‹ Histoire de la révolution médicale du XIXe siècleChapitre 43 sur 64 · APPLICATION DE LA PHYSIOLOGIE A LA MÉDECINE · texte numérisé non relu

APPLICATION DE LA PHYSIOLOGIE A LA MÉDECINE

Le besoin d'étudier les altérations patliologiques se lit sentir avant le désir de connaître les phénomènes vitaux dans l'état normal ; L-t, jiar une fâcheuse conséquence, la médecine précéda la physiologie comme science et comme art ; ce fut seulement après des siècles que l'esprit humain fut conduit, de la seconde, à la première, en suivant ainsi le contre-pied de la nature, de la raison et de la vérité.

SijG EXAMEN CRITIOIE

L'horloger éludio sa inonlro d'abord dans los rondilions régulières (lu'ellc peut offrir pour bien fonctionner ; il apprécie les rapports qui doivent exister entre la force motrice du grand ressort et la résistance il vaincre pour mettre toute la niadiint' en mouvement. Il se pénètre bien de la disposition particulière de tous les rouages , de leurs engrenages récipro(iups , du jeu de cliacun d'eux et des résultats généraux du concours de leur action, dont le but est de marquer l'heure, la minute, la seconde, etc. Ce n'est qu'après avoir acquis ces notions positives qu'il étudie cette machine dans les altérations qu'elle peut offrir : (in'il parvient à les bien reconnaître, à les réparer avec habileté. Cette marche est celle de la vérité de la raison de la nature. Le génie de l'homme la suit lorsqu'il s'agit d'une simple machine ; il en adopte une complètement opposée lorsqu'il s'agit de l'homme lui-même.

Nous en avons indiqué les motifs : la nécessité lit étudier les maladies avant que la curiosité condusît à l'examen des fonctions normales ; et, pour ne pas laisser le contre-sens incomplet, les phénomènes vitaux furent étudiés avant les organes qui les exécutent: la jdiysiologie précéda l'analomie. Faul-il s'étonner de cette longue enfance, de cette imperfection fondamentale dans lescpielles nous trouvons la médecine , la physiologie et l'anatomie, en partant de notre épo(jue, en remontant la série des siècles.

Honneur au génie de liichat , c'est lui qui le premier a changé la direction de celte marche si contraire : il a fait comme le bon sens de l'horloger, il a procédé de la connaissance du grand ressort, des rouages , des phénomènes dans l'état normal , à la connaissance de ce mécanisme dans l'état d'altération ; il s'est élevé, de l'anatomie des tissus, à la physiologie; et , de la physiologie , à la médecine.

1/applicatiou de la science de l'homme sain à la science de l'homme malade est donc la première condition de toute bonne pathologie ; mais encore faut-il (pie celte application ne soit pas faussée.

« Je conçois , dit M. Bérard , Eloije de lironsnais , i\c»\ manières il'ajqiliquer la physiologie à la médecine. Tantôt, on a emprunté simiilemr'ul , aux données expérimentales de cette science, l'inler- [irétiiliiMi (le certains faits de détail , d'élioldgie ou de diagnostic:

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ici, le rôle de l;i|)liysiol()gie est modeste; mais ses conquêtes sont solides et acquises à tout jamais à la science do riiomnie. Tantôt, sur un petit nombre des fails-principes , sur une ou deux des lois de la vie, on s'efforce d'asseoir une doctrine, un système médical complet , cohérent dans toutes ses parties. Cette manière est plus brillante, c'est celle des hommes de génie, des législateurs de la science: ainsi procédèrent, avant Broussais, lesStahl, les F. Hoffmann , les Cullen, les Brown , les Barthez. La chute successive de leurs doctrines nous fait craindre qu'ils n'aient demandé à la physiologie plus qu'elle ne pouvait leur accorder.

« Broussais fut-il sous ce rapport plus heureux que ses prédécesseurs ? Oui , si nous avons égard à la solidité , à la pureté du dogme fondamental. »

jN'ûus ne partageons pas, à cet égard, l'opinion de M. Bérard. Si la doctrine physiologique n'avait pas d'autre appui , nous l'eussions déjà vue crouler sans retour.

£n effet , celte base fondamentale , cette première pierre posée par le réformateur français est la même que celle du novateur écossais : « La vie de l'animal ne s'entretient que par les stimulants extérieurs,» et cependant la doctrine de Browu a succombé.

Si la médecine physiologique survit, elle le devra donc bien plutôt aux grandes vérités qu'elle offre en dehors de ce principe, et surtout à l'immortelle Histoire des phlegmasies chroniques, sur laquelle son auteur n'aurait cependant pas dû l'appuyer exclusivement, comme nous le démontrerons bientôt.

Mais il est une troisième application à faire de la physiologie à la médecine ; c'est même la seule qui puisse enfanter une doctrine solide, vraie, à l'épreuve de l'expérience et du temps; la seule qui puisse fonder la véritable médecine physiologique. Nous avons l'assurance que les hommes d'un sens droit, versés dans les études physiologiques, elM. Bérard, par conséquent, partageront noire avis. Cette application consiste à s'élever, comme l'avait fait Bichat, de l'élude approfondie des tissus, des organes, des appareils, de l'organisme tout entier, à celle des conditions vitales, des phénomènes, des fonctions, de l'économie vivante dans l'état

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normal; el, de ces notions fondamentales, à iV'tudc sérieuse el raisonni'c de toutes les influences morbili(]nes, de tous les modes principaux d'altération que peuvent otTrir les conditions vitales, les phénomènes, les fonctions, l'économie vivante, en ne les isolant jamais, dans cet examen , des tissus , des organes des appareils el de l'organisme.

C'est Lien ainsi que le comprenait Broussais lui-même lorsqu'il disait, on 1S2I , 2^ Examen, p. lOl : « Notre doctrine n'est point intitulée la doctrine de l'iirilation, mais la iiocU'inc phpiohxjifjuc;

«Ainai, elle repose nécessairement sur toutes les modiiications que peut éprouver la vie , et non pas exclusivement sur son exaltation, quoique celle-ci soit incomparablement la plus fréquente.»

Si Broussais eût pris cette large base pour fondement de sa doctrine , il eût été dans le vrai sous ce premier rapjtort. Mais nous le verrons bientôt , égaré par l'esprit de système, abandonner la route qu'il s'était lui-même tracée en faussant les applications de la physiologie à la médecine.

Ainsi, nous l'avons avancé, les faits le prouveront jusqu'à l'évidence, le système do Broussais n'est point la doctrine pliysiolo(ji(juc telle que la comprenait Bichal, telle qu'elle doit être pour mériter les titres de vraie, d'immuable; caractères sans lesquels elle ne satisfera point les esprits sérieux, el ne présentera pas à la science, a l'humanilé, tous les avantages qu'elles onl droit d'en attendre.

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