TOME II
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celle terre présenle;ils doubleront, sous riDflaeoce féconde de la liberté. Des hommes, du fer, de Ténergie, des cœurs de flamme, voilà ce que vous offre Liège. > (i)
Le Moniteur se borne à constater les applaudissements qne provoquèrent ces paroles, et le renvoi de la pièce au Comité de salut public. En adressant (27 février-9 ventôse) à la Municipalité une copie de la pièce , les députés ajoutent que € dans une courte mais belle réponse , en rendant une éclatante justice à la bravoure , à rénergie, à la conduite constante du peuple Liégeois, à ses vigoureux efforts pour conquérir la liberté et prouver son dévouement à la république , Bourdon de TOise qui présidait dit ces paroles remarquables : Braves descendants d'une portion de ces fiers Gaulois qui combattirent si vaillamment pour la liberté, lorsque vous avez voté votre réunion à la république , vous n^ avez fait que demander à rentrer dans le sein d'une famille à laquelle vous avaient arrachés les tyrans. > Et les députés terminent leur lettre par cette réflexion : a Les applaudissements dont la Convention a couvert ces mots , achèvent d'anéantir à jamais Tespérance scélérate des ennemis de Liège. » («)
Bassenge resta encore un mois à Paris , sans doute pour assurer renvoi de ce représentant particulier attendu avec tant d'impatience. Peut-éire y élait-il encore lors de Tinsurrection avortée du 12 germinal (i^^ avril), qui amena la déportation des membres restants de Tancien Comité de salut public, Carnot excepté, et l'arrestation de quelques-uns des Montagnards les plus compromis. En tous cas, il était de retour à Liège le 17 de ce même mois, jour où il se présenta à la séance de la Municipalité , qui lui fit un chaleureux accueil. Son discours, où il annonçait que son collègue et lui feraient incessamment leur rapport, ne renferme rien de particulier , si ce n'est une allusion au triomphe que la Convention venait encore de remporter sur les partisans de la Terreur, et l'assurance assez vague que «: le jour arrivait où le peuple liégeois jouirait pleinement du prix de ses travaux. > Le président — c'était précisément un ami de Bassenge , Soleure, — ne laissa pas échapper
(i) Moniteur, n» 159 du 27 février 1795.
(«) Gazette nationale de Liège, n» 70 du 14 ventôse an IIK
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roccasion de rendre un hommage bien mérité € au patriote intrépide qui , dès Taarore de la révolution , se levant contre le despotisme , défendit avec énergie les droits du peuple liégeois , et le premier, dans la Germanie, sonna le tocsin de la liberté. > (i)
On avait obtenu la promesse de renvoi à Liège d'un délégué particulier de la Convention, mais la réalisation se fit attendre un mois encore. Sur ces entrefaites, TÂdministratlon d'arrondissement avait vu croître ses embarras à propos de Tapprovisionnement de Liège. Dans sa réponse à l'Administration centrale, relativement à la position singulière qu'on voulait faire à l'arrondissement de Liège (î), elle lui disait que, depuis quatre jours, les autorités s'occupaient des moyens d'éloigner la famine. En effet , dans une conférence ( 20 mars-30 pluv.) à laquelle la Municipalité en corps avait assisté avec douze notables (5), il avait été résolu d'inviter « tous les citoyens aisés à faire une avance quelconque en numéraire proportionnée à leurs facultés, laquelle serait employée à Tachât de grains à l'étranger, et dont le remboursement leur serait assuré par le produit d'une contribution aussi en numéraire , dont on déterminerait la quotité et le mode. » (4)
La situation était pleine de périls . et il semblait assez naturel de s'adresser à ceux qui avaient le plus à perdre en cas d'émeute ; mais l'égoïsme du capitaliste l'emporta sur son intérêt bien entendu, et les prêteurs furent en si petit nombre , qu'il fallut aviser à prendre d'autres mesures (»). On convint d'une nouvelle conférence (26mars-6 germ. ), où il fut fait lecture d'un mémoire destiné à
( I ) Gazette nationalede Liège. N« 70 du 14 yentôse an III . («) Voir plus haut, p. 482.
(3) C'étaient : Fr. Deschampt, Rahier, Laminne^ agent; Lesoinne, Deschampg, de Verriers ; Cramer, à Vottem; VelleZj préposé; H. Fabry^ Henkart, Bellefroid àlaGoffe; Demetz, Kempeneers.
(4) Archives de VAdministration centrale. Procès-verbaux des iéances. Deuxième trimestre an III. Vol. 120.
(5) On lit il ce sujet dans un mémoire de la Municipalité que publia la Gazette nationale (n<' 113 du 24 prairial an HI) : « Un bon citoyen , qui est loin dYtre un des plus aisés de la commune , mais qui sait moins mesurer les sacrifices sur rétendue de sa fortune que sur son dévouement à la patrie , vint proposer que , pour accélérer l'opération, et tandis que nos députés sollicitaient à Paris TautorisatiOD d'établir la subvention , on inviUt les citoyens les plus aisés à faire quel-
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élre mis sous les yeux des représentants du peuple. Il tendait à obtenir Tautorisalion « de lever une contribution en numéraire , destinée à faire à l'étranger des achats de grains nécessaires pour prévenir la disette dont la commune était menacée, j^ Au mémoire de l'Assemblée était joint un projet d'arrêté qui fut adopté, et deux députés , Sélys au nom de TAdministration , Ista au nom de la Municipalité, furent chargés d'aller à Bruxelles le soumettre à l'approbation des délégués de la Convention (i). Ils partirent aussitôt, et envoyèrent peu de jours après (31 mars-H germinal) le récit de leur mission. Lefebvre de Nantes, arrivé de Paris la veille, était seul à Bruxelles; il fit au projet d'arrêté qui lui était soumis plusieurs objections , mais n'insista que sur le discrédit nouveau qu'une contribution en numéraire jetterait sur les assignats. Comme il refusait obstinément de décider seul la question, il fallut remettre la conférence au lendemain. A celle-ci assistait Ferez, qui déclara partager le sentiment de son collègue , et tous deux persistèrent à ne vouloir que d'une contribution volontaire : « Nous leur avons dit, ajoutaient les députés dans leur rapport, que les autorités constituées, après les plus mûres délibérations, avaient jugé celte mesure insuffisante, et ne s'étaient décidées pour celle que nous proposions, que dans la ferme persuasion que c'était la seule capable de remplir l'objet. i> Leurs instances étant restées vaines, les députés déclarèrent qu'ils avaient ordre d'en référer à la Convention, et demandèrent une réponse écrite : on leur remit une déclaration portant seulement qu'il n'y avait lieu à délibérer.
Cependant, sur la plainte sans doute qu'on lui en avait portée, le Comité de salut public fit justice du singulier système opposé aux réclamations des autorités liégeoises, en autorisant la Municipalité
que avance momentanée , et , pour sa part , il offrit de mettre à la disposition de la Municipalité une somme de i 8,000 Trancs. L'invitation eut lieu , on appela nominativement un certain nombre d'individus ; le vertueux patriote renouvela son offre civique, mais U n'eut que de très-faibles imitateurs, ou plutôt on ne Timita, on ne le suivit point. On se traîna lâchement sur ses pas ; la plupart des appelés pouvaient beaucoup plus que lui , ils firent tous infiniment moins , et cet emprunt ne produisit que la modique somme de 6:2,000 francs. »
(4) Archives de r Administration centrale. Administration d'arrondissement. Séances du %0 pluviôse au i3 floréal an IIL Vol. 260.
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à faire des achats de grains en Belgique. Sélys et Ista furent renvoyés à Bruxelles pour réclamer Texécution de cet ordre , et ils obtinrent de Ferez un arrêté (2 avril-2 floréal) qui fixait la quantité à 7,000 quintaux (i). Ils en obtinrent aussi une lettre pour ses collègues de La Haye, dans laquelle il leur disait que cette quantité évidemment élait insuffisante pour nourrir jusqu'à la nouvelle récolte une ville de 60,000 âmes , et les engageait à autoriser les achats en Hollande , pourvu que Tarmée n'en souffrît pas. ( « )
Mais à quoi servait d'avoir la permission d'acheter, si l'argent faisait défaut? Or c'était précisément ce dont se plaignait la Municipalité , et ce qui allait encore lui occasionner de cruels embarras. Les revenus du pays avaient été versés dans la caisse militaire , et cette caisse , toujours ouverte pour recevoir, s'ouvrait fort rarement pour donner; les autorités manquaient ainsi des moyens d'utiliser le peu de pouvoir qu'on leur avait rendu. D'abord on voulut encore essayer d'un emprunt volontaire. Un certain nombre de citoyens riches furent convoqués à THôtel-de-Ville , et il leur fut demandé de s'entendre pour fournir un capital de 200,000 francs, jugé suffisant pour pourvoir aux besoins ; ils auraient formé entre eux un Comité pour surveiller les achats et les rentes , et défendre leurs intérêts en conservant la manutention des deniers. « Eh bien! quel a été le
résultat? C'est qu'ils ont répondu sèchement qu'ils ne pouvaient
rieni (s) > Après ce nouvel échec, la Municipalité ne pouvait plus recourir à un emprunt volontaire sans y joindre quelque autre combinaison, parti auquel elle s'arrêta. Le 6 floréal (25 avril), une députation se présenta en son nom à la séance de l'Administration d'arrondissement, et y fit lecture d'un projet de proclamation qui fut adopté, puis publié au nom des deux corps (4). Cette pièce exposait les besoins de la commune , et la nécessité pour les habitants aisés de remédier à la disette , chacun en raison de sa fortune ; leur
« ( 1 ) Archives de V Administration centrale. Administration d* arrondissement. Séances du âe pluviôse au i3 floréal an lll. Vol. 260.
(s) Archives de V Administration centrale. Correspondance du A germinal au 25 thermidor an lll. Vol. 33.
(s) Phrase extraite du mémoire de la Municipalité.
(i) Archives de l* Administration centrale. Administration d'arrondissement. Séances du 20 pluviôse au 13 floréal an lll. Vol. 260.
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sûreté, leur vie même étaient en jeu. Pour détourner des excès faciles à prévoir, il était nécessaire de s'approvisionner, ei cela ne pouvait se faire qu'avec de la monnaie métallique; de là dépendait le succès de V opération. En conséquence on réclamait le concours de tous les citoyens, excepté seulement des ouvriers et des pauvres. La valeur locative était la base de la contribution volontaire dont oq proposait rétablissement: une somme répondant à cinq pour cent de celte valeur, tel était le sacrifice réclamé de chacun. On appelait en outre les capitalistes à faire des avances, qui permettraient d'acheter dès maintenant; ce n'était qu'un prêt remboursable sur le produit de la contribution et sur la vente des grains. Des membres de la Municipalité devaient faire eux-mêmes le relevé des habitations imposables , en établir la valeur locative , et inviter chacun à payer sa part. On signalerait à la reconnaissance de leurs concitoyen^ ceux qui se prêteraient à la mesure, et à leur animadversion ceux qui s'y refuseraient, (i)
On avait déjà pu pressentir l'inefficacité de ce nouvel appel de fonds, quand quinze jours après, le 32 floréal (il mai), la Municipalité informa l'Administration d'arrondissement de l'arrivée du représentant particulier promis à Bassenge , arrivée qui eut lieu le jour même à la soirée. Une députation alla à sa rencontre à Seraing pour le complimenter, et le conduisit à Thôtel qui lui avait été destiné (3); il y reçut les félicitations des autorités constituées < et d*une quantité de citoyens impatients de connaître l'homme chargé de la plus glorieuse des missions : celle de mettre à l'ordre du jour, dans le ci-devant Pays de Liège, la justice et la vertu, et lui faire ressentir les effets des grands principes que la Convention nationale ne cesse de proclamer, depuis les célèbres époques du 9 thermidor et du 12 germinal (3). 1» Ensuite il assista à un banquet de cinquante couverts , où l^enthousiasme liégeois se déploya avec abandon.
Ce représentant du peuple , reçu presqu'aussi brillamment qu'aurait pu l'être un roi, était né à Couvin. Nous . ignorons par suite de quelles circonstances il était arrivé à la Convention. La qualification Robert de Paris qu'il prend dans tous ses actes permet de supposer
( 1 ) Voir la pièce dans le Recueil des arrêtés, IV. 98.
( t ) L'hôtel de la famille Vaudesteen , au Mont-S*-Martin.
(s) Voir le compte-rendu de la Gazette nationale ^ n^ iOO du 34 Ooréal an III.
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qa'il avait été élu dans cette capitale. En tous cas, son origine liégeoise étaitparfaitement connue, et cette circonstance, jointe aux avantages qn'on se promettait de sa mission , explique l'accueil sympathique qu'il rencontra.
Le lendemain de son arrivée (30 mai-23 floréal), Robert se rendit à la séance de TAdministration d'arrondissement, et, après ayoir fait donner lecture du décret (i) qui l'envoyait à Liège avec les pouvoirs accordés aux représentants près des armées , il prit la parole < pour faire observer que sa mission était postérieure aux immortelles journées des 9 thermidor et 12 germinal , et que cela sufûsait pour en faire connaître le véritable et touchant caractère; que, comme la Convention, il serait sévère, très-sévère pour les dilapidateurs de la fortune publique, pour l'homme coupable d'excès, de vexations, de délits de tout genre; qu'il s'entourerait des autorités constituées; qu'il comptait sur leur surveillance pour l'acquit de ce devoir; mais que, redoutable et terrible pour le méchant, il serait le refuge de l'opprimé , l'appui , le soutien de Tinfortuné, et que s'il n'était point assez heureux pour réparer tous les maux, il s^attacherait du moins à en tarir les sources, à les faire oublier, à cicatriser les plaies qui saignaient encore et réclamaient ses premiers soins. » Des applaudissements et des cris de vive la Convention^ vive la Républiqm accueillirent ces dernières paroles, puis l'agent national, Bouteville, répondit au représentant; il lui dépeignit « la longue et vive impatience avec laquelle il était attendu, et la profonde douleur dont les cœurs purs à Liège étaient navrés, au temps où de faux apôlres de la liberté semblaient avoir pris à tâche de la rendre odieuse, et de déshonorer le nom français , > et il finit en l'assurant du concours sincère de tous ses collègues, (s)
Nouvelle cérémonie du même genre le surlendemain à la Municipalité, nouveau et plus long discours de Robert. Il le commença en faisant l'éloge du peuple liégeois , en l'assurant que la Convention ne Tabandonnei^ait pas , et en lui promettant justice : « Non que je veuille , ajouta-t-il , créer un autre genre de Terreur , non que les
(on est du 6 floréal.
(t) Archives de T Administration centrale. Arrêtés du ^Q germinal au 18 prairial an IIL Vol. 148. La pièce a été reproduite dans la Gazette nationale , n« toi du 26 florial an III.
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ardents amis de la liberté trouvent un persécuteur en moi ; je saurai distinguer Terreur d'avec le crime, mais, au nom de Tinflexible justice de la Convention nationale, je déclare que tout homme couvert de sang, ou de vols, ou de rapines sera puni selon toute la rigueur des lois. » A ce discours le président Soleure répondit entre autres choses : € Lorsque après deux contre-révolutions suo cessives où les principes furent méconnus et outragés, après les maux qu'un système désorganisateur , ignoré de la Convention nationale , a causés chez un peuple de tout temps ami de la France, chez un peuple devenu Français en suite d'un vœu solennellement émis , solennellement accepté ; lorsque après dix mois d'inquiétudes el d'alarmes, ce peuple, traité en esclave, souvent en ennemi, voit naître l'aurore de la justice et de la vérité, entend proclamer dans ses foyers les principes de vertu , un sentiment délicieux s'empare de tous les cœurs ; c'est le baume réparateur qui ferme et cicatrise les plaies. » Les Liégeois acceptent avec bonheur l'assurance qu'on leur donne ; « leur plus ardent désir est de voir exécuter le décret de réunion dans toute sa plénitude, et de placer leur flèche dans le faisceau départemental, n» ( i)
Il est certain que Robert fut fidèle à sa promesse , et son concours ne manqua pas aux administrateurs , dont le patriotisme n'avait pas reculé devant les difficultés du moment. D'abord il fit une proclamation (15 mai~26 flor.) approuvant les actes de la Municipalité dans la question des subsistances : « Le représentant , y disait-il , serait douloureusement affecté , si les citoyens aisés de la commune de Liège refusaient le concours qu'on réclame au nom d'une grande ci lé ; ce refus le forcerait à développer les moyens que lui donne l'autorité (s). » Cette invitation, et surtout la menace qui lui servait de conclusion, étaient bien nécessaires. Quelques jours auparavant (6 mai-i7 flor. ), Soleure avait fait à ce sujet à la Municipalité un rapport d'où résultait que ce nouvel appel au dévoùment des riches
( 1 ) Gazette nationale. N« iOl du 36 floréal an III. Il est probable que ce journal n*aura fait que reproduire une pièce officielle , comme pour la séance de TAdministration d*arrondissement ; mais il nous a été impossible de vérifier le fait , le seul registre qu'on possède des procès -verbaux de la Municipalité de Fan III s*arrétant au 10 nivôse.
(t) Ibid, N« 102 du 29 floréal an III.
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n^avait produit que 78,739 florins (i ) : c Les uns , disait le rapporteur, ont contribué faiblement et en raison bien inverse de leur fortune ; les autres n'ont point répondu à votre invitation ou ne se sont point trouvés aux séances , et ont montré une froideur , une indifTérence , un égoïsme que vous devez signaler. » Les sommes recueillies avaient été bientôt dépensées, et comme, d'un autre côté, la proclamation de Robert n'avait produit aucun effet, il fallut bien recourir à des procédés moins débonnaires. Le 8 prairial (27 mai) parut un arrêté dont on ne peut trouver Texcuse que dans les circonstances. La Municipalité déplorait la vanité de ses efforts pour obtenir un emprunt volontaire, et rappelait que les besoins ne cessaient de s'accroître avec la hausse du prix des grains, hausse déterminée par la crainte que la rigueur de l'hiver faisait concevoir sur le sort de la prochaine récolte. Puis venait ce paragraphe: <i Considérant enfin qu'après avoir inutilement épuisé tous les moyens de persuasion vis-à-vis des hommes dont elle attendait des avances momentanées; après leur avoir rappelé sans su ces ce que leur prescrivaient leurs devoirs sociaux ; après les avoir vu demeurer sourds à la voix du représentant du peuple Robert, dont la proclamation énergique a vainement provoqué l'accomplissement de ces devoirs, la Municipalité, qui a juré par l'amour sacré de la patrie de sauver ses concitoyens des horreurs de la famine, ne saurait se dispenser de recourir aux mesures rigoureuses et justement sévères que commande le salut du peuple , et que nécessitent la froide cupidité ou l'incivique résistance des individus aisés , qui n'ont point répondu encore, par leurs efforts, aux invitations qui leur ont été faites; vu Tarrêté du Comité de salut public, qui permet aux communes de s'approvisionner par elles-mêmes, arrête : » 1* Les citoyens auxquels on demandera une avance , la fourniront dans les quarante-huit heures ; 2** Jusqu'à entier acquittement leurs meubles et immeubles seront sous la main de la loi ; 3"^ Ceux qui résisteront perdront d^abord tous droits au remboursement ; i"* Quant au recouvrement chez les retardataires, on commencera par leur envoyer desgarnisaires à raison de 25 livres par jour , puis les scellés seront apposés et les meubles enfin vendus jusqu'à parfait acquittement. («)
( 1) Monnaie de Liège , ce qui ne faisait pas la moitié de la somme demandée, (i) Galette nationale^ n<> 107 du 10 prairial an lU,
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Cet arrêté, soamis à Robert^ fut approuvé par lui et immédiatement publié. Il souleva de nombreuses réclamations de la part des citoyens imposés, qui , pour la plupart , appartenaient au parti dît aristocratique, et aussi de la part des anarchistes, qui n'étaient pas fâchés de trouver une occasion de faire pièce à un thermidorien. Robert, fidèle à sa promesse de poursuivre les concussionnaires, avait en outre, un peu légèrement peut-être, destitué un inspecteur et un receveur des domaines nationaux (i) que lui avaient dénoncés les autorités liégeoises justement hostiles à ces deux fonctionnaires. Le Comité de salut public , à qui ils portèrent plainte, les réintégra, et Robert fut en môme temps invité à venir reprendre son siège dans la Convention. Il quitla Liège (l^*" juin-13 prairial) après un séjour de trois semaines seulement.
Ce fut un coup assez rude porté aux espérances des patriotes liégeois. En insistant sur l'envoi d'un représentant particulier, ils avaient bien moins en vue de posséder sur les lieux mômes un homme qui pût mieux connaître l'élal des choses et les besoins des localités, que d'obtenir un mode d'administration où leurs intérêts ne fussent pas confondus avec ceux des Belges. Il leur semblait que leur cause valant mieux, puisque leur sympathie pour la France était notoire tandis que leurs voisins avaient pris une attitude toute contraire, on devait admettre une différence entre eux. Et ils tenaient à cette administration distincte , non par un sentiment réellement hostile à ceux avec qui ils ne voulaient pas être confondus , mais afin de sortir plus tôt de la catégorie des peuples conquis, et de la situation déplorable que cette qualité avait faite à leur patrie. Ils y tenaient d'autant plus que l'avenir était incertain , et que la poHtique extérieure de la Convention oscillait entre plusieurs partis. Il y avait en effet des politiques qui voulaient conserver tout ce qu'on avait conquis, il y en avait au contraire qui voulaient tout abandonner (a). Lequel devait l'emporter, du parti des frontières naturelles ou de celui des anciennes limites? c'est ce que nul ne pouvait affirmer alors. Mais, à côté de ces deux systèmes diamétralement opposés, s'en produisaient encore deux autres qui pouvaient fournir des termes de con-
( 4 ) Bourgoing et Dunoyer, deux Français.
(f ) Voir îi ce sujet le rapport fait par Çobeijot. Moniteur^ o«* 346, 547 et 348 des 2, 3 et 4 septembre 1793.
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ciliatioQ : Tan tendait à restituer la rive gauche du Rhin à TEmpire germanique , et à former de la Belgique et du Pays de Liège une république indépendante; Tautre voulait renforcer encore, par Tadjonction de la Hollande, cette république nouvelle placée sous le protectorat de la France. Dans une telle situation , avec tous ces systèmes qui se heurtaient, les Liégeois pouvaient bien craindre que Tabandon des conquêtes ne prévalût, et comme les Belges n'avaienl rien fait qui appelât, de la part de la Convention, un témoignage d^affection, qu'eux au contraire s'étaient compromis pour elle, ils croyaient sérieusement qu'elle pourrait, le cas échéant, faire fléchir son système. Dans cette hypothèse , repousser Tassimilation aux provinces belges, c'était pour eux un moyen de plus de l'y obliger.
Ces considérations servent aussi ù expliquer pourquoi l'Administration d'arrondissement de Liège no voulut pas, malgré les instances des représentants du peuple et de l'Administration centrale de Bruxelles, envoyer un de ses membres siéger dans cette assemblée. Il n'y eut pas de refus direct et positif, mais on fit usage de tous les prétextes pour échapper à la nécessité de présenter un candidat ; puis, quand il fallut s'y résigner, on présenta des candidats qui refusèrent, ce qui sans doute avait été convenu d'avance. Ainsi fit Sélys, ainsi fit Lesoinne , qu'on indiqua comme remplaçant.
L'Administration d'arrondissement ne voulut pas laisser partir le délégué de la Convention sans lui donner un témoignage d'estime , qui était aussi une protestation contre son rappel. Tel fut l'objet de l'arrêté pris le 12 prairial, la veille du départ de Robert : il énumérait les services rendus par ce représentant, les dangers dont on était menacé par son départ, réclamait la continuation de sa mission, et adjoignait son agent national , Bouteville , à Bassenge ( i ) et à Renard pour solliciter le maintien du décret du 6 floréal, celui qui avait envoyé Robert à Liège (s). Il est probable, puisque la Municipalité fit cette
( I ) Le 28 floréal avait été établi , dans le sein de la Municipalité , un tribunal de police municipale , d'après les bases adoptées en France , et Robert y avait placé les trois victimes de la tyrannie : Bassenge comme procureur de la commune , Fabry et Henkart comme substituts. Archives de l'Administration centrale. Arrêtés du il frimaire au i6 pluviôse an III. Vol. 446.
(t) Voici le texte de cet arrêté (lu 12 prairial : « Considérant : !<> qu'en déléguant ^ Liège et pays liégeois-le représentant du peuple Robert de Paris, par
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démarche, qu'elle prit aussi un arrêté favorable au représentant rappelé; mais Tabsence du registre qui contient les procôs-verbaux de cette époque ne nous permet pas d'affirmer la chose.
Peu de jours avant son départ, Robert avait ordonné Farreslation d'un homme dont nous avons déjà plus d'une fois cité le nom, et qui, à Paris, sous le régime de la Terreur^ s'était tristement signalé par ses dénonciations. Le notaire J. H. Nahon était revenu à Liège, et avait trouvé à se placer dans le Comité d'urgence, avec quelques compatriotes qui ne valaient pas mieux que lui. Le 9 prairial (28 mai) , au moment où parvenait à Liège la nouvelle de l'attaque sauvage dont la Convention avait été l'objet le l*''" de ce mois, il voulut faire lire en
son décret du 6 floréal , la Convention nationale a eu certainement pour but d'user de toute sa puissance pour le bonheur d*une nation qu*elle sait bien être idolMre de la liberté , et de tous les peuples le pius dévoué à sa cause et à ses principes ; 2<> que ce n'est qu'en déférant au vœu de cette nation si digne de son amour et de ses bienfaits', que la Convention a désigné et choisi le représentant du peuple Robert; 3» que le premier soin du représentant Robert a été de s'entourer et des autorités constituées , et de tout ce que le pays renferme d*hommes les plus purs , les plus vertueux et les plus éclairés ; A"* que toutes les opérations du représentant Robert ont été autant d'actes de justice , de sagesse , de bienfaisance , que la nation liégeoise se voit depuis ce moment renaître à la liberté et au bonheur, qu'elle a la certitude la plus entière qu'il remplira sa mission au plus grand bien de la république et du peuple liégeois , qui ne font qu'un, et que ce qu'il a fait pour la Convention et pour les Liégeois est un garant certain qu'il fera promptement cesser les maux dont ils sont accablés , en attendant le bonheur, qu'ils ne peuvent farder d'avoir, de former un département français ; 5* enfin qu*il est impossible de douter que des notions erronées ont été portées à la Convention et au Comité de salut public, et ont pu seules déterminer le rappel du représentant Robert; 6o que l'Administration apprend le rappel du représentant Robert, à l'instant oîi éclatent les mouvements les plus alarmants pour les subsistances , où le tocsin s'est déjà fait entendre dans plusieurs communes, que l'Administration ne peut se flatter de calmer le peuple et de sortir heureusement de cette crise , qu'aidée des puissants efforts d'un représentant investi de toute son estime et de sa confiance, et que , aussi éloigné du centre d'administration , le pays se trouve eu quelque sorte à la merci d'un gouvernement militaire ; TAdministration , l'agent national entendu, charge le citoyen Bouteville de se joindre aux citoyens Bassenge et Renard déjà nommés par la Municipalité de Liège , et arrêtent qu'ils partiront à l'instant pour Paris , se transporteront auprès de la Convention et du Comité de salut public , et feront usage de leur connaissance des localités pour le maintien du décret du 6 floréal. » Archives de r Administration centrale. Arrêtés du 14 frimaire au 16 pluviôse an lU. Vol. 146,
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plein théâtre une rapsodie que la Gazette révolutionnaire servit quelques jours plus tard à ses abonnés fi), et qui était inlitulée: Réflexions d'un Liégeois , patriote, proscrit , ami de ThumanUé. Cela est parfaitement plat et insignifiant. Mais il y avait là évidemment une intention mauvaise, et, dans les phrases banales dont elle était farcie sur les besoins du peuple et Tindifférence prétendue de ses magistrats, on pouvait voir une tentative pour gratifier Liège d'un i^ prairial au petit pied : les antécédents de l'auteur, et ses accointances bien établies avec les terroristes, autorisaient la supposition. Nahon fut arrêté par la police au théâtre môme, et pendant qu'il insistait à demander la parole. Son arrestation fut approuvée par un arrêté de Robert quiTaccusait d'avoir coopéré à l'insurrection parisienne, et d'être l'auteur d'une pièce où se trouvait le cri de ralliement des révoltés: du pain, du pain. Le fait est que ces mots n'y étaient pas, mais bien la chose. Un des considérants de l'arrêté démontre la triste réputation que Nahon avait acquise dans son pays : « Ayant pris des informations, dit Robert, sur la conduite de ce particulier, et ayant été instruit que c'était un de ces Liégeois réfugiés qui ont cherché une place dans l'intimité de Robespierre, qui sont devenus les agents les plus forcenés de sa tyrannie, et qui ont voulu lui sacrifier leurs compatriotes, auxquels ils ne connaissaient d'autre vœu que la république ; considérant que la conduite de Nahon est coupable, et qu'elle porte le caractère bien prononcé de l'initiative d'une insurrection correspondant à celle de Paris, arrêtons.... > (a)
Cet arrêté, pris le jour même de l'arrestation de Nahon, ordonnait d'apposer les scellés sur ses papiers , de les lever ensuite en sa présence pour en extraire ce qui pourrait être relatif à l'accusation dont il était l'objet, et de le renfermer dans la maison de détention. Il ne parait pas qu'on ait trouvé dans ces papiers rien qui le compromit
(i) No i29 du 23 prairial an III. A son factum Nahon avait joint ce N.-6. qui servira d'échantillon : u Pour avoir voulu rendre publique par lecture cette pièce au théâtre , je Tus frappé d'arrestation par la police , avec défense de ne parler à personne , ce qui fut exécuté pendant quatre jours. Quoiqu'elle ne fût pas signée par modestie , je m'en déclarai sans hésiter Tauteur. Ma détention est la récom* pense de mon zèlo h embrasser la défense intéressante de Thumanité. >
(i) Gazette révolutionnaire. N'' 152 du 26 prairial an III.
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directement; seulement on put vérifier ÇM'fb respiraient le plus pur jacobinisme ; c'est ce que porte le procès-verbal de la séance du Conseil municipal dans laquelle ils furent réclamés (i). Aa bout de quelques jours, le prisonnier adressa à ce conseil une requête (sj.pour avoir connaissance des motifs de son arrestation, et, pour toute réponse (s), on lui envoya (11 iuin-23 prairial) copie de Tarrété de Robert. Quatre jours après, Nahon publia sa défense {4) : elle porte en tête: Frères et amiSj souvenir qui lui était resté sans doute de Tépoque où la salle des Jacobins retentissait de ses dénonciations. Il nie les projets qu'on lui attribue , rejette son arrestation sur un rapport gracieux de quelques-uns des municipaux , et termine son apologie par ces mots qui rappellent sa coopération aux déplorables dissentiments des réfugiés entre eux : 4 Mon arrestation est Peffet d'une trame ourdie par quelques dilapidateurs de la fortune publique, à qui je porte ombrage depuis notre séjour à Paris (5). » Le malheureux , à qui véritablement on avait intenté un procès de tendance , expia ses vieux péchés par une détention de plus de quatre mois, car il ne sortit de prison que le 24 vendémiaire suivant. Le 14
(f) Séance du 18 brumaire. Voir le Registre aux procès-verbaux de V Administration municipale de Liège du Î7 vendémiaire au 26 frimaire an IV.
(«) Voir la pièce dans la Gazette révolutionnaire^ u^ 133 du 28 prairial an III. II n'est pas sans intérêt de noter que le titre que nous venons de donner n*est plus parfaitement exact. Dans le n» 117 du 7 prairial , le jour où la nouvelle de rinsur> rection parisienne devait être tout récemment arrivée à Liège , on lit cet avertissement qui est assez significatif, c Sur certaines observations faites aux rédacteurs relativement au titre de cette feuille , le public est averti qu'elle portera k Tavenir le titre de Gazette de Liège, au lieu de Gazette révolutionnaire de Liège. » Et ce n'est pas le titre seulement qui change , c'est la rédaction même , qui désormais n'a plus assez d'injures contre les hommes du 2 septembre, du 31 mai et du 1^ prairial.
(3) Elle est signée de onze officiers municipaux, ceux sans doute qui étaient présents k la séance : Jaymaert, Batter, Dehaxhe, Garlier, Boverie , Leroux, Donckier, Romer, Dethier, Beaujean , Velez.
(a) Elle est datée de la maison d^ arrêt de la porte Léonard (sic) 27 prairial. Les Montagnards avaient, comme on sait, soigneusement proscrit le mot saint dans toutes les dénominations. A Liège, cette suppression fut exécutée avec rigueur. On peut s'en assurer en parcourant les listes d'émigrés publiées k la fin du 1<' volume du Recueil des arrêtés, et Ton y trouvera plus d'une désignation comme celle-ci : Meyers, ci-devant Chanoine de Denis, paroisse Aldegonde.
[-i) Gazette révolutionnaire. No 134 du 30 prairial an III.
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thermidor (l^^'août), il répondit à un article qui l'attaquait avec une grande violence, et l'appelait le terroriste Romarin Nahon ( i ) ; nous nous garderons bien de donner des échantillons de cette nouvelle élacubration , œuvre d'un fou furieux.
Un autre Liégeois, d'une intelligence plus cultivée que Nahon, et à qui on ne peut faire les mêmes reproches, quoique sa conduite doive être assez sévèrement blâmée , prit aux événements qui se passèrent alors à Liège une part trop considérable pour ne pas figurer aussi dans notre tableau. Léonard Libert, que nous croyons être le fils d'un proscrit du même nom mentionné dans un épisode précédent , était, paralt-il, tout récemment revenu de la Russie (s), quand les Français arrivèrent chez nous pour la seconde fois. Nommé officier municipal à Liège, il se rendit bientôt, par son esprit brouillon et son humeur difficile, incommode à ses collègues* qui se débarrassèrent de son opposition incessante au moyen d'un petit coup d'Étal. Dire quelle était au fond son opinion politique , serait chose difficile. Il avait défendu un homme honorable du parti aristocratique, Tex-bourgmestre Ghaye, qui, traduit devant le tribunal criminel révolutionnaire pour émigration , fut acquitté ; il avait aussi défendu Nahon , ce dont on ne peut assurément lui faire un crime, tout en trouvant étrange qu'il ait pris en main deux causes si opposées l'une à l'autre. Même contradiction dans toutes ses démarches : il s'employa pour obtenir la radiation d'émigrés déplorablement notés à Liège , par exemple Kinable, le substitut du mayeur Colson, et l'un des fonctionnaires les plus odieux de la police du prince-évêque ; en même temps il venait en aide au parti anarchiste, en combattant, avec une violence inouïe et au nom des principes révolutionnaires,
( I ) Nous ne pouvons donner d*autre explication de ce singulier sobriquet que celle qui se trouve dans une note précédente, p. 393. Une seconde pétition, adressée à la Municipalité le 16 thermidor, est signée : J. H, Nahon notaire dit : le Romarin. Puis vient un N. B. qui révèle les prétentions du terroriste au calembourg badin : I A propos, ce romarin conservera toujours toute sa fraîcheur, tandis que la hyacinthe est flétrie. » Inutile de faire remarquer que Nahon désigne ici Hyacinthe Fabry, qui faisait partie maintenant du Conseil municipal en qualité de substitut du procureur de la commune , mais qui était resté étranger à Taffaire , comme on a pu s'en assurer par les noms des signataires de la réponse.
(s) Du fond de l'Asie, dit-il dans un article que publia la Gazette révolutionnaire et que nous signalerons plus loin.
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tous les acles des autorités nationales. D'après sa conduite à cette époque , et plus tard à Toccasion des élections de Tan VI, nous ne pouvons voir en lui qu'un tracassier dévoré du désir de jouer ua rôle , et peu scrupuleux dans le choix des moyens à employer pour atteindre son but.
Tel était Thomme qui , n'écoutant que ses rancunes personnelles, intrigua de la manière la plus active pour faire rapporter le principal acte de la courte administration de Robert: celui qui avait approuvé l'arrêté municipal relatif aux subsistances. Il faut en convenir, cette disposition réellement exorbitante n'était pas justifiable en principe , et ne trouvait son excuse que dans les circonstances. Libert ne manquait pas d'une certaine adresse ; il ne lui fut pas difficile de trouver des armes pour lutter contre ses anciens collègues, et éprouver la satisfaction de se venger d'eux. Il se présenta commç défenseur de quelques citoyens invités à faire une avance de fonds, et dénonça l'arrêté municipal comme tortionnaire et vexatoire. Les représentants Giroust et Meynard , à qui la mission de Robert parait avoir porté ombrage , se prêtèrent aux vues de ce défenseur de la légalité, et, le 19 prairial (7 juin), ils déclarèrent suspendre l'exécution d'un arrêté <: qui portait , disaient-ils, le caractère de l'arbitraire et de la violence, et rappelait ces taxes révolutionnaires que la république a pour jamais proscrites avec les Montagnards et les Jacobins. j> Les représentants ajoutaient que, par cette décision, ils n'entendaient pas c préjudicier à la faculté que les lois laissaient aux communes de s'imposer elles-mêmes, dans les formes prescrites pour pourvoir à leur subsistance. 3> (i)
La Municipalité ne pouvait rester sous le colj^ d'une décision qui anéantissait toutes ses espérances , en condamnant les mesures qu'elle croyait indispensables pour combattre efficacement la disette. Dès le 21 prairial, c'est-à-dire la veille du jour où la pièce lui fut officiellement communiquée par l'Administration centrale, elle adressa aux deux représentants, circonvenus assez adroitement par Libert , une réclamation très-vive, très-nette , très-curieuse , et dont nous donnerons un long extrait parce qu'on y trouve une preuve
(i) Archives de V Administration centrale. Administration d'arrondiuemeni. Arrêtés du 49 prairial au 15 thermidor an Ili. Vol. â67.
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nouvelle de la fermeté et de Ténergie que montrèrent les administrateurs de ce temps. La Monicipalité y prend successivement à partie son accusateur et ceux qui ont admis trop légèrement ses allégations : c Nous devons à la vérité de vous dire que le citoyen Libert a surpris votre religion , en vous arrachant cet arrêté ; que cet homme est au moins un extravagant qui , par des tracasseries continuelles, n'a cessé de contrarier les mesures les plus sages de la Municipalité ; qu'il s'est particulièrement attaché aux dispositions qu'elle a dû prendre pour empêcher que la famine ne se fit sentir dans cette commune ; qu'il en a d'abord publiquement blâmé les opérations ; qu'il n'a cessé de chercher à empêcher que les riches possessionnés ne se prêtassent à l'emprunt que Ton avait exigé d'eux.
f II vous a engagés à vous apitoyer sur ces riches propriétaires auxquels on a assuré six pour cent d'intérêt , tout le temps que leur argent serait employé à secourir leurs frères indigents.
> Il aurait dft «vous dire que , depuis six mois , la Municipalité avait réclamé pour le peuple de Liège , auquel on avait enlevé toute ressource, en faisant verser dans les magasins de la République les dîmes de toute espèce de grain appartenant aux ci*devant abbayes et corporations ecclésiastiques.
> Il aurait dû vous dire qu'on n'a pas voulu écouter ces réclamations, ni s'occuper des moyens d'empêcher que le grain ne fût porté à un taux où le pauvre, l'artisan, et en général la classe des citoyens peu fortunés ne peuvent atteindre.
» Il aurait dû vous dire que le peuple se trouve réduit à la plus grande misère et sans aucune espèce de travail , nos manufactures et fabriques étant entièrement nulles par l'effet du maximum et des réquisitions.
1 II aurait dû vous dire que, dans le temps même où le représentant Robert était ici , les habitants du faubourg S^-Gilles se disposaient à venir demander du pain à la Municipalité et à l'Administration , et qu'on a été obligé d'envoyer la force armée pour dissiper les groupes qui se formaient.
> Il aurait dû vous dire que le tocsin s'est déjà fait entendre plusieurs fois, dans diverses communes de noire arrondissement.
> Il aurait dû vous dire enfin que , à Huy , deux émeutes successives ont eu lien , et que dans la dernière le peuple , réuni au nombre