‹ Histoire de la révolution médicale du XIXe siècleChapitre 29 sur 64 · DOCTRINES D'ALLEMAGNE ET DU NORD · texte numérisé non relu

DOCTRINES D'ALLEMAGNE ET DU NORD

Broussais les regarde à peu près toutes comme subjuguées par le Brownisme. Cependant il convient que Mendérer, médecin en chef des armées russes a déjà depuis longtemps , signalé les fâcheux ciïets des stimulants au début dos fièvres de mauvais caractère; et que Pierre Frank a consacré dans la science l'une dos plus importantes vérités pathologiques ; la nécessité de bien distinguer l'oppression , la concentration des forces « oppressio virinm » de leur véritable résolution , de leur diminution réelle ; mais il voit dans la doctrine de ce médecin un mélange de vitalisme, de Brownisme et d'humorisme; il regarde Joseph Frank, fils du premier, comme éclectique et nomme sa théorie : « autocratico-humoro- Brownienne. »

Le réformateur français considère l'invention des constitutions médicales comme un moyen ingénieux de sauver les médecins qui les admettent des contradictions où se trouveraient les principes de leur pathologie actuelle et passée; ainsi, dit Broussais, ce qu'ils faisaient il y a dix ans, ces médecins ne le pratiquent plus aujourd'hui parcequc la constitution sanguine, par exemple, a remplacé la constitution bilieuse; nous verrons bientôt ce que l'expérience a décidé sur la réalité de ces constitutions.

Il reproche encore à Frank de ne pas fonder sa théorie sur l'irritation et ses modifications variées; de créer des dialhèses : infianmiatoirc, rhumatismale, goutteuse, scorbutique, scrophuleuse , vénérienne , dartrcusc , cancéreuse , etc. Il condamne

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également llildenluand, llnme. Jauger, ScliœlTer, Ilufelaiid, etc. D'après lui, les allemands se sont jelés dans l'empirisme sans abandonner entièrement la doctrine de Brown. 11 les accuse surtout de ne pas connaître les phlegmasies gastro-intestinales, de créer des entités et «dans Iriir iiralique routinière d'adresser des médicaments spècifKiues aces êtres enfantés par leur imagination ; d'ignorer les rap|)orls des symptômes avec les désordres cadavériques. »

Arrivé à Marcus, Broussais prend les choses plus sérieusement et paraît encore se préoccuper des principes de cet auteur, comparés à ceux de la médecine physiologique; il dit 5' Examen, t. 5 p. 80.

« L'écrivain d'Allemagne le plus remarquable parmi les médecins qui n'ont pas abandonné les traditions de la science pour se jeter dans des systèmes étrangers aux grands maîtres dont nous avons esquissé les travaux dans cet ouvrage est Marcus de Bamberg. »

Marcus par sa doctrine fit en effet beaucoup de bruiten Allemagne. Broussais ajoute Inc. cil., p. 80 : «J'ai d'autant plus de raison d'api)r()f(indir la doctrine de cet auteur (pi'elle a , comme les meilleures doctrines du temps, des rapports avec la nôtre.... I.a première partie de l'Kssai de thvrdpciitiquc sprcùile qui traite de l'inflammation en général et des fièvres, est de 1807 ; par conséquent, antérieure au Premier Examen. »Ktmème à V Histoire des phlefjmaxirs de 1808.

X l'occasion de ces propositions de .Marcus : « l'inflammation et la fièvre sont insé|tarables, et si rinnammatioii ne |u'ut èlre sans lièvre, il ])lus forte raison la lièvre sans inllammalion. » Broussais dit p. 00 :

« Voilà des propositions dont nous n'avons point encore trouve

l'équivalent dans nos recherches .Insqu'ici le système de Marcus

ne nous aiqiaraîl ipie cnnime un premier trait de lumière jeté sur le chaos delà méileciiic anli(|ue Fendant que nos français négligeaient d'appliquer ii la |)athologie les travaux de Hiiliat sur les différents .systèmes organi(iucs et sur leurs divers degrés de vitalité, Marcus les méditait dans l'ouvrage de Wallher... el se proposait d'en faire les bases d'une nouvelle médecine, l-'inllammalion était

(le tous les phénomènes morbides celui qui l'avait le plus vivement riap[)é, il entreprit de le rattaclier aux différents organes.... il eu lit le mobile unique de l'étal morbide. C'est chose assez remarquable que dans le même temps Marcus ait obéi à Bamberg à la même impulsion qui me faisait agir en Belgique, en Hollande, en Autriche, en Italie... Marcus inspiré par la polarité naissante y associait des idées de physique et de chimie et inventait une médecine physico-vitale Et />. 109: Même vague, même latitude , mêmes vieilleries sur la marche et les terminaisons. A peine se souvient-on, en suivant l'auteur, qu'il a voulu dans son début se séparer de l'école antique.»

Hannemann — occupe h son tour Broussais au point de vue do l'honiœopathie. Ce dernier s'exprime ainsi relativement à cette doctrine, loc. cit., p. IW :

« Ce système est une espèce d'empirisme d'ontologisme

Hannemann faisant de la médication homœopathique un être abstrait L'auteur se réfute lui-même par cette assertion : Les

doses des médicaments doivent être infiniment f élites , ■parce que les remèdes qui agissent homœopathiquement atteindront, par les semblables , des parties déjà affectées par la maladie naturelle , et n'auront pas besoin de beaucoup de force pour surpasser cette dernière. Une dose plus élevée produirait des accidents très-graves. Peut-on condamner plus formellement cette doctrine qui, dans le fond, n'est autre chose que celle de Brown,

puisqu'elle consiste à stimuler des organes déjà surexcités Il

est clair que lorsque l'on donne un médicament actif à un millionième de grain, les effets que l'on obtient ne dépendent guère que du véhicule ; or, le plus souvent c'est de l'eau ou tout autre liquide

inerte Hannemann a-t-il cru de bonne foi qu'il ajouterait au

travail de la nature par des doses d'une si prodigieuse exiguïté? Ou bien s'est-il servi de ce prétexte dans le double objet de ne pas participer aux fautes désastreuses des polypliarma((ues de son temps, et de se donner du relief par l'appareil d'un nouveau syslèmc? Une telle ruse serait plus que jusliliéc par ces motifs. »

110 MANIFESTATION DE LA nlîVnilJTION MÉDICALE.

Rroussais termine roxamen des ilocirincs du nord par des discussions sur le sjsli'uie de la itolaritù. Voici ses conclusions: loc. cit., p. Hll : «Nous devons abandonner l'espoir d'explitiuer les phénomènes de la nature organique par ceux de la nature inorganique. »

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