‹ Histoire de la révolution médicale du XIXe siècleChapitre 42 sur 64 · MA.MrESlAllU.N DE L\ UliNULLTION MÉDICALE · texte numérisé non relu

MA.MrESlAllU.N DE L\ UliNULLTION MÉDICALE

éloijjm''; l'altonlidii du inétlociii doit toujours se diriger vers celle cnusc. »

Propos. cccLxix : « Los hémorriiagies spontanées succèdent bien souvent à rinllamnialion , ou en prennent les caractères dans le lieu même. Il faut donc attaquer celles du poumon par le traitement anlipldofristique et révulsif, sans être retenu par la supposition de tubercules préexistants. »

Nkvhoses, Hypocondrie. — Propos. cccxLiii : « On guérit riiypocondrio, et l'on prévient les squirrhes du canal digestif, et même la phtisie pulmonaire , par les moyens qui détruisent les gastrites chroniques. L'exercice musculaire et la distraction figurent ici en première ligne. »

Spasmes, Co\vli.sions. — Propos, ccciaxi : « Les spasmes, les convulsions de toute espèce étant toujours l'olTet d'uue irritation locale , fixe ou ambulante , cèdent au traitement de celle irritation, c'est-k-dire aux antiphlogisliques , et quelquefois aux révulsifs, lorsque le tissu irrité n'est pas désorganisé. »

Maladies kruptives. — Propos, cclxxxi : « La lièvre dite d'innibalion des phlegmasies cutanées aiguës étant le signal d'une inllaminalion des viscères qui précède celle de la peau , les saignées ca|tillaires i)raliquèes le jdus près possible du principal point intérieur d'irritation, rendent l'éruption plus facile et diminuent le danger. »

J'ropos. (X\.\\\i\ :« l-es fièvres srroinlairrs de la variole C(Uilliiente étant l'cITet de l'érysipèle produit par les pustules, |)eulèlre modéré et quelquefois |tréveiui : I" |iar les saignées pratiquées dans la fièvre d'incubation ; 2" par les sangsues appliquées au cou dans le moment qui précède l'érysipèle de la face. »

l'ropas. cc.LXXXiii : « l,a fièvre dite aiUjiinmi<iur. qui survient dans les varioles connuentes, n'étant ipruiic gasiro-entérile produite |)ar l'érysipèle cutané, peut être prévenue parles moyens (|ui arrêtent les progrès de cet érysipèle. »

Dartres. — Propos, cdxiv : « Les irritations cutanées que l'on appelle dartres doivent être traitées par les saignées locales , les émoilients à l'extérieur, les rafraîchissants k l'intérieur, tant qu'il existe de l'inflammation à la peau : lorsqu'il n'y reste plus qu'une irritation subinflammatoire, les stimulants peuvent être appliqués à la peau, surtout les sulfureux... La révulsion peut être tentée par la voie des sudorifiques, des diurétiques et des purgatifs... Tout ceci peut être appliqué à la lèpre des Grecs ou tuberculeuse. »

HvDROPisiES. — Propos, cccxr.ii : « L'hydropisie produite par un obstacle a la circulation cède aux saignées et aux diurétiques légers, si la cause de l'obstacle n'est pas incurable. La digitale y est utile si celte cause dépend de l'hypertrophie du cœur. Propos. cccxciv : L'hydropisie qui dépend d'une dévialion accidentelle des fluides séreux , c'est-à-dire de la cessation d'action des capillaires dépurateurs , cède au rétablissement de la transpiration et du cours des urines, les vapeurs chaudes et sèches appliquées à la peau, les bains de sable chaud , de marc de raisin , etc. Les diurétiques et même les purgatifs procurent cette guérison. Prop. cccxcv : Les hydropisies qui proviennent de la mauvaise assimilation disparaissent parles toniques, l'air chaud, sec, lumineux et les bons aliments. Prop. cccxcvi : Les hydropisies qui sont dues à la disette, aux hémorrhagies et aux autres causes d'épuisement, se guérissent par les toniques, les bons aliments , le vin, l'alcool et les diurétiques actifs, lorsqu'il n'existe point de désorganisation dans les viscères.»

Scrofules. — Propos, cccxcvii : « Les scrofules commençantes à l'extérieur du corps, sous quelque forme que ce soit, peuvent être enlevées par les sangsues applicjuées avec hardiesse : alors l'habitude organique scrofuleuse . qui n'est que la répétition do l'irritation par similitude des tissus , ne s'établit pas. »

Propos. cc.cxr.viM : « La disposition ou dialhèsc scrofuleuse, c'est-à-dire l'irritabilité supernormale des tissus à base gélatineuse non invétérée est détruite par l'air sec, chaux et lumineux , par l'exercice en plein air. »

il8 MA.MFESTATION DE LA UÉVOLUTION MÉDICALE.

Propos, cccxix : « Les ingcsla sliniulanls ne guérissenl la disposition scrofulouso que par l'excilalion des dépiiratours, c'est-àdire par la révulsiim; cl s'ils ne la produisent pas, ils exaspèrent l'irritation scrofuleusc comme toute autre. »

Propos. CD . « Lorsijue dans les scrofules les ingcsta stimulants ne produisent pas la révulsion , ils développent la paslrocntéritc et l'ajoutent aux irritations scrofuleuses de l'extérieur; c'est le carreau des auteurs , et si le poumon contracte l'irrilalion , c'est la phtisie dite scrofuleuse. »

Propos. CDi : « La diathèse scrofuleuse invétérée à l'extérieur du corps se détruit, avec le temps, par l'exercice en plein air, la sobriété et les aliments sains , pourvu que les irritants soient ménagés de manière à no pas développer do pldoi;masie dans les viscères. Propos, cdii : Dans la diathèse scrofuleuse invétérée, les exutoires sont utiles , pourvu qu'une gymnastique convenable seconde leurs cllets. »

PiiTHisiE. — Plilrgmasics chron., 2^ cdiL, t. 1,p. 5/5 ; « La grande majorité des causes de la phlhisie aboutissant à un résultat unique, l'iidlammation chronique du poumon, l'indication fondamentale est de détruire celle inllammalion , alin do prévenir les tubercules qui en sont la suite;... comme moyen curatif, les sangsucs sont en première ligne. »

Troisième Examen, f. /, propos. cccxLii : «On prévient la phtliisie pulmonaire en détruisant de bonne heure, par les antiitliln.uistiques cl par les révulsifs , les irritations de l'appareil ri'S[iiraloiro. »

SconniiT. — Propos, ccclxxv : « Le scorbut sans inflammation cède avec prom|)lilude aux aliments sains, soit végétaux, soit animaux , pourvu que leurs elTels soient secondés par un air pur, sec, par la lumière, par les passitms agréables, ol les stimulants actifs »|ui peuvent accélérer lagiiérison. Mais s'il est complicpié avec d«'sphli!gm;i8ies, la gélatine, l'albiunine, Ir lait, le mucnsn-sucré et les olèracécs doivent être administrés sans niélangode stimulants. Les

DEUXIÈME PÉRIODE. iH9

aniisoorbiiliques acres, les amers, les alcooliques sont éminemment nuisibles. »

Propos. cccLXXVi : « Puisque l'alTeclion des gencives qui accompagne quelquefois le scorbut est une inflammation, elle doit être combattue d'abord par les antiphlogistiques, et plus tard par les toniques légèrement irritants ; et s'il y a gangrène, par les spécifiques antiseptiques. »

Syphilis. — Propos, cdv : « La syphilis est une irritation qui affecte l'extérieur du corps aussi bien que les scrofules, et l'on prévient sa répétition, qui forme la diathèse, en l'attaquant dans son début par les anliphlogistiques locaux , et surtout par des sangsues abondantes. »

Proyjos. CDV I :« L'irritation syphilitique invétérée cède aux anliphlogistiques et à l'abstinence; mais comme cette cure est pénible, on préfère le mercure et les sudorifiques. »

Propos. CDVii : « Le mercure, les sudorifiques et autres stimulants ne guérissent la syphilis qu'en exerçant la révulsion sur les capillaires dépurateurs. Mais il faut qu'elle soit secondée par l'abstinence , car une hématose trop copieuse entretient l'irritation syphilitique. »

Propos. CDix : « Lorsque les stimulants dits anti-vénériens ont développé une gastro-entérite, et que la syphilis n'est pas guérie, elle ne peut plus céder qu'avec la gaslro-enlérilc à une longue persévérance dans le traitement antiphlogislique; mais si les viscères gastriques sont désorganisés , ou le malade trop affaibli , la guérison est impossible. »

Propos. CDXi:«Les stimulants mercuriaux appliqués localement aux irritations syphilitiques externes les exaspèrent toujours lorsqu'elles sont intenses; ils ne peuvent les guérir que lorsqu'elles sont faibles, en opposant irritation à irritation. »

Propos. CDXii : « La prédisposition à la syphilis est la même que la prédisposition aux scrofules; aussi, ceux qui en sont doués sont-ils beaucoup plus difficiles à guérir que les autres. »

Propos. CDXiii : « Les sujets prédisposés à la gastrite doivent

être traités de leur syphilis par les antiphlogisliques tant à l'inlérioiir qu'il rexIi'rieiir.Si on les stimule par la voie de l'estiunac, ii se surirrilc , et quelipiefois même la syphilis ne guérit pas. »

Hypeutrophie du CŒiK. — <.< Les hypertrophies du cœur qui ne sont pas congénialcs étant souvent l'cITcl d'une phlegmasie latente de ce viscère, peuvent être prévenues par les saignées "générales et locales, parla ilii,'ilale cl par la révulsion.»

Empoisonnement par les corrosifs. — Propos, cdxix : « Les empoisonnements par les végétaux acres , par les minéraux corrosifs , parlesacidesconcentrés, par les alcalins, par les cantharides, sont des gastro-entérites qui tendent à l'ulcération , si elle n'est pas déjà la suite d'une escarre produite par ces substances : leur Iraiteinent est donc celui des iiillaminations ordinaires , mais il faut exclure les acides. »

Empoisonnement par les champignons, etc. — Propos, cdxxii : '< Les empoisonnements par l'ingestion des chairs putréfiées , des poissons gâtés, des champignons , sont des gastro-entérites accompagnées de congestion cérébrale , de stupeur, et promptemenl suivies de la résolution des forces : elles doivent être traitées par le vomissement provo(]ué au moyen des boissons adoucissantes, el par des purgatifs inucoso-sucrés et les sels neutres, quand le poison est encore dans les voies gastriipies ; ensuite par les boissons, les lavements et les lotions acidulés, et par les sangsues appliquées à l'épigastre ou au cou , en procédant avec cirronsperlion et d'après les effets. »

CoLiQi'E DE PLOMn. — Propnx. CDXXi : « Les empoisonnements |tar le phtndi, coli(iucs de phimh , sont dos gasiro-enlérites do différents ili'grés. Dans le moindre, (jui est sans fièvre, elles peuveiil être guéries jiar la révulsion qu'opèrent les èmèliques et les purgatifs, aussi bien (pic les gastro-entérites communes de la même nuance. Mais ce traitement laisse souvent après lui iiiio

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plilegniasie clironiqiio de la muc|iieusp digeslive. Dans lo degré fébrile , les coliques de plomb ne doivent être traitées que comme les gastro-entérites ordinaires de la même nuance. »

Vers. — Propos, cclxxxiv : « Les vers qui accompagnent les gastro-entérites aiguës étant l'effet de ces phlegmasies, n'exigent point de remèdes particuliers, et sont expulsés par la nature après la chute de l'inflammation. »

Propos. ccLxxxv : « Les vers n'exigent un traitement particulier que lorsqu'ils ont lieu sans gastro-entérite aiguë ou chronique, ou lorsque l'on a suffisamment combattu cette inflammation. »

Syncope. — Propos, cdxxxvii : « La syncope est l'effet de l'interruption du cours du sang qui se rend au cerveau; elle fournit toujours l'indication des stimulants; mais après qu'elle a cessé, il se présente des indications contraires lorsque la cause de l'interception du sang est une irritation. »

Débilité. — Propos, cdxlvi : « La débilité générale sans phlegmasic n'exige que les bons aliments et une dose modérée de vin , si la digestion s'exécute. Si elle se fait avec peine, les amers sont nécessaires. »

Propos. CDXLVii : « La débilité avec phlegmasie située ailleurs que dans le canal digestif exige des aliments légers et qui laissent peu de résidu, si la phlegmasie est aiguë ; mais elle proscrit les stimulants dont l'irritation se répéterait dans l'organe enflammé. Si la phlegmasie est chronique, cette débilité exige des aliments substantiels, mais toujours de facile digestion. Quant aux toniques, ils n'y conviennent qu'à dose légère et momentanément. »

Propos. CDXLVii : « La débilité, avec un catarrhe (pii é])uise par une expectoration trop copieuse et sans fièvre, demande des aliments substantiels, avec l'emploi des toniques astringents à doses trèsménagées. Tels sont le quinquina, le lichen et l'acétate de plomb. Elle vent aussi les révulsifs, mais sans suppuration prolongée. »

Propos. n>i.i : << La débilité produite jt.ir les iiéiiKirrhagies

m MANIFESTATION DK lA HI'VULUTION MÉDICALK.

excessives exige ilcs alimcnls gélalineiix, albuminoux cl fôculanls, avec un peu de vin rouge, quehiues aslriiigcnls et dos luniiiuos lixes; mais elle repousse les aliuienls de liaul goùl. Les sliuiulaiils dilTusiijk's ne conviennent qu'imuiédialement après les grandes liéiiiorrhagies. »

Propos. CDLii : « La débilité qui succède aux convulsions violentes et sans gastrite nécessite l'emploi des mêmes aliments que celle qui résulte des liéiiiorrliagics; mais il faut y joindre ipiehiues antispasmodiques diffusibles. »

/Vo/>os. CDLiii :« La débilité cl l'épuisement qui sont la suite d'une fatigue musculaire poussée à l'excès demandent des aliments qui nourrissent beaucoup sous un petit volume, et une dose modérée de vin et même d'alcool ; mais lorscjue ce travail a produit une irritation gastrique, la faiblesse ne doit être traitée que par les boissons alibiles et non stimulantes. »

Propos. CDLVi : « Lorsque la débilité prédomine dans les gastroentérites produites par un exercice musculaire outré, et par l'emploi des stimulants dont on abuse souvent dans ces cas, les saignées ne doivent être pratiquées qu'avec modération , cl doivent toujours êUe locales. »

Propos. CDLVii : « La débilité occasionnée par le défaut de respiration se guérit en rétablissant cette fonction par des moyens appropriés aux causes qui ont intercepté le passage de l'air. »

Nous terminerons ce qui est relatif à la lliérapeulique de la débilité par l'imporlanle vérité que Hroiissais émoi, 2'' Examen , p. S04 : « Je suis loin de dosa[qirouver l'adminislralion des moyens pro|>rcs à soutenir les forces dans le cours d'une longue iiillammation viscérale; mais ils doivent, selon moi, cire puisés dans les substances (iliniciilaircs, et jamais parmi les médicaments irritants. »

Ai.iKNATio.NsMEMAi.Ks. — Propos. cccLix : « La folio n'exislo point sans un degré (pielcnnque d'irrilalion du cerveau accom|>agnéo ol souvent dépendante d'une gastrite diroiiique; cl ces maladies doivent être traitées par les saignées locales, par les anlipldogisliques et par la révulsion. Kn les abandonnant à la nature, ou

expose les maniaques à l'épilopsie, ainsi qu'à la paralysie générale, h la démence et à l'apoplexie , qui sont les suites de la désorganisation inflammatoire de l'encéphale. On les expose aussi aux altérations organiques do l'abdomen, qui sont toujours le terme des gastrites négligées. »

Deuxième Examen , p. 665 : « La médecine physiologique, qui n'a rien d'exclusif, enseigne à ne mépriser aucun moyen; elle ne repousse donc pas les purgatifs proposés dans la manie ; mais elle est rarement obligée d'y recourir, car ce qui calme l'irritation de la uiuqueuse digestive suffit ordinairement pour corriger la surabondance bilieuse. »

Telle est l'exposition sérieuse que nous avons cru devoir faire de la doctrine dite physiologique. Voici l'opinion de 3Ionfalcon sur les difficultés de ce travail, Dict. des scienc. méd., l. 26, p. y 54 :

« Il est difficile de bien exposer la nouvelle doctrine ; son auteur, Broussais, assure cependant que le livre dans lequel il l'a publiée est écrit , contre l'ordinaire des ouvrages de médecine , qui sont souvent remplis d'abstractions inintelligibles, avec autant de clarté que de simplicité. Broussais dit quelque part que toutes les preuves de cette doctrine ne sont pas détaillées dans son Examen, et il en promet de nouvelles ; elle présente donc quelques lacunes. »

Pour les combler autant que possible , nous avons puisé dans tous les ouvrages de Broussais, et nous avons fait tous nos efforts pour coordonner ces matériaux épars , afin de mieux faire apprécier les principes du réformateur en les plaçant dans tout leur jour.

Nous pourrons actuellement les résumer avec l'assurance de n'en point altérer la nature, et de laisser sous les yeux du lecteur les moyens de vérifier l'exactitude et l'imparlialilé que nous avons mises dans cette exposition.

Il nous reste, avant d'aborder cette partie de la question, ji suivre le réformateur dans la troisième phase de son existence médicale.

iîï MANIFESTATION bE LA HKYOUTION Ml-DIf.ALt.

III'- l'EUlonr . - MOU^^SAIS, systkmatkjli- arsolu.

Dans celte phase de sa carrière , le novateur est nommé successivement: médecin en chef du Val-de-Gràce , membre titulaire de l'académie royale de médecine, profcsceur de pathologie fjénérale et de thérapeutique ;i la Faculté de médecine de Paris, membre de l'Institut, du Conseil de sauté; il publie le Calcchismc de la mcdccinc pliijsiolutjùjue , le Traité de l'irritation et de la folie, le Troisième Examen , le Traité de pathologie générale ; enlin il liTiiiirie par un cours de phrénologie.

Irrité jiar les récriminations qu'il avait imprudemment excitées, gâté par la grande faveur qu'il trouvait prés des élèves, le réformateur ne garde plus aucune mesure : sa marche n'est plus celle diii) homme de science, d'un médecin; mais celle d'un lionnne de guerre, d'un général d'armée. Ses luttes ne sont plus des dis. eussions modérées et sages , mais des combats à outrance où les opinions, les personnes même ne sont pas ménagées.

Laissons du reste parler Casimir lîroussais sur cette question de forme ; le jugement d'un lils , d'un médecin aussi recommandable ne saurait être suspect. Nous lisons, Traite de l'irritation et de la folie, ^ édit.,Disc. prélim., p. xiii :

« Uroussais, d'une voix foudroijante dans ses cours, d'une plume safiri(iuc et mordante dans ses ouvrages, soutenu d'un laisoiiiiement rigoureux , appuyé d'une expérience sans cesse renouvelée au lit des malades, avait énergiquement proclamé les vérités dont il avait acipiis la conviction; il avait rattaché les maladies aux organes, il lui mampiait , pour accom|dir son o'uvre, de rallier les phénomènes de l'iiilelligence à l'organisju lion »

Pag. IX : « Hroussais n'a dû qu'à lui-mémi' la place élevée ipiil a occupée dans la science; soldai de la inéiltM inr, il s'en est fait emprreur; et, de ce trihir (jii'il avnil innipiis par la guerre , qu'il défentlait jiar de coutinurls combats, il soutint cctle mémorable

lutte d'où sont sorties ces grandes vûrités qui ont cliangc la face de la médecine. »

Broussais, avec lequel nous n'avons jamais eu que des relations de bienveillance et d'estime, nous écrivait, au Mans, le 6 avril 1822, la lettre suivante où se dessine encore la marche que vient de caractériser son fils :

« Monsieur et très-honoré confrère, vous m'obligerez de me fournir des armes contre l'erreur et le préjugé ! La victoire est à nous également dans Paris , puisqu'il n'y a plus de médecine que dans notre école physiologique. La Faculté est aux abois! Je suis enchanté d'avoir appris vos succès, je m'y attendais. Je compte sur vos promesses, et vous prie, de votre côté, de me regarder comme disposé à faire ce qui pourra vous être agréable. Je suis, etc. Broussais. »

Cette citation a surtout pour objet de faire comprendre que, partageant alors une partie des croyances médicales de Broussais , rendant hommage à son génie , conservant un bon et précieux souvenir de nos anciennes relations, si nous éprouvons un besoin, c'est celui de faire valoir tous ses titres de gloire; un regret, celui de ne pas trouver sa marche plus mesurée, plus convenante, sa doctrine plus à la hauteur de son titre , hors de la portée de toute criliquejudicieuse , de tout blâme sérieux et fondé ; nous désirons enfin bien établir, pour la dernière fois, que dans tout ce qui va suivre , comme dans tout ce qui précède , nous n'avons eu d'autres mobiles que l'amour de la vérité, l'intérêt de la science et la plus religieuse impartialité.

Une immense révolution médicale s'est effectuée : encouragé par les circonstances les plus favorables , par des élèves dévoués , par l'enthousiasme de toute la génération naissante, Broussais presque à lui seul a supporté le poids énorme de celte révolution. La simple expression de ce fait incontestable n'a-t-elle pas déjà toute la portée d'un grand éloge?

Au milieu de ses brillants résultats , le réformateur n'en marchait pas moins à sa perte : comme l'a très-bien dit Monfalcon , Dict. des scienc. viéd., t. 54, p. 16o : « L'esprit de système écarte les hommes des voies de l'observation et di; l'expérience; il les

coiitluit àdénalurcr les faits, k en lirer de fausses conséquences, à substituer, à la vérito, les rêves de leur imajjinatiun. »

Aussi voyons-nous Broussais, comme un autre Masaniello, frappé de vertige à l'aspect de la grande révolution qu'il vient d'ciTecluer; le triomphe l'enivre, lui tourne la tète et le fait tomber dans une sorte de inonomanie médicale qui ne lui permet plus de distinguer autre ciiose , dans l'organisme souffrant, que I'irritation, SCS cffctx, et le conduit définitivement à rattacher presque tous ces résultats k la même altération morbide, k la (jastro-cntérite, dont la coitnaissance précise « forme , comme il l'a répété si souvent, la nol ion fondamentale de toute la pathologie. »

Le novateur français ne reconnaît plus aucun obstacle ; il renverse tous les procédés pour y substituer lesien, et dit, 3' £/«»<., /. 5, p. 403 :

« Les méthodes qu'on appelle naturelles , et que l'on applique aux maladies aiguës , ne sont presque jamais réellement naturelles, parce que l'on a peu connu ces maladies, et que la pratique est fondée sur la prétendue nécessité de seconder des intentions de la nature qui ne sont que de pures suppositions. Les méthodes attahjliifiu's sont des chimères, parce (ju'on les applique k des élémens mal conçus, qui ne reposent point sur le véritable étal physiologi(|ue des organes. Les méthodes cmpin'ifucs sont mal définies et se confondent souvent avec les deux autres , qui se confondent elles-mêmes entre elles dans un grand nnndire de cas. »

\(jici le jugement (pi'il porte sur Vrilntismc, loc. cit., t. 1 , p. 31 : « Tout médecin (jui n'a pas pris pour guide la physiologie se trouve réduit, faute de bons modèles, k se créer arbitrairement, d'après le souvenir confus de tontes ses lectures, une méthode particulière de traitement, un monstre de thérnpeutfifue, un centon aussi dàjoàtant qu'il est ridicule: cl voilà ce qu'on décore du nom de tnrdcciue ècintiquc. »

Si l'on avait besoin d'une jireuve pour constater l'espèce de délire fébrile dans lequel écrivait Broussais, ne serait-elle pas ofTerlc. par le manifeste suivant, qui jiorte avec lui son commenlairc cl sa réfutation , 2" ïixumen , p. Sàl :

« Qu'on se figure, dans toutes les parties du monde civilisé, des légions de médecins qui ne soupçonnent même pas l'existence des inflammations gastriques , ni l'inlluence de ces phlegmasies sur lo reste des organes ; qu'on se les représente versant à flots des vomitifs, des purgatifs, des remèdes échauffants, du vin, de l'alcool , des liquides imprégnés de bitume et de phosphore sur la surface sensible des estomacs phlogosés; que l'on contemple les suites de cette torture médicale, les agitations, les tremblements, les convulsions, les délires frénétiques, les cris de douleur, les physionomies grimaçantes, hideuses, le souflle brillant de tous ces inforlunés qui sollicitent un verre d'eau pour étancher la soif qui les dévore , sans pouvoir obtenir autre chose qu'une nouvelle dose du poison qui les a réduits à ce cruel état. »

« Que l'on voie ces innombrables victimes passer de cette violente excitation à un abattement total, inonder leurs couches de leurs ordures, exhaler une odeur empestée, et terminer ainsi leurs souffrances et leur vie !... »

« Que l'on promène ses regards sur la société pour y voir ces lihysionomies moroses, ces figures pâles ou plombées qui passent leur vie entière à écouter leur estomac digérer, et chez qui les médecins rendent encore la digestion plus lente et plus douloureuse par des mets succulents, des vins généreux, des teintures, des elixirs »

« Que l'on se persuade maintenant qu'en agissant avec énergie pour arrêter les phlegmasies dans leur première explosion, et s'opposant, pendant leur acuité et dans leur état chronique , à l'influence des agens qui peuvent les entretenir, on diminuerait peut-être des quatre-vingt-dix-neuf centièmes la somme des calamités dont je viens d'offrir le tableau; et que l'on prononce ensuite si la médecine a été jusqu'ici plus nuisible qu'utile à l'humanité?...»

Après avoir énuméré les nombreuses et pénibles vicissitudes médicales éprouvées par un M. H***, habitant de Marseille, Broussais ajoute , loc. cit., p. 837 :

« On conçoit ce que devient, entre les mains des empiriques et des onlologistes, une légère inflammnlion rhumnlisnmle avec

228 MANIFESTATION DE TA B1^:V0T.I TION Ml-DIl Al.E.

irritation des viscères, qui aurait cédé sans peine à une application de vingt sangsues ;i l'épigastre , suivit! di^ doux ou trois jours d'abstinence. »

Il est bon de noter que , d'après Broussais lui-même , « ces rnipiriqucs , ces ontolodixtcs étaient des ;>ro/(^sscMr.s, des hommes trcs-saranls , des érudits célèbres. »

Il continue : « Si tous ces hommes éminents ne pensaient pas à l'irritation des viscères, c'est que cela n'est pas dans les classiques médicaux. Si les classiques n'ont point consigné cette idée dans leurs écrits , c'est qu'elle n'est enseignée et développée nulle part. Celle idée est pourtant la base fondamentale de la médecine , ainsi que nous l'avons cent fois prouvé dans le cours de col ouvrage. C'est elle et seulement elle qui peut la consliluer une véritable science ; et, sans elle, la médecine n'est plus qu'un amas informe de vérités et d'erreurs , et de pratiques les unes avantageuses et les autres nuisibles aux malades, d'après des circonstances que les médecins sont incapables de déterminer. »

De telles prétentions seront suffisamment jugres par les bons observateurs.

Le réformateur, bravant alors toutes les convenances, tous les respects dus au véritable talent , ne se borne plus à des attaques indirectes; il jette le défi, la provocation à la face même des professeurs de la Faculté. C'est une guerre implacable déclarée à toute puissance qui ne courbe pas respectueusement son front sous le joug orgueilleux de la médecine physiologique. Il dit, Annal, de la mrd. filnjs., p. ^2 :

« Plusieurs de nos graves médecins craignent de compromettre leur dignité on adoptant les principes d'une doctrine (|iii vionl de

prendre naissance dans leur patrie sans leur parlicipalion

nionlôt ils se trouveront seuls au milieu du siècle, cl il no leur restera (jue le rogrot d'avoir attendu si longtemps à .se rendre ii

l'évidence Dans leur avcugleinonl, ils s'imaginent éluder par

de vaines subtilités le principe immuable do iinlro ddclrino Il

esl temps enfin qu'une telle erreur se. dissipe l-a iluclrine physiologique est étornolle connue la vérité !... 3" lixamcn. I. i . /irrf.,

jj. V : Que les éclectiques prétendus, que des intrigants qui font consister leur gloire à afficher une indépendance aussi ridicule, on fait de dogmes médicaux, qu'elle est impossible, trompent la bonne foi , la simplicité ou la paresse des académiciens étranj^crs à la médecine , se fassent adjuger des récompenses qui ne sont dues (ju'à leurs maîtres , et marquent de loin la chaire ou le fauteuil qu'ils convoitent; que m'importe a moi qui, depuis que j'existe, ai fait le serment de n'écrire que pour proclamer la vérité. »

« Les insectes parlants qui repullulent aujourd'hui avec plus de force que jamais sous l'intlucnce d'aslres malins, trop visibles pour qu'U soit besoin de les montrer, ces êtres dont le souffle llélrit tout ce qu'il touche ont déjà dit, en lisant ces lignes, et se proposent sans doute d'écrire au plus vite, que le dépit de n'être pas là où je crois devoir être me fait tenir ce langage. »

Nous le demandons à tout homme de sens et de bonne éducation , si le génie de Broussais n'avait pas été complètement halluciné par le vertige systématique, eùt-il jamais écrit ces sorties inqualifiables, aussi nuisibles à sa gloire qu'à la propagation de sa doctrine ?

Il avait oublié ce précepte si vrai : « Mais le lecteur français veut être respecté ; » il avait oublié qu'en France et dans tous les pays , un pareil langage indispose , irrite et ne persuade jamais. Voyons, au reste, les résultats de sa manière de procéder.

11 obtient enfin ce fauteuil et cette chaire pour lesquels il affectait une sorte d'indifférence et même de superbe mépris ; distinction qu'il méritait par son génie, par l'étendue de son savoir, par l'importance de ses travaux : c'est une vérité que nous nous empressons de reconnaître et que nous sommes heureux de proclamer.

Il en est une autre aussi facile à bien interpréter, moins agréable à dire ; mais qu'il nous est impossible de laisser inconnue , puis- (ju'elle exprime l'un des faits les plus remarquables et les plus importants de la vie scientifique du réformateur.

Ce fauteuil à l'Institut fut la cause indirecte qui faussa complètement les idées philosophiques de Broussais : il devint matérialiste sans réserve , et consacra les principes d'une aussi déplorable

croyance dans son Traité plus di'plorablo encore de l'irritation cl de la folie.

Cette chaire k la faculté de médecine de Paris fnt le loniboau du système exclusif qu'il avait jusqu'alors professé avec un si jirand retentissement : le novateur se trouva bienlût dans l'isolement et presque dans l'ouMi !...

ici se présente nalurolleniunl une réllexioa qui , rolalivenicnt il la marche de l'esprit humain, nous paraît avoir une grande portée : Ce que nous voyons aujourd'hui pour la doctrine absolue du réformateur français , arrivera toujours pour les généralisations du même ordre. Ces grandes conceptions, enfantées par un mélange de vérités et d'erreurs, propagées avec passion . accueillies avec enthousiasme , soutenues dans leur existence éiihémére par le concours d'un effort permanent et d'un demi-jour si favorable aux illusions, tombent nécessairement lorsque cet effort perd de son action , lorsque la réflexion et le grand jour viennent les soumettre k leur impitoyable creuset; tout ce qui est erreur s'évanouit ; ces conceptions disparaîtraient même entièrement si les vérités fondamentales qui s'y mêlent, semblables k l'or épuré dans un foyer brûlant, ne restaient là pour témoigner de l'existence passée du système qui n'est plus.

La doctrine de lîroussais , amalgame d'erreurs capitales et d'immortelles vérités, ne pouvait jias échapiicr k celte loi commune; renseignement public devait être son plus dangereux écueil , le princijial instrument de sa ruine.

Nous faisons donc appel au souvenir de ceux qui sont restés , comme nous, spectateurs do ce drame scienliflquo, et nous constatons ces faits remarquables :

Broussais, sans autre litre que celui de médecin , dans son modeste amiihilliéàtre de la rue des Crés, dévehqipail les principes de sa doctrine avec chaleur, entraînement et persuasion au milieu d'une foule compacte ;

lîroussais, mendjre de l'instilul, médecin eu chef du Val-de- Ciràce, |»rofesseur k la faculté de médecine de Paris, couvert de ses insignes, dans lo vaste ampliilliéàtre de l'école, en face de

TROISIÈME rÉKIOOE. 231

(luolques disciples , s'agitait, parlait encore avec violence, mais dans un vide à peu près complet : le novateur prêchait dans le désert !...

En même temps , et comme pour former un contraste à cet affligeant tableau , le modeste Andral , médecin éclectique , professeur savant et sage, dans la même Faculté, dans le même amphithéâtre, conflait aux nombreux élèves pressés autour de lui les résultats positifs de son expérience et de sa judicieuse observation.

Dans cette phase de décadence , Broussais voulut se relever par une sorte de popularité médicale, en publiant, sous le titre de Catéchisme de la médecine physiologique , un ouvrage sans utilité, sans intérêt, un livre peu digne, par le fond et surtout par la forme , du génie sérieux de son auteur.

Le réformateur semble, du reste, l'avoir bien compris luimême , et nous autorise à cette critique sévère, puisque ce factiim, est le seul de ses écrits auquel il n'ait pas ostensiblement attaché son nom. Voici comment il cherche à se justifier de cette publication regrettable :

Il dit , p. i de cet opuscule : « Il règne une prévention générale contre les ouvrages qui ont pour objet de mettre la médecine à la portée des gens du monde : CuUen les a proscrits en disant qu'ils sont au-dessous de la critique , et son opinion est devenue celle de presque tous les médecins. »

Nous pensons sur ce point comme presque tous les médecins et comme CuUen.

Broussais , dans l'intention de soustraire son livre à cette proscription générale , déclare qu'il ne trouve ces ouvrages dangereux qu'autant qu'ils indiquent des moyens thérapeutiques. Il ajoute , Inc. cit., p. Il : « L'un, séduit par le fatras du sieur Leroy, ne respire que purgatifs; l'autre, qui a flairé le système de Brown, n'est satisfait qu'autant qu'on lui prescrit des stimulants et des Ioniques. »

N'aurait-il pas dû ajouter : Un troisième , qui s'est enthousiasmé du système de Broussais , en lisant son Catéchisme de la médecine

232 MAMIKSTATm.N DE I.A ui-\oLino.\ Mi;uicAi.i:.

physiolofjiquc , et satisfait de l'avoir compris, n'éprouve pas la plus légère maladie sans se faire appliquer des sangsues.

Voici, du reste, cnmmont il rherclic à se procurer des lecteurs, /oc. cit., p. 7 .- « Aujourd'hui que la médecine est devenue une science qui repose sur des principes invariables, la pratique n'en est pas encore accessible aux gens du monde; mais ils peuvent en étudier la théorie, parce qu'ils la comprciulidnl; et ils le doivent, parce qu'ils en retireront de grands avantages. »

Si l'on désire un échantillon du caractère do l'ouvrage , le voici : nous citons au hasard , /). 10 :

« Le savant : Vous me faites trembler : il est donc des maladies d'un caractère si perfide que les secours les mieux dirigés ne peuvent en arrêter les funestes progrès!... Oui "ous dévoilera ces mystères impénétrables?...

«Le jeune médecin: Us vont l'être, monsieur, gardez-vous d'en douter!... Vous venez de contempler les fruits amers de l'ancienne médecine; admirez les prodiges de la nouvelle! »

Et c'est en tête d'un pareil livre que l^roussais ose écrire : iiindncti discant, et ameut meminixse jicrili !... >»

L'aïqiarition d'un ouvrage semblable au Catrchisnie de In médecine ])lnjsioloiii(jue est un présage bien fâcheux pour l'avenir de la doctrine qu'il est chargé de propager.

En désespoir de cause , le réformateur cherche à rassend)ler sous sa bannière abandonnée les débris d'une secte philosophique aujourd'hui bien peu nombreuse, en publiant son Traité de l'irrita lion et de lafiilic, que, <lans le leuqis, on ipialilia du titre de hrillaiitc apoIcKjie du matérialisme: i)roduclion sans valeur, sans utile jtortée , sans consistance . et (pi'il serait dilliciie de réfuter plus ccnveiialileiiieiil i|Ue lie l'a lait .M. Charles de lléniusal dans ce remarquable passage :

« On ne peut réussir à resler matérialiste. Après s'être bien attaché aux phéunniénes corporels, après avoir montré au boni du sr.dpel ou sous le verre de la louiie les lilirillcs iressaillantes de la vie cl de la pensée, le physiologiste, à un mouienl venu, po.se ses instruments, quitte la lerre, et, s'éjançanl dans un monde

IKOISIÉME PÉUIOUE. 233

intellectuel, invoque des causes accessibles à l'esprit seul, et se dédommage d'avoir matérialisé l'esprit en spirilualisanlla matière! »

Les Annales de la médecine phijùoloijique , journal fondé par Broussais en 1822, termina sa carrière en 1834. Voici la raison qu'en donne M. de Montègre, Notice historique, p. 60 :

« Si plus tard ce recueil a cessé de paraître, c'est qu'après une lutte triomphante , son existence n'était plus utile : la victoire une fois acquise, il fallait déposer les armes. »

Lorsqu'on s'adresse à des contemporains, un silence discret, et surtout l'absence de tout exposé des motifs seraient bien préférables à des explications de cette nature.

La publication du Traité de l'irritation et de la folie présenta déplus un autre grave inconvénient, celui de détourner Broussais des études médicales sérieuses , pour le conduire aux aberrations phrénologiques.

En effet, après son Traité de pathologie générale, il fit paraître un volume sur les développements du système de Gall, système étranger à notre sujet, et du reste aujourd'hui trop bien apprécié , par les esprits justes, pour que nous ayons la pensée d'en entreprendre l'examen.

Le réformateur, voyant chaque jour son empire se démembrer et s'affaiblir, eut , dans son désespoir, la malheureuse pensée de ranimer son enseignement , alors dans un abandon complet , en faisant un cours public de phrénologie!...

En 1836, jeté dans cette carrière nouvelle et si peu convenable, son génie semble rajeunir et prendre les élans de sa première vigueur; des auditeurs nombreux entourent le professeur comme aux plus beaux jours de sa faveur passée; il excite encore une fois l'enthousiasme et l'admiration ; des médailles sont frappées en mémoire de ce résultat plus brillant que solide , et qui fut le dernier succès de cet homme célèbre.

Succès très-flatteur pour lui , sans doute ; mais nous eussions désiré voir colle existence médicale, si belle , si grande, si active, couronnée par un triomphe plus imposant, e( surtoul plus digne de ses immortels débuts!...

i34 .M.VMl-ESTAJKl.N 1>E I.V KK\0LITI0.N MÉDICALE.

Des médecins que troussais avait mallraitéspar ses ôcrils, pour toute vengeance, dans les circonstances que nous venons de préciser, lui rappelèrent ses propres paroles , Plilegm. chron., t. 2,p. 5 :

« Des sujets formés dans nos écoles observent, médilonl à

côté du systématique orgueilleux qui vocifère scandaleusement : un jour sans doute ils feront entendre aussi leur voix, ils offriront modestement à leurs collaborateurs l'hommage désintéressé de leurs précieux travaux; l'éclat de la vérité frappera tous les yeux, et le régne des illusions sera passé!... »

Prouvons actuellement que cette prédiction , formulée par Broussais à l'adresse de ses adversaires , se trouve aujourd'hui retournée contre lui-même avec tout l'ascendant et toute la puissance des faits accomplis.

APPRÉCIATIO^ DES RÉSILTATS DE LA RÉVOLITIO^ MÉDICALE

Nous l'avons établi en thèse générale , et d'après l'observation , il n'est pas, en médecine, de système qui n'ait présenté soit directement, soit indirectement, des inconvénients et des avantages : le meilleur offrant toujours au moins quelques erreurs , et le plus défectueux renfermant encore le germe de quelques vérités.

Toutes ces généralisations offrent donc une certaine valeur pour la science, en concourant tantôt à l'établissement, à la conflrmation de ces vérités; plus souvent encore à la destruction de ces erreurs. Elles sont avantageuses surtout pour la partie théorique de l'art , parce qu'elles poussent un principe à sa dernière limite ; et que si ce principe est faux, il se trouve mis au grand jour, attaqué, poursuivi, condamné. Or, comme l'a très-bien dit M. Renauldin , Dict. des scienc. méd., introd. : Une erreur bien reconnue est souvent une vérité acquise. » Le système de Broussais, loin de faire exception à cette loi générale, en devient, au contraire, l'une des plus importantes confirmations.

11 s'agit actuellement d'aitprécier à sa juste valeur cette grande

236 API'KÉCIATION DES KÉSULTATS

pensée médicale : c'est une lâche sérieuse el difficile ; c'est la pathologie générale à rectifier , à compléter.

Déjà des articles nombreux ont paru dans les journaux de médecine ; des brochures , des ouvrages étendus ont été publiés pour et contre la doctrine physiologique.

Parmi les auteurs de ces écrits , tous estimables sans doute , les uns ont pris le ton d'une polémique spirituelle, ironiiiiic ri mordante ; les autres , celui du pamphlet qui blesse ; d'autres enfin ont adopté le langage sévère et mesuré qui convient si bien aux discussions de celte nature ; mais tous , à peu prés , ont subi l'inlluence de leurs opinions arrêtées, de leurs sympathies ou de leurs antipathies pour la doctrine et même pour le réformateur.

La lecture et la méditation de ces nombreux écrits nous ont fait sentir bien d'avantage encore la nécessité de nous affranchir ici de toute prévention favorable ou contraire en soumeltant la médecine dite physiologique au creuset rigoureux de l'observation ol do la vérité.

La guerre a fait place à la paix; l'enthousiasme, à la réflexion, Broussais u'est plus ; sa doctrine seule nous reste. Les discussions irritantes , les polémi(|ues envenimées ont cessé. Toute question personnelle doit désormais s'effacer devant les intérêts de la science.

Nous en appelons aujourd'hui à tous les hommes de sens quelles que soient leurs opinions et leurs croyances médicales ; nous voulons, avec eux, juger cette doclrim.' ijiii présente à la fois des erreurs fondamentales et d'immuables vérités.

11 ne s'agit plus d'attaquer à outrance le système du réformateur et de livrer de nouveaux combats. Cette attaque serait déloyale puisque le valeureux chanqjion de cette utopie n'est plus là pour la défendre. Il s'agit de porter sur la révolution médicale qui vient de s'o[)érer au milieu de nous, nu jugement solide et consciencieux. Nous invoquerons donc ici les faits avec l'assurance de nous rallier à l'opinion de tous les esjirits éclairés et sages qui n'adoptent d'autre tiiéorie , d'autre doctrine que celle dont l'expérience el l'obscrvaliuQ uni cuuslalc la réalité.

C'est dans cet esprit que nous allons procéder à l'appréciation de la médecine physiologique. Pour établir bien nettement les faits, nous diviserons cette seconde partie en trois chapitres :

1° Examen critique de la doctrine physiologique.

2° Influence, avantages, inconvénients de cette doctrine.

3° Utilité positive de la révolution médicale.

lUm\ CIdTiyiE DE LA DOCTltHË PIIVSIOLOGIQIE

Pour bien interprôler la médecine dite jdiysiologiqiie et pour en démêler avec fruit les erreurs et les vérités, nous devons suivre pas à pas le réformateur dans l'établissement et le développement de ses principes , dans les conséquences qu'il en déduit pour la science et pour l'art.

Ayant le désir do rendre ce travail plus précis , moins pénible jiour le lecteur , nous réduirons , en axiomes, l'exposition de toute la doctrine physiologique , mais en conservant toujours, avec un soin religieux, la pensée même de son auteur, cl renvoyant, |Huir vérification de notre exactitude , à l'exposition textuelle que nous venons d'en faire et dont on appréciera dés-lors toute la nécessité.

Pour mettre, la précision et l'ordre indispensables dans cet important chapitre , nous le diviserons en (piatre paragraphes :

\" Exposition xomniaire de la docfrine plnjxiologigue ;

2" Pallioloiiie générale ;

3" Pallioltxjir spéciale ;

4" Tlii'rftjiculiiixir.

§1. EXPOSITION SOMMAirxE DE LA DOCTRINE PHYSIOLOGIQUE.

1° La force vitale — ne peut offrir à notre esprit que l'idée de la puissance qui préside k la formation , au développement à la conservation de l'individu. Elle préexiste nécessairement à la propriété fondamentale des tissus. Elle est inconnue dans son essence. C'est une cause première appréciable seulement dans ses résultats physiologiques ou morbides.

2» La contractilité — estla seule propriété apparente dans les tissus. Elle s'y manifeste par la condensation de la matière animale au moment où elle est mise en rapport avec un corps extérieur. Si on la considère dans chaque fibre en particulier, on voit qu'elle se réduit à un raccourcissement.

3° La chimie vivante — est un effet de la mise en jeu de la contractilité, c'est le phénomène organique le plus reculé (jui frappe nos sens. Elle n'est pas la force vitale , mais elle en est « l'instrument invisible, immatériel que nous ne connaissons que par la voie du raisonnement. »

4" Les lois vitales — consistent dans m certain nombre de phénomènes généraux communs à tous les tissus.

5" La vie — est le résultat de l'exercice de ces lois, elle ne s'entretient que par les stimulants extérieurs ; et tout ce qui augmente les phénomènes vitaux est stimulant.

G» Lesphénomènesplnjsiologirjucsgénéranx — sonl, en conséquence de l'action des corps extérieurs sur la contractilité : 1° La diminution., rare; 2° rawjmentation , très-fréquente. Consécutivement à l'awjmentation, la jlnxion locale de la matière organique mobile vers le point excité ; V érection vitale; l'augmentation des phénomènes de la chimie vivante.

7" La stimulation csldirecteou indirecte. — Dans la première, l'augmentation a lieu immédiatement après le contact du stimulant ; dans la seconde, elle est précédée par la diminution, et ne se manifeste qu'après une réaction de la force qui préside ù la vie.

8" La réaction vitale — est la mise en activité d'une loi qui

240 EXAMEN cniTItHE

existe fiiez les animaux parfaits on vertu de laquolle la furce qui préside à la vie réagit contre les causes débilitantes.

9° la diminution de la vitalité — reconnaît des causes ■A'positircs ; peu connues dans leur nature ; l'action du mucilage , de l'eau tiède, etc.; '^"négatives : l'absence du calorique, ou le froid ; l'absence des fluides excitants, des matériaux alibilcs, etc.; CCS causes négatives peuvent devenir des excitants indirects.

10" Les sijmiialhics, — soit physiologiques soil pathologiques, sont la répétition des phénomènes indiqués, et d'abord locaux, dans d'autres tissus , d'autres organes , d'autres appareils , el même dans tout l'organisme. Cette répétition a lieu spécialement par l'inlerniédiaire du tissu nerveux.

1 1° Le but — complexe de la stimulation est toujours la nulritimi, réloifjnement des causes dcslruclives el la reproduction.

12" Les fonctions — ipii sont la coopération de plusieurs organes i>uur l'accouiplissemenl de ces actes , exigent le concours des solides el des fluides.

13° L'économie virante — a ses lois distinctes des lois de l'économie générale.

14" La médecine — doit être constamment ralliée à la physiologie.

15° L'observation — n'est rien si l'on ignore là où siège le mal.

16° La localisation des maladies, — du rallcntion de rallier toujours les synqitumes aux organes el il leur véritable lésion, est la base de toute bmiue pathologie. Lue malaiiic est toujours locale avant de s'offrir comme altération générale.

17" Les entités morbides — ou personnifications des groupes de symptômes que l'on convertit ainsi en êtres abstraits, considérés séparément des organes , doivent être proscrites avec soin de la pathologie , leur admission ayant pour effet inévilal)Ic de fausser le diagnostic cl le Irailement desmaladies. Celte méthode vicieuse constitue l'ontologie; les médecins qui la suivent sont des ontoloijislcs.

18" Les constitutions médicales, — ou dispositions atmosphériques étrangères aux climals, aux saisons, cl qui iciulraienl à

DE LA DOCTRINE PHYSIOI.OOTQLE. 241

prédisposer plus spécialement à certains genres de maladies ceux (|iii s'y trouveraient soumis, sont des chimères.

19" Les crises — ne sont que des déplacements accidentels de l'irritation , et jamais le résultat du travail bienfaisant de la prétendue nature médicatrice. Elles ne peuvent s'effectuer d'une manière uniforme à des jours déterminés. Le praticien n'a par conséquent aucune raison de les attendre et de chercher à les favoriser.

20" La prétendue nature médicatrice — n'est qu'une pure abstraction sans réalité. Les efforts qu'on lui attribue ne sont que les résultats des réactions sympathiques. Non-seulement on ne doit jamais compter sur ses impulsions , mais on ne doit pas même chercher à les seconder dans le traitement des maladies.

21 " L'essen tiaiité — ou personnification des maladies, véritable ontologie qui consiste à faire de ces altérations autant d'êtres abstraits, isolés des organes, doit être proscrite comme absolument incompatible avec toute bonne pathologie.

22° La santé — ne s'altère jamais spontanément, mais toujours par l'action anormale des stimulants extérieurs , ou par l'absence de leur action indispensable à l'exercice régulier des fonctions.

23" Toutes les maladies — se rattachent à deux modes principaux d'altération de l'action vitale : 1" augmentation trèscommune; 2° diminution très-rare. L'augmentation prend le nom d' irritation; ladiminution, celui d'atonie, de débilité, d'adynamie.

24° L'irritation — forme la base des principes de la doctrine

physiologique Le mot irritation représente aux médecins

l'action des irritants, ou l'état des parties vivantes irritées

L'irritation suppose toujours, dans son siège local, un appel des

lluides : ou cong'cs^ioH Le principe de toute excitation soit

nerveuse, soii inflammatoire est toujours /e m(?me. »

2o° Les sympathies morbifiques — sont les moyens généraUsateurs de l'irritation toujours locale dans son principe. La doctrine physiologique ne se borne donc point à la localisation des maladies dans les organes, elle étudie en même temps l'action des organes les uns sur les autres.

26° Lamnrcheet ladurée — des maladies n'ont jamais rien de

IG

242 EXAMEN CRITIQIE

fixe cl de régulier. Il esl impossible d'en prévoir el d'en calculer C'xaclonicnt les ithases depuis rorijjine jusfju'ii la loiminaisou.

21" L'inflammation — existe dans un lissu loisiiue l'irrilalion y accumule le sang avec tumeur , rougeur et chaleur extraordinaires ci capables de désorganiicr la partie irritée Son siège

est dans les vaisseaux capillaires de la partie malade. Elle devient clironique en se prolongeant par l'action continue d'un slininlant. L'inflammation est le fait capital , dominant el fondamental de toute la palliulogie ; en se transportant sur d'autres tissus par la répétition sympathique , elle ne change pas de nature. Elle esl le principe générateur ^\^^ toutes les allcraliom organiques, de toutes les cacocliymies et de toutes les diathèses.

28° La gastro-entérite, — qui jjcuI exister sans aucun point local douloureux, esl laphlegmasic génératrice de presque toutes les maladies, c'est le critérium à peu iirés exclusif de l'élat pallmlogique; sa connaissance positive constitue la notion fondamentale de toute la pathologie , « car l'estomac est le siège du sens interne régulateur de l'économie. »

'29° — Dcx sens ^jrt//io/of//y»c.>î i>euveiit être créés, par l'inllammation , dans les organes just|u'al(us incapables d'éveiller une sensation appréciable.

30° — Les fièvres, sans aucune exception, ne sont que « le résultat d'une irritation du cœur primitive ou sympathique. » Leur théorie de l'cssenlialité esl une diimère; on doit rapporter toutes les variétés des fièvres dites essentielles à une .seub; maladie : la gastro-entérite. Ainsi: la peste, Ictijphus, le choléra épidémique , la fièvre jaune , etc. , etc. , « sont des gastro-entérites par empoisonnement miasmatiguc. Les fièvres intermittentes sont des gastro-entérites périodiques. »

31° Les hémorrhagies — sont toujours actives. Toutes les liéniorrhagies spontanées dépendent d'une irritation des ca|tillaires sanguins. Elles reconnaissent les mêmes causes éloignées que les inflammations, elles peuvent produire , comjjliquer, renqdacer les jihlegmasies, et vice rcrsd.

32" Les nén-dscs — peuvent être actives cl passives, elles ont

DE LA DOCTRINE mYSTOLOGIQUE. 243

le plus souvent pour cause une inflammation do l'appareil cérébral ou (les autres viscères. Dans les névroses , la circulation capillaire est excitée, il y a congestion lorsqu'elles sont actives et fixes, l'inflammation existe ou menace de se former.

33" Tous les exanthèmes cutanés, — ou maladies éruptives: rougeole , scarlatine , variole , etc., ne sont autre chose que la crise ou métastase d'une irritation des viscères intérieurs et presque toujours de la gastro-entérite.

34° Les hydropisies — se rattachent le plus souvent aux inflammations du système séreux , quelquefois à des obstacles au cours du sang et de la lymphe , à la sympathie d'une phlegmasie chronique, à la cessation d'action des capillaires dépurateurs , à l'assimilation imparfaite, à la débilité.

33° Les prétendus vices, cachexies ,dialhéses — ne sont jamais des maladies générales préexistant dans tout l'organisme à la manifestation d'une phlegmasie locale ; mais seulement l'effet de l'extension sympathique , de la répétition d'une inflammation ou subin/lammation toujours locale dans son principe. Cette loi générale est toujours applicable aux scrofules, au rachitisme , h Véléphantiasis, au rhumatisme , à la goutte, au cancer et quelquefois au scorbut, dans lequel on doit admettre le plus souvent un vice de l'assimilation. Le rhumatisme et la goutte se rattachent le plus souvent à la gastro-entérite , dont ils ne sont alors que la répétition sur les articulations.

36" Les principes contagieux ou infectieux, — connus sous les noms de virus, venins, poisons, miasmes délétères, etc., peuvent occasionner des maladies dans lesquelles il ne faut voir que de simples inflammations et le plus souvent des gastro-entérites, soit primitives, soit consécutives. Les prétendues diathèses qu'ils peuvent occasionner sont encore ici la répétition d'une phlegmasie d'abord locale , « une série de phénomènes d'irritation , et rien de plus. »

37° Toutes les lésions dites organiques — telles que: ramollissements, indurations, squirrhe, tissus cancéreux, lardacé, encéphaloide, mélanique , ossifications, tubercules, kystes, noyaux

241 EXAMEN CRITIOIE

cartilaginoux, vers, etc., ne sont autre chose que des produits de l'inflammation.

38° La gangrène — est un des accidents de l'inllamniation ; « c'est seulement en étudiant l'histoire de l'irritation que l'on saura celle de la gangrène.»

39" Les atonies réelles — sont très-rares; elles sont produites par les modificateurs externes qui éteignent la vitalité.

40" Les adgnamies apparentes — sont beaucoup plus communes. Elles sont le résultat de l'exaltation et do la concentration de la vitalité sur un point important de l'organisme , et le plus souvent sur la ?«M<^Mr?/scg'fls<ro-î/i/e.<î/«Ha/e.l^our admission comme entité présente le plus dangereux principe de la doctrine de Hrown; et leur proscription, l'une des bases les plus utiles de la médecine physiologique, surtout en se plaçant au point de vue pratique.

41° La paralysie — se rattache ordinairement à l'irritation, et le jtlus souvent à celle de l'encéphale.

42° L'ataxie — est un groupe de symptômes qui se rattache k la gastro-entérite avec ré|»élilion vers l'encéphale. Elle n'est tju'un résultat de l'inllamniation, et doit être proscrite comme altération essentielle et comme entité.

43° Le délire — est toujours le résultat d'une irritation directe ou sympathique du système nerveux cérébral, le plus souvent sous rinfluonce de la gastro-entérite.

44" La folie — « suiqiosc toujours une irritation du cerveau, » soit directe, soit sympathique, le plus ordinairement d'une f/«.v/rt>entéritc. Le mot cerveau est pris ici dans le sens d'appareil encéphalique.

Ao" Le traitement — des maladies ne doit point être confié aux illusions de la médecine expoctanle. C'est une conséipience toute naturelle de la proscription de la nature médicalrice et de la doctrine des crises.

4G° Les viédicaments — doivent toujours être appropriés à l'étal aclurl des organes avec lesquels on les met en contact.

47" L'étal de l'estoviac — doit toujours élre bien apprécié avant l'ingestion d'aucun médicament, et surtout de ceux qui

peuvent y produire une irritation. Ce principe, trop négligé, forme dans la médecine physiologique le fondement essentiel de la thérapeutique générale.

48° L'empirisme — doit être proscrit de la médecine.

49° Les véritables indications — doivent être puisées : 1° dans la connaissance des modificateurs qui ont exalté , diminué ou dénaturé l'action de l'organe primitivement affecté; 2° dans celle de l'influence de cet organe sur les autres ; 3° enfin dans celle des modificateurs qui peuvent rétablir l'équilibre. C'est dire que ces indications doivent émaner de la nature même des maladies.

50° L'inflammation — et toutes les maladies qui s'y rattachent doivent être arrêtées dans leur marche. «Il existe quatre sortes de moyens d'arriver à ce résultat : \°\esdébilitants, les révulsifs, les toniqties fixes et les stimulants plus ou moins diffusibles.

51» les moyens débilitants — sont les émissions sanguines, l'abstinence , les boissons émollientes et acidulés. Mais « les émissions sanguines sont le moyen le plus efficace de tous. »

52° Les émissions sanguines — doivent être employées largement chez les sujets vigoureux, d'une bonne constitution, au début d'une violente inflammation aiguë. Elles doivent être ménagées et peuvent même devenir nuisibles chez les sujets d'une frêle organisation, dans les phlegmasies chroniques et même dans les aiguës entées sur ces dernières avec des lésions organiques , dans la prostration des forces , etc.

53° Les saignées veineuses ou artérielles — sont préférables dans les inflammations parenchymalouses, lorsqu'il faut tirer beaucoup de sang, ou qu'il est essentiel de soustraire promplcmenl un viscère important à la vie, le cerveau , par exemple , aux accidents d'une forte congestion.

54° Les sangsues — conviennent mieux dans les inflammations membraneuses, les phlegmasies chroniques, etc. On doit les appliquer le plus près possible du siège du mal, avec la plus grande attention que leur nombre .soit toujours assez considérable pour effectuer un dégagement complet, autrement elles augmentent la congestion.

2'l(> EXAMEN r.niTUlL'E

55° Dans la (jastro-entérite , — il faut les placer à l'ipigaslre ; c'est dire qu'il faut traiter par co moyen lorsqu'il n'existe pas do contre-indication, toutes les flèvres dites essentielles, les typhus, le choléra épidéniiquo, la fièvre jaune, la plupart des embarras gastriques, les exanthèmes culanès,les névroses, la folie, etc., etc.

56° Les prctendurs diatliisex, — les scrofules, la phtisie, le rhumatisme , la goutte , le cancer, les dartres , la syphilis , les hèmorrhagies , etci, les lésions organiques, etc., réclament également les émissions sanguines , et surtout l'application des sangsues.

57» Lrs drriratifs uu rcrulsifs, — les vésicatoires, etc., sont plus nuisibles qu'avantageux, et ne peuvent convenir, dans les cas les plus favorables à leur emploi , qu'après la sédalion des principaux accidents inflammatoires par les émissions sanguines.

58" Z^s vomitifs et les purgatifs — n'ont d'effets avantageux que par les révulsions qu'ils opèrent. Lorsque la dérivation ne s'effectue pas , ils sont beaucoup plus nuisibles qu'utiles.

59" Le tartrate antimonié dépotasse — n'a pas d'autre manière d'agir, même à doses fractionnées, dans le rhumatisme et la pneumonie. Aussi doit-nii le proscrire dans ces cas, les accidents primitifs ou consécutifs, qu'il produit presque toujours, on rendant l'emploi Irès-dangereux.

GO" Les lonii/ues et te (/uinquina lui-même — n'agissent avantageusement que par la dérivation qu'ils opèrent dans les fièvres intermittentes. On peut toutefois traiter les innanimations do cet ordre, soit |)ar les émissions sanguines, soit par le quinquina et ses succédanés.

(51° Ar« rnnstitfues , les tistriiirieiits, elr., — ne guérissent, dans les iiiriiiniiiialions couenneuses , (pi'en substituant uno inflammalion médicamenlcuso à uno inflammation morbide.

62° Les antispasmodiques — sont do véritables révulsifs; ils no pnidnisent jamais une sédalion directe. Aussi les accidents ataxiques guérissent-ils beaucoup mieux et |»lus sûrement par les anliphlo- (<isli(|U(!s portés sur l'organe où siège l'irrilalion ijui les occasionne, que, par l'enqilni de ers moyens dcrjvalils.

63" La rérilalile dchilité — doit être combatluc par les excitants diiïusibles , mieux par les toniques , mieux encore par une bonne alimentation. Ce dernier moyen, joint aux bonnes qualités de l'air, est même le seul sur lequel on peut bien compter pour guérir l'épuisement ou pour soutenir les forces pendant le cours d'une longue maladie.

Gi" La fausse adijnamie — ne doit jamais être comballue par les excitants. Ce n'est pas elle qu'il faut attaquer, elle n'est que le symptôme d'une violente inflammation dont les excitants augmenteraient encore l'intensité, les dangers; tandis que les antiphlogistiques non-seulement la guérissent, mais encore font disparaître en même temps la fausse axhjnamie qu'elle avait occasionnée.

Telle est la doctrine du réformateur français dans toute sa vérité , nous pourrions même dire avec tous ses avantages. En efi'et, si nous eussions voulu nous arrêter aux propositions exclusives sur lesquelles Broussais revient si souvent avec une sorte de complaisance, en négligeant les grandes et belles vérités disséminées dans ses écrits, et que l'on ne parvient à mettre en ordre qu'avec un travail long et difQcile , nous serions arrivés, comme beaucoup d'autres , à ne voir que le système proprement dit; système qu'il a réduit, pour la théorie, à la connaissance de la gastro-entérite; et, pour h \}Vdi\'\qvi(i, a. l'application des sangsues à l'épigastre, à la diète , à l'usage des boissons acidulés et gommeuses.

Mais voir de cette manière ne serait pas comprendre Broussais, surtout lorsqu'il s'agit de l'étudier au point de vue si élevé des avantages et des désavantages de sa doctrine pour la science et pour l'art.

Nous avons donc préféré , en prenant beaucoup plus de peine , agrandir la doctrine physiologique en lui donnant toute son extension et toute sa portée pour en mieux faire apprécier les incontestahU's vérités ; que de la rétrécir à dessein pour nous ménager le facile avantage d'en reprendre et d'en blâmer les erreurs.

Nous avons la confiance que les bons esprits de toutes les opinions nous sauront gré de cette manière de procéder plus utile à

548 EXAME.N cuinyiE.

la science , el plus digne de l'honorable académie doni la belle question nous a jelé dans ccl immense travail.

Établir les vérités de la doctrine physiologique , en démontrer les erreurs ; indiquer les moyens de combler toutes les importantes lacunes laissées par le réformateur : tels sont les résultats auxquels il faudrait actuellement arriver ; ce serait avoir fait toute la pathologie générale.

La première question qui se présente à noire esprit est celle de savoir si Broussais est le premier inventeur cl le seul fondateur de la doctrine physiologique ?

îVous n'accorderons pas à celle question de priorité plus d'importance qu'elle n'en mérite , nous ne l'eussions pas même abordée si Broussais n'avait voulu se persuader à lui-même: que dans sa tête seulement existaient les grandes vérités de la science médicale ; qu'avant lui tout se trouvait plongé dans les ténèbres de l'erreur, et qu'à sa voix, cette belle science était sortie du néant I.... Puisque le réformateur , à chaque page de ses écrits , s'efforce d'établir son monopole et son omnipotence , il est de notre devoir d'historien impartial de conserver k chacun la part de gloire qui doit lui revenir pour son concours à l'éreclion du monument de la médecine.

Nous l'avons démontré , dans la première partie de ce travail , le principe de la doctrine physiologique , à l'exemple des autres vérités fondamentales , s'est annoncé dans presque tous les siècles par des révélations plus ou moins positives. Ce iirinripe a progressivement germé , grandi , porté ses fruits. Qu'un homme fermant ainsi les annales du passé , vienne , dans le présent , s'ériger en divinité créatrice de la science, el s'offre seul à la reconnaissance, à l'admiration de l'avenir, voilà ce (|u'il est impossible do pormelire ni même do tolérer.

.\inis les avons donc ouvertes ces annales, voici ce qu'elles nous ont appris :

lliiM'ocBATK — imagine son niormnn ou principe intérieur d'action ; admet un conscnsun entre les organes.

DE l.\ nOr.TltlNE l'IlYSIOLOOlOLE. 249

G-iLiEN — établit sa doctiino des forces vitales , animales et naturelles.

Fracastor — paile de l'irritation exercée par les humeurs sur les solides.

Robert Whytt — reconnaît trois espèces de mouvements musculaires: l'un naturel, l'autre produit par l'influence nerveuse et volontaire , le troisième involontaire et déterminé par l'irritation immédiate.

Van'HELMONT — fonde la doctrine du spiritualisme en admettant son rtrc/(t'c; localise, le premier, les forces de la vie dans le centre épigastrique, et fait remarquer les irradiations de ce dernier surtout l'organisme.

Stahl — charge l'àmc raisonnable du soin de veiller à la conservation de l'organisme.

Th. Bordeu — admet, dans chaque organe, un sentiment particulier , une vie qui lui est propre. Signale positivement la sensibilité spéciale de l'estomac ; son importance remarquable dans l'organisme. Place dans la région précordiale : « Le siège , l'aboutissant de presque tous les efforts corporels , de presque toutes les sensations, le jeu et les orages des passions, les effets des divers appétits, etc. » Il dit en propres termes : « La chimie vivante est la seule nécessaire aux médecins. » Il fait très-bien comprendre la nécessité d'étudier avec la plus grande attention les maladies chroniques , etc.

MoRGAGNi — signale les caractères de la (jastrilc latente comme un phénomène cadavérique très-fréquent.

Réga — fixe l'attention des praticiens relativement à l'influence pathologique de l'estomac sur toutes les parties de l'organisme.

250 EXAMEN r.RITiyUE

Placo la sensibilité du centre épigastriqiio dans la membrane vnifjucuxe de ce vischr. Porte l'alleinle la iiliis ("videiilo ii l'rxsentiiiUté dos fièvres en disant : « Le foyer de toutes les lièvres intcruiillentcs est dam l'estomac. »

Barthez — attribue les actions organiques à l'inlluence d'une puissance particulière qu'il nomme principe vital.

J. HiNTEii — émet des idées très-lumineuses sur l'inllammation, el distingue les phlcgmasies d'après les tissus qu'elles occupent.

Glisson — reconnaît, dans la fibre animale, unr fitrce particulière qu'il nomme irriiahllité.

Halleii . — s'appuyanl sur des expériences très-nombreuses , place l'irritabilité dans la fibre musculaire seule.

P. A. Faiuie — démontre l'irrilabililé du système capillaire imlépendammeiit de l'innervation cérébrale.

Clilken — signale surtout l'irritabilité nerveuse ; il attribue l'inflammation à l' irritation des capillaires samjuins.

SnnœFFER — rapporte toutes les maladies à l'irritation du ■•.ysténK! nerveux.

Hhown — rejeté les explications Immorales , établit ce grand liriiuipe : « l,a vie de l'animal ne s'entretient (jue par les stimulants extérieurs. »

PiNEi. — ramène la médecine il l'obsorvalion des faits, (lonçoil la yranili' pensée de fonder la dislriluilion régulière des maladies: « sur 1rs rapports de structure nu les fonctions onjanii/urs des parties. » Fait bien remarquer: « Que triât inflammatoire a

DE LA UOCTRIiyE l'UYSlOLOGlOLE. 251

(tes propriétés communes (juelle que soit la partie qui est attaquée, et que ces points de contact sont d'autant plus marqués qu'il ji a plus d'analogie dans les tissus et les fonctions orriuniques des parties. » Il ouvre la voie qui devait conduire à réludc des névroses, etc.

BicuAT — crée l'anatomio des tissus, l'anatomic médicale, et la porte presque en même temps à sa perfection. Pose largement les bases de la véritable doctrine physiologique.

Béclard — corrige , complète l'œuvre de Bichat sous le rapport de l'anatomie générale.

Pljolde Castres — considère l'inflammation comme un phénomène local dont la fièvre n'est que l'extension. Admet des inflammations viscérales de nature lente et chronique. Décrit celle de l'estomac , en indique les résultats cadavériques , et reconnaît que, pendant son existence , les boissons adoucissantes peuvent seules être supportées. Signale des sympathies particulières entre les organes; et fait jouer à l'estomac un rôle très-important au milieu de ces rapports viscéraux , etc.

Prost — appelle toute l'attention des praticiens sur un certain nombre de phénomènes pathologiques dont le point de départ se rattache, d'après lui , à l' al tération morbifique du canal digestif. Il place dans cette catégorie les fièvres gastrique, muqueuse, ataxique , etc. , et dit: « Les altérations des muqueuses digestives deviendront peut-être un jour la base de la médecine. »

Rasori — signale plusieurs médicaments spécifiques ; établit une grande prédominance des maladies slhéniques par opposition au système de Brovvn , et crée la doctrine du contro-stimulisme.

ToMMAsiM — fait observer que la plupart des fièvres nommées asthéniqties doivent être traitées par les antiphlogisliques. Jette

le plus grand jour sur l'histoire de la fièvre Icnle hectique , sur la |t!n|iarl de Icux , etc.

|t!n|iarl des névroses, de plusieurs maladies des organes glandu-

Marcus — comprend la nécessite de coordonner , d'après nn seul principe , toutes les parties de l'art de guérir. Se propose de faire, de l'anatomic générale de Biclial , la base d'une doctrine médicale nouvelle ; l'injlammation devient le principe auquel il croit pouvoir rattacher le développement de toutes les maladies.

Caffin — éveille l'attention des praticiens sur la nécessité d'étudier /'/nv7af/o« d'une manière générale, pour en mieux comprendre les applications particulières.

Makandel — lait, sur l'irrilatalidn, un travail spécial dansleijuel se trouvent de nombreuses applications à la doctrine physiologique.

Edw. Miller — publie un ouvrage « sur l'importance de l'osloinac comme centre d'association , siège de dérangements morbides et médium d'opération des remèdes dans les maladies

malignes » fait observer que , dans les fièvres, l'estomac est

presque toujours la partie primitivement affectée. Mil ipie « si l'on n'a pas encore compris ce rôle de l'estomac, c'est parce que l'on est dans l'ignorance des irritations qui s'y font. » Avance que, dans les fièvres, c'est l'estomac qui éprouve le premier cet excitemenlet qui le transmet aux autres viscères parla puissance de son action sympalliitiue, etc. etc.

Nous trouvons encore des notions du même ordre dans liu/falini, Gérnmini, etc. Mais il nous semble suflîsanunent établi que les princi])es fondamentaux de la doctrine |)hysiologique , savoir : les idées de l' irritabilité , i\c l'irritation , de l' inflammation étudiées d'une manière générale et dans les divers tissus organiques; des phleijmasies chroniques ; de la localisation des maladies ; de leur généralisation par les sympathies; de la gastrite,

DE LA nOCTRINE PlIYSIOLOfiTOlE.

ilo la (jastro-entérite; do la non essentialité des fièvres; de la fixation de leur siège dans la muqueuse gastro-intestinale irritée ; de la nécessité de les combattre par les anliphlogistiques ; de la fausse adijnamie , etc., etc., n'étaient plus en 1808 et surtout en I8l6des idées étrangères au domaine de la science, puisqu'elles se trouvaient consignées d'une manière incontestable dans un aussi grand nombre d'ouvrages.

Que Broussais nous dise actuellement qu'il ignorait l'établissement de ces vérités; que d'ailleurs elles sont moins explicites, moins bien exposées que dans ses écrits , nous lui ferons à cet égard toutes les concessions qu'il pourra désirer; mais il en est une que nous n'accorderons jamais , c'est d'admettre qu'à l'époque ou Broussais écrivait , ces idées fondamentales de la doctrine physiologique n'étaient pas enregistrées dans les archives de la science , et que, par conséquent, il est le seul inventeur de cette doctrine : les raisonnements les plus spécieux ne peuvent porter aucune atteinte à l'évidence des faits.

Pour terminer sur ce point et prévenir toute réclamation , nous accorderons encore que , sans Broussais , tous ces principes émis avec trop peu de retentissement , présentés séparément au lieu d'être rassemblés dans un faisceau , d'après une pensée systématique, auraient pu demeurer encore longtemps sans porter leurs fruits, et sans constituer une doctrine physiologique; c'est un mérite que nous aimons à reconnaître; c'est une justice que nous nous empressons de rendre au réformateur. Suivons-le maintenant dans l'exposition de sa doctrine d'après l'ordre indiqué.

§ II. PATHOLOGIE GÉiNÉRALE.

Broussais admet dans l'organisme une puissance qui préside à la formation, au développement, à la conservation de l'individu. Cette puissance , qu'il nomme force vitale, et qu'il regarde comme une cause première , inconnue dans son essence , domine tout l'ensemble de l'organisme maléricl , et de plus régit les propriétés

2o4 EXAMEN C.KITlOtE

(le la malière organisée vivante. Si celle force vitale est inimalérielio, et ce qui suit va uous prouver que c'est l'idée du réformateur, alors il n'a fait que changer un nom : c'est Vcnonnon dllippocrale, Varcltée de Vanhelnionl, Vdine de Stalil, le principe vital de Bailliez. Mais poursuivons.

Il n'admet, dans les tissus vivants, qu'une seule propriété : la coiUnutilité ; la 4rHs/7»///7(' reconnues par Biclial lui paraissant rentrer dans la première; et, d'après lui, la contraction suitposanl la sensation. Nous ne reviendrons pas sur ces interminables discussions relatives aux propriétés vitales, nous dirons seulement, et jinur éviter l'ontoloyisnie si vivement poursuivi par Hroussais, que nous préférons le terme de conditions vitales à celui ùe propriétés vitales; et que voyant dans l'animal, comme faits incontestables, sensation et contraction, il nous semble tout naturel d'admettre faculté de sentir, faculté de se contracter : sensibilité, contractililé ; d'autant mieux qu'en pathologie on trouve quehjue. fois , d'une manière isolée dans le même organe , la jiaralysie du sentiment ou ùa mouvement; et que Broussais lui-même emploie souvent, dans ses explications, le terme sensibilité qu'il avait proscrit par l'abus du besoin de simplilier.

Le premier résultat de la mise en jeu de la contractililé, est le phénomène qu'il nomme chimie vivante, expression empruntée à Bordeu , et (jui certes n'est pas heureuse lorsqu'il s'agit de caractériser un phénomène étranger aux lois générales de la malière. Mais voici quelque chose d'absolument inintelligible, du moins pour nous. 11 dit, PhysioL, t. 2, p. 28 : « La chimie vivante est le phénomène le plus reculé rjui frappe nos sens; elle n'est pas sans doute la force vitale proprement dite , mais elle en est le premier itistrument , l'instrument invisible, immatériel , i\[\o, nous ne connaissons (|ue pur la voie du raisonnement. » Si cette, chimie vivante tombe sous nos sens, comment j»eul-elle être un instrument immatériel ; ou si elle est un instrument immatériel , comment peut-elle tomber sous nos sens? Fiat luxl...

Toutefois, puisque Broussais reganh' l,i rbimir vivante comme

rinstriimont immatériel Je la force vitale, il considère nécessairement, et à plus forte raison, cette force vitale comme également immatérielle. Voilà ce que nous désirions surtout prouver par cette discussion.

Pour Broussais , la vie s'entretient par les stimulants extérieurs ; elle est le résultat de l'exercice de certains phénomènes généraux qu'il nomme lois vitales. Si l'on voulait examiner avec beaucoup d'attention le mode d'existence des cataleptiques, des animaux hibernants, etc., cette proposition semblerait peut-être un peu exclusive.

Dans l'état physiologique, les modificateurs produisent deux résultats opposés sur la vitalité : 1° la stimulation , elïet le plus ordinaire. La stimulation peut être directe, indirecte ou par réaction. 2° La sédation est positive par action des calmants; négative, par absence des stimulants essentiels. Les sympathies sont les moyens physiologi(iues de généralisation des stimulations dont le but coaqjlexe est : 1° la nutrition , que Broussais explique par la chimie vivante ; et qui serait mieux rendue par le terme d'élaboration physiologique. 2° L'éloignement des causes destructives; 3" la reproduction. Broussais fart observer avec raison que l'exercice des fonctions exige le concours des solides et des fluides, et que l'écononiie vivante , qui résulte de leur ensemble et de leur coordination, a ses lois distinctes des lois de l'économie générale ; mais qu'elle n'est pas entièrement affranchie de ces dernières.

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