‹ Histoire de la révolution liégeoise de 1789Chapitre 26 sur 48 · TOME H · texte numérisé non relu

TOME H

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leurs menées , car, aa moment même où se passaient les faits que nous venons de retracer, Bassenge et Renart écrivaient de Paris : c Nous devons vous instruire des manèges infâmes que la clique, que vous connaissez , n'a cessé de mettre en œuvre pour entraver nos opérations et nous susciter des obstacles. Ils viennent de combler la mesure en faisant répandre ici avec abondance la gentille rapsodie de Briart (i), qui veut préserver Paris de nos inlrigueSy et qui nous apprend que le peuple nage dans le bonheur, que la disette n'est que factice dans notre arrondissement. La diatribe a beau être d'une bêiise extrême^ Tintention n'en est pas moins scélérate (s). > Plus tard encore nous aurons à constater la présence de Nahon à Paris vers Vépoque du !«' prairial.

Ce qu'il y a surtout de curieux à considérer dans cette affaire , c'est l'attitude du Comité de surveillance , ses projets réellement extravagants, son irritation comique en voyant qu'on ose le braver (s). D'abord à la Municipalité, qui demandait les motifs de l'arrestation de Leruitte, il fait cette réponse cavalière ( 3 février- 15 pluviôse ) : c Nous avons cru faire notre devoir en arrêtant la détention du citoyen Leruitte , et en renvoyant les pièces y relatives aux représentants du peuple, qui seuls ont droit de prononcer. Salut et fraternité. > Pas d'autre explication. Le lendemain , dans une lettre à leur compatriote Bouteville , qui les avait engagés à user de circonspection , ces mêmes hommes témoignent leur surprise de l'opposition que rencontre Târrêlé relatif à la contribution du million en numéraire , ainsi que de l'idée erronée qu'on s'en fait, et ils s'avancent jusqu'à dire : « Tout ceci nous prouve l'exislence d'un parti qu'il faut surmonter, briser, anéanlir. Nous avons donc fait ineUre le citoyen Leruiile en état crarreslalion , parce que sa lettre excède les burnes de la liberté de la presse , insulte même gravement les représentants et leur arrêté , parce qu'enfin il résulte de sa lettre et de l'interrogatoire qu'il a subi , qu'il n'obéira pâs à

( I ) Sans doute son Préservatif contre lea intrigues des hommes d'État , inséré dans la Gazette révolutionnaire^ et dont nous venons de parler.

(«) Réponse aux différentes observations , etc. Note tout à la fin.

(Z) Pour tous les détails qui suivent, quand nous n'indiquons pas d'autres sources , nous renvoyons au volume des arcliives de la commune intitulé : Comité de surveillance. Correspondance. i2 vendémiaire au i« ventôse an IIL

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ce môme arrôlé. » Puis se lendaDt Juslice, et atleslant eux-mêmes leur boD renom , ils ajoutent : < Nous n'ignorons pas que Ton nous peint avec les couleurs du terrorisme (i), mais.... >

Comprenant toutefois que leurs procédés seraient vigoureusement attaqués à Bruxelles et à Paris, ils envoyèrent aux représentants du peuple deux d'entre eux, Loichet et cet Ârnoult qui s'était signalé par la manière indécente avec laquelle il avait maltraité Leruitle dans la Gazette révolutionnaire , lui , son juge. La première lettre que ceux-ci écrivirent (4 févrior-16 pluviôse) recommandait de bien surveiller tout ce qui arriverait de Paris, car, disaient-ils, c nous avons appris que le parti Bassengiste a ou doit y envoyer un courrier. » Quant aux représentants, ils semblent avoir entrevu les graves embarras que la résistance des Liégeois pouvait produire , et , pour ne pas se compromettre, ils prêchèrent la sagesse et Idi fermeté : c'était se ménager une retraite si le Comité faisait quelque éclat. Celui-ci pénétra cette tactique plus circonspecte que loyale, et, dans sa réponse (7février-19 pluviôse), il énumère les motifs pour lesquels il n'a pas suivi sa première idée : mettre en état d'arrestation, comme il se l'était d'abord proposé, le président (s) et plusieurs membres de la Municipalité, ainsi que Bassenge cadet et les deux imprimeurs, cela eût fait grande sensation et donné de nouvelles forces à la résistance; « nous croyons donc, disait-il > qu'il est avant todt une mesure préalable et indispensable, commandée par le bien public : c'est de commencer par renouveler la Municipalité toute entière, pour y placer, s'il est possible, quelques Français , et y nommer un agent national également Français. » Ce renouvellement effectué , on pourra avec sécurilé procéder aux arreslatioiis nécessaires. En attendant la résolution des représenlanls du peuple bur cette proposition , le Comité décida , après en avoir conféré ave» le commandant de place, pur Montagnard aussi, d'envoyer Leruilte à Bruxelles avec les pièces du procès, ce qui eut lieu le lendemain (8 févricr-20 pluviôse).

L'idée de renouveler la Municipalité souriait aux représentants du peuple, ou du moins à l'un d'eux, Haussmann, car il écrivit, peu de

(i ) Pour copier exactement, nous deTrions écrire Iherorwne. (f ) C'était le notaire Jaymaert,

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jours après (12 fév.-24 pluv.)» ^^ commandant de place de se concerter avec TAdministration d'arrondissement et le Comité de sarveil* lance, pour lui envoyer c une liste de vingt à vingt-cinq patriotes, purs et intègres , propres à former une nouvelle Municipalité (i). » L'accueil fait à la demande par TAdministration donna sans doute à réfléchir : dans sa réponse elle fit valoir le danger d'un renouvellement au milieu des circonstances où Ton se trouvait, le danger surtout de remplacer des hommes qui avaient acqufs certaine expérience. A quoi bon d'ailleurs ? La Municipalité actuelle est composée d*ami8 très-sincères de la révolution française, c La plupart de ses membres, ajoutait l'Administration , avait été appelée par le peuple liégeois même, dont le dévoûment à la république française n'est pas douteux. C'est parmi ces patriotes, qui avaient tous été persécutés par nos tyrans, que le représentant Gillet les a choisis, et enfin c'est encore de ce nombre que le représentant Frécine a tiré les membres actuels qui la composent. » (%)

Au sujet de cette réponse, l'Administration d'arrondissement eut avec le Comité de surveillance un assez singulier démêlé; il est raconté dans une lettre du 21 pluviôse (15 février) aux représentants du peuple. Le Comité cherche d'abord à exciter leur susceptibilité en disant que leurs arrêtés restent sans exécution, c Des particuliers se permettent de se prononcer contre eux , et les autorités se taisent i > A l'entendre, ces téméraires ont des complices partout : € La grande majorité de la Municipalité les appuyé, et nous devons dire que, dans le tribunal civil , et jusque dans l'Administration d'arrondissement elle-même , quelques membres voyent d'un mauvais œil votre arrêté sur la contribution en numéraire. » Il n'est pas jusqu'à l'agent national Bouteville , un Français cependant, < dont la conduite dans tout ceci ne paraisse pas exempte de tout soupçon. > Puis , arrivant à la formation de la liste pour le renouvellement de la Municipalité, le Comité dit comment, aussitôt après la réception de la lettre qui la réclamait, il s'est mis en rapport avec l'Administration « qui promit de prendre sans retard un arrêté. » Il s'est occupé ensuite

(i) Archives de V Administration centrale. Deuxième registre de correspomlanci du 32 pluviôse au 3 germinal an lll. Vol. 34. (1) Ibid.

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à préparer la liste , et , voyant que Tarrélé promis n'arrivait pas , il s^est décidé à envoyer à TÂdministrationane députation dont son président faisait partie. « Mais quelle a élé la surprise de nos députés , porte le document, lorsque, bien loin de voir cette autorité disposée à mettre votre lettre à exécution , il leur a été répondu que l'Administration , n'ayant jamais eu de plainte contre la masse de la Municipalité ni contre ses individus , ne croyait pas devoir s'occuper de former la liste demandée avant qu'elle ne vous eût écrit , et que d'ailleurs les inquiétudes qu*elle avait sur les subsistances lui faisaient craindre qu'elles ne se réalisassent , si l'on excluait de la

Municipalité des gens faits pour ce travail Vainement lui a-t-on

représenté que l'esprit public de la Municipalité était vicié , relativement à la liberté de la pensée et de la presse , et que son esprit révolutionnaire n'était pas le môme que Vesprit révolutionnaire français , » les députés ont dû se retirer sans avoir rien obtenu , et le Comité, de concert avec le commandant de place seul , a formé la liste de présentation.

Ces procédés, que nous qualifions avec indulgence en les disant insensés, ne furent peut-être pas étrangers à la mesure qui vint brusquement en frapper les auteurs. Le 22 pluviôse (10 février), le Comité de salut public supprima définitivement (i) une institution dont on avait si cruellement abusé , et , le 30 , le Comité liégeois , après sa dernière incartade, fut obligé de résigner ses pouvoirs entre les mains de cette Municipalité qu'il avait poursuivie avec tant d'animosité , et de lui demander un récépissé des actes de sa glorieuse administration. Mais en même temps les citoyens français, membres de ce comité , écrivirent aux représentants du peuple pour leur recommander leurs œllègues belges (t). S'ils avaient pu, disaient-ils, prévoir leur suppression , ils auraient placé ceux-ci sur la liste des candidats pour la Municipalité ; ils sollicitaient leur nomination à ce poste , et la regardaient comme une récompense due au zèle dont le Comité tout entier n'avait cessé de donner des preuves.

(1 ) Il fut publié à BruxeUes le 27. Recueil de* arrêtés, III. 205.

(i) La dernière pièce porte dix noms : cinq Français : Loichet aîné, Foucault , Àmault, Corby, Darcy aîné; cinq Liégeois : BounameaUt notaire ; DefUe^ notaire , Begum a)né , G. J. Barbière^ G. H. Prian.

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La circulaire (i) de rAdminislralion centrale (16 fév.-28 pluv. )i qui annonçait aux diverses municipalités la suppression des Comités de surveillance, et leur disait que le dépôt sacré de la sûreté publique leur était maintenant confié, cette circulaire, disons-nous, supposait la possibilité de représailles assez légitimes contre les hommes qui avaient figuré dans ces odieux conciliabules. Cette crainte était encore plus clairement exprimée dans une proclamation de la Municipalité de Liège à ce même propos (s) : « Si quelques individus^ disait-elle à ses administrés , avaient pu tenir à votre égard une conduite réprouvée par la loi , la loi seule a le droit de connaître et de punir les prévaricateurs. Citoyens , soyons froids et impassibles ; ne nous abandonnons pas à des passions , à des ressentiments personnels ; songeons que le système de justice , qui prévaut aujourd'hui sur le terrorisme et Toppression, saura tirer vengeance de tout ce qui pourrait avoir été fait contre l'ordre légal, n Ces craintes étaient fondées , car les hommes qu'il s'agissait de couvrir de la protection de la loi avaient largement affronté Topinion publique. La population liégeoise, heureusement, écouta la voix de ses magistrats , et les membres du Comité de surveillance , étrangers ou nationaux, rentrèrent paisiblement dans l'obscurité d'où ils n'auraient jamais dû sortir.

(0 Recueil des arrêtés. III. 207.

(t) Ibid, III. 208.

Quelques mesures réparatrices encore, après Tabolition des Comités de surveillance. — Cependant les réquisitions maintenues. — Puis la question des subsistances. — Réponse de l'Administration à une demande de renseignements sur les ressources de l'arrondissement. — Sur une réquisition de voitures. — Comment on voulait appliquer, à l'égard de Liège , la prohibition du commerce avec la France. — Députés envoyés à Paris pour obtenir un représentant particulier. — Leur adresse à la Convention. — Retour de Bassenge à Liège. — Tentative d'emprunt pour Tachât de grains. — Elle échoue. — Arrivée à Liège du représentant Robert. — Il approuve un emprunt forcé. — La Convention le rappelle. — Arrestation de Nahon. — Ce qu'il faut y voir. — Machinations de Léonard Libert. — L'arrêté de Robert est suspendu. — Réclamation de la Municipalité. -- L'arrêté de Robert est maintenu avec quelques modifications. — Mêmes mesures prises à Huy.

La sappression du Comité de surveillance ne fut pas la seule réparation décrétée alors : Tarrôté du 22 pluviôse supprima en même temps le maximum, ordonna la mise en liberté des otages, fit remise des amendes encourues pour défaut de payement des contributions, autorisa à payer ce qui en restait dû (i), moitié en numéraire, moitié en assignats, — tandis que, auparavant, c'était tout en numéraire, — et promit que les réquisitions, désormais restreintes à Tapprovisionnement des armées, seraient adressées aux autorités constituées , chargées de les faire exécuter. Les représentants du peuple en mission furent obligés d'abroger ceux de leurs arrêtés

qui étaient contraires aux dispositions précédentes, et de prendre les

( i) Denx mois plus tard , le 2*2 germinal, le payement en numéraire fat réduit au quart.

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mesures nécessaires pour rexéculion de celles ci. Quoiqu'elles arrivassent un peu tard, ces réparations ne devaient pas moins exciter la reconnaissance , et TÀdministration d'arrondissement se rendit ^ auprès delà Convention, Tinterprëte de ses administrés (21 février- 3 ventôse), lui disant qu'elle n'aurait pas à regretter sa conduite à leur égard : elle rappelait les sacrifices qu'ils avaient faits à la cause de la liberté, et, tout en reconnaissant le caractère bienfaisant et réparateur du décret du 22 pluviôse , elle réclamait l'envoi d'un représentant particulier , comme le seul moyen efficace d'empêcher les maux qui pouvaient encore survenir avant la réunion à la France qu'elle espérait prochaine (i). On n'était pas en effet au bout des embarras. Il ; avait surtout la question des subsistances qui , un moment assoupie^ allait se réveiller plus pressante.

Le régime de la conquête avait sans doute été adouci dans l'application, mais le système, au fond, restait le même. Il avait été décidé que les armées se sustenteraient aux frais du territoire occupé par elles, et le principe avait été maintenu avec le droit de réquisition qui en découlait (i); la seule modification apportée consistait dans l'exécution , qu'on retirait à l'autorité militaire pour la remettre à l'autorité civile. Les réquisitions de bétail jointes aux réquisitions de grains vinrent accroître les causes de disette. Nous avons dit que, le lendemain du jour où l'armée française occupa Liège, le commis-

( I ) Archive* de VAdminiitration centrale. Deuxième regiitre de eorretpondance du 22 pluviàse au 5 germinal an IIL Vol. 54. Cette adresse Ait présentée le 16 ventôse à la Convention, mais il n*en existe aucune trace dans le compte-renda du Moniteur,

(t) Cet admirable système semblait n*avoir qu^un but : couvrir les voleurs et favoriser les brigandages. Voici ce qu'écrivait le 43 nivôse (2 janvier) k Bemadotte TAdministration d'arrondissement : < Les communes de Clermont , de la Neufville et d*Yvoz, viennent de nous exposer que des bandes d'étrangers y arrivent de toutes parts, les uns attroupés, les autres accompagnés de militaires pour intimider davantage ; qu'ils obligent nos braves et bons cultivateurs k leur vendre du grain que ceux-ci, intimidés, leur abandonnent , et que lorsqu'il y en a dix mesures , cinquante étrangers se les disputent.... Quantité de fainéants, se fondant sur le maximum, parcourent les différentes communes pour se faire livrer, par les menaces et par la force, les grains au fur et à mesure qu'on les bat ; ils trafiquent ensuite de ces grains pour avoir de Targent... » Archive* de VAdminiitrattan centrale. Correspondance du \ 1 frimaire au 33 pluviôse an III, Vol. 33.

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saire-ordonnateur en chef avail exigé de l'arrondissement la fourniture de 3,000 tôles de gros bétail et de 2,400 moutons. Malgré des démarches fort actives , l'Administration n'avait encore pu fournir que 656 moulons, quand survint, le H nivôse (3 janvier), une nouvelle demande de 2,000 bêles à cornes et de 3,000 bêles à laine, accompagnée de la sommation de compléter sans retard la première réquisition : il devait être fourni chaque jour 450 têtes d'une de ces deux catégories de bétail et 200 têtes de l'autre. L'Administration réclama vivement auprès de Bernadotte, qui commandait alors dans le pays : elle lui représenta que de semblables prétentions aboutiraient fatalement à la destruction du bétail; cette fourniture journalière, exigée par l'administration militaire, avait été réglée par le représentant Frécine, mais il avait été bien convenu qu'elle aurait lieu une seule fois, et qu'ensuite on foarnirait une quantité proportionnée aux besoins réels, <k pour ne pas exposer en pure perte ces bêtes à périr de misère dans les parcs. » L'Assemblée fit en même temps savoir au commissaire-ordonnateur, qu'aux termes du décret du 26 brumaire (i), elle ne ferait plus droit désormais aux réquisitions qui ne lui seraient pas transmises par l'Administration centrale (i). Ce commissaire était un certain Bourcier, qui, de même que son prédécesseur Vaillant^ se montra plein de mauvais vouloir envers les Liégeois. Dans sa réponse, qui arriva au bout de quelques jours, il maintenait sa réquisition, et n'accordait qu'une décade pour tout délai. Il consentait cependant à distinguer entre la première et la seconde réquisition, si l'arrêté dont on excipait contre lui, et qu'il disait ne pas connaître, existait réellement. Quant à la demande qui lui était faite de donner l'état exact des hommes à nourrir, afin de régler la fourniture de chaque jour , il la tenait pour on ne peut plus inconsidérée; € nous n'avons, ajoutait-il, aucun compte à vous rendre à ce sujet, les représentants du peuple et les agents militaires devant seuls en avoir connaissance. >

Ces demandes de bétail, exorbitantes et réitérées, devaient exercer particulièrement leur funeste influence sur l'avenir ; mais le manque de grains était un mal présent, auquel il fallait remédier sans retard.

(i) Art. 10. Voir dans le Recueil des arrêtés. III. 41. (f ) Archives de F Administration centrale. Correspondance du 11 frimaire au 23 pluviôse an lïL Vol. 33.

Le palliatif auquel ou avait eu recours en frimaire (i) n'empêcha pas que la question de la disette ne fût, deux mois après, reproduite par une lettre de la Municipalité devant PAdministration d'arrondissement en termes toujours plus pressants. On lit dans le procèsverbal de la séance du 5 pluviôse (24 janvier) : € Un membre fait la motion qu'il soit délibéré séance tenante sur une députation à faire à Bruxelles, pour y mettre sous les yeux de TAdministration supérieure de la Belgique et du bureau central des représentants du peuple, le triste état de notre arrondissement, la famine prochaine qui nous menace, les fausses mesures employées jusqu'ici pour alimenter, pendant trois mois, les armées et la commune de Liège, et en solliciter des secours avec instance ; et, en cas de non réussite, que cette députation ira à Paris pour exposer à la Convention notre triste situation. > La motion fut adoptée, et le lendemain, sur une nouvelle lettre de la Municipalité annonçant qu'elle n'avait plus à faire qu'une demi-distribution, et encore aux plus nécessiteux, il fut résolu de députer de nouveau Billotey, qui partit immédiatement , et alla rejoindre à Bruxelles le député de la Municipalité, Ista, qu'on y avait aussi renvoyé.

Que pouvaient faire à cela les représentants du peuple ? Ce qui arrivait était la conséquence de leurs procédés révolutionnaires, et il ne leur restait qu'à en subir la responsabilité. Ils eurent de nouveau recours au palliatif déjà appliqué deux mois auparavant , en mettant mille quintaux de grains à la disposition de la Municipalité. Ils l'autorisèrent aussi, pour les besoins à venir , à se pourvoir dans les différents districts de l'arrondissement, toujours au moyen commode, mais détestable, des réquisitions; encore était-il décidé qu'une partie du produit serait réservé pour l'armée. En transmettant cette nouvelle , Ista annonçait l'arrivée prochaine à Liège d'uu agent principal des subsistances , « afin de constater les besoins excessifs qui s'y faisaient sentir, et en écarter la disette (i). » Cet agent arriva en effet à Liège au jour indiqué (2 fév.-14 pluv. ), mais ses pouvoirs ne s'étendaient pas , comme ou l'avait induit du rapport d'Ista, jusqu'à indiquer les localités où la commune avait à s'appro-

( 4 ) Voir plus haut , p. 456.

(t) Administration centrale. Correspondance du ii frimaire au 23 pluviôse an IIL Vol. 33.

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visionner : il était simplement chargé de signaler aux représentants du peuple celles que TÂdministration d'arrondissement aurait indiquées, el d'y suspendre provisoirement toutes réquisitions pour le service de l'armée. C'est ce qu'il fit savoir à cette assemblée, en lui demandant un exposé des causes de la disette, et des renseignements précis sur rétendue de Tarrondissement ; comme il savait, disait-il, que le district de Saint-Tfond en faisait partie , il allait toujours y faire cesser les réquisitions.

La réponse (5 févr.-17 pluv.) est curieuse à cause des renseignements qu'elle contient et du ton d'impatience contenue, bien légitime assurément, qui y perce.

Déjà , dit-elle , l'Administration d'arrondissement a envoyé tous les renseignements propres à expliquer la détresse que Liège éprouve; puisqu'on l'exige , elle va de nouveau les énumérer. On doit d'abord tenir compte des dévastations calculées des Autrichiens pendant tout le temps qu'ils ont occupé le pays , et de la perte des approvisionnements considérables que les membres des maisons religieuses ont emportés en émigrant. D'ailleurs le Pays de Liège qui, dans les bonnes années, a peine à fournir à son alimentation , n'a eu qu'une récolte si médiocre, que 15 à 18 gerbes représentent à peine le produit de 5 ou 6 dans les années ordinaires. En outre , dans l'évaluation du total de la récolte , les biens des corporations religieuses figurent pour deux tiers , et ces deux tiers sont entrés à peu près en entier dans les magasins militaires. Qu'on ajoute à cela les dommages occasionnés aux campagnes par le passage continuel des troupes; qu'on y ajoute encore la quantité considérable de grains qui ont été coupés sur pied , sans être battus , pour servir à construire les baraques de campement, et enfin l'épuisement qui résulte des réquisitions, surtout comme elles étaient faites dans le principe, et Ton comprendra aisément pourquoi Liège est livrée à une affreuse disette. Puis , faisant allusion à une mesure prescrite antérieurement pour arriver à constater la quantité précise de céréales que l'arrondissement possédait, l'Administration ajoutait aux observations qui précèdent : c Fallait-il un recensement pour mettre ces vérités dans un plus grand jour, et pour secourir les habitants de Liège réduits , depuis plus de trois mois , à une demilivre de pain , ration bien modique pour la classe indigente et labo-

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rieuse, ration qui lui manque très-souvent plusieurs jours de suite ? Fâllait-il, dans Tattente de ce recensement, qu'un peuple vraiment digne d'un meilleur sort, se vit réduit à la plus affreuse disette, qui a déjà conduit une multitude de nos concitoyens au tombeau! p L'Administration donnait ensuite des renseignements sur l'étendue du territoire soumis à sa juridiction. lien résultait que, par l'organisation décrétée deux mois auparavant, elle avait perdu les sept huitièmes de ce territoire, tout en conservant la plus forte partie de la population; à elle seule, la capitale en possédait une, qui était supérieure à celle de tout l'arrondissement de Maeslrichi formé à ses dépens. Quant à la suspension des réquisitions dans le district de Saint-Trond , elle sera parfaitement inutile, ce district ayant été tellement pressuré, qu'il n'a pas même de quoi subvenir à ses propres besoins, c Cet exposé, disait l'Administration en ter* minant sa lettre à l'agent des représentants du peuple, te convaincra qu'il est impossible de trouver aucune ressource dans les cantons de notre arrondissement, tous aussi épuisés les uns que les autres , et que, si la Belgique ne vient promptement au secours de Liège et de sa nombreuse population , Liège, si digne de la liberté qui vient de lui être rendue , Liège périra avant d'en jouir. Nous mettons sur la responsabilité de ceux qui savent , qui peuvent et qui doivent secourir Liège , les maux qui Taccablent et qui deviennent extrêmes. > (i)

Le service des voitures était aussi une charge plus lourde que jamais. On en jugera par les extraits d'une réponse faite ( 6 février- 18 pluviôse), à peu près en même temps que la précédente, à un nouveau commissaire des guerres qui, à peine arrivé à Liège, débuta en demandantun tableau de toutes les voitures de l'arrondissement, et de celles qui étaient actuellement en réquisition. Inutile, disait l'Administration d'arrondissement, de produire le tableau des voitures, puisqu'elles ne peuvent servir sans chevaux. « Or, depuis les recensements commencés en vendémiaire, une partie des chevaux a péri de fatigue et de misère dans les longs et pénibles voyages qu'ils ont faits pour le service de la république ; une autre partie , faute d'avoir été mise à couvert au parc , dans les froids

( 1 ) Adtniniêtration centrale. Corretpcndance du 1 1 frim, au 23 pluv, an lll. V. 53.

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excessifs de cet hiver, s'est trouvée hors d'état de plus servir, et la

plupart de ces chevaux sont crevés Quant aux voitures qui

soDt eu activité de service , il nous est bien plus impossible encore de t^en donner seulement la moindre idée. Dans tous les temps , les réquisitions de voitures ont été exécutées par les ordres des commissaires-ordonnateurs, ce qui se continue encore aujourd'hui. On ne nous a jamais fait rapport de la quantité de voitures requises dans chaque commune , on n'a jamais voulu nous donner la liste de ces voitures, ni de celles entrées au parc; on ne nous a point informés de celles relevées et remplacées ; tout s'est fait, tout s'est exécuté par des cavaliers porteurs de réquisitions et par des inspecteurs , sans notre avis , sans notre participation ; la seule chose que nous ayons pu faire , c'est d^interposer quelquefois nos bons offices , pour demander la relaxation de quelques voitures qui se trouvaient depuis trop longtemps au parc. » ( i )

Parfois les réquisitions respiraient une insultante ironie. Il sera sans doute permis de qualifier ainsi celle (13 mars-23 ventôse) qui, au milieu de la détresse horrible dont on vient de lire les détails , demandait à l'Administration c d'ordonner , et sur le champ , dans Farrondissement, qu'il fflil apporté du blé ou de la farine de froment pour le service des hôpitaux ; le plus qu'on pourra s'en procurer , disait-on , sera le meilleur. » Celui qui faisait cette réquisition était un commissaire-ordonnateur qui, en présence de la disette, se disait obligé de recourir à des mesures extraordinaires , et offrait à l'Administration le secours de la force armée. La réponse fut envoyée séance tenante , elle est catégorique : c Ce n'est pas d'aujourd'hui que cette disette existe. Tu sais qu'un membre de TAdministration accompagna un officier municipal pour se rendre chez toi le 8 courant, et te communiquer la demande de 8,000 livres de farine non blutée pour l'hôpital de Seraing. Dès cet instant , tu connus les besoins des hospices; de cet instant data l'urgence, et c'est dès cet instant, nous paralt-il , que tu aurais dû prendre les mesures convenables pour parer à cette disette. Quant à nous, citoyen, tu ne peux ignorer que nous manquons de moyens. Depuis que tu habites Liège , tu dois avoir vu tout ce que nous avons fait pour

( 1 ) Adminiitration centrale. Correspondance du 1 1 frim. Ou 23 pluv. an 111, V. 33.

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soulager la classe nombreuse du peuple indigent et lui procurer la

subsistance Il est bien connu que toutes les communes de notre

arrondissement sont entièrement dépourvues de grain , qu'il n'en reste point pour sustenter la population pendant un mois.... De là, citoyen 9 rimpossibilité de consentir aux mesures extraordinaires que tu nous proposes d'exécuter à force armée , pour arracher à nos concitoyens le peu de subsistances qui leur restent, mesures qui sont hautement désapprouvées par les décrets de la Convention et les arrêtés du Comité de salut public. Nous sommes d'ailleurs convaincus que personne n'est tenu à l'impossible. Salut et fraternité, i (i)

Cependant l'Administration centrale , qui n'était pas sur les lieux et ne pouvait juger la situation en pleine connaissance de cause , prêchait la modération (15 mars-25 ventôse), conseillait de montrer moins de raideur et d'engager les communes à se prêter aux réquisitions, afin d'éviter c des convulsions locales, dont les malveillants pourraient profiter. > Dans sa réponse (19 mars-29 ventôse), l'Administration d'arrondissement rappelle ce qu'elle a fait, et ce qu'elle a obtenu : des secours nullement en rapport avec les besoins d'une ville populeuse. Quoique toujours à haut prix, les grains avaient été moins rares pendant deux décades. Mais bientôt le bruit s'est répandu que, malgré la liberté de commerce décrétée, la prohibition continuerait à s'appliquer aux grains venant de la Belgique. Ce bruit est-il fondé? L'Administration centrale doit le savoir. Le fait est que les prix ont aussitôt doublé. L'Assemblée parle ensuite de nouvelles mesures qu elle a prises pour remédier au mal , et termine ainsi : « Nous ne vous développerons point les causes de la disette que nous éprouvons depuis si longtemps. Vous les trouverez consignées en partie dans la correspondance que nous vous faisons passer. Nous ajouterons que la commission du recensement, exécutant les instructions de l'ordonnateur-général Bourcier, a fait verser avec célérité dans les magasins militaires, par des commissaires subdélégués, tout ce qui fut arbitrairement jugé superflu dans quelques communes, d'après leurs seuls calculs, sans avoir référé à l'Administration , et sans avoir eu égard au déficit des commune? environ-

p ( i ) Administration centrale. Correspondance du ii frim. au 23 pluv. an IIL V. 33.

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naotes ; presque tous les versements se sont faits partiellement , sans porter la moindre considération sur la population de chaque commune, le nombre des indigents et celui des bestiaux. Parla manière injuste, arbitraire, dont ces versements se sont opérés, surtout dans les fourrages , on a achevé Tépuisement des communes de notre arrondissement, i (i)

Le bruit signalé dans la réponse était exact, et un arrêté (s) des représentants du peuple du 5 ventôse (23fémer) y avait donné Heu. L'Administration d'arrondissement ne tarda pas à apprendre qu^on entendait maintenir la prohibition pour d'autres denrées que les grains. Un négociant liégeois (s) avait acheté à Alost quarante aimes d'huile. Quand il fut question de les expédier pour leur destination , vint une défense fondée sur un arrêté des représentants du peuple du 26 brumaire (4), qui comprenait les denrées à l'égard desquelles la prohibition de commerce était maintenue entre la France et la Belgique, et on ajoutait que, si la sortie des huiles était interdite vers la France, elle l'était à plus forte raison vers un pays quelconque. Ce système était exposé dans une lettre de l'Administration centrale, qui avait eu à s'expliquer sur une pétition de Tacheteur.

Avec une semblable interprétation , l'arrondissement de Liège se trouvait complètement enclavé au milieu de pays dont Taccès lui était fermé : d'un côté la France , d'un autre la Belgique , d'un autre encore le pays d'Enlre-Meuse-et-Rhin. C'est ainsi que l'Administration d'Aix-la-Chapelle , agissant peut-être à l'instigation du fameux Kempis, avait enjoint aux autorités de Hasselt de ne pas laisser partir plusieurs voilures char-ées de grains achetés pour le compie de la Municipalité de Liège , et les voilures en effet durent revenir à vide. (5)

La patience aurait échappé à moins , et l'assemblée liégeoise ,

( I ) Archives de V Administration centrale. Deuxième registre de correspondance du 22 pluviôse au 3 germinal an III. Vol. 34.

(f ) Recueil des arrêtés. IV. 11.

(s) Rodberg.

(4) Recueil des arrêtés. III. i5.

(s) Administration centrale. Arrêtés du 17 pluviôse au 25 germinal an IIL Vol. 147.

4Si hÊVOLUTION LIÉGEOISE. [ntô-AN lll|

répondant aux molirs allégués par PAdministration centrale , lai déclara qu'elle avait lu, t avec un sentiment plus pénible que celui de la surprise, > la lettre que nous venons d'analyser. L'arrêté du 26 brumaire qu'on invoque , disait-elle , a été abrogé par celui du 37 pluviôse (i) , qui rétablit la liberté de commerce entre la France et les pays conquis. Comment d'ailleurs, même en supposant Tarrëté du 26 brumaire maintenu, qualifier Liège de territoire étranger, quand son arrondissement, considérablement amoindri au proflt de tous les arrondissements voisins , se trouve placé dans le ressort de l'Administration centrale de Bruxelles? Cette réponse est du 3 germinal (23 mars) , et elle annonce que, « depuis quatre jours, toutes les autorités et tous les bons citoyens de Liège s'occupent des moyens les plus prompts et les plus sûrs pour éloigner le fléau de la famine. Ainsi, ajoute l'Administration, vous le voyez, lorsque nous sommes dans l'impossibilité de tirer de la Belgique notre graio et notre huile , notre perspective est de voir nos concitoyens condamnés à périr de faim et dans les ténèbres (s). » Nous dirons incessamment quelles étaient les mesures projetées, et les difficultés que rencontra leur exécution. Revenons auparavant à la députalion de Bassenge à Paris.

On se rappellera qu'il avait été , avec ses deux collègues , Digneffe et Chevremont, envoyé à Bruxelles (s) pour solliciter, au nom de l'Administration d'arrondissement , l'exécution sincère et complète du décret qui avait uni le pays de Liège à la France. Les députés furent bientôt convaincus — du reste, les représentants du peuple ne le dissimulèrent pas — que cette question ne pouvait être résolue que par la Convention même ; d'après cela , Bassenge se décida à partir pour Paris, où, bientôt après, un membre de la Municipalité, Renard, alla le rejoindre avec des pouvoirs suffisants pour tous deux. Il s'y trouvèrent en pleine réaction thermidorienne, et, négligeant la Montagne, qui faisait des efforts désespérés pour ressaisir le pouvoir , ils se portèrent naturellement vers les triomphateurs. Cette attitude explique les attaques furieuses que dirigea

( 4 ) Recueil des arrêtés, III. 205.

(i) Archives de V Administration centrale. Deuxième registre de correspond dance du 22 pluviàse au 3 germinal an IIL Vol. Si. (i) Voir plus haat, p. 440.

[i795-AN m] CHAPITRE XXX. 485

contre Bassenge le parti anarchiste^ encouragé et soutenu par quelques agents étrangers appartenant à ce qu'on appelait alors la queue de Robespierre. Cette expression désignait les hommes qui auraient voulu maintenir la Terreur avec tous ses principes dissolvants. Quoique nous n'ayons trouvé aucun renseignement précis sur les démarches des deux députés liégeois , nous sommes cependant autorisé à croire qu'elles ne furent pas étrangères aux mesures réparatrices décrétées pendant leur séjour assez long à Paris. Ils cultivèrent avec soin les membres du Comité de salut public^ parmi lesquels Merlin , qui leur était dévoué .. jouait le principal rôle ; mais ils durent attendre près de trois mois avant d'être admis à la barre de la Convention : le 5 ventôse ( 23 février ) seulement , ils purent y faire lecture d'une adresse dont les premiers mots indiquent l'objet : « Législateurs ,' nous fûmes Liégeois, nous sommes Français. » Après ce début un peu brusque , l'adresse signale les maux qu'a soufferts le pays de Liège. « Jusqu^à présent^ il semble qu'on ait juré de réaliser les paroles du grand coupable que foudroya le 9 thermidor ; il semble qu'on ait voulu rendre stériles pour la république les palmes dont ses invincibles armées ont fait dans nos champs des moissons abondantes. Ces champs ont été en proie à des nuées de vampires dilapidaleurs , restes impurs des. factions que votre énergie précipita dans le néant et l'opprobre. » Plus loin l'adresse rendait hommage au Comité de salut public : « Ceux à qui vous avez confié ce poste honorable ont écoulé nos réclamations avec un empressement paternel, et ils ont travaillé sans délai à en tarir la source. » Mais ce qu'ils ont fait ne suffit pas : c Nous demandons qu'un de vous soit envoyé vers les Liégeois; qu'il habite constamment parmi nous ; qu'il console le peuple de cet abandon si cruel et si peu mérité; qu'il vienne en votre nom fraterniser avec ce peuple, dans tous les temps le plus ardent ami des Français, le premier apôtre de votre révolution. Qu'il vienne ; il verra , et vous rendra compte de l'état des choses : l'agriculture désolée , le commerce paralysé , les fabriques ruinées au grand détriment de la république ; mais tout renaîtra promplement sous ses regards créateurs. La campagne s'approche , le Liégeois brûle de partager les périls de ses frères; il brûle de justifier l'adoption de la mère patrie. Qu'ils ne soient plus condamnés à l'inertie, les moyens que

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