SYMPATHIES MORBIDES
1,0 rcformatour nous paraît bien plus lioureux dans l'emploi qu'il fait des sympathies pour expliquer la gt-urralisation des affections morbifiques. Il dit, Traité de l'irritation et de la folie, 2' éiV\[., prrf., p. i.xv : «Après beaucoup de vacillations dans sa marche , la médecine suit enfin la seule route qui puisse la conduire à la vêriti"' : l'observation des rapports de l'homme arec les modificateurs externes, et des organes de l'homme les una sur les autres. »
Assurément cette marche est en même temps la plus simple , la plus naturelle et la plus philosophi(|ue; et Kroussais, en l'établissant comme règle, a bien mérité de la science. Mais il ne fallait pas abuser de ce principe, en réduisant toute l'étioloizie à l'action de ces agens extérieurs; et toutes les généralisations des maladies à la répétition de l'irritation, que l'on croyait toujours locale dans Situ principe, sur d'autres tissus et d'autres organes par l'entremise des rapports sympathicpies ; il ne fallait pas surtout établir cet axiome essentiellement erroné: que l'irritation, en se déplaçant ainsi, ne changeait pas de nature; puisque l'expérience de chaque jour démontre, au contraire, jusqu'à l'évidence, (|ue rindammation d'une partie peut occasionner sympathiipiement sur des points plus ou moins éloignés des irritations purement liémorrhagiques nu simplement nerveuses, et rice rersa.
Rien n'est, au contraire , moins commun que de voir une indammation réelle se généraliser de manière à présenter ce oaraclère dans son foyer central, primitif, et dans les organes secondairemeni et sympathiquement affectés. Ainsi , pour citer un exemple entre cent, la céphalalgie, qui souvent accompagne la véritable gastrite, est bien plus souvent nerveuse i|u'iiiflammatoirc.
Si 11' génie observateur de Rroussais n'avait pas été faussé par
l'osprildo systômo , il n'aurait pas mécnnnu ces V(''i'ili''S praliques, cl compromis sa doctrine par d'aussi palpables erreurs.
11° MARUIIK llES MALADIES.
D'après le réformateur, « les irritations n'ont point une durée, une marche (îxes; l'une et l'autre sont déterminées par l'idiosyncrasie, el par l'influence des modiiicateurs qui agissent sur les malades. »
Si Broussais entend par durée , marche fixes, une marche, une durée identiijucmcnt semblables, malhématinucmenl régulières, son principe est vrai , tellement vrai même, tellement admis parles bons esprits de tous les siècles, qu'il était inutile de le poser. En effet, dès l'instant où les physiologistes, el Bichat surtout, avaient établi de la manière la plus incontestable que les lois vitales diffèrent essentiellement des lois physiques ; puisque l'irrégularité, l'instabilité présentent le caractère général des premières, comme la constance et la régularité offrent celui des secondes, il restait prouvé que les phénomènes physiques sont rigoureusement calculables; tandis que les phénomènes physiologiques ne peuvent jamais rentrer dans cette loi.
Mais si les phénomènes physiologiques et pathologiques ne sont pas rigoureusement calculables , ne le sont-ils pas non plus approximativement ?
C'est évidemment à ce point de vue de la question que s'est placé Broussais en soutenant que les maladies n'avaient point de marche régulière, de périodes successives qui permissent d'en calculer d'une manière approximative la durée probable, et d'en prévoir les diverses phases depuis l'origine jusqu'à la terminaison. Or, cette manière de voir est essentiellement erronée : nous en trouvons la preuve dans les faits.
Sans doute une pleurésie, un catarrhe, une pneumonie, une gastrite, une péritonite, etc., n'ont pas do marche bien régulière, di' durée ,'i puu près toujours la même; et si toutes
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les inflaminaliniis (Haicnt, comme le vcul Rroussais, identiques dans leur nature, son principe , à la rigueur , pourrait être admis avec (piolques exceptions; et l'espoir d'arrêter ces inflammations à leur début ne serait pas toujours sans fondement. 31ais lorsqu'il s'agit d'une rougeole , d'une scarlatine , d'une variole , etc. , le même principe serait-il applicable , et le traitement qui tendrait à brusquer la marche de ces inflammations aurait-il ce pouvoir , serait-il même sans danger? Nous ne le pensons pas.
En ellet, un praticien expérimenté reconnaîtra dans la grande majorité des cas, pour une variole par exemple, a])proximativemenl la période actuelle de la maladie (pi'il a sous les yeux, celles qu'elle a parcourues, celles qui lui restent à fournir encore ; il jiourra préciser à peu près la durée de chacune de ces périodes, et celle du cours entier de la maladie; un médecin prudent ne cherchera jamais , par un traitement énergique, à prévenir le développement, à troubler la marche de cette affection , comme il le ferait, par exemple , pour une pneumonie.
Ces vérités sont tellement incontestables, que, dans le môme genre de phlegmasies, les différences que nous venons de signaler pourront se rencontrer, si la nature de l'inflanunalion n'est pas i(k'nli(ine. Ainsi, dans l'érysipéle produit par cause externe, la marche et la durée sont très-variables , et peuvent être abrégées, le plus souvent sans danger; dans l'érysipéle par cause interne, au contraire , la marche et la durée sont approximativement calculables, et la médecine perturbatrice pnnrnit ici produire les plus graves accitlens.
Nous livrons ces faits et tous ceux du même ordre ii la méditation des observateurs profonds , et nous avons l'assurance que tous admettront avec nous l'crreiu cl les dangers de la doctrine du réformateur sous le point de vue de l'importanlo (piestion (pic, nous venons d'cxiimincr scnlcnient d'une manière générale , toutes les ex|ilicati(»ns particulières devant rentrer dans les fait» de la palhobigic spéciale qui va maintenant lixer noiro allcntion.
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