‹ Histoire de la révolution médicale du XIXe siècleChapitre 52 sur 64 · VICES, DIATHÈSES, CACHEXIES, ETC · texte numérisé non relu

VICES, DIATHÈSES, CACHEXIES, ETC

Le réformateur, n'admettant que deux modes généraux d'alléralion dans l'organisme , et regardant l'irritation comme principe générateur de toutes les maladies, ne pouvait se former aucune idée juste des altérations constitutionnelles désignées par les termes de vices, de dialhèses, de cachexies. L'observation seule, mais l'observation dégagée des illusions systématiques , aurait pu le conduire à la vérité. Nous en trouvons la preuve évidente dans le scorbut qu'il avait eu l'occasion de bien étudier dans ses voyages , et dont il attribue le développement , contrairement à ses principes, à une altération de la chimie vivanle, expression vicieuse (|u'i! emploie comme synonime à'élaborationuutritive.

Sans doute il ne faut pas voir dans les termes vices, diatlièses , cachexies, etc., l'expression d'une entité morbide agissant dans l'organisme à la manière d'un principe malfaisant pour y déterminer des altérations plus ou moins graves; mais seulement un élal substantiel des solides ou des humeurs plus ou moins éloigné de la cuiistilulion normale et saine, état produit, en dernier analyse, lanlùt |»ar des |)rincipes morbiliipies inlruduils dans les lluides circulatoires, tantôt par une perversion soutenue de la nutrition.

Ainsi, Broussais a proclamé l'une des plus importantes vérités palludogiques, en disant qu'il n'existait jamais, dans l'économie vivanle, d'entités maladives, sous les noms de vices, de diatlièses, etc., existant indéi»endamment des organes; mais il a jtlacé il côté de cette vérité la plus malérielle des erreurs en ajoutant (|ue : « ces vices, ces diathèscs, ces cachexies ne sont rien autre chose, à leur début ijuc le résultat d'une irritation locale....; cl, dans leur extension ii l'organisme , (|ue le produit de la répétition de l'inflammation à d'autres tissus par la voie des sympathies. » Il est impossible d'imaginer une tliéorie en même t('m|)s |dus fausse dans ses |)rincipes et plus déiilorable dans ses a|iplicalions. ÎNous le démontrerons par les faits, et de plus en opposant Broussais à Broussais lui-même.

Comme l'ont très-bien dit MM. Pariset et Villeneuve, Dict. des scicnc. méd., t. 0, p. 549 ;« L'étude des dialhèses est une chose utile sous le rapport de la nosologie , et fort importante sous celui de la médecine préservatrice et de la thérapeutique. » Aussi trouverons-nous celle du réformateur, tantôt nulle , tantôt essentiellement nuisible ; aussi toutes ses vues prophylactiques seront-elles courtes et sans aucune portée. Sous ce rapport, sa doctrine est tout ce que l'on pouvait inventer de plus défectueux.

Nous n'accorderons pas d'importance aux dialhèses laiteuses, bilieuses, pituiteuses, vermincuses, séreuses, nerveuses, etc. , des auteurs; nous ne confondrons pas avec les prédispositions à l'inflammation, à la gangrène, etc., les dialhèses inflammatoires, gangreneuses, etc., de quelques nosologistes ; ce serait abuser des choses et des mois ; mais nous maintiendrons dans la classe des dialhèses , en prenant ce terme dans l'acception que nous avons précisée : le scorbut, les scrofules , le rhumatisme, la goutte, les dartres, la teigne, le cancer, la syphilis, etc.; et nous verrons qu'en rattachant ces maladies à son agent pathologique exclusif, l'irritalion , Broussais n'a compris ni l'étiologie , ni la nature , ni le traitement de ces altérations.

1° Scorbut. — Il est impossible d'opposer plus manifestement le réformateur à sa doctrine que dans les considérations relatives au scorbut, et de voirie systématique plus positivement condamné par l'observateur.

En elTet, après avoir posé en principe que les vices , les dialhèses, les cachexies, etc., sont des entités chimériques, et que ces maladies ne sont autre chose qu'un produit, une répétition sympathique de l'irritation , Broussais ajoute relativement au scorbut :

« Il faut un vice particulier des capillaires sanguins qui les dispose à laisser couler le sang. Or, ce vice n'étant ni dans la faiblesse, ni dans l'engorgement, je ne vois plus en quoi le faire consister, si ce n'est dans le vice de l'assiinilation. J'attribuerais donc le scorbut au vice de la nutrition, k la mauvaise composition du sang. Je suis porté à penser que ce vice réside particulièrement

dans la fibrine cl dans la gùlalinc Les lissus d'un scorbnliquc

sont fragiles et peu tenaces dans les affinités de leur chimie vivante. . . Toutefois, ces tissus n'ont point perdu l'aptitude à contracter l'inflammation.»

Ainsi, pour le scorbut , le novateur admet un vice , il en précise le siège ; il reconnaît une altération nutritive dont il caractérise la nature lorsqu'il dit:

« Le scorbut est un état particulier des solides et des fluides produit par une assimilation imparfaite. »

Il reconnaît la dialbèsc scorbutique indépendamment de l'indamnialinn, puisqu'il ajoute: « Les lissus vivants, dont la forco d'adhésion et les ailinités chimiques sont diminuées, n'ont point perdu l'aptitude à contracter l'inflammation. »

Est-il possible, dans cette histoire particulière de l'une des dialhèses, de se mettre en opposition plus formelle avec le principe absolu qu'il avait posé relativement à la théorie générale de ces maladies, avec ceux qu'il va soutenir pour les autres altérations du nu"ime ordre. Où trouver la cause do cette étrange contradiction, si ce n'est dans la connaissance profonde qu'il avait prise du scorbut par iine observation sévère et judicieuse; tandis que les scrofules, la goutte, le rhumatisme, le cancer, la syphilis, etc., ne lui avaient apparu (ju'ii travers le prisme do ses illusions systématiques?

Si le réformateur avait ado])té, pour la théorie des autres dialhèses , les principes qu'il venait do consacrer pour celle du scorbut, et cette marche était la seule admissible et conséquente, il n'aurail pas été Irès-éloigné do la vérité. Mais bientôt au cou- Irairo le syslémati(pie reprend tout son ascendant sur l'observateur, il semble regretter, et craindre , pour sa doctrine , les concessions ((u'il a faites à révidencc des résultats cliniques, cl s'empresse d'ajouter :

« J'admets la possibilité de la complication des phlegmasies avec la débilité scorbutique , et la nécessité des anliphlogistiques , malgré cotte espèce do débilité , je ne saurais dès-lors être confondu avec les seclaleurs du Rrownisme. » Il n'en conseille jias moins les toniques et « les stnnulants actifs qui peuvent accélérer

la ;,'iiérisoii , » en nous donnant ainsi la prouve des conlradiclions incessantes produites par le combat inégal de sa vainc théorie , et de son génie d'observation.

2° Scrofules. — Broussais ne voit dans les scrofules « que des irritations des tissus extérieurs où prédomine la partie albuninouse du sang. » Il désigne ces irritations par le terme de subinllammatioiis. Il n'admet aucune dialhése scrofuleuse antérieure à la phlcgmasie locale , et lorsque la maladie se généralise , il regarde cet état comme un effet de la répétition de cette subinllammation dans les tissus lymphatiques.

Ailleurs il modiflc sa pensée et se met en contradiction avec luimême en admettant une diathèse antérieure à l'inflammation locale. 11 dit en effet, Calcch. de la méd. j)hys.,p. 111 :

« On rencontre les scrofules particulièrement chez les enfants les plus faibles et les moins sanguins ; » et, même page : « Les médecins de l'école physiologique appellent l'affection écrouelleuse snbinjlaminalion scrofulevae , pour la distinçiucr en même temps de l'inflammation proprement dite, des dartres et de la lèpre; » et )). 180 :

« C'est donc toujours l'irritabilité ou l' inflammabilité des tissus lymphatiques qui constitue la disposition ou diathèse scrofuleuse, et ce n'est point une humeur particulière acre ou corrompue. » Et p. 486 : « La disposition scrofuleuse une fois établie est susceptible, comme toutes les autres, de se transmettre par voie de génération; et, malgré les précautions hygiéniques les mieux entendues , elle persiste quelquefois pendant un certain

temps Mais si l'on s'opiniâlrait k soustraire tous les enfants de

ces familles aux causes qui la produisent , elle finirait par disparaître

entièrement Il est presque toujours possible de la détruire dans

le cours d'une ou de deux générations, surtout si, après avoir soigné l'éducation physique des enfants des scrofuleux , on a soin de les allier avec des familles saines. » Et;?. 181 : « Il est fort peu de familles nombreuses, surtout dans les grandes villes, où il no se trouve quelque scrofuleux. 11 suffit qu'un enfant ait été engendré

315 EXAMEN tfllTIQLE

par une femme qui concevrail trop lût dans une convalescence ou à la suite il'uno perle , pour que cet enfant naisse avec la diathèxc scrofulcusc. Et p. i88 : « Vous remarquerez d'abord que le traitement préservatif se déduit tout nalurelleuienl de la connaissance des causes. Élevez un enfant , pour qui vous redoutez cette maladie, à la campagne, dans un lieu sec, bien ventilé, bien éclaire, donnez-lui une nourrice vigoureuse, etc., etc. »

Voilà donc l'auteur du Cathvchismc de la médecine physiolo- (jiquc en opposition manifeste avec l'auteur des Trois Examens. Le premier reconnaiU \me diathése écrouellcuse antérieure à toute inflammation , et la fait consister dans l'itiflammahilité des tissus lympiiatiques. Il en admet la transmission héréditaire, la ténacité, la persistance; il prescrit les moyens hygiéniques destinés à la combattre avec avantage, et conseille, lorsque des subinflammations se manifestent dans les tissus affectés de cette diathése , de les traiter par les antiphlogisliques. Le second n'admet aucune diathése antérieure à l'inflammation locale, et cette diathése, lorsqu'elle s'établit , n'est autre chose que la répétition de la phlegmasie. Il ne conseille dés lors aucun traitement étranger à celui de la phlogose , et dit k cette occasion :

« Les scrofules commençantes à l'exlérieur du corps, sous quelque forme que ce soit, peuvent être enlevées par les sangsues a[ipliquées avec hardiesse : alors l'habitude organique scrofuleuse, qui n'est que la répétition de l'irritation par similitude de tissu , ne s'établit pas. »

Comme nous voulons être impartial et juste avant tout, nous dirons que, dans $a propos, c.ccxcviii, rejetée à l'arlicle Tmkha- PELTIOLE, le réformateur dit contradictoiremenl à celles qui précèdent : « La disposilinii ou diathése scrofuleuse , c'est-à-dire l'irri labilité supernormale dt's tissus à base gélatineuse non invétérée est détruite |tar l'air sec, chaud et lumineux, par l'exercice en plein air. >» Mans \c i" Examen , la même propos, portait seulement : « I.a disposition scrofuleuse. » Dans le 3", iiroussais se décide ;i pntiKMicfr !«• iniil dialliésc, et fait consister celle-ci dans l'excitnliihtr mipernormale des fissiis à hase ijélatineiisr. »

DE LA DOCTUIKE l'HYSIOLOUlOUE. 3<3

Au milieu de telles contradictions dans ses ouvrages différents, et dans les diverses éditions du même ouvrage, lequel des deux Brousmis devrons-nous préférer? Assurément le premier, bien qu'il soit encore loin do la vérité.

Tous les observateurs sont aujourd'hui d'accord sur la véritable nature des scrofules , et les principes que nous avons émis en 1818 n'ont pas éprouvé le plus léger changement dans la partie de la science qui repose sur les faits. iNous renverrons donc , pour les détails, au traité que nous avons public à cette époque sur la maladie scrofuleuse , et nous en citerons seulement quelques axiomes généraux en opposition à ceux du réformateur; laissant aux praticiens le soin de prononcer entre nous. Traité de la maladie scrofuleuse , p. 29 :

« Les scrofules , considérées dans leur état de simplicité, dégagées de toutes les complications qui peuvent en modifier la nature, ne sont autre chose qu'une disposition particulière de tous les solides organiques ; disposition que nous désignons par les termes de diathèse , de constitution scrofuleuse , n'attachant à ces expressions aucune autre signification. Cette constitution dépend d'une altération notable dans la nutrition; d'où résulte nécessairement un défaut d'élaboration vitale, d'animalisation , un véritable étiolement dans tous les tissus organiques; et p. 51 : «On peut définir la constitution strumeuse simple et sans maladie locale : un état d'imperfection dans l'élaboration et l'animalisation des tissus organiques, une sorte de crudité, d'étiolemenl dans leur substance, et spécialement dans les tissus blancs où se manifestent ordinairement les premiers et les principaux symptômes; » et^;. 74 :

« 11 est indispensable de bien distinguer chez un sujet scrofuleux la constitution strumeuse et les irritations ou inflammations locales du même nom. Sans cette distinction, il sera toujours impossible d'avoir des idées exactes sur le véritable caractère des scrofules et

sur le traitement qui leur convient Il ne faut voir dans les

maladies scrofuleuses locales qu'une irritation ou inflammation affectant une ou |)lusieurs parties des tissus lymphatiques chez un sujet écrouelleux, et prenant un caractère particulier que détermine

«314 EXAMEN CIUTIOIE

l'étal actuel des organes sous l'inQuenco de la conslilulion slrumeuse. »

Kous distinguons ensuite dans le traitement des scrofules celui qui peut les prcvcnir, celui de la diathèse simple , celui des inflammations locales, enfln celui des complications.

Nous regrettons que ces généralités ne nous permettent pas de plus grands développements sur une maladie mal comprise par le réformateur, et dont les principes qu'il a voulu fonder prouvent toute l'erreur, toute l'insuffisance, tous les graves inconvéniens de sa doctrine au point de vue de la théorie , et surtout à celui de la pratique.

3" Rachitisme. — Broussais tombe encore ici dans les mêmes erreurs pour cette maladie qui nous semlile naturellement rentrer dans les affections scrofuleuses , du moins dans le plus grand nombre des cas. Il dit, eu effet: « Lorsque le racliilisme succédo au scorbut, à la syphilis, il est souvent le produit de l'irritation. 11 l'est également quand il est primitif. »

Pou conséquent à son principe dans le Cathéchiamf' de la médecine phijxiologirjue, p. 191 , il dit : « Les toniques ne réussissent à ranimer la force assiniilatrice, et à concourir au raffermissement des os, qu'autant (|ue les viscères les supportent sans en être surirrilés. Mais nous avons pour le rachitisme (piolquos prati(|ues particulières qui nous sont communes avec les médecins de tous les temps, comme de faire coucher les malades sur des plantes aromatiques, d'exercer sur la peau des frictions avec un liniiiienl fortifiant, etc., etc. »

Si nous remontons à la nature inflammatoire du rachitisme établie d.ms Texamon et les axiomes fondamentaux de la doctrine physiologique , nous trouverons la morale du Catéchisme do ccllo doctrine un peu relAcliéc.

4" nvuTHEs, TEi(;\K, otc. — Le novateur les regarde comme de simples iunanimalions du tissu cutané, sans aucun caractère particulier, et surtout sans diallièse antérieure à l'irrilalion locale, l'our

établir ce principe, en désaccord avec les faits, il admet la plus étrange des ôtiologios , Cath. de la méd. plnjs.,p. 168 :

« Un homme apprend la nouvelle do la mort de son ami , il ressent une vive douleur à la joue : il y porte la main , une dartre déjà suppurante s'y est déclarée. »

A part la singularité de l'hypothèso , il est difficile de mieux prouver l'existence d'une diathèse , ou , si Broussais le préfère , d'une bien remarquable prédisposition dartreuse; et p. 4G9 :

« Un autre, en prenant un bain dans la rivière , expose son dos aux rayons du soleil ; il y sent de l'ardeur. On lui déclare qu'il a contracté cette espèce d'érysipèle qu'on appelle coup de soleil. Au bout de quelques jours , l'inflammalion a diminué , il lui reste une dartre bien caractérisée. Un troisième éprouve une perte abondante de sang par le nez ou par les hémorroïdes ; on supprime cet écoulement, le lendemain il est couvert de dartres. »

Dans tout cela , le réformateur ne voit « qu'une déviation du sang occasionnée par l'irritation ; » et , pour lui , le traitement doit consister «dans les saignées locales, les émollienls à l'extérieur, les rafraîchissants à l'intérieur. » Il admet cependant les stimulants, surtout les sulfureux et les révulsifs, lorsqu'il n'existe plus qu'une irritation subinflammatoire.

Lorsque les dartres sont à l'état inflammatoire , les topiques émoUients sont provisoirement avantageux , et, sous ce rapport, le conseil donné par Broussais trouve son application; mais, sous le point de vue de la théorie des dartres, de la teigne , et du traitement radicalement curatif de ces maladies , la doctrine physiologique est encore insuflisante et presque toujours erronée.

5° Rhumatisaie. — Le réformateur considère le rhumatisme « comme une inflammation des systèmes fibreux et synovial produite par les vicissitudes du chaud et du froid , » et conseille pour traitement les émoUients et les émissions sanguines. Assurément nous n'admettrons pas, avec certains auteurs, une entité, une humeur rhumatismale se portant d'une partie sur une autre ; mais, rejeter complètement la diathèse rhumatismale comme disposition

31G EXAMEN IRITIOI E

individuelle, ne voir dans les inflammations de cet ordre qu'une simple plilefimasie absolument identique à celle que produirait , fiiez tous les sujets, une contusion, une entorse dans les synoviales ot les ligamens, nous paraît un autre extrcme. également éloigné de la vérité, repoussé par l'expérience, et ])eu favorable à la lliérapeutique rationnelle de ces altérations.

6° Goutte. — La théorie que Rroussais adopte pour cette maladie nous semble encore plus fautive que celle qu'il veut établir pour le rhumati.sme. Il commence par trouver entre l'artliritis ordinaire et la goutte une dillérence, mais qui lient seulement « à l'âge ou à l'idiosyncrasie des sujets. Celte forme de phlegmasie est souvent

compliquée de gastro-entérile chronique Passant à l'élal de

subinflammation , elle produit les nodus. »

Il tranche la question, Cntli. de la mvd. pbys., lorsqu'il dil : « Les inflammations articulaires que l'on appelle goutte peuvent se déclarer rlic: tous les tempéraments par la seule inlluence du froid. » D'après lui , « les dialhèse et cacochymie goutteuses sont des sympathies de l'estomac, de l'encéphale, etc., qui se sont accrues cl transformées en phlegmasies; » et Cath., p. 1H5 :

« Les accidents de la goutte sont des irritations des viscères tout à fait semblables à celles qui ne dépendent pas de la goutte. » Et lorsipie le pauvre savant, tout étourdi de ce qu'il vient d'enlcndre, demande au jeune médecin, lor. cil., p. 154 : « Voulez-vous donc que l'on poursuive la goutte par les sangsues dans tous les lieux où elle se réfugie? Celui-ci lui répond avec une suflisance peu commune : «Oui , monsieur, nous voulons cela; el nous le faisons avec succès tous les jours de notre vie. »

Après avoir décrit toutes les calamités attachées à la goutte, le jeune médecin cfmtinue, /or. ril., /i. 1HH : «Voilà sans doute bien des maux; mais que supposent-ils ÎQu'on na point arrêté les progrès (l'une inllammalion qui a commencé par les plus petites extrémités du corps. » Et, comme si llroussais eût voulu, dans un suji'l qui d(!vait être, sérieux, rasscudder un certain nombre de facéties, il lermine par cette pointe (lu'il apcul-èlrc cruclrès-ingéniuusc :

DE I..V DOCTRINE PHYSIOLOGIQLE. 317

« Dire que la goutlo s'est portée dans le cerveau , quand la manie survient à la suite d'une phlegmasie articulaire, c'est comme si l'on disait que la manie s'est portée dans le gros orteil lorsque la goutte remplace un accès de délire. »

Nous ne possédons pas encore dans la science des notions bien exactes sur l'éliologie , sur la théorie , sur le traitement de la goutte ; mais assurément la doctrine du réformateur n'est pas celle que l'expérience pourrait faire adopter. Il est, au contraire, prouvé par les faits que les accès de goutte ne peuvent point être assimilés il des phlegmasies ordinaires ; que la production des tophus ne pourra jamais s'expliquer par une simple irritation, enfin qu'il t'xisle une diallièse goutteuse , et que le traitement de cette maladie ne doit point rentrer exclusivement dans celui de l'inflammation.

7° Cancer. — Broussais pense que le cancer est une maladie toujours locale dans son principe, et que l'irritation des tissus affectés en est la cause essentielle. Pour lui, la diallièse cancéreuse n'existe pas, à moins que l'on ne considère ainsi la répétition de l'inflammation dans les autres systèmes organiques. Il dit positivement :

« Toutes les inflammations et subinflammations peuvent produire

le cancer Les tissus squirrheux et encéplialoïde sont toujours

le résultat des engorgements déterminés par les irritations chroniques L'inflammation du cancer extérieur se répète par

sympathie dans les principaux viscères. » Il dit plus explicitement encore, Cath. de la méd.phys.,]). 545 :

« Le cancer est toujours le produit d'une phlegmasie ou d'une subinflammation chronique occasionnée par les causes ordinaires de ces maladies: telles sont les violences extérieures, coups, chutes, etc. Puis il ajoute , p. 346 : « Il résulte de cette théorie , entièrement fondée sur les faits les mieux observés, que si les médecins savent enlever par les saignées locales , la diète et les révulsifs, les inflammations du sein, de l'utérus, de la face, des organes sexuels, etc., avant (pi'elles aient produit des engorgements lymphatiques très-endurcis, le cancer serajirévenu. »

318 EXAMEN CniTIOl'E

Voulanl bien a|)i)ri''cior la nature des faits sur lesquels reposent les garanties d'une Ihérapcutiquc aussi consolante, aussi merveilleuse , nous avons consulté le premier volume des A)inales de la médecine physioloffiquc, où se trouvent consignés les principaux de ces faits dans un mémoire sur le cancer , par M. Treille.

Les six observations rapportées ont tmites pour sujets des femmes ; les maladies guéries par l'application des sangsues , les cataplasmes émollients et narcotiques, le régime antiphlogistique, étaient des tumeurs dures produites par des contusions du sein , par la répercussion d'une dartre pendant l'allaitement, sans cause connue, cliez l'un des sujets qui était épileptique ; et dès lors, comme le remarque judicieusement M. Treille , exposé à des chutes pendant ses accès. Or, nous avons aussi guéri un grand nombre d'indurations de ce genre par les petites saignées capillaires locales souvent répétées, par les cataplasmes narcotiques employés pendant longtemps; moyens trop négligés, même de nos jours , et dont la médecine ])liysiologiquc a bien fait sentir et bien établi la nécessité , les avantages et les succès ; mais nous le dirons avec conscience et la plus profonde conviction, nous n'avons pas la l»rétention d'avoir guéri un seul cancer.

Les chirurgiens le savent, d'un autre côté, nous l'avons également appris par expérience : les tumeurs cancéreuses (pie l'on enlève avec succès par une opération sont précisément celles qui ont apparu comme les indurations dont parle M. Treille; tandis que les cancers développés sans cause locale , avec les caractères de la diathèse générale , chez le sujet affecté, récidivent presque toujours après l'opération la mieux faite, soit dans le môme lieu, soit dans une autre jiartie; à tel point que les praticiens ex]térimenlés et prudents refusent de conq)romettre l'art en i)areillo occasion , et se bornent au traitement |)alliatif.

l)'a|)rès la théorie de Hroussais, il sullirait d'excorier souvent et pondant longtem|)S un bouton de la face pour produire un ulcère cancroïde. Or, nous avons vu des sujets se livrer à celle habitude , pendant dos années , sans amener ce fâcheux résultat, alors que

chez d'autres il est survenu, dans un temps assez court, et sans d'aussi vives et d'aussi fréquentes provocations.

Si donc nous considérons la nature des tissus véritablement sqiiirrheux ou encéphuloiile; leur développement, souvent sans cause appréciable ; les caractères particuliers et distinctifs de la dialhèse cancéreuse ; l'impuissance de l'art à guérir cette altération ainsi bien caractérisée ; la récidive à peu près certaine de la maladie locale après son ablation dans ces fâcheuses dispositions , il nous paraîtra bien dillicile de ne pas admettre la diathèse cancéreuse comme disposition vicieuse de l'organisme; de ne pas l'attribuer, ainsi que la formation des tissus anormaux qui l'accompagnent, à l'un des modes particuliers de la perversion nutritive; de ne pas en tirer cette conclusion : dans une altération pathologique si grave , la doctrine du réformateur est encore insuffisante , erronée sous le point de vue de la théorie comme sous celui de la pratique. Voyez, pour preuves, les ouvrages de SIM. Maréchal, Bégin , Goupil , etc., sur le cancer.

8" Syphilis. — Bien que dans la syphilis il y ait plus qu'un vice, et que l'on y trouve un principe capable de transmettre la maladie par inoculation , nous rapportons cependant cette altération à la classe dont nous traitons actuellement, parce qu'elle est susceptible de se présenter à l'état de diathèse.

Broussais ne voit dans la syphilis « qu'une série de phénomènes d'irritation; » et, d'après lui, « le médecin physiologiste doit se borner à étudier les formes, les degrés de ce phénomène, et à noter les modificateurs qu'il peut leur opposer. » Il dit encore : « La syphilis est une irritation qui affecte l'extérieur du corps ; on prévient sa répétition, qui forme la diathèse, en l'attaquant par des sangsues abondantes.» Il ajoute « que les mercuriaux appliqués localement aux irritations syphilitiques intenses les exaspèrent toujours. » Ce principe exclusif est contraire à l'expérience, puisqu'elle a fait regarder le mercure comme la pierre de touche des maladies syphilitiques extérieures.

Enfin la puissance de l'obscrv;ition arrache encore à la théorie

:î2(> EXAMEN CRlTlyiE

sysk'nuitiqiic un de ces aveux (|ui prouveul limle riiisuflisaïue de sadoclriiie, lorsqu'il fait ce pénible aveu : « L'irrilaliou sypliililique invélérée cède aux anliplilogisliques ; mais , comme celle cure est pénible, on préfère le mercure et les sudorificjues. » Du reste, il ne voit dans l'action de ces derniers moyens « qu'une influence révulsive sur les capillaires dépuraleurs. >»

Ksl-il possible d'émellre des idées plus contraires à l'Dbservation, de compromettre plus sérieusement une doctrine, et de la défendre avec moins d'avantages. Ne sulfit-il pas d'étudier les caractères de rinflaninialion syphilitique , la nature , l'aspect des ulcères et des autres formes d'altération locale qu'elle produit, la couleur, la nature du pus qu'elle donne, la vertu conlaL'ieuse de ce dernier, etc., pour acquérir la conviction (jue cette plilejimasle diiïère de rinflaninialion ordinaire.

iN'e sullil-il pas d'examiner la manière dont s'établit la généralisation de celte maladie, les caractères fondamentaux qu'elle présente, les nombreuses modilicalions qu'elle peut ofl'rir, le succès des niercuriaux dans le traitenieni de celle airection morbide, pour sentir aussitôt (ju'il existe une diathèse vénérienne , qu'elle n'esl pas la simple répétition d'une irritation commune , et qu'il se trouve dans cet état constitutionnel quelque chose de spécial, une dis|)osition particulière que le mercure guérit autrement (|ue i< par une sinq)le dérivation sur les ca|iillaires dépuraleurs. »

Si nous ajoutions à ces considéiatiDUs les faits nombreux (pii prouvent les conséquences funestes du traitement de la syphilis invétérée par les simples anliphlogisli(|ues , et les désordres organiques, alors entraînés par une gnérison apparente et seulement palliative , on sentirait non-seulement rinsuflisancc de la médecine dite physioli)gi(iue dans la théorie, dans le traitement des alTeclions vénériennes constitutionnelles, mais encore les clTels nieurlriers de son application par la fausse conliauce (ju'elle inspire.

Ceux (pii veulent observer cl réfléchir, trouveront (pie les fails t'I rexjiérience parlent ici Imp cliiiri'iiii'nl pour avdir besdiii d'iiii plus nnqde connuenlaire.

nE I.A DOCTRINE PHYSlOLOr.lQLE. 321

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