MALADIES ÉRUPTIVES
Broussais ne se borne pas ici à regarder les maladies éruplives telles que la rougeole, la scarlatine, la variole, rérjsipêle par cause interne, la zona, les dartres, la miliaire , etc., comme des inflammations ordinaires , ce qui déjà nous paraîtrait une faute grave, mais il veut les rattacher à la même phlegmasie, à celle de la muqueuse gaslro-inteslinale , dont elles ne seraient , d'après lui, que le déplacement, une sorte de métastase, de répétition vers la peau .
304 EXAMEN CRITiyiE
Sans (loulc los maladies t'rujjlives peuvent, à leur invasion, ou pendant leur cours, se conipliqucr d'une phlegmasie intérieure, de la (jastro-ciilcrilc par exemple; mais ne voir dans toutes ces maladies si différentes par leur forme , par leur marche , par leur gravité que des altérations secondaires , identiques et dérivant d'une affection morbide principale et commune : l'inflammation de l'estomac et des intestins ; c'est assurément se mettre en opposition directe avec les résultats les plus positifs de l'observation.
Une variole , par exemple , doni la contagion est évidente , la marche plus ou moins régulière , dont le résultat est l'élaboration d'une matière virulente capable de transmettre la maladie chez un sujet sain , dont tous les boulons ont une forme si bien caractérisée qu'on la reconnaît aisément au milieu de toutes les autres formes érnptives , ne serait que la crise d'une gastro-entérite ; voilà nnus devons le dire , l'une des excentricités les plus bizarres de la médecine dite physiologique.
S'il ne s'agissait que de la théorie , nous condamnerions ce dogme comme erroné ; mais au point de vue de la pratique, il doit être proscrit comme essentiellement dangereux. Kn effet, trop coiiséijuent à son [)rinci|)e , le novateur conseille, pour toutes les alVeclions érui>tives, le traitement de la (jaslro-ciUérite, et surtout les saignées, les applications de sangsues, etc.
Niius le di'iiiandcrons encore aux observateurs les plus habiles cl les plus expérimentés; n'ont-ils pas reconnu , lorsque la variole, la scarlatine, la rougeole, la miliaire , la zona, l'érysipèle jtar cause interne, marchent sans accidents et sans compliralions graves, ([ue le traitement le plus sage , le plus favorable, relui (pii réussit toujours le mieux, consiste dans une hygiène bien ciilcndue, (iiins uni', médecine expeclanle ou bornée ii rmiiiloi de (pnhpies infusions chaudes susceptibles de favoriser l'éruption sans exciter ancunt! irritation intérieure; taiulis (prune médecine perturbatrice (pii tendrait à combattre énergicpiement l'inllaniinatidn cutanée, insé|)arable de ces éruptions, mettrait tout en question, chargerail l'art et le médecin d'une sérieuse responsabilité.
Tout praticien inslruil ei ininlenl rrsei\era ddue ce dernier
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genre de médication pour les complicalions graves qui s'opposeraient au cours de l'éruption , et dirigera toujours alors ces moyens actifs de manière à combattre la cause qui fait obstacle au développement régulier de l'éruption cutanée , en même temps qu'il rappellera celle-ci par des applications variables suivant les cas , mais toujours modifiées de manière à la favoriser loin de chercher à la détruire.
Quant aux dartres, dont la gastro-entérite, non-seulement n'est point la cause ordinaire , mais n'offre pas même la complication habituelle , il est bien rare que les émissions sanguines leur conviennent ; les moyens intérieurs appropriés à l'état constitutionnel , et bien souvent les amers ; les topiques émollients , tant que l'inflammation offre de l'acuité ; susceptibles de modifier l'état phlogistique , lorsqu'il devient chronique , et souvent alors les préparations de chlore, de soufre, de mercure, etc.
Telles sont les médications éprouvées par le temps et l'expérience que le novateur cherche à remplacer par le traitement de la gastro-entérite en se fondant sur les données d'une théorie purement imaginaire.
5" HYPERCRIMES.
Les maladies de celte classe consistent dans l'augmentation extra-normale [dus ou moins considérable du mouvement sécréloire avec accumulation du fluide sécrété dans les cavités sans issue , telles (|ue les synoviales, les séreuses, etc.; d'où résultent les liydropisies. Broussais rattache toutes ces maladies à l'inflammation.
11 parle àpeinc des hypercrinics glanduleuses, cutanées, etc. ; les hydropisies seules ont fixé son attention. Nous reconnaissons avec lui que ces dernières sont le plus souvent un effet des phlegmasies aiguës ou chroniques du tissu séreux. Mais il nous paraît erroné d'admettre cette opinion d'une manière exclusive. Nous pensons, au contraire , (pie dans certains cas il peut exister angmentatiou
sécréloire sans inflanimalion réelle , et que dès lors Broussais a fait ilisparailic encore ici une classe tout entière de maladies du cadre nosologiquc, pour la confondre avec l'innanimation.
Sa thérapeulique a dès lors gagné, d'un côté , en opposant les émissions sanguines et les autres anliphlogisliques aux liydropisies produites par une phlegmasie séreuse , et que beaucoup de palhologisles combattaient par des moyens appropriés; mais, de l'autre, elle a perdu par les indications fautives d'une théorie trop absolue.
iXous avons, en ellet, expérimenté bien des fois que les purgatifs répétés, les diurétiques , les sudorifiques, les médicaments dits altérants , el notamment les préparations mercurielles, ont été suivis de guérison dans plusieurs cas où les émissions sanguines étaient contrc-indiquées , et dans quelques-uns où leur usage avait aggravé la maladie.
Ainsi, dans toute la classe des lésions sécrétoires, le réformateur n'a vu (|u'un point de la question. Il a le mérite d'avoir bien rattaché à rintlamination des synoviales et des séreuses un grand nombre d'hydropisies que beaucoup d'auteurs en avaient mal à à propos séparées ; mais il a , comme toujours , appliqué son principe d'une manière trop absolue, et, consé(iuomment à cette exclusion systématique , méconnu les trois quarts des maladies de celte classe ; bien qu'il en ait rapporté quelques-unes «aux obstacles de la circulation séreuse et sanguine , à la cessation d'action des capillaires dépuratours, etc. »
G» HYPERTROnilES, ATUOPUIES.
Dans la doctrine du réformateur, la classe à peu près tout entière des hyiierlrophies est passée sous silence ; les maladies qui s'y rallarhenl, et dont hntussais a dit qii('!(|ues mots, sont rajtpnrléos il l'irritation et à riullanunalion , au licii d'élre posilivPinciil allribuées à l'augmentaliou de rarlivilé nutritive.
l/hypertrnphie bien comprise n'est, en eiïet, (pi'iiii déveliqipemcnt trop considérable de l'organe affecté , mais sans altération
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Jans la structure intime do cet organe; de telle sorte qu'isolément envisage, ce viscère est plus vigoureux, plus énergique et plus fortement constitué qu'avant son hypertrophie. Dès lors, en le considérant ainsi , l'organe hypertrophié n'est pas malade. 5Iais , en l'examinant dans l'ensemble, ses proportions exagérées détruisent l'harmonie fonctionnelle, en constituant ainsi une affection pathologique proportionnée à l'importance de ce viscère. Tous les organes pouvant éprouver cet excès de nutrition, il doit nécessairement en résulter un très-grand nombre d'altérations morbides qui n'ont aucun rapport essentiel avec l'inflammation , et que le novateur a complètement ignorées dans leur véritable théorie.
Si l'on veut une preuve de cette assertion , nous la trouverons dans tous les endroits de ses ouvrages où ces questions sont abordées seulement. iSous citerons ce qu'il dit à propos des hypertrophies du cœur, Catli. de la méd. phys., p. 298 :
« Tourmenté par toutes ces causes d'irritation , le tissu musculaire du cœur acquiert d'abord plus de force et d'énergie qu'à l'ordinaire; il est ce qu'on appelle hypertrophié; ensuite il se ramollit, perd son énergie et se dilate : il ne peut plus se contracter avec assez d'efQcacité pour entretenir la progression régulière du sang. »
Broussais conduit ici la maladie comme par un enchaînement ordinaire , inévitable de périodes successives , de l'hypertrophie à l'anévrisme. Rien n'est plus erroné, plus contraire à l'observation que cette manière de voir; puisque l'hypertrophie devient, au contraire , lorsqu'elle est réelle , un des obstacles organiques les [)lus prononcés au développement de l'anévrisme proprement dit.
Sous ce rapport encore, la médecine physiologique est donc essentiellement incomplète et fautive.
Quant aux atrophies, le réformateur n'en comprend nullement la véritable nature qui tient directement ix la diminution de l'activité nutritive, qu'il ne fautpoint confondre, comme nous le verrons, avec la perversion; aussi no prend-il pas même la peine de les signaler.
3UM EXAMEN CKlTiyiE