TOME II
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des républicains français (i). » Dansnne proclamation de ce jour (<) , les deux représentants indiquaient les moyens de faire cette preuve : c'était de montrer de meilleures dispositions à accepter les assignats, à satisfaire aux réquisitions, à se conformer au maximum. Les Liégeois n'avaient-ils pas mauvaise grâce, en effet , de se montrer peu disposés à accepter ces bienfaisantes institutions t LMnstallation se fit après que Tagent national « eut également improvisé, au nom des Liégeois et de ses collègues administrateurs, une réponse dans laquelle il exprima les sentiments des uns et des autres. >
L^'assemblée ne se compléta pas sans peine. La nouvelle organisation ne lui donnait pas plus d'autorité que n'en avait eue rassemblée à qui elle succédait : nommée par les représentants du peuple , elle leur restait subordonnée en tout, obligée de leur rendre compte de ses opérations , sans initiative aucune, chargée tout particulièrement € de faire exécuter les réquisitions qui émaneraient des autorités auxquelles Iks lois de la république française en conféraient le droit (s). > C'était un simple rouage que les représentants jugeaient propre à faciliter leurs opérations , et il répugnait à des hommes qui avaient le sentiment de leur dignité d'accepter cette humiliante position ; d'autant plus que l'on semblait prendre à tâche de l'aggraver par des embarras calculés, chaque fois surtout qu^il était question de demandes de fonds. La Municipalité était surtout exposée à recevoir souvent .des témoignages de mauvais vouloir. Deux faits encore : On lui demandait , dérision véritable 1 de procurer certaines fournitures nécessaires aux casernes, et elle répondait c qu'il lui était impossible de remplacer ce qui manquait, puisqu'il était de notoriété publique qu'elle était dénuée des ressources et des moyens nécessaires pour acquitter les créanciers de la Commune, et subvenir môme aux besoins journaliers des ouvriers employés aux travaux publics (4). > Une autre fois elle se plaignait
( I ) AnfUves de F Administration centrale. Registre aux séances de V Administra^ tUm d'arrondissement de Liège du 14 frimaire au 18 pluviôse an III. Vol. 259.
(t) Recueil des arrêtés. IH. 105.
( 8 ) Arrêté du 26 brumaire , art. 5. Ihid. III. 39.
(4) Voir aux archives de la commune le Registre aux procès-verbaux de V Administration municipale de Liège du 20 vendémiaire au 10 nivôse an lïl. Séancô du 29 frimaire.
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à TAdminislralion d'arrondiëscmenl d'avoir élé , pour Téclairage de la Tille, forcée de souscrire à des conditious onéreuses à défaut d^aiigent. € La Municipalité, disait-elle à TÂdministration en la priant de réclamer avec elle la cessation de cet état de choses, a sollicité de toutes parts les fonds nécessaires ; le silence général qu^on a opposé à ses réclamations Ta mise dans le plus cruel embarras. Si Ton ne nous avait pas enlevé le produit des caisses publiques, si Ton ne nous avait pasôté tous les moyens de subvenir à nos besoins, nous aurions rejeté avec indignation les propositions des entrepreneurs , puisqu^'elles n'étaient dictées que par le sordide égoïsme. > ( i )
La question des subsistances et les graves conséquences qui en découlaient arrêtaient aussi les hommes qui ne se sentaient ni rénergie ni le dévoûment nécessaires pour braver le danger , et déjà, une semaine après son installation (13 décembre-24 frimaire), TAdministration avait à signaler aux représentants deux démissionnaires (3). C'est qu'aussi, peu de jours auparavant (8 décembre- 48 frimaire), la Municipalité en corps était venue exposer sa détresse à TAssemblée, qui avait chargé son agent national d'en conférer avec le commissaire des guerres résidant à Liège. Comme toujours , rien de satisfaisant n'en était résulté, et c'est ce que nous apprend la décision prise le même jour à la soirée, décision où l'on trouve des renseignements fort détaillés sur la disette : « L'Administration considérant : l^' que la Municipalité de Liège lui expose que les magasins publics, destinés à son approvisionnement, ne renferment en ce moment que douze sacs de grain environ , qu'aujourd'hui il a été fait aux babitanls une distribution à raison d'une livre et demie de pain pour trois jours, et qu'il y a impossibilité d*y trouver aucun moyen d'assurer une distribution prochaine ; â"" que la municipalité de Liège a fait, il y a cinq jours, connaître celte extrême détresse aux représentants du peuple Portiez et Joubert , alors à Liège , qui en ont été si frappés, qu'ils ont sur-le-champ écrit à leurs collègues à Bruxelles, pour qu'ils avisassent aux moyens de la faire cesser,
( I ) Archivée de V Administration centrale. Deuxième registre de correspondance du 22 pluviôse au 3 germinal an III. Vol. 54.
(f) Hanssens de Hasselt, et Demaret de Châtelet. Hs furent remplacés par Sélys et WaU>recq.
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mais que leur lettre n'ayant produit aucun effet, le danger n'a fait que croître , et expose le peuple liégeois à un manque absolu de subsistances; 3* que TÂdministration, auprès de laquelle la Municipalité s'est rendue de nouveau, ayant appelé dans son sein le commissaire Ferés , elle Ta pressé de venir au secours des habitants. Sur la représentation par lui faite que , vu la pénurie où se trouvent aussi les magasins militaires et vu la possibilité d'avoir à temps une autorisation , il croit de son devoir de ne déférer au vœu des Liégeois, quelque pressant qu'il puisse être, qu'après Tarrivée de celte autorisation, qu'ils peuvent promptementsoUiciter et obtenir (i).» En conséquence il fut résolu d'envoyer à cet effet une dépulatton , qui partit immédiatement pour Bruxelles : elle se composait d'un membre de l'administration, Billotey, et d'un officier municipal , Ista ( s). Puis^ pour parer autant qu'on le pouvait-aux besoins à venir , dans la supposition assez probable où la députation parviendrait à obtenir un secours provisoire , l'assemblée autorisa son Comité des subsistances « à faire des réquisitions en grains à toutes les communes de Tarrondissement. > Décréter une mesure ne servait à rien , si elle n'obtenait pas l'approbation de l'Administration centrale , et l'on s'empressa d'envoyer le projet d'arrêté aux deux députés, en leur disant que , si cette administration n'approuvait pas , on lui laissait < à prendre les mesures qu'elle trouverait les plus convenables. » (3)
Cette dépêche venait de partir quand on reçut de Billotey la nouvelle qu'il avait obtenu mille quintaux de farine et une somme
(1) Archives de F Administration centrale. Regiitre aux séances du 14 frimaire au 18 pluviôse an IIL Vol. 259.
(s) Ils étaient chargés « de faire connaître la position critique et extrêmement alarmante du brave peuple liégeois relativement aux subsistances , et d*obtenir des représentants du peuple Tautorisation au commissaire Férès de venir pour le moment au secours de la commune de Liège , et de lui avancer sur les magasins militaires la quantité de miUe quintaux de farine , TAdministration se réservant de poursuivre Texécution des mesures qui ont déjà été proposées, et d'ysgouter toutes celles qu*elle jugera propres à éviter le retour d*un danger semblable à celui actuellement éprouve. » Archives de F Administration centrale. Arrêtés du 14 frimaire au 16 pluviàse an III. Vol. 146.
(s) Archives de C Administration centrale. Correspondance du M frimaire au ^Z pluviôse an III. Vol. 33.
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de 50,000 livres , et qu'il espérait faire cesser les réquisitions militaires. Le danger présent était écarté. On obtenait aussi Tespoir d'améliorer un peu la situation dans Tavenir par un arrêté des représentants du peuple qui, sur Tavis de TAdministration centrale, autorisait r Administration de Liège à faire , comme elle Tavail demandé, des réquisitions dans les communes rurales de Tarrondissement pour Tapprovisionnement des villes. Le succès de la mesure toutefois était subordonné à la cessation des réquisitions pour le compte des armées, car, si celles-ci continuaient, les autres devaient fatalement échouer, comme cela était déjà arrivé précédemment.
Quelque rigoureux que fût toujours le régime , la situation cependant s'améliorait un peu , et les pays conquis profitaient de la réaction anti-montagnarde qui , au sein même de la Convention , menaçait d'occasionner des excès en sens contraire. On commençait à espérer un meilleur avenir, quand un fait nouveau vint prouver aux Liégeois que les hommes de 1793, si impitoyablement traqués en France même, conservaient néanmoins le droit d'appliquer chez noQs leurs théories insensées. Le 3 nivôse (23 décembre), la Convention , faisant droit à des plaintes toujours plus vives , avait décrété l'abolition du maximum. Dans nos provinces un long cri de joie y répondit , et l'Administration d'arrondissement de Liège s'empressa de demander à l'Administration centrale des instructions sur la marche à suivre, en attendant la notification officielle du décret , chose sur laquelle elle semblait n'avoir aucun doute. Le moyen aussi de croire que ce qui était déclaré en France mauvais , nuisible au commerce, pernicieux à tous égards, pût être jugé bon et utile dans des contrées réduites aux abois par une des plus odieuses exploitations dont l'histoire ait conservé le souvenir! C'est pourtant ce qui arriva : de leur bureau central à Bruxelles , les proconsuls qui faisaient peser sur toutes nos provinces une intolérable tyrannie déclarèrent (3i décembre-ii nivôse) que le décret de la Convention concernait seulement la France, et que, chez nous, le maximum continuerait à régir les transactions commerciales. Pas de motif allégué : on eût été fort embarrassé d'en trouver (i). La stupeur chez les uns, l'indignation et la colère
( I ) Voir la pièce dans le Recueil des arrêtés. III. 138. Elle n*a que six lignes.
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chez les autres accueillirent cette incroyable résolution , et ces sentiments se révélèrent par de nombreuses démissions. Hyac. Fabry fut du nombre de ceux qui « pensèrent que ce qu'on regardait comme injuste à Paris devait aussi paraître injuste à Liège, puisqu'il n'y a point deux équités ; » ( i) il abandonna , en conséquence , le poste qu'il occupait dans PAdministralion d'arrondissement. Ces démissions , ainsi que les nombreuses députations envoyées à la Convention, donnèrent à réfléchir aux hommes qui venaient si inconsidérément de porter ce nouveau défi à la patience de ngs populations, et, pour échappera un désaveu que sans doute ils prévoyaient, ils firent quelques jours après (6 janv.-llniv.) un pas en arrière : le maximum était déclaré maintenu seulement sur les denrées dont le trafic avec la France continuait à être prohibé. Mais en même temps ils voulurent se faire payer cette concession en imposant à l'arrondissement de Liège une contribution d'un million de livres en numéraire, qui devait être payée avant le 1®^ ventôse; chaque jour de retard entraînait une amende de 10,000 livres , et les représentants ajoutaient cette menace : ( il sera en outre pris des otages. > (s)
(0 Réponse aux différentes observations, etc. , p. 7. Il y a k ce sujet d'excellents conseils dans une lettre de TAdministration d'arrondissement à la MunicipaUté de Huy , à qui elle recommande la liberté du commerce comme le meilleur moyen de coi^urer la disette : « C'est de cette liberté , lui dit-elle , que doit dépendre rapprovisionnement des villes. L'expérience nous a prouvé que plus le commerce est gêné , plus la disette, se fait sentir. La mesure la plus convenable k prendre , c'est de faire une proclamation pour engager les cultivateurs , marchands et autres, à amener en toute confiance leurs grains et leurs denrées à vos marchés , en leur assurant la plus grande protection, et une entière liberté dsins le transport et dans la vente. Les réquisitions , les visites domiciliaires, ne peuvent servir qu'à éloigner les habitants des campagnes, de leur faire tenir de plus en plus leurs grains cachés, et si malheureusement ces moyens sont pratiqués dans un district , nos voisins en profitent, en laissant chez eux toute la latitude que le commerce exige. » (Archives de r Administration centrale. Correspondance du A germinal au 93 thermidor an IIL Vol. 35). C'est dans ce même volume que se trouve la lettre par laquelle Hyac. Fabry donne sa démission en disant : à Quand je vois qu'on fait peser sur mes compatriotes un fléau qu'on s'applaudit d'avoir détruit dans Tintérieur de la république , je crois être autorisé à annoncer que je ne puis me prêter k Texécation d'une pareille mesure. »
(s) Voir la pièce dans le Recueil des arrêtés. IIL 148.
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Quand cet arrêté , qui tendait à remettre en honneur les principes anarchiques de la Montagne et ses procédés expéditifs , parvint à Liège, FÂdministration d'arrondissement (9 jany.-20 niy. ) fut bien forcée d'en ordonner la publication ; elle ne manqua pas toutefois d^'adresser au représentant Haussmann, de qui elle le tenait» une réclamation pour exprimer combien elle était douloureusement affectée. Elle lui rappelait que , sur la proposition même de Tadministration précédente, le représentant Frécine avait établi (i) ane contribution semblable sur tous les préteurs des États , c'està-dire sur ceux qui pouvaient être tenus pour responsables des frais de la guerre entre la liberté et la tyrannie. Les. difficultés que rencontrait l'exécution de la mesure avaient été résolues , et la levée de la contribution allait avoir lieu au moment où TAdministration fut congédiée. Ce qu'on veut aujourd'hui est bien différent de ce qui a été décidé alors : ce n'est plus sur les préteurs des États , sur ceux qu'on peut envisager comme les complices du système déchu , que la contribution pèsera , mais en général sur tous les citoyens aisés et justement imposables. L'assemblée ajoutait avec raison : c Jusqu'ici les représentants n'avaient pas cru devoir soumettre à une contribution le Pays de Liège , comme tous ceux occupés par les armées libératrices , et nous croyons pouvoir nous taire sur les raisons de cette différence. Votre dernier arrêté la fait disparaître... Croyez-vous qu'il le mérite? » (s)
L'assemblée adressa aussi ses plaintes à l'Administration centrale, et lui exposa la situation en termes, nous paratt-il, plus concluants. Évidemment, disait-elle, la nouvelle contribution n'est qu'une transformation de celle que Frécine a établie , et celle-ci l'aysfnt été sur la proposition même de l'Assemblée provinciale qui siégeait alors , il en résulte que le dévoûment des patriotes tourne à leur désavantage. On oppose l'insuccès de la première contribution. Hais ne faut-il pas tenir compte des difficultés , dont la principale résidait dans la situation des contribuables ? la plupart ayant émigré , leurs biens étaient dévolus à l'État, et en cette qualité échappaient à la contribution. On n'a eu aucun égard à cela. « Les représentants
( i) Voir plus haut, p. 434.
(s) Archives de VAdminiitration centrale. Correspondance du ii frimaire au 23 pluviôse an III. Vol. 33.
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crurent apercevoir , de la part des administrateurs , une délibération sur le point de savoir si Tarrêlé de Frécine devait ou ne devait pas être exécuté , > et ils tranchèrent la question contre le pays. L^arrondissement sur lequel la contribution de Frécine a été établie se trouve réduite de onze douzièmes (i)^ et cependant la contribution reste la même; bien plus la situation est notablement aggravée , en ce qu'on exige maintenant en numéraire un palment qui avait autrefois pu se faire en assignats. Si, en dépit des récla* mations, la contribution est maintenue, qu^on décide au moins qu'elle sera payée par l'arrondissement ancien , non par le nouveau si considérablement réduit.
Au moment où celte difficulté surgissait, Bassenge se trouvait à Paris. Sans pouvoir désormais, puisque l'assemblée qui l'avait député n'existait plus , il n'hésita pas cependant à continuer ses démarches auprès des hommes dont il croyait les dispositions favorables à ses concitoyens. Convaincu aussi qu'il fallait agir sur l'opinion publique , il adressa (15 janv.-26 niv.) à deux journaux parisiens (s) une lettre dont nous extrayons ce passage : c La ville de Liège , si connue par son attachement à la révolution française ; Liège qui, la première dans l'Europe, en a proclamé les principes; Liège, l'éternel objet de la rage des despotes et de leurs vils satellites , toule couverte de plaies et de ruines qui TaUestent ; Liège enfin, solennellement adoptée par la France, vient d'être imposée, après tant de maux, à un million en numéraire. Si elle ne l'a pas payé au 30 nivôse , chaque jour augmentera de mille francs , et on saisira des otages qui seront amenés dans l'intérieur ; et la disette , la misère couvrent Liège dans cette âpre saison. Que' spectacle pour les amis de la liberté dans la Germanie , que des Liégeois traînés en captivité en France ! Quelle jouissance pour nos tyrans et leurs complices ! Quelles réflexions amères pour les peuples I Ce n'est pas tout. Le maximum commençait à faire sentir
(i) Nous garantissons le chiffre, sans vouloir garantir Texactitude du calcul. Il est peut être exagéré, quoique , diaprés ce que nous avons dit, il est certain que rarrondissement avait été coruidérablement réduit. Voir la pièce dans les Archwa de r Administration centrale. Correspondance du ii frimaire au 23 pluviôse an III. Vol. 33.
(i) L*Ami des Citoyens et le Batave.
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dans ces contrées sa désastreuse influence ; de toutes parts on y bénissait Tauguste Sénat qui vient de l'abolir. Eh bien 1 témoins des désirs, de la joie des peuples, les représentants viennent d'y répondre en déclarant que le maximum n'est pas aboli pour ce pays. Quelle moralité! Quoi! ce que la Convention déclare absurde, oppressif, fécond en maux et en ruines , est maintenu cbez de bons voisins qui ne demandent qu'à fraterniser, est maintenu chez des enfants adoptifs! Tout se fait ainsi, et les justes réclamations se perdent dans le désert. » Cette lettre fut aussitôt (20 janv.-l^^' pluv.) réimprimée à Liège (i) , et y causa grand émoi. Le Comité de surveillance en fit une grosse affaire ; il se montra surtout blessé de la manière dont l'éditeur, dans une note, avait relevé deux erreurs de Bassenge: « L'auteur de cette lettre, disait-il, a été mal informé: l'augmentation doit être de 10,000 francs, et c'est au 30 pluviôse que cette bienfaisante contribution doit être acquittée. > Âpres s'être donné le temps de la réflexion , le Comité se décida à envoyer (30janv.-ll pluv.) la lettre incriminée aux représentants du peuple, la qualifiant : tin écrit qui ne tendait à rien moins qu'à indisposer le peuple liégeois contre leurs sages mesures. L'auteur naturellement était fort malmené : on y rappelait son Adresse à VEmpefeury qui était dépeinte comme une plate flagornerie t C'était le Vieux thème des Montagnards liégeois. Le dernier alinéa de cette lettre mérite d'être reproduit littéralement : « Nous vous observons aussy , citoyens représentants, que les motifs conçus dans cet écrit , sont ceux qui ont déterminé Fabry, membre de l'Administration d'arrondissement, extrëment livre à l'auteur , à donner sa démission ; ses hommes , prétendus amis de la révolution , cherchent d'une manière vil à se populariser. Nous vous prévenons que nous savons indirectement que la Municipalité approuve assés se libelle , et qu'elle a reçue assés froidement la nouvelle qui annonce la prochaine réunion du pays. >(3) Le lendemain, le Comité envoya une députation à TÂdministration d'arrondissement pour l'informer de cette démarche, et, le surlendemain , deux de ses membres, les Français Arnoult et Seguin, se
( I ) Feuillet in-4<> intitulé : Extrait des feuilles françaises : l'Ami des Citoyens et le Batave, avec la date du i" pluviôse.
(t) Comité de surveillance. Correspondance, ii vendémiaire au i*** ventôse an lu. Aux archives de la c<Aimune.
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présenlèrent au domicile des imprimeurs , Albert Haleng et Urbain Leruitte , saisirent les exemplaires de la lettre de Bassenge qui se trouvaient là, firent mettre la forme en casse, et rédigèrent da tout un procès-verbal. Après cette belle expédition, le Comité appela devant lui les deux imprimeurs, qui répondirent avec fermeté^ et reconnurent avoir spontanément publié la lettre incriminée. Leruitte dit, en outre , qu'il la regardait œtnme une banne chose^ et, invité à expliquer ce quMl entendait par là, il déclara n'avoir rien à répondre à celle demande. Sur nouvelle invitation , appuyée de la remarque qu'il parlait à une autorité qui avait droit de tinterroger^ il finit par répondre c qu'il soutenait que cette lettre était une bonne chose, à cause que la contribution d'un million en numéraire lui paraissait iiyuste pour un pays comme celui de Liège, qui avait déjà tant souffert. > Haleng ne montra pas moins de résolution que son associé : c'était lui, déclara-t-il, qui avait eu l'idée de faire cette réimpression, et « il n'avait été conduit en cela que par le plaisir d'instruire ses concitoyens , et de leur faire voir qu'ils avaient encore des défenseurs à Paris : il avait cru d'ailleurs pouvoir le faire, fondé en cela sur la liberté de la presse et l'article 7 des droits de l'homme (i). » Tous deux ayant reconnu que la note était de Bassenge cadet (i), qui l'avait écrite sur Texemplaire envoyé par eux , celui-ci fut aussi mandé devant le Comité , et répondit non moins fièrement que ses coaccusés : sa note, déclara-t-il , ne faisait que rdever une erreur de date et une erreur d' arithmétique, c Interrogé sur ce qu'il entendait par ces mots de la dite note : bienfaisante contribution ^ a répondu qu'il entendait ridiculiser le mot de cantributiony parce que ce mot lui a semblé absurde, dans un pays ami et adopté par la république française. » Il déclara encore qu'il n'avait pas suggéré l'idée
( < ) Voir uu io-^** de 8 pages intitulé : Plainte adressée à ta MunieipalUé de Liège par Albert Haleng et Urbain Leruitte , imprimeurs.
(t) « Lambert Bassenge , âgé de 27 ans environ, chef de division des transports militaires à la suite de Tannée du Nord , demeurant à Liège depuis quelques jours , vis-à-vis de la boucherie. » Telle est la manière dont il se qualifie dans son interrogatoire. L'adresse qu'il donne est bien en effet ceUe des deux frères. Cette maison leur venait d'une tante qui demeurait, croyons-nous , avec eux , et qui était morte deux ans aupartvint. EUe portait et porte encore pour enseigne : VAnge Gardien.
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de faire cet extrait des deux feailles françaises, mais que, c quand on le lui avait apporté imprimé» il en avait été fort content ; ajoutant en outre que s'il eût su que cette extraction n'avait pas été opérée , il aurait pu lui-même la faire , sachant qu'elle ferait plaisir à ses concitoyens. > A la demande assez singulière , s'il adoptait le sens de cet extrait — la lettre de son frère — il répondit < que ne reconnaissant pas au Comité le droit de lui faire cette question , il ne croyait pas devoir ; répondre. » (i)
Cette poursuite était odieuse, mais elle était surtout ridicule, et certainement elle n'eût pas eu lieu si l'on n'avait eu l'espoir d'y trouver des armes contre le patriote qui défendait, avec son énei^ie ordinaire, les intérêts de sa patrie. Les imprimeurs ne voulurent pas la laisser tomber, et ils adressèrent ( 5 fév.-17 pluv. ) à la Municipalité une plainte pour violation de domicile. Il n'y avait rien à répondre à leur argument : l'auteur de la lettre était connu, et c'est loi qu'il fallait mettre en cause, non les imprimeurs. Cette plainte fut lavement appuyée par Soleure , un officier municipal ami de Bassenge, qui fit à ce propos la motion suivante : c Je ne demanderai pas qu'on fasse des démarches auprès du Comité de surveillance ; c^est aux représentants du peuple qu'il faut s'adresser directement. En conséquence , je vous propose d'arrêter que copie des pièces déposées sur le bureau sera envoyée à Bruxelles et à nos députés à Paris, afin qu'elles soient mises sous les yeux des Comités de gouvernement. Elles serviront à prouver l'existence d'un système qu'on voudrait bien peut-être pouvoir continuer dans Liège , système auquel la Municipalité se fera sans cesse un devoir de s*opposer. » Sur cette proposition , l'assemblée, à l'unanimité, prit la résolution suivante : « La Municipalité , considérant que la liberté de la presse doit être illimitée chez tous les peuples libres, que la Convention nationale l'a elle-même proclamé solennellement , que la conduite du Comité de surveillance , vis-à-vis des citoyens Leruitte et Haleng , heurte directement tous les principes ; arrête que toutes les pièces seront envoyées sur le champ à ses députés à Paris pour être mises sous les yeux de la Convention nationale. » (s)
(i) ln-4» de 4 pages daté de Liège le M pluviôse et intitulé : Aux Citoyens rédacieurs de la Gazette révolutionnaire, (t) Le diseours de Soleare et la décision de la Municipalité sont publiés, à la
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Il existait alors à Liège un journal intitulé Gazette révolutionnaire (i), dont le titre indique suffisamment la couleur, et qui avait été fondé pour faire concurrence à la Gazette nationale de l'imprimeur Desoer, qui soutenait ses amis les Girondins. Or le jour môme (i«' février- 15 pluviôse) où les députés du Comité de surveillance effectuaient leur glorieuse expédition dans Timprimerie de Leruitte , ce journal , qui avait déjà reproduit la lettre de Bassenge , en accueillait encore une d'un autre Leruitte — Jacques-Henri — frère peut-être , ou tout au moins parent, de l'imprimeur. C'était une tête chaude, à qui l'on pouvait adresser certains reproches d'exagération pendant l'hégire — expression de Ransonnet — des proscrits liégeois («). Cette lettre , tout-à-fait dans le sens de celle de Bassenge , mais plus violente, commençait ainsi : c Citoyens, le terme de nos maux, de nos nombreux sacrifices est donc encore éloigné! La paix, Tespérance flatteuse de voir bientôt luire le jour de notre régénération sont donc des chimères? Il manquait, pour combler la mesure, une contribution; eh bien! la voilà. 0 Liège, ô ma patrie, combien on te méconnaît 1 » Plus loin il parlait de sa présence à ce qu'il appelle la fête de la réunion, et terminait sa lettre ainsi : < La main qui fut digne de porter la bannière départementale des Liégeois , qui eut la gloire d'aller brûler le trône du dernier tyran des Français , n'aura point la bassesse de souscrire à une contribution si contraire aux principes (s). » Soit qu'on le jugeât peu soutenu , ou qu'on trouvât son article assez violent pour motiver des poursuites sérieuses , on traita ce Leruitte plus cavalièrement que son homonyme. Le jour même où parut sa lettre il fut appelé devant le Comité de surveillance, qui lui demanda pourquoi il l'avait écrite : c Parce que , répondit-il ,
suite des interrogatoires de Leruitte et de Haleng , dans leur Plainte indiquée plus haut.
( I ) Il portait en tête la devise : Liberté , égalité , mort aux tyrans , paraissait les primidi , tridi , quintidi , sé'ptidi et nonidi de chaque décade , et était imprimé chez Bernimolin, place aux Chevaux. Son civisme répugnait k rappeler les dates de Tère vulgaire , et, quand il y était forcé, il avait toi^jours bien soin d'^outer : Style esclave,
(t) Voir notamment dans le Moniteur (n^ 290 du 8 juillet 1794) une dénonciation contre un Liégeois , Hegnac , officier supérieur au service de TAutricbe. Dans son interrogatoire, Leruitte se qualifie : limonadier^ rue Souverain-Pont.
(s) Gazette révolutionnaire. N« 47 du 13 pluviôse.
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étant français par un décret de la Convention, je ne crois pas qae le ci-devant Pays de Liège puisse être mis à contribution ; je crois au contraire quMI doit être traité à Tinstar des autres communes qui ont été envahies par les ennemis de la république, telles que Yalenciennes , Condé , etc. Notre bannière départementale est confondue avec celles des autres départements, et fait partie du faisceau indissoluble (i).> Dès qu'il eut donné ces explications, il fut arrêté et renfermé dans la prison de Saint-Léonard. Le Comité se trompa grossièrement, s'il crut que Leruitte ne trouverait pas de défenseurs : Sur sa plainte, la Municipalité prit le lendemain même la résolution suivante : « Considérant que cette arrestation viole le droit illimité qu'a tout citojen d'émettre son opinion , soit par la parole, soit par le moyen de l'impression, et qu'il ne conste d'aucun motif qui puisse légitimer l'accusation , arrête que le Comité de surveillance et le commandant militaire seront invités à remettre le Citoyen Leruitte en liberté, ou à détailler les raisons qui nécessitent sa détention. » (s)
Malgré cette intervention, le prisonnier ne fut pas relâché. Attaqué dans la Gazelle révolulionnaire par Ârnoult, l'un des deux membres du Comité de surveillance chargés de détruire la lettre de Bassenge, par Ârnoult qui l'avait traité de don Quicholle de la casle opulente , parce que, disait- il, né dans la classe des Sans-Culottes y il n'avait rien à redouter pour lui-même de l'établissement de la contribution (s) , Leruitte voulut répondre, et dénonça son arrestation dans une seconde lettre qui ne mit pas fin à la polémique.
Hais il y en eut encore une autre relative à la lettre de Bassenge, el dont il nous faut dire quelques mots. Dans l'état d^exaspération des esprits, elle devait, du côté du moins des Montagnards qui voyaient l'opinion publique se prononcer toujours plus énergiquement contre eux , prendre un caractère de violence incroyable. Ce fut d'abord un Français , Villemard, juge au tribunal criminel (4) ,
(fl) Voir aux archives de la commune le Registre des dénonciations envoyées aux représentants du peuple ou au commandant de la place.
(1) Ilnd.
(s) Gazette révolutionnaire. N« 49 du 15 pluviôse.
(4) C*est le facétieux citoyen qui , dans un article de la Gazette révolutionnaire (n" 24 du 27 frimaire) relatif à la destruction des emblèmes féodaux^ demandait qu'on soumit à la même opération tous ces petits marmots qu'on nomme saints^ et qui u trouvent encore pour enseigne sur plusieurs maisons.
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qui entra dans la lice^ et publia dans le joarnal de son parti on article intitulé : Contrepoison tune note signée Bassenge aine de Liège, La thèse déreloppée par lui est celle-ci : la contribution ne frappe que sur les riches, il n'est question de prendre des otages que parmi eux , et il y a lieu par conséquent de s'étonner du bmil que Ton fait à ce propos. Vint ensuite un autre Français , Corby , aussi membre du Comité de surveillance et qui avait signé en qualité de président (i) les interrogatoires des deux imprimeurs et de Bassenge cadet. Corby , disons-nous , voulut également briser une lance. ATentendre, Tautéurde la lettre n'é\miqn''un petit orgueUletix^ petit homme d'État, petit meneur de révolution , couvrant ses manœuvres d*un voile de popularité , et se constituant le défenseur officieux des prêtres , des nobles et des riches égoïstes. Et quels étaient ses principaux crimes ? d'avoir contribué à faire adopter , lors du vote de réunion, des conditions injurieuses pour le peuple français , d'avoir fait ou du moins signé ia lettre à Lebrun , et composé son adresse à l'Empereur. ( s )
Bassenge cadet répondit d'abord à Corby le jour même où il attaquait son frère, et, en publiant son interrogatoire, il lui écrivit la lettre suivante pleine d'un dédain mérité : « J'ai lu, citoyen Corby, l'article que tu viens de faire insérer dans la Gazette révolutionnaire. Je regrette infiniment de ne pas avoir conservé la collection précieuse des placards, des notes, des libelles de toute espèce, qu'une certaine classe de réfugiés liégeois a trouvé à propos de faire imprimer à Paris, contre la majeure partie de leurs malheureux concitoyens, dans un temps où, accuser, dénoncer un homme, c'était le dévouer au poignard des assassins qui ont plongé la Fran e dans le deuil et le plus profond désespoir. Les passages que j'aurais pu en extraire t'auraient servi de pièces justificatives ; tu y aurais lu que mon frère est un meneur^ un intrigant, un homme d'État, un modéré, un Feuillant ^ un Brissotin, un Girondin, un fédéraliste, un anti-maratiste, un anti-jacobin, un anglo-prussien, etc.,
( I ) Il avait pour secrétaire le notaire Defize, qai écrivait à un officier mnnicipal la lettre suivante : < Citoyens , je te prie de donner ta démition motivée sur la factio\i« et renvoyer directement aux représentants du peuple à Bruxelle, car ce bien Tavis du Comité, i
(i) Gazette révolutionnaire, N« 50 du 17 pluviôse.
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etc. , etc. ; tu aurais lu que mon frère a été arrêté par Vantique Comité révolutionnaire de la section de Hébert, comme ayant prûvoque des conditions à la réunion du Pays de Liège à la France, comme ayant discrédité les assignats à Liège , comme ayant fait ou signé la fameuse lettre à Lebrun , comme ayant fait une Adresse en 1791 à r Empereur, etc., etc., et tu sentirais peut-être que, n'ayant été que récho de certains personnages, il ne valait pas la peine que tu rappelasses au public ce qu'il sait depuis longtemps. >
A Bassenge cadet succéda Hyac. Fabry, qui avait donné sa démission d'administrateur dès qu il apprit le maintien du maximum dans les pays conquis , et qui prit avec chaleur la défense de celui qu'il appelait son frère. Fort malmené par lui dans un pamphlet mordant (i ), Corby ne trouva rien de raisonnable àrépondre. Sa réplique : Mon dernier mot au persifleur du pantalon gras, insérée dans la Gozette révolutionnaire (s), prouve qu'il s'était reconnu dans ce portrait du terroriste tracé par son adversaire : c Placez-moi , citoyen Corby, dans un Comité de surveillance une de ces têtes ardentes , qui conserverait encore toute cette espèce de patriotisme volcanique que produisaient jadis le grand sabre et la formidable moustache , sans compter le pantalon gras et le bonnet de poil à langue queue ^ une de ces têtes qui , facile à prendre des préventions , avide de mal penser, n'hésiterait pas à prononcer sur les hommes et sur les choses^ dans un pays qu'elle ne connaîtrait point , d'après les infaillibles rensei* gnements que lui donnerait une petite société familière , composée , supposons, de cinq où six individus sans vues , sans principes^ sans talents , qui, pour appeler sur eux les regards publics auxquels leur nullité les soustrairait toujours , attaqueraient et déchireraient sans cesse la probité et le civisme attestés par de longues épreuves : je vous le demande, à quels écarts, à quels abus d'autorité un tel homme , placé dans un tel Comité , ne pourrait-il pas donner lieu? >
Ce fut précisément un des individus de cette petite société familière qui voulut venir à l'aide — et quelle aide I — de ces terroristes étrangers si singulièrement fourvoyés chez nous. Le Hutois Briart,
(i) Réponse aux différentes observations publiées dans la Gazette révolutionnaire de Liège ^ contre la lettre du 26 nivôse, que le citoyen Bassenge a fait insérer dans quelques feuilles périodiques de Paris, In-8<» de 62 pages.
(I) N» 81 du 4 germinal.
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Tun de ces énergamèDes qui s'étaient faits à Paris les dénoociateurs de leurs compatriotes, adressa aussi à la Gazette révolutionnaire (i) un article intitulé : Préservatif contre les intrigues et manceuvres contrerévolutionnaires des hommes d'Etat du pays de Liège, etc. y et daté de : Huy y 20 pluviôse an IIL II commence son factum en reproduisant un passage de la proclamation publiée le 17 nivôse par les représentants du peuple, où il était question des efforts des Belges et des Liégeois pour briser leurs fers, puis il s'écrie: < Fabry , Bassenge , Chestret, Fyon, Lesoinne, Gosuin, vous tous, hommes des Étals, magistrats meneurs, exploiteurs ou chefs des révolutionnaires Liégeois depuis 1789, reconnaissez dans ces vérités frappantes le tableau rapide de vos crimes populicides. > Il y a trois pages in-4® remplies de semblables extravagances, et nous n'aurions probablement pas fait à ce misérable Thonneur de le signaler, si nous n'avions remarqué que cette diatribe insensée était adressée aux Liégeois républicains , circonstance qui nous a rappelé cette autre agression non moins odieuse adressée aux Français républicains (s) à l'occasion des tristes démêlés qui divisèrent les Liégeois pendant leur exil en France. Les deux pièces se valent, et doivent être sorties de la même plume.
Peut-être trouvera-t-on que nous avons trop insisté sur cet incident. C'est que nous y avons vu une tentative désespérée des Montagnards liégeois pour ressaisir le pouvoir en dépit de l'opinion publique, et s'imposer à leurs concitoyens qui ne voulaient ni les comprendre ni les subir. Rencontrant des alliés dans ces hommes que la Terreur expirante avait envoyés chez nous , et qui s'étaient particulièrement établis dans le Comité de surveillance comme dans un excellent observatoire, ils les flattèrent, se concilièrent leurs sympathies , ce qui était facile , les trompèrent sur l'état réel des choses et la force de leur parti , puis , se trompant eux-mêmes en se croyant puissamment soutenus, ils se disposèrent à la lutte. La lettre de Bassenge fut un prétexte pour la commencer.
Expulsés à Liège de tous les postes qu'ils avaient occupés dans les
( f ) N» 57 du 27 pluviôse.
(f) Voir plus haut, p. 334. Il est remarquable surtout que les erimef imputés à Bassenge sont exactement les mêmes dans les deux pièces.
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moments de cont'usioD qai suivireut Tarrivée des Français, ils s'attachërenl à avoir constamment à Paris quelqu'un des leurs , pour y renouer le fil des intrigues violemment rompu par le 9 thermidor , et se concerter avec les anarchistes qui jouèrent leur va-tout le l<^prairial.Tousles terroristes n'étaient pas tombés avec Robespierre, et il en était resté dans les bureaux des ministres comme dans ceux de la Commune. C'est là que Briart et ses coreligionnaires avaient trouvé des protecteurs, qui employèrent leur influence à faire ajourner le rapport sur les dénonciations , rapport qui aurait divulgué la nullité et la méchanceté des dénonciateurs ; c'est à ceux de ces protecteurs, survivants de la dernière catastrophe, qu'ils eurent recours pour continuer une lutte qui, s'ils avaient triomphé, aurait maintenu leur pays dans la position intolérable que lui faisait la conquête , et leur aurait fourni les moyens d'y pratiquer, au profit de leurs idées extravagantes, un système de réaction pire que celui qu'avait exercé le chapitre de Saint-Lambert, un système de réaction dont leurs adversaires avaient raison de se préoccuper, (i) Déjà , quand ils s'étaient vus expulsés du Comité d'urgence , ils étaient retournés à Paris, et Fabry racontait le 28 septembre à Henkart, qu'ayant accompagné la veille jusqu'à la voiture son fils Hyacinthe qui partait pour Liège, il avait aperçu^ dans la cour des messageries , Nahon et Wilmotte conduisant Briart à la diligence de Givet. Dans la même lettre il disait: c J'ignore ce que Messieurs de l'urgence ont fait. J'ignore ce qu'on a fait pour les déjouer, et si l'on a pris quelques mesures pour contrecarrer leurs nouvelles intrigues à Paris. J'ai appris hier que leurs ambassadeurs , Nahon et Wilmotte, se vantent de nuire encore, avec leur clique, à d'autres qu'au général Ransonnet (s). » Depuis lors il ne discontinuèrent pas
(i) On lit dans une lettre de Fabry à Henkart du 26 juillet 1794 : c Bassenge et les autres croient que , si Ton rentre dans le pays , on commencera d*abord par rechercher tous les suspects , et qu*on traitera comme tels tous ceux qui n^auront pas cherché leur asile en France , ceux qui en auront quitté le territoire , ceux qui auront habité le territoire autrichien , sans égard aux raisons qui auront nécessité cette habitation ; ils croient qu'on ne pourra pas même sauver les innocents , et qu'on ne pourrait faire valoir leur innocence sans se rendre également suspect. I Papiers de Henkart.
(i) im,