‹ Histoire de la révolution médicale du XIXe siècleChapitre 49 sur 64 · INFLAMMATIONS · texte numérisé non relu

INFLAMMATIONS

Le réformateur ne nous paraît pas bien comprendre l'inflammalioii lorsqu'il la délinit: « Toute exaltation locale du uuiuvemcnt organique assez considérable pour troubler l'harmonie dos fonctions et pour désorganiser le tissu où elle est fixée

« Lorsque l'irritation accumule le saog dans un tissu avec tumeur , rougeur et chaleur extraordinaires , et capables de (/('.<o>Y/rtH/s^r la partie irritée, on lui donne le nom d'inflammation.»

Il existe sans doute quelquefois des phlegmasies assez violentes pour désorfjaniser , même promplement , les tissus qu'elles frappent ; mais faire de la désorganisation un caractère fondamental , ordinaire de l'inflammation nous paraît contraire à l'expérience , puisque nous voyons très-fréquemment cette altération inorbjde s'accuser avec intensité , persister pendant plusieurs jours et disparaître sans laisser aucune trace bien appréciable.

Nous ne comprenons pas d'avantage le passage suivant surtout de la part de Broussais qui faisait à l'humorisme une guerre si constante : '< L'inflammation altère toujours les fluides de la partie enflammée et quelquefois la masse entière des humeurs. » S'il s'agissait de la phlébite par exemple , cette opinion pourrait être admise , encore avec queKjues restrictions ; mais appliquée à l'iiiilammation en général , elle nous semble au moins trop absolue.

Le passage des phlegmasies de l'état aigu k l'état chronique est un des points importants de la pathologie que le réformateur a le

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premier signalé d'une manière bien clairf , bien précise et surtout avec des considérations essentiellement pratiques. Il a décrit cette nuance de rinllamiuation avec un talent remaripiable , en démontrant que la persistance du type chronique « tient toujours à l'action continuée d'un stimulus qui empêche l'inllammatioa de se calmer. »

IVous dirons cependant qu'il n'est pas heureux dans son explication du dévelopjiement des lésions organiipies par l'irritation , lors(|u'il ajoute: 2'' lirain. p. G06 :

« Ouand l'irritation est vive et subite chez un sujet vigoureux, presque toujours elle y développe l'indammation ; mais lorsqu'elle devient chronique, et que le malade s'aiïaiblit, la partie irritée (ie\ienl anémi(]ue et son irritation ne produit plus que des dégénéralions. » Une partie /rr//('<! qui devient aitcmique , par opposition à cette loi générale : Ubi stimulus ibi fluxus ; voilà de ces contradictions que l'on voudrait ne pas rencontrer dans l'auteur des Phlegraasies chroniques.

C'est ici particulièrement que Broussais va se montrer systématique exclusif. En vain cherche-l-il à repousser une semblable qualification en disant que sa doctrine « n'est point intitulée la doctrine de l'irritation , mais la doctrine physiologique. » l.es paroles ne détruisent pas les faits ; et les faits prouveront , contrairement aux paroles, que la première dénomination convient beaucoup mieux que la seconde au système du réformateur.

L'iidlammation devient en effet pour lui non-seulement une altération très-commune et très-inqiortanle , mais encore une sorte de critérium pathologique , un véritable iiusu-mclrc , sous l'empire du(|uel doiveul se ranger et so niveler à peu près toutes les maladies.

Ainsi : les fièvres , les hémorragies, les maladies éniplivcs , les liypercrinies, les hypertrophies, les cachexies, les diathèses, les altérations produites par les virus, les venins, les prtisons; les affections orgaMi(|ues. les névroses, etc. etc., sont rallachées jiar le réfiirmaleur soit directement, soit indirectement à l'irritation et ù l'iiillammalion.

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3Iais, comme si l'excluaion et l' absolutisme (IcvnùMil présenter les caractères fondamenlaux de sa doctrine , Broussais ne s'arrête pas dans la réduction de son principe au fait général de l'inflammation , il resserre , amoindrit encore ce principe , en faisant dériver à peu près toutes les phlegmasies de celle de la muqueuse gastro-intestinale ; à tel point que l'on pourrait , sans beaucoup d'exagération , nommer la théorie médicale du novateur : la théorie de la gastro-eiitcrite ; puisque nous le voyons, pour légitimer l'adoption d'une base aussi étroite qu'insuffisante, proclamer l'estomac: « Le siège du sens interne régulateur de l'économie. »

Arrêtons-nous un instant sur cette phlegmasie procréatrice du plus grand nombre des autres ; et démontrons , d'une manière générale , avant de passer aux faits particuliers , l'abus qu'a fait le réformateur de cette idée fixe , de cette localisation imaginaire.

Gastrite, gastro-entérite. — De tous les auteurs, Broussais nous paraît celui qui a le mieux décrit les phlegmasies gastrointestinales, surtout à l'état chronique. Mais comme la plupart de ceux qui ont introduit une découverte , ou même un perfectionnement dans la science , il a fait de la gastro-entérite son idée fixe, et n'a bientôt plus vu que cette altération dans la pathologie , en s' efforçant d'y rattacher presque toutes les autres affections morbides. C'est le plus grand travers, c'est l'erreur capitale de sa doctrine , c'est la monomanie qui dès-lors a faussé toutes les conceptions médicales de ce puissant génie.

Nous le voyons en effet toujours chancelant sur la base étroite et précaire de sa théorie , marchant péniblement dans la voie resserrée de sa doctrine , s'agitant avec anxiété au milieu des entraves qu'il s'est lui-même imposées par son inflexible système , cherchant à dissimuler à sa propre conscience t exclusion el l'absolutisme dans lesquels il se trouve comme entraîné malgré lui. Si l'on veut des faits à l'appui de ces assertions nous n'aurons que l'embarras du choix pour les fournir. Ainsi, dans son Calh. de la méd. phy. , p. 404 , en parlant de lui-même il fait dire au jeune médecin:

« Il publie depuis deux ans accomplis un journal mensuel dan-:

i\)h E^AME^ ciurioiE

lci|iiel il fait passer successivoinoiil sous les yeux de ses lerloiirs toutes les malaJies connues exliailcs de sa pratique ol de celle de ses nombreux correspondants. »

Désirant savoir quelles sont toutes les maladies eonnucs dans la pratique de Broussais et dans celle de ses nombreux correspondants, nous ouvrons les deur années accomplies de ce journal mensuel iiitilulo : « Annales de la mrdeciue phijsiolniji(iue , » et voici textuellement ce que nous y rencontrons :

Au milieu de quelques observations et mémoires sur les inflammations intermittentes, sur l'élépbanliasis, le cancer, etc.. maladies rapportées à l'irritation; des faits, des discussions sur le typhus, la fièvre jaune, les fièvres dites essentielles, intermittentes, etc., maladies toutes rattachées à la nastro-entérito ; une foule de gastrites, de gastro-cnlérilcs , gastro-colites, à l'étal aigu et chronique. Un petit nombre de pneumonies , de pleurésies , de phlegmasies de l'encéphale, d'arachnoïdites , etc. , mais toutes, sans exception, élroitcmenl liées à la gastro-entérite à litre de con.sét|uence , de iirincipe ou de coniplicalioii.

IVous n'insisterons pas davantage ponrél;ibiir la réalité du reproche de siiKlrmaliijHC cnlusif auquel voudrait échapper le réformateur, l'évidence des faits n'a besoin (|ue de leur exposition pour élie incontestable , et nous allons parloiit la renciuitrer dans l'application que Broussais va chercher ii faire de sa théorie à la patliologie spéciale.

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