TOME H
i34 RÉVOLUTION LIÉGEOISE. [l79l]
adressé à on membre de celle illaslre assemblée , le marquis d'Aousl , qui lui offrail un asile dans son châleau près de Douai , une noie deslinée au Comité diplomatique. Il y présentait comme imminente la coalition des despotes ; il énumérait les raisons qui devaient engager le gouvernement français à ne pas altendre qu'elle fût définitivement formée , et à profiter du mécontentement des Belges et des Liégeois pour rejeter les Impériaux sur le Rhin. Les Liégeois surtout n'attendaient, pour se soulever de nouveau, que la certitude d'un appui , et si vingt à trente mille Français survenaient au moment où éclalerail Tinsurrection , ils étaient certains de se rendre en quelques jours maîtres du pays de Liège et des provinces de Namur, de Limbourg et de Luxembourg. Encouragés par cet exemple , les Belges se soulèveraient aussi, et l'expulsion des Autrichiens n'était pas douteuse. ( i )
A ce moment la Cour de Vienne ne possédait en Belgique que des forces évidemment insuffisantes pour résister à une insurrection combinée avec une agression extérieure ; d'autre part , les derniers engagements n'avaient pas encore été pris avec la Cour de Berlin , et l'armée prussienne deslinée à coopérer l'année suivante à une tentative d'invasion en France était encore fort éloignée des pays qui devinrent le théâtre de la guerre.
Répondant d'avance aux objections qu'il prévoyait , Fabry diçait que, si l'Assemblée nationale persistait à ne pas courir au-devant d'une attaque , elle pouvait tout au moins permettre d'enrégimenter les réfugiés pour en former un corps qui resterait sur la frontière préparé à tout événement. La dépensa pouvait être couverle par les 1,500.000 livres dont la France restait débitrice envers le pays de Liège, et la nation, délivrée du joug qui pesait sur elle, ne manquerait pas d'approuver l'emploi de ces fonds. Fabry terminait sa note en disant : « Mon parti est pris. Je ne rentrerai pas dans ma pairie pour capituler avec la tyrannie épiscopale, el si j'y rentre d'une autre façon , ce ne sera que dans l'espoir de l'unir à l'empire français. Tous nos vrais patriotes pensent de même. >
On éprouve , à la lecture de ce passage , un sentiment pénible. Appeler sur son pays la guerre et les fléaux qui l'accompagnent, c'est
( 1 ) Voir la pièce dans les Papiers de Fabry.
à coup sûr un acle odieux. Toutefois, avanl de condamuer le senliment qui a diclé la pièce , il ne faut pas oublier les souffirances éprouvées par les hommes dont Fabry est ici le représentant , la réaction abominable qui , les réduisant à la misère , eux et leurs familles , ne leur laissait d'autre ressource qu'aune lutte à outrance , et les poussait aux résolutions désespérées. Ces hommes d'ailleurs étaient convaincus de la bonté de leur cause et de Tassentiment de la grande majorité de leurs compatriotes; si, pour les délivrer d'un joug odieux et assurer le salut des races futures , la guerre devenait nécessaire , il leur semblait qu'un pareil résultat valait bien quelques calamités momentanées.
Nous venons de constater pour la première fois le vœu de réunion
à la France. Il avait été déjà ouvertement émis par Lebrun en 1790
dans son journal (i), et en termes un peu couverts , dans une
proclamation du congrès franchimontois du 16 décembre de la
même année («). Ce sentiment ne doit pas surprendre de la part
d'^on Français, ni même de la part des patriotes de Franchimont, que
lenrs opinions radicales entraînaient fatalement dans cette voie.
Pour les patriotes modérés , la réunion à la France fut uq pis-aller,
non une de ces résolutions spontanées auxquelles l'esprit s'arrête
indépendamment de toute influence extérieure. La réaction insensée
qai les poursuivait rendait une transaction impossible , et, d'un autre
côté , l'espoir qu'ils avaient conçu d'obtenir par l'entremise de la
Prusse d'abord , et de l'Autriche ensuite , les modifications qu'ils
réclamaient dans le gouvernement de leur pays, cet espoir avait
disparu. Désormais , pour procéder aux réformes , ils n'avaient plus
à compter que sur eux-mêmes. Hais, en admettant qu'ils réussissent
à secouer le joug, comment se défendre contre l'Empire germanique
dont il eût fallu méconnaître l'autorité, contre l'Empire germanique
où ils n'auraient plus trouvé à utiliser la rivalité des deux grandes
puissances? L'union à la Belgique n'eût pas suffi pour conjurer
le danger; les causes qui l'avaient déjà fait échouer subsistaient
et la rendaient fort douteuse dans l'avenir. Restait la France, à
qui il fallait bien offrir quelque avantage pour obtenir son appui.
(i) Journal général de VEurope, 1790. IV. 67. (t) Code du droit publie, tic. II. 4.
iS6 IIÉVOLUTION LlÊceoiSE. [l79l]
Le moment n'élail pas encore venu d'accorder rinterveolioo efficace que sollicitait Fabry. Chaînée de donner à la France un gouvernement libre, la Constituante n'entendait pas augmenter les difficultés d'une semblable tâche ; elle évitait sagement les occasions de rupture avec les gouvernements étrangers , peu bienveillants pour elle en général , mais peu disposés cependant à la combattre autrement que par des démonstrations assez innocentes en faveur de ses émigrés. Le comité diplomatique ne témoigna nul empressement à entrer dans la voie indiquée par Fabry , qui en éprouva une déception assez vive. « La trop grande prudence du comité diplomatique me fâche , mes bons amis, écrivait-il le 22 juillet, quinze jours avant renvoi de sa note ; on perd des moments précieux. Qu'on se hâte de rinformer qu'on travaille , plus que jamais , à une coalition des despotes contre les Français. Les agents autrichiens dans Liège parlent d'un corps de troupes prussiennes, qui doit venir remplacer les brigands léopoldins , pour laisser à ceux-ci la liberté de se porter sur les frontières de France (i). » Ces amis à qui Fabry confiait ses contrariétés, c'étaient Lesoinne et Lonhienne, lieutenant-colonel dans le régiment de chasseurs dont son fils Hyacinthe avait eu le commandement provisoire^ et qui se trouvaient tous deux à Paris. Les avertissements de Fabry étaient exacts , sans doute , puisque le traité de Pilnitz fut conclu un mois après la lettre dont on vient de lire un fragment; ce traité néanmoins, tout hostile qu'il était à la nouvelle constitution française , n'entraînait pas nécessairement la guerre, et l'Assemblée nationale jugeait avec raison qu'il suffisait de se tenir sur ses gardes.
Lonhienne quitta Paris peu de jours après (5 août), et nous trouvons, dans une lettre de Fabry au marquis d'Âoust, des indications sur les démarches qu'il continua de faire : < L'Assemblée nationale, lui écrivait-il , a donc déterminément résolu de ne pas prévenir les ennemis qui veulent la détruire , et d'attendre leur attaque t Je sens la
( I ) G*est dans cette lettre qa*il réitère son désir d*unir le pays de Liège à la France : « Voyez ce brave abbé Grégoire , il est pour moi un bien plus grand saint que tous les Grégoires du calendrier ; qu'il s'intéresse aux infortunés Liégeois du 84* département... Notre parti est pris : nous voulons être le 84« en dépit des Français mêmes. Plus d'Empire > plus de Wetzlar, plus de prêtres. » Papien de Fabry.
magDanimitë de celle résolulion, mais je continue à la croire dangereuse. On perd loUs les avantages qu'offrent les circonstances présentes. Je ne puis trop répéter qu^il faudrait profiter des dispositions des Belges et des Liégeois , pour repousser les Autrichiens au-delà du Rhin, avant qu'ils ne soient renforcés, tant par leurs propres troupes que par celles de la ligue des despotes ; que cette opération est aisée à présent , et ser^f très-difficile , pour ne pas dire impossible, si on leur laisse le temps de se réunir. L'Assemblée en ayant jugé différemment, il ne reste qu'à se soumettre. Toutefois, ne serait-il pas possible de profiter des bonnes dispositions des Liégeois, en les épaulant en secret ? On repousse l'idée d'en former un corps. Qu'on mette au moins à leur disposition des armes dont ils se muniront au premier signal de guerre. Le mieux que nous attendons ne peut venir que des Français. Veuillez me faire passer quelques ayis, quelques conseils auxquels je me conformerai. Communiquez, je vous prie , ma lettre à tous ceux qui veulent bien s'intéresser à Dous; qu'on songe à secourir les Liégeois d'une façon ou d'autre; si on laisse achever de les (écraser, ce sera une perte pour les Français même. L'honneur, la raison, la justice, le véritable intérêt exigent qu'on les sauve , en profitant de l'utilité dont ils peuvent être. > (i) Avec Touverture de la Législative (!*' oct.), les affaires prirent une tout autre face. On a déploré avec raison le vote par lequel la Conslaante , faisant acte de désintéressement peu raisonné , avait fermé à ses membres rentrée de l'assemblée qui lui succéda. Il en résulta, ce qui du reste était facile à prévoir , l'élection d'hommes nouveaux, sans expérience des affaires, désireux de popularité, qui, pour flatter les passions de la multitude , adoptèrent une politique aventfljreuse , sans trop en calculer les chances. On en eut la première manifestation dans les rapports avec les réfugiés. Au moment où la Constituante se retirait, grâce aux concessions réciproques des deux gouvernements, la bonne intelligence s'était rétablie entre la France et l'Autriche, si bien qu'on allait jusqu'à représenter l'alliance de 1756 comme resserrée par de récentes stipulations (t). La nouvelle en avait été transmise à Fabry en même temps
( i ) Papien de Fabry,
(t) Lettre de Fabry au marquis d'Aoust du 9 novembre. Papiers de Fabry,
138 KËYOLUTION LIÉGEOISE. [l79l]
que celle de la réunion des exilés belges en un parti. La première nouvelle n'était qu'inexacte; la seconde était complètement fausse. Loin de se réunir à leurs adversaires , les Vonckistes étaient à la veille de proclamer une fois de plus combien était profond le dissentiment qui les en séparait. Ce n'est pas là un des épisodes les moins curieux de notre histoire à cette époque , et il mérite d'être exposé avec certains détails.
En comparant la conduite de Léopold à celle de Hoensbroecb, nous avons bonoré Tune et flétri l'autre. Cette appréciation était le fruit d'une étude sérieuse des faits , et nous n'avons rien à y changer. Comment, en partant de principes diamétralement opposés, ces deux souverains aboutirent-ils au môme résultat? Pour l'un, ce fut uniquement la faute de ses agents : mis en présence de deux partis profondément irrités l'un contre l'autre , ils jugèrent habile de ne pas se prononcer, de louvoyer, et flnirent par perdre la confiance que les Vonckistes leur témoignaient, sans ramener à eux les conservateurs domptés par la force des armes , et aigris par les avanies auxquelles ils avaient été exposés. Le gouvernement de l'autre fut plus franc: il se posa ouvertement en défenseur d'un passé qui allait disparaître sans retour, et , s*il s'était contenté de vouloir le triomphe de ses doctrines par des moyens que l'humanité et la justice avouassent , il n'y aurait pas de reproches sérieux à lui faire; on ne pourrait que critiquer, d'un point de vue théorique, les principes dont il désirait le triomphe. Ainsi, quoique les procédés différassent essentiellement , la tranquillité n'avait été rétablie ni dans le pays de Liège ni en Belgique : ici, parce que le gouvernement avait manqué de franchise, tout en pratiquant une louable modération; là, parce qu'en montrant plus de sincérité , il manqua de mesure dans l'exercice du pouvoir. De la sorte on s'explique comment, parmi les mécontents Belges qui se retirèrent en pays étranger , il y eut des conservateurs et des libéraux, tandis qu'il n'y eut que des libéraux parmi les exilés liégeois. Et cependant, quoique le pays de Liège fût , sous le double rapport de l'étendue et de la population , inférieur de beaucoup aux provinces belges, il fournit à l'émigration un contingent plus considérable. Un fait semblable assurément peut se passer de commentaires.
Les raisons qui jadis avaient déterminé les tentatives pour unir les
[I79lj CHAPITRE XX. 138
deux réYolations engagèrent aussi les exilés des deux pays à se concerter pour unir Jpurs ressources. Mais , avant de dire ce que produisirent les démarches tendant à une action commune , rappelons sommairement la situation des émigrés belges.
Enrôlés sous des bannières différentes, ils formèrent naturellement deux groupes. Les émigrés du parti conservateur, personnifié dans les États de Brabant , se rendirent à Bréda, qui leur avait déjà servi de lieu de ralliement en 1 789 , et où Vander Noot et Yan Eupen s'étaient retirés depuis la restauration. Au commencement de 1791 , la cour Stathoudérienne continuait, malgré le traité de La Haye, à bouder à la Cour de Vienne , et toléra , si môme elle ne les encouragea pas, les manœuvres des mécontents. Hais bientôt, en présence du caractère toujours plus antimonarchique de la révolution française, les différentes puissances de TEurope déposèrent leurs rancunes et se rapprochèrent. La Hollande, réconciliée avec rAulriche, dispersa les rassemblements d'émigrés. Quoiqu'ils défendissent des doctrines essentiellement opposées à celles qui dominaient en France, ce$ émigrés ne pouvaient trouver de refuge ailleurs que dans ce pays, et ils se rendirent à Douai, où le comte de Bélhune-Charost les prit à sa solde (i). Ce noble aventurier, dont nous avons rappelé la vaine tentative pour s'immiscer dans la révolution de Liège, venait enfin de trouver Toccasion de jouer un rôle politique en se faisant chef de complot. S'il est impossible de préciser le but où il tendait, les renseignements faisant défaut, toujours est-il certain qu'il travaillait à renverser le gouvernement de Bruxelles , et cela avec l'aide du parti conservateur ; nous n'osons dire dans l'intérêt de ce parti , car on ignore à quel prix Béthune- Cbarost mettait ses bons offices.
Pour mieux assurer la réussite de ses projets , il eût voulu réunir les deux partis, et^ en attendant, pour attirer sous son drapeau le courant d^émigration qui se dirigeait vers Douai , il affirmait que cette réconciliation était achevée. Les républicains du département du Nord appuyaient- ses démarches auprès des Vonckistes , ils désiraient une révolution en Belgique, une guerre sérieuse avec TÂutriche , et, pour cela, il fallait le concours de tous les mécontents.
( I ) Voir DOtre Hiitaire 4es Belget à ia fin du XVHh siècie, chapitre XII.
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Dès le mois de mars 1791 , après rémeule du 24 février qui avait livré les États de Brabant aux violences et aux injures de la foule , émeute que le gouvernement avait tout au moins tolérée , il y eut quelques tentatives de réunion. La correspondance de Vonck renferme des lettres de son ami Weemaels (i) qui parlent d'entrevues d'hommes de son parti, lui entre autres, avec des conservateurs marquants, tels que de Jonghe, le pensionnaire des États. Elles ue paraissent avoir produit aucun effet, et Ton ne découvre de traces d'une nouvelle tentative que dans le mois de septembre suivant. A cette époque, la situation était complètement changée. Les Vonckistes , caressés d'abord par le gouvernement qui promettait d'agréer leurs plans de réorganisation sociale , les Vonckistes, qui n'avaient pas vu sans satisfaction les avanies faites aux États , avaient fini par s'apercevoir qu'ils étaient leurrés , et qu'on suivait à leur égard le précepte du vieux Kaunitz , qui recommandait à M ercy de les tenir le bec dans Feau. Leur chef avait dans le principe envoyé sa soumission à Bruxelles , tout en restant à Lille sous prétexte de mauvaise santé : il voulait y attendre les événements. Toujours moins satisfait de l'attitude du pouvoir à l'égard de son parti , il continua à repousser les avances de Mercy, puis de Metternich, qui désiraient vivement son retour en Belgique , et , quand la rupture éclata , sa retraite fut le centre où ses amis vinrent prendre le mot d'ordre. Quelque mécontents qu'ils lussent, les Vonckistes ne semblent avoir conçu le désir de comploter que lorsqu'ils virent Béthune-Charost, profitant du dénuement où se trouvaient les officiers de l'armée patriotique brusquement licenciée, recruter dans leur parti. Plus exaspérés qu'eux, les conservateurs étaient décidés depuis longtemps à courir les chances d'une nouvelle insurrection , et, comme ils conservaient le souvenir du puissant concours que leurs adversaires leur avaient prêté , ils voulurent l'obtenir encore. Deux hommes connus par leur résolution
(i) Lettres du 10 et du 15 mare. Weemaels sipe ordinairement ses lettres du pseudonyme de Dubumon. La plupart des renseignements qui suivent sont extraits d*un manuscrit de la Bibliothèque de Bourgogne, Intitulé : Carreip&ndance relatwe à la révolution belgique , et formant quatre volumes in-folio. Ce sont les Papiers de Vonek^ et nous leur conserverons ce titre. Le vol. III, coté 14891, comprend les pièces de l'année 1791 , et le vol. IV, coté 14892 , celles de Tannée 1793. Nous les indiquerons sons la dénomination : Papiers de Yanek^ III et IV.
[1791] CHAPITRE XX. Ul
et leur humeur aveaturease , Lincé , le secrétaire de Vaader Noot , el son ami Somers, le trésorier général de Tarmée patriotique (i), s'étaient retirés à Bréda, d'où ils correspondaient avec Bruxelles par Tintermédiaire d'un officier de cette armée, le major Létange, et de Tayocat Yanderhoop , dont le nom a déjà figuré dans ce récit. Lincé et Somers(9) furent chargés de se mettre en rapport avec Yonck, à qui ils donnèrent communication d'une convention provisoire conclue par leurs amis de Bruxelles avec Torfs , un Yonckiste stipulant au nom du parti. Leur lettre était datée de Bréda (s), où ils continuaient à résider; le gouvernement du Stalhouder, trouvant suffisante la satisfaction apparente donnée à celui de Bruxelles par la dispersion des principaux réfugiés , tolérait dans cette ville le séjour de leurs deux émissaires. La convention ne comprenait que trois articles : 1* rupture des vrais Yonckistes avec les Royalistes qui en avaient usurpé le nom; 2^ promesse de ne porter aucune atteinte à la religion ; 3* maintien provisoire des États tels qu'ils existaient, jusqu'au moment où Fon serait assez éclairé sur les changements à apporter à leur organisation. Lincé et Somers demandaient à Yonck de s'expliquer à ce sujet, et ils affirmaient que, pour eux, ils étaient sincèrement disposés à une réconciliation. Un professeur de Louvain, Yan Leempoel , l'envoyé du congrès à Berlin , et de Jonghe , le pensionnaire des États de Brabant , leur en avaient encore tout récemment réitéré l'assurance : de Jonghe s'était môme engagé à procurer l'assentiment des principaux membres des États. Quant à Yander Noot et Yan Enpen (4) , Lincé et Somers disaient ne pas savoir ce qu'ils étaient devenus depuis qu'ils avaient quitté Berg-op-Zoom ; mais ils les savaient favorables à une réconciliation, et produisaient copie d'une lettre assez récente (du 39 août), où Yan Eupen se félicitait d'un rapprochement qui , prétendait-il , aurait eu lieu dès le mois de mai de l'année précédente si ses conseils avaient été suivis. ( s)
( I ) Cest Yonck lai-méme qui leur attribue ces qualités dans une note écrite ao dos d^une de leurs lettres.
(1) Dans leur correspondance avec Yonck, ils se couvrent des pseudonymes de Legras et Ventappenj et Yonck de celui de Plaschaert^ qu'il avait déijà porté en 1789.
(s) 19 septembre. Papiers de Vanek. III.
( 4 ) Henri et Lenoir sont les deux noms de guerre de Yander Noot et de Yan Eupen.
(s) Allusion à la réunion de Douai , en mai i790. Yoir notre HisMre des
142 RÉVOLUTION LIÉGEOISE. [l79l]
Tout cela était bien vague , bien peu rassurant pour les Yonckistes , et nous savons, mais seulement par une lettre(i)deLincéet de Somers, que Vonck fil des observations dont ils reconnurent la justesse , et qu'il dénia à Torfs le droit de traiter au nom du parti , ce dont ils se déclarèrent stupéfaits. Ils n'en conservaient pas moins Tespoir d'arriver à une réconciliation, tout en ne cachant pas que , de leur côté , on était d'avis d'ajourner les changements dans l'organisation des États, afin d'éviter de nouveaux déchirements. Comme ils avaient précédemment demandé (15 septembre) une lettre signée des principaux membres du Comité vonckiste , et renfermant les conditions auxquelles ce comité subordonnait son acquiescement à une réconciliation, on leur expédia (24 septembre) de Dunkerque un projet d'insurrection. Impossible de dire par qui renvoi fut fait , la pièce ne portant aucune signature. Toutefois il est évident que ce fut au nom des Yonckistes : dans une lettre du 3 octobre à Yonck , Lincé et Somers s'expriment de façon à prouver qu'ils l'envisageaient ainsi , et il lui disent avoir transmis la pièce à leurs amis du Brabant pour avoir leur avis.
Cette pièce est assez étrange. En somme , elle ne renferme pas des conditions de réconciliation comme on le demandait» puisqu'elle se borne à dire que, de part et d'autre , on déposera toute rancune. Seulement nous signalerons l'article relatif à la formation d'un comité central , qui devait prendre la direction du mouvement insurrectionnel : ce comité aurait été composé de douze personnes , dont six prises par moitié dans les deux premiers ordres, et les six autres dans le tiers-État. Il ne s'agissait que d'une assemblée provisoire et extraordinaire ; mais en appliquant dans cette circonstance les idées
Belges à la fin du XVIU* siècle , chapitre VI. Cette lettre est assez curieuse : « Voilà donc que les patriotes et les Vonckistes adoptent de part et d*autre mes principes , ces principes si justes et si clairs que Je leur ai prêches avec autant d*énergie que peu de succès après mon voyage de Douai , principes qui m*attirèrent dans le temps le mépris de plusieurs membres des États , principalement du tiers , principes que la pluralité du congrès et des provinces a méconnus, en rejetant le projet de réponse ix la lettre des Vonckistes de Lille , que j*avais dressé pour le congrès, en ayant fait (vous, Lincé, secrétaire de Vandernoot ) , les copies pour toutes les provinces. Mais on me prévenait que les syndics et le peuple commençaient à m*envisager comme Vonckiste. » Papiers de Vonok, III. (I) Du 5 octobre. /&td.
[t79t] CHAPITRE XX. 145
de YoDck, qui donnait pour base à ses plans de réorganisalion sociale le doublement du Tiers , on s'engageait pour Tavenir. Si ce fat un piège tendu aux conservateurs , ils y échappèrent en déclarant la combinaison impraticable et impossible , tant que les États existaient (i); ils proposaient en conséquence de substituer à ce comité un conciliabule de quelques personnes sûres.
Le projet d'insurrection ne tendait pas seulement à réunir les deux catégories de révolutionnaires belges : il y était aussi question de s'associer les Liégeois (9) , auprès de qui déjà des démarches avaient été faites. Nous avons précédemment exposé les causes du dissentiment profond qui séparait les patriotes liégeois du parti dominant en Belgique. Elles n'existaient pas à Tégard des Vonckistes ; au contraire, il y avait, au moins sur les questions fondamentales, communauté de doctrine , et de bonne heure on parait avoir songé à fondre en un seul ces deux groupes d'exilés. Dans sa lettre du 32 jaillel à Lonhienne , Fabry se plaint de ne pouvoir, faute d'argent , se rendre auprès de Vonck , et il le fait en termes qui permettent de supposer une invitation ; dans une autre du ii septembre à Gosuin , il parle du prochain départ pour Lille de Levoz, qui doit assister à une conférence entre les chefs des deux partis beiges (s), et cette conférence coïncide avec les premières démarches de Lincé et de Somers auprès de Vonck. Voilà quelques indications auxquelles nous en ajouterons maintenant d'autres plus précises que renferme la correspondance d'Edouard Walckiers. Ce Vonckiste appartenait à la haute finance , et sa famille tenait une des premières maisons de banque de Bruxelles. Son courage et son patriotisme lui avaient valu, à répoque de la révolution , le commandement d'une des compagnies
( I ) Voir, à la suite de ce plan anonyme daté du 24 septembre, des Instructions 9ur les articles proposés. Papiers de Vonck, III.
(f) L*article 6 du projet portait : « Un bien grand trait politique, ce serait d*admettre au conventicule deux des principaux révolutionnaires du pays de liége. n
(s) tt M' Gigot, le représentant de Gouvin à TÉtat, est arrivé bier au soir de diarleville où il a pris son refuge. Il a une lettre de Levez, qui lui marque qu*il va à Lille où se trouvent Vander Mersch , La Marck , Vonck et Van Eupen ; que Vasder Noot doit s'y rendre aussi. Je doute fort que ces deux derniers se trouvent en compagnie avec les premiers. Mais que va faire lii notrç çbevail? » Papiers 4^ Fabry.
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de volontaires élablies alors dans la capitale, où elles formaient une véritable garde civique. Plus tard, en mars 1790, quand éclata rémeote contre Vonck et ses partisans , il fut obligé de s'enfuir pour échapper à la proscription , et se réfugia à Paris. Il en revint aa commencement de la restauration , et y retourna quand son parti rompit définitivement avec le gouvernement autrichien. Faisant de sa fortune un généreux usage , Walckiers devint la providence de ses compatriotes malheureux , à qui, par le canal de Vonck, dont il était Tami et le correspondant assidu (i ) , il envoyait des secours en argent , ce qui empêcha une partie au moins des défections qu'auraient déterminées les manœuvres de Béthuue-Gharost. Sa présence à Paris fut très-utile à cause de Tinfluence que lui assuraient ses relations avec des membres considérables de TAssemblée nationale. Il se mit aussi en rapport avec les réfugiés liégeois, et, le 5 octobre, il écrivait à ce sujet à Vonck : « J'ai les Liégeois à dîner aujourd'hui ; nous devons déterminer un plan , et deux de ces MH. passeront à Lille pour vous le communiquer ensuite. » Trois semaines après (25 oct.), il lui exposait ses idées, et sur les conditions à imposer aux conservateurs , et sur la nécessité de l'union avec les Liégeois : c Je vois, lui disait-il, que Vander Noot et Van Eupen vont arriver à Lille. Ce sera sans doute dans des vues de rapprochement. Je n'en vois d'autre que l'abandon de leurs anciens principes aristocratiques , une réunion et réparation publique à tout notre parti , en convenant de la nouvelle forme de gouvernement à donner aux provinces belges et liégeoise , car , sans les Liégeois , il me semble que nous ne pouvons réussir à nous maintenir libres. Ce sera alors que nous pourrons faire cause commune avec les Français , et renvoyer le despotisme au delà du Rhin (s). » Cette nouvelle forme de gouvernement , Walckiers la résumait ainsi : former de toutes les provinces une république fédérative, maintenir les trois ^ordres, mais avec le vote en commun et par télé , et un nombre double de représentants pour le tiers-Etat. Mieux que certains de ses amis , Walckiers semble avoir compris d'instinct l'importance que le rapprochement des partis devait avoir pour le maintien de la nationalité.
( 1 ) Sous le pseudonyme de Vandemeer. (t) Papiers de Vonck. III.
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Dans une lettre écrile toujours à la même époque (26 oct.), il engageait Vonck à se prêter à ce rapprochement, autant qu'il lui serait possible de le faire sans sacrifier les principes ; puis , revenant à ridée de s^associer les Liégeois, il proposait de convenir < d'un endroit où Ton pût se réunir avec les principaux d'entre eux , et alors, ajoutait-il, nous irons en avant. » Pour désirer ce résultat, il avait un double motif , disait-il : < Celui d'augmenter nos forces , car c'est une nation bien valeureuse ; celui d'empêcher les nobles et les prêtres de nous jouer , car ils seront notre soutien vis-à-vis d'eux. 1 Walckiers ne nomme pas les Liégeois avec qui il s'aboucha. Evidemment ce n'est pas aux avancés, dont les opinions étaient bien autrement radicales, qu'il peut avoir été question de proposer le plan anodin résumé dans sa lettre du 25. Avec les modérés , il n'était pas impossible de s'entendre , et nous savons que, précisément vers cette époque, Fabry correspondait avec lui; le 38 octobre, il lui manda avoir reçu de Bélhune-Charost une lettre qui lui parlait du rapprochement des deux partis comme d'un fait consommé , et Tinvitait à venir à Douai pour assister à une conférence où l'on se proposait de délibérer sur l'association avec les Liégeois. Assez surpris de celte nouvelle (i), et n'y croyant pas trop, Fabry voulut se ménager le loisir d'en vérifier l'exactitude, et, dans une réponse évasive, il allégua l'impossibilité de s'engager au nom de ses compatriotes, parmi lesquels il s'en trouvait qui ne manqueraient pas de trouver là un nouveau sujet d'attaques contre lui (s). En lui communiquant sa réponse, il demandait à Walckiers des renseignements sur Béthune-Charost, ainsi que des indications sur la conduite à tenir en cas de nouvelles démarches de ce côté, (s)
La coïncidence de cette lettre de Fabry à Walckiers, avec les deux lettres de Walckiers à Vonck rappelées précédemment , n'aurait pas
(i) f La réonioQ miraculeuse des différents partis belges , qui doit être opérée k LiUe ces jours passés, est une nouvelle étonnante; je souhaite ardemment qu'elle se réalise. > Lettre au marquis d'Aoust du 9 novembre. Papiers de Fabry.
(t) Nous avons retrouvé dans les Papien de Fabry le brouillon d*une partie de cette réponse.
(s) Papiers de Vonek, III. Il s*aglt d*un extrait que Walckiers envoya à Vonck , extrait, disait-il , d*une lettre écrite de Bouillon par un Liégeois. Ce Liégeois est bien positivement Fabry.
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une grande itiiporlance , s'il n'était possible d'y rattacher quelques circonstances plus précises que fournit une lettre de Bassenge. Il en résulte qu'il y eut en effet un plan remis par Walckiers à Lesoinne, qui paraît avoir passé à Paris la plus grande partie de l'année 1791 ; que ce plan, qui maintenait les trois ordres, fut envoyé ou porté par Lesoinne à Bouillon, où on le désaristocratisa^ dit Bassenge ; qu'on le renvoya ensuite à Walckiers avec la déclaration formelle que les Liégeois se réservaient le droit de s'organiser comme ils le trouveraient bon ( 1 ). Quant au plan môme soumis à ces vicissitudes, ce doit être la pièce rejetée à la fin du dernier des quatre volumes manuscrits renfermant la correspondance de Vonck (s); en voici les trois premiers articles : « Le gouvernement des peuples belgique et liégeois sera fédératif : !<> les dix provinces belgiques et le pays de Liège seront appelés à cette confédération, et se confédéreront sous le nom de Peuples belgique el liégeois unis;i^^ les dix provinces belgiques et le pays de Liège , formant onze peuples unis , retiendront et se réserveront leur souveraineté, leur liberté, leur indépendance, et aussi tous les pouvoirs, juridiction et droit qui ne seront pas expressément délégués aux peuples unis assemblés en Congrès par leurs représentants, suivant l'acte de confédération; 3® les onze provinces ou peuples unis contracteront, chacune en leur nom, par un acte de fédération, un traité d'alliance et d'amitié ferme et constant avec toutes les autres provinces et chacune d'elles, pour leur défense commune, pour le maintien de
(i) Cette lettre non datée , mais qui doit avoir été écrite un jour ou deux après le 15 mai 1792, est adressée à Hyacinthe Fabry. Bassenge insiste pour que son ami réponde aux calomnies de Levoz, et il lui dit : c N'oublie pas que Tidée d*union avec les Belges, union nécessaire, commandée par la nature, fut toujours la nôtre , que, dès les premiers moments, Lesoinne y travailla de concert avec nous. Insiste principalement sur le plan remis à Lesoinne par Walckiers , qui trouvait impossible, même dangereux , de penser un moment à proposer aux Belges un système d'égalité, chimérique dans leurs préjugés. Insiste sur les projets de rapprochement, sur les assertions des Vonckistes, dont le chef, Vonck lui-même , passé à peine deux mois, faisait encore imprimer que ceux qui Tavaient accusé de vouloir renverser les ordres , le calomniaient ; sur nos conditions préliminaires , sans cesse répétées, que nous nous tenions libres de nous organiser, et que nous ne composerions dans aucun cas avec les principes. » Papiers de Fabry,
( 3 ) Papiers de Vonck, IV.
leurs libertés, et pour leur bien général cl mutuel, s'obligeant à se secourir les unes les autres contre toutes violences dont on pourrait menacer toutes ou chacune d'elles, et à repousser en commun toutes attaques qui pourraient être dirigées contre toutes ou chacune déciles, pour cause de souveraineté, de commerce, de religion, ou sous quelqu^autre prétexte que ce soit. »
Les dix articles suivants sont relatifs à Torganisation du Congrès, pouvoir exécutif de Tunion, à sa composition, et aux rapports des différentes provinces entre elles. Tout longqu'il est (12 pages in-folio), le projet est écrit en entier de la main de Walckiers, ce qui semble attester Timportance que le correspondant de Vonck attachait à ce qu'il fût connu seulement de Thomme à qui il était adressé. Aucune date, aucune circonstance qui indique à quelle occasion il fut rédigé. Cependant il est à remarquer que , chaque fois qu'il est question de l'assemblée des représentants d'une province, les mômes expressions : les Étais ou la législature, reparaissent pour Tindiquer : elles font supposer qu'on laissait à ces provinces ralternalive du maintien des États , ou de l'adoption d'un système de représentation non fondé sur la distinction des ordres , et cette alternative fut sans doute introduite à la demande des Liégeois, pour leur laisser à choisir l'oiiganisation politique qu'ils jugeraient la plus convenable, comme disait Bassenge dans sa lettre à Hyac. Fabry.
Dans l'intervalle on avait continué à traiter de la réconciliation des deux partis par l'entremise du comte Cornet de Grez, qui déjà avait présidé Tannée précédente à une négociation semblable. Lincé et Somers vinrent même à Lille au commencement de novembre, pour se concerter avec Vouck, qui rendit ainsi compte de celle entrevue à Walckiers : « Les envoyés de Bréda sont ici depuis quelques jours , et ne parlent que de réunion. Ils veulent nous persuader que , depuis quelque temps , ils sont désabusés sur le compte des deux insignes imposteurs , qu'ils vouent ou font semblant de vouer à l'exécration. » Mais, ajoute-t-il, ils n'ont pas de pouvoir sérieux, et se bornent à annoncer l'arrivée prochaine à Douai de députés des États de Brabant. Quant à Béthune-Charost, Vonck ne sait que croire : c II fait, dit-il, de grandes promesses; il demande la liste des officiers qui sont ici, pour les payer ; il fait entendre qu'il a des forces pour nous seconder ; il fixe le mois de janvier pour entrer
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à Bruxelles. Aurait-il des desseins particuliers ? Mais il ne veut rien, dil-il y que Thonneur d'avoir aidé les Belges. Ne serait-il pas plutôt ragent de quelque puissance supérieure ? Ou de TEmpereur pour nous trahir, ou de quelque grand de la France, et peut-être môme de la nation? » Quel est le sens de ces dernières paroles? Vonck probablement croyait à la possibilité d'un complot ayant pour objet rincorporation de notre pays dans la France. Il finissait sa lettre en disant : « Il est sans doute bien nécessaire que les Liégeois s'unissent à nous. Nous avans ici M. Levez, homme très instruit et digne de toute notre confiance. C'est, à mon avis, celui avec lequel on doit le plus se concerter. Les Liégeois, aussi bien que nous, espèrent beaucoup en vous; ce que vous m'annoncez, surtout dans votre dernière, m'est d'un favorable augure. Les plans que vous avez bien voulu m'envoyer sont très bien vus certainement. M. Levez en est aussi très content. Il ne s'agit plus maintenant que du premier point qui sera la base de tout: c'est la réunion. > (i )
A cette lettre, Walckiers répondit le 17 novembre : t H' de Béthune n'est autre chose qu'un aristocrate vaniteux que l'ambition dévore, et qui veut tirer parti de noire position ; il veut jouer un rôle , acquérir de la célébrité, voilà son but. Je suis bien convaincu que , pour un cordon ou une toison, il nous sacrifierait tous... M' Levez a toujours été dans les meilleurs principes, et c'est un galant homme. Les Liégeois ont, comme nous, besoin de se réunir; le malheur est un grand maître , et doit sans doute nous rendre tous frères et amis. » (i)
Vonck évidemment se trompait sur le caractère de la mission confiée à Lincé et à Somers. Si leurs pouvoirs n'étaient pas complètement en règle, ce qu'expliquait la nature extraordinaire des circonstances, ils n'étaient pas moins eux-niëmes des émissaires fort sérieux du parti conservateur. Du reste, la correspondance de Vonck ne renferme aucun autre renseignement sur ses rapports avec eux. Le 29 novembre, il écrivait à Walckiers que, depuis quinze jours, il ne les avait plus revus , et Walckiers répondait le 4 décembre :
(i ) Papien de Vonck. III. Nous avouons ne pas comprendre cette opinion favorable de Vonck sur le compte de Levez, qui était certainement, parmi les Liégeois, Tun des plus hostiles au maintien des trois ordres.
(() Ibid.
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c Je crois que, si nous n'arons plus aucun accord à espérer avec les ÉUtSy il faut nous retourner du côté des Liégeois , qui sont dans les bons principes et prêts à agir d^accord avec les Français. » Trois jours après (7 déc), revenant sur cette idée , il lui disait encore : c Ce n'est que par Tunion des Liégeois et de notre parti que les choses peuvent tourner à bien ; si Ton ne peut parvenir à ce but , il faat attendre d'autres circonstances peu éloignées peut-être. Dans aucun cas , nous ne pouvons nous lier avec le parti qui veut se former à Douai ; ils ont été nos plus cruels ennemis et le seront encore , puisque nos principes sont aussi opposés que le feu et Teau. » (i)
On peut ainsi regarder comme complètement manqué, dès cette époque , le projet de réconcilier les conservateurs et les libéraux belges. Ceux-ci, assurés de la sympathie des révolutionnaires français, s'attachèrent à contrecarrer leurs adversaires. « Je pense, écrivait Walckiers à Vondc le 20 décembre, que messieurs de Douai . vont être renvoyés de la frontière. J'ai influé au Comité diplomatique, et j'ai ouvert les yeux sur ces aristocrates , ainsi que sur leur chef Bélhune (i). > En effet, le lendemain fut rendu le décret (5) ordonnant la dispersion des corps qui s'organisaient sous la direction de Bétbnne-Charosl. Ce fut un rude coup pour les projets insurrectionnels du parti conservateur, quoique l'appui des républicains du département du Nord , favorables à tout mouvement qui semblait propre à entraîner la guerre avec l'Autriche, leur ait permis d'éluderi pendant quelque temps encore , les dispositions du décret.
L'union des libéraux belges et liégeois, surtout après que la tentative de rapprochement avec les conservateurs eut avorté , semblait facile à réaliser, vu la conformité des doctrines, et il convenait de la conclure sans retard, la guen*e avec l'Autriche devenant imminente. Jusqu'alors on avait agi sans plan , chacun de son côté. Fabr; avait eu pour intermédiaires auprès de la Constituante le marquis d'Aoust, puis, auprès de la Législative, un représentant du départe^ ment des Ardennes, Tarbé de Sedan, dont il avait fait la connaissance depuis son arrivée à Bouillon. Mais ses démarches n'avaient pas obtenu grand succès , à cause de l'attitude prudente
4 ) Papien de Vonck, III.
(fl) Ibid.
( 1) Voir notre HiUoire de$ Belgei à la fin du XVlîb tUele^ chapitre XII.