TOME II
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de plus de cinq mille personnes , s'était transporté à la maison commune pour en arracher ses magistrats.
> Oui, citoyens représentants, sans les démarches que la Municipalité a été obligée de faire près de la Convention nationale , sans les mesures qu'elle a employées sous les yeux du représentant Robert, après que celui-ci en eut reconnu la nécessité , une grande' partie des habitants de la nombreuse commune de Liège aurait péri de faim.
» Ces mesures, dites-vous, sont tortionnaires et vexatoires Si
vous regardez ainsi les seuls moyens qui nous restaient , pour fournir à la subsistance d'une grande population , comment devons-nous regarder la réquisition de la 7® et de la 8« hôte à cornes, que Ton exécute aujourd'hui dans l'étendue de notre arrondissement , pour fournir à la subsistance de l'armée ?
» Vous autorisez les mesures qui enlèvent aux habitants des campagnes le quart des animaux nécessaires à la culture des terres , ce qui ne peut qu'augmenter la disette , et vous voudriez empêcher qu'on demande à de riches propriétaires, à des financiers, à des hommes qui discréditent tous les jours le papier républicain , à des égoïstes, à des partisans de l'ancien régime, à des absents rentrés , à des ennemis des Français, à des personnes , en un mot, qui n'ont pas voulu se prêter à venir au secours de leurs frères indigents, une petite portion de cet or qui ne pourrait pas les garantir eux-mêmes de la famine !
» Les contributions que la Municipalité de Bruxelles a imposées et réparties sur les habitants de cette commune , d'après vos arrêtés, et les exécutions qu'elle a faites pour les faire rentrer, ne pourraientelles donc être aussi regardées comme tortionnaires et vexatoires? Vous ne voulez pas , dites-vous , préjudicier à la faculté que les lois laissent aux communes de s'imposer elles-mêmes dans les formes prescrites, pour pourvoir à leur subsistance. Oubliez-vous donc qu'il est défendu aux communes de s'assembler , et que , quand même elles le pourraient, la lenteur de leurs délibérations, mille entraves qui se rencontreraient avant d'avoir rien pu statuer . les laisseraient éprouver une famine qu'il n'y aurait plus moyen d'arrêter?
> La mesure que la Municipalité a employée est un emprunt forcé. Ellç était autorisée par un arrêté du représentant Robert ; elle n'est
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pas contraire à Tesprit da gouvernement républicain , puisqu'il est de principe que , dans les nécessités publiques y on doit obliger les citoyens, même par contrainte, à secourir ceux qui se trouvent dans le besoin. D'ailleurs , le mode d'exécution ou de contrainte qui a été adopté par le représentant Robert est le même qui a toujours été employé dans le Pays de Liège pour faire rentrer les impositions. Il D'*y a donc pas eu d'arbitraire ni dans l'imposition , ni dans l'exécution de cet emprunt, et ce n'est pas une taxe révolutionnaire.
1 II serait bien étonnant que la Municipalité de Liège qui, pour la plus grande partie, est composée de citoyens dénoncés et persécutés comme girondins , comme modérés , comme ayant désapprouvé la journée du 31 mai à la commune de Paris sous Pache et aux Jacobins sous Robespierre , pussent être désignés comme des agents da terrorisme , des montagnards et des jacobins.
> Il parait , citoyens représentants , que vous êtes bien mal informés du caractère du peuple liégeois, et de l'esprit qui anime les autorités constituées. Tous sont inviolablement attachés à la représentation nationale. Hâtez-vous donc d'apporter un prompt remède aa retard que vont éprouver, parla publication de votre arrêté, les achats de grains qui nous sont absolument nécessaires. Craignez comme nous que le peuple de Liège , en proie à tous les besoins, n'accuse ses riches propriétaires et les autorités constituées des maux qu'il souffre. Nous abandonnons ces réflexions à votre sagesse. > (i)
Celle pièce porla coup, car, enlre son envoi et l'arrivée à Liège de l'un des deux représenlants à qui elle était adressée, trois jours au plus se passèrent. On doit donc supposer que ce représentant, Giroust, jugeant la situation grave, se* mit en route aussitôt après la
( I ) Archives de TAdmnistration centrale. Correspondance du 4 ger^jiinal au 23 thermidor an III. Vol. 35. Il y a ici une circonstance dont nous ne pouvons nous rendre compte. La Gazette nationale de Desoer ( n» 115 du 24 prairial au III ) publie k la même date une réclamation de la Municipalité signée d*Hyac. Fabry en sa qualité de président , et qui, la même au fond, diffère essentiellement dans la forme , beaucoup moins vive que celle de la pièce que nous avons transcrite. Y aurait-U eu une rédaction particulière pour les journaux? Voilà ce que nous nous demandons. En tous cas , puisque nous n^avons pas les procès-verbaux de la commune à cette époque, nous devons tenir pour officiel un tcxie envoyé à l'Administration d'arrondissement , et insérée par celle-ci dans un de ses registres.
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réception de la dépêche , car il arriva à Liège le 24 prairial (12 juin), et, cinq jours plus tard (17 juin-29 prairial), il datait de cetle ville un nouvel arrêté dans lequel il reconnaissait « que les mesures prises par la Municipalité de Liège ne pouvaient être contrariées, sans risquer de compromettre Tapprovisionnement ; mais, ajoutait-il, les principes de justice adoptés par la Convention nationale et inhérents au gouvernement d'un peuple libre, exigeaient des modifications à ces mesures, dont Turgence seule et rembarras des circonstances justifiaient Fintention. » Suivaient huit articles , qui ne faisaient que reproduire sous une nouvelle forme les dispositions de l'arrêté incriminé. En réalité , les modifications introduites étaient seulement au nombre de deux : 1® rédaction et publication d'un tableau comprenant les noms des citoyens auxquels Timpôt s^'adressait , et la somme exigée de chacun ; 2^ établissement d'un comité de sept notables qui devait être adjoint au comité des subsistances de la Municipalité, et surveiller les opérations; le représentant nommait ces notables sur une liste formée de quarante des citoyens imposés que la Municipalité désignait (i). L'établissement de ce comité eut lieu peu de jours après (21 juin-3 mess.) (i). Tout cela n'avait pas une grande signification, puisque la Municipalité avait précédemment offert la création d'un comité semblable à celui qui venait d'être décrété, et il est fort probable qu'en prenant son premier arrêté, Girousl avait uniquement voulu se donner la petite satisfaction de casser l'acte le plus important de l'administration de son collègue.
Dans le mémoire adressé par la Municipalité aux représentants du peuple le 12 prairial , il est question de deux émeutes survenues à Huy peu de temps auparavant. Alors, et encore plus tard, la situation doit en effet avoir été fort grave dans cette petite ville. Comme par-
(i) Archive» de V Administration centrale. Administration d*arrondissement. Arrêtés du id prairial au iô thermidor an Ul. Vol. 267.
(i) h2i Gazette nationale y après avoir publié Tarrété du 39 prairial dans son DO 116 du 1*' messidor, donne, dans son w* 118 du 6, le nombre des membres de ce Comité des Sept , les voici : Ghiot , sous la Tour ; Matbias Massart , Outre- Meuse ; Lambinon , syndic ; Sauvage, près S'-Thomas ; Faudeur, Mont-S^MarUn ; ScronX'Natalis y Lhoest, Pont-des-Arcbes. Il y eut aussi cinq suppléants; ce furent : Frankinet , bomme de loi ; Mairlot , négociant , place S^Bartbélemy ; Dethier fils , 2i la Goflfe ; Doneu fils, rue Sur-Meuse; Paquo, au Marché.
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loat ailleurs, on y avait supprimé les dîmes en nature, sans distinguer entre les décimateurs. Or, parmi ces dîmes, il en existait qui étaient constituées au profit des pauvres, et Robert avait agi sagement en autorisant la Municipalité à en exiger le payement, et même à envoyer des garnisaires chez les débiteurs les plus récalcitrants. Là aussi Giroust s'empressa de condamner la conduite de son collègue, en écrivant à la Municipalité de retirer ses garnisaires immédiatement. Celle-ci, menacée par 3,500 pauvres manquant de pain, ne savait quel parti prendre. D'un côté, il y avait Tordre du représentant du peuple, de Tautre Tinsurreclion des affamés. Que faire? le plus prudent était de se soumettre, et les débiteurs furent délivrés de leurs hôtes incommodes. Dans une lettre qu'elle écrivit à ce sujet à TAdministration d'arrondissement, on lit: <i II nous est impossible d'exercer plus longtemps nos fonctions municipales, sans exposer DOS jours et nos propriétés, et nous vous demandons dès ce moment nos démissions, i^ L'Administration d'arrondissement, attachée ellemême à cette glèbe d'un nouveau genre, n'avait aucune qualité pour accorder ce qu'on lui demandait , et , comme les municipaux hutois persistaient à ne plus siéger, les agents étrangers qui exploitaient alors notre malheureux pays ne trouvèrent rien de mieux à faire que d'envoyer les garnisaires retirés aux débiteurs des pauvres, chez les conseillers démissionnaires, pour les punir d'avoir oublié que leur personne était frappée de réquisition au même titre que la première tôle de bétail venue. Ainsi forcés de remonter sur leurs chaises curules, devenues pour eux ces instruments horribles sur lesquels TInquisition faisait autrefois asseoir ses patients, ces administrateurs dans la détresse s'empressèrent de demander (4 juillct-6 mess.) ce qui avait été accordé à leurs collègues de Liège : le droit d'établir t une subvention proportionnée à la valeur locative des habitations des citoyens que la notoriété publique désignait comme les plus aisés; > c'était, disaient-ils, le seul moyen qui leur restât pour fournir du pain c à la classe nombreuse des indigents, qui ne cessaient de les assaillir depuis trois jours (i). ) Il n'y avait pas de motif de leur refuser ce qui venait d'être accordé à leurs voisins, et ce qui, en définitive, n'était pas exorbitant dans les circonstances.
( 1 ) Archives de V Administration centrale. Correspondance du 4 germinal au 23 thermidor an III. Vol. 35.
Renseignements sur la mission de Bouteville à Paris. — Léonard Libert continue ses machinations. —.Il se présente à la barre de la Convention. Ses demandes. — Démêlés de la Municipalité avec le commandant de place. — Nouveaux adoucissements au régime de la conquête. — Sur les actes de vandalisme à Liège. — À qui la responsabilité. — Les députés annoncent comme prochaine la réunion défniitive à la France. — Les Liégeois ne sont pas admis à voter sur Tacceptation de la Constitution. — Le Conseil de gouvernement établi à Bruxelles. •- De quoi se composera le département de l'Ourthe. — Kempis reparaît sur la scène. — Arrestation de Jehin. — Changements survenus dans rAdministration d*arrondissemcnt de Spa. — L'étendue du département de l'Ourthe est fixée. — Discussion du décret du 9 vendémiaire. — Débats avec les réactionnaires de l'arrondissement de Spa. — La fêle de la Réunion. — Conduite des patriotes 'avec leurs adversaires émigrés. ~ Sur Meynard et les représentants du parti thermidorien. — Les députes liégeois à la barre de la Convention pour lui présenter une adresse de remercîments. — Des actes d'oppression encore malgré la réunion décrétée. - Les députés envoyés à Paris engagent à patienter. — Nomination des administrateurs du département. — Composition du tribunal criminel et du tribunal civil. — L'Administration départementale est installée. — Retour dos députés à Liège. — Arrivée de Bouteville peu de jours après. ^ 11 nomme et installe la nouvelle Municipalité. — Conclusion.
Le jour môme où TÂdministratioa d'arrondissement, informée du rappel de Robert, avait pris en sa faveur la résolution rapportée plus haut, elle avait décidé renvoi de son agent national à Paris. Intimement lié avec Merlin, qui était devenu Tun des membres les plus influents de la Convention^ Bouteville pouvait être d'une grande utilité, et Ton avait droit de compter sur le succès des démarches qu'il devait faire de concert avec Bassenge et Renard, les députés
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de la Manicipalilé. Ils ne devaient pas obtenir le renvoi de Robert ; néanmoins leur mission n'était pas destinée à rester stérile.
Bouieville ne tarda pas à donner de ses nouvelles. Le 17 prairial ( 5 juin), en envoyant l'adresse de Thôtel (i ) où il était descendu avec ses deux compagnons, il écrivait que Merlin venait d'obtenir un congé pour cause de maladie, et se proposait de partir ce jour-là même ; heureusement restaient dans la section des relations extérieures Rewbel, Treilhard et Siëyes, qui lui étaient fort connus, et il ajoutait : € Merlin fera tout pour me faire parler à Tun d'eux ce matin («). » Quelques jours après, les trois députés furent admis au Comité de salut public, et y eurent une conférence dont Bouteville rendait compte dans une lettre qui ne s'est pas retrouvée. Mais dans une autre du 13 messidor ( 1^^ juillet), où il rappelait la précédente et la conférence en question, il parlait de c l'opinion très-prononcée que le représentant du peuple Sièyes y avait émise en leur faveur, et des espérances qu'elle leur avait fait concevoir. % Il élait désolé, disaitil, des retards qu'éprouvait une demande jugée à Liège si naturelle, si peu sujette à objections, et il finissait sa lettre par ces renseignements : c Robert est enfin arrivé avant-hier à Paris. Il a dû remettre hier au Comité le mémoire contenant le détail de toules ses opérations. Il a cherché Treilhard (s) sans pouvoir lui parler. Il a seulement vu Sièyes, dont l'opinion est toujours qu'une administration centrale doit être donnée aux Liégeois («). > On voit bien ici quel était le but que l'on poursuivait à Liège en sollicitant l'envoi d'un représentant particulier. Si la susceptibilité nationale y était pour quelque chose , néanmoins on avait principalement en vue , nous le répétons, la fin du régime de la conquête , qui paraissait destiné à peser plus longtemps sur les provinces belges que sur le Pays de Liège.
Le surlendemain du jour où Bouteville écrivit sa dernière lettre, la Convention renouvela son Comité de salut public (3 juillet-15 mess.).
(i ) Hôtel d'Antin , rue Gaillon.
(t) Archives de V Administration centrale. Correspondance du A germinal au 33 thermidor an IIL Vol. 35.
(s) Treilhard était membre du Comité de salut public.
(4) Archives de l'Administration centrale. Correspondance du 4 germinal au 23 thermidor an ttl. Vol. 35.
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Les quatre membres sortants : Rou:( , Gillet , Sîèyes et Rewbel, furent remplacés par Bôissy d\4nglas, Jean de Bry, Louvet du Loiret et Lesage d'Eure-et-Loir, et le rédacteur de la gazette ci-devant révolutionnaire, désormais très-conservatrice, écrivait à ce propos : « Le peuple liégeois avait dans les membres sortants des défenseurs éclairés, qui emportent ses regrets et sa reconnaissance ; mais que ne doit-il pas attendre des nouveaux gouvernants ? Ils ont tous été sous roppression, et ils ne seront pas indifférents aux réclamations d'un peuple qui, pour prix de son amour pour les Français et leur révolution, demande à être retiré de dessous le joug des Belges, à avoir une administration particulière , et à être surveillé par un commissaire de la Convention. > Le rédacteur rappelait certains votes de Boissy d'Ânglas et de Lesage favorables aux Liégeois, et il ajoutait : « Leur cause est la môme , leur position devient toujours plus douloureuse, et les représentants du peuple français ne cesseront pas d'être justes : Robert a fait son devoir à Liège ; pourquoi n'y serait-il pas renvoyé ? » ( i )
Cependant Tex-municipal Libert, après la courte satisfaction que lui ava\f donnée le premier arrêté de Giroust, ressentit un vif désappointement quand il vit définitivement maintenu Temprunt forcé contre lequel il avait tant récriminé. Dans Tespoir de lutter avec plus de succès contre ses anciens collègues et le parti modéré qui dominait aussi dans l'Administration d'arrondissement, il se décida à aller à Paris, où il savait cependant qu'il retrouverait Bassenge peu disposé à s'émouvoir de sa présence. Parmi les hommes qu'il laissait à Liège irrités contre lai se trouvait l'imprimeur Leruitte , qui croyait devoir lui attribuer les tracasseries que lui avait values la réimpression de la lettre de Bassenge. Leruitte commença son attaque à propos d'une lettre à Giroust dans laquelle Libert , renouvelant une accusation qui avait traîné dans toutes les dénonciations des Montagnards liégeois à Paris, l'engageait à exiger des administrateurs de 1793 compte de la somme emportée par eux dans l'exil. A ce sujet , Leruitte entre dans des détails précis , et s'attache à prouver que Libert a calomnié sciemment ses compatriotes.
L'article qui contient cett^ agression , et qui fut publié dans la
( I ) Gazette révolutionnaire , n« 116 du Si messidor an III.
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Gazette révolutionnaire (i) porle la date du 8 messidor. Libert y répondit de Paris le 18, et, en envoyant son factam à Téditeur de ce journal, il lui écrivit que les membres de la Municipalité pouvaient aisément prouver quMls n^'étaient pas des brigands ; pour cela il suffisait c d'abandonner les six ou sept fabriciens qui les menaient en les trompant. » L'éditeur ne voulut pas publier la réponse sans y joipdre quelques mots sur Tauteur : c C'est, dit-il, un ex-officier municipal, qui a bien de la peine à trouver les moyens de colorer sa retraite , un solliciteur banal du pour et du
contre Éconduitpar le représentant Giroust, qui a dédaigné de
porter sur lui un jugement , il s'est échappé et rendu à Paris auprès du Comité de salut public. Il a imprimé et imprime encore, pour prouver que les habitants de Liège et du pays liégeois sont trèssatisfaits de leur position , et ne désirent que de continuer à être administrés par l'Aministration centrale de Bruxelles, qui leur accorde tout ce qu'ils veulent et qui les comble de biens; que renvoyer un représentant à Liège, c'est contrarier le vœu public et servir les intrigants; qu'y renvoyer Robert surtout ce serait y faire régner le terrorisme. > La réponse même ne fut publiée qu*accomgnée de notes qui doivent être de Leruitte, et qui, dit Tédileur, lui parvinrent en même temps. N'entrons dans aucun détail sur cette polémique furibonde, et bornons -nous à faire remarquer que Libert y continue sa guerre avec les patriotes modérés et la Municipalité qu'il traite de joli tas de brigands. A celte réponse de Libert est jointe une lettre écrite par lui le 28 messidor (16 juillet) au Comité de salut public pour empêcher le renvoi de Robert à Liège ; à cette fin , il n^est sorte d'injures et de calemnies qu'il ne vomisse contre ce qu'il appelle la clique dont toutes les autorités de Liège sont infectées. A l'entendre, ce renvoi est demandé uniquement pour laisser en place des hommes qui infailliblement seraient éclipsés si leur pays était uni avec la Belgique. L'antipathie que les deux peuples sentiraient , prétend-on , l'un pour l'autre , est un mensonge : ( Leur union est le vœu de tous les Liégeois qui ont quelques connaissances locales et commerciales; c'est le vœu de tous les honnêtes gens, i A cette lettre Libert joignit un posl-scriptum non
(0 No 140 du 0 messidor an lU.
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moins odieux , et qai fournit une preuve de Tinconséquence de son caractère , puisque , après avoir plus haut dépeint Robert comme an terroriste, il le dénonce pour avoir ordonné Télargissemënt de deux émigrés français : c Les représentants Briez , Haussmann , Portiez de rOise et Ferez , y disait-il , peuvent donner de grands renseignements sur la tourbe d'intrigants dont j'ai fait le plus fidèle portrait, de ces partageurs de deniers publics, de ces hommes qui ont gouverné Liège alternativement avec les Autrichiens depuis six ans, et n'ont jamais rendu aucun compte. Je suis seul, car les honnêtes gens sont opprimés à Liège , mais je suis républicain et je dois dire la vérité : c*est pour moi un devoir d'arracher le masque à ces piliers des Comités conventionnels, et, quelles qu'en soient les suites, j'aurai fait au moins ce que je devais (t). > Mais Basseoge veillait sur ses démarches , et, faisant allusion à tout ce qui précède, il écrivait le 2 thermidor (20 juillet) à la Municipalité: c Nous devons vous informer que le célèbre Libert assiège le Comité de ses diatribes. Il a présenté deux petits imprimés que nous n'avons encore pu nous procurer. Ils sont contre nous , intrigants , coquins , voleurs y que savons-nous quoi? Tout cela n'est rien. Mais il ose attaquer l'objet de notre mission : c'est le maintien de Tordre de choses actuel qu'il réclame ; il ne veut pas que sa patrie sorte enfin du chaos où elle est précipitée. Cola sufHt pour indiquer ses vues et à quel point son impudence est poussée. Au reste, il fait ici de la dépense, montre gracieusement des louis, imprime , ce qui dans ces moments entraîne de grands frais , et promène de café eu café ses extravagances, son pathos et la fureur qui le possède. > (i)
Ëconduit du Comité de sahit public , d'après les renseignements de Bassenge , Libert résolut, avec une constance digne d'un meilleur sort, de porter sa réclamation à la barre même de la Convention. Il s'y présenta en simple particulier le 20 thermidor (7 août), pour dénoncer des brigands se disant magistrats dupeupte qui, sous l'empire d'une faction qui dominait et tyrannissait Liège depuis six ans , avaient décrété sur les citoyens un emprunt forcé poursuivi par
(f) Gazette révolutionnaire^ n» 159 du i2 thermidor an III. (i) 7Md., n» 158 du iO thermidor an III. Cette lettre fut envoyée au jouraal par Soleure , au nom de la Municipalité.
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les Yoies d'exécution les plus rigoureuses. Il concluait en demandant la restitution des sommes perçues de ce chef, la mise en jugement de la Municipalité pour abus de pouvoir, et un examen rigoureux de la conduite du représentant Robert. S'il avait compté sur un scandale ou sur une discussion passionnée , il éprouva une complète déception : le Moniteur (i), qui rapporte sa pétition tout au long, ne cite pas la moindre circonstance d'approbation ou d'improbation, et dit seulement que la pièce fut renvoyée au Comité de salut public , dans les cartons duquel elle alla en effet reposer.
Cette Municipalité , si cordialement détestée des anarchistes de Fex-Comité de surveillance et des contre- révolutionnaires parmi lesquels Libert parait devoir être rangé , ne restait à la tôle des affaires que par dévoûment ; aucune époque à coup sûr n'en a exigé autant de la part des citoyens chargés de fonctions publiques , et une difficulté était à peine surmontée qu'aussitôt en apparaissait une autre. Yers répoque où Libert se rendait à Paris pour le dénoncer, ce conseil soutenait une lutte très-vive avec l'autorité militaire. Liège avait alors pour commandant un officier nommé Ribot, qui parvint à se distinguer parmi ces tralneurs de sabre si enclins alors à humilier et vexer les fonctionnaires civils (s). Poussée à bout par sa brutalité, la Municipalité le dénonça à Robert, qui, faisant droit ù sa plainte, destitua le commandant. Replacé en même temps que les deux autres fonctionnaires français qui avaient éprouvé le même sort, Ribot n'en devint que plus insolent et plus brutal , tellement que la Muni-
(f ) N« 325 du 25 thermidor an III. Le compte-rendu de cette séance du 20 ther> midor dans la Gazette révoltUionnaire (n« 167 du 26 thermidor), ne cite pas le nom de Libert à propos de cette péUtion, et dit qu*eUe fut présentée par des pétitionnaire de la ville de Liège, Cette assertion n*est pas exacte , car \% Moniteur cite Léonard Libert seul, et du reste il suffit de lire la pièce pour rester convaincu qu'il la présenta en son propre et privé nom.
(i) Pour donner une idée des licences que se permettaient les inférieurs , encouragés par l'exemple des chefs , nous citerons ce passage d*une lettre de rAdministratioD d'arrondissement où il est dit que les membres qui la composent sont , pour leurs rations i entièrement à la disposition des commissaires des guerres qui, sous divers prétextes, refusent de les leur donner ou ne leur donnent que des rebuts, lesquels , disent insolemment les fournisseurs , sont suffisants pour des administrateurs, i Archives de V Administration centrale. Correspondance du 28 thermidor an lll au 3 frimaire an IV, Vol. 36.
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cipalité y n'y pouvant plus tenir , renouvela sa dénonciation. Les procès-verbaux de cette époque faisant défaut, nous ne connaissons la pièce et la réponse deB représentants que par une nouvelle lettre de cette assemblée ( 19 messidor-7 juillet), lettre dont il fut transmis copieàrAdministration d'arrondissement. Insérons-la encore, comme preuve nouvelle à Tappui de ce que nous avons déjà dit du patriotisme et de rénergie des administrateurs de cette époque : c Citoyens représentants, la Municipalité de Liège a reçu Tarrôté du 16 de ce mois par lequel , après avoir déclaré quHl fCy a pas lieu à délibérer sur la dénonciation contre le commandant de place Ribot, vous rappelez les autorités de Liège à Texécution des arrêtés précédents sur la police des pays conquis ^ et vous les invitez à se concerter avec ce commandant pour Texercice de leurs fonctions respectives. La Municipalité ne fera point, citoyens représentants, d'inutiles réflexions sur les dispositions de votre arrêté, et, sans chercher à en provoquer le rapport , elle se bornera à développer deux observations qui lui semblent d'une vérité incontestable.
> Il est constant que la lutte élevée entre elle et le commandant Ribot, par l'effet nécessaire de la conduite visiriale de ce dernier, et de la protection qu'il a si étrangement accordée à des hommes prévenus de dilapidations , il est constant que cette lutte ne peut être qu'un obstacle à l'activité et à la régularité du service public, et ne saurait amener le concert dont l'arrêté fait mention. Ribot, le seul des commandants de place avec lequel la Municipalité n'a pu établir de communications fraternelles , ne suivra que l'impulsion de ses haines ; et, de son côté, la Municipalité ne saurait guère concourir de zèle et de soins avec Thomme à qui elle a déclaré , par sa dénonciation du 25 prairial» ne pouvoir accorder aucune confiance.
1 Les faits rappelés dans cette dénonciation étaient d'une nature assez grave, d'une importance assez majeure, pour ne laisser que l'alternative de deux partis à prendre : si un examen scrupuleux de ces faits en attestait la réalité, Findividu accusé ne pouvait rester en place ; si, au contraire , ils n'étaient qu'une imputation calomnieuse, les fonctionnaires publics qui l'avaient intentée devaient être destitués avec éclat. Dans aucune des deux suppositions, la déclaration simple qu'il n'y a lieu à délibérer ne pouvait suffire.
> Il résulte de ces deux rapprochements que, dans la situation des