TOME II
en principe, par les patriotes cinq mois auparavant (i), en réclamant rétablissement d'un tribunal de paix , qui aurait été formé de députés des États. Cependant , en présence de Tattitude des deux autres ordres, il n'osa pas persister dans son sentiment , et chercha , par une voie détournée , à rendre momentanément impossible le rétablissement des XXII. On Tavait voté (17 mai), mais en stipulant la correction de certains abus introduits dans la procédure. S'appuyant sur cette réserve , la noblesse déclara ne pouvoir donner qu'un vote pur et simple : la correction des abus , disait-elle , devait être décrétée par une loi , pour toute loi il faut le consentement des États, et il n'y a pas d'assemblée véritable là où l'État-noble n'a pas été légalement convoqué. L'allusion aux membres exclus sans jugement était manifeste , et, pour donner plus de poids à leur déclaration, les sept nobles présents à la séance se séparèrent aussitôt après , alléguant qu'ils avaient terminé l'examen des propositions du gouvernement.
La résolution atteste un mécontentement que la conduite de Hoensbroech à leur égard avait encore contribué à augmenter. Quelques jours auparavant ils lui avaient adressé deux requêtes, auxquelles les deux autres ordres avaient naturellement refusé d'accéder: l'une pour réclamer une amnistie sérieuse et l'exécution des promesses faites par la conférence de Francfort ; l'autre relative au rappel de leurs cinq collègues arbitrairement éliminés. Le prince n'avait pas même daigné leur répondre (a). L'irritation- s'en était accrue , et elle était arrivée à ce point que , dans une lettre écrite le 17 avril à Paquo par Lamine, l'agent des trois États, personnage bien placé sans doute pour avoir des informations sûres , on lit entre autres détails , à propos des membres de la noblesse : t II y a aujourd'hui , à 9 heures du soir , conféreoce secrète entre eux , et je crains fort qu'ils ne vident le pays, en abandonnant la chose publique, tant ils sont montés. » (s)
Cette résistance , appuyée de telles raisons , exaspéra la cour et les deux ordres qui lui étaient dévoués. Une nouvelle jointe
(4) Le 10 novembre 1790. Voir la pièce dans leNouvellUte impartial^ 1790, VI. 125.
(«) Voir le Journal général de VEurope, n« 27 du 13 mai 179K (s) Papiers de D&nceel,
( 19 mai ), composée, comme la première, de députés des Irois États, fot appelée au palais devant le prioce , accompagné toujours des deux commissaires directoriaux. L'explication fut des plus vives, et le prince y mit fin en déclarant aux représentants de la noblesse (i ) qu'il approuvait entièrement les observations produites de la part du clergé et du tiers-État ; il leur enjoignait en conséquence d'en faire rapport à leurs collègues, et, à cet effet, de rappeler immédiatement ceux qui étaient déjà partis (s). Pour résister à cette injonction , et surtout pour maintenir un vote qui avait excité tant de colère , il fallait une fermeté dont TÉtat-noble ne se senlit pas capable; il jugea plus prudent de se soumettre : à la faible majorité de quatre voix contre trois (s), il se résigna à accéder aux résolutions des deux autres ordres. Obsédée par le tiers-Étal , qui se montrait plus réactionnaire encore que le Chapitre , la commission exécutrice fit son deuil de sa proposition conciliatrice, et étendit aux XXII le principe de réintégration appliqué déjà aux autres corps de judi* cature (4 juin). Le tribunal resta composé des membres choisis Tannée précédente , à l'exception de quelques-uns, plus ou moins suspects de patriotisme (4). Trois semaines après (38 juin), rétablissement des États réviseurs dont furent exclus , pour leur participation active à la rébellion , les tréfonciers de Rougrave et de Liedekerke , ainsi que les comtes de Lannoy et de Berlaymont de la Chapelle. En cédant sur cette importante question , l'État-noble ne pouvait prolonger son opposition aux nouveaux hnpôts et à Temprnnl : un recez uniforme des trois ordres ayant été remis au prince , ii transforma ( 30 juillet) en lois les projets adoptés. ( ct)
Restait à terminer le différend constitutionnel. Le gouvernement de Hoensbroech en fit une question particulière au prince et à la noblesse , en le réduisant aux termes où l'avait placé le procès que cet ordre poursuivait à Wetziar. Après tout, pourquoi aurait-il agi
( I ) Le baron de Mettecwen , et le comte de Berlaymont de Bormenville.
(1) C^étaient De Wal , de Lynden et diArgenteau d^Ochain. Les quatre autres — on a vu plus haut qu'ils étaient au nombre de sept — étaient : De Geloet , de Metiecaven , de Borchgrave et de Berlaymont de Bormenville.
(3) Voir la protestation publiée le 22 août par Fabry. In-4« de 3 pages.
(4) Entre autres Bassenge et Tavocat Raikem, (s) Gazette de Liège, n« 99 du 17 août.
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différemment ? Le clergé ne demandait aucun changement , ne faisait aucune plainte, et le tiers-État se déclarait favorable au Règlement de 1684 abrogé Tannée précédente par une assemblée illégale. Aux yeux de ces deux ordres, tout étant pour le mieux, il n'y avait plus qu'à s'entendre avec celui-là seul qui montrait quelque hostilité, Waseige rédigea un projet (i) dont il fut donné connaissance aux trois ordres réunis par le prince dans une des salles du palais (27 juillet) , puis , trois jours après ( 30 juillet ) , leurs députés se formèrent en jointe pour délibérer. Le projet ne rencontra pas d'opposition sérieuse : elle n'était plus à craindre depuis la soumission de l'Étatnoble, et, le 10 août, fut publié VÉdit fondamental interprétant la constitution liégeoise, (s)
Les questions débattues dans le procès intenté à Wetziar étaient au nombre de quatre. Nous en laissons de côté deux qui n'avaient pas une grande importance : la taxe noble et les grands baillages. Les deux autres concernaient le droit de faire des édits en matière de police , et celui d'aliéner ou d'hypothéquer le territoire. Waseige les avait naturellement résolues au profit du prince. Pour décider la première , qu'il appelait une méchante contestation , il partait du principe que (e pouvoir législatif appartenait au prince dans les limites où le renfermaient les lois de l'Empire et celles du pays ; s'il survenait, à propos de l'usage de ce droit, quelque contestation avec les États, la décision en était réservée à la Chambre impériale, sauf à suspendre l'exécution dans le cas où les trois ordres seraient unanimes (s). Subordonner la suspension d'un édit à l'unanimité des trois ordres équivalait à la déclarer impossible, l'État-primaire , en sa qualité de Chapitre calhédral, ayant un intérêt direct à étendre l'autorité du prince. Restait la ressource de saisir d'une plainte la Chambre impériale, et d'attendre patiemment son arrêt; mais avec les lenteurs
( i ) Dans rintervallo il y eut des explications échangées , et la noblesse adressa le 15 juillet au prince un Mémoire apologétique de sa conduite pendant les troubles. La pièce est très longue : elle comprend 24 pages in-folio du registre ob elle est consignée. État-noble. Journées. K. 118, case 8.
(s ) Recueil des ordonnances de la principauté de Liège. 3« série, vol. II, p. 955.
(s) Il y eut cependant quelque opposition, même de la part du tiers-État. Dans une lettre de Lamine k Paquo du 12 août, on lit : < Ghaye (un des bourgmestres de la Cité), avec quelques autres bourgmestres, a fortement parlé contre les préten-
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interminables de la procédure, avec les frais énormes que le plaideur devait supporter , avec la prévarication bien constatée de cette magistrature vénale , ce recours était une véritable dérision. On comprend qu'eau spectacle de ces odieux subterfuges , un homme de bien, on citoyen paisible et modéré, Tagent des trois États, Lamine , se soit écrié : c On rit tout haut de ce qu'on vient de placarder (Tédit du 10 août); moi je suis dans la douleur, je prévois d'horribles suites. Je ne vois nulle sagesse dans la conduite épiscopale. Cela est trop arraché. C'est un trait de loup. Ohl avenir 1 » (i)
La seconde question était tranchée avec le même sans-façon. Après avoir avancé comme principe irréfragable que , d'après les lois de l'Empire germanique , le territoire appartenait à l'évêque et à son Chapitre , qui n'étaient responsables de leur gestion c|u'au suzerain , on reconnaissait cependant qu'ils ne pouvaient ni le détériorer ni Tamoindrir sans cause majeure et sans prendre l'avis des États. Mais si ceux-ci étaient d'une opinion différente , ils ne pouvaient encore que recourir à l'Empire , à qui seul il appartenait de ratifier ou de défendre l'aliénation projetée. Sur le terrain du droit historique, ce système, sans être inattaquable, pouvait se soutenir ; mais au XVIII^ siècle , dans un pays renommé par la libéralité de ses institutions, devait-il être permis de déterminer rétendue de la souveraineté d'après les principes surannés des temps féodaux i
VÉdii fondamental du 10 août fut la seule satisfaction que le gouvernement de Hoensbroech accorda aux réclamations publiques. Vainement la conférence de Francfort, vainement la Chambre impériale même, dans sa sentence la plus rigoureuse (i) , avaient-elles reconnu qu'il existait des griefs légitimes, et qu'il convenait de les
tions extensives proposées. > Puis, dans une autre du 14 : « Gbaye a montré une sorte de patriotisme ; j'ai professé, a-t-ildit, que le prince était en possession d*édicter en matière de police ; mais il est contre la constitution , a-t-il ajouté , de lui eo reconnaître le droit. Et il a consigné au greffe sa protestation être cette reconnaissance de son corps ( c*est-à-dire que son opinion était celle de son corps ?) Le comte de Borchgrave a aussi protesté. » Papiers de Donceel,
(i) Lettre du il août à Paquo. Ibid,
(î) Celle du A décembre 1789. W y est dit : « On espère du seigneur-prince , qu'après le rétablissement de la tranquillité, il sera incliné de lui-même et sérieusement porté à écarter entièrement les griefs du peuple , et à proposer aux États la
redresser ; on repoussait avec hauteur ces représenta lions importunes , on y répondait en affirmant toujours plus haut son omnipotence, et les exhortations à la clémence venues de tous les points , devienne, deWetzlar, dé Bruxelles, n'^aboutissaientqu^à faire grandir la réaction. Aux poursuites contradictoires contre des individus isolés, appartenant pour la plupart aux rangs inférieurs du paiit patriotique, succédèrent les proscriptions par groupes des chefs réfugiés à Tétranger. Elles commencèrent dès que Téchevinage , empressé de s^associer aux rancunes de la cour, eut procédé aux enquêtes qu'on attendait de son dévoùment , enquêtes d'autant plus odieuses , d'autant plus terribles , qu'elles se faisaient dans le secret, sans contradicteurs, sans garantie aucune pour l'accusé. La commission exécutrice y puisa largement pour exercer les poursuites criminelles dont Wetziar l'avait chargé. Une première liste de décrétés de prise de corps parut le 8 juillet (i ) : elle comprenait quatorze noms. D'abord les six hommes qui étaient bien en effet les chefs du mouvement révolutionnaire à Liège : Fabry père , Chestrel , le général Donceel , Bassenge , Levoz et Gosuin ; puis les huit principaux membres du Congrès franchimontois : Brixhe^ Fyon^ De PresseuXy Petitbois , Lonhienne , DehanseZy Dethier et d'Omalius. Ils étaient sommés , tous indistinctement , quel que fût le lieu de leur domicile, de comparaître devant l'échevinage de Liège, spécialement investi du soin de diriger ces procès, pour y exposer leurs moyens de défense. Provisoirement, et en attendant la confiscation qui ne pouvait manquer d'être prononcée , la confiscation que la plus vieille charte du pays déclarait inapplicable à Liège, et que Wetziar néanmoins avait décrétée , leurs biens étaient déclarés saisis : en conséquence ordre à tous leurs débiteurs de produire un état fidèle de ce qu'ils devaient , et de ne plus rien payer à partir de ce moment; injonction au grand-mayeur et au procureur-général c de mettre le décret à exécution chacun dans son ressort, tant par la saisie el inventorisation des meubles connus , que par l'annotation aux greffes respec-
réforme nécessaire relativement à la constitution du pays , de la prendre en mûre délibération avec ses États, et de conclure tout ce qui peut contribuer au bienêtre général du pays. »
(4) Liste chronologique des idits et ordonnances de la principauté de Liège de 1684-1794, p. 438. .
[tT9i] CHAPITRE XVII. 43
tifs de la situation et mouvance des immeubles (i). » El ces dispositions, si odieuses par elles-mêmes, furent encore aggravées dans la pratique: on alla jusqu'à saisir les bardes de malbeureuses femmes qui se préparaient à rejoindre leurs maris, leurs pères, sur la terre d^exil (s). Trois mois après, nouvelle liste comprenant trente-six noms (s) : le prince Ferdinand ik Rohan^ prétendu régent du pays ; les comtes de Blois Cannenbourg , de Berlo-^uys , de Berlaymont de la Chapelk , père ; G.Lde Cologne , grand-greffier de la Cité ; A. B. Reynier; P. J. Henkart^ cbanoine de S'-Martin; H. Lassence^ ancien bourgmestre; H. J. Bastin^ de Huy; P. J. de Maugeer^ échevin de S^-Trond; H. 6. Bailly^ avocat; le journaliste Lebrun ;\e ci-devant major Dellecreyer; J. P. Ransonnet^ de Bosfort; le soidisant major de Rossius ; le prélocuteur N. Henkart ; P. J. Collardin, greffier de Visé; F. E. Masson^ de Huy; J. H. Fabry ^ ci-devant rentier de la Cité; le chevalier de Donceel ; Lesoinne, avocat; N. CroUe, laxateur; N. Bourguignon, ces quatre derniers conseillers de la magistrature intruse de Liège ;J. A. Lyon^ avocat; J. S. Jacob , de Hermalie ; Gérard Gerdey , de Strée ; Delloye fils , médecin à Huy; les notaires Francken^ de Hestaple, et P. J. Stron ; N. Colsouly ci-devant recruteur dans les Irlandais; J. Collette; 6. Melon; R. Fraipont , d'Ensival ; G. Grégoire, de Jalhay ; P. Joseph et André LambreclU , de Bilsen. Tous étaient décrétés également de prise de corps avec saisie de leurs biens , meubles et inmieubles. En têle , immédiatement après Rohan , se trouvent les noms de trois des cinq nobles éloignés des Etats (à). Ils avaient d'abord essayé d'une plainte à Wetziar; mais on les éconduisit en leur répondant de demander grâce au prince. La démarche devait d'autant plus leur coûter, qu'elle pouvait fort bien être
(i) ComeU-privé. Dépêches. 1788-1792. K. 63, case 1.
(i) Notamment la femme et la fille ainée de Fabry. Voir à ce sujet, daos le joarnal de Lebrun (n*S3 du 8 juin 1791 ) , la lettre de Fabry à l'Électeur de Cologne. Il y fiait allusion à des promesses : t Lorsque je proposai aux Ëtats et à la munipalité de Liège de remettre entièrement la décision de notre sort à la justice de Léopold , ee fut, je Tavouc , sur les espérances qu*on m'avait fait concevoir. >
(s) Liste chronologique J etc., p. 440.
{*) Nous ne savons trop pourquoi les deux Lannoy n*y figurèrent pas. Peat-étre négociaient-ils déjk leur soumission.
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infructueuse. Il y avait en effet tant d'irritation contre eux, que toutes les démarches de leurs collègues avaient été assez rudement repoussées, et que Mercy lui-même , qui avait bien voulu s'intéresser très^forîement à V affaire ^ avait échoué (i). Cependant après la session , quand il vit Tordre bien humilié par les résolutions qu'on lui avait imposées , Hoensbroech voulut se montrer bon prince , et Waseige remit en son nom la formule d'une lettre de soumission conçue dans les termes les plus humbles , approuvant l'arrangement conclu (l'Édit fondamental du 10 août), exprimant le désir d'être appelé à y applaudir et à témoigner au souverain le respect et la soumission qui lui étaient dus. Blois , Berlaymont et Berlo refusèrent de se prêter à cette démarche humiliante, préférant courir les chances de la procédure criminelle qui les menaçait ; mais les deux Lannoy, père et fils, s'y résignèrent (7 et 10 août), et la réponse de Hoensbroech, rude et hautaine (s) , dut profondément blesser leur orgueil. Cette soumission , du reste, ne préserva pas de persécutions d'une autre nature celui des deux comtes amnistiés qui avait, en acceptant des mains des patriotes la charge de grand-mayeur, dépossédé le neveu de Hoensbroech.
Aux affaires criminelles , portées à la connaissance des échevins , se joignirent les actions en réparation de dommages dont on saisit les XXII. Elles furent innombrables , car ce tribunal , dont les patriotes avaient contesté la composition légale , se montra non moins que l'échevinage empressé à favoriser la réaction, non moins âpre que lui à poursuivre quiconque s'était montré sympathique à la révolution. Le moindre prétexte était saisi avec empressement, et admis comme cause légitime de plainte. Fabry, dans sa correspond-
( i ) Voir une lettre de leurs collègues (6 août) pour les engager à écrire la lettre de soumission dont ils envoyaient la formule. État-noble. Journées, K. il8, case 8.
(t) La voici; elle est datée du 19 août : « En applaudissant, comme vous le faites , à la déclaration solennelle de mes droits et de ceux de mon peuple , k laquelle les trois corps d*états , le vôtre comme les autres , ont adhéré , vous entendez sans doute abjurer les principes et les procédés contraires dans lesquels vous avez si inconsidérément donné. Ce n*est qu'ainsi , et pour autant que votre conduite à venir me le prouvera , que j*oublierai , en tout ce qui dépendra de moi , celle du passé , et que je vous rendrai ,.en retour de votre soumission, Testime et Taffection que j*aurais désiré ne devoir jamais vous retirer, i Fonds Ghisels^ farde 31.
dance avec Rasquinet , en signale un fort étrange assurément : c On coDtinae à me susciter les plus lâches tracasseries. Les brigands de SMIhristoplie, auteurs de la bagarre du 7 octobre , m'accablent de dCations , parce que W Gosuin (i) a fait des visites dans leurs Biaisons. Voilà les scélérats dont nos autres scélérats se servent {«). » Parmi ceux qui réclamèrent l'intervention des XXII se trouvèrent les échevins eux-mêmes , voici à quelle occasion.
Dès que la révolution eut éclaté , les douze citoyens compromis dans le prétendu complot de Spa > Tardent Ransonnet à leur tête , réclamèrent, pour le dommage que cette poursuite leur avait causé , une indemnité à charge des dix écbevins (s) qui avaient volé le décret de prise de corps. Le Chapitre, compromis dans cette affaire à raison de son intervention comme garant , proposa une transaction , et le comte de Lannoy, grand-mayeur et président de Téchevinage, fut naturellement le médiateur auquel on eut recours. Il s'adressa d'abord aux sociétaires de Spa. Quelques-uns se montrèrent disposés à traiter , et avancèrent même une somme d'argent, qui leur fut restituée dès que leurs coassociés eurent désapprouvé la démarche. Les circonstances étaient urgentes « et la demande était faite d'une manière si vive, que la prudence ne permettait guère de s'y refuser (4). 1 Un traité fut conclu sous la médiation de Lannoy : il assurait une indemnité de 50,000 fl. aux douze plaignants, qui , de leur c6té, s'engageaient, la somme une fois payée , à renoncer à l'action déjà intentée à Wetzlar. D'^après cela , il y eut un premier patment de 26,000 fl. Restaient SU,000 fl. qui ne furent payés que six mois après (juillet 1790), sur de nouvelles instances des plaignants (5). La restauration survint, et les écbevins, peu disposés à perdre une
(1) Mambonr de la Cité après le 18 ao&t. (t) Fonds Ghi$eh, farde 670.
(3) Cétaient Yandesteen de Jebay, Saren, CoUard, Defooz, Dessin, Raick , kéûor, Stellingwerff, Troussât et Demal. Exposé des griefs de la natiott liégeoise^ iD-4^ de iO pages.
(4) Recez du 11 novembre 1780, dans les Hecez de F Étal-primaire (Fonds Ghisels, farde 4). Dans une lettre du 7 mars 1793, de Gbisels à Luesemans, on lit : Levox et les douze jugés menaçaient de brûler les maisons des échevins, Ibid, , forde 678.
(s) Dont 10,000 payés par le Chapitre, 16,000 par les écbevins. Lettre du 7 mars. !bid.
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somme d'argent aussi considérable, intentèrent devant les XXII une action au médiateur. Lannoy avait reçu la somme , il est vrai ; mais il produisait une quittance de Levoz , à qui elle avait été remise (i). Cela n^arrêta pas les poursuites, et conmie, en définitive, le médiateur n'avait agi qu'au nom des États, Tordre auquel il appartenait ne pouvait l'abandonner, et fit cette cause sienne en la portant à Wetzlar. Cette action en présageant d'aulres de même nature, l'État-noble prit en outre la résolution € d'assister judiciellemenl et extrajudiciellement tous ceux de ses membres qui seraient attaqués, pour avoir assisté à des délibérations publiques , ou autres causes ressortissant de la révolution, i («)
Nous venons de parler des bannis de la noblesse ; voyons ce que devenaient les bannis bien plus nombreux de la bourgeoisie. Nous avons laissé Bassenge, Lesoinne, Fabry et son fils Hyacinthe, attendant à Venloo que les événements disposassent de leur sort. Leur attente ne fut pas longue. Comme on Tavait prévu à Liège, Yanderhoop remporta , et un jour parvint aux exilés un message par lequel les États-Généraux exprimaient le désir de ne pas les voir prolonger leur séjour sur le territoire hollandais : on consentait toutefois à leur accorder quelques semaines pour se disposer au départ. La faveur fut refusée, et, comme le dit Bassenge dans le livre où il transcrit ce détail honteux pour la Cour de La Haye (s), les exilés partirent aussitôt après en secouant la poussière de leurs souliers. Lesoinne se rendit à Paris , où il ne devait plus trouver Reynier , mais où était son fils aîné , qui étudiait au collège d'Harcourt. Fabry et Bassenge se réfugièrent d'abord à Givet , d'où ils pouvaient assez aisément correspondre avec Liège. Après un séjour qui ne doit pas avoir été long, ils allèrent ensuite s'établira Bouillon, capitale d'une principauté dépendante de la France. La femme et la fille aînée de Fabry ne tardèrent pas à Ty aller rejoindre, et, dès ce moment, cette petite ville devint le centre d'une correspondance fort active avec les patriotes restés à Liège, et ceux qui s'étaient réfugiés à Bruxelles , à Givet et à Paris , le centre aussi d'où souvent partaient les instructions sur la marche à suivre.
(i) Lettre da i3 mars 1792 de Luesemans k Ghisels. Ibid, (i) Recez du il novombre 1791. Ibid. , farde 31. (s) Bassenge à Chaussard, page U3, note.
Désormais toul espoir da côlé de la Prusse avait disparu. Après avoir
été désavoué , Dohm ne devait pas tarder i tomber en disgrâce (i ) ;
mais y avant de partir, il lança aux représentants de rAutriche
an trait de Parthe , en adressant d'Aix-la-Chapelle, à un de ses
correspondants de Liège, une lettre remplie d'encouragements pour
les Liégeois, et dans laquelle il présentait son voyage à Berlin comme
devant avoir pour eux les plus heureux résultats (i). La lettre, tirée à
plusieurs copies , entretint Tespoir parmi les patriotes , si faciles à
abuser , comme le sont toujours les malheureux , et une de ces
copies étant tombée dans les mains de Mercy , il s'empressa de
renvoyer à Kaunitz en lui disant qu'il la croyait apocryphe (s). A
peu près en même temps que Dohm, Seniït aussi était rappelé , et le
gouvernement prussien, ne lui ayant pas donné de successeur, ne fut
plus représenté auprès de Hoensbroech : il ne pouvait exprimer plus
clairement sa volonté de se retirer de ce qu'on appelait l'affaire de
Liège. Quant à Herzberg, il avait décidément perdu tout crédit , et il
le sentait si bien, qu'en mars il sollicita sa démission. On refusa de
la lui donner, mais en restreignant toujours davantage ses attributions.
En juin , il adressa à plusieurs journaux français une lettre où il
déniait assez maladroitement son intervention dans les révolutions
de Bruxelles et de Liège : c Je ne les ai jamais approuvées , disait-il,
et personne au monde ne pourra produire la moindre preuve que
j'aie fait ou promis quelque chose que je n'aie accompli , ou qui soit
contre la probité, la droiture et la justice . » Il désavouait ensuite, ce que
€ faisaient ou disaient des aventuriers (4) qui se donnaient pour émis-
( I ) Une lettre da baron de Beelen , personnage dont nous parlerons incessamment, porte : « Dohm est pleinement disgracié , et n*a point eu d*audience du roi ; il a ftenlement obtenu une audience de départ de Herzberg, et, pour couvrir sa disgrâce, il est parti de suite pour la Suisse. 1 Papiers de Fabry.
(1) Le journal de Lebrun (n« 27 du 13 mai 1791) renferme une lettre datée d*Aix-la-Gbapelle le 26 avril , et envoyée par Dohm ou à son instigation ; en voici un fragment : € M' de Dohm est parti pour Berlin , sans doute pour y donner, de concert avec le ministre , toutes les informations relatives aux affaires de son malbenreux pays. »
(s) Chaneellerie det Pays-Bas à Vienne^ vol. 361. Nous croyons que Mercy se trompait en déclarant la pièce apocryphe.
(4) Allusion sans doute au juif Ephralm, qui fut vers cette époque arrêté k Paris.
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saires de la Prasse, mais qni ne pourraient jamais produire la moindre signature de son nom. » Lebrun se chargea de lui répondre dans son journal (i). Vous n^êtes pas, lui disait-il^ responsable de ceux que vous n'avez pas autorisés ; mais quant aux agents officiel* lement chargés d'exécuter vos ordres, c'est différent. Or, pourquoi la Prusse a-t-elle envoyé à Liège , où elle n'en avait jamais eu , un résident précisément au moment où la révolution se préparait là et à Bruxelles ? Pourquoi ces fréquentes conférences de Dohm avec les chefs des révolutions belge et liégeoise , pourquoi aussi celles de Schlieffen ? Puis il lui rappelait'deux lettres écrites tmU entières de sa main après les préliminaires de Reichenbach , où tl s'excusait de l'abandon qtfon y avait fait des Liégeois et des Belges^ oà il blâmait en général cette convention , ajoutant c qu'il avait toujours été d'un avis contraire , et qu'il ne l*avait signée que forcé par les ordres de son souverain; qu'il avait été impossible d'y traiter l'affaire des Liégeois, et que tout ce qu'il avait pu gagner sur le roi^ c'était qu'on tâcherait de leur ménager l'accommodement le moins défavorable possible aux conférences de Francfort. »
Il n'y avait donc plus d'espoir que du côté de l'Autriche. Tiendraitelle les promesses que Hetternich avait faites en son nom ? Telle était la question que les exilés se faisaient avec une anxiété facile à concevoir. A l'époque où nous sommes parvenus, plusieurs mois déjà s'étaient passés sans que leur position se fût améliorée^ et leur impatience était d'autant plus naturelle , qu'ils ne connaissaient pas les démarches faites par Mercy , ou du moins n'en pouvaient avoir qu'une notion vague par les confidences du ministre ou de ses agents ; rien d'officiel par conséquent, rien qui leur donnât la pleine certitude qu'elles avaient été réellement faites. Parmi ces exilés de Bruxelles , il en était un qui se donnait beaucoup de mouvement , et montrait plus de bonne volonté que d'intelligence ; nous l'avons déjà vu à l'œuvre, et nous avons pu constater sa valeur: c'était le chevalier de Donceel , fils du vieux général. Nommé conseiller de la Cité l'année j^récédente , il dut à ce titre de figurer sur la seconde liste des bannis. Le mambour Gosuin, comme lui réfugié à Bruxelles, paraît avoir eu un crédit réel auprès de Mercy , puis auprès de
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Heiiernich. A quoi le devait-il? Probablement à ses rapports avec une des principales maisons de banque de la capitale , une maison qui avait en même temps un de ses membres dans les conseils du gouvernement. Il fut le principal intermédiaire entre les ministres de Bruxelles, Hercy, puis Metternich^ et ses compatriotes réfugiés. Mieux informé que ses compagnons d'infortune des difficultés sérieuses que rencontrait la Cour de Vienne dans Texécution de ses projets en faveur des patriotes, il ne cessa lui , homme d'exécution, — nous en avons fourni la preuve — de prêcher la patience , et il la prêchait encore alors que la plupart de ses compatriotes , Fabry et Bassenge en tête, croyant être indignement joués, se jetaient dans les bras de la France. Ajoutons, pour ne rien cacher, que son existence industrielle était enjeu, et qu'il devait soigneusement ménager les hommes d'État dont il avait obtenu un appui qui devait lui procurer son retour à Liège. Nous ne parlerons pas de BaiUy, le correspondant de Chestret , qui paraîtra aussi bientôt dans ce récit ; le peu de lettres que nous possédons de lui donnent une fort pauvre idée de son intelligence. Mais nous citerons encore l'échevin Rasquinet, qui, sans y être contraint par des poursuites criminelles, avait renoncé à son siège de juge , et s'était volontairement exilé. Le principal intermédiaire des patriotes auprès de Metternich fut un baron de Beelen, dont les antécédents nous sont complètement inconnus, et dont nous aurons plus tard à signaler l'influence comme secrétaire particulier de ce ministre. Ëtail-^e un de ces intrigants comme il en existait tant alors dans les bas-fonds de la diplomatie? La chose n'est pas impossible , car Metternich ne montrait gnère de scrupule dans le choix des hommes dont il s'entourait; il suffisait qu'ils lui parussent des instruments utiles. En tous cas, Beelen ne trahit pas les intérêts de ceux dont il se disait le protecteur, et, si les espérances dont il les berça longtemps ne se réalisèrent pas, la faute n^en fut ni à lui ni à son patron.
il est positif que la Cour devienne ne sollicita pas son adjonction à rexécution par sympathie pour Hoensbroech. Là dominait, depuis Marie-Thérèse , une politique anticléricale dont le prince de Kaunitz était le représentant le plus élevé. Mais cette cour était convaincue de l'impossibilité de comprimer sérieusement, définitivement, la révolution belge, si le principe insurrectionnel continuait à avoir un
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foyer dans le voisinage. Ce molif la poussa à accepter , à provoquer même la mission que lui confia la Chambre impériale. Toutefois, en s'associant à rexécution , elle n'entendit pas favoriser une politique réactionnaire , et ses affections la poussaient au contraire vers les patriotes; car, chose assez étrange pour nous, encore alors c'était des cours elles-mêmes que venait l'impulsion donnée aux idées libérales. Pour empêcher cette politique réactionnaire , pour faire prévaloir les principes de modération dont ses représentants en Belgique ne se départirent pas , rAutriche crut pouvoir compter , si pas sur la bonne volonté des conseillers de Hoensbroech, au moins sur l'influence que devait lui assurer , croyait-elle , sa coopération à la restauration. Son attente fut singulièrement déçue. Ces hommes , à qui elle avait rendu une patrie et la position qu'ils y occupaient auparavant , ne lui surent aucun gré d'une intervention dont ils pénétraient le caractère intéressé. Bien plus , connaissant les difficultés de sa position , ils en abusèrent pour se refuser à toutes les demandes qu'elle leur fit , ces demandes contrariant leurs plans de domination. Quand pour obtenir quelque concession , l'amnistie par exemple, elle les menaçait de retirer ses troupes et de les abandon* ner àleur sort, ils ne montrèrent aucune émotion, parce qu'ils la savaient dans l'impossibilité d'exécuter ses menaces : le départ des troupes autrichiennes n'eût-il pas ramené la révolution à Liège , et la révolution triomphante à Liège n'eût-elle pas été le signal de nouveaux troubles en Belgique? Ainsi, tandis que les patriotes se croyaient joués par le cabinet de Vienne et par Mettemich , c'étaient le cabinet devienne et Mettemich qui étaient joués par Hoensbroech et par ses conseillers. Dire que les ministres autrichiens se sentaient pris pour les patriotes liégeois d'une affection sérieuse , ce serait sans doute aller trop loin : ils s'intéressaient à eux, comme pouvaient le faire les représentants d'une puissante monarchie, traitant avec un de ces petits États qu'on ne se fait pas scrupule d'écraser dès quHls deviennent un obstacle; ils s'y intéressaient, parce qu'ils y trouvaient leur compte , et qu'à leurs yeux la modération dans le succès pouvait seule produire des fruits durables ; ils s'y intéressaient , parce qu'ils suivaient des principes de justice et d'humanité complètement inconnus au gouvernement de Liège.
Mercy avait fait de vains efforts pour inspirer quelque modération
[I79t] CHAPITRE XVII. 51
à ce goavernemenl insensé. Melternich continua la tradition de son prédécesseur sans obtenir plus de succès. Cependant , avant de venir prendre la direction des affaires , il avait , paralt-il , bon espoir dans la réussite, c Nous ne soubaitons pas mieux , écrivait Kaunitz à Mercy, que de voir finir au plus tôt l'affaire de Liège, et , d'après ce que M*' de Metternich vient de me mander des dispositions du princeévoque 9 j'ai tout lieu de présumer qu'en effet tout s'arrangera bientôt dans son pays. > Celte dépêche, datée de Vienne le 46 février, ne peut faire allusion qu'à des intentions manifestées alors qu'il n*aTait pas encore repris possession de son siège épiscopal. Nous savons qu'avant de revenir à Liège, ce prince, parti de Trêves, passa d^abord par Coblence, résidence de l'Électeur de Mayence^ à qui il voulait faire ses remerciments. Impossible qu'il n'ait pas ea one entrevue avec Metternich , qui y était encore , et c'est dans cette entrevue que celui-ci aura sans doute constata les dispositions favorables dont il donna connaissance à Kaunitz. Que Hoensbroech alors ait fait des promesses qu'il ne tint pas , cela s'explique aisément: l'inhumanité de son gouvernement est imputable au Chapitre beaucoup plus qu'à lui-même , et la faiblesse de son caractère , aggravée encore par la maladie qui le minait , le livrait à toutes les suggestions de son entourage. Il peut fort bien avoir promis avec l'intention de tenir , sans se sentir plus tard la force de résister aux conseillers impitoyables qu'il retrouva dans son palais.
Pour juger du systènKe que Melternich comptait suivre , nous avons une publication officielle à laquelle sans doute il ne fut pas étranger, et dont nous allons dire quelques mots, car il importe ^ en semblable matière , de préciser soigneusement le point de départ. La Gazette de Leyde (i), journal fort répandu et assez influent, avait raconté la discussion relative à la dépêche de Dohm à Bender dans un sens complètement favorable à la politique prussienne. Quelques jours après lui parvint^ de source et par exprès^ une lettre de Cologne destinée à exposer la politique du Cabinet de Vienne plutôt qu'à rectifier son récit. Que cette correspondance vint de Metternich ou de l'Électeur de Cologne , c'est toujours un
( f ) Son titre véritable est : Nouvellu extraordinaires de divers endroits ^ n?* 7 et 8 des 25 et 28 janvier i79i.
exposé officiel de la poliiique que comptait suivre la Cour de Vienue, et, à ce titre, elle nous intéresse. On ne se contenta pas d'une première lettre; il y en eut une seconde envoyée trois mois après (i) , et la thèse soutenue est celle-ci : L'Empereur est intervenu dans l'affaire de Liège comme chef du cercle de Bourgogne ; il n'a pas qualité pour devenir arbitre entre le prince et ses sujets ; mais l'exécution une fois accomplie , c il s'imposera les soins les plus soutenus , la médiation la plus active , disait-on aux Liégeois , pour obtenir de votre prince le redressement de vos griefs légitimes et raisonnables ; pour l'engager à des actes de clémence et de bonté ; pour rétablir le calme dans vos foyers; pour rendre à leur patrie et à leur tranquillité , par une amnistie déterminée (i) , vos malheureux concitoyens que la crainte du châtiment a séparés de vous. Ces sentiments sont encore dans le cœur paternel de Léopold. Il mérite toute votre confiance , et il se Qatte du doux espoir que votre prince^ évêque , auquel il a fait parvenir des représentations réitérées et les plus capables de l'émouvoir, sera éclairé sur ses véritables intérêts. > A la veille de son arrivée en Belgique, les sentiments et les espérances du représentant de l'Empereur restaient les mêmes, comme l'atteste une lettre dont le chevalier de Donceel envoya copie à Fabry ; elle est de ce baron de Beelen dont nous avons déjà parlé , et qui , après avoir eu de fréquentes entrevues avec les exilés de Bruxelles , était parti au commencement de juin pour aller retrouver Metternich à Coblence. Voici ce qu'il leur écrivait le 14 : c Mes chers amis , j'ai eu une longue conférence avec le ministre. Son projet est toujours le même : vous rendre contents et que l'amnistie soit donnée selon vos désirs , ne voulant pas que les troupes impériales servent d'appui à des actes de despotisme et à des vengeances particulières. La menace a déjà été faite de retirer nos troupes si on ne prenait pas ce parti.... Il m'a dit qu'il fallait vous tenir tranquilles et arrêter les fougues de Gosuin, qu'il (Metternich) resterait deux ou trois jours à Liège pour terminer cette affaire , si , en suite des ordres et instructions données , cela n'était pas fait auparavant. Si vous écrivez à M. Fabry , dites-lui qu'il se console et prenne cou-
(i) N<> 43 du 31 mai, supplément, (t) Sans doute pour : amniêtie limitée*
[iTOtJ CHAPITRE XVIl. 53
rage ; je devrai peut-*étre lui écrire et entrer en conférence avec lui dans pea. Le projet du comte est de proposer des moyens de conciliation qui contenteront les deux parties. » De ces promesses nous n'entendons tirer d'autre induction que la disposition d0 Hettemich à maintenir son système de modération. La lettre contient aussi ce passage assez énigmatique : c J'ai encore eu une conférence avec le comte. Je lui ai lu le g 13 de la Suite; il m'a dit qu'on avait eu tort de le soupçonner , et m'a développé sa marche qui le justifie pleinement, et que je vous communiquerai un jour de bouche. Rappelez -vous les députations que vous avez envoyées, au moment que les troupes étaient sur les frontières pour entrer dans votre pays, et vous trouverez le mot de l'énigme par vousmême. »(i)
Nous ignorons si Donceel devina Ténigme, mais nous confessons ne pas en avoir trouvé le mot. La seule explication à donner ici porte sor le fragment même dont Beelen avait fait lecture au ministre. Au commencement de i 791 parut un Précis historique de la révolution arrivée à liège le 18 août 1789 y et des causes qui y ont concouru (s). Cette brochure est de Levez, qui, plus tard, ajouta, toujours sous le voile de l'anonyme, une Suite, dont un paragraphe,' le 13^9 retrace les circonstances qui amenèrent la soumission à l'Autriche. Nous en avons extrait les moyens que faisaient valoir les partisans de la résistance contre la résolution adoptée par la majorité des États et da Conseil de la Cité. Entraîné par une mé0ance incurable , Levez , CD l'a vu, avait imaginé de rejeter la responsabilité des événements sar une cabale qui avait tout préparé, tout machiné avec Metternicb ;
( I ) Lettre jointe en copie k une autre du chevalier Donceel à Fabry du 37 Juin. Papiers de Fabry.
(i) In*S* de 104 pages de texte et S3 de pièces JustiAcaUves. évidemment le Précis doit avoir paru avant la Suite , et la Suite avait été publiée avant le 14 juUi > puîsqa*^ cette date Beelen en avait fait lecture k Metternich. Comment se fait-il cependant que le Précis porte sur des faits postérieurs k cette date, c*est-k-dire sujr vàdU fondamental du 10 août? Voici , croyons-nous , comment il faut expliquer la chose. La correspondance de Fabry nous apprend que le factum de Levoz fut impcimé en plusieurs fois , et Ton peut supposer que la dernière partie aura été liobUée plusieurs mois après les trois premiers cahiers , qui sont exclusivement consacrés à Taffaire de Spa , et même avant la Suite^ qui doit —la lettre de Beelen ratteste— avoir vu le jour dans la première quinzaine de juin.