‹ Histoire de la révolution liégeoise de 1789Chapitre 8 sur 48 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

402 nÉVOLUTlON LIÉGEOISE. [l792]

sa confiance en Waseige , il s'en rapportait volontiers à Méan , qui préparait son élection , et n'avait garde de se brouiller avec ceux de qui il Tattendait.

Nous venons de dire que les Électeurs de Cologne et de Mayence , déférant axm instances de Metternich , étaient revenus sur leur première détermination , et refusaient maintenant de laisser à Liège une partie de leurs troupes. Le Chapitre dut en concevoir un dépit assez vif. Ce n'était pas néanmoins une raison de manquer à ses engagements avec leurs ministres y car, en les mécontentant, il se fût privé de leur concours à l'avenir , et cet avenir pouvait ne pas être éloigné. Les faits que nous allons signaler ne tombent peutr-ètre pas sous l'application d'une loi pénale , et les honteuses traditions de l'époque de Louis XIV, de cette époque qui remplit une si triste page dans les annales de l'Empire germanique, avaient sans doute, dans un certain monde, rendu les consciences moins scrupuleuses. L'histoire ne peut se prêter à des accommodements qui blessent la morale ; elle n'a qu'un mot pour qualifier la conduite du fonctionnaire qui trafique de son influence , et plus il est élevé, plus il mérite d'être flétri. Loin de nous la pensée de faire du scandale à froid, sans nécessité : nous avons entrepris le récit d'une lutte pleine de péripéties , et nous croirions manquer à notre mission , si , l'occasion s'en présentant , nous ne caractérisions pas la conduite des deux parties. Nous n'avons pas dissimulé , et nous ne dissimulerons pas non plus dans la suite , les torts des hommes qui possèdent nos sympathies; par ce renoncement, dont nous n'entendons pas du reste nous faire un mérite , nous avons au moins acquis le droit d'établir ceux de leurs adversaires , et de montrer à quels moyens immoraux ils eurent recours pour assurer leur domination. L'occasion s'est déjà présentée de citer une lettre de Waseige constatant des faits de corruption , la répugnance honorable qu'il éprouvait à y prêter la main , et le pardon qu'il s'accordait à lui-même en alléguant la nécessité de combattre ses ennemis avec leurs propres armes. Si , dans les nombreux papiers provenant des patriotes liégeois , nous avions trouvé la trace de quelque marché, nous l'aurions signalé sans ménagement ; mais, à leur égard , tout se réduit à des allégations sans preuves , à des allégations probablement inexactes, ces hommes ne possédant pas pour un semblable usage les ressources de leurs

(I79f] CHAPITRE lit. lOS

adrersaires. Quant à ceax-ci , la lellre de Waseige prouve à Tévidence qu'ils ne se firenl aucun scrupule d'user de la comiplion. Elle constate le fait même , sans indiquer celui qui devait en profiler; celles de Zwierlein que nous allons citer ne laissent rien à désirer sous ce rapport. Nous indiquerons par leurs initiales les hommes qui y sont dénoncés, et nous ne prendrons pas la peine d'expliquer notre réserve : nous nous reposons sur le lecteur du soin de Tapprécier , comme aussi de juger des faits que nous nous contenterons d'exposer, en mettant sous ses yeux les documents qui les établissent.

Ces lettres de Zwierlein ( i ) sont adressées au grand-écolâtre, dont nous n'avons pas trouvé les réponses. On conçoit qu'en semblable matière, il ne se soit guère soucié de conserver ses minutes. La première est du 8 janvier : « J'ai reçu des lettres qui m'informent que MM. de W. de D. d'Al. et de Do. ( s) , s'attendent à une gratification chacun de 800 louis, et qu'ils prétendent qu'elle est déjà réglée. On m'^a même demandé de leur part si j'en étais informé. D. et W. ont le plus contribué à mettre notre affaire en mouvement. Ils méritent par conséquent préférablement une récompense. H' d'Âl. est entré au ministère après coup , mais il peut nous être utile pour l'avenir , tant par rapport à la continuation des troupes , que par rapport aux aCTaires futures où nous pourrions avoir besoin de l'électeur. Do. est un de ces instruments secondaires qui abandonnent le vaisseau de l'état au gré des vents , et conduisent le gouvernail d'après l'impulsion qu'ils reçoivent de leurs voisins. On pourrait donc s'en passer entièrement; au moins serait-il injuste de le traiter surle même pied que les trois autres. Je crois qu'il faudrait partager les 500 louis entre lui et C. à Munich , qui a dirigé l'opération des Palatins. Ce que je vous prierais serait de m'employer , s'il est possible , pour présenter à D. Al. et W. leur quote-part. Vous sentez bien l'intérêt que j'y ai, qui n'est autre que de me faciliter vis-à-vis d'eux mes négociations pour l'avenir. > Le 19 janvier, deuxième lettre ainsi conçue: c Les gratifications ne sont pas encore arrivées ; du moins — soit dit entre nous — M' de D. n'a encore rien reçu , et s'en est plaint à moi

(0 Elles se trouvent toutes dans le Fonds GhUeli , farde 678. (i) Ces initiales indiquent les principaux ministres des électeurs de Cologne et de Mayence.

par la voie de son gendre, assesseur présenté par la cour de Hayence. Je crois , H% que vous pourriez, sans hésiter , faire sentir sous main que M' de D. est mécontent. Il n^est plus ministre ; cependant il ne cesse dû travailler pour le ministère , et d^envoyer ses rapports par écrit. Il est Aoncet ie la justice de le récompenser^ car c'est lui qui a rompu la glace , et de la politique , parce qu'il peut être encore utile pour l'avenir. Je crois qu'il serait nécessaire d'accorder à M' le conseiller intime d'état M. une gratification pareille à celle de D. ; M. est réconcilié avec l'électeur et avec Al.; c'est lui qui fait tous les rapports de bouche à l'électeur , et qui jouira , la vie durante de l'électeur, de sa plus haute confiance , parce qu'il est l'homme le plus doux et le plus laborieux possible, et sans aucune prétention. Rayez C. du tableau, mettez-y H. et daignez me charger de lui présenter le cadeau; s'il le reçoit , ce ne sera que du consentement de l'électeur. » Le 5 février , troisième lettre : c On a offert à Al. son cadeau par le Juif Baruch (i), et Al. Ta refusé comme de droit. Il me parait que le prince lui-même aurait dû lui écrire , et en cas de refus écrire à rélecteur. Au reste Baruch n'a rien payé à D.; il a été le voir et lui parler, mais sans lâcherle mot d'une récompense. D. m'en a encore écrit hier, s^ Voici maintenant une lettre du 9 février, qui établit que tout a été payé : c J'ai encore reçu hier deux lettres de M' de D. et de son gendre W de G. qui se plaignent que Baruch a acquitté tout à Bonn et ailleurs, et qu'à la visite rendue à M'' de D. , il n'a pas lâché le mot d'une gratification. Je vous prie d'observer que notre sénat est partagé. M. le comte de Spaur , Globig et Ditfurth, dont le dernier pourrait présider le club des Jacobins, forment le parti des insurgents, entraînés par ces malheureux principes de cosmopolitisme qui sont fort en vogue. Parmi les cinq autres membres du Sénat (i) , Clauspruch est cassé d'âge et d'infirmités, à un point qu'il s'absente depuis quelque temps du Sénat, et que vraisemblablement ses ruines n'y retourneront plus. A son décès, G. , gendre de D. , présenté par l'électeur de Mayence , deviendra assesseur et occupera la place de Clauspruch dans notre sénat, puisqu'il entre au même sénat où était celui qui lui fait place par sa mort. Il faudra donc s'assurer de G. , et

(i) Ce Baruch était un banquier juif en fréquents rapports d*affaires avec le Chapitre, (t) On désignait ainsi une des chambres du tribunal de Wetzlar.

[t^ CHAPITRE XIX. 105

il serait bon de le faire par ma médiation , en faisant toucher à M' deD., par mon entremise, l'argent désiré. Vous sentirez vous même, M', que cela est essentiel. J'ai prédit en beaucoup d'occasions les éTènements , et je les ai parés lorsqu'il a dépendu de moi ; aidez-moi , je vous supplie , à parer cette fois Tindignation d'un homme qui pourra nous faire de grands torts, et n'oubliez pas M.. » On voit que Zwierlein tenait, et pour cause, à la gratification de D. et de son gendre G. Dans une lettre du 12 février on lit encore : « N'oubliez pas M' de D. par rapport à M** de G. > Toutefois ses instances pourraient bien avoir été infructueuses, car sa lettre du 16 février, la dernière que nous ayons trouvée relative à cette affaire, porte: « On m'écrit de Bonn que M''de W. a reçu mille louis. Je n'ai rien répondu; mais, dans votre tableau, il y avaitmarqué 2,000 louis pour W. ce qui cependant était de trop. M^ de D. se plaint amèrement^ et G. de même. Ils se sont aussi plaints tous les deux à Baruch. Si vous le croyez nécessaire, j'écrirai à S. A. inmiédiatement , pour parer le tort que ce délai nous cause. Vous vous rappellerez que D., ayant soutenu notre cause avec zèle, et énergie, s'est brouillé avec M' de Stein (i), a été culbuté par lui , et ne doit sa disgrâce qu'à cette raison , de même que je ne suis tombé en disgrâce que par rapport audit objet. Il serait par conséquent ingrat, si, en récompensant les autres, on oubliait celui qui nous a assistés dans la plus grande crise , et a sacrifié sa fortune aux intérêts de la bonne cause, i^

Ces documents peuvent se passer de commentaires, et nous reprenons , sans autre transition , le récit des rapports que le gouvernement de Liège eut , à cette époque , avec le gouvernement de Bruxelles. Celui-ci , en recevant la réponse au Pro memoria , s'en plaignit avec amertume, la jugeant inconvenante dans le fond comme dans la forme, c Leurs Altesses Royales , écrivait Metternich à Waseige le 4 février, ont pensé qu'il entrait dans les ménagements qu^elles auront toujours pour S. A. de ne point relever la nature de Fexamen qui a été fait des propositions du gouvernement-général qui, malgré l'importance de l'objet, ont été abandonnées à la discussion de quatre membres du Chapitre seulement. Je me suis

(i) Ministre pléDipotentiaire de Prusse à Mayence, et Tun des trois représentants de la Conr de Berlin aux Conférences de Francfort.

également abstenu de m'expliquer sur les principes qui paraissent avoir guidé ces MM., et qui se concilient si difficilement avec la confiance à laquelle S. M. a acquis tant de droits (i). > Non coulent de cette démarche, Mellernich écrivit à Hoensbroech — le 4 toujours — pour rengager à solliciter lui-même c le terme d^une exécution qui n'avait déjà produit que trop de maux. A Texception de quelques personnes, dont sa prolongation intéresse les vues peu louables, elle est , ajoutait-il , envisagée par la grande majorité des habitants du pays de Liège comme une calamité publique. J^'ai de cette opinion des preuves irréfragables entre les mains. > Il lui disait en terminant que son bonheur et sa tranquillité c étaient inséparables d'un gouvernement sage et paternel. > (s)

D'après cette communication, il fut décidé que Méan se rendrait à Bruxelles pour s^aboucher directement avec Metternich. La lettre de créance, signée de Hoensbroech (8 février) , portait que son neveu était chargé € d'exposer ses véritables sentiments sur les affaires présentes. > Le prince écrivit aussi à Metternich : c Rien, lui disait-il, n'est plus loin de mes intentions , de celles de mon Chapitre et des membres dont est composée la jointe qu'il a nommée , que de donner à leurs Altesses Royales le moindre sujet de plainte. La pénétration de V. E. et sa droiture me sont un sûr garant du succès de la mission de mon neveu. Vous pouvez , monseigneur , ajouter une foi entière à ce quMl vous dira de ma part. » ( s )

Méan venait de partir quand arriva à Liège une nouvelle dépêche de Metternich à Waseige (7 février), qui aggrava le différend (4).

(0 Fonds GhiseU, farde 523.

(t) Ibid.

(s) Lettre du 8 février. Ibid. Tous ces documents sont de la main de Ghiseis.

(4) Ibid, A ce propos, Ghiseis, le 10 février, écrivit à M' d*AUrin ( Méan le sufTragant) la lettre suivante : « Je veux avoir Thonneur de vous écrire pour vous dire combien nous nous occupons ici de la situation dans laquelle vous vous trouvez, 4 Toccasion du commerce que vous voulez établir (la négociation de Méan). La lettre que je vous ai adressée hier (lettre de Metternich du 7), laquelle je suppose vous aura été remise ce matin , ne nous est pas d*un augure favorable ; il est facile de voir d*oii elle est partie. Le tout est de savoir si on poursuivra toujours aveuglément et opiniâtreté la voie que le doge de Venise (Waseige?) a tracée; c^est ce que vous serez à même d'éctaircir. Le frère du baron (?) et Barbarius Philippus (?) veulent que nous prenions un ton de dignité et de fermeté. Ce dernier en a parlé hier au

[l79Si CHAPITRE XIX. J07

Elle était ainsi conçue : « Le gouvernement général n^a pas cru devoir se borner aux réflexions que présente la dépêche que j'ai eu rhonneur de vous adresser en date du 4 de ce mois. Il pense que les observations, que quelques membres du Chapitre de Liège ont trouvé bon de faire sur la note du 22 décembre dernier , exigent un développement bien précis de ses véritables intentions. Je vous ai bien fait connaître , Monsieur , que le gouvernement général n'a point vu avec indifférence , et particulièrement par les observations des quatre membres du Chapitre , que le gouvernement de Liège ne montrait nulle conflance dans sa manière de répondre aux vues bienfaisantes et désintéressées de S. M. et pour tout ce qui concerne le prince-évêque et son pays ; mais je ne vous ai point fait connaître que le gouvernement-général , voulant enlever aux malveillants tout prétexte quelconque de calomnier ces mêmes vues, et persuadé que le prince et son gouvernement trouveraient dans leur sagesse d'^autres moyens d'opérer le salut et le bien-être du pays, et qu'enfin la diversité des opinions dans le Conseil du prince compromettait la dignité de S. H. I., avait pris décidément la résolution d'indiquer une antre destination à celles de ses troupes qui se trouvent encore détachées dans le pays de Liège , lorsqu'il reçut , des Cours électorales du Rhin, la communication des ordres qu'elles ont donnés aux leurs de quitter le pays au plus tôt. Aujourd'hui le pays de Liège se trouve abandonné à lui-même et à ses propres moyens ; il les a sans doute calculés de manière à ne point craindre de se trouver en défaut. Cette supposition naturelle, provoquée d'ailleurs par le peu de confiance que le gouvernement de Liège a montrée , soit dans la suffisance , soit dans la légalité des mesures proposées de la part de S. H. I. dans la déclaration du 22 septembre , aussi bien que dans

maître d*Ipsis (le grand-prévôt) , avec la plus grande force ; il m*a aussi entretenu de la même manière , en me disant les cboses les plus extraordinaires , et répétant souvent que si jamais la frayeur nous faisait une fois blanchir, nous devrions ensuite passer par tout oii Ton voudrait. Ces gens-lk sont inconcevables. Au reste , je ne saurais rien vous suggérer à cet égard; c'est de Tétat où vous trouverez les choses que vous jugerez, monsieur, ce qu*il y aura à faire. Tai été voir le principal ( Hoensbroech), que j*ai eu la satisfaction de trouver très-bien portant, et dans la meilleure assiette d^esprit possible. H m*a chargé , de même que son neveu le Jacques (le tréfoncier César de Méan , prévôt de Smacques) , de vous dire quelque chose de sa part. » Fonds GhiseU , farde 532.

la note dont il a été question plus haut, cette supposition, dis-je, ne peut qu'^ajouter aux résolutions du gouvernement-général , et je dois conséquemment vous prier. Monsieur, de vouloir bien me mettre à même de connaître , par une réponse prompte , claire et catégorique , quelles sont à cet égard les véritables intentions de S. A. Elles décideront enfin des dernières mesures que le gouvernemenl-f énéral a à prendre. »

Convoqué de nouveau, ce comité du Chapitre fit, par la plume du grand-écolâtre , des observations sur les dernières dépêches de Metternich , observations destinées à servir d'instructions à Méan , à qui on s^empressa de les envoyer pour qu'il s'en servît dans son explication avec le ministre. Le document est assez incolore, à dessein probablement; on dit les raisons de l'établissement du comité : les membres qui le composent sont bien éloignés d'avoir voulu manquer de respect à l'Empereur ; un atlachement scrupuleux à la constitution germanique a seul dirigé leur conduite ; il n'est guère possible que le prince sollicite de la Chambre impériale le rappel de la Commission, aussi longtemps que les sentences de ce tribunal suprême n'auront point sorti tous leurs effets, (i )

Ainsi c'était Méan qui devait s'expliquer avec Metternich sur l'objet de sa dernière lettre à Waseige, et lui donner cette réponse prompte^ claire et catégorique qu'il réclamait. Arrivé ù Bruxelles le 9 février , l'ambassadeur du Chapitre eut le lendemain sa première entrevue avec le ministre, qui se montra on ne peut plus conciliant. Méan lui exposa d'abord les raisons qu'on avait eues pour solliciter le maintien des troupes des électeurs : « Il les a approuvées, écrivait-il, et a été entièrement dissuadé sur le manque de confiance qu'il avait supposé dans V. A. par rapport à l'efficacité du secours des troupes autrichiennes (s) » Méan ensuite lui expliqua pourquoi le comité avait été établi, et quels seraient les résultats probables du rappel de la Commission. Metternich parut se rendre à toutes ses raisons , et finit par promettre de laisser à Liège le nombre de troupes qui

( 1 ) Fonds Ghisels , farde 522. Cette pièce, en brouillon de la main de Ghisels, est intitulée : Observations sur les lettres de M' le comte de Metternich à M' de Waseige et à Son AUesse, pour servir d^instructions remises à M^ le suffiragant^ le 8 février 1792.

(t) Lettre do iO février à Hoensbrocch. Ihid,

serait jugé nécessaire. Le plénipotentiaire du Chapitre envoya au grand-écolâtre copie de la lettre qu'il venait d'écrire, avec ce posi-scriptum indiquant le complot qui allait soustraire Hoensbroech à Finfluence de son ministre : c Ne sachant pas si vous avez dit au prince que vous m'aviez envoyé un courrier , je n'en ai pas parlé dans ma lettre , parce qu'il est probable que Waseige la verra. » ( i ) Les réfugiés de Bruxelles parlaient tout différemment de cette entrevue de Méan avec Metternich. Le 15 février, Rasquinet, à ce propos, écrivait à Fabry : c Le suffragant n'a pas eu d'audience de l'archiduchesse , mais bien du ministre , après s'être présenté trois fois sans l'obtenir. Je suis en correspondance directe , et suis assuré qu'il a été parfaitement mal. reçu, que l'on a insisté sur le départ de celte calamité pubUgm^ et sur une amnistie générale dont le refus trop constant indigne ce gouvernement. Wetzlar, que Ton sait penser de même , a envoyé un décret qui ordonne de la donner. En conséquence il va en paraître une demain , qui sera limitée ; on assure que six seront encore exclus , mais soyez persuadé que le prince sera forcé d'en donner une autre sans réserve(3). > Rasquinet et ses amis avaientde grands motifs d'espérer, car sur ces entrefaites Waseige, à la demande et sur les indications de Metternich, avait rédigé un projet d'amnistie qui allait fournir à la majorité du Chapitre une nouvelle occasion de se déchaîner contre lui, et de persister dans son système de réaction implacable. Ce n'est pas que le document fût , sous le rapport de la rédaction , différent de ceux qui l'avaient précédé : il renfermait des protestations de clémence et d'oubli qui n'engagent à rien , si les dispositions qui suivent ne montrent pas une volonté sérieuse de les appliquer (s). Nous tenons seulement à constater que Hoensbroech s'y déclarait disposé à accomplir la clause insérée dans Parlide l^de Famnistie du 20 octobre^ clause par laquelle le gouvernement se réservait d'admettre à faire leur soumission un certain nombre de ceux qui se trouvaient, en qualité de chefs, fauteurs au principaux instigateurs de la révolte , portés sur les deux listes de proscription dressées par la Commission exécutrice. Ces proscrits, qu'il s'agissait

(0 rond4 Ghisels, farde 522.

(i) Papien de Fabry.

(s) Fonds GhiseUy farde 522.

i<0 RÉVOLUTION LIÉGEOISE. [1793]

de gracier, étaient au nombre de treize : Hansez et A'^Omalius compris dans le décret du 8 juillet, Cologne^ Lassence^ Bastiriy Masson, fiailly^ DellecreyeTy CraUe^ Henkart prélocuteur, Bourguignon ^ Fraipont et Crahay compris dans celai du 18 octobre. Ce projet rencontra une opposition à laquelle probablement Waseige s'attendait, et nous citerons en premier lieu celle de Méan, car il importe de prendre acte des sentiments qui animaient Thomme destiné à remplacer Hoensbroech. Informé par Ghisels du projet de Waseige et de ses instances pour le faire adopter , il lui écrivit : « J'ai été surpris de voir par votre lettre qu'on pressait encore le prince d'accorder une amnistie. Tout le monde que je vois ici convient assez de la nécessité de faire quelques exemples. Si le prince pouvait différer un peu de la publier, ou pourrait approfondir si elle est nécesaire ou non (i ). > Ce peu de lignes , sans montrer Méan positivement contraire à l'amnistie , permettent cependant de le croire disposé plutôt à faire quelqties exemples , et son règne fournira l'occasion de constater que telle était bien en effet sa manière devoir, (s)

Tout ce que nous savons encore de la mission de Méan, c'est qu'il eut, le 17, son audience de congé des gouverneurs-généraux , puis une seconde entrevue avec le ministre plénipotentiaire, et qu'il quitta Bruxelles le jour même ou le lendemain. En effet, le 21, le comité fut convoqué pour entendre son rapport, et aucune décision n'avait encore été prise , quand Waseige reçut de Metternich l'avis quil envoyait à Orts (24 février), avec ordre de les lui communiquer, « de nouvelles directions dont les circonstances embarrassantes exigeaient une exécution littérale de sa part. Elles ont pour objet , ajoutait-il , d'obtenir du gouvernement de Liège une réponse plus précise et plus satisfaisante, sur la dernière note qui lui a été transmise, et, à défaut de cette réponse, les mesures auxquelles le gouvernement-général s'arrêtera, seront invariablement suivies. Je vous serai obligé , M' , de peser dans votre prudence si les directions

( 4 ) Lettre du iS février. Fonds Ghisels, farde 522.

( s ) Voir, dans la farde 522 d^à citée , une pièce sans date ni signature , et qui porte seulement l'adresse : à M' le grand-écolàtre. On y trouvera un écbantillon des misérables raisons par lesquelles on étayait la réaction. Ce document doit émaner d'un personnage important , et nous en avons trouvé dans le Fonds Ghiseh d'autres de la même écriture, mais toiyours non signés.

que je fais passer à M. Orts ne sont pas telles que la crise du moment semble les exiger ; Pintérêt éclairé et réfléchi que vous prenez au bien être de S. Â. et du pays de Liège, me fera toujours ajouter du prix à votre opinion , comme je me ferai sans cesse un devoir de relever la sagesse des principes que vous avez développés dans les relations que les affaires de Liège ont établies entre nous. Vous ne sauriez donner une preuve plus signalée du véritable altachemenl que vous portez au prince et au pays, qu'en éclairant S. A. dans cette circonstance, sur les inconvénients incalculables dont elle se trouve menacée , en ne se rendant pas au vœu que M. Orts lui fera connaître et qui ne peut plus varier (i). » Ces éloges accordés à Waseige étaient fort naturels dans la bouche de Melternich. Le ministre de Hoensbroech semblait avoir décidément renoncé à son système de réaction excessive , et accueilli les idées de modération que rÂutriche ne cessait de préconiser. Peut-être voulait-on à Bruxelles tenter de conjurer Torage qui menaçait son existence ministérielle? une démonstration énergique pouvait rassurer son crédit ébranlé, en amenant ses adversaires à composition. Si Ton fit ce calcul, évidemment on ne tint pas assez compte des ressources que puisent dans la force d'inertie les gouvernements destinés à périr.

Ces nouvelles directiom envoyées à Orts avaient probablement été rédigées à la suite d'un rapport fait par Metternich aux gouverneurs-généraux quelque temps auparavant (30 janv. ). Il y relevait, en termes fort vifs, les procédés delà Commission exécutrice, et les graves difficultés que la conduite de Hoensbroech préparait au gouvernement des Pays-Bas : c On doit regretter plus que jamais , disait-il, que les commissaires de l'exécution, soutenus par quelques intrigants , aient rejeté jusqu'à présent les conseils vraiment désintéressés du gouvernement général , surtout de mettre un terme à leurs opérations. Il est certain que , par leur marche lente, pédantesque et d'ailleurs ruineuse , ils provoquent journellement les ressentiments du peuple liégeois. Certes le gouvernement-général doit s'applaudir de la conduite opposée qu'il a tenue. Il a fourni une

preuve sensible de h droiture des vues du souverain, et n'a cherché j

(i) Lettre du 94 février. Fonds GhiseU, farde 523. I

112 RÉVOLUTION LIÉGEOISE. [nw]

que le bieo-étre du pays de Liège ; il y mainlienl encore aujourd'hui Tordre et la tranquillité , sans partager les justes reproches que la Commission continue d'encourir par des lenteurs si onéreuses au pays. Cette conduite a produit l'effet qu'on devait s'en promettre, celui de ménager au gouvernement-général la confiance de la nation liégeoise , et cet état de choses est bien précieux dans les circonstances. » (i)

La pièce mentionnée dans la lettre de Metternich à Waseige venait donner un singulier démenti aux espérances que le langage du ministre avait fait concevoir à Méan.Elle disait que, d'après les explications données au nom de Hoensbroech par son plénipotentiaire, le gouvernement des Pays-Bas s'attendait à que ce prince se joignît à l'Autriche et aux deux Cours électorales, pour demander à la Chambre impériale de rappeler , ou tout au moins de suspendre la Commission; qu'il communiquât le projet de cette demande aux gouverneurs-généraux , en les priant de l'appuyer ; qu'à l'occasion du départ des troupes , il en annonçât les véritables motifs vraiment propres à tranquilliser les esprits , et généralisât l'amnistie , en se bornant à en tenir exclus un petit nombre de chefs. A ce sujet, il était dit dans la note que Monsieur le suffragant s'était engagé à y faire comprendre les sieurs Donceel et Gosuin (î). Enfin on ajoutait que ce môme suffragant ayant exprimé, au nom du prince et de son Chapitre , le désir de conserver une partie des troupes autrichiennes, le gouvernement-général était disposé à l'accorder, et attendait les propositions qu'on jugerait convenable de lui faire. Tels étaient les points sur lesquels Orls demandait aux conseillers de Hoensbroech de s'expliquer ccUégoriquement et sans plus de délai. « Il est plus qu'urgent, ajoutait-il, que S. A. dise si elle veut, ou si elle ne veut pas, profiler des moyens, des secours et de la protection que S. M. lui a fait éprouver jusqu'ici et offrir pour la suite ; si elle croit, ou ne croit pas, pouvoir déférer au mode juste, équitable et adapté aux circonstances de cette protection , de ces secours et de ces moyens. Le gouvernement-général ne peut plus différer de

(i) Chancellerie des Pays-Boê à Vienne, Vol. 371.

(f) La note porte aussi Bailly; mais on a vu qu*ilse trouvait déjà sur la liste jointe au projet de Waseige.

(t79ij CHAPITRE XIX. 113

prendre des résolations ultérieures et définitives à cet égard ; c'est la réponse de S. A. qui en déterminera la nature. » (i)

La réponse à cette pressante invitation est du 9 mai. Elle est fort longue^ et nous indiquerons seulement ici le sens de la réponse faite aux quatre paragraphes de la note. Le prince refusait de demander le rappel ou la suspension de la Commission : sans elle , sans Tautoriié dont la Chambre impériale l'avait investie, il était impossible que les affaires marchassent, car il eût fallu recourir sans cesse à Wetzlar, et les causes probablemenl n'auraient jamais été décidées. D'après cela , il ne pouvait être question de communiquer un projet de demande à ce sujet, mais il y aurait lieu de prier la Chambre de décider incontinent sur les rapports de la Commission, comme aussi sur les représentations des tribunaux du pays, et d'autoriser ces tribunaux à juger ex aucloritate caesarea , c'est-à-dire sans appel à Wetzlar; si la proposition était agréée, on se ferait un devoir d'en soumettre la rédaction aux gouverneurs-généraux. Le prince, ajoutait-on , n'avait pu faire la déclaration relative au départ des troupes du cercle, parce qu'elle était contradictoire à la demande déjà adressée aux deux électeurs de laisser à Liège une partie de leurs troupes; il n'avait pu non plus accepter le projet d'amnistie présenté par Wasseige, parce que tous ses conseillers avaient désapprouvé la mesure et la tenaient pour dangereuse ; depuis celle du 18 octobre d'ailleurs, les chefs de la rébellion restaient seuls exclus. < Je ne puis refuser à ma franchise , disait à ce propos le prince , de faire , sur le point des amnisties et des grâces particulières , une observation à V. E., d'après laquelle elle verra que je suis éloigné de recueillir le tribut de la juste reconnaissance que je devais en attendre. Je ne sais par quelle fatalité toutes les instances qui m'ont été faites ci-devant pour des amnisties , ont été devancées par un bruit général, tantôt que la Chambre impériale m'y obligeait, tantôt que les cours électorales ou le gouvernement-général des Pays-Bas avaient mis ce prix à leur secours. Ce bruit a encore été répété en dernier lieu , avant que la note me fût remise par M. Orts de BuUoy : on disait que , si l'amnistie générale ne se donnait point, le gouvernement-général retirerait ses troupes. Il résulte de là que les mécon-

(f) Fondé GhiseU, farde 521

iu RÊTournox uécboisb. [nsà]

lents el maheiliaBts , qaî seuls ool été dans le cas de receroir des bientaits de cette nature, toot en en jonissaDt, sont loin de croire en aroir reca , et disent qqe je n*ai ronpii qne très-imparfaitement nne obligation qne j'*ai contractée par contrainte, i Après ce coop de boutoir, aoqoel Mettemich aurait pu répondre qu^on était rede- Table de ce résultat précisément i la politique insensée suivie à Liège, et qu*une attitude plus généreuse Paurait érité , Hoensbroecb exprimait rintention danser néanmoins de son droit de Eaire grflce , mais non au profil d*un homme comme Gosuin, qui tenaù parmi les eaupables la première place après Fabry. Enfin , répondant au dernier paragraphe de la note il exprimait le désir de conserrer une partie des troupes autrichiennes; le nombre de celles qui étaient restées lui semblait suffisant, et , quant au traitement à leur faire , il s^en rapportait Tolontiers au cœur généreux de r Empereur.

Au moment où cette réponse partait pour Bruxelles, on venait d^y recevoir la nouvelle bien inattendue de la mort de Léopold (1*^ mars), et ce triste événement, en précipitant la déclaration de guerre de la France , ne permettait plus à Mettemich d^amener les conseillers de Hoensbroech à résipiscence, comme il paraissait en avoir conçu le projet. Sa réponse est du 10 avril: il rappelle les faits, et termine en rendant hommage au concours que lui a prêté Waseige, à qui il adresse sa lettre : c Vous avez, M**, nous le savons, proposé à S. A. une déclaration et extension d'amnistie à laquelle elle n'^a pas cru pouvoir se porter. Nous n'^ignorons pas non plus que S. A. a semblé vous resserrer sa confiance , à proportion que votre conduite nous a fait revenir de Topinion où nous étions que vos principes étaient outrés et trop sévères, à proportion de Tintelligence qui s'est établie de vous à nous , comme si elle avait eu pour objet rien de contraire au bien-être du prince et de son pays , comme si elle leur était aussi dangereuse qu'elle est réellement nécessaire à la consolidation du bien et du rétablissement qu'ils lui doivent. Les choses en étant là et à ce degré de méfiance de la part du gouvernement de Liège, celui-ci n'ayant encore rien fait, ne s'étant pas encore clairement expliqué sur rien de tout ce qui lui a été proposé ou intimé de la part du gouvernement-général de S. M., afin de mériter d'elle l'accomplissement de ce qu'on lui avait fait espérer, il faut nécessairement en conclure qu'on n'attache à Liège à ces objets ni

[1798] CHAPITRE XIX. ilS

le prix, ni Timportance que cela semble exiger, et qu'on y a d'autres moyens, préférables sans doute, pour parvenir au même but du bien-être public que S. M. a voulu y opérer, dans quel cas son gou- Temement-général , craignant plus de le relarder qu'il n'^espérait pouvoir Favancer en voulant influer davantage , doit nécessairement s'en dispenser, et les circonslances devront déterminer les mesares ultérieures à prendre. Je m'empresse donc, M% de vous en prévenir , pour que vous en informiez sans délai S. A. » (i)

Hoensbroech répliqua (2 avril) en rappelant aussi les faits, les expliquant à sa manière et défendant ses intentions. Nous en avons dît assez sur cette polémique, pour ne pas insister davantage; les événements graves qui se préparaient au-dehors y mirent fln , et appelèrent sur un autre théâtre l'attention des hommes d'État autrichiens. Il resta à Liège un nombre suffisant de troupes pour y maintenir Tordre , insuffisant pour repousser une agression extérieure. Le gouvernement liégeois était rassuré contre une nouvelle insurrection (t) ; mais, pour continuer à satisfaire ses rancunes, pour conserver cette Commission exécutrice qui lui prétait un concours dévoué, il lui fallait s'adresser à Welzlar, où il allait encore se heurter contre l'Autriche. C'est sur ce théâtre que nous avons maintenant â appeler l'attention de nos lecteurs : ils pourront apprécier la moralité des moyens employés par ces hommes qui prêchaient la probité aux autres, et la dédaignaient pour eux-mêmes.

En obtenant de la force des choses, non du bon vouloir de l'Autriche ^ la prolongation du séjour d'une partie des troupes impériales à Liège, le gouvernement de Hoensbroech n'avait pas d'avenir assuré. Qu'un ordre venu de Vienne ou de Bruxelles les rappelât, et la révolution éclatait de nouveau. En montrant autant de raideur dans sa négociation avec Metlernich, le Chapitre comptait bien que cet ordre ne serait jamais donné; il était bon, néanmoins, de se prémunir contre toutes les éventualités, et d'avoir â sa disposition d'autres troupes. Celles des deux électeurs convenaient à tous égards; mais leur présence à Liège supposait la continuation de l'exécution.

(4) Fondé Ghiêeli, farde 522.

(t) Voir à ce sujet une lettre de Ghisels à Kempis da 7 mai , oh il se félicite aussi d'avoir tenu ferme. Ibid.

116 ftÉVOLUTION LIÉGEOISE. [1792]

et, par suite , le maintien de la Commission. Ce maintien était donc la première chose à obtenir.

A côté de cette question principale venait se placer celle de la réformation de la sentence du 9 décembre , fort importante aussi et plus délicate que Tautre , puisqu'il s'agissait d'amener la Chambre à se rétracter. Zwierlein avait donné sans doute de nombreuses preuves de dévoùment au parti conservateur ; mais il se faisait vieux et infirme , et Ton avait besoin d'un agent actif pour persuader aux juges de Wetziar le mal jugé de leur dernière sentence , pour paralyser les efforts contraires des patriotes, surtout ceux de TÉtat-noble , qui , malgré sa soumission , avait été forcé de soutenir plusieurs procès relatifs à son attitude pendant la révolution , et cherchait à profiter de la réaction qui se faisait jour dans la Chambre impériale. Le Chapitre jeta les yeux sur un homme dont nous avons déjà signalé des actes tout favorables à la cause du prince , et qui , après avoir fait partie de la Cour de Yliermal , venait d'arriver (5 janvier) à réchevinage de la Cité , où il avait succédé à De Thier. Il s'appelait S. T. de Luesemans , et venait d'atteindre la cinquantaine (il était né le 18 janvier 1 742 ) , âge où le corps, parvenu à son plein développement, devient un excellent auxiliaire pour l'esprit mûri par l'expérience. Instruit, adroit, insinuant, il possédait les qualités premières de la mission qu'il s'agissait de lui confier , et il arriva à Wetziar dans les derniers jours de février. Sa correspondance avec le grand-écolâtre , à qui il doit avoir été indiqué par Méan , offre beaucoup d'intérêt. Nous allons nous y arrêter quelque temps , car elle nous fera connaître les manœuvres qu'on employa pour obtenir de la Chambre la reculade à laquelle le Chapitre attachait une extrême importance. Nous n'y avons pas trouvé la preuve écrite des prévarications dont les patriotes accusaient certains juges de Wetziar. Toutefois^ en lisant les lettres de l'agent du Chapitre, on se sent dans une atmosphère d'argent qui soulève le cœur.

Dès son arrivée à Wetziar, Luesemans commença ses courses en allant (2 mars ) d'abord faire une visite au grand-juge. Le C. de Spaur — ainsi s'appelait le président de la Chambre impériale — passait pour défavorable à Iloensbroech , et ne l'était pas devenu moins depuis la lettre injurieuse dont Zwierlein s'était tant plaint: c Au premier abord, dit Luesemans, il était froid , haut, et avait même

lt79Sj CBkPliM XlX. IfT

00 air rebutant. Je lui dis ({ue j'étais envoyé par le Chapitre et S. A. poar implorer sa haute protection , le suppliant qu'il daignât achever son ouvrage, que c'était à la chambre impériale que le pays de Liège devait son salut. Voilà un Umqage nouveau y me dit-il , ce n'est pas ainsi que le prince écrit; cette lettre^ M^y n'était point constitutionnelle. Tout ceci fut dit avec inàniment d'humeur et en ricanant. Je pris le parti du plus respectueux silence. II revint peu à peu, sembla goûter les raisons que j'alléguai, et me parla à la fin trés-affectueusement; il me fit même l'honneur de me dire qu'il était fort aise de m'avoir écouté y que j'étais le premier qui Im avait fait un portrait de notre prince tel que je le lui avais dépeint , et qu'il me croyait. > (t )

Le môme jour, Luesemans vit encore deux assesseurs, et s'attacha i bien leur expliquer la justice des prétentions de ses commettants. Impossible, assurait-il, démettre à la charge de l'État les déprédations et concussions commises pendant les troubles; jamais le Tiers n'y consentira , lui qui déjà se plaint amèrement de l'inexécution de la première sentence, à telles enseignes « qu'il a voulu à plusieurs reprises se transporter à la commission impériale, cette sentence à la main, pour demander qu'on l'exécutât dans tous ses points; il réclame instamment le procès des rebelles jugés par la commis* sion (t). 1 Pour ce qui concerne cette commission, Luesemans a entendu avec plaisir un de ses deux interlocuteurs , l'assesseur Fahnenberg , lui dire , en faisant allusion aux démarches fort actives du comte de Borchgrave , envoyé à Wetzlar par résolution de son ordre, c qu'il était inconcevable qu'un simple particulier, membre de l'état de la noblesse, s'avisât de son chef de demander le renvoi de la commission, tandis que S. A., le chapitre cathédral, les États-primaire et tiers trouvaient son séjour encore très-nécessaire (s).» L'autre, l'assesseur Riedesel, après l'avoir attentivement écouté, lui dit au moment où il prenait congé : c Soyez tranquille, nous ferons bonne justice. > Luesemans s'empressa de mander ces détails à Ghisels , et crut pouvoir lui dire : c J'ai tout lieu de croire que nous sonmies venus à propos, et assez à temps pour arrêter

(i) Lettre du 4 mars. Fonds Ghisels, farde 678.

(f) ibid.

(%)lbid.

TOMB II. g

i18 RÉVOLUTION LIÉGEOISE. [l79Sj

toute surprise, et faire revenir la chambre de la résolution qu'elle semblait avoir prise de faire exécuter la dernière sentence à la lettre , dans les points qui sont défavorables à la bonne cause. » (i)

Le lendemain Luesemans ne put faire qu'une seule visite : pendant deux heures , il eut à soutenir une discussion assez vive avec le fils du grand-ju^e , ce comte de Spaur que nous avons déjà eu Toccasion de signaler comme s'étant offert à servir de traducteur aux patriotes. Cet assesseur se montra fort mal disposé pour la Commis* sion, qui, dit-il à Luesemans, vous mange j ne vous est d*aucune utilité i et est intéressée a tirer la laine. Il appuya aussi sur la nécessité d'une amnistie dont ne seraient exceptés qvi'un petit nombre des plus coupables , et désapprouva hautement la confiscation : c Quel fruit, disait -il avec raison, tirera le pays de ruiner quelques familles en confisquant les biens? Je veux môme que cela monte à un million; quel soulagement portera cette somme, modique en considération de Timmense dette de l'État , à la caisse publique ? » Luesemans répondit de son mieux à ces objections , et il terminait sa lettre à Ghisels en disant : c Malgré son inclination pour TÉtatnoble , qu'il a peine à cacher , je ne doute nullement qu'il aille bien quant à la grande affaire (t). n On nous pardonnera d'entrer dans ces détails : il est nécessaire, pour comprendre la nouvelle évolution de la Chambre , de bien connaître les intrigues dont on se servit.

Ces démarches de Luesemans lui valurent les félicitations de son correspondant , qui profita de l'occasion pour lui recommander le principal objet de sa mission, c II est essentiel, lui écrivait-il le 7 mars, de conserver la commission impériale. Elle est toujours aussi nécessaire que jamais , pour instruire la Chambre avec impartialité. M' Zwierlein a écrit à Despreetz que plusieurs du sénat penchaient pour le rappel de la Commission , que M<^ Baeleman insistait pour qu'elle restât , qu'il a adressé une supplique pour éviter le décret qu'on voulait rendre sur ce point, et il a ajouté que la dépense qu'elle occasionne n'est rien, en comparaison des services qu'elle rend , et que, d'ailleurs , il est certain que l'on ne paye que 16 écus d'Allemagne par jour (3). » Ghisels revient là-dessus dans une lettre

( 4 ) Fonds Ghiielê , farde 678.

(1) Sans doute le maintien de la Commission exécutrice. Lettre du 5 mars. Ibid.

(s) Ibid.

[rm] CHAMTIIB XIX. ii9

da 10 mars , où il lai recommande d'insister sur le maintien de la Commission, ne fût-ce que pour quelque temps; la nouvelle de la mort de TEmpereur, lui dit-il, est arrivée hier < et a excité beaucoup de fermentation dans Tesprit des rebelles , que Ton a vu se rassembler de toutes parts, pour se réjouir entre eux. » Si, dans ces conjonctures, la Commission était rappelée, on y verrait un indice du d^rt des troupes, et cela rendrait les rebelles plus entreprenants que jamais. Suivent quelques observations relatives au recours exercé par les échevins contre le comte de Lannoy , puis cette réflexion par laquelle il clôt sa lettre : c Malgré les belles apparences des comtes de Spaur père et fils, je crois qu'il est prudent de ne pas trop s'^y fier; le grand juge surtout est un homme rusé, f ( i )

Comme Luesemans avait appris qu'en effet Tassesseur Baeleman se montrait favorable au maintien de la Commission, il lui fit aussi une visite ( 43 mars ) , et s'empressa de transmettre le résultat de ses démarches au grand-écolâtre. Quant à Taction intentée par les échevins an comte de Lannoy , cet assesseur la désapprouva , soutenant qu'il fallait , avant de s'adresser aux intermédiaires , mettre directement en cause ceux qui avaient reçu l'argent extorqué, Levez notamment, dont on avait une quittance. Sur la question des adyoints qu'on avait donnés à l'échevinage , il déclara que probablement la mesure serait rapportée , et qu'alors c on pourrait aller en avant contre tous les décrétés ; mais il fallait que leur procès fût fait, avant de pouvoir procéder à la confiscation de leurs biens. » Voilà du moins un grand point de gagné y dit Luesemans en terminant le récit de son entrevue. Sa lettre renferme aussi ce passage assez curieux sur la Commission: < C'est, dit-il, d'après ses instructions seules que la dernière sentence a été conçue. Si elle avait donné de meilleures informations et plus souvent , tout cela ne serait pas arrivé... La Chambre dit qu'elle était infiniment mieux informée de ce qui se passait à Liège, avant que la Commission y fût , que depuis qu'elle y réside. Kémpis vient d'écrire à Zwierlein ; il meurt de peur de devoir s'en aller (i). > Du reste, sur l'estime réelle que faisaient de cette malheureuse Commission ceux mêmes qui la proclamaient

(i ) Fondé Gkiteli, farde 678.

(f ) Lettre du 13 mars. Ibid.

nécessaire, les documents abondent. Ainsi Zwierlein, dans une lettre où il mandait (25 mars) à Ghisels ses démarches à Bonn et à Mayenceàcesujet, lui disait: c Je sais très bien que M. de Kempis s'occupe plus de ses plaisirs que de nos affaires , mais sa continuation est toujours un mal moindre que son avocation : entre deux maux il faut choisir le plus petit. > ( i )

La fin de la lettre de Luesemans est relative aux démarches faites à Wetzlar par le comte de Borchgrave en faveur de ses collègues de rÉtat-noble. Ce seigneur, dit-il, a fait beaucoup de rêvérefMs à Tassesseur Schmitt, qui s"*; est montré fort sensible, ainri qu'aux flatteries dont on Vencensait , tandis qu'il le regardait luimême de travers. D'après cela, ayant appris que ce juge, qui n'était pas prodigieusement généreux^ possédait une collection de tableaux dont il s'exagérait la valeur, il s'est donné pour connaisseur, et a été invité à examiner les prétendus chefs-d'œuvre. Admis chez le noble amateur, il s'est extasié devant les trésors quHl possédait. Une des moins mauvaises de ces toiles était fort endonmiagée ; il offrit d'en surveiller la restauration par un artiste liégeois, ce qui fut accepté avec empressement, c Je crois maintenant, ajoute-il en terminant le récit de cette scène assez piquante, que tous les quolibets («) de H' le comte ne lui serviront de rien , et si ce seigneur assesseur n'est pas absolument pour nous , j'ose bien vous promettre qu'il ne sera jamais contre (s). > Au moment de sortir, Luesemans hasarda quelques mots de la négociation, et il fut autorisé à envoyer une note à laquelle on promettait de prêter attention. Il vit également l'assesseur Dittfûrth, qui passait pour être le plus contraire au prince , et l'amena à convenir qu'il était injuste de charger la caisse publique des dettes de la révolution.

On voit que l'agent du Chapitre ne négligeait rien pour assurer le succès de sa négociation , et il acquit bientôt la preuve que ses démarches n'avaient pas été stériles. Il n'est pas impossible qu'il les ait un peu exagérées, pour s'en faire un mérite auprès de son cor-

( 4) Lettre du 25 mars. Fondt GhiteU, farde 678.

(i)Ou plutôt, pour écrire comme Luesemans, toutes les coUhethe»^ façon de parler wallonne qui a un sens un peu différent de celui que présente le mot français.

(•) Lettre du 13 mars citée plus haut.

|11»] CHAPITRE XIX. iSl

respondant. Noos devons dire, toutefois, qu'un examen attentif des pièces nombreuses qui se rattachent à sa mission , pièces qu'il serait fastidieux d^analyser et même d'énumérer, nous a pleinement conyaincu de la part considérable qu'il prit à la nouvelle sentence dont il sera bientôt question. Zwierlein lui-même , trop rusé pour ne pas comprendre le sentiment de défiance qui avait envoyé Luesemansà Wetzlar, essaya parfois d'ébranler, par des insinuations malveillantes, la confiance du grand-écolâtre en son agent, sans contester jamais ni l'activité de celui-ci , ni sa coopération au succès obtenu. Ainsi il terminait par ces réflexions une longue lettre consacrée à exposer toutes ses démarches : € Je ne vous allègue que des faits, et la raison principale qui m'a engagé à vous en informer, c'est que M. de Luesemans, ne connaissant pas encore ni les hommes d'ici, ni les formes, saisit quelquefois mal les idées, ou se fie trop à ce que lai disent des personnes auxquelles on ne saurait ajouter foi, et je soupçonne qu'il reçoit quelquefois des instructions de Liège différentes de celles que vous lui donnez. Ceci en grand secret. » (i) Terminons le récit de cette partie de la négociation confiée à Luesemans par quelques extraits de son intéressante, mais volumineuse correspondance avec Ghisels : ils serviront à nous édifier toujours davantage sur la nature des moyens employés, c Un assesseur de notre Sénat (t ) m'a dit hier , écrivait-il le 18 mars , que j'ai bien fait d^arriver, qu'il y avait une sentence prête , qui , à l'en croire , ne nous aurait pas fait plaisir... Je vois clairement que, si la Chambre ne croyait pas indigne d'elle de revenir ouvertement sur ses pas , bien des choses seraient déjà redressées... L'État-noble intrigue toujours beaucoup. Il y a ici une baronne de Greiffenclau, qui fait ce qu'elle peut près de son beau-fils le comte de Spaur. Mesdames les chanoinesses de Munsterbilsen s'avisent aussi de recommander MM. les nobles , mais tout cela ne peut rien sur notre Sénat (s). > Deux jours après (20 mars ) il lui écrivait encore : c Je tiens de M. Seich , agent de l'Électeur palatin , que notre rapporteur ,

(0 Lettre du 25 mars également citée plus haut.

(t) Nous avons déjà dit que ce nom désignait la section de la Chambre impériale chargée de juger un procès. Cette lettre est celle dans' laquelle Luesemans, recommandant le secret à Ghisels , lui annonce rcnyoi du tableau il restaurer.

(i) Ftmdf GhUeU, farde 678,

12S RÉVOLUTION LIÉGEOISE. [i79t]

M'' BaelemaD , a dit à H' Green : cet écheoin a bien fait de vetnr. J'augure de là que j'ai tout arrêté, et que mes sollicitations n'ont pas été infructueuses. » Ghisels lui avait écrit , quelques jours auparavant, que le prince venait de faire grâce à Henkart, à Bourguignon, à Crahay, à d'Omalius et à Hansez. Dans la lettre que nous analysons , Luesemans répond sur cet objet en termes qui dissimulent mal sa désapprobation : c Je ne vois , dit-il , nulle part le repentir sur les figures , je lis , au contraire , une rage qui se morfond. J'espère que la mort de l'Empereur produira un changement d'opinion à Bruxelles , et qu'on laissera jouir le prince de la plénitude de sa puissance , sans vouloir lui prescrire la conduite qu'il a à tenir. Les patriotes ont crié victoire à la mort de l'Empereur, mais j'ai lieu de croire, par tout ce que j'apprends, que leur joie sera de courte durée. > (i)

Luesemans écrivait encore le 21 mars : « M** de Zwierlein vient de me dire qu'il sort de chez notre co-rapporteur. H' de Fahnenberg , qu'il l'a trouvé furieux et pleurant de rage (je me sers de ses propres termes ). Le pourquoi ? le voici : c'est qu'il dit qu'il est déshonorant pour la Chambre de devoir revenir ainsi sur ses pas, et cela sur tous les points de sa sentence. Que dira-t-on de nous, ajoute-t-il?Il a jeté les actes de côté , et dit qu'il ne peut plus y travailler , que le tout s'embrouille. Zwierlein est ému lui-même , il voit que la Chambre n'a pas été bien informée , qu'elle n'a pas connu notre constitution. Je ne la connais pas moi-même, dit-il, et voilà vingt ans que je travaille pour Liège , et puis il s'emporte contre M' de Kempis de ce qu'il n'a pas mieux instruit la Chambre, qu'il lui a écrit plus de cent lettres , qu'il ne faisait rien , qu'il ne s'est pas du tout instruit à Liège, qu'il n'a envoyé à la Chambre que des informations indifférentes. Il est sans doute fort triste pour moi d'apprendre que la commission nous a été plutôt nuisible qu'utile , car si les échevins , les XXII , le Chapitre avaient été chargés d'informer la Chambre, cette fatale sentence n'aurait jamais vu le jour; dans le fond , HH. Baeleman et Fahnenberg sont d'honnêtes gens , et ne veulent que le vrai. De là leur rage de ce qu'ils ont été trompés, et la honte de se dédire , d'avouer qu'ils n'ont porté celte

(0 Lettre du 30 mars. Fondé OhUeU , farde 678.

[Vm] CHAPITRE XIX. 123

sentence qae sur de faux principes. Zwierlein est honteax de son côté de ne pas ravoir empêché. Tout allait bien, dit-il, avant l'arrivée de h commission. Tétais bien instruit alors , et tons les décrets, toutes les sentences étaient en notre faveur ?» Le comte de Borcligrave , ajoQtait Lnesemans, avait eu raison d'annoncer à ses collègues de rËtat-noble une sentence favorable ; elle était prête , en effet, et pire que la première , totalement en faveur de nos adversaires. Qaant à la colère de Fahnenberg , elle provenait de ce qu'il devait, eo présence des preuves produites , revenir sur ses pas , s'il ne roulait confirmer une injustice. Il était mécontent de Zwierlein qui ne Pavait pas mieux instruit^ et furieux d'être la dupe de Hoffmann qui ne dormait pas sur ses œufs. €l\ sent l'injustice de la sentence (da 9 décembre) , disait encore Luesmans , il est honteux d'avoir biTorisé les nobles, en un mot tablé sur de faux principes. » (i )

A ce qui précède Luesemans ajoute qu'il a reçu le rapport de la bagarre où les patriotes liégeois se sont comportés d'une manière tamdaleuse contre la mémoire de feu F Empereur {%). Il en a fait lecture en pleine assemblée , ayant soin d'ajouter que c'était le fruit de la sentence du 9 décembre , et de la croyance où l'on était à Liège que la Chambre était maintenant contraire au prince , et il s'est aperçu qu^on lui donnait raison. Il demande ensuite à Ghisels sur quek points il peut se relâcher : < Il me semble, dit-il , que ceux qni touchent immédiatement le prince et le pays sont ceux que nous devons avoir le plus à cœur. Je suis échevin , à la vérité , mais je me souviens que je ne suis pas ici envoyé par le corps et pour le corps directement , mais par vous et pour les affaires générales du pays. Les échevins n'auront pas d'adjoints , pour ce point là on me l'accordera. » On pourrait cesser de combattre l'établissement d'un tribunal d'avocats pour juger les contumaces ^ puisque le prince doit nommer tous ces juges. À la vérité , on trouvera difficilement des avocats disposés à accepter une semblable mission ; mais alors la Chambre aura un motif pour envoyer la cause ad exteros impar^

(0 F&Hds GhUeii, farde 078.

(«) n a été déjà question de cette affaire k laquelle le gouvernement de Hoensbroech aurait voulu donner de grandes proportions. Le tout se bornait à une démonstration assez insignifiante à laquelle avait donné lieu le service (linèbre célébré à ]M%t k roccasioD de la mort de Léopold.

Haies , ou bien plutôt pour remettre le jugement à réchevinage. Quant au maintien de la Commission , il ne trouve pas de raisons valables à alléguer : c II n'y a » dit-il , que la difficulté de la remplacer (i) que je puisse faire valoir, et qui les embarrasse un peu. > L'assesseur Fahnenberg étant un des deux rapporteurs dans Taffaire dont le succès était poursuivi si activement, il importait de s'assurer de lui , et c'est là-dessus que porte une lettre de Luesemans du 25 mars. Ayant appris, dit-il à Ghisels, que l'assesseur Steigentisch était fin des matadors de la Chambre , et quHl avait de rinfluence sur Fahnenberg , il a fait sa connaissance , et il a appris de lui qu'il était question de proposer encore un mandatum arctius contre le prince. Un rendez-vous lui ayant été assigné pour le lendemain , il s'y est rendu, et on lui a confié qu'il s'agissait d'accueillir une demande des pauvres de S^- Christophe pour obtenir la distribution du reste des capitaux légués par Tévêque Georges-Louis. Il s'est récrié contre Vimpudence de la démarche , et tout est désormais disposé pour empêcher une décision défavorable. Dans cette entrevue, Luesemans amena adroitement la conversation sur la nécessité de réformer la sentence du 9 décembre, et, comme son interlocuteur reconnaissait que la Chambre devait revenir sur ses pas , il profita de son aveu pour le confirmer dans cette opinion. Quant à l'établissement d'un tribunal d'avocats , il lui montra l'impraticabilité de la mesure, puisqu'on ne trouverait pas « de bons citoyens qui voulussent se charger de la haine des familles de ceux qui devaient être jugés, et le prince n'y pouvait nommer des rebelles. » On ne pouvait non plus charger la caisse publique des dettes de la révolution, ni forcer le prince à réunir les États c à la demande d'un seul ordre, dont les membres étaient pour la plupart des rebelles; » à la longue, ces convocations c deviendraient périodiques, et enfin permanentes comme en Angleterre , » ce qu'il fallait éviter. Steigentisch admit la valeur de ces observations , et promit de parler dans ce sens à Fahnenberg. Il faut tenir ferme et ne pas s'en rapporter aveuglément à Zwiertein. f Zwierlein, ajoute Luesemans, ne fait qu*un avec Fahnenbei^ , je le sais. Je crois qu'il voudrait que nous nous relâcherions sur quelques

( I ) Allusion k la demande faite par le Chapitre d^autoriser le conseil privé et réchevinage à juger auetorUate caesarea , ce que U Chambre n*était nullement disposée Raccorder.

(t79S| CHAPITRE XIX. 1S5

points. Il se pourrait aussi qu'il exagérai la difficulté de faire revenir le co-rapporteur, pour se faire un plus grand mérite de la réussite. > Uesemans a encore vu Dittfurth, à qui il a fait agréer un exemplaire du Voyage du jeune Anachanis , et à qui il s'est offert pour aller le lendemain tailler ses pêchers, c Vous voyez, ajoute-t-il, que je dois jouer ici toute espèce de rôles. » ( i)

Nous venons de parler d'^nn cadeau. La correspondance de Luesemans en signale plusieurs: le Miroir des nobles de Hesbaye^ Louvrex et autres livres aux hommes , de magnifiques bottes de Spa à leurs femmes (t) , tels sont les moyens employés pour se concilier le bon rouloir des juges de Wetziar. Ce sont là des bagatelles , et quoique nous n'^ayons pas trouvé dans la correspondance de Luesemans la preuve écrite de moyens de corruption plus importants , partant plus efficaces ^ nous sommes néanmoins disposé à les soupçonner. Gh estret n'en doutait pas quand, le 28 avril, il écrivait àBailly que la sentence du 30 mars c coûtait à Tévéque 20,000 louis d'or , distribués par Luesemans pour l'obtenir, i Desoer n'en doutait pas non plus, quand, le 9 du même mois, il écrivait à Fabry aussi à ce propos : c II paraît que ce nouveau décret a coûté à nos ennemis 5000 louis , que Luesemans a pris à Verviers en passant (s). » Il est bien vrai qu'on ne peut ajouter une foi entière à de tels témoignages , surtout que les deux renseignements diffèrent sur l'importance de la somme appliquée k cette honteuse dépense , mais nous avons prouvé, par les dires mêmes de Waseige et de Ghisels , que le Chapitre usait de la corruption sans grand scrupule, et nous ne voyons pas, en vérité, pourquoi Une s'en serait pas servi aussi bien auprès des juges de Wetziar qu'auprès des ministres des princes alliés de Hoensbroech.

A la lettre où Luesemans lui demandait d'indiquer les points sur lesquels il pouvait céder quelque chose, Ghisels répondit le 28 mars. Ses recommandations portaient principalement sur l'amnistie, qui devait être laissée à la détermination du prince, et sur la question des

(i) Fonds GhiulSf farde 678.

(i) Voiries lettres de Laesemans des 12, 14 et 26 mai. (Und.) Dans la seconde de ces lettres , il dit que c*est pour M"* de Fabneuberg, et qu'elle lui a promis « de ne pas laisser son mari tranquille , à moins qu*il ne finisse qos affaires ànotreffré. »

(I) Pûfiert de Fahry.

iSS RÉVOLUTION LIÉGEOISE. [1792]

griefs , à Tégard desquels « il serait avaolageax, disait-il, d'obtenir une déclaration que les États, interpellés par la proposition de S. Â. du 30 mars 1791, n'ayant fait aucune remontrance sur de prétendus griefs, la Chambre la dispense d'en renouveler la proposition à la prochaine assemblée des États. Hais il est essentiel d'éviter qu'elle prescrive au prince cet assemblement à la demande du seul État-noble, car il arriverait de là que ce corps prétendrait, par la suite , obliger le prince de faire assembler les États. » Il recommandait aussi d'insister sur le maintien de la Commission; elle était, disait-il, encore nécessaire c ne fut-ce que pour imposer au peuple toujours en fermentation. > Si elle partait , on ne manquerait pas de dire que la Chambre et l'Empereur abandonnent le prince. Il faut obtenir son maintien, ne fût-ce qu'à titre provisoire, mais sans déterminer l'époque de son départ (i ). En signalantà Luesemans les points dont il ne devait pas se départir , Ghisels lui désignait implicitement ceux sur lesquels il était autorisé à faire quelques concessions.

Il est fort douteux que ces dernières instructions soient arrivées à temps, caria sentence si impatiemment attendue, si laborieusement préparée , fut rendue le 30 mars. Sur la question des dettes de la révolution, le système de la sentence du 9 décembre était maintenu, avec cette restriction qu'on ne mettrait point à la charge de l'État c les deniers publics enlevés (a). > Luesemans ayant demandé à ce siget des explications , le rapporteur lui répondit que la Chambre entendait par là « les ai^ents dépensés pour des voyages à Berlin , Wetzlar, Aldenghoor, etc. , de même que ceux dont on n'aurait pas prouvé l'application , c'est-à-dire qu'on ne prouverait pas avoir été employés in usus publkos determinatos; par exemple autant de mille à H' de Lannoy , à Fabry , à tel ou tel autre , sans dire pourquoi , et sans avoir fait conster ce que ces sommes étaient devenues (s). » Les dispositions de la sentence du 9 décembre relatives aux XXII étaient

(0 Fonds GhiieU, farde 078.

( «) Vergriffene oefftntliche Gelder porte le texte original. Luesemans , dans une lettre du 15 avril à Ghisels , traduit vergriffene par gaspillés , ce qui est assez différent d'enlevés comme le porte la traduction française. Recueil des ordonnances , p. 967.

(s) Lettre du l** avril. Fonds Ghisels, farde 678.

[Vm] CHAPITRE XIX. 1^7

aussi maintenaes , el on leur réitérait l'ordre c de s'abstenir entièrement de tonte condamnation à une amende pécuniaire incompatible arec le sens d'une amnistie. » Le terme d'un mois pour Tintroduction € des actions particulières en indemnité » était également maintenu, et par conséquent tout procès intenté après le 21 jan- Tier était déclaré tardif. Quant à l'adjonction de trois jurisconsultes à réchevinage, elle était révoquée c attendu le changement des circonstances , ) et l'on recommandait à ce tribunal de veiller à la répression de tous les faits qui compromettaient la paix publique. La Chambre acceptait la notification des électeurs de Cologne et de Hayence relativement au départ de leurs troupes ; elle recommandait à la Commission d'expédier le plus tôt possible les affaires inachevées , de fixer elle-même le temps qui lui était nécessaire , et c de ne s'occuper à Tavenir que de l'exécution des sentences 9 sans entrer dans les prétendues objections faites contre les dispositions de ces sentences. » Sans prescrire au prince d'assembler ses États, la Chambre s'exprimait de façon à faire croire qu'elle lui en supposait l'intention , et elle l'exhortait à se concerter avec les trois ordres pour achever de rétablir la concorda, et rendre ainsi inutile un plus long séjour de la Commission.

Le dernier alinéa de la sentence concerne l'État- noble. La Chambre , y lit-on , c a remarqué avec beaucoup de déplaisir les expressions indécentes , impertinentes et despectueuses qu'il s'est pennises contre le seigneur prince , les tribunaux du pays et la Commission impériale; )i elle « le réprimande très -sévèrement de cette conduite indécente et punissable, » et le menace même, en cas de nouveaux troubles , c de sévir en toute rigueur contre lui , comme moteur d'une nouvelle révolte. » Il est ici fait indirectement allusion i un Mémoire produit par Hoffmann au nom de la noblesse , qui eut la faiblesse de le désavouer. La pièce était violente (i) , mais on l'avait approuvée, et il fallait subir les conséquences de son propre fait, c Je ne puis vous dire , écrivait Luesemans à ce propos , à quel point notre sénat est indigné. Il faut que cet ordre ait perda l'esprit, quand il a désavoué cet écrit scandaleux

(1) Voir dans le Fonds Ghisels^ farde 678, un précis de cette pièce fait par Laesemans , qui la qualifie de supplique ineendiair$. Elle est Jointe I sa lettre du 15 avril.

428 RÉVOLUTION LIÉGEOKSE. [iTSt]

exhibé en son nom par Hoffmann , car le Sénat sait le contraire , il en a la preuve , et cela de la bouche même de Borchgrave. >

La cour n'^obtint pas tout ce qu'elle voulait avoir ; elle avait cependant à se féliciter du résultat en songeant au sort qui Tavait on instant menacée (i). Une lettre de Luesemans (i) donne à cet égard de curieux détails. Il raconte que , dans une conversation toute récente avec le grand-juge , celui-ci lui dit qu'il avait été question € d'insérer dans la sentence une monition contre le prince d'employer tous ses soins pour finir les troubles de son pays , qui ne devraient plus durer si on s^'y était bien pris ; on y aurait témoigné un grand mécontentement de ce que le prince , malgré l'intention de la Chambre tant de fois manifestée , n'avait point encore convoqué ses États ; que cette convocation était le seul moyen d'assoupir le tout; qu'il devait y écouter les plaintes bien ou mal fondées de ses sujets , ne pas croire les mauvais conseils de ceux qui voulaient qu'il ne cédât rien de ses droits; qu'il fallait s'accommoder au temps, que la tranquillité de l'Allemagne entière exigeait que les troubles de Liège finissent et que les sujets fussent contents. » A cette confidence, Luesemans se récria vivement , et énuméra tous les inconvénients que ces dispositions auraient produits. Puis , interpellant Ghisels à qui sa lettre était adressée , il lui disait : c Dieu t quand j'y pense , quelle sentence on nous préparait avant mon arrivée I Renvoi de la Commission , mandatum arctius pour tous les points de la sentence du 9 décembre auxquels on ne prouverait point d'avoir satisfait , et puis ce monitoire contre le prince, une autre amnistie où il n'y aurait que quatre exceptés , on aurait eu raison de crier victoire. Toutes nos affaires étaient gâtées , et gâtées pour longtemps I » Il resta cependant quelque chose de cette première idée, et peu de jours s'étaient passés quand le grand-juge écrivit à Hoensbroech (7 avril) que la Chambre avait reconnu la nécessité de laisser encore la Commission à Liège, malgré les frais énormes occasionnés par ce

(0 Lebrun faisait allusion W ces revirements de la Chambre de Wetzlar quand il disait dans son Journal (n» 267 du 14 mars 1792 ) que cette chambre , en jugeant tantôt en faveur du prince, tantôt en faveur des patriotes, « les ruinait tous les deux, avalait Thultre, objet de la contestation, et donnait une écaille k chacun des plaideurs. »

(i) Du 8 avril. Fonds GhiseU^ farde 678.

[|79S] CHAPITRE llX. Îf9

séjoar; mais qu'elle espérait qae le prince, dans une prochaine assemblée des États , parviendrait , au moyen de quelques sacrifices , i apaiser toutes les difficultés , ce qui rendrait possible le rappel de cette Commission si dispendieuse. Le grand-juge terminait sa lettre en disant quMl Taisait cette communication d'après les désirs trèsexprès du Sénat.

Luesemans pouvait en définitive se glorifier de ces succès , et s'écrier triomphalement , en envoyant à Ghisels copie de la nouvelle sentence: c J'espère que vous en serez tous contents. » Quinze jours après , revenant sur tout cela > il se félicitait d'être arrivé à temps , car, dit-il, Borchgrave se croyait assuré du succès; et, plus tard encore , il disait : c Hoffmann est singulièrement étonné , et laisse pendre Faite ; j'espère que son règne est fini. >

On a vu la manière vague dont la chambre s'était exprimée par rapport à la Commission exécutrice. Sans le dire ouvertement , elle entendait ne pas prolonger son séjour à Liège; cela commençait à faire scandale , même dans l'Empire germanique , où Ton devait cependant être habitué à de semblables abus. L'eùt-elle voulu , que ses intentions seraient venues se briser contre les faits ; les cours électorales maintenaient la résolution prise à la demande de Hetternicb : c M' d'Albini ( i ) , écrivait Zwierlein à Ghisels , vient de me répondre , au nom de l'électeur , que ce sont les bayonnettes autrichiennes qui doivent maintenir la tranquillité publique, que la Commission écrase le pays de frais, qu'il n'y a point de raison de la continuer, et que c'est le vœu de tous les cabinets qu'elle cesse. » (s)

Ce vœu fut exaucé , quand vinrent au jour, précisément vers cette époque, les friponneries exercées par Kempis, et racontées ainsi par Luesemans : c Kempis avait promis au juif Baruch le livrement(3) pour les troupes du cercle qui ont été chez nous , à condition qu^il serait en tout de moitié. Ils se sont brouillés , quand il s'agissait de partager les profits. Le juif , en vrai juif , pour se tirer d'affaire, a tout découvert à Télecteur, et lui a montré toutes les lettres de Kempis. Jugez combien l'électeur a été indigné d'un

t) Le principal ministre de rËlecteur de Mayence. (1) Lettre du 29 mars. Fonds Ghisels , farde 678.

(i) Sans doute un marché pour des fournitures. Baruch, avons-nous dit, était un banquier Juif en fréquents rapports d^alTaires avec le Chapitre.

i30 RÉVOLUTION LIÉGEOISE. [ITM]

pareil procédé de la part d'un commissaire. Il veot maintenant faire examiner en toute rigaeur la conduite qu'il a tenue à Liège. On fera y je vous rassure , toutes les perquisitions possibles. Kempis , qui le sait, a fait écrire ici à la Chambre, pour savoir si, en cas qu*il demandât un témoignage de la besogne qu'il a faite à Liège en qualité de commissaire, on lui en donnerait un favorable. Je sais qu^on a répondu à cet honime qui sintéresse pour lui , de ne point s^en aviser, qu'on était très-mécontent des informations qu'il avait fait parvenir à la Chambre, et que celle-ci, au lieu d'un bon témoignage, ne manquerait pas de manifester Tindignation où elle se trouvait contre lui. Comme j'ai lieu de croire que ceci est connu de peu de monde, et que vous êtes le seul à qui j'en donne avis, et à qui je le donnerai, je vous supplie de n'en faire usage qu'avec la plus grande discrétion ( i ). » Luesemans n'avait pas besoin de se préoccuper d'une indiscrétion : l'affaire de Kempis était déjà connue et divulguée par d'autres. Si le parti qui s'était servi de ce misérable et l'avait choyé le ménageait aussi peu , que pouvaient dire ceux qui avaient eu à souffrir de ses rapines ? Voici ce qu'Henkart écrivait à Fabry le 12 juin : c M' Kempis a paru sur le théâtre où des juiveries l'ont placé. Des affaires usuraires avaient lié d'amitié — amitié est bien le mot I— H' Kempis et un des Isaacs de Cologne. L'intérêt les a divisés. Grand bruit , grand éclat. Le juif a eu protection , et H' Kempis est à bas. La sangsue est pleine; on en renverra une autre que la faim dévore, et notre pauvre pays la gonflera. » Le lendemain , Henkart , écrivant encore à Fabry, revint sur cette affaire : c Yoici le trait de Kempis. Il avait promis au juif accrédité à Cologne de lui procurer la livraison de quelques millions, que nos chers États prennent à tout prix, et qu'on dilapide avec une pudeur, une décence incroyables, sous condition qu'il recevrait, lui Kempis, 100 ou 200 louis. Il a exigé le billet de change du juif , lequel comptait de fournir l'or à l'usure promise , mais on n'a pas employé ses bons offlces. Cependant, au terme fixé, on lui présente le billet; il refuse, protêt, procédure , etc. Le juif produit une lettre de Kempis que ce dernier croyait brûlée. Cette lettre dit les propositions , les arrangements judaïques , etc. Kempis est condamné, et de nouveau perdu de

(0 Lettre du «7 juin. Fmd$ GhUeU^ farde 678.

[I19t] GHAPITRB XtX. fSl

répatatioQ. Il 681 venu reprendre ses papiers à Liège ^ où Ton attend — je sais plaisant , moi , dans mes expressions 1 — où viendra une nouvelle moache cantharide. i ( i )

Noos avons encore trouvé , dans les papiers du grand-écoiâtre , quelques autres lettres qui se rattachent à cette mésaventure de Kempis. Il y en a une du 28 mai par laquelle il sollicite , des membres du comité du Chapitre , une déclaration que ses actions et ses conseils ont Hé dirigés uniquemeni vers le bien-étre du pays. Ghisels s'excusa SOT Tabsence de deux membres du comité. Quelque temps après, le solliciteur vint à Liège sans rencontrer ceux qu'il cherchait, et, dans Qoe lettre (du 11 juin) où il racontait cette excursion , il renouvelait sa demande ; il ajoutait avoir dans le temps adressé semblable requête à Hoensbroech, et il priait Ghisels, comme ce prince était mort, de détruire un document dont une main nuilévole pourrait faire un usage qu^il n'*aimerait pas (a). La répugnance du grand-écolâtre à donner à Kempis le certificat qu'il réclamait est assez visible. Finitil par le lui envoyer ? Il est permis d'en douter. En tous cas, la malversation du commissaire de l'Électeur de Cologne est suffisamment établie , et , si nous y avons insisté , c'est que nous éprouvions cer-« taioe satisfaction à nous persuader que l'odieuse besogne dont il était chargé ne pouvait être acceptée que par un fripon.

Luesemans continua à solliciter à Wetzlar jusqu'après la mort de Hoensbroech (s). Il en serait parti aussitôt après la sentence , si Ton

(0 Pëpien de Fabry.

(f) F&Kds Gki$el$, farde 522.

(s) Cependant il doit avoir réglé ses comptes immédiatement après )a sentence,

et une lettre du fà avril k Ghisels contient à ce sujet des renseignements assez

plaisants. Elle iions apprend qu*après avoir remis à Zwierlein six louis pour celui

fut hU dofmaU le» originaux de» rapport» , Luesemans fit le tour pour remercier le

Siuai , et qu'à cette occasion , il distribua les libéralités suivantes :

< Cbez Baeleman, au domestique, 1/3 louis. Chez Fahnenberg , id.

Cbez Scbmitt, id.

Chez Riedesel, id.

Cbez le grand-juge, au porteur.

Aux deux heyducks,

Eo d'autres temps :

Au domestique de Dittfûrth ,

A sa M se,

Au domestique de Stegentisch ,

Foui» Gkieel», farde 678.

id.

id.

id.

id.

1 louis.

1/2 louis.

3 louis.

i/2 louis.

Ht HÉVOLtlTION LIÉGSOlSfi. [I79S]

en avait cm Zwierlein^ qui ne le voyait pas avec plaisir à ses côtés : c Oo meltrail, écrivait-il le 15 avril à Ghisels, le Sénat de mauvaise humeur en le laissant continuer son séjour, car encore hier différents membres ont dit qu'il n"; avait pas moyen de contenter S. A., puisque^ même après une sentence aussi favorable , elle sollicitait d'abord de nouveaux points (i). » Pour se débarrasser d'un adjoint incommode , il était assez maladroit de vanter son zèle , et cette lettre de Zwierlein fut probablement pour le Chapiti-e un motif de prolonger la mission de son envoyé.

(I) FondtGhiteU, farde 678.

Projets iasurrectionnels de Fabry. — L'union avec la France présentée comme le vcra de son parti. — Obstacles qu*il rencontre pour ses projets. — Changement dans la politique extérieure de la France avec Tarrivée de la Législative. — Projet pour réconcilier les deux catégories de révolutionnaires belges. — Ce que voulait Béthune-Charost. — Ses démarches auprès des Vonckisles. — Aussi auprès des Liégeois. — Sa lettre à Fabry. — Le projet d*un arrangement entre les Vandernootistes et les Yonckistes échoue. — Walckiers appelle les Liégeois à Paris pour conférer avec les hommes de son parti. — Le Comité révolutionnaire belgoliégeois se constitue. — Dissentiments entre les membres liégeois. — Bassenge , Lesoinne et Hyac. Fabry se retirent du comité. — Attitude de Lebrun. — Démarches auprès de Vonck pour qu*il si^ne la déclaration qui avait été le prétexte de U retraite des dissidents. — Manifeste de* Belges et Liégeois unis. — Vonck reftise définitivement de signer la déclaration. —Ses idées politiques et son opinion sur le manifeste. — Le comité de Paris se sépare. —Le comité de Lille maintenu par Vonck. — Violente attaque de Levez contre Fabry. — Fabry lui répond. — Il écrit aussi à Lebrun.

Revenons aux exilés, que nous avons laissés au moment où paraissait leur Adresse à VEmpereur. Voyant Tinutilité de leurs démarches , ignorant les obstacles bien réels que rencontrait Metternich , supposant un mauvais vouloir qui n'existait pas , mais qu'ils étaient autorisés à craindre, en un mot se croyant joués, il s'étaient décidés à rompre avec la Cour de Vienne. Pour eux, désormais, il n'y avait plus de secours à attendre que de la France. Ce secours toutefois ne pouvait être sérieux , profitable , réel , que si la France se brouillait avec l'Allemagne , et il n'était pas facile d'obtenir de la prudence de la Constituante une détermination aussi grave ; c'est ce dont Fabry ne tarda pas à se convaincre. Dès le 7 juillet, il avait

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