‹ Histoire de la révolution liégeoise de 1789Chapitre 29 sur 48 · J^AN III] . CHAPITRE XXXI. S · texte numérisé non relu

J^AN III] . CHAPITRE XXXI. S

choses^ le commandaDt Ribot et la Municipalité actuelle ne peuvent concourir utilement ensemble au maintien de Tordre et à Tactivité du service public ; et lorsque, sans prononcer sur le fond de Taccusalion qu'on n'a pas même entrepris de vérifier, vous laissez ce commandant à son poste, c'est arrêter que nous ne pouvons rester au nôtre. Nous comptons en conséquence, citoyens représentants , que, sous peu de jours, vous pourvoirez à notre remplacement. Nous ne savons occuper une place quand nous n'avons plus Tespoir d'y être utiles, et, dès ce moment, nous allons borner l'exercice de nos fonctions à Texéculion des mesures qui seront de la plus urgente nécessité ; forts de la pureté de nos vues et de l'invariabilité de nos sentiments de justice, nous attendrons avec sécurité qu'on examine sévèrement nos travaux et notre conduite, et nous nous reposons avec confiance sur le jugement que portera l'opinion relativement à notre responsabilité morale.

» Nous devons à nos concitoyens, à ces vieux et constants amis de la liberté, d'ajouter un dernier mot : nous leur devons de réclamer contre la supposition révoltante dont nous retrouvons encore l'application dans votre arrêté, et qui tend à faire regarder le pays de Liège comme pays conquis. On ne conquiert point un peuple qui s'est donnée qu'on a accueilli, et qui, à l'entrée de ses libérateurs, a com* battu à leurs côtés, pour repousser d'autant plus tôt ses tyrans. Nous le disons avec cette franchise que donne le sentiment intime de ses droits : si des raisons de politique ont pu faire différer d'exécuter une réunion solennellement décrétée, ce n'était pas du moins un motif pour que, dans l'intervalle, on nous regardât comme ennemis, pour, qu'en nous morcelant de toutes parts, on nous jetât à la merci d'administrations étrangères, et pour qu'on ne reconnût point les titres d'indépendance dont nous pouvions sans doute nous prévaloir, avec autant de justice que nos voisins les Bataves. Salut et fraternité. » ( i )

En envoyant copie de cette pièce à l'Administration d'arrondissement, la Municipalité invoquait un arrêté des représentants du peuple du 24 prairial ( 12 juin), qui demandait une liste de candidats propres

(0 Archives de V Administration centrale. Correspondance du A germinal au 23 thermidor an IIL Vol. 35.

514 RÉVOLUTION LIÉGEOISE. [1795-AN IIl]

à former le Conseil de la commune, et elle rengageait à accélérer son remplacement; elle lui recommandait en même temps c de faire pressentir qu'aucun des membres qui la composaient ne pouvait être porté sur la liste indicative. D'un côté, Tinutilité de nos réclamations prouve, disait-elle, qu'en général nous inspirons peu de confiance aux représentants du peuple, et , d'un autre côté, il nous serait impossible de supporter le dégoût d'avoir à remplir des fonctions auxquelles une confiance entière ne nous aurait point appelés. > (i)

Toutefois, à Tépoque où nous sommes parvenus dans ce récit, quoique le moment de rentrer dans le plein exercice des droits politiques fût encore bien éloigné, on pouvait entrevoir un meilleur avenir. Insensiblement le système appliqué aux pays conquis s'adoucissait, devenait moins oppressif. Ainsi, après bien des résistances, les représentants du peuple admettaient le principe que les obligations antérieures à la seconde entrée des Français ne pouvaient être acquittées qu'avec la monnaie ayant cours à l'époque où elles avaient été contractées; les assignats dont le discrédit, en dépit des pénalités les plus rigoureuses, était arrivé à ce point que les soldats ne pouvaient les faire admettre pour les achats de denrées, ( s) les assignats, disonsnous, ne pouvaient être imposés (28 mai-9 prairial) que pour les obligations d'une date postérieure, (s) Le séquestre des biens des corporations religieuses était notablement mitigé. A la prescription si dure^qui ordonnait d'apposer les scellés dès qu'tm seul membre de la corporation avait émigré, succédait celle (27 juin-9 mess.) qui

(i) Archives de V Administration centrale. Correspondance du 4 germinal au 23 thermidor an lll. Vol. 35.

(s) On lit dans le procès- verbal de la séance de rAdministration d*arrondissement du 22 germinal : t Le commandant de place se présente à la séance avec plusieurs officiers. Ou y délibère sur la dépréciation des assignats, avec lesquels ils Uo peuvent rien se procurer, au point qu'ils sont à la veille de reruser leur prêt, comme n'ayant aucune valeur. Le résultat de la délibération est que l'agent national et le citoyen Spiroux sont invités à se rendre à la commune , pour engager les magistrats du peuple à parcourir la ville accompagnés du commandant et des officiers susnommés , et remontrer aux habitants tout le danger qui résulterait pour leur propre sûreté du refus ou du discrédit de la monnaie républicaine, t Archives de V Administration centrale. Administration d* arrondissement. Séances du 20 pluviôse au 18 floréal an III. Vol. 260.

(s) Gazette nationale, n* ii8 du 6 messidor an III.

[1795-All IIlJ CHAPITRE XXXI. 515

exigeait TémigralioD de la moitié plus un (i). On montrait certaine disposition à tirer les administrateurs du pays de la détresse où on les a?ait tenus si longtemps : une somme de deux millions était mise à la disposition de TÂdministration centrale, qui se hâtait d'en distraire " 300,000 livres pour Liège (8 juillet-20 mess.) où, depuis plusieurs

mois, on réclamait inutilement la réparation de la digue d'Angleur,

ouvrage d'une importance majeure pour cette ville et ses environs (9). Bientôt devait paraître Tarrété qui accordait (21 août- 4 fruct.) € aux municipalités des pays en deçà de la Meuse la régie et la perception de leurs caisses, revenus et impositions comme ci-devant, » et déclarait abrogées les dispositions qui ordonnaient de verser le produit de ces caisses dans celle du payeur-général de Tarmée. (s)

Les abus ne cessèrent pas immédiatement; mais les agents étrangers, militaires ou civils, rencontrèrent alors , chez les autorités du pays à qui le courage commençait à revenir, une résistance inusitée qui les surprit fort , et les força néanmoins peu à peu à renoncer aux exactions dont ils s'étaient fait une si douce habitude. Ainsi TAdministration d'arrondissement de Liège, qui, tout en se tenant à la hauteur de sa mission , n'avait cependant pas montré la même raideur que la municipalité, se sentait désormais assez appuyée pour arrêter net un commissaire des guerres qui menaçait d'enlever à main armée un certain nombre de voitures, et cela en luiécri- Yant(16 juillet-28 messidor) : c Citoyen , nous suivrons la loi et ne nous en écarterons jamais ; vos menaces sont inutiles , et nous protestons hautement contre la voie militaire que vous vous proposez de prendre. )» A ce même commissaire qui, pour avoir consenti à laisser partir des voitures arrivées à leur destination, se donnait des airs de maître généreux et exigeait qu'on lui en envoyât d'autres, elle pouvait répondre (2 août-15 thermidor) : « Nous sommes surpris qu'il ait fallu un ordre de votre part pour laisser retourner dans leurs communes les sept voitures que l'Administration vous

(1) Archives de VAdminUtration centrale. Administration d*arrondissement. Arrêtés du 19 prairial au 13 thermidor an III. Vol. 267.

(1) Archives de l'Administration centrale. Correspondance du À germinal au S3 thermidor an III. Vol. 35.

(s) Gazette nationale. N<> 147 du H fractidor. *

M6 RÉVOLUTION LIÉGEOISE. llTdS^AM III]

avait procurées, sous la promesse qu'à leur arrivée à Louvain elles

seraieut entièrement libres de revenir D'après les empéGhements

que vous avez voulu mettre à leur retour^ il parait, citoyen, qu'il n'y a rien de sacré chez vous. En voulant retenir par la force des cultivateurs qui ont rempli leurs obligations , vous manquiez à la promesse qui leur a été faite. > L'Administration ajoutait que, malgré cela , et quoique les besoins de l'armée fussent c presque toujours occasionnés par l'insouciance ou l'incapacité des agents de la république , > elle continuerait cependant à faire son possible pour y subvenir, (i)

Cet exposé de l'administration française à Liège serait incomplet si nous ne disions au moins quelques mots de ce qu'elle y fit par rapport aux objets d'art. Elle n'est pas responsable du principal acte de vandalisme de cette époque : la destruction de l'église de Saint- Lambert. Entraînés par leur hostilité contre le Chapitre cathédral , qui, en sa qualité d'État-primaire, leur avait causé tant de chagrins, suscité tant d'épreuves , les patriotes liégeois voulurent s'en venger sur le monument même qui rappelait son pouvoir, et écraser soos les ruines du splendide édifice le souvenir du gouvernement déricai. Â eux seuls , puisqu'ils l'ont voulu , la responsabilité du fait devant l'histoire qui leur en demande compte. On a parfois cherché à en décharger leur mémoire en alléguant que cette ^lise menaçait ruine. A certains égards cela pouvait être vrai quand les Français arrivèrent dans le pays pour la seconde fois , car la démolition commencée pendant la première invasion avait laissé le monument découvert en grande partie ; mais les peines que se donnèrent les ouvriers chargés de détruire ce qui restait en attestent assez la solidité. Pour alléger leur pénible ouvrage, diminuer les périls auxquels ils étaient exposés , effectuer l'opération avec toute l'économie possible et en retirer en même temps les résultats les plus avantageux, on mit au concours la rédaction d'un plan, et ce fut on peintre liégeois, Dreppe , qui obtint le prix. Ce fut un autre peintre liégeois d'un^ vrai mérite , Defrance , qui , écoutant ses rancunes politiques, sechai^ea de diriger l'œuvre de destruction ; ce fut lui

(i) Archives de V Administration centrale. Correspondance du 4 germinal au 23 thermidor an I!I. Vol. 35.

[1795-AN IIlJ CHAPITRE XXXI. ,517

aassi qai accepta la mission, non moins triste, de surveiller le transport à Paris de tous les objets d'art que réclamait le Comité d'instruction publique récemment établi par la Convention. La moisson ne fut pas aussi abondante qu'en Flandre et en Brabant , les contrées de la langue romane n'ayant jamais obtenu chez nous dans le mouvement artistique les mêmes succès que les contrées de la langue germa* nique , et ne Tajanl pas non plus autant favorisé par un concours pécuniaire. A la commission parisienne qui vint explorer nos monuments publics pour y butiner , et fut accompagnée par Defrance , les ruines de Saint-Lambert doivent avoir fourni une partie de sa proie. Tout cela n'avait pas grande importance pour les rédacteurs des documents qu'il nous a été donné de compulser ; on y trouve cependant Tindication de colonnes de marbre qui accompagnèrent en France les célèbres colonnes de porphyre dont la basilique d^Aix-la-Chapelle fut dépouillée.

Et cependant, malgré leurs préventions contrôle clergé , préventions qui rejaillissaient fatalement sur les monuments où son pouvoir s^'étalait, les patriotes du Conseil municipal défendirent, contre le vandalisme des représentants du peuple , le Palais et Téglise Saint-Paul, qu'on voulait transformer en caserne et en écurie ; ils défendirent aussi deux remarquables œuvres d'art de leur compatriote Delcour : la fontaine de la rue Hors-Château et celte de Vinâve-d'Ile , que d'ignares commissaires des guerres proposaient (Temmagasiner (i) pour en convertir sans doute le bronze en canons. Nous avons dit ce

(f ) Voici à ce sujet ce qu'on Ut dans le procès-verbal de la séance du !«' brumaire au III : « Les commissaires Saulnier, Ricbebourg, Philips et Martiny demandent sMl ne serait pas possible de déplacer et emmagasiner le nommé Jean , placé au-dessus de la fontaine qui porte son nom avec son mouton. Ils demandent aussi de faire enlever la statue de femme et les quatre lions qui sont à la fontaine de Vin4ve-d*lle. La Municipalité observe que, lorsqu'elle a fait déplacer le Christ du pont , elle n*a pas fait un acte concernant le culte , mais sauvé un morceau précieux de Tart , qu'uue aventure arrivée à d'autres Christs exposait à le voir dégrader ; que tous ces produits de Tart ne concernent nullement l'agence des armes , poudres , etc., msys celle des arts et des monuments, qui , ayant examiné tout ce quelle voulait envoyer dans Tintérieur de la république, ua pas jugé à propos de déplacer ces morceaux. > Voir aux archives de la commuuc le Registre aux procès-verbaux de V Administration municipale de Liège du 'àO vendémiaire au 10 nivéu an III.

Page 1