DOCTRINES D'ITALIE. CONTRO-STIMLLI.^ME
Brown avait établi « que la nature des maladies, pour le plus grand nombre asthéniques, dérivait de la nature des causes. »
Tommasini, aidé des lumières de Gaubius, de Cnllcn , do (lianini , de Testa , réfute cette erreur. Dès l'année 1805, il avait reconnu l'avantage de persister dans l'emploi du traitement anliphlogisli(pie alors même que les premières réactions de la fièvre avaient jierdu de leur intensité, et que les apparences d'une faiblesse illusoire pouvaient en inqioser et faire croire k une véritable asiliénie.
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Broussais le reconnaît lui-uiôme, eUlit en parlant du professeur de Bologne, 2^ Examen, p. 432: « Tommasini soutient que la nature stliénupie des maladies se conserve la mémo depuis le premier moment de l'invasion juscpi'au dernier degré do l'épuisement. Que toutes les inflammations aiguës, chroniques, évidentes, obscures sont de cette nature jusqu'à l'entier épuisement des forces , et, qu'en un mot, les phlegmasies, dont on rencontre les traces après la mort, sont toujours la cause et jamais l'efïet des flèvres qui ont existé durant la vie. »
Ces principes , sans doute un peu trop avancés , trop exclusifs si l'on consulte les faits , no sont-ils pas l'une des bases fondamentales de la médecine physiologique?
Du reste, quelle que soit la part d'influence qu'on leur accorde relativement à l'invention de cette doctrine, Broussais avait senti l'atteinte qu'ils porteraient à ses prétentions de réformateur puisqu'il se hâte d'ajouter: loc. cit., p. 4oâ :
« Lorsqu'on lit dans les ouvrages de Tommasini que laphlegmasie que l'on trouve dans les viscères après la mort est la cause et non
l'effet de la fièvre, etc , on serait tenté de croire qu'il attribue
les troubles de l'économie à la phlegmasie des organes digestifs , et qu'il est arrivé à la doctrine de l'irritation locale considérée comme cause de tous les mouvements fébriles. Cependant il n'en est rien , car il fait, d'après Brown, préexister à l'affection locale une dia- Ihèse générale de stimulus ; il distingue ce stimulus de l'irritalion, etc. »
Puis, jugeant toute l'Ilalie d'un seul mot, il dit, p. 15a : «Tout cet échafaudage prouve assez que les Italiens n'ont point encore découvert que les maladies fébriles sont toujours l'effet d'une irritation locale communiquée par sympathie au cœur et aux
principaux viscères , et p. 156 : Aucun d'eux, que je sache,
n'a songé à attribuer les fièvres intermittentes à des phlegmasies locales, etc., etc. »
C'est une réserve dont nous les félicitons beaucoup , et bien que nous n'admettions pas le système et les explications théoriques deGianini, de Bondioli, de Monteggia , etc., dont parle Broussais,
lO'l- MAMFESTATION PE LA ISKVOI.LTIOÎJ MÉDICALE.
tous CCS auteurs nous seiublonl moins éloignùs de la vêrilé que le rèfornialcur français.
Broussais aurait-il voulu, par ces déclamations, faire prendre le change à ses lecteurs et se rassurer lui-même? C'est une pensée dont on a peine à se défendre en lisant cette partie de YExamrii. Toutefois , on s'aperçoit bientôt que sa conscience n'est pas tranquille , et sa loyauté lui arrache un aveu bien remarquable dans un novateur aussi prétentieux. Il dit, 2' Examen,]). ^58 :
« Cependant une justice est due à nos confrères transalpins : ils nous ont précédé danfi la publication d'une grande vérité; ils ont proclamé que la majeure partie des fièvres que Brown appelle asthéiiii]ues , que les médecins du nord qualifient de nerveuses, que nos médecins français ont rassemblées sous le titre d'adynamiques ctd'ataxiques, doivent être traitées par la méthode adoucissante, et même aniiphlogistique; ils ont le même avantage sur quelquesunes des fièvres lentes que nous nommons hectiques, pourquchpu's
affections glanduleuses, et pour la majeure partie des névroses
Kii effet, ce fui en 1805 que Tommasini proclama ces imporlanics vérités, et Vllisinire des plilrfiuidsirs n'a vu le jour qu'en ISdS. »
Il aurait dû surtout ajouter: et le Premier Examen seulement III 1<SI(j. Broussais est dominé par la puissance des dates, mais on voit combien il a de peine ii renoncer .m lilre de réformateur, puisqu'il termine ainsi son aveu : « Cependant mon ouvrage n'était point calqué sur ceux de cet auteur, dont je n'avais alors nulle connaissance. »
Ueprcnant liientôt sa première assurance, Broussais continue lor. rit., p. HiO : « En somme , on voit assez que, sans avoir connaissance de leurs travaux, j'ai annoncé les mêmes vérités que les Italiens; mais que j'ai rapporté toutes mes observations;) l'affection des tissus en ])articuli('r dont Bicliat m'avail donné l'idée, pendant
qu'ils s'occultaient des modifications de l'irritation Brownienne
J'essayai le premier, en Europe, d'assujellir la médecine à la phy- .siologic par système d'organe, enseigné p.ir i'immorlcl Bichat. »
^nlls nous bornerons ici à cette simple réflexion : Si nous n'avi(Mispas l'affirmation que nous donne Broussais. de n'avoir point
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connu les ouvrages du professeur de Bologne, si nous ne jugions que d'après les dates et les aveux de Broussais lui-même , que resterait-il à ce dernier entre Bicliat et Tonimasini, comme réformateur, comme original cl comme fondateur unique de la nouvelle doctrine, dont il se proclame si haut le premier, le seul inventeur ?
Arrivé aux applications du contro-stimulisme de Rasori et de Tommasini , il dit, 5" Examen, t. 2, p. 472: « Ce fut en administrant les évacuans à la suite d'émissituis sanguines, le plus souvent très-copieuses, qu'ils découvrirent la fameuse tolérance. »
Il blâme, sans paraître la bien comprendre, la médication par l'émétique à haute dose , et dit, p. 4H5 : « On présume bien qu'il ne fut pas possible de persister longtemps dans de pareilles médications. En effet, la tolérance des poisons n'a point cessé depuis Milhridate d'être une exception fort rare, et sans doute elle disparaîtrait entièrement si l'on ne perdait pas de vue les sujets qui en ont fourni des exemples. »
A ces vagues allégations d'une doctrine exclusive, nous répondrons par les faits en renvoyant à la thèse de concours que nous avons publiée en 183o sur l'emploi du tartre stibié à haute dose dans le traitement de la pneumonie. Depuis cette époque, nous avons fait les plus heureuses applications de ce médicament dans la même phlegmasie , lorsque les émissions sanguines , largement employées dans les premiersjours, n'étaient plus praticables; l'émétique , donné convenablement jusqu'à la dose de deux grammes dans 48 heures , n'a jamais produit ni directement, ni par la suite, aucun des accidents toxiques dont Broussais fait si gratuitement un épouvantail.
Il approuve Rolande d'avoir défini la fièvre : « Un excitement cardiacjue. » Il dit ensuite , 5° Examen , t. 2 , p. 410 : « Rolande est digne d'éloges pour s'être uni aux physiologistes français
contre l'excitabilité abstraite de Brown ; et pour s'être efforcé,
d'accord avec nous tous, de rattacher ce iiliénrimène aux divers tissus. »
Il dit il propos des principes de Bulïalini , lac. cit., p. 402:
lOG M.VMKESÏATKIN DE LA HÉ\OLUTION MÉDICALE.
«Or, quand lUifTaliiii a pulilié ces vérilôs , il y avait onzo ans qu'on les lisait dans Vllisloire des plilcamasics , et trois ans qu'elles étaient consignées dans le Premier Examen. » Du reste, il en fait aussi un ontologiste.
Il ajoute, relativement àGéromini, loc. cit., p. 538 : « Géromini a toujours eu beaucoup de mérite à subordonner ;i l'irritation les altérations (|ui surviennent dans nos oriranes, et à les placer au rang des causes qui prolongent , entretiennent et perpétuent nos souffrances. »
Il avoue « que cet auteur a traité l'irritation avec beaucoup plus de profondeur que Tommasini, et d'une manière qui a beaucoup de ressemblance avec celle dont il a lui-même envisagé ce grand phénomène. » Mais il lui reproche de fonder sa doctrine sur trois faits qu'il regarde comme 1rs Irais faits primitifs de la pathologie :« l'irritation, l'inflammation, l'altération orga- 7u//Me. au lieu de l'établir sur l'irritation d'où dérivent les deux autres. »
Après avoir fait l'éloge de Slrombio et de Gandini, Broussais prétend qu'ils n'ont point résolu la question de ressenlialilé des fièvres, et termine ainsi tout ce qui est relatif à l'Italie, oubliant évidemment alors ses nombreuses concessions aux doctrines de ce pays, doctrines dont il a produit la critique, fait à noter, sous le litre de liroirnismc d'Italie , ',]' Examen , t. 2, p. 586 :
« J'ai mis scrupuleusement sous les yeux de mes lecteurs tous les titres (jue les médecins d'Italie se flattent d'avoir à la découverte de la non-essentialité des fièvres et k la localisation des maladies. La question nie paraît jugée. A la France seule appartient l'idée-mère de la localisation des maladies, jinisquo c'est elle qui a fourni les iiremières données 1° sur la vitalité, propre de chaijne tissu; 2" sur les variations que celte vitalité peut éprouver sous riniluencc des différents mrnlilicaleurs. » Mais alors, au lieu de dire à la France, il fallait dire à llichnt , etc.
El li)C. cit., p. ôiU : <{ La France n'a donc rien à envier àrilalio sous le rapport du développement de l'irritation et de la fixation ilélinilivcdu sens do ce mot. » Enfin, loc. cit. .p. 562; «en csl-ccbicn
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assez pour faire sentir aux moins clairvoyants combien la nouvelle doctrine de l'Italie est au-dessous de la médecine physiologique qui se répand aujourd'hui dans notre patrie ? disons plus , elle est fort au-dessous de celle des anciens dont on invoque l'autorité. »
Lorsque les faits parlent avec tant d'évidence est-il nécessaire de relever d'aussi étranges contradictions?