TOME II
10 HÊVOLtJTION LIÉGEOISE. [1791]
du document poar y faire des observations, s'il y avait lieu; nouveau refus (i). Toutefois 9 comme on Ta vu, l'impression fut traînée en longueur, et le parti de la publier ne fut pris qu'après la promulgation de rÉdit fondamental du 10 août (s). Quand les patriotes virent Tinsuccès des démarches successives de Mercy et de Metternich , ils crurent à une comédie , n'admettant pas la possibilité pour le prince et le Chapitre de se soustraire à des représentations sérieuses. Fabry commença par lancer sa protestation , et , quinze jours après, l'Adresse à l'Empereur, rédigée par Bassenge, était imprimée. Le H septembre, l'auteur porta lui-même à la poAe les trois exemplaires destinés à Metternich. Cette pièce est longue, trop longue (s), et les déclamations n'y manquent pas; encore intéresse-t--elle , parce que sous ces phrases on sent battre un cœur. A vrai dire, c'est presque une histoire de la révolution liégeoise (4), car Bassenge reprend les faits au début , et les suit dans tous leurs
( I ) A ce sujet, voici comment s'exprimait Fabry dans une lettre du 7 septembre à M*"« de Cressener, fille d*un résident anglais avec qui il avait été fort Ué : f H' de Metternich avait demandé que M' Bassenge et moi allassions à Bruxelles , pour parler des griefs de la nation et d^accommodement. J*ai répondu que les griefs étaient connus, que, si Léopold était juste, il devait réparer le mal que ses bayonnettes ont fait. J*ai fait sentir que nous avions été dupes de notre bonne foi et de notre loyauté, quand, sur des promesses, on nous avait engagés à remettre notre sort k la justice de l'Empereur; qu*au reste nous allions publier une Adresse à Léopold, oii nous disons tout. Là-dessus, nouvelle demande de Metternich : il proposait qu'on lui envoyât l'adresse avant de la publier, pour qu'il juge&t si elle pouvait paraître. J'ai répondu que cela ne se pouvait plus... » Papiers de Fabry,
(i) Dans une note placée après la lettre d'envoi à Metternich, l'auteur dit: c Cette lettre devait paraître beaucoup plus tdt. Mon projet était qu'elle (di publiée vers la mi-juillet, et je m'étais arrangé en conséquence. J'ai cru et je crois encore qu'otimi/ cette époque, elle eût été inutile , même déplacée. »
(s) « Lorsqu'on écrit au milieu des orages, dit encore l'auteur pour s^excuser, l'àme froissée chaque jour parles nouvelles les plus accablantes , par le récit des barbaries, des iniquités, des plus bas, des plus dégoûtants manèges, il est ilnpossible que l'esprit conserve cette assiette tranquille, nécessaire k la correction d'un ouvrage. » La pièce est intitulée : Adresse à Sa Majesté VEmpereur au nom des Liégeois, Sedan. Septembre i791. In-8« de 439 pages.
(4) (c Parles additions, les changements et les notes , écrivait Fabry à Gosuin , Tadresse est devenue un volume... C'est à peu près l'histoire complète de la révolution , des ii^ustices de Wetzlar, des lâchetés de l'évéque , du Chapitre et de la clique. » Lettre du 30 août. Papiers de Fabry.
|t79l] CUAPITRB XVIII. 11
dé¥eloppement8. Il y a là de Ténergie, mais pas dMnjures ponr celui à qui Ton écrit (i) : Léopold n^a pas été exactement informé de Tétat des choses ; il est de son devoir de ne pas employer sa puissance à soutenir on gouvernement inique , et il y va de l'intérêt de sa repu* latîoD. Telle est la thèse soutenue. L'Adresse est précédée d^ne lettre àHettemich (s). On lui rappelle ses promesses, la confiance que lui ont témoignée les patriotes liégeois, et la conduite odieuse du gouvernement de Hoensbroech; le lieutenant de l'Empereur ne doit pas souffrir qu!un système d'odieuse réaction s'abrite plus longtemps derrière un nom auguste et justement vénéré.
L'auteur de ce livre — car il forme un volume de plus de 400 pages — va désormais prendre dans notre histoire le rôle prépondérant échu jusqu'ici à l'homme que son affection décorait du titre de père. Jeune encore au début de la révolution , Bassenge , avec une honorable défiance de lui-même, avec une modestie qui est pour lui un titre de plus à l'estime de la postérité^ avec une abnégation vraiment filiale , s'efface et se soumet à l'autorité de Fabry. Mais la vieillesse arrive avec les infirmités qu'elle amène : Fabry se fait vieux ; les attaques odieuses dont il a été Tobjet viennent ajouter leur poids à celui des années , et lui montrer la retraite comme une nécessité à laquelle il faut se préparer. Sa succession , l'influence qu'il a précédemment exercée, échoit à son ami devenu homme fait, et Bassenge occupera dans la seconde partie de cet ouvrage la place que le bourgmestre patriote a occupée dans la première.
Les papiers de Fabry renferment le brouillon d'une lettre à l'Empereur pour lui annoncer l'envoi de l'Adresse par l'intermédiaire de Mettemich. C'est la même thèse soutenue plus longuement par Bassenge. La pièce, qui n'est pas datée , doit avoir été réellement envoyée à Vienne, et ne parait pas destinée à Timpression. (3)
( I ) n paraU que c*est ce dont se plaignit Levez, qui ne la trouvait pas assez forte. Voir nne brochure publiée par Bassenge en novembre 1791 , chez son imprimeur de Sedan, Bauduin : Traduction <fun écrit allemand^ publié à Wetzlar sous le titre de : Réflexions sur la prétendue amnistie , donnée à Liège par Vévéque le 20, et publiée le 23 octobre 1791. In-8« de 32 pages ^ p. 6.
(t) U y répondit en donnant Tordre de saisir le document. Ibid,^ page 13.
|i) Fabry, dans sa lettre déjà citée à H«u« de Gressener, en annonçait ainsi renvoi : < Dans quelques jours , j'écrirai en mon particulier au cousin Léopold. f
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Qaand la ncavelle œuvre de Bassenge parvint à Liège, elle y fit natarellemeDt grande sensation, c On m'écrit y iit-on dans une lettre de Defrance à Fabry du i octobre , qa'elle a excité Tindignafion de Tévéque et réveillé la rage de toute sa cohorte (i). i Hoffmann , de son côté , s'étant avisé de la joindre à un de ses Hémoires comme pièce à Tappui , en fut vertement tancé , et , dans sa sentence , la Chambre déclara que ce livre annonçait un dérangement de cervelle chez son auteur.
La publication de TÂdresse n'empêcha pas de nouvelles démarches de Mettemich en faveur des exilés ; rien ne prouve mieux la sincérité de ses efforts , puisqu'il ne manquait pas de prétextes pour se dire libre de tout engagement. Dans la négociation à laquelle nous allons consacrer quelques pages, et qui avait aussi pour objet l'importante question du rappel de la Commission et du départ des troupes, question qui nous occupera bientôt, nous retrouvons au début l'intrigant et actif Zwierlein. Dès le 3 septembre, sans mission — à ce qu'il parait, — il était arrivé à Bruxelles, et le lendemain, comptant sans doute sur son nom et sur les souvenirs que devaient avoir laissés dans l'esprit du diplomate autrichien leurs rapports à ^occasion du décret d'adjonction, il se présentait directement à l'hôtel de Hetternich sans pouvoir être admis. D'après cela , il dut se résigner à passer par les formalités ordinaires , et adressa au secrétaire du ministre une demande d'audience. C'était un baron de Heckel, qui se montra comme Beelen favorable aux patriotes, et qui eut d'abord avec l'agent du prince une entrevue dans laquelle il lui déclara que l'on était à Bruxelles fort mécontent du prince-évêque ; le surlendemain , lui dit-il , devait avoir lieu une conférence entre le ministre , le conmiissaire Leclerc et quelques exilés liégeois , Gosuin et le chevalier Donceel entre autres , et il y conviait Zi^ierlein. c J'ai vu tout clair , disait celui-ci dans une lettre à Ghisels , que H'^ de Heckel et le ministre penchent du côté des insurgents , et se sont laissés entraîner par les insinuations insidieuses de Bassenge.... S'il s'agit d'une conférence avec Bassenge, je ne l'accepterai point, car je ne suis pas autorisé à entrer en pourparlers d'accommodement avec les chefs des insurgents , qui ne sont point contradicteurs
(i) Papiers de Fabry,
[1791] CHAPITRE XVIll. 75
lotîmes... M^is^ s'il s'agit d'une conférence avec H^* Leclerc, il faudra bien l'accepter. > (i)
Probablement on renonça au concours de Zwierlein, car, le jour même auquel la conférence avait été fixée , il obtint une audience de Mettemich , qui lui annonça le départ prochain de Leclerc avec des instructions relatives aux concessions qu'on attendait de Hoensbroech. c Je lui ai fait sentir , écrivait Zwierlein à Ghisels en lui mandant les circonstances de l'entrevue, que toutes les querelles avec la ville et les États étaient terminées , et que , comme on les avait terminées avec les représentants légitimes du peuple et de la Cité , il était impossible que le prince entrât ou en n^ociation , où en projet d'accommodement avec qui que ce soit. Il en est convenu , mais il a cru que S. A. pouvait céder, de son propre gré, une partie de ces droits que l'on avait impugnés , et qui avaient occasionné la révolte. J'ai r^ondu à cela que les affaires étant terminées aujourd'hui , il était impossible d'en venir à une cession volontaire , sans se charger du reproche d'avoir eu tort ; qull n'existait personne qui demandât cette cession , ou qui fût dûment autorisé à la demander («). » C'étaient toujours les prétextes aussi futiles que déplorables sur lesquels on ne cessait de s'appuyer pour ne rien céder ^ et , à ces observations de Zwierlein , Ghisels répondit qu'il voyait « avec peine que le ministre et d'autres continuaient à donner écoute aux factieux réfugiée à Bruxelles. > (s)
Rien ne laisse entrevoir l'utilité ni même le véritable objet de cette excursion de Zwierlein , et il quitta Bruxelles quelques jours après , annonçant les demandes dont Leclerc allait être porteur. Celui-ci partit le 7 , et il fut précédé à Liège par une lettre des gouverneurs-généraux (4), qui signifiaient nettement à Hoensbroech , s'il voulait conserver des troupes autrichiennes , la nécessité de se soumettre aux conditions qu'on allait lui communiquer, et qui c étaient absolument conformes aux directions positives de la Cour devienne. Nous espérons, ajoutaient-ils, queV. A. ne négligera aucun moyen pour ramener le calme chez elle , en mitigeant
(1 ) Lettre du 3 sept. 4791. Fonds Ghiiehy farde 522.
(1) Lettre du 5 sept. Ibid,
(i) Lettre du 5 sept, à Hoensbroech. Ibid,
{*) Do 6 sept. 1791. IMd.
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aataDt qu'il se pourra la rigueur de TexëcutioD. » Nous entrons dans ces détails pour montrer qu'il était impossible de peser dtplomatiquement plus fort que ne le fit le gouYornement autrichien dans cette circonstance.
Quant aux instructions données à Leclerc , elles étaient bien précises : la Cour de Bruxelles regardait comme atteint le but de Texéculion ; elle ordonnait à Thomme qui la représentait dans la Commission de prendre congé de ses collègues , et de leur donner ainsi un exemple qu'ils feraient bien de suivre ; mais il devait préalablement insister pour que le prince «i établit incessamment un tribunal de paix , par devant lequel tous ceux qui voudraient intenter ou poursuivre quelque action d'indemnité à cause de la révolution , devraient faire citer la partie adverse , pour y discuter leurs prétentions et les terminer à Tamiable , s'il se pouvait , et à ce qull fiit interdit de poursuivre les actions déjà intentées, ou d'en intenter de nouvelles du chef que dessus , avant qu'il constat du renvoi de ce tribunal de paix. > Il était prescrit à Leclerc de ne pas c quitter Liège avant que tous les arrangements pour cet établissement ne fussent pris, i Le ministre déclarait également indispensable une amnistie , dont pourraient être exceptés nominativement les principaux chefs, c Vous insisterez positivement de la part de notre Cour sur cette amnistie , et vous déclarerez même au prince ou à son ministre que c'est sous cette condition sine quà non , que la Cour s'est déterminée à laisser encore une force militaire dans le pays , et que des considérations majeures ne permettent absolument pas de se départir d'un système , que d'ailleurs des ordres positifs nous prescrivent de suivre. » (i)
Les conditions auxquelles l'Autriche subordonnait la continuation de son appui ne pouvaient être plus clairement énoncées. Abandonné à ses propres inspirations , Hoensbroech peut-être les eût sincèrement acceptées , et il Teût fait encore s'il n'avait eu pour conseiller que ce Waseige si décrié , et qui n'aurait pas dû l'être au moins dans ces circonstances ; mais la faiblesse du prince avait laissé le Chapitre cathédral absorber la direction des affaires , et nous allons prouver de nouveau que sur ce Chapitre seul doit peser
(i) Ces instructions sont datées du 6 septembre. Pondi GhUeliy farde SS39.
[1791] CHAPITRE XVllI. 7$
la responsabilité d^ine réactioa odiease. Ces preuves, noas les recaeiUons soigneusemeDt, car nous avons à détruire des préventions établies , et c'est un devoir , pour rhislorien appelé à retracer des époques révolutionnaires, d'appliquer rigoureusement le prinàfe : à chacun selon ses œuvres.
Nous devons dire , sans pouvoir Texpliquer , que Thomme qui apparaît comme le principal agent de cette réaction , c'est le grandécolâlre de Ghisels , dont le nom se trouve inscrit dans le tableau joint au Cri général du peuple liégeois , parmi ceux qui sont signalés à rameur et à la reconnaissance de la nation. Jusqu'à la veille du départ de ses collègues pour Âix^ en avril 1 790» il avait été le principal représentant des idées modérées parmi eux , à tel poiot qu'on eut un instant l'espoir de le conserver à Liège avec le grand-doyen et les quelques tréfonciers associés à sa politique. Même après sou départ , soit qu'ils ne connussent pas le changement opéré dans sa manière devoir, soit qu'ils eussent été induits en erreur sur ses premiers sentiments , les patriotes ne cessèrent de parler de lui en termes favorables , et son nom ne fut jamais exposé aux sauvages manifestations que provoquèrent ceux de plusieurs de ses confrères. Il eût été sans doute, intéressant d'expliquer la chose , mais , à la rigueur , il suffit de l'établir ; nous l'avons déjà fait , nous le ferons plus d'une fois encore.
A la réception du message confié à Leclerc , Hoensbroech convoqua le Comité à qui le Chapitre avait remis ses pouvoirs, et lui demanda de délibérer avec Waseige sur la réponse à faire à Hetternich. Ce Comité se réunit le 14 septembre , et le résumé de la délibération se trouve dans une lettre écrite le jour même par Ghisels à Méan (i). Sur la première des deux questions soumises au comité, Ghisels rappelle que l'établissement du tribunal de paix a été reconnue impraticable par les États, et cela dans une conférence à laquelle Leclerc assistait: on peut d'ailleurs , dit-il, répondre que les XXII font déjà la besogne que Ton voudrait confier au tribunal de paix, et que bientôt toutes les actions en indemnité seront jugées.
L'opiniâtreté insensée du Chapitre à ne pas se relâcher de son système de réaction est parfaitement établie par la seconde partie de
(i) no 14 septembre. Fonds Ghisels, farde 522.
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la lettre : t Qaanl à I •article de ramnistie » dit Ghisels , coDâitioa sine qud non y puisqu'il faudra passer par là, S. Â. pourrait donner à entendre qu'elle s'y prêtera. Reste cependant à voir de quelle manière cette amnistie serait couchée. » Cela équivaut sans doute bien à dire : on peut promettre , sauf à ruser plus tard , en rédigeant Tacte de façon à ne céder que sur la forme.
La recommandation d'appeler Waseige à la délibération n'avait pas été accueillie, et Ghisels commençait sa letbre à Méan en disant que le Comité était déjà réuni quand la convocation lui parvint ; il ajoutait : < J'ai eu l'honneur de vous dire , Monseigneur , que je n'étais point dans le cas d'aller proposer à H' de Waseige de nous concerter sur le contenu de la lettre de W de Mettemich, que l'on m'avait dit qu'il en était très-mécontent et avait annoncé qu'il voulait aller ^ Bruxelles. > Puis , tout à la fin de la lettre, cette phrase encore qui trahit une répugnance dont on aura plus tard l'explication : € H' de Hompesch voudrait que nous allassions en conférer avec H>' de Waseige ; cela n'est point possible aujourd'hui ; d'ailleurs il ne s'adouvrirait certainement pas. »
On ne comprend pas trop que le méconientement de Waseige fût pour le Comité , qui assurément n'était pas satisfait non plus de la communication ministérielle , un motif pour se refuser à délibérer avec lui. Il y a là l'indice d'un dissentiment sur lequel nous revien* drons. Il est vrai toutefois que Waseige partit vers cette époque pour Bruxelles, car on lit dans une dépêche de Melternich à Kaunitz du 21 septembre : c J'ai fait une interpellation verbale au chanoine Waseige , ministre du prince évêque de Liège , qui est venu pour sonder mes dispositions à Tégard de l'amnistie déterminée et du tribunal de paix, que le conseiller Leclerc a été chargé par moi d'arracher au conseil de ce prince , avant que le gros de nos troupes ne quitte la principauté. On n'a opposé jusqu'ici que des tergiversations à toutes les solides raisons par lesquelles j'ai cherché à déterminer le dit conseil à suivre l'exemple de l'Empereur. » ( i )
Quoique la dépêche n'en dise rien , il est probable que Melternich ne fit que réitérer à Waseige la nécessité d'accepter ses conditions , si l'on ne voulait se priver des secours de l'Autriche. Il n'y eut pas
( I ) Chancellerie des Payt-Boi à Vienne , vol. 368.
(rotj CHAPITRE xviii. n
de réponse de Hoensbroech , puisque la notification lui était faite au mcjen d'instructions remises au fonctionnaire qui représentait Ie.goOTeniement de Bruxelles dans la Commission exécutrice ^^et c'est â. ce fonctionnaire que fut déclaré le parti auquel s'arrêtait le gouf embuent ^u prince-évéque ; la suite des faits prouve qu'il adopta les conclusions du Comité. Le résultat fut envisagé comme satisfaisant par Leclerc» qui» le 22, annonça son départ, et fit la déclaration publique dont Mettemich Tavait chargé: l'Empereur, tenant sa mission pour terminée , s'était décidé à rappeler son commissaire et la plus grande partie de ses troupes envoyées dans le pays de Liège , afin c de pas être à charge à ce pays au«4elà de ce que la nécessité pouvait exiger ; i mais en même temps on annonçait c qu'au moindre désordre que des malveillants se permettraient encore contre l'autorité légitime, S. H. la ferait suffisamment respecter par tout l'appui militaire qui resterait à portée. » ( t ) Mettemich également se montra satisfait du résultat, car le 17 octobre il écrivit à Kaunttz : c Le conseiller Leclerc est revenu de sa commission de Liège, après être convenu d'une amnistie limitée, et d'un arrangement pour traiter à l'amiable les procès de particuliers à particuliers, ayantrapport à la révolution de 1789 (s). > Mettemich tenait avant tout à l'amnistie, et nous avons vu dans quels termes le Comité du Chapitre y consentit ; disons maintenant comment la promesse fut exécutée. En se résignant d m passer par là , le grand-écolâlre comptait bien sur la manière dont le document serait couché , et voici l'abominable tactique qu'il employa. Une première liste de quatorze bannis avait été publiée le 8 juillet. Un gouvernement quelque peu bomain aurait tenu ce chiffre pour suffisant , et Mettemich , en renonçant à une amnistie illimUée , ne s'attendait assurément pas à voir
(i) Voir la pièce dans la Journal général ie l'Europe ^ ïï? 102 du l** octobre 179i.
(t) Le ministre termine sa dépêche par cette phrase : • Je traiterai ce qui concerne l'affaire de Liège , dans un rapport général , pour servir aux actes de ma mission dans rEmpire. i Ce Rapport doit être important pour Fexplicatlon de la conduite de Mettemich. Nous Tavons vainement cherché aux archives du royaume à Bruxelles. Notre confrère et ami , M. Gachard , étant allé l'année dernière à Vienne, a eu Tobligeance de faire aussi des recherches dans le dépôt des archives impériales qu'il avait à compulser : elles sont également restées infiructueuses. On a retrouvé la forde qui devait contenir la pièce, mais celle-ci en avait disparu.
augmenter le nombre des chefs de rinsurreciion. Mais cela ne faisait pas le compte de ces prêtres ranconiers , et , quand ils furent forcés de se rendre aux instances de rAutriche , ils voulurent se donner la cruelle satisfaction de ne céder que le moins possible aux sentiments d'humanité qu'on leur imposait. Sur leurs indications, la Commission exécutrice, qui leur était toute dévouée, rédigea une nouvelle liste de trente-six bannis , dont nous avons précédemment donné les noms; elle parut le 18 octobre. Il était sans doute assez dur de devoir reconnaître que la réMlUm à Liège n'avait eu que cinquante chefs , fauteurs et instigateurs principaux y quoique après une révolution en Belgique , dans un État six fois plus étendu , Léopold- n'eût pas proscrit le dixième de ce que proscrivait Hoensbroech. A la rigueur cependant on pouvait se résigner, prendre patience, attendre des temps meilleurs et donner au gouvernement de Bruxelles cette apparente satisfaction. L'amnistie fut en conséquence publiée deux jours après cette seconde fournée de décrétés de prise de corps. La ruse était trop grossière pour que Metternich en fût la dupe. Quand il exprimait à Kaunitz sa satisfaction du résultat obtenu , il était encore sous l'impression de l'engagement pris avec Leclerc , et dans l'attente de la manière dont on l'exécuterait. Quand il reçut les deux documents , il dut se dire qu'on l'avait cruellement trompé , et ses démarches ultérieures auprès du gouvernement liégeois attesteront qu'il avait gardé le souvenir de cette affreuse mystification.
L'amnistie limitée avait été publiée le 20 octobre. Le 12 du mois précédent , à la veille de la rénovation magistrale de la Cité , avait paru un autre document de même nature (i), qui imposait une soumission déshonorante à tous les membres des seize chambres qui , compromis par une coopération quelconque à Tinsurrection , voudraient cependant prendre part aux élections des bourgmestres et des conseillers. Nous disons une soumission déshonorante : quel homme de cœur parmi les patriotes pouvait signer une pièce où on lui faisait déclarer qu'il entendait se soumettre à tout ce qui se trouvait prescrit dans les sentences de Wetzlar , qu'il blâmait et condamnait la malheureuse et déplorable rébellion du 18 août 1789 , tous ses gérés el procédés , comme violents , attentatoires et contraires à la consti-
( I ) Recueil de$ ordonnances. II. 957.
[47M] CHAPITRE XTIII. 79
tntion ? Enfin 9tt't{ implorait grâce et pardon y ei abjurait solennellement tous les engagements qu'il pouvait y avoir contractés? Et encore cet acte de snblime condescendance ne concernait pas les chefs^ mUeurs ou moteurs principaux des troubles passés : pour cette catégorie de coupables, pas de grâce à attendre, (i)
Le même esprit de vengeance et de rancune avait aussi dicté Tamnistie (s). Sa rédaction embarrassée et filandreuse atteste la violence qu'ion s^était faite pour donner cette apparente satisfaction aux instances du gouvernement de Bruxelles , et Tespoir qu'on nourrissait de la voir inefficace; on voulait, en un mot, se donner des airs de modération en conservant les intentions les plus réactionnaires. La seule concession réelle consistait à réduire le nombre des chefs , fauteurs et instigateursprindpaux de la révolte , à celui des cinquante citoyens compris dans les deux décre^ de la Commission exécutrice. Mais à ces cinquante malheureux , qui tous étaient contumaces , il faut joindre ceux qui avaient été arrêtés comme Duperron , et dont le procès se faisait contradictoirement ; ils n'étaient pas compris dans Tamnistie , et devaient attendre leur jugement , le jugement de réchevinage ! Il y avait enfin un nombre bien plus considérable d'^autres coupables ^ également notables peut-être y qui s'étaient exilés volontairement pour se soustraire aux vengeances d'un pouvoir implacable; les correspondances de Fabry et de Donceel nous en ont fait connaître plusieurs, tels que Rasquiuet, Defrance et Bassenge cadet. Ceux-là pouvaient invoquer l'amnistie, mais à condition de signer la soumission dégradante imposée par l'édit du 1 2 septembre . Encore était-il bien entendu que l'amnistie serait censée « non avenue, à Pégard de ceux qui seraient assez obstinés et aveuglés dans leur égarement, pour récidiver et se livrer désormais à aucun acte , propos ou procédé de nature à faire craindre le retour . des troubles , des écarts et des malheurs passés. » Dans ce cas, les officiers de justice étaient invités à procéder le plus sommairement et le plus sévèrement possible. Avec l'irritation réciproque des partis , avec un procu-
(i) ]>aQ3 des notes que Ghisels igouta à un Mémoire destiné à la Cour de Vienne, OBltt : < Si on aggraciait Bassenge , Fabry, Levoz, Gosuin, etc., qui sont tous des enthousiastes enragés , et des gens qui ont beaucoup de partisans et rien à perdre, il&'poumieot causer une nouvelle explosion. » Fonds Ghisels , farde 678.
(t) VoïTleReeueU des ordonnances, II. 958.
80 RÉVOLUTION LIÉGEOISE. [I79l]
raur-f énéral aassi expéditif que Fréron, avec des juges aussi réaction- Baires que les échevins de Liège , quel citoyen appartenant à cette catégorie eût osé rentrer dans le pays? En outre ^ le pardon accordé n'arrêtait pas les actions en réparation de dommage. Toutefois il était prescrit aux XXII, et généralement à tous les tribunaux saisis d'actions pareilles , de ne juger qu'après avoir tenté de concilier les parties ; et c'était cette disposition dont Leclerc s'était contenté , et qu'on avait présentée comme équivalant à l'établissement d'un tribunal de paix f
Cette prétendue amnistie fut appréciée conmie elle devait l'être. Parmi les exilés qui auraient pu profiter de ses dispositions, il s'en trouva fort peu pour signer une déclaration qui les eût déshonorés , et Fabry y fit (28 octobre) une réponse violente, qu'il demanda aux journaux de reproduire avec le texte même de l'amnistie publiée dans la Gazette de Liège : c L'amnistie de Constantin François , rédigée sans doute par son Tigelin, est, disait-il, l'ouvrage de la maladroite perfidie qui prescrit le déshonneur, en se réservant encore les moyens de ruiner, de perdre ceux qu'acné aurait déshonorés; elle ne trompera personne (i). » Cette évolution du gouvernement de Hoensbroech ne modifia en rien l'attitude de celui de Bruxelles. Mais ce qu'il y eut de plus significatif assurément, ce qui prouve mieux que toutes les réflexions l'indignation qu'excitait la conduite du Chapitre et du prince égaré qu'il faisait mouvoir au gré de ses désirs, c'est la désapprobation dont Wezlar frappa leur odieux système.
Depuis l'abandon de la Prusse et l'insuccès des efforts du gouvernement autrichien pour améliorer leur sort, les patriotes liégeois se trouvaient fatalement poussés à réclamer leur salut de la France, et à briser les liens qui les unissaient à l'Empire germanique. Est-ce que la France ne promettait pas soh appui aux peuples qui se soulèveraient contre l'arbitraire ? Quelle avait été au contraire l'attitude de l'Empire? Les Li^eois ne lui reprochaient-ils pas avec raison de n'être jamais intervenu que pour les opprimer , laissant le prince s'emparer sans obstacle du pouvoir absolu , comme cela s'était fait en 1684 , saisissant d'autre part la moindre occasion où le peuple
( I ) La minute de cette pièce , qui doit avoir ét( adressée aux journaux français , se trouve dans les Papiers de Fabry,
[itm] chapitre vm. 8i
tentait de secoaer Toppression , pour l'accabler de sentences, et récraser sous les mesures raineuses de Texécution? Ce recours à la France, qui n'était après tout pour les patriotes qu'un remède extrême, puisquMls avaient d'abord cherché dans l'Empire même une intervention équitable, ne semblait pas devoir rendre leur cause meilleure à Wetzlar. Telle était cependant l'animadversion provoquée par le mouvement d'odieuse réaction auquel s'abandonnait le gouvernement de Hoensbroech , que la Chambre impériale elle-même eut honte de s'y associer. Ces nombreux procès , contradictoires on par contumace, intentés à des hommes dont la plupart méritaient Testime et la confiance de leurs compatriotes, ces enquêtes criminelles qui ne discontinuaient pas et allaient fournir matière à de nouvelles poursuites, ces condamnations capitales dont plusieurs avaient été suivies d'exécution, ces familles honorables qu'une confiscation illégale menaçait de réduire à la misère , ces innombrables (i) actions en réparation de doomiage intentées devant une Cour nationale qui, foulant aux pieds le principe de son institution, devenait un instrument de ruine et de division pour les citoyens , tout cela provoquait l'indignation ou émouvait la pitié. Les assesseurs de Wetzlar n'étaient guère accessibles à ces sentiments , mais ils l'étaient un peu plus aux cris de l'opinion publique qui partout , même au sein des méticuleuses cours de T Allemagne, se prononçait en faveur d'une population généreuse si cruellement livrée à ses oppresseurs. L'attitude de ce gouvernement, si tristement rétabli par eux» devait d'ailleurs exciter leur colère. Us avaient décidé qu'avant tout satisfaction serait donnée aux formes et à leur autorité méconnue, et.que les choses seraient rétablies dans l'état qù elles
(0 S'Uest?ni, comme raffirme rautear des Notices historiques tur le pays de Liège (Nautet), p. 330, qu*eD quelques mois de temps les XKII lancèrent 1,900 maadeneots , rien que dans le marquisat de F)ranehimont , on peut se faire une idéedatotaL Dans une requête présentée le 30 Janvier 1703 à la Gbambre de Welzhur au nom de la noblesse, Hoffmann disait qu*après la sentence du 9 décembre 1791 — nous en parlerons dans un instant — les poursuites devant les XXII avaient redoublé , et qu*en un jour il y avait eu plus de cent actions nouvelles intentées. «Quelqu'un» s^outait-il, qui , pendant le temps de la soi-disant révolution, aurait seulement regardé ou fixé un autre de travers, n'échapperait pas à une action des XXII , bien entendu s'il a de l'argent , car chaque accusateur est toujours bien venu et obtient le gratis. » Fonds Ghiuls , farde 678.
82 RÉVOLtmOR LléGBOISB. [t79tl
se tronfaient avant rinsurrection ; mais ils avaient aussi exprimé Tespoir qu'après cela le prince prêterait Toreille aux réclamations populaires et redresserait les griefs légitimes , entre autres celui qui portait sur le mandement de 1684, décidément tenu pour illégal. Or qu'arrivait-il? que ce rétablissement préalable devenait pour le gouvernement restauré un moyen de se soustraire à ses obligations. Utilisant les armes qu'une décision irréfléchie lui remettait en mains, il avait convoqué un simulacre d'États , mais en écartant soigneusement les hommes dont il redoutait l'apparition , et n'admettant que ceux dont le dévoùment lui élait assuré ; puis , à ces prétendns représentants de la nation devenus juges et parties dans leur propre cause , il faisait déclarer que ces griefs reconnus par Wetzlar n'existaient pas. On attendait de lui quelques sacrifices pour se réconcilier avec son peuple j et voilà qu'au contraire il profitait de l'empressement d'une assemblée servile pour augmenter encore son autorité i Parmi les trois ordres , un seul — précisément le moins nombreux — paraissait peu disposé à favoriser cette orgie du pouvoir. Dans l'espoir fondé de l'amener par la terreur à montrer plus de condescendance , on avait sans la moindre hésitation exclu cinq de ses membres. Un acte non moins arbitraire avait aussi éloigné de leur siège quelques membres du tiers-État, et la peccadille avait à peine été remarquée ; mais l'exclusion des cinq catxUiers avait mis en émoi toute l'aristocratie germanique et excité sa colère t Enfin Hoensbroech , à la reconmiandation d'être modéré , ne s'était pas contenté de répondre par un acte d'escobarderie ( i ) — redit du 10 août, au fond, n'était pas autre chose, — il avait ajouté à tous ses torts celui de tenir pour non avenues les dernières prescriptions de la Chambre impériale, et d'insulter ces juges, déjà
(i ) n y a de précieuses révélations dans les lettres de Zwierlein , au sujet du mécontentement qn*excitait YÊdii fondamental: « M' de Herzberg, mandait-il le 6 octobre 1791 à Gbiscls, a encore écrit ici- passé buit jours, qu*il ne concevait pas comment la Gbambre , après avoir terrassé les révolutionnaires par point d*office , n*opposait pas également par point d*offic6 une barrière au despotisme de Son Altesse. Il arrive, outre cela, tous les jours des lettres ici de différentes Cours, qui désapprouvent raccommodement fait, et qui veulent que la Gbambre donne une amnistie générale. » Et le 16 encore, au même Gblsels toujours : > On reconnaît que le prince et les Ëtats sont en droit de s'arranger, mais on persiste dans Topinion que cet arrangement est extorqué par la force. » Fond» Ghiieit, farde 5i2.
aigris, par une lettre (i ) où il lear reprochait hautement d'avoir euxmêmes provoqué Texplosion du mouvement révolutionnaire en accordant leur protection aux douze jugés y expression dont on se servait pour désigner Ransonnet et ses coaccusés , que Téchevinage avait si maltraités dans l'affaire du prétendu complot de Spa. Cette lettre avait été écrite à Toccasion de la condamnation de Duperron , que la Chambre désapprouvait surtout parce qu'on n*avait pas tenu compte de la clause de sa sentence du 11 février, qui ordonnait de remettre la décision de la cause à des juges impartiaux pris à rétranger. Hoensbroech répondait qu'il était prince souverain , et qu'il saurait maintenir son autorité et les droits de son écbevinage ; pots, non content de cette déclaration hautaine, il y avait ajouté rimprudente récrimination dont nous venons de parler. Il n'eut pas à se féliciter de l'effet que sa démarche produisit à Wetzlar, et la corre^>ondance de Zwieriein abonde en doléances sur les embarras que le document lui créa : « La lettre de S. A. touchant la cause de Duperron, écrivaitril le 18 septembre au syndic Despreetz (t), a fait rimpression la plus désavantageuse, non-seulement sur le sénat, mais sur toute la Chambre en général. On prétend qu'elle impute à la Chambre que c'est elle qui , principalement , a occasionné la révolte par son sauf-conduit; on crie à r injure et à VingratUudej on demande satisfaction , et je vous assure que j'ai eu hier une scène bien vive touchant cet objet. Pour me mettre hors d'état d'employer des calmants et des lénitifs, on dit que c'est moi qui suis l'auteur de la lettre, et que si H. de Waseige Tavait écrite , elle ne serait qu'un tissu d^interrogations et d'exclamations (s). > Et, le 10 octobre, il répétait dans une autre lettre à Ghisels : « On continue à se déchaîner contre la lettre écrite à Monsieur le grand juge , et à attaquer la décla-
(i) Nous n*avon8 pas retrouvé la pièce dans le Fonds Ghisels. L*essence de la lettre de Hoensbroecb est bien telle que nous le disons ici. On lit aussi à ce propos , dans une lettre de Ghestret k Bailly du 6 septembre : c L*é?éque a écrit une lettre qui reproche k la Chambre d'avoir provoqué la révolution , par son interdiction aux échevins de poursuivre Taffaire des Jugés ; il jQOUte que , pour cette fois » il ne respectera rien , qu*il a ses droits et sa puissance souveraine , et qu*il les maintiendra, i
(t) Ant.-Jos. Oepreetz , syndic du conseil ordinaire, avait été , paralt-il , chargé de correspondre avec Zwieriein.
(s) Fonds GhiseU, farde 5â2.
81 RÉVOLUTION LIÉGEOISE. [l79i]
ration de S. A. (i), comme un acte de despotisme extorqué par la crainte et Fioflaence de la Commission. On forme même des projets de la faire casser ici , ou de lui faire refaser Tapprobation de la Chambre, (s)
Zwierlein s'attendait, diaprés cela, à des actes de mauvais vouloir, et les événements justifièrent bientôt ses prévisions. Agissant sous rinfluence des motifs énumérés plus haut , froissée du manque de condescendance qu'elle rencontrait chez un prince dont elle avait favorisé la restauration , la Chambre impériale commençait à comprendre qu'ion voulait la conduire plus loin peut-être qu'elle ne désirait aller. Elle avait bien entendu que les Liégeois servissent d'exemple aux Allemands qui seraient disposés à se laisser inoculer le mal français^ sauf à se renfermer dans les bornes d^une répression modérée; les cruautés de Hoensbroech dépassant le but qu'elle s'était proposé, elle voulut lui rappeler qu'il n'était pour elle qu'une partie plaignante , un plaideur poursuivant son procès et astreint à respecter ses décisions. C'est dans ces circonstances que parut la sentence du 9 décembre (s). Il ne parait pas qu'on s'attendit à la cour , malgré les avertissements de Zwierlein , à une contenance aussi hostile , à un blâme aussi accentué de la part de ce haut tribunal ; ce fut une lettre écrite par un agent de Wetziar attaché aux patriotes qui donna réveil ; on y lisait : c Au premier jour, il sortira une sentence qui ordonnera une amnistie générale et illimitée, déclarera tous les frais pour dette de la nation, sans en rendre responsables les particuliers. Il n'y aura que les dommages faits aux particuliers qui seront réservés et renvoyés aux XXII , auxquels pourtant sera prescrite une forme de procédure, pour obvier à leurs haines et vengeances particulières. On n'est pas content ici du nouveau ministre, à qui on impute toutes les rigueurs du prince et son amnistie limitée , qui se ressent trop de l'envie de se venger. La nouvelle sentence fera cesser aussi la Commission, qui mange encore le reste du pays. » Cette lettre , qui va un peu au-delà de ce tpii fut réellement décrété, est du 5 décembre, et de quatre jours ainsi antérieure à la sentence , qu'il convient d'analyser brièvement pour
(i) VÉdit fondamental du iO août.
(f ) Fonds Ghiteli, farde 523.
(s) Voir le Recueil des ordonnancée. II. 960.
[roi] CHAPITRE XVIll. 8S
bien faire ressortir la désapprobatioa doDt la Chambre frappa le goaîemeinent réaclionDaire de Hoepsbroech.
Le document comprend cinq sections , dont la première est relative anx dommages publics. Sons cette dénomination sont comprises les soaunes d'^argent enlevées hors des caisses du pays, et les frais occasionnés par Texécution. Il faut que les États les déclarent dettes publiques, et destinent à leur remboursement le produit dimpôts extraordinaires, dont nul ne sera exempt, bien entendu c pour autant que les biens de ceux qui , par droit et jugement seront déclarés coupables de rébellion , ne suffiront pas à cet effet. » En attendant , on suspendra les actions intentées de ce chef c qui eotraineraient inévitablement la ruine totale d'un très-grand nombre de familles. » La deuxième section concerne les indemnités des particuliers. Ratifiant ce qui 9 été fait , la Chambre refuse rétablissement d'un tribunal de paix, déclaré impraticable par les États, et que rÊtai-noble continuait à solliciter ; mais , en maintenant les tribunaux du pays en général , et les XXII en particulier , dans le droit de juger ces actions en indemnité , elle ordonne au prince de fixer à un mois le délai pendant lequel ces actions pourront encore être intentées , et de faire rejeter celles qui n'^auraient pour but que la vengeance. Le prince prendra aussi certaines mesures qu'on lui indique , afin de rendre moins dispendieuse et plus équitable la procédure devant les XXII. Dans la troisième section, relative aux demandes faites par la Commission exécutrice , la Chambre adjoint aux échevins , pour Tinstruction des affaires par contumace , trois jurisconsultes impartiaux ; quant au jugement, au lieu de le confier ^ comme elle Tavait fait par sa sentence du 1i février, à des juges étrangers , elle prescrit rétablissement d'un c tribunal criminel composé d'avocats légaux du pays, parmi lesquels les accusés auront la faculté d'en récuser jusqu'à quinze. > Il est en outre ordonné aux échevins, c d'accorder à tous les criminels, après l'instruction de leur procès, le choix libre d'un défenseur , » et au prince de n'admettre , parmi les réviseurs , personne qui soit partie dans une action en réparation de dommages. Dans la quatrième section , touchant l'amnistie réitérée , il était dit qu'on attendait de la part du seigneur-prince que^ de son propre mouvement , il déclarerait que tous ceux contre qui il n'existerait , de la part de la Commission