‹ Histoire de la révolution médicale du XIXe siècleChapitre 33 sur 64 · ANATOMO-PATHOLOGISTES · texte numérisé non relu

ANATOMO-PATHOLOGISTES

Broussais ne se dissimule point le mérite sérieux du plus grand nombre des auteurs de cette catégorie. Nous le voyons en même temps combler d'éloges ceux qui, depuis la publication de sa doctrine, sont venus par leurs travaux consolider quelques-uns de ses principes; et critiquer , bien souvent sans plus de mesure, ceux dont les idées analogues aux siennes sont d'une date antérieure à celle de ses ouvrages , ou dont la manière de voir n'est

pas conforme aux données exclusives de la médecine physiologique.

Il commence par proclamer une vérilé qui nous paraît incontestable : ô' Exfim. , t. IV, p. S.j. « C'est chez les anatomopathologistes modernes qu'il faut chercher les traces des grandes découvertes qui ont signalé notre époque. » Il signale ensuite la tendance fâcheuse de l'anatomie pathologique, loc. cit., p. 101 : « Nous allons voir ce genre d'observation prendre une physionomie nouvelle : elle va d'abord s'isoler et tenter de se rendre indépendante. iVous verrons quelles seront ensuite ses prétentions. »

11 fait observer, avec raison, que ceux qui se sont bornés à étudier les lésions organiques sans lier ces désordres k l'action des maladies qui les produisent, aux indications réclamées par la présence de ces maladies n'ont rendu qu'un service imparfait à la science. Sous ce rapport , Broussais aurait été dans le vrai s'il n'eût voulu rattacher tous ces désordres à une seule cause : à l'irritation. Il dit !>■ Exam. ^ji. (HO :

« Je n'ai jamais pu comprendre quel intérêt pouvaient présenter les altérations des organes considérés indépendamment des symplomes des maladies. En y rédéchissanl bien , il m'a mémt;

semldé (jue celte es])èce d'étude menait directement à l'ontologie

On devait naturellement s'attendre à voir tous les efforts des

médecins se réunir pour rattacher les symptômes aux organes

Tels étaient, en effet, les travaux des médecins jdiysiologistes parmi lesquels je dois citer lionnel, Morgagni , Raglivi , Sarcone, Ilœderer, Waglcr, Stoll, I.ieutaud et Pujnl , dont l'ouvrage a été exhumé à l'occasion des travaaux de notre école. »

Suivons actuellement le réformateur dans le jugement qu'il va porter sur chacun des anatomo-pathologisles modernes les plus marquants.

I.VENNEC — se trouve d'abord condamné comme anatomopathologislo exclusif et comme humoriste. Uroussais fait l'éloge de sa découverte de l'auscullalion, puisilajnulc, 2^ Exainrii. p.HO :

« Cependant, faut-il le dire? celte découverte n'a fait faire aucun

DELMÈME rÉKlUDE. 13o

progrès au traitement de ce que l'on appelle phlhisic, puisqu'il est entièrement fondé sur la connaissance des phénomènes de l'irritation k laquelle il est impossible que le cylindre puisse rien ajouter. »

On devrait dès lors conclure de cet étrange raisonnement : qu'un moyen d'investigation médicale , fût-il même le plus parfait pour nous faire apprécier des désordres organiques presque impossibles à constater sans lui, devient inutile dés l'instant où nous le voyons conduire à reconnaître autre chose que l'irritation !...

Voici, du reste, les principaux griefs imputés à Laënncc, loc. cit., p. 7/-/ : « On doit surtout lui reprocher de n'avoir pas toujours aperçu les traces de la gastro-entérite , d'en avoir tenu

trop peu de compte » El plus loin, à propos de la phlliisie

pulmonaire : « Je ne parlerai pas de son traitement; dès qu'il n'est pas celui de l'inflammation, il est vicieux. »

Broussais se formalise de ce que Laénnec avait dit à son occasion : « Un médecin dont les opinions ne me paraissent d'ailleurs mal fondées qu'en ce qu'elles ont de trop général et d'exclusif, etc. » Il était cependant difficile d'être plus juste et plus vrai.

Le réformateur nous semble judicieux dans les réflexions qu'il fait sur l'idée flxe de certains anatomo-pathologistes, loc. cit., p.Hl:

« S'arrêter au diagnostic des degrés d'engorgement, sans y joindre l'indication des moyens qu'ils peuvent exiger, c'est manquer son but , car c'est inspirer à ses lecteurs la curiosité des autopsies jtlutôt que le désir de les prévenir. »

Il blâme Laënnec d'avoir adopté les idées des anciens sur les constitutions médicales, et dit, loc. cit., p. 730 : « Je crois qu'il fait beaucoup trop d'honneur à ces habiles gens ; mais je lui demanderais , pour mon instruction , ce qu'il entend par des maladies inflammatoires qui sont de nature bilieuse, et qui pourraient, à la faveur d'un changement de constitution , devenir d'une nature inflammatoire?»

Parce que Laënnec fait observer que « dans une constitution de plusieurs années, les fièvres essentielles sont moins communes , et celles qui dérivent d'une inflammation plus fréquente, » Broussais

I3(i MANIFESTATION DE LA RÉVOLUTION MÉDICALE.

aussitôls'écried'un ton triomiilmnl, /oc. rj7.,/j. 758 :« Il no faut

pas désespéror do sa conversion Encore quelques sairifices h

l'amour-propre, el nous aurons en lui un des médecins pliysiologistes les plus distingués. »

Enfin , il termine en rangeant Bayle el Laënnec dans la classe des médecins qu'il nomme fatalistes français.

Louis, — dit le réformateur, 5' Examen , t. 4, p. 535 : « esl celui des disciples de Laënnec qui s'est le plus conformé à ses

opinions Il est auteur de plusieurs ouvrages dont le but esl

unique : Subordonner les sijmpUmcx des maladies atix altérations des organes Louis est un homme remarquable par

l'étendue des détails dans l'exposé de ses observations; il pousse cela jusqu'à la minutie , ce qui le rend ennuyeux pour ceux dont l'organisation diiïéie de la sienne. Son grand mojen de conviction esl le calcul. C'est de la méthode numérique surtout qu'il déduil ce qu'il appelle des lois. »

Rroussais discute ensuite longuement sur le Traité de la pltthisie do cet auteur, et déduit de celte discussion les conclusions suivantes, loc. cit., p. 405 :

« Tel est l'ouvrage de M. Louis : c'est un travail d'analomio

pathologiiiuo des plus secs el des plus dilliciles à étudier Un

ouvrage sans vue ni pathologique, ni thérajjeutique, ni hj-çiénique, à plus forte raison sans aperçu physiologi(pie ; cntin , un ouvrage sans vie , ne respirant que le fatalisme , l'obscurantisme cl la mort. »

A l'occasion delà dutliinentéritc signalée par M. Brelonneau.el du motif que les médecins, moins exclusifs (|uo Broussais y trouvaient do ne pas attribuer la lièvre typhoïde à la gastro-entérite pure el simple, le réformateur ajoute, loc. cit., /». 40S :

« Les boutons n'étaient plus, comme inflammation, la cause de la fièvre, et l'essenlialilé fébrile snrlail do la lutte triomphante el plus brillante que jamais. 0"<^I bonheur ! il y avait de quoi entonner

mille Te Dnini ,c[ M. Rretonneau méritait au moins l'apothéose

Tel fut !(• plan do la cabale, et M. U' docteur Louis, lole vierge

de toute étude médicale et de toute observation étrangère à la clinique de Laënncc et consorts, mais laborieux à l'excès et dévoué sans réserve, fut choisi pour la confection de cette grande œuvre. »

Le réformateur discute ici (rés-longucmcntsurla fièvre typhoïde, et termine par cette conclusion dérisoire et peu convenante, surtout lorsrpi'il s'agit d'un médecin dont le caractère est aussi honorable et le mérite aussi généralement reconnu. Il dit, toc. cit., p. 469 :

« Nous ne porterons point de jugement général sur M. Louis ; notre but n'est nullement de le molester. Nous n'avons eu pour objet, dans ce qui concerne cet auteur, que de lui aider à se corriger, s'il en sent le besoin et s'il en a le désir.

Gendrin — se rapproche bien d'avantage des idées du réformateur, aussi la critique sera-t-elle ici très-mesurée. Broussais dit, à l'occasion des défauts qu'il reproche aux autres anatomopathologistes, Inc. cit., p. âl I :

« Ces vices furent sentis par tous les bons esprits , cl M. Gendrin espéra y porter remède en réduisant l'inflammation à sa véritable valeur. 11 no dédaigna pas non plus l'irritation , il n'affecta point de dire, avec les ennemis déclarés de notre méthode, que l'irritation n'était point définie dans les ouvrages des physiologistes. Il l'admit, mais seulement comme une nuance préliminaire de- l'inflammation, et donna à cette dernière une importance beaucoup plus grande que celle que lui avaient accordée

les auteurs déjà cités Il entreprit de traiter seulement l'ana-

tomie pathologique de l'inflammation dans le but de déterminer jusqu'à quel point ce phénomène entre comme élément dans la

pathologie humaine Il résulte de ce travail la confirmation de

ce que nous avions reconnu, que l'inflammation est la même dans tous les tissus, et qu'elle offre une foule de degrés depuis les plus aigus jusqu'aux plus chroniques. »

A côté de ces éloges, Broussais reproche à 31. Gendrin de ne pas être aussi exclusif que lui et termine ainsi ; loc. rit. , p.S2f : « tel est l'important travail de M. Gendrin, on voit qu'il a rendu

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