PATHOLOGIE SPÉCIALE
Inii.a.mmation. — lîroussais la définit, Plilrg. chroniq. , t" édit. t. u,p. 9: « Toute exaltation locale du mouvement orgaiii(pie assez considérable pour troubler l'harmonie des fonctions et
pour désorganiser le tissu où elle est fixée 3' Exain. t. i,
prnp. xcix : Lorsque l'irritation accumule le sang dans un tissu avec tumeur, rougeur et chaleur extraordinaires, et caj^ddes de désorganiser la partie irritée, on lui donne le uom d'inflammation. »
il détermine ainsi le siège de cette altération pathologique, l'hley. rhron. proirfj., p. G: « La modification vitale qui produit les (piatre phénomènes de l'inflammation : tumeur, rougeur, chali ur , douleur a son siège dans les vaisseaux lajiillaires de la partie malade et dépend manifestement de laugmentatlun de leur action organique. L'inflammation est doue primitivement un surcroil de celle action. »
DEUXIÈME l'ÉUlODE. 165
Il apprécie les phénomènes sympathiques do l'inflammalion , 3" Exam. t. I , jirojios. en : « L'inflammalion excite souvent plus lie douleur dans les parties où les irritations sympathiques se manifestent, que dans son propre foyer. Les inflammations des memliranes mu(]iieuses de l'estomac , des intestins grêles et de la vessie en oflVenl des exemples journaliers. »
Il admet une grande influence de l'inflammation sur les humeurs : loc. cit., prop. civ : « L'inflammation altère toujours les fluides de la partie enflammée, et quelquefois la masse entière des humeurs. »
Il signale très-bien le passage de l'inflammation de l'état aigu à l'état chronique. Plileg. citron, prolég. p. fS :
« Lorsque l'irritation innammaloire ne s'est point éteinte, dans le principe , pour former la délitescence ou la résolution ; dans l'état plus avancé , pour transformer la partie en escarre gangreneuse, cette irritation devient chronique La cause de ce
passage vient toujours de l'action continuée d'un stimulus qui empêche l'inflammation de se calmer Une suppuration prolongée, une induration rouge, etc. , sont les traces de l'inflammation chronique des capillaires sanguins ; les ulcères calleux , l'hépalisation lente des j>oumons , l'endurcissement chronique rouge des membranes en sont les preuves ; l'épaississemenllardacé, caséiforme l'aspect squirrhcux, etc. annoncent que cette irritation a été partagée par les capillaires blancs. »
L'inflammation va maintenant devenir pour Broussais le fait capital , dominant et fondamental de la pathologie. Ce fait va former la base principale de sa doctrine. Il est assez curieux de suivre les modifications progressives de sa pensée pour arriver, du génie de l'observateur le plus profond, au génie du systématique le plus absolu.
Déjà , dans son traité des Phlegmasies chroniiiues, proleg. p. 5, on voit sa tendance à faire jouer à l'inflammation un rôle d'abord très-étendu , ensuite à peu près exclusif dans la production des maladies; il dit en effet :
« C'est par une inflammation qui détruit avec plus ou moins de promptitude un ou plusieurs des viscères essentiels à la vie que le plus grand nombre des hommes périssent. »
Il rontinue, /" Kxam. , p. 589 : « S'il est vrai , comme Biclial en a donné la preuve , que chaque ordre de vaisseaux a sa manière de sentir et de vibrer dans l'élal physiologique , pouniuoi ces diffi'renccs ne persisteraient-elles pas dans IV'tat palholopiquo , et ne constitueraient-olles pas autant de maladies qui se rallient au phL'nomènc de l'inflammation? Tel fut l'important problême dont je me proposai d'abord la solution. »
Il porte rinflammation dans le domaine des affections nerveuses, 3*^ Exam. prop. cvii : « L'inflammation excite souvent des sympathies do relation qui sont devenues pour les auteurs les phénomènes prédominants , et ont fait donner à la maladie le nom de iiécroxe. »
D'après lui l'inflammation peut produire non-seulement toutes les lésions organiques , toutes les altérations des solides et des humeurs dans une partie mais encore un vice radical de toute la constitution. Il dit , loc. cit., prop. cvi :
« L'inflammation laisse souvent à sa suite un modo d'irritation qui porte un nom différent du sien et produit une rrtrnclKjinie que l'on a crue essentielle. »
Il ne se borne plus à voir le grand fait de l'inflammation d'une manière générale , agissant ainsi sur les parties et sur l'ensemble de l'organisme , il va le concentrer dans un organe de i>rédilection qui deviendra comme le foyer princiiial il'oii émaneront à [leu près toutes SOS impulsions pour effectuer la presque universalité des maladies. Il semble d'abord hésiter dans le choix de cet organe; mais son indécision n'est pas de longue durée. Nous pouvons apprécier ici jusqu'aux circonstances, jusqu'aux motifs qui l'ont amené à cette idée exclusive , à ce principe fondamental de sa doctrine.
En faisant l'histoire ili's phlogmasios clironirpies dans les divers tissus cl dans les différents organes , il reconnaît que les inflammations des intestins ont été déjà signalées, mais qu'il n'en est pas de même de celles de l'estomac. Il semble vouloir en accorder le monopole à la médecine physiologique , et dit , Plilrg. chroii. , ^ i^dlL. t. II. /;. .T.-
« .>'ous ne devrons jamais une lumne histoire do.>< phicymasies
nEUXIÈME PÉIUODE. 167
de rabdomeii ni à rhumoriste , ni au Brownien , ni au seclalcur fanatique de la Ihéorie chimico-aniuiale , ni à ces obscurs dialecticiens purement spéculatifs qui poursuivent, dans le traitement des infiruiitt's humaines , les chimères créées par leur imagination plutôt que les désordres réels qui tombent sous leurs sens : oculos liabent et non vident. Nous la devrons au médecin observateur qui ne dédaigne pas l'expérience des autres, mais qui voudra la sanctionner par la sienne ; qui ne procédera jamais k la recherche des affections morbides qu'à la lueur du flambeau de la physiologie. »
Est-il bien nécessaire de mettre le nom au bas d'un pareil portrait ?
Voici comment il arrive au choix, définitif de son foyer central d'inflammation, 3" Exam.,prop. cix:
« Les irritations de tous les organes sont transmises au cerveau lorsqu'elles acquièrent un certain degré d'intensité et surtout lorsqu'elles sont inflammatoires;... L'excès de cette sympathie se convertit en encéphalite. Prop. ex : Les irritations intenses de tous les organes sont constamment transmises à l'estomac au moment de leur début.... Si l'irritation reçue par l'estomac s'élève au degré de l'inflammation, on voit les symptômes delà gastrite. Prop. cxvm : L'inflammation de l'encéphale entraîne toujours celle des voies digcstives , et quelquefois celle de leurs annexes : c'est une symliathie organique. Prop. cxix : L'inflammation de l'encéphale cU plus souvent l'effet sympathique des inflammations de l'estomac que leur cause. »
« Propos, cxxx : L'inflammation de la membrane interne ou muqueuse de l'estomac s'appelle ijastrite ; mais elle n'est jamais vérifiée sur le cadavre qu'avec celle de la membrane muqueuse des intestins grêles, il vaut donc mieux lui donner le nom de qastro-entérite. Propos, cxxxi : L'inflammation de la membrane muqueuse des intestins grêles s'appelle entérite. Le cadavre l'offre (pielquefois seule, mais on ne saurait aCTirmer son isolement avant raulopsic, et d'ailleurs la gastrite a toujours eu l'initiative , il vaut donc mieux lui donner le nom de qastro-entérite. Prop. cxxxv :
IGJS MANIFESTATION UE l.A IIÉVOI.UTION MÉDICALE.
Le mol entérite étant consacré à l'inflammation de l'intestin grêle, ne peut sen-ir à distinguer celle du colon. Il faut appeler celle-ci colite ou colo-rectite. Mais les deux se succèdent et s'associent. »
Ainsi , Broussais arrive , comme on le voit, par degrés à la rjastro-cutcrile, et la considère déjà comme le critcrinin à peu près exclusif do l'état pathologique. Nous verrons les preuves de la vérité de cette interprétation dans les applications ultérieures qu'il va faire de ce principe fondamental de sa doctrine à presque toutes les maladies. Toutefois, il semble, dans la prop. cxxxvi , se ménager l'avantage de pouvoir admettre une (jastro-entèrite là où tout autre observateur que lui ne voudrait pas la reconnaître. 11 dit en effet :
«Lu (jastro-cntérite existe , .çahs aucun point douloureux , lorsque l'inflammation ne prédomine pas avec force dans l'estomac ou dans le duodénum, et la pression de l'abdomen ne développe même pas de douleur. »
Il ajoute, Phlccjm. chron., iiilrod., //. xviii : « Le rapprochement des faits que j'ai recueillis sur l'iiiflammatitm de la portion de membrane muqueuse qui tapisse la surface interne de l'estomac m'a convaincu (jue cette jdilogose était peu connue, bien que très-fréquente, et qu'il se commettait journellement beaucoup d'erreurs dans son traitement. Je les ai attribuées, ces erreurs, au défaut de monographie sur cette maladie, et à la tendance qu'ont la plupart des médecins de nos jours à regarder toutes les affections de l'estomac comme saburrales ou comme asthéniques.» 2* Examen, p. G54: «Personne n'a assigné à l'inflammation di' la muqueuse gastro-intestinale les symptômes cpii lui appartiennent au milieu de la confusion des maladies féliriles ; et c'est là jjréci- .sément pourquoi toun Icx traith d'anatomie pathologique n'ont concouru presque en rien à l'avancement de la médecine pratique. »
Il complète sa pensée, relativement à ce grand principe de la médecine physiologique, en précisant la manière dont il comprend rim|»orlance de l'estomac dans l'économie de l'homme, soit en santé, soi! en maladie; et dit, %' Eranirn, p. 10-2:
« La sensibilité morbide de ré|»igast|;e, taul célébrée par Naii-
DEUXIÈME PKRIODE. 169
helniont et Stahl, a été placée dans les plexus et dans le centre phrénique. J'ai avancé qu'elle résidait dans la muqueuse gastrique,
et les faits seuls m'ont suggéré cette explication 3" Examen ,
*. i,prop. ccxc: L'estomac doit être stimulé dans un degré et
dans un mode qui conviennent à sa vitalité, car il est le siège du sens interne réfjulateur de l'économie. »
Fièvres liées a la gastro-entérite. — Broussais combat leur essentialité d'une manière absolue, et définit ainsi la fièvre, en prenant ce terme dans l'acception la plus générale, 2" Examen, p. 599 :
« La fièvre n'est autre chose (lu'une accélération du cours du sang produite par celle des contractions du cœur, avec augmentation delà calorificalion et une lésion des fonctions principales. Cet état de l'économie est toujours dépendant d'une irritation locale.» Et, 3" Examen, t. i , prop. cxii : « La fièvre n'est jamais que le résultat d'une irritation du cœur primitive ou sympathique. »
Arrivé aux fièvres essentielles dos auteurs, il ne voit, dans toutes leurs variétés, qu'une seule et même maladie locale , une gastroentérite. Aussi, Catéchisme de la méd. phijs.,p. 18, lorsque le savant demande au jeune médecin , avec un grand étonnement sans doute :
« Et que devient donc la théorie des fièvres? le jeune médecin répond avec un imperturbable sang froid : « Une chimère!... qui n'aurait jamais été inventée par les auteurs, s'ils avaient su traiter les gastrites comme nous le faisons aujourd'hui.»
Broussais dit, 2° Examen, p. Gol, en parlant des époques antérieures à la médecine physiologique : « Qu'il eût paru petit et à vues rétrécies celui qui se serait avisé d'écrire que tout ra[ipareil des prétendues fièvres essentielles n'était que l'effet sympathique d'un érjthème de la muqueuse gastro-intestinale , et que pour en arrêter la marche, et dispenser un malheureux de la nécessité et du danger des terminaisons critiques, il suffisait de faire avorter dès le principe ces sortes d'inflammations: on l'aurait jiris pour un fou. »
A l'occasion de h yosuiirapliie da Pincl, il ajoute, lac. cit..
170 MANIFESTATION DE LA RÉVOLUTION MÉDirALE.
p. 451 : « On peul juger par les rapprochcmenls que nous venons de faire, i" que les six groupes de symptômes qui perlent dans cet ouvrage le nom de fièvres essentielles, sont l'effet d'une phlcgraasie purement locale: 2° que ces six groupes n'expriment point six. entités différentes, mais une seule irritation qui ne diffère que par le degré, lequel dépend lui-même de la constitution indi\iduelle,
ou de la nature de la cause provocatrice , loc. cit., p. 426. •
C'est ainsi que dans la gastro-entérite , les uns sont dès le premier jour dans l'état qu'on appelle atlynamique ; tandis que d'autres paraissent avec les symptômes dits muqueux , et le plus petit nombre avec ceux que l'on qualifie d'ataxiffues , sans que l'on puisse s'en prendre à d'autres causes qu'à la différence de leur tempérament. »
Se réservant tout l'avantage d'avoir attaqué le dogme de l'essentialilé des fièvres, il ajoute, 3' Exameu, I. /, prnp. cxl :
« Les auteurs n'ont jamais dit que les fièvres prétendues essentielles fussent produites par le même mécanisme que les fièvres des pneumonies, etc.; jamais enfin : qu'il n'y en eût point d'essentielles. Tout cela n'a été dit que depuis la doctrine physiologique.»
Enfin, il tranche plus nettement encore la question, loc. cit., prnp. cxxxix : « Toutes les fièvres essentielles des auteurs se raïqinrlfnl ii la (jastro-entvrite simple ou compliquée. Us l'ont tous méconnue lors(iu'elie est sans douleur locale , et même lorsqu'il s'y trouve des douleurs, les regardant toujours comme un accident 2' Examen , p. 420 : En dernière analyse, les symptômes que l'on assigne aux f\ii\vofi essentielles son[ toujours, quelle que soit leur cause éloignée, le résultat d'une cause prochaine vnif/ue : rinfliiinmation de la membrane interne ilu tube digestif.»
Hroussais ne s'arrête pas dans relie localisation ijastro-intestinale aux six fièvres : inflammatoire , bilieuse, muqueuse, putride, maligne et pestilentielle; il y comprend également les fièvres dos hôpitaux, des camps, des prisons, la fièvre jaune, la fièvre lyiduude et même le typhus épidémifjiie et toutes les fièvres inlerniiltenles.
ili;lalivemenl ;i la première catégorie do ces fièvres, il dit,
DEUXIÈME PÉRIODE. Mi
5^ Examen, t. 3, p. 408 : « Plusieurs des classiques modernes ont choisi le nom de typhus pour distinguer les gastro-entérites contagieuses d'avec celles qui ne le sont pas. Ils reconnaissent trois sortes de typhus : 1° le typhus d'Europe, fièvre nosocomi;ilc, carcéraire, fièvre des camps; iâ" le typhus d'Amérique, fièvre jaune; 3* le typhus du Levant ou la peste.
« Ce qui a frappé les auteurs dans tous ces cas , c'est l'espèce d'engourdissement assez semblable à celui de l'ivresse, qui s'observe dans les fonctions intellectuelles , dans les sens cl dans l'appareil musculaire. Or, ce phénomène est l'c/fel mmjiathuinc de l'irritation de la matière nerveuse cérébro-spinale déterminé par l'inllammation aiguë de la membrane muqueuse des voies gastriques qui
forme le caractère commun de toutes ces affections Puisque le
mot typhus est synonime du mot gastro-entérite , chaque fois que l'on dira typhus des prisons, typhus des hôpitaux, typhus d'Amérique , typhus du Levant , ce sera comme si l'on disait : gastroentérile des prisons, des hôpitaux, etc. »
Enfin , résumant toutes les fièvres de mauvais caractère dans le mot typhus , il exprime ainsi sa pensée sur la nature de toutes ces maladies, 5" Examen, t. 4, prop. cccxvii :
« Les typhus sont des gastro-entérites par empoisonnement miasmatique , c'est-à-dire par des gaz putrides , souvent avec complication de quelque autre phlegmasie , surtout de celles de l'appareil cérébro-spinal. »
Le choléra-morbus épidémique lui-même rentre encore, d'après le réformateur, dans la gastro-entérite, avec cette seule différence que l'inflammation envahit alors toute la muqueuse digestive. Ainsi, Broussais dit, Traité du chol.-morb. épidcm,, p, 15 :
« Ma conclusion , à moi , c'est que le choléra est une maladie éminemment inllammatoire. L'inflammation qui la constitue attaque toute l'étendue de la surface interne du canal digestif, deiiuis la
gorge jusqu'àl'anus, iil'aulopsie, la muqueuse est telle qu'on la
trouve chez les individus morts par une gastro-entérite ordinaire.»
Quant aux fièvres intermittentes, la périodicité n'est point, dans la pensée du réformateur, un obstacle à leur admission au nombre
m MANrKEsrATIU.N DE LA HKVOLLTION MKDICAl.E.
des gastro-enlériles. Il suffira iradineltrc des inflammations inlermittenles. Voici, à celle occasion , comment il établit ses principes, 3' Examen ,t. 1 , prop. ccxvii :
« L'irritiilion olTre des intermittences naturelles dans Ti-tat de santé. Prop. ccxviii : L'irritation morbide peut être intermittente dans presque tous les appareils et systèmes organiques où l'inflammation aiguë peut se développer. Prop. ccxii : Les fièvres intermittentes et rémittentes sont des gastro-entérites pôriodinnes. Prop. ccxxm : Chaque accès régulier de fièvre intermittente est le signal d'une gastro-entérite dont l'irritation est ensuite transportée sur les exhalans cutanés, ce qui produit la crise. Si l'irritation ne se déplace pas complètement, la fièvre est rémittente; si elle cesse de se déplacer, la fièvre devient continue. »
Voici comment il cherche à prouver la réalité de tout ce qu'il vient d'avancer sur la nécessité d'admettre la localisation des fièvres, et de les rattacher toutes sans exception à In tjastro-entérite , 1" Examen, p. i!)0 :
« Onze personnes reçoivent l'impression d'un air froid et humide, ou sont mouillées soit par la pluie, soit par une chute dans l'eau, la première éprouve ce qu'on appelle une fièvre inflammatoire; la seconde, une fièvre dite gastrique ; la troisième, un embarras gastrique, la quatrième, uno fièvre gastrique: la cinquième, une fièvre rémittente; les sixième, septième et huitième contractent les types quotidien , tierce ou quarte, avec apyrexie entre les accès ; la neuvième, une fièvre pernicieuse ; la dixième, une phlegmasie continue; et la onzième , une phlegmasie intermittente. Comme les alternatives de froid , surtout humide, et de chaud sont des causes communes aux irritations périodiques et non-périodiques, je place mes malades sous celle double influence , alin de faire ressortir la liaison qui existe entre toutes les irritations. Quelle différence y a-l-il entre tous ces individus?»
Il trouve ces difTérencesdans les prédispositions de chaque sujet, et diss(Tle sur ces onze cas absolument comme s'ils étaient le produit d'une observation actuelle, se fondant jiour agir ainsi sur rclli' réflexion :
DEUXTKME PI-RIODE. 473
« Voilà ce qu'on observe chaciue jour en hiver, en automne, dans toutes les saisons froides et humides , ainsi les faits que je présente ici ne sont point supposés ou hypothétiques. »
Si on lui demande ensuite des preuves plus positives, voilà ce qu'il répond, loc. cit. , p. 311 :
« On demandera que j'administre les preuves de la congestion inflammatoire que je dis exister dans les cas en question sur les viscères. Pour les fournir toutes il faudrait donner l'histoire complète des maladies d'irritation, les comparer les unes aux autres, forcer la physiologie de prêter ses lumières à la pathologie , et faire parler tous ces cadavres qui ne restent jamais muets que pour ceux qui ne savent pas les interroger. »
Après avoir prétendu qu'il n'est aucune des lièvres dites essentielles des auteurs qui n'offre à la mort des traces d'une gastro-entérite , il ajoute : 3° Exam. t. 3, p. AGI :
« On demandera peut être que je fournisse des preuves de cette dernière proposition; mais je ne saurais les trouver dans les livres classiques. En effet, comment en appeler aux anciens auteurs qui n'ouvraient pas les cadavres, ou qui ne tiraient aucune conclusion de ce qu'ils avaient trouvé dans l'intérieur des voies gastriques?
« Prendrai-je pour juge Morgagni ? j'ai prouvé qu'il n'avait rien compris aux altérations de la membrane interne des voies digestives. M'en rapporterai-jc aux observateurs vivants? ils se partagent en deux sections : les uns , sans prévention , conviennent de la vérité ; ils croient avec moi qu'il existe pour le moins une gastro-entérite à la suite des prétendues fièvres essentielles ; les autres , qui ont leurs motifs pour dissimuler, se refusent à l'évidence et soutiennent sérieusement que la rougeur ou la noirceur de la muqueuse intestinale ne suCQtpas pour rendre raison des phénomènes de la fièvre. « Je pourrais renvoyer ces incrédules à la physiologie ; mais quand je vois quelques faiseurs d'observations publier des ouvertures de cadavres dans lesquels ils assurent avoir en vain cherché des traces de phlegmasie à la suite de leurs prétendues fièvres adynamiques, je suis réduit à répondre, ou qu'ils n'ont pas su les distinguer, ou qu'ils en ont imposé. C'est donc à l'avenir qu'il faut en appeler;
17V MV.MlESl.vnoN ut LA KKVULLIIO.N MKDICALE.
mais jo ne suis que trop sûr de sou témoignage , lorsque tous les petits intérêts de coterie auront cédé la place à l'amour delà vérité. » 11 est important de noter que Broussais faisait lui-même réimprimer ce passage, la seule réponse qu'il fasse :i la question pratique posée par lui, en 1829, par conséquent quinze ans après la publication de sa doctrine.
llÉMonRiiAGiES LIÉES A l'ini'l.vmmation. — Broussais voyant dans l'irritation l'agent à peu près exclusif des altérations patliologi(|ues, devait tout nalurellemeul y rattacher les hémorrliagies, il dit en effet, 3°" Exam. t. 4, propos, cxcix :
« Les hémorrliagies spontanées dépendent dune irritation des capillaires sanguins. Propos, ce : Les hémorrhagies spontanées dépendent des mêmes causes éloignées que les inflammations; aussi elles les compliquent, les produisent et sont déterminées par elles dans le même lieu; elles les remplacent et sont remplacées |»ar elles dans des parties différentes. »
Il n'admet pas la distinction des hémorrhagies en actives et en passives; il rejette ces dernières et dit, S' Exam. p. 5Hi : « La faildesse générale et la faiblesse htcale ne sauraient fournir la raison suffisante des hémorrhagies dites passives. /'. .5iO : Le défaut de molimen hemorrhaificum ne fournit point la preuve que les hémorrhagies spontanées soient l'effet du bâillement asthénique des orifices des vaisseaux exhalants. y>
l'our lui , le succès des Ioniques et des astringents dans le traitement de ces altérations, ne prouve pas d'avantage la nature passive de ces hémorrhagies; il ajoute, 2* Exam. p. /j'iV; :
« Pour moi , dès la première édition de l'histoire des idilegmasies jiubliée en 1808, je proclamai que les hémorrhagies spontanées, dites passives, se font|iar les mêmes lois que celles auxquelles on a donné le nom d'activés, et que ce qu'il y a de commun entre elles c'est l'inégale distribution de l'irritabilité et des forces vitales dans lesddTérentes régions du système capillaire sanguin. »
A propos de l'hémorrhagie cérébrale, il émet C(^tte pensée bien extraordinaire sous |tlus d'un npiiml, lue cil. p. ll'i :
DEUXIÈME l'f.RIOUE. 175
« L'apoplexie est le tenue commun de toutes les irritations cérébrales, comme l'adynamie est celui des irritations de la muqueuse digestive. »
Névroses rattachées a l'inflammation. — Broussais en admet quelques unes surtout dans les organes employés aux fonctions de relation. L'irritation en devient le principal agent: dans les organes affectés aux fonctions nutritives il semble à peu près partout les identifier avec les phlegniasies ; voici du reste ses expressions textuelles sur ce point important de la question :
Il dit3^ Exam. t. i, propos, cci : « Les névroses sont actives et passives tandis que les inflammations et les subinflammalions ne peuvent être qu'actives. Prop. ccii : Les névroses actives consistent dans l'exaltation de la sensibilité des nerfs de relation, et dans celle de la conlractilité musculaire et vasculaire sous l'influence de ces nerfs; elles sont passives dans les muscles locomoteurs, dans les viscéraux et dans tous les capillaires où prédominent les nerfs de relation : Exemples : les névralgies. Prop. cciii : Les névroses passives consistent dans la diminution ou l'abolition de la sensibilité et de la contractililé musculaires; elles ne peuvent être complètes que dans les appareils locomoteur et sensitif. Prop. cciv : Les névroses actives et passives ont le plus souvent pour cause une phlegmasic située dans l'appareil cérébral ou dans les autres viscères; les passives dépendent quelquefois d'une influence sédative agissant sur les nerfs où elles se manifestent. »
Il identifie bientôt la névrose avec l'inflammation comme pour ménager la transition qui va le conduire à ne voir en dernier résultat dans les névroses digeslives que de véritables gastro-entérites chroniques; il dit, loc. cit., prop. ccv :
« Dans les névroses actives fixes de l'appareil de relation , la circulation capillaire est excitée, il y a congestion, l'inflammation et la subinflammation existent ou menacent de se former dans les tissus où se manifeste la névrose aussi bien que dans le point de l'appareil cérébral où correspondent les nerfs de ces mêmes tissus. Propos, ccvi : lorsque dans les névroses de la poitrine et du bas
170 MANIFESTATION DE LA UKVOI.ITIO.N .MÉDICALE.
ventre , il existe des douleurs ou des convulsions ambulantes dans les muscles Iticoiiioleurs, il y a deux points d'iriilaliun «lui sont ciillamuH'S ou tendent à la plilej;masie ; l'un, dans les viscères, l'autre dans l'appareil encéplialiiiue. »
A propos de la coqueluche il dit aussi, 2" Exam., p. 559 : « Celte espèce de catarrhe franchit fort aisément les limites de l'irritation, qui ne produit que la toux, pour se changer en une inflammation fort intense de l'appareil pulmonaire et pour se compliquer avec la gastro-entérite. »
En parlant de l'hypocondrie, il ajoute, loc.cit.p.55~ : «.\llonsau fait, l'irritation des organes de la digestion, quand même la cause de l'hypocondrie serait toute morale, est ce qui ouvre la scène.... arrêtez donc votre attention sur le grand phénomène de l'irritation de l'estomac; et, 3' Exam. t. 1 , propos. ixcxLiii : On guérit l'hypocondrie.... par lesmnyens qui guérissent les gastrites chroniques. »
Enlin il arrive à son idée Cxe, lac. cit., prop. CXLiv : « L'hypocondrie est l'eiïel d'une irritation permanente des principaux viscères des deux cavités inférieures; mais elle ne devient complète que par le développement d'une gastro-entérite chronique qui agit avec énergie sur un cerveau fort irritable et organisé d'uix' certaine manière. Propos, (.m : La boulimie est l'elTct d'une gastro-entérite chronitjue avec prédominance d'irritation gastro-duodènale. Propos. CXLV : La plupart des dyspepsies, gaslrodynies, gastralgies, pyrosis, cardialgies el toutes les boulimies sont l'effet d'une gaslroentérile chroni(]ue. »
Voici ses idées sur les diflicullé.s du diagnostic différentiel de la gastro-entérite et des névroses digeslives, I" Exam. p. :2(JS :
« Donnez-moi les moyens de reconnaître quand ces désordres sont le pur et simide effet des aberrations de l'influence nerveuse, ahn (|ue je n'aie pas la douleur de faire périr mon malade en introduisant sur la membrane déjà trop sensible des voies gastriques, lin tonique (pii deviendrait débilitant, ou un anti-s|)asmodi(iue (jui augmenterait les convulsions. »
Maladies EiuPTivEs liées a la oastho-entéiiite. — Dans tous
les exanthèmes cutanés tels que la rougeole, la scarlatine, la variole etc. Broussais regarde la gastro-entérite, ou pour le moins l'inilammation de la membrane muqueuse des viscères intérieurs , qu'il suppose toujours exister dans ces éruptions, comme lamaladie principale ; l'éruption cutanée devenant ici seulement la crise ou la métastase de l'irritation des viscères intérieurs ; il dit en effet , 3"'"£m/H. L 5,p.S'2i :
« Que ce soit un miasme transmis par contagion, ou l'influence de toute autre cause qui produise la fièvre qu'on appelle d'incubation elle est toujours le témoignage d'une irritation des viscères dans le mode inflammatoire... j3. 5^/: A l'irritation des viscères succède au bout d'un certain temps celle de la peau qui lui sert de crise ou de métastase, si plus tard il y a du danger il résulte uniquement de l'inflammation des viscères ce que certifient encore à chaque instant les ouvertures cadavériques; parmi ces maladies éruptives, la variole seule devient dangereuse par l'inflammation cutanée , dans le cas Quelle s'élève au degré de la confluence; et, dans ce cas-là même, l'erysipèle que produisent, en se confondant les pustules varioliques, ne peut aggraver la maladie qu'en faisant reparaître la (jastro-cntéritc des premiers jours , et en lui ajoutant quelque autre phlegmasie viscérale. P. 52i : Que l'on applique ceci aux phlegraasies cutanées aiguës admises par Pinel : érysipèle, zona, miliaire, urticaire , et l'on ne tardera pas à se convaincre qu'il est étranger à toutes ces importantes vérités. »
Dès lors, il blâme ce professeur d'avoir uniquement attribué à l'inflammation de la peau les symptômes de ces maladies. P. bM : « Erreur pour erreur, je préfère l'opinion des anciens qui voyaient dans les différentes altérations une fièvre ou une effervescence générale des fluides dont le but était d'effectuer une crise sur le tissu cutané, de sorte que la phlegmasie de cet organe n'était (ju'un phénomène secondaire. )>
Lufin , il dit plus positivement encore, loc. cit., p. 520: « Dans la variole, la rougeole et la scarlatine.... Le premier elle principal point d'irritation se développe dans les membranes muqueuses des viscères , surtout de ceux de la digestion. 3* Exam.
/. 1 , propos. cïLii : C'est par une gastro-enti^rite aiguë , premier effet de l'agent contagieux, que di'bute la variole, la plilegmasic cutanée la remplace, et la termine lorsque les pustules sont en petit nombre ; mais elle la reproduit, si les pustules sont nombreuses, par l'érysi pèle qui résulte de la confluence des aréoles. Telle est la fièvre secondaire de la variole, dite aussi lièvre de suppuration. »
EnGn, propos. cxLiii, il ajoute : « C'est par la gastro-entérite et par un catarrhe oculaire , nasal , guttural ou bronchique aigu que débutent la rougeole et la scarlatine. Ce sont ces phlegmasies qui constituent tout le danger de ces maladies , en envahissant le cerveau et la totalité des viscères. »
HyDROPISIES liées AUX INFLAMMATIONS DES SÉREUSES. — RroUS-
sais admet cinq causes d'hydropisies, mais elles se rattachent, d'après lui , le plus souvent à l'inflammation du système séreux. Il dit, 3' Exam. t. 1 , propos, ccxai :
« L'hydropisie reconnaît pour causes physiologiques : les obstacles au cours du sang et de la lymphe; l'influence sympathique d'une phlegmasie chronique: la cessation d'action des capillaires dépuraleurs; l'assimilation imparfaite; la débilité. S" Exani. t. i , p. 49 : « Les hydropisies supposent un simple défaut d'équilibre entre l'exhalation et l'absorption. P. SO : Si ce n'est pas ii la lésion des vaisseaux chargés de l'exhalation et de l'absorption que tiennent les hydropisies, c'est h celle de l'arbre circulatoire en général. Dans le premier de ces deux cas, elles appartiennent aux maladies des membranes séreuses et du tissu cellulaire , et sont ordinairement la suite de leurs plilefjmasies.
P. 53 ; « Après l'obstacle à la circulation du sang, cause la plus puissante et la plus ordinaire de ces maladies , aprh lesphlryinnsics clirnnl(iucs, non des glandes en particulier, mais drs tnrmbntncs si'rrusrs et des viscères h parenchyme , phlegmasies qui figurent en seconde ligne , il se présente quelques autres causes comme le froid , la suppression brusque des évucualious séreuses déiiuralivcs, le scorbut, l'épuisement , etc. »»
Loc.cit., t. •/, propos, en : « L'hydropisie des personnes qui ont abusé des boissons alcooliques, des purgatifs, etc., est l'effet d'une gastro-entérite chronique qui a cnvaiii toute l'épaisseur du canal digestif , du foie , etc. , et qui a pénétré lentement au péritoine.
Propos. cccxLii : « L'hydropisie occasionnée par l'influence sympathique d'une phlegmasie chronique est rarement curable parce que cette phlegmasie ne l'occasionne guère qu'après avoir désorganisé la partie où elle siège. »
Vices, cachexies, duthéses liées a l'inflammation. — Broussais ne voit point dans ces maladies une altération de l'organisme étrangère ni même antérieure à l'inflammation , mais seulement le résultat et la généralisation plus ou moins entière de ce grand phénomène pathologique. Il dit, 2" Exam. p. 2T8:
« La cachexie n'est point un état primitif sans siège déterminé, mais toujours le résultat d'une irritation locale. 3° Exam. 1. 1 , propos, xcviii : L'irritation tend à se propager par similitude de tissu et de système organique : c'est ce qui constitue les diathèses. Propos, cvi : L'inflammation laisse souvent à sa suite un mode d'irritation qui porte un nom différent du sien et produit une cacochymie que l'on a cru essentielle. »
Le réformateur exprime ensuite sa pensée sur chacun des genres d'altérations rangées dans cette classe par la plupart des observateurs.
Scrofules. — Broussais n'admet pas la diathèse scrofuleuse , et regarde les scrofules comme le résultat d'une simple irritation sans caractère particulier. Il dit, 4'' Exam., p. oS4 :
« La prétendue diathèse scrofuleuse sans affection lymphatique actuellement existante se réduit aune disposition constitutionnelle, que je puis constater par des caractères extérieurs , comme je constate les diathèses sanguines, nerveuses, et la prédominance d'action de certains viscères. P. 323 : La facilité avec laquelle les prétendus scrofulcux éprouvent des engorgements blancs ne prouve autre chose que l'irritabilité particulière du système
ISU MANIFESTATION DE LA Rl'VOLLTION MÉDICALE.
lymiilialiqiie. P. 5G3: Le mol vice scrofulcux appli(|uc à un homme qui n'a [loinl de scrofules est synonimc de prcdisposilion , cl si prédisposition su[>\)Osc que la maladie n'existe pas, il en résulte que le mol vice scrofuleux ne représenle poinl un élal maladif de l'économie ; dire qu'un homme qui devieul scrofuleux à la suite d'une phlegmasie avail un vice scrofuleux qui n'élail que lalent, c'csldire qu'il n'élail pas scrofuleux avant la phlegmasie ; el comme on ne connaît pas d'autre cause qui l'ail rendu lel on esl forcé de convenir que les phlegmasies peuvent produire l'état scrofuleux. » 11 fait le même raisonnemenl pour le rachitisme qui , d'après lui , esl intimemenl lié à l'élat scrofuleux. Il ajoute , 3' Exam. propos. CLXXix : « Les scrofules sont des irritations des tissus extérieurs où prédomine la partie alhumineuse du sang; mais comme la chaleur y esl peu de chose , et que la rougeur n'y existe pas, on [leut les distinguer par une expression particulière: celle de subinflammation convient-elle ? »
Rachitisme. — Broussais en comprend ainsi la nature , 2' Exam. p. G01 : « Lorsque cette maladie succède au scorbut, à la syphilis, elle est souvent un produit de l'irritation, elle l'est également quand elle esl primitive. »
Eléphantiasis. — Le réformateur l'atlrihue ii la même cause cl dit, p. 001: « Comment ne pas voir dans tous les désordres qu'elle occasionne une irrilalion quelle qu'en soit la cause ? »
Scorbut. — Rroussais abandonne sa marche ordinaire dans l'appréciation (pi'il fait de la nature de cette maladie, el va même jusqu à consacrer des principes que chez un autre il (pialilierail d'Iiumorixmc c[d'ontoln<jismc : 11 dit en eiïct, 'i'' Exam. I. i\,p. /5:
« H faut un vice particulier des capillaires sanguins (]ui les disjjose à laisser couler le sang. Or , ce vice n'étant ni dans la faiblesse ni dans l'engorgement , je ne vois |)lus en quoi le faire consister, si ce n'est dans le vice de l'assimilatidii. .l'atlribnerais doue le scorbut au vice de la nutrition , à lu mauvaise coiu|)osilion
du sang. Je suis porté à penser que ce vice réside particulièrement dans la fibrine et dans la gélatine. »
« P. 13 : Les tissus d'un scorbutique sont fragiles et peu tenaces dans les affinités de leur chimie vivante. P. i7 : Ces tissus vivants dont la force d'adhésion et les aflinités chimiques sont diminuées n'ont point perdu l'aptitude à contracter l'inflammation. »
Il rentre par degrés dans son système à peu près exclusif de l'irritation ; peut-être la reflexion qu'il fait lui-même n'est-elle pas étrangère à ce retour. Il dit, loc. cit., p. 19 :
« J'entends déjà les ennemis de la doctrine physiologique s'écrier que cette diminution des affinités vitales et de la force de cohésion des molécules entre elles n'est autre chose qu'un état de faiblesse, ou une diminution de l'énergie vitale, et que, par conséquent , je n'ai rien ajouté au système des Brownistes. Ce que je viens de dire pourrait leur servir de réponse , puisque j'admets la possibilité de la complication des phlegmasies avec la débilité scorbutique , et la nécessité des antiphlogistiques , malgré cette espèce de débilité , je ne saurais être confondu avec les sectateurs du Brownisme. »
« P. 25 .-Le scorbut est essentiellement une affection de la chimie vivante ; il ne ressemble à la débilité des autres maladies que par l'un de ses effets, qui même encore n'est pas le plus intéressant pour le physiologiste. »
Il revient à sa première idée. S*" Exam. t. 1 , propos, ccxiii : « Le scorbut est un état particulier des solides et des fluides produit par une assimilation imparfaite. Ses causes sont donc multipliées; mais le froid, le défaut de lumière, la tristesse et les mauvais aliments sont les principales ; l'extravasation des fluides est un des principaux effets de l'état scorbutique. »
3" Exam. t. 4, p. 11 , il explique ainsi les hémorrhagies scorbutiques : « Les affinités vitales qui retiennent le sang dans le système capillaire et l'empêchent d'enfiler les nombreux vaisseaux collatéraux qui s'ouvrent sur les surfaces , sont diminuées. Il en résulte que , sans l'intervention d'aucune cause vulnérante, le sang
lyi MANII-ESTATIO.N bE LA RÉVOLUTION MÉDICALE.
s'écoule aisément avec les sérosités et les mucus par les porosités (jui s'ouvrent sur les surfaces muijueuscs , sur celles du tissu cellulaire libre , cl sur celles du tissu lamelleux qui outre dans la composition des différents parenchymes. »
Enfin il revient à la pensée de l'indammation , loc. cit., />. 10 : « Il est impossible au médecin physiologiste de méconnaitre la présence de riiiflamnialioii au milieu des tissus mal composés , fragiles et facilement désorganisables des scorbutiques;.... Les désordres du scorbut sont ceux des plilegmasies. » Il trouve dans ces tissus affaiblis de l'aptitude à l'inflammation, et dit, loc. cit., p. /S ; « C'est maintenant ipic l'on peut avec connaissance de cause rendre justice aux auteurs qui ont distingué le scorbut en chaud et en froid. »
RniMATisME. — Broussais le délinit ainsi , propos, ccxxix : « Les rhumatismes sont des phlcgmasies fibreuses ou synoviales , produites par les vicissitudes du chaud l'I du froid extérieurs; il n'est donc pas surprenant (ju'ils soient souvent intermittents et périodiques. Propos, c.c.xw : Les phlcgmasies articulaires périodiques deviennent ambulantes i)ar la voie des synqiathies et se terminent par des crises, ou bien en se fixant qucKiue pari sous forme aiguë ou chronique. »
Goutte. — Il en détermine ainsi la nature, 3" Exam. I. /, propos, cr.xxxi : « La goutte ne diffère de l'arlhritis que par des circonstances qui tiennent à l'âge ou à l'idiosyncrasic des sujets. Propos, ccxxxiii : « La forme de phlegmasie articulaire que l'on appelle goutte est souvent, mais non toujours, compliquée d'une gastro-entérite chroni(iue qui en modifie la marche et appelle l'irritation sur les viscères. »
Propos, ccxxxii : « Les phlcgmasies articulaires devenues chroniques dégénèrent en subinflammations : de là les nodus , les concrétions , etc. l'rop. ccxxxv : L'irritation de la pastro-cnlérilc se fonununicinc aux articulations jiar voie de sympathie sous la forme d'arthritis et do goutte Vrop. ccxxxvii : Les iulirmités multipliées
DEUXIÈME PÉJUODE. 183
qui touriucnlcnt les vieux goutleiix (diathèse et cacochyraie goutteuse) sont des sympathies de l'estomac, de l'encéphale, etc., qui se sont accrues et transformées en phlegmasies , en névroses ou en subinflamnialions , ou bien ces phlegmasies sont primitives. »
Propos. ccxL : « Il est absurde d'appeler goutte une affection qui n'a point été précédée de plilcgmasie articulaire; il l'est aussi de donner ce nom à celle qui en a été précédée ; car dire que la goutte s'est portée dans le cerveau quand la manie survient à la suite d'une phlegmasie articulaire, c'est comme si l'on disait que la manie s'est portée dans le gros orteil lorsque la goutte remplace un accès de délire. »
Cancer. — Broussais regarde cette maladie comme un produit do l'inflammation; il pense qu'elle est toujours primilivcment locale, et ne voit dans la diathèse cancéreuse qu'une répétition, une extension de l'irritation vers des points plus ou moins nombreux de l'organisme. Il dit en effet, S*" Examen, t. i ,prop. c\c\ :
« Toutes les inflammations et subinflammalions puvont produire le cancer. Prop. cxcii : Le cancer extérieur, produit de la dégénération irritative des tissus où prédominent ralbuminc ou la graisse, est toujours accompagné d'inflammation ; il n'est pas incurable tant qu'il n'est pas local. »
Il explique ainsi la formation des produits sqnirrheux et encéphaloides, 3* Examen, t. 4, p 27 : « Ces tissus sont toujours le résultat des engorgements déterminés par les irritations chroniques. »
Il ajoute, 3' Examen ,«.•/, prop. cxcin : « L'inflammation du cancer extérieur se répète par sympathie dans les principaux viscères : mais le cancer ne s'y développe que par suite de celle inflammation ; il peut même ne pas s'y former. La diathèse et la cachexie cancéreuses ne sont donc pas si communes qu'on le croit. Prop. cxciv : «Les progrès du cancer sont toujours en raison de l'inflammation qui s'y trouve. »
Si l'on pouvait conserver quelques doutes sur les véritables opinions de Broussais relativement au cancer, en raison du peu de
précision (le son axiome relatif ù la localisation de cette maladie, celte dernière citation les dissiperait entièrement. Il dit en elTct, 3* Examen, t. 3, p. 207 : « J'ai remarqué avec plaisir que le cliirurgien Nwnliam admet que le cancer est dans son origine une maladie purement locale qui communique son action par sympathie à tout le système, et devient secondairement nne affection générale. Telle est aussi l'opinionque je professe depuis plusieurs années, et que j'ai déjà rendue publique. Mais je ne sache pas que cet auteur ait rallié cette affection aux autres maladies irritatives, comme je me suis toujours efforcé de le faire; et ce défaut, en isolant l'irritation cancéreuse de toutes les autres, en fait une entité sui (jeneris , et replonge cet auteur dans l'ontologie. »
Virus, >tnins, miasmes délétères, etc., réduits dans les