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LOCALISATION DES MALADIES

Ici Broussais aborde franchement la question. Il s'élablil sur co grand itrincipe do IJiclial ; « Qu'est l'observation, si l'on ignore là uii siège le mal? »

Ce iirinripe , aussi vrai i)ar lui-mêiiio (|ue fécond dans ses résultats, nous itaraît, en cfTet, le premier fondement de la médecine clinique. Ainsi, rattacher tous les symptêmies des maladies, ou plién()mèn(!S palliologitines, à l'alléralion, il la souiïrancc des organes,

DE lA UOCTRINE PHYSIOLOGIQUE.

dans la fjrnnde majorité des cas , sera désormais et pour toujours la base Immuable de la doctrine physiologique.

En établissant cet axiome, nous avons fait nos réserves, nous avons dit : dans la grande majorité des cas; au lieu d'admettre ce principe, comme l'a fait Broussais , d'une manière absolue.

Nous pensons dès-lors que le réformateur a faussé l'application de cette loi, comme celle du plus grand nombre des vérités de sa doctrine , en les forçant à plier sous le poids de l'exclusion systématique.

Pour Broussais, en effet, toute maladie est locale avant do présenter aucun caractère de généralisation. Il n'admet point d'exception à cette règle. Pour- lui, également, l'altération des solides organiques est tout, il ne tient aucun compte de celles que peuvent éprouver les fluides, surtout au point de vue de l'étiologie et de la thérapeutique. Toutes les prétendues diathèses ne sont (|ue des répétitions de la maladie dans les tissus , dans les organes et dans les appareils. Nous verrons bientôt qu'il rattache à peu près toutes les maladies à l irritation, et presque toutes les irritations à la gastro-entérite.

C'est une des erreurs capitales de la doctrine du réformateur. Klle a même , pour un grand nombre d'esprits superficiels, masqué complètement les grandes vérités que peut revendiquer cette même doctrine.

En attendant que nous examinions chacune des diathèses en l>articulicr, que nous recherchions si plusieurs maladies ne commencent point par l'altération des humeurs, que nous signalions l'abus que l'on a fait de la gastrite et de la gastro-entérite comme iiase et comme principe du plus grand nombre des affections morbides , nous demanderons aux bons observateurs :

1" Si pour eux l'apparition d'un simple furoncle, dans un point où nulle irritation locale n'a pu lui faire choisir son lieu d'évolution; si la succession d'un plus ou moins grand nombre d'autres dans divers lieux, sans plus de raison d'élection de ce domicile parti- • culier, peuvent être envisagés comme une maladie purement locale dans son principe : toile , par exemple, (lu'une tumeur avec abcès,

iGO EXAMEN CIIITKUE

développée dans le lieu même d'une contusion? N'adineltronl-ils pas, au conlraire, une disposition particulière de l'organisme, antérieure à la manifestation du furoncle ; ne combattront-ils pas dès lors celui-ci autrement qu'un simple phlegmon . en traitant en même temps la maladie locale et l'altération générale qui a produit le développement de ce premier furoncle , et ne manquera presque jamais d'en occasionner d'autres , si elle n'est pas attaquée par les moyens hygiéniques et pharmaceutiques appropriés.

Broussais dirait sans doute que ces furoncles plus ou moins nombreux ne sont que la répétition d'une gastro-entérite , cl par conséquent encore une maladie locale dans son origine.

Pour toute réponse à cette pétition de principe , nous en appellerons à la saine observation, afin de savoir si c'est bien une (jastroentèritc (]ue l'on rencontre alors dans la grande majorité des cas , ou si l'on ne trouve pas plutôt une sorte d'ichnulfcmcnt général , avec embarras gastrique, intestinal, constipation, etc; et si l'on ne guérit pas bien mieux et plus sûrement par l'absence du régime acre, irritant, qui avait surtout occasionné cette maladie, par les laxatifs et les boissons tempérantes longtemps continuées, que par les applications de sangsues à l'épigastre. Ce n'est pas l'avis du réformateur ; c'est le nôtre ; les praticiens expérimentés décideront la question.

2° Nous leur demanderons encore, pour ne pas sortir des cas les plus vulgaires et les plus évidents, si l'anémie qui se manifeste chez les mineurs, par exemple, est encore une maladie locale qui frappe exclusivement un solide organisé; si elle ne dépend pas, au contraire, d'une profonde altération dans la composition du sang; et si l'air pur, une alimentation nutritive et l'usage des ferrugineux ajipropriés, ne sont pas les moyens dont l'expérience la plus positive a bien constaté l'eflicacité?

3° Enfin, nous en appellerons à leurs souvenirs clinicpies pour savoir si, dans le plus grand nondtre des fièvres inlcriiiillenles, ils ont reconnu la yaslru-cnlcrilc comme altération fondanieiilale, et traité cette maladie par les antiphlogistiquos, et suricuit par les applications de sangsues ; ou s'ils n'ont pas plutôt regardé celte

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altération morbide comme une affection nerveuse à type intermittent; oi, salifies cas de complications et de contre-indications, presque toujours traité, avec un succès complet, ces mêmes altérations par les antipériodiques et surtout par les préparations de quinquina.

Ainsi Rroussais, en plaçant le siège exclusif des maladies dans les solides organiques , et , parmi ces derniers , presque toujours dans l'estomac et les intestins; en circonscrivant le début de toutes les altérations pathologiques dans un tissu , dans un organe , a manifestement faussé le grand principe du rapport des symptômes aux lésions des organes et de lalocalisation des affections morbides.

Nous terminerons cette généralité par l'opinion de M. Bérard, Elofje hislorique : « Il faut avouer que ces idées sont trop exclusives. N'est-ce pas en agissant sur les humeurs que le fer guérit la chlorose; les alcalins, la gravelle; les végétaux frais, le scorbut; et le quinquina, la fièvre pernicieuse contractée par l'absorption des émanations des marais?»

3" ESSENTIALITÉ DES MALADIES; ENTITES MORBIDES.

Avant VAnatomie générale de Bicliat, les médecins ayant presque toujours étudié les maladies sans les rapporter immédiatement aux tissus, aux organes, aux appareils, avaient personniflé des groupes de symptômes en faisant ainsi des cntitcs qui déterminaient souvent le nom de la maladie, et, résultat beaucoup plus fâcheux, dont la nature supposée devenait, le plus ordinairement, la base principale des indications à remplir.

Ainsi la fièvre adijnamnjue , par cela seul qu'elle avait été désignée sous cette dénomination, était traitée par les toniques; la fièvre «/flajji/we, par les antispasmodiques ; h fièvre bilieuse, par les vomitifs et les purgatifs, etc.. Broussais attaqua, poursuivit à outrance les eni/<<^s morbides, et parvint à renverser toutes celles qui n'étaient pas des chimères de son imagination , et dont l'existence , en pathologie , pouvait offrir de graves inconvénicns pour la thérapeutique.

Hii EXAMEN CRITiyiE

CVsl assun'monl le plus important service dont la médecine pratique surtout lui soit redevable; c'est aussi le titre de gloire qu'il revendiquait avec le plus d'empressement, lorsqu'il disait : « La découverte de cette ontologie médicale est ma propriété , je n'en ai trouvé le germe dans aucun ouvrage. »

Toutefois, il abusa bien étrangement de cette grande pensée dans les applications qu'il en flt à la médecine; et, dans sa monoraanic de poursuivre, comme ontolocjistes, les auteurs donlla moindre expression pouvait, en l'interprétant à sa manière, conduire même indirectement à cette qualification. Ce fut un de ses grands moyens de proscription , pour cette réprobation générale dans laquelle il comprit tous les systématiques ses confrères, sans aucune exception ; nous ajouterons même presque tous les médecins , tant se trouve rétluil le nombre do ceux que nous avons pu compter en dehors de cet anathème universel.

Broussais, disons-nous, abusa bien souvent de cette vérité dans ses innombrables qualifications d'ontologisme ; et si le |dus grand nombre des auteurs qu'il a rangés dans cette catégorie pouvaient y figurer avec raison , d'après les allégations du réformateur, nous réclamerions pour lui-même, et sur des titres mieux établis, la première place au milieu d'eux. Nous citerons, à cette occasion, l'opinion de M. Bérard, qui ne sera pas suspecte. Il dit, KInqe liixtoriifue ;« Peut-être a-t-il grandi l'ennemi qu'il a terrassé, peut-être a-t-il parfois vu l'ontologie là où il n'y avait que des

expressions méla|)lioriques Broussais fut aussi vitaliste qu'aucun

de ceux qui le précédèrent; peut-être même n'a-l-il pas toujours montré, dans son langage au moins, cette réserve pliilosopliiciue dont Bartliez avait donné le précepte sans en donner l'exemple. Il a quelquefois ;<rrsr)Hn?^/î le pritiripr rilnl : il lui a supposé des iutrntiom. une rnhmU^-.W le fait agir d'ajtrès un plan dHcrminé ; et l'on serait vérilablemenl tenté d'accuser l'auteur d'ontolof/ir , si Broussais /)0M»v/>7 rirr nvlolDgistc. »

I,e réformateur abusa de même des applications qu'il fil .i la médecine de la proscription de l'ontologie : ainsi , nous le voyons riiii|darer toutes les eulités morbides par l'irritation, l'inflammation

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el la snbinflammalion. Nous élablirons, on traitant de ces modes généraux des maladies, jusqu'à quel point cotte autre prétention est fondée; nous examinerons encore s'il est rationnel, et surtout sans danger dans le Iraitomcnt, de rattacher ainsi les fièvres inlenniltcntcs, pernicieuses, typhoïdes, etc., etc., à la gastro-cnlérile.

M. Bérard, loc. cit., exprime ainsi son opinion sous ce dernier rapport : «Le débat a été transporté, dans ces dernières années, sur un terrain où la médecine physiologique combat peut-être avec moins d'avantages. Si en effel la phlogose partielle du tube digestif ne suffisait pas , même en invoquant les sympathies , pour rendre compte des symptômes formidables des lièvres graves; si celle phlogose avait un caractère spécial et un siège déterminé dans l'intestin , si elle était la conséquence d'une altération du sang qui aurait en même temps allumé la fièvre, il faut avouer ipie celle-ci ne pourrait être complètement assimilée à la fièvre symplomatique de la pneumonie et de la péritonite. C'est dans cette forte position que se sont rclrancliés les adversaires de la médecine i)hysiologique, et il y a lieu de penser qu'ils y tiendront longtemps. »

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