. Le Comité général d'urgence de la commune de Liège en sa séancef du 15 thermidor a institué un Comité de surveillance et passeports. Il est composé de sept membres : Wilmotte , jeune , président ; E. Dufoury secrétaire; Falize^ père; Jehin. La distributiop des passeports a été confiée à trois des dits membres : Nahon , président; Boulanger^ secrétaire; Demeuse (i). Le Comité d'urgence, dans sa séance du 17, a investi celui de surveillance tendant à examiner les individus en état d'arrestation ; à élargir, sur le témoignage de deux citoyens dont le civisme ne sera pas équivoque, ceux qui seront reconnus innocents; à faire incarcérer les coupables, et cependant à mettre en réquisition une maison sous titre de dépôt. Celle du ci-devant grand-mayeur Héan , au Mont-S'-Martin , est désignée pour cet objet, où (s) l'on transportera les particuliers dont l'innocence ou le délit ne sera pas constaté, afin que tout prévenu, pouvant être interrogé dans les vingt -quatre heures, rinnocence ne soit pas effrayée par le séjour d'une prison , et que le
coupable n'échappe pas à la loi. » Suivent quelques autres dispositions , entre autres la formation d'un Comité des logements , puis , toujours sous cette date du 18 thermidor, ce qui suit (s): « Le Comité d'urgence arrelte que chaque séance il sera fait une liste de tous les membres présent dans chaque Comité , et que tous ceux qui se seront fait inscrire sans y assister seront annoncés à l'Assemblée populaire , pour qu'ils leur soient retiré la confiance du peuple, et que les peines convenables leur soient infligées. Il est aussi arretté
(f) Les demeures des personnages sont indiquées. L'illustre Nahon donne son adresse : Maison de Téchevin CoUardy Haute-Sauvenière , sans doute une maison d'émigré où il avait trouvé bon de s'établir. Il ne s'agissait que de la mettre eu état de réquisition. Son domicile réel était à la Goffe.
(s) Nous nous Taisons une règle de copier ces pièces avec une minutieuse exactitude : ce serait dommage de les déflorer par des correctiuus.
(5) Nous copions encore mot pour mot.
AU liÉVOLUtlON LIÉGBOISfi. [l 794- AN II]
que toutes personne douée de lumière utile dans ces circonstances, soit pour les renseignements de toute espèce, soit pour tout autre service, seront misse provisoirement en réquisition. Les Comités de surveillance et de subsistances sont.cbargés de faire un rapport, chaque jour, de toutes les opérations auxquels ils se seront livrés dans sa séance général, qui aura lieu chaque jour à dix heures <Mr matin . >
Tout cela suffit pour faire comprendre de quels éléments se composait le Comité d'urgence : il comprenait en effet la fine Heur de la Montagne liégeoise. Avant le 9 thermidor surtout , les avancés, protégés par les matadors de la Commune de Paris , étaient traités avec une faveur marquée : c Moyse , qui vint nous voir hier , écrivait Fabry à Henkart le 27 messidor (i) , nous a dit que les coquins sont accueillis et expédiés dans les bureaux avant les honnêtes et à leur barbe ( s). » Pourvus plus tôt des moyens de faire la route, ils purent arriver à Liège avant ceux de leurs compatriotes avec qui ils avaient rompu , et qui ne commencèrent à rencontrer moins de malveillance qu'après la chute du personnage en qui le régime de la terreur et la domination de la Montagne semblaient être personnifiés.
Les hommes du Comité d'urgence nous sont connus par la résolution prise, le 25 thermidor (12 août), de publier la liste de ses membres. Cette résolution mérite d^être rappelée , car elle atteste un déchirement dans le Comité, et en même temps la défiance du public liégeois sur le compte d'une partie au moins de son personnel. Voici cette pièce : < L'assemblée populaire ayant arrêté, dans une de ses dernières séances, qu'il serait envoyé une députation au Comité d'urgence , pour l'inviter à faire imprimer et afficher la liste des membres qui le composent, pour que, s'il y avait des réclamations à faire contre quelques-uns, on pAt les porter au Comité de surveillance, à l'effet de les faire connaître; le Comité d'urgence, désirant lui-même éloigner de son sein les membres qui ne doivent pas y siéger, pour cause soit de malveillance^ soit dHneptie, s'empresse de se rendre au vœu qu'a manifesté l'assemblée , en faisant publier la présente liste (s). > Suivent cinquante-six noms,
(4) 15 Juillet 1794.
(i) Papiers de Henkart.
(s) Recueil des arrêtés. I. 25.
[iTM-AN U] CHAPITRE XXVIII. 423
parmi lesquels sont ceux de quelques réfugiés qui s'étaienl signalés par leur sauvage exagération contre leurs frères proscrits : Wil* motte » Nabon, Jehin , Demani, Nihon, etc. , puis viennent ceux d'un peiit nombre de membres de TAssemblée provinciale ou de la Municipalité de 1793 , de beaucoup d'individus parfaitement inconnus , et de quelques sans-culot(es obscurs. Évidemment rélément montagnard y était fort convenablement représenté, et les pressentiments si chaleureusement exprimés par Bassenge dan&sa dernière lettre à Henkart semblaient recevoir une a ssez triste confirmation; mais cette prépondérance du parti montagnard à Uége devait heureusement être de courte durée. Nous n'avons aucun renseignement sur cette séance de rassemblée populaire, qui dut se tenir le soir même du jour où Tavisfut publié. Il y eut probablement une épuration, car, à partir de ce moment, le nom de Nahon, le dénonciateur en chef, ne paraît plus au bas des actes du Comité à côté de celui dlsta , qui continue seul à signer comme secrétaire , avec Bouchet président. Ista et Bouchet étaient membres de TAssemblée provinciale de 1 793. Celte épuration , qui pourrait être le résultat de la résistance opposée par la masse à quelques meneurs dont le jacobinisme lui déplaisait, expliquerait également l'absence des procès-verbaux postérieurs au 21 thermidor dans le registre où nous avons trouvé plusieurs des renseignements qui précèdent.
Le Comité d'urgence, seule autorité existante à cette époque, fut chaînée de l'exécution des réquisitions qui ne tardèrent pas à frapper la commune. La première est datée de Grâce-Montegnée , le 9 thermidor, deuxième année de la république française, tine, indivisible et impérissable ; elle importe peu. Mais il en survint bientôt d*autres qui se succédèrent rapidement ; nous ne citerons que les principales : réquisition de 1,000,000 bottes de foin, 100,000 bottes de paille et 40,000 quintaux d'avoine (28juillet-10 thermidor); autre de 6,000 quintaux de farine, seigle et froment, 34,000 quintaux de grain, 300 pipes d'eau-de-vie, 300 pièces de vinaigre, 100,000 livres de fil (même date), toutes deux exigibles dans les trois jours (i);
(i) Les réquisitions qui précèdent ne sont pas dans le Recueil 4es arrêtés: nous les non& trouvées aux archives de la commune : Registre aux répUsitious^ 9 thermidor an U au 16 vendémiaire an 111,
426 RÉVOLUTION LIÉGEOISE. [1794-AN llj
autre de 3,000 bêtes à cornes et de 2,400 moulons (même date);
autre de 50,000 livres de sucre en pain y 20,000 livres de cassonade, 30,000 livres de café, 50,000 livres de savon en brique, SO pièces de vin de Bourgogne ou de Bordeaux (4 aoùt-i7 thermidor); autre de 5(X^,000 aunes de drap de diverses qualités (même date), ces deux dernières exigibles dans les quarante-huit heures, toujours sous peine i'' exécution militaire et d'hêtre traités comme ennemis de la république, (i)
Les réquisitions qui précèdent sont du commissaire-ordonnateur en chef de Tarmée de Sambre-et-Meuse (s), et il ne dépendait pas du Comité d'urgence de s'y soustraire ; mais il voulut aussi faire acte de spontanéité, et en même temps donner une preuve de la hauteur de son civisme , en décrétant sur les riches un emprunt forcé (6 août-18 thermidor) destiné à fournir aux dépenses nécessaires qui se présentaient ; il voulait ainsi , disait-il , se rendre digne de la confiance qu'avaient mise en lui les habitants ( s ). Hâtonsnous d'ajouter que cette mesure odieuse fut décrétée avant le 25 thermidor, époque où nous avons supposé que le Comité subit une épuration. Dès-lors, il est permis de l'attribuer à Tinfluence du parti montagnard, pour qui de semblables procédés n'étaient que des moyens ordinaires de gouvernement ; il est permis aussi de trouver une nouvelle preuve de l'épuration dans l'inexécution même de la mesure : le total des sommes perçues (é) ne s'élève qu'à 6,950 livres en assignats, et à 17,493 livres en numéraire, et encore dans celte dernière somme les actionnaires du mont-de-piété flgurent-ils à eux seuls pour 12,307 livres. Il est bien probable que le Comité, après son épuration, refusa d'accepter la responsabilité d'une œuvre inique, que repoussait la conscience de la majorité.
(i) Ces trois dernières réquisitions se trouvent dans le Recueil des arrêtés (1. 18 et 21), et dans les Archives de V Administration centrale. Correspondance du 11 frimaire au 23 pluviôse an Uly vol. 33.
(«) Sur Texemplaire du Recueil des arrêtés qui nous a servi, un contemporain a écrit , en marge de Tarrété du Comité d'urgence qui prescrit Texécution de ces réquisitions , la note suivante : « Ces réquisitions ont importé plus que la somme de quatre millions, qui sont toujours a rembourser. »
(s) Recueil des arrêtés. \. 19.
(4) Ibid. I. 21. On trouvera là aussi la liste des citoyens qui fournirent k l'emprunt.
Cette assemblée, dont nous nous sommes attaché à bien déterminer le caractère^ n'eut pas une longue existence. Au bout de trois semaines , elle fut dissoute par un arrêté du représentant du peuple Gillet (21 aoùt-4 fructidor), arrêté daté du quartier- général de Waremme (i).Tout en rendant justice à son zèle, Gillet reconnaît rinsuffisance des titres du Comité , puisqu'il n'a pas été élu par runiversalité des citoyens. « Considérant, ajoule-t-il, qu'il existe des magistrats légalement élus par le peuple, lorsque le pays de Liège fut, pour la première fois, délivré du joug des tyrans coalisés, et que leurs fonctions furent seulement suspendues lors de la retraite des armées françaises ; que presque tous sont restés fidèles à la cause de la liberté, et que les rétablir dans leurs fonctions, c'est faire exécuter la volonté du peuple qui les honora de sa confiance ; arrête: le Comité d'urgence cessera dès ce moment ses fonctions; la Municipalité, librement élue par le peuple en 1793, rentrera en activité. > Des trente membres qui composaient cette Municipalité , sept avaient fait partie du Comité d'urgence, et la plupart des autres étaient à cette époque déjà revenus à Liège , puisque, dans la séance d'installation, on n'eut à constater que cinq absents (s), parmi lesquels se trouvait Henkart; et cependant Henkart était aussi de retour à Liège, depuis plusieurs jours, avec son collègue Derrance. De ces circonstances il est permis de conclure que la consigne relative aux passeports sollicités par les réfugiés fut levée après le 9 thermidor, le conseil de la Commune de Paris ayant été alors renouvelé. Bassenge partit quelques jours après la chute de Robespierre, et si Hyac. Fabry resta jusqu'au 24 septembre (s), ce ne fut certainement pas à cause des difficultés administratives qu'il rencontra. Quant à Fabry père , il fut retenu par sa famille à Versailles jusqu'au mois de novembre; il avait résolu de ne plus se mêler des affaires publiques, et on voulait attendre, pour son retour à Liège, l'expulsion des Autrichiens, qui se maintenaient à la Chartreuse.
( I ) Recueil des arrêt et, I. 43.
(s) Voir, aux archives de la commune, un fragment du procès-verbal sur feuille détachée à la fin du registre : Protocole des procès-verbaux et arrêtés du Cotnité d'urgence, etc.
(s) Voir quelques détails sur son départ dans une lettre de Fabry père du 25 septembre. Papiers de Henkart,
4â8 RÉVOLUTION LIÉGEOISE. [iTM-AN II]
On s'est souvent demandé ce qu'il y avait de vrai dans le motif allégué par le Comité de salut public^ pour laisser sa vaillante année de Sambre-et-Meuse inaclive pendant un grand mois, et Ton a dit (i ) qu'en se fondant sur la nécessité de chasser d'abord du territoire français les soldats de la coalition , il avait voulu cacher des négociations secrètes entamées avec ia Cour de Vienne. Il est certain , en tous cas, que les hostilités ne furent reprises à Liège qu'an commencement de septembre, et que les troupes impériales, attaquées dans leurs positions, ripostèrent en bombardant le quartier d'Outre-Meose, dont la population , toujours patriote , avait vivement pris parti contre eux. Il y eut plus de deux cents maisons complètement détruites, et autant qui furent très-endommagées (s); de là un nombre considérable de ménages sans domicile , et forcés de recourir à la charité publique : un relevé officiel donne le chiffre de 892 pères de famille et de 1 ,034 enfants à secourir , et encore dit-on que ce sont les plus nécessiteux (s). Leur venir en aide fut un des premiers soins de la.Municipalilé restaurée, et, quelques jours après son installation (5septembre-19 fructidor), elle signala leur fâcheuse situation à la commisération de ses administrés : « Nos frères malheureux du quartier d'Outre- Meuse , leur disait-elle dans sa proclamation (4) , victimes de la haine féroce de nos tyrans, réclament votre bienfaisance et votre justice. Vous connaissez le prix de leurdévouementàla cause sacrée de la liberté. Ceux que le fer des ennemis n'a pu atteindre , ont vu la flamme, portée avec une tranquillité cruelle dans leurs foyers domestiques, dévorer jusque dans leurs fondemenls]leur héritage et leur asile. Ces grands sacrifices
(0 « Cette espèce de suspension dVmes , Iit-00 dans les Mémoires tiré$ de» papiers d*un homme d*État^ tenait à des ouvertures secrètes dont le comte de Metternich et le prince de Cobourg avaient la clef. » III, p. 27.
(1) Nous lisons, dans un des procès-verbaux du Comité d*urgenGe, qu'il fallut employer des ouvriers pour enlever les décombres et rendre les rues à la circulation. C'était le 21 tbermidor, avant la reprise des hostilités qui agrandit considé* rablement les dégâts. .
(s) Voir, au dépôt de la province, les Archives de Vadministraiion centraie. Registre aux séances de l* Administration d'arrondissement de Liège ^ du 14 frimaire au 18 pluviôse an Ul ^ vol. 259, ainsi que dans la même collection, le registre aux Arrêtés duik frimaire au 16 pluviôse an ///, voU 146,
(4) Recueil des arrêtés, I. 57.
[ITIM-AM HlJ CHAPITRE XXVIII. 429
leur ont mérité votre amour , votre reconnaissance, et Testime de la répabliqae généreuse qui nous a délivrés de nos oppresseurs. > Un registre était , disait-on, ouvert à THôtel-de-Ville pour recevoir les dons patriotiques. Nous ne devons pas omettre de dire que le cœur généreux des Liégeois se signala dans ces tristes circonstances, et qu'ion s'empressa *de porter secours à ces malheureux privés d'asile et de p^in. Les Autrichiens n'abandonnèrent leur position que le 19 septembre , quand la bataille d'Esneux eut rendu impraticable leur projet de se maintenir à la droite de la Meuse. Chose pénible à
dire , il fallut défendre ce quartier, si cruellement dévasté, contre les pillards des villages voisins, et ceux de Jupille en particulier, (i )
Le 2 octobre , les Français prirent à Aldenhoven une terrible revanche de la défaite qu'ils ; avaient éprouvée Tannée précédente, et les Autrichiens, rejetés au-delà du Rhin, cessèrent' d'être un sujet d'inquiétude pour les habitants de ce territoire , auquel on donna provisoirement le nom de pays conquis.
Pays conquis t ces mots caractérisaient bien la situation que la Convention entendait assigner aux contrées soumises par ses armes. Les provinces belges et le pays de Liège avaient été réunis à la France par des décrets solennels ; le Hainaut avait même obtenu de former un département, celui de Jemmapes. N'importe; il avait été résolu de leur faire chèrement payer les frais de ce qu'on appelait leur délivrance , de leur imposer toutes les épreuves par lesquelles la France avait passé, comme si ces contrées n'avaient pas aussi, depuis quatre ans, éprouvé d'affreux malheurs! Pendant la première invasion , le temps avait manqué pour recueillir les avantages financiers qu'on attendait de Toccupation de ce riche pays , et la Convention en avait été pour ses déclarations mensongères. Cette fois elle entendait faire marcher les choses plus rondement, en exerçant, ouvertement et dans toute leur rigueur, les droits que donne prétendument la conquête. C'était plus brutal , mais au fond cela valait mieux que le système hypocrite appliqué deux ans auparavant , sans autre profit pour le vainqueur que de s'aliéner l'esprit des populations.
A la rigueur on s'explique l'altitude nouvelle du gouvernement
(0 Recueil des arrêtés. II. 54.
430 nÉVOLUTION LIÉGEOISE. [iTSi-AN IIl]
français à l'égard des provinces belges proprement dites , et l'on comprend le conventionnel Haussmann (i) alléguant pour raison Tabsence de toute autorité administrative en qui on pût avoir confiance. En effet , le vote de réunion n^avait été là qu'une méchante parade, une sorte de comédie aristophanesque , et la majorité, évidemment contraire au système français , n'avait pas fait aussi bon marché de Tindépendance nationale qu'à Liège. Ici, au contraire , sans prétendre , ce qui serait puéril , que ce même vote n'avait pas soulevé d'opposition, nous pouvons du moins affirmer qu'il avait eu un caractère de liberté relative , et que la majorité réellement acceptait, désirait la réunion à la république. Traiter ces populations, pleines de sympathie pour la France et ses idées , avec la môme brutalité que celles de nos autres provinces , c'était de ringratitude et de la maladresse à la fois. Le moyen , après cela , d'attirer encore , par des appeaux usés , les peuples étrangers au môme piège! Le moyen d'espérer qu'ils ajouteraient foi aux protestations d'une assemblée qui se faisait ainsi un jeu de ses engagements (s)! Quand Tâllien, le chef des Thermidoriens, répondait au Montagnard Duhem proposant timidement de régler par décret la conduite à tenir dans la Belgique : <c Mon avis à moi est que la Belgique, comme toutes nos conquêtes y doit être traitée en pays conquis, c'est-à-dire en pays qui a appartenu à la maison d'Autriche, et qui doit nous fournir tous les dédommagements d'une guerre entreprise pour la défense des principes les plus justes; > quand Tallien, disons-nous, faisait celle réponse aux applaudis-
( i ) Séance de la Convention du 6 ventôse an III , où il fit un curieux rapport sur sa mission en Belgique. Moniteur, n« 159 du 27 février 1795.
(i) « Je tiens, disait avec infiniment de raison Hyac. Fabry, que les Liégeois qui ont tant souffert , qui ont montré un attachement si constant à la sainte cause , mais même aucun des pays afi'ranchis par les héros républicains , n'auraient dû être soumis ni au système des réquisitions, qui sont une atteinte réelle à la propriété, ni à des contribulions forcées, qu'on chercherait en vain à excuser par ce qu'on nommait autrefois droit de conqtUte ; car elles ne peuvent plus être justifiées du moment qu'on pron^et aux peuples des sentiments de bienveillance et de fraternité , du moment qu'on s'annonce comme venant briser leur joug, et les rappeler à l'exercice de leurs droits imprescriptibles. » Répons aux différentes observations publiées dans la Gazette révolutionnaire de Liège , p. 32.
[llM^AN IllJ CHAPITRE XXVIII. i5l
sements de ses collègues (i) , il exposait cyniquement la doclr'me delà force, qui jurait si étrangement avec leurs pompeuses déclarations. En définitive, Duhem était dans le vrai, et, en invoquant les principes , il conseillait le parti le plus profitable : organiser Fexploitation d'un pays vaut toujours mieux , dans l'intérêt même de i^'exploitant, que de le livrer à l'arbitraire, et Ton peut affirmer que ce défaut d'organisation fut aussi préjudiciable à la France qu'à la Belgique. Le système, que nous avons ailleurs exposé avec quelques détails (s), fut suivi à Liège sans le moindre ménagement. L'arrêté du Comité de salut public du 30 messidor (s) , qui attribuait aux représentants du peuple auprès des armées l'exercice du pouvoir souverain dans les pays conquis , y fut publié et appliqué aussi rigoureusement qu'ailleurs ; les réquisitions y furent aussi et peut-être plus écrasantes , le maximum aussi pernicieux , les assignats aussi durement imposés , les friponneries des agents français au moins aussi fréquentes. (4)
La Municipalité avait été rétablie , mais il manquait encore une assemblée générale. Elle fut organisée par le représentant du peuple Frécine, que ses collègues envoyèrent à Liège pour cet objet (5),
(1) Séance du 26 veDdémiaire an III. Moniteur, n« 30 du 21 octobre 1794.
(t) HUtoire det Belges à la fin du XVIW iiècle. Chapitre 25.
(s) Recueil des arrêtés, I. 3. A cet arrêté du 30 messidor il convient d'en joindre un autre du 27 thermidor porté par les représentants Lacombe , GiUet , Richard , Laurent et Briez. IMd, 27.
(4) Vojci, par exemple, ce qu*on lit dans le procès-verbal de la séance de rAdministration provinciale du 6 brumaire an III : c Les garçons de cave des maisons Spirlet et Harlez , marchands de vins , exposent qu'ils ne peuvent demeurer responsables des vins confiés ci-devant à leur surveillance , attendu que le commissaire des guerres Guelton et son préposé Pirsoo se sont emparés des clers des caves, et puisent à volonté. » Ce Guelton se signala par des friponneries de toute espèce , que ses fonctions du reste lui rendaient très-facile. Archives de ^Administration centrale. Registre aux procès-verbaux des séances du 28 fructidor an U au 14 frimaire an III , vol. il7.
( s ) C*est à roccasion de Tarrivée de Frécine que le premier Comité de sur- Teillance prit rarrété suivant; nous le copions exactement dans le registre des archives de la commune , afin de ne rien lui ôter de sa saveur : < U est arrêté d'envoyer hors de son sein quatre députés, étant informé de Tarrivée prochaine d'un représentant du peuple français en cette commune, auxquels il donne la mission spéciale de se retirer par devers ledit représentant, à Teffetde lui ofi'rir les
432 RÉVOLCTION LIÉGEOISE. [1794-AN lu]
et qui s'annonça par une proclamation fort curieuse (i): Liégeois, disait-il 9 malgré votre élan sublime vers la liberté ^ vous êtes retombés sous la verge du despotisme sacerdotal. Aujourd'hui les féroces satellites des tyrans ont fui de nouveau, et vous êtes redevables de ce nouveau bienfait aux armées de la république, c Généreux comme ils le furent toujours , vos libérateurs n'ont rien exigé de vous. Seulement, au nom de la fraternité , ils vous ont demandé le superflu de vos denrées pour servir à leur subsistance. » Tout cela sera fidèlement payé , et vous n'avez rien à craindre. cMais pourquoi, à la vive allégresse que vous manifestâtes lors de rentrée des Français , a-t-on vu brusquement succéder un morne silence ? Pourquoi votre commune n*offre-t-elle aujourd'hui qu'un lugubre aspect ? De toutes parts s'élèvent des plaintes trop légitimes contre le discrédit des assignais. Liégeois , prenez-y garde : cette calamité publique est le résultat des manœuvres perfides de l'aristocratie aux abois , des spéculations criminelles des accapareurs et de l'insatiable cupidité des marchands. » A ce propos, Frécine reprend le thème usé de t hypothèque inépuisable que fournissent les domaines nationaux, et surtout la confiance que doit inspirer la loyauté française; puis il ajoute que le sort des Liégeois dépend de la circulation des assignats , comme leur subsistance dépend de rétablissement du maximum, et, satisfait d'avoir développé ces étranges paradoxes («), il termine par cette péroraison: « Et toi,
félicitations et les hommages libre du peuple liégeois , comme aussi de lui exprimer notre ardeur, pour qu'il requiert et sollicite la Couvention national de sanctionner et promulger les décrets d^adoption qui nous déclare partie intégrante de la république. » On avait assigné pour logement à ce représentant la maison de Témigré De Haime-Bomal , place Saint-Bartbélemi.
(0 Recueil des arrêtés. I. 62.
(s) Nous devons reconnaître que , rexpérience manquant, beaucoup y étaient fatalement trompés. Voici , par exemple , un arrêté de TAdministration générale : « Considérant que la grande majorité des habitants souffre infiniment de la rehausse subite et extraordinaire des denrées de première nécessité ; considérant qu*il n^y a que la malveillance des ennemis de la liberté , et Tavaiice sordide de quelques égoïstes qui, sans égard pour les besoins de leurs concitoyens, calculent froidement sur ces mêmes besoins pour faire des gains exorbitants , et s*enrichir aux dépens de la partie la plus nécessiteuse de la nation ; considérant enfin que cette cherté peut nuire beaucoup au bonheur et à la liberté que nos frères les Français viennent de nous assurer par leurs victoires , principalement en discrédi-
[1794-AN m] CHAPITBE XXYHI. 4S3
classe la plus nombreuse et la plus intéressante du peuple, calme les inquiétudes qui t'agitent. Tes privations et tes souffrances vont cesser. Les représentants du peuple s'occupent des moyens d'adoucir ton infortune en te préparant du travail (i) , et tu reconnaîtras que leur sollicitude fraternelle pour les sans-culottes du Pays de Liège n'est pas moins vive ni moins active que celle de la Convention nationale pour les sans-culottes de la république. >
En vérité, on est bien en droit de se demander si le Montagnard Frécine croyait sérieusement à ce qu'il disait , et s'il ne comprenait pas que le refroidissement constaté par lui avait précisément pour cause l'introduction des assignats et du maximum , et surtout la manière odieuse dont on se jouait de la confiance des Liégeois.
L'Assemblée générale s'installa le 28 fructidor ( 12 septembre 1794) : c'était celle qui avait été, comme la Municipalité^ violemment dispersée par la seconde restauration. Elle s'intitula : Administration centrale provisoire du ci-devant pays de Liège ^ et ouvrit sa première séance avec onze membres seulement, au lieu de plus de soixante qu'elle comprenait. Malgré des invitations réitérées , il lui fut impossible, à beaucoup près, de se compléter , et la cause (s) en
tant la monnaie républicaine ; rAdministration , pour répondre à la confiance que ses concitoyens lui ont accordée , et convaincue que le vil intérêt particulier doit toigours , et surtout dans les circonstances présente^ , être soumis au bien-être général, a cru indispensable de mettre un frein à la cupidité marchande, en 6xant le prix des denrées les plus nécessaires.... > Archives de l* Administration centrale. Registre aux procès-verbaux des séances du 28 fructidor an II au U frimaire an III, Vol. 117.
(0 n Hit tout au moins essayé, à cette époque, d'établir des ateliers nationaux. Voici ce que porte à ce sujet le procès-verbal de la séance de la Municipalité du 3 frimaire an III : < Il est fait lecture d'une circulaire et d*un avis adressés par le citoyen Boursier, commissaire -ordonnateur en chef , aux municipalités de la Belgique et du pays conquis , pour rétablissement d'ateliers dans lesquels la classe laborieuse et indigente doit trouver les moyens de subsistance. La publication et Taffiche sont arrêtées. « Registre aux procès-verbaux de l'Administration municipale de Liège du 20 vendémiaire au iO nivôse an lll. C'est le seul registre que les archives de la commune possèdent sur cette année, qui devait en avoir au moins «quatre.
(«) Ce n'était pas la question de la dépense, puisqu'on accordait à chaque député une indemnité de 12 livres par jour, indemnité qui n'était certainement pas déraisonnable alors.
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élail dans le mécontentement dont Frécine méconnaissait complètement la nature. L'Assemblée essaya de calmer celle irritation des esprits par une adresse (22 septembre-!®' vendémiaire) (i) qu'ion peut ainsi résumer : Nous sommes Français , mais les circonstances empêchent la fusion définitive de notre territoire dans le grand (oui , et nous devons nous résigner au gouvernement révolutionnaire que ces circonstances rendent indispensable. Cela était malbeureusemenl fondée mais il n'en fallait pas moins beaucoup de résignation pour le reconnaître.
Jugeant du système d'après son début , et prévoyant que les ré:{uisilions en numéraire succéderaient , comme en Belgique, aux réquisitions en nature , l'Assemblée voulut se faire un mérite de rinitialive en proposant à Frécine — qui accueillit aussitôt l'idée — d'établir une contribution d'un million dont elle espérait se servir pour les besoins publics. D'après la manière dont elle l'établit , c'était une représaille assez légitime et peu onéreuse au fond : elle pesait non sur les riches, expression d'un vague effrayant qui n'avait pas arrêté les Montagnards du Comité d'urgence , mais sur une catégorie bien déterminée de citoyens, c ceux qui avaient fourni aux emprunts ouverts par les recez des ci-devant États (s). > On en forma un tableau qui fut affiché, «; pour faire connaître au peuple ceux qui avaient volontairement prêté à nos tyrans les moyens d'exercer leur tyrannie (5), » et les citoyens qui y figuraient furent sommés, sous peine d'exécution militaire, de payer une somme égale à celle qu'ils avaient antérieurement fournie pour servir à l'oppression du peuple {a). Comme il ne s'agissait pas de frapper des innocents . le payement de la part contributive des hôpitaux et maisons de charité fut imposé aux administrateurs de ces établissements , ( pour les punir d'avoir détourné des fonds destinés aa
(1) Elle est signée Boisenge, président, et Henkari secréuire. Recueil de» arrêtés. II. 7.
(t) Recueil des arrêtés. II. 18.
(s) « On n*y verra pas sans indignation , lit-on plus loin, des ordres mendiants « des capucins même, qui ont aussi ^oulu contribuer à cette œuvre pie. > Cela était vrai.
(4) Gomme ce payement eût donné un total bien supérieur à un million , la part contributive fut plus tard fixée à 175 fl. 13 par 1,000.
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soulagement de rhumanité souiïranle. > On ne s'attendait pas, en prenant cet arrêté , à toutes les difficultés que souleva la levée d'une contribution qui^ au premier abord y paraissait si facile à percevoir : elles furent telles, que le résultat n'avait pu être atteint quand TAssemblée fut remplacée par celle qui prit le nom à'^Administralion de r arrondissement de Liège. Ce fut plusieurs mois après.
L'Assemblée, en proposant cette contribution, Frécine, en la décrétant , comptaient en consacrer le produit « aux objets de dépense urgente d'administration et de police générale , et au soulagement de la classe indigente du peuple, i» Tous deux avaient perdu de vue l'arrêté du 30 messidor ( i ) , Frécine en ordonnant de verser dans la caisse publique, TAssemblée en indiquant son caissier pour recevoir. Un arrêté (i) vint leur rappeler assez brutalement qu'il n'était plus, pour les deniers publics, d'autre caisse que celle du payeur-général de l'armée, et l'Assemblée fut invitée à substituer le nom de ce payeur à celui de son caissier : c'était , en d'autres termes, lui dire que cet argent serait consacré aux besoins de l'armée, non à ceux de ses administrés. Elle s'exécuta après une velléité de résistance.
Frécine ne quitta Liège que dans le mois d'octobre , et compléta avant son départ l'organisation politique du pajs. L'Administration centrale fut épurée (5 octobre-14 vendémiaire) — c'est le terme dont il se sert dans sa proclamation — et réduite à cinquante membres (s), dont près des trois quarts, trente-six, appartenaient à l'Assemblée précédente. Fabry père n'en était pas : son âge avancé l'avait engagé à renoncer complètement à la vie publique , mais il y était remplacé par son gendre Dupont. Son fils Hyacinthe , ses amis Bassenge, Henkart, Defrance et d'autres y avaient été conservés. Les Franchimontois n'y figuraient pas. En haine des Girondins liégeois, ils avaient sollicité et obtenu une organisation distincte pour leur quartier (4). Nous aurons plus tard à dire ce que leur valut leur
(0 Section II, § 1. Art. 3. '
(«) Recueil des arrêtés. IL 30. Frécine le signa, et ce désaveu lui fut sans doute imposé par ses deux collègues Bellegarde et Haussmann. L^arrété est daté du 6 vendémiaire (27 septembre).
(s) Voir les noms dans le Recueil des arrêtés, II. 63.
(i) L^Administiation d'arrondissement de Spa Ait ainsi composée : Michel
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imprévoyance, et comment la réaction parvint à tourner cette arme contre eux en les expulsant d'une positioa où ils se croyaient inattaquables. Levoz était à peu près seul pour représenter les avancés , que du reste — on doit le reconnaître — il n'avait pas suivis dans toutes leurs extravagances. Les modérés dominaient eacore là sans conteste. On vit se reproduire la répugnance des citoyens à accepter des fonctions qui , en temps ordinaire , eussent été ardemment sollicitées , et l'Assemblée fut obligée de signaler à Frécine la nécessité de remplacer les démissionnaires. Il se fit remettre la liste de ceux qui siégeaient, et répondit aux députés qui vinrent le trouver que son intention étant de réduire TAssemblée à Irente membres, il n'y avait pas lieu de faire de nouvelles nominations.
En même temps la Municipalité fut recomposée , et le nombre de ses membres fixé à quarante (i). Ici se trouveoi beaucoup de noms nouveaux : vingt-neuf; mais il ne faut pas oublier que plusieurs officiers municipaux de 1793 avaient passé dans TÂdmiDistration générale : Henkart , Defirance, Walbrecq et autres. Parmi ces membres nouveaux, il n'y en avait du moins aucun qui se fût signalé par de coupables excentricités, et la composition du premier bureau prouva que la Municipalité serait animée du même esprit que l'autre Assemblée : le notaire Jaymaert, connu par sa courageuse initiative dans les premiers moments de la conquête, fut
PeWboiêy de Verviers; Tbéod. Thiriart, de Vcrviers; L. Fr. Deihier, de Tbenx ; Rem. Hottssonloge^ de Lorcé; Henri Squelin^ de Ferrières ; J. F. Briarty de Spa; L. N. Depresseux^ de Spa; E. J. Ouberty, de Stavelot; Ferd. J. Hepnmm^ de Stavelot; A. Delbome, de Malmedy; J. Hub. DoultrepoiU^ de Malmedy; Jean Nadrin^ de Malmedy ; G. Grégoire, de Jalhay; Nie. Legrand, de Sart; Dupont , médecin à Ensival. Brixhe ne figare pas sur cette liste : il avait accepté les fonc> tions de vérificateur des assignats.
i)€*étajent : Jaymaert , !sta jeune, Renard, Vêliez aîné, yandemuuien, avocat ; Leruitte , notaire à Herstal; Leroux , Gathy, Beyne , arcbitocte ; Donekier, prélocuteur; Dukers fils, Denis, notaire; Dethier, notaire ; Bertinchampi , notaire; Constant, négociant ; Lyon, marchand ; Doneu aîné , Jacquemart , Chaudoir fils « Léonard Libert, Delatinne, procureur; Cartier, prélocuteur; Botter, Donnai, Martini fils, Beaujean, marchand; Deschamps, notaire; Colette, notaire; Wamier, avocat; Catoir , Digneffe, dit le Romain , P. F. Soleure, Borner, Chockier, Bérard père , Ghyot , marchand ; Jourdan aine , Brahy , Dehaxhe , Boverie. Voir la pièce dans le Recueil des arrêtés. II. 66.
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choisi pour président, et on lui adjoignit, comme secrétaires, Soleure et Renard. Ainsi s'évanouissaient les appréhensions — du reste assez naturelles — de Bassenge et de ses amis sur la prépondérance qu'ils craignaient de voir obtenir par leurs adversaires.
A la môme date toujours (5 oct.-14 vendém.), Frécine organisa un tribunal civil de dix juges, un tribunal révolutionnaire de neuf, y compris l'accusateur public, et un Comité de surveillance composé de douze membres. Les dix juges du tribunal civil étaient des nationaux (i); mais il n'y en avait que deux (s) dans le tribunal criminel, et six dans le Comité de surveillance (s). La plupart de ces étrangers étaient des officiers de l'armée française. Cette organisation ne modifia pas essentiellement l'état des choses, car le régime de la conquête était maintenu dans toute sa rigueur, et la HunicipaUlé n'avait , comme l'Administration générale , de fonctions à exercer a que sous la surveillance immédiate des représentants du peuple et du commandant de place. :» («)
L'institution du tribunal criminel révolutionnaire rappelait les aberrations d'une époque néfaste , et toute récente encore. Heureusement les temps s^amélioraient , et les hommes aussi en perdant cette effroyable inhumanité qu'on osait décorer du non de civisme. A Liège, ce tribunal ne fut guère autre chose qu'un épouvantail destiné à tenir en respect les réactionnaires. Un journal du temps, la Gazette révolutionnaire ^ a publié soigneusement les jugements; le relevé ne donne que quatre condamnations à mort : un émigré français nommé Luzeau, de Nantes, et trois fabricants de faux assignats , parmi lesquels ne se trouvait qu'un Liégeois , menuisier à Bodeux. Ces quatre condamnés furent fusillés dans les fossés de
(i) Harzé fils, avoué ; /Huiton/ , prélocutear; Frahkinet^ avocat; Piette^ id. ; DandrimorUj id. ; StapperSy id. ; Kempeneen^ id. ; Lonhienne^ id. ; Béanin^ id. ; Grégoire, id. Recueit des arrêtés, II. 73.
(i) Lyon, avocat , et Gilkinet^ prélocuteur. (Ibid. II. 69.) Le tribunal criminel siégeait dans la chapelle du Palais.
(s) Bounameau^ notaire, faubourg d'Amercœnr; Lemaitre^ pont d*Amercœur ; Dereux fils, rue des Récollets ; DefUe, notaire , Outre-Meuse; Lefebvre^ homme de loi; Prion, près de S*-Laurent. (IM, II. 68.) Le Comité de surveillance siégeait à rofficialité.
(4) Pabry, dans sa lettre du 16 octobre 1794 à son fils Hyacinthe, avait bien raison d'appeler cela une administration passive. Papiers de Fabry.