VIRUS, VENINS, POISONS, MIASMES DÉLÉTÈRES, ETC
Dans toutes les maladies produites par les virus, les venins, les poisons et les miasmes délétères, Broussais ne tient aucun compte de l'agent particulier qui les détermine. Pour lui , point de cause spéciale; tout se réduit aux phénomènes de l'irritation, pour la théorie comme pour la pratique , et le plus souvent aux conditions d'une phlegmasie de la muqueuse digestive , qu'il faut traiter à peu près comme une gastro-entérite ordinaire.
Il est déjà facile de comprendre l'erreur capitale d'un semblable principe, et de prévoir tout ce qu'une doctrine aussi exclusive, aussi incomplète, va laisser à désirer sous le rapport de l'étiologie, du diagnostic et de la thérapeutique. Nous trouvons, du reste, dans le Catéch. de la méd. phys.,p. 585, un passage dont la simple citation suffira pour faire apprécier le système de Broussais à sa juste valeur sous le point de vue de toutes les maladies produites par des agents particuliers :
« Ce sont les transports ou propagations de l'irritation qui ont fait croire à des virus, k des humeurs mobiles , qui se promènent dans le corps et se jettent, comme on s'exprime vulgairement, d'une partie sur une autre. Mais les humeurs ne sont pas des êtres vivants, elles n'ont aucun principe d'action , aucune volonté ; elles ne sont par conséquent susceptibles d'aucun caprice , et ne sont portées que là où l'irritation les appelle. »
« D'ailleurs ces humeurs sont engendrées par les tissus irrités ou enflammés; elles ne comercenl point, quand elles sont rentrées dans le sang, les caractères qu'elles avaient dans la partie qui les produisait; aussitôt résorbées, elles sont décomposées et éliminées ; il est dès lors bien chimérique de se les figurer voyageant à travers les tissus, nageant au milieu du sang qui est renfermé dans une foule de tuyaux étroits, sans éprouver d'altération, comme une bande d'insectes ou de poissons qui traversent l'air ou les eaux jiour s'aller précipiter de concert sur un lieu de prédilection. Abandonnez toutes ces fausses théories, enfantées par l'imaainatinn
dans les siècles {l'ignoranco ol de barbarie , el ne voyez autre chose , dans le transport ou l'extension d'une alleclidn (luelconque, que le transport ou l'extension de l'irrilaliuM morbide. »
ÎS'ous ferons volontiers grâce à la vulgarité do la forme de celte citation , à la prétention qu'elle accuse de vouloir combattre des erreurs qui depuis longtemps ont été bannies du domaine de la science ; mais il nous est impossible d'avoir la même indulgence pour les hérésies pathologiques dont elle est remplie.
Telle est aussi l'opinion des physiologistes et des médecins les plus distingués. 51. Bérard s'exprime ainsi à cette occasion, Eloye historique :
« Quoi ! l'insertion de quelques atomes de virus-vaccin sous mon épidémie va me garantir à tout jamais de la variole, ce fléau des siècles précédents, et je ne verrai là qu'une modification ipiaiititative! L'animal hydrophobc qui a transmis à un autre animal ou à l'homme la maladie mortelle dont il est atteint, n'a-t-il rien mis de spécifique dans la blessure que ses mâchoires ont produite? Nierat-on la spécificité dans la contagion de la syiihilis, de la rougeole, de la scarlatine, delà pustule maligne? Certaines afferlinns do nature évidemment inflammatoire semblent l'Ilos-mèmes revélir un caractère spécial ; ce n'est pas l'excès d'inflammation qui cause l'exsudation pseudo-membraneuse dans la diphthérite et le croup ; el, pour un grand nombre de médecins, les caractères du rhumatisme articulaire et de la goutte ne se tirent pas seulement du tissu (|ue la phlogose a envahi. »
Ce n'est pas sans étonnemcnt que nous voyons un médecin aussi éminent que liroussais rester complétemenl étranger aux travaux si remarquables de J. Ilnnter, de Travers, de llodgson , d'Abernethy, do Meckel, do Longuet, de Récamier, de Dreschet, de Villermé, de Ribes, de Dance, de Velpeau , etc., sur la phlébite, sur la véritable théorie des résor|ilions, des infections purulentes, ouvrages qui jetèrent le plus grand jour sur cette inqMirlanle (jucstion do médecine humorale mal jugée par les anciens, absolument ignorée par le réformateur lor.scpi'il dit :
« Ouo CCS humeurs no comcrvenl point , lorsqu'elles sont
rentrées clans le sang, les caractères qu'elles avaient clans la partie qui les produisait, et qu'aussitôt résorbées, elles sont décomposées et étiminées.yy^ous renvoyons aux écrits des auteurs que nous avons cités, aux expériences des physiologistes modernes sur les résorptions, à l'observation journalière des maladies produites par l'infection des humours, pour démontrer ici, d'une manière générale , toute l'erreur et toute la nullité de la doctrine dite physiologique. Passons aux applications particulières.
1° Virus. — Nous n'admettrons pas, avec les anciens, des virus pour la lèpre, la teigne, l'éléphantiasis, les dartres, lapliriuc, les scrofules, le rachitisme, la rougeole, la scarlatine, la goutte, le rhumatisme , le typhus, la fièvre jaune, etc. Nous ne chercherons pas même à savoir si, comme l'assure Le Cat, les virus, et même le syphilitique , peuvent naître spontanément ; ou si , au contraire, comme le soutient M. Nacquart, aucun d'eux ne présente jamais cette origine. Des considérations de cette nature ne doivent pas rentrer dans notre sujet ; nous nous arrêterons aux faits évidents.
Or, pour nous , un principe morbide ne mérite le nom de virus qu'autant qu'il se communique par contact , par inoculation , et qu'il produit dans l'organisme cjui le reçoit la maladie présentée par l'organisme qui le fournit. La syphilis, la variole, la vaccine, etc., sont évidemment transmissiblcs par cette voie; dès lors, pour nous, l'existence des virus vénérien, varioUque, vaccin, etc., est mise hors de toute contestation. Lorsqu'ils auront été portés sous l'épiderme du bras , par exemple , et qu'ils iront produire au loin leurs effets dans tout l'organisme, que Broussais vienne dire que ces virus « n'ont pas infecté les humeurs, qu'ils ont été décomposés, éliminés immédiatement après leur absorption , que les phlegmasies qu'ils produisent ne sont que de simples inflammations sans diathèse antérieure à leur apparition, etc., etc.
Nous lui retournerons alors cette application qu'il a si souvent faite aux médecins moins exclusifs que lui : « Oculos hahet et non vide t. »
321 KXAMKN < RirigiE.
2" Vemns, — En suivmil sou idée lixe, le réformateur allribue la trangrèno qui survient « après les piqûres et les morsures des animaux venimeux seulement à la vivacité de l'irrilation, et d'après la théorie générale de celte fâcheuse terminaison. » N'estce pas encore méconnaître ici l'influence particulière de la cause morbilique sur la partie qu'elle affecte directement, et sur tout l'organisme (ju'elle envahit par voie d'infection générale.
3° Poisons. — Broussais ne voit dans leurs effets que « le développement pur et simple d'une gastro-entérite, lors toutefois qu'ils ne sont pas assez puissants pour occasionner subitement la mort. » Il admet encore cette opinion exclusive « lors même que ces poisons se trouvent injectés dans les vaisseaux.» Il est diflîcile de ramènera des conditions plus exigués riiisloire de ces nombreux agents , et de leurs effets sur l'homme ; de méconnaître plus ostensiblement les premiers principes de toxicologie , et de frapper la médecine physiologique d'une plus déplorable insuffisance.
4" Miasmes délétkkes. — Le réformateur met encore ici dans toute leur évidence la faiblesse et les contradictions de sa doctrine. En effet, après avoir dit que « les typhus sont des gastro-entérites par empoisonnement miasmatique, »il ajoute, Caléch. drla nird. phtjs., p. 43, en parlant de ces maladies, de la peste, de la fièvre jaune et même du choléra : « Nous y voyons la gastro-entérite pour phénomène fondamental; le reste n'est qu'accessoire.» Il prétend cpic les miasmes délétères ne sont point la cause qui compromet la vie , et (juc l'économie ne fait aucun effort conservateur pour leur élimination; et continue, ji. (Il : « Ce qui dérange l'ordre des fonctions, c'est l'inllammation cpie produisent les miasmes chez ceux qui ne sont point habitués à les supixuter. ('e qui tompromet la vie de ces malades, c'est donc aussi rinllammalion. »
Ainsi , Broussais admet d'abord un emi>oisonncmenl miasmatique dans les typhus, la fièvre jaune, la pe.ste , le choléra etc. Ce qui jiaraît jusqu'à présent conforme aux données de l'observation ,
DK LA UOllTIU.NE l'IlVSlOLUUlylK. 3^5
mais retombant anssilôt dans son exclusion systématique , les dangers positifs de cet empoisonnement disparaissent à ses yeux , il ne voit plus dès-lors que ceux de l'inflainmalion et surtout de la gastro-entérite ; et, ce qui devient beaucoup plus grave, son traitement se trouve en conséquence basé sur cette hallucination théorique.
Aussi malgré toute son ailmiration le savant du catéchisme ne peut-il retenir cet aveu que lui arrache l'indiscrète impulsion du bon sens : Inc. cit. , p. 60 : « J'aime à vous voir traiter les grandes questions d'hygiène , de statistique médicale , et y porter une discussion vraiment philosophique ; mais je trouve que vous retombez dans l'exclusisme , et que vos vues se rapetissent prodigieusement, lorsque je vous entends dire que vous n'avez que des mngsîies et de l'eau claire à opposer à la fièvre jaune et à la
peste Des saignées et de l'eau, toujours de l'eau! — Votre
médecine est bien pauvre ! convenez-en : elle est presque toujours négative. »
Broussais était au moins imprudent en écrivant ce passage ; il croyait plaisanter , faire de l'ironie ; nous craignons beaucoup , au contraire , qu'un grand nombre de lecteurs n'aient pris au sérieux ce jugement bien remarquable sous la plume du novateur. Il est même tellement étrange que l'on pourrait y supposer un moment d'aberration , si le passage suivant ne mettait dans tout son jour et la théorie et la pratique de Broussais relativement aux altérations qui nous occupent. Il dit en effet: loc. cit., p. 69 :
« Nos conclusions sont faciles : puisque la présence des miasmes dans l'économie ne fournit aucune indication particulière le traitement des fièvres produites par les foyers d'infection est celui de l'inflammation en général ; et puisque la phlegmasie a son siège dans les organes digestifs ce traitement est analogue à celui des gastrites et des gastro-entérites provoquées par toute autre cause que par les miasmes putrides. » De tels principes n'ont pas besoin d'une sérieuse réfutation.
Le réformateur se faisait donc une bien grande illusion , ou croyait ses lecteurs pour le moins aussi crédules que son savant
32t) EXAMEN ClUTiytE
du caléchisinc lorsqu'il écrivait: loc. cit., p. 64 , en parlant des ravages du choléra indien dans la ville de Calcutta : « Les malades que l'on a traités par les imlAiils oui presque ious péri. La saignée et les boissons émollientes, onl sauvé, en quelques heures, tous ceux qui ont été assez heureux pour recevoir ces secours au moment du débul. »
Nous ne ferons qu'une simple réllexioii relativement à cette miraculeuse influence des boissons émollientes et do la saignée dans le traitement du choléra indien , entre les mains de M. Gravier à Calculla : c'est qu'il est bien étonnant alors , et surtout bien regrettable que cette panacée universelle , la saignée et les boissons émollientes , n'aient pas produit d'aussi merveilleux résultais entre les mains de son inventeur , de Broussais lui-même , à Paris, sousnos yeux, dans les deux invasions successives de ce terrible fléau : c'est alors que la médecine physiologique et son auteur eussent remplacé la fable par l'histoire, les vaines suppositions par la réalité des faits, en méritant la gratitude et la coniiaace du monde entier.
Broussais et sa doctrine ont-ils rien fait de semblable ? Nous en appelons à la conscience , à la véracité de leurs plus zélés partisan ts.
Nous n'aborderons pas ici les discussions interminables de la contagion et do l'infection d'après l'expression do Devèzo ; et surtout la grande, l'importante question d'hygiène publique relalative au degré d'utilité des quarantaines et des cordons sanitaires, nous serions obligé de recourir encore en partie au raisonnement cl le temps n'est jtas éloigné , nous l'espérons du moins , où celte (picslion se trouvera définitivement jugée par les faits.
Déjà, M. Nacciuarl, Dict. des Sclen. Méd. t. 33 , p. 353, a sagement posé les bases de celle solution lorsqu'il dit ;
« Cherchant à assigner à chacune des expressions contagion , infection, épidémie un sens positif et rigoureux , j'ai dit que la roiiliiginn due au contact immédiat on médiat avait pour agent de Iransmissiitn un virus; (jne dans /'/h/}t//om, la coniniunicalion su faisait par l'atmosphéK; qui transportail les miasmes, les
émanations ptitridcs ou les ejJJuvcs, et enfin que les vpidémics reconnaissaient pour agents seulement la rapidité et l'élencluc des changements que l'atmosphère éprouve dans ses qualités ou
modes Les miasmes sont les exhalaisons qui s'élèvent du corps
de l'homme malade cette émanation est abondante surtout dans
les maladies nommées ;^M/^^f/e's dans l'entassement des hommes, le local étant étroit, mal aéré la chaleur et surtout
l'humidité sont favorables à la transmission de ces miasmes
ils peuvent adhérer pendant quelques temps aux corps solides
inappréciables par nos moyens physiques et chimiques , ils peuvent souvent être reconnus par l'odorat.... les maladies qu'ils produisent ont toutes une tendance à la prostration des forces La
désinfection par les courants d'air ou l'action des agents chimiques
ap|)ropriés est le meilleur moyen d'en prévenir les effets il ne
faut pas les confondre avec les émanations putrides que fournissent les matières animales en décomposition ; avec les effluves qui naissent des marais , avec les virus qui ont des caractères spécifiques. »
Comme l'a très-bien fait observer 51. Nacquart, les miasmes ont une action débilitante qui semble porter directement sur le principe de la vie , en donnant aux maladies qu'ils produisent, un caractère d'ébriété, de découragement et de prostration remarquable dès son début, et par conséquent étranger à la violence de l'inflammation qui peut ultérieurement se développer.
C'est cette espèce d'empoisonnement qui vient compliquer toutes les autres altérations morbifiques et rend beaucoup plus graves et plus dangereuses les suites des opérations majeures dans les grands hôpitaux , dans les prisons , etc. , et ne doit pas faire adopter les mesures sanitaires des cordons et des quarantaines, sans que l'on ait préalablement bien apprécié les dangers relatifs de la jiropagation des miasmes et de l'entassement des individus au milieu même du foyer de leur production ou du lieu de leur conservation prolongée. C'est une des plus grandes questions d'hygiène publique dont on obtiendra diCûcilement la solution absolue.
3iS EXAMEN (.KlTiyUE
Ainsi , Broussais en rapportant les effets et les dangers des influences miasmatiques à la seule inflammation qu'ils peuvent occasionner, en attribuant radynamie qui se manifeste alors , exclusivement à la concentration de cette jildefrmasic sur les viscères intérieurs, en regardant les typhus, la fièvre jaune, la peste, le choléra épidémique , et toutes les maladies de cet ordre comme des gastro-entérites ordinaires, en prescrivant, comme il le dil luimême, pour tout traitement , dans ces graves altérations, « des saur/sucs et de l'eau claire» a rendu sa doctrine étroite, mesquine, fausse , incapable de s'élever à ces grandes et profondes considérations d'hygiène publique ; à ces applications préservatrices bien entendues el si impérieusement réclamées par les ravages de ces fléaux destructeurs.
9' LESIONS ET PRUUUCTIONS UllGANIOUES.
L'analomic [lathologique est une des branches de la médecine dont la doctrine de Broussais a surtout favorisé le dévcloppemenl. r.K |i;iniiie de ces contradictions assez ordinaires chez les sysléinali(pi('s, les observateurs qui, dans leurs écrits ont le ]dus a|iprofoiidi celle spécialité, sont précisément ceux (pie le réformalenr a le plus vivement attaqués et poursuivis sous le litre de falalislrs.
Sans doute, il est difficile d'admettre avec plusieurs de ces derniers que la plupart des lésions organiques soient des maladies innées , héréditaires avec leurs conditions déterminées , inhérentes à la constitution , et n'attendant qu'une circonstance occasionnelle pour éclater. Mais n'est-il pas bien plus inadmissible encore de regarder, avec Broussais, toutes les lésions el toutes les productions organiques si différentes par leur nature et par les accidents qui les accompagnent , comme le résultat d'une cause unique , d'un |)rinci|ie invariable et commun : de rinllammalion?
>''esl-il pas évident au contraire que là où se trouvent des altérations dans la nature nn'ine du tissu , ipie liitii'i se manifestenl des lissus coinpièlemeiit éliaiigeis à l'étal jdiysiologique , là , par un«
DE LA DOCTItlNE PHYSlOLOGKJLIi. 329
conséquence nécessaire , doit se trouver une lésion fonctionnelle autre qu'une simple altération quantitative , une irritation ou une inflammation; que là au contraire doit exister une altération de qualité, une véritable perversion dans l'élaboration nutritive?
C'est l'opinion de M. Andral et de tous les anatomo-pathologistes qui sont profondément initiés à la connaissance des lois de l'organisme vivant.
Le réformateur , comme nous l'avons prouvé , n'a point admis la perversion dans le nombre des principes générateurs des allérations pathologiques ; sa théorie sur toute la classe des maladies qui nous occupe , devait être fausse et complètement illusoire au point de vue de la science et de l'art.
Si les principes de sa doctrine sont erronés relativement à l'origine des lésions organiques lorsqu'il dit : « La connaissance qui constitue l'étiologie de ces altérations de texture nous les fait voir tellement dépendantes des divers modes d'irritation organique qu'elles font partie intégrante de l'histoire de l'inflammation ; » les prétentions de la médecine physiologique ne deviennent-elles pas entièrement illusoires lorsqu'il ajoute :
« Depuis que j'ai contracté l'habitude d'éteindre complètement l'irritation dès son début, je n'observe plus ces dégénérescences que chez les personnes cjui ont négligé les moyens de guérison dans le principe , ou qui se sont procuré des rechutes fréquentes et multipliées. »
Ainsi Broussais a l'assurance de pouvoir prévenir les tubercules, le cancer, les ossifications, etc. !... Nous le croyons trop bon observateur et trop véridique pour penser qu'il prétend établir ce principe sur des faits , nous ne voulons trouver ici qu'un axiome admis apriori. Voyons comment il va justifier cette admission.
1° Tubercules, PHinisrE. — Pour le réformateur, « les tubercules sont toujours le résultat d'une irritation organi(pu' produite
par des causes communes à toutes les inflammations ils sont
identiques partout ceux du mésentère et des poumons sont
provoqués par l'innamniation chronique de la nuiqueuse intestinale
'330 EXAMEN CItITlyLE
ol bronchique... La phtlusic n'est point une maladie spéciale, mais un simple résultat de rinflammalion. »
Il confond évidemment avec celle maladie la pleurésie , la pneumonie et le calarrhe chronique, puisqu'il ajoute : « Le mol phlhisie pulmonaire n'exprimant que la désorganisation qui est le produit de la phlegmasic du parenchyme pulmonaire, ne saurait être appliqué à celle phlegmasie; il vaut mieux la nommer pneumonie chronique , en spécifiant par lequel des tissus du viscère clic a commencé, »
On comprend dés lors celle prélenlion dont il se glorifie de prévenir cl mémo de guérir la phlhisie. Lorsque le savant du Catéchisme dit au jeune médecin , p. 84 :
« Vous attribuez donc la formation des tubercules à l'indammation? celui-ci lui répond sans hésiter : « Oui, monsieur, et nous en fcmrnissons la preuve en prévenant leur formation chez les personnes qui y sont le plus disposées, par la guérison complète de leurs péri[iiieuiiionies, do leurs pleurésies, de leurs rhumes. »
Ici la justesse de la logique du réformateur est à peu près au niveau de la réalité de ses prétentions. Il ajoute, loc. cit., p. 86, toujours à propos do la phlhisie pulmonaire :
« Sa guérison est Irés-diffîcile, cependant on l'olitient quelquefois.» IS'ous partageons l'opinion de M. Bérard lorsqu'il dit à cette occasion , Eloyc historirjuc : « On serait heureux de croire à cette étiologic des tubercules pulmonaires.»
Mais rien n'est plus fâcheux que les illusions en médecine, et celle du novateur est complète relativement à la nature des tubercules, de la jihlhisie pulmonaire, à la prétention de les prévenir toujours, et surtout de les guérir lorsque U'ur développement est complet.
Il suffit en effet d'observer sans prévention , pour se convaincre qu'il existe une dialhèse qui prédispose à la phlhisie , que celle dialhèse offre la plus grande analogie avec la conslilution scrofu- Ii.'use , si mémo elles no sont pas identiques dans un grand nombre de rircdiislanccs; ipjc les sujets ainsi disposés n'ont besoin (pie d'une cause dutermiiianlc , même légère, |»our éprouver toute la
DE LA DOCTKINE PHYSIOLOGIUUE. 331
série des accidents nommés carreau , phthisie pulmonaire, etc.; enfln que, dans les grandes villes surtout, il est bien difficile de garantir les sujets ainsi affectés de l'invasion de ces funestes maladies, et, disons-le franchement, plus difficile encore, pour ne pas dire impossible , de guérir ces altérations lorsqu'elles sont bien caractérisées.
N'est-il pas encore démontré que la formation des tubercules , provoquée sans doute par l'innamniation , est le résultat d'une perversion nutritive? Un aveu échappé au novateur semble démontrer qu'intérieurement, et comme observateur, il n'était pas éloigné de cette opinion lorsqu'il dit :
« Gendrin avance que les tubercules peuvent être le produit de l'inflammation soit du parenchyme, soit des bronches; mais qu'ils peuvent aussi être sécrétés sans que l'aifjuillon inflammatoire en soil la cause déterminante. On sait que nous avons admis cette dernière possibilité , mais en établissant que toujours l'irrilalion des tissus, où il se forme de la matière tuberculeuse, préside à leur sécrétion.»
La vérité de l'expérience ne fait ici qu'apparaître dans un demi-jour, et se trouve bientôt éclipsée par les hallucinations systématiques.
2" Fausses MEMBRANES, croup, diphthérite. — Broussais admet la même loi pour la formation des fausses membranes ; c'est encore l'inflammation qui les produit. « Celte inflammation n'offre rien de particulier dans sa nature et dans le traitement qu'elle exige. » Il ajoute en effet: « Les angines laryngo-trachéales, telles que le croup, cèdent mieux aux saignées locales qu'àl'émétique, qui les exaspère fréquemment. »
Si Broussais avait eu l'occasion do traiter un grand nombre d'enfants affectés du croup, et qu'il eiit mis en usage les deux méthodes comparativement, il eût, comme nous, comme tous les praticiens, reconnu la grande supériorité de l'émétique employé avec hardiesse, immédiatement après les émissions sanguines indiquées par l'état pléthorique du sujet , sur les applications de sangsues prolongées, comme moyen essentiel, jusqu'à la destruction
:VM EXAMEN < HITIOI E
des principaux synipt«')aips , el compris toiilP l'insiilTisanco cl môme tous les dangers de sa doctrine dans le Irailement de ces graves alléralions.
Nous n'avons jamais oublié la recommandation (]no fil, dans un examen sur le croup, le professeur Desormeanx, à l'un des rlèves de Broussais qui soutenait les principes de son maître :
« Si vous avez quelque jour des enfants , el qu'ils soient affeclés du croup, portez-leur assez d'intérêt et d'aiTeclion pour ne pas les traiter vous-même , et pour les confier aux soins d'un médecin qui sache employer l'émétique à temps, et avec assez de confiance dans ce moyen le plus puissant de tous contre cette redoutable maladie. »
Toutefois , après avoir établi ses principes absolus comme systématique , Broussais , sans trop s'inquiéter des contradictions dans les(|uelles il va tomber, et des atteintes qu'il doit porter à sa doctrine, s'exprime ainsi comme observateur : « Certains stimulants, tels que le sulfate d'alumine ou l'acide muriatique avec le miel sont utiles localement dans les angines membraneuses, pour covtrcirritrr et dénaturer rinllammalion. » Nous admettons ce traitement, mais nous ne le comprenons pas dans la doctrine du réformateur.
3" Productions our.AMyi es diverses. — Urunissant dans une même catégorie toutes les lésions et productions organiques , les tumeurs osseuses, les squirrhes, les cancers, les kystes, les tumeurs fongueuses, les ramollissements cérébraux, les acéphalocysles, les vers, etc., etc., le réformateur n'y voit (jue les résultats dilTérents d'une seule et même cause, l'irritation; et ne trouve rien <lc mieux et rien de plus à leur ojiposer que le traitement de celle-ci ; en d'autres termes, les ap|)licalions de sangsues el les anliphliigisti(|ues; tandis (|iril csl df tunle évidence, comme nous l'avons déjà dit, que des altérations dans la nalure même des S(»lid('s orpani(pies ne peuvent être produites sans une prrrrrsidn dans leurs rnndilions vilales, el , jtar une conséquence naturelle, dans l'élaboration nutritive dont ils soutiucessauimenl le siège.
DE l.A DOCTRINE PHYSrOI.OC.IOlE. 333
Si nous avions besoin ilc la confirmation de ces principes essentiellement physiologiques , nous la trouverions dans Broussais lui-même. En effet, son dernier ouvrage, publié en 1839 par son fils Casimir, De l'irritation et de la folie, 2" édition, contient un passage remarquable, et qui prouve, de la part du novateur, un retour à des idées moins exclusives. Il dit en effet, p. TU :
« Tous les actes dont le concours assure l'exécution des différentes fonctions ne sont que des effets de l'excitation. Remarquez qu'en affirmant cela, nous ne disons pas que tous ces actes se réduisent à l'excitation; nous nous bornons à avancer qu'ils ne se manifestent à nous que par suite de l'excitation.
i< Certes les combinaisons moléculaires qui changent les propriétés chimiques des aliments dans le canal digestif; celles qui font paraître dans la bile, dans le lait , dans l'urine, des formes de matière animale que l'on ne trouve pas dans le sang; celles qui attachent la matière mobile et circulante à la matière fixe organisée; celles qui détachent de cette matière les molécules qui doivent être éliminées ; celles qui font germer et croître un embryon, etc.; ces combinaisons ne sauraient se réduire à l'excitation, quoiqu'elles se manifestent à la suite de l'excitation
produite par le contact des corps étrangers Le phénomène de
composition est donc, dans le développement de chaque animal, antérieur au phénomène d'excitation. »
Ainsi voilà l'irritation dépossédée par Broussais lui-même, dans toutes la classe des maladies organiques, du privilège exclusif de produire ces maladies ; la voilà réduite au simple rôle de cause occasionnelle : « Ces combinaisons ne sauraient se réduire à l'excitation , quoiqu'elles se manifestent à la suite de l'excitation. »
Si Broussais eût vécu d'avantage , il est évident qu'il s'était placé dans la nécessité, ou de rectifier les fondements de sa doctrine , ou de révoquer ce dernier aveu , ou de laisser subsister dans ses écrits la plus palpable de toutes les contradictions.
334 EXAMEN CRITIOUE
10' NÉVROSES, NEVRALGIES; GASTRALGIES, ENTÉRALGIES.
Ces maladies ont été le principal écueil sur lequel est venue conii)lL'lenienl échouer la doctrine du rûformalcur. Comme l'a trèsbien dit Gcorgel, Dict. de méd. , t. 21 , p. 27 ; « La doctrine do Hroussais sur les névroses n'est pas toujours Irès-clairemont exprimée dans son Examen des doctrines nu^dicales. Les inoposilions qu'il émet à ce sujet ont besoin d'être développées par l'exposition des faits pour devenir intelligibles à tous les lecteurs. »
Au milieu de cette confusion, do cette incertitude et de ces contradictions, il existe un fait positif et dominant : c'est que le réformateur, sans avoir une idée bien précise de la nature des névroses, en admet cependant quel(|ues-unes dans les appareils do relation, et place à peu près toutes les autres, sinon dans la classe au moins sous la dépendance absolue des phlegmasies.
Aussi, lorsijue le savant du Catéchisme demande au jeune médecin, p. 2/7 : « Ouclles sont les causes des névralgies? celui-ci répond ; « Toutes celles des phlegmasies sans aucune exception. »
On comprendra cette étiologie du novateur si l'on considère à quelle étrange théorie le conduit sa doctrine relativement aux névroses. Il dit, Inc. cit., p. 305, ii propos des inflammations aiguës , violentes du cerveau , avec fièvre :
« Dans ces cas où il y a du délire, des convulsions, des
grincements de dents, des tressaillements dans les membres; les yeux sont très-sensibles à la lumière, les oreilles au bruit, etc. Kh bien! tout cela ce sont des phénomènes nerveux, de vraiet iihroscs dépendant de l'inflammation aiguë du cerveau ou de ses membranes. »
Justement effrayé par les conséquences de cette sentence absolue, ce pauvre savant s'écrie, loc. cit., p. 205 : « Vous me faites trembler. Ouoi ! tous ceux qui se plaignent désaffections nerveuses dont vous venez de |)arler nu le cerveau onllammé? ►>
Pour toute réponse le jeune médecin termine par ce commentaire plus remarquable encore que le principe dont il est le développement :
« Ils ne l'ont d'abord qu'irrité ; mais si cette irritation continue pendant longtemps , elle passe à l'état inflammatoire , et, à la suite de ces névroses d'excitation qu'on peut appeler acticcs , surviennent d'autres névroses d'abirrilation qui peuvent être dites passives, et dont l'apparition indique l'engorgement excessif du cerveau , l'épanchement du sang dans ce viscère , sa suppuration ou sa désorganisation ; ce sont les paralysies ; eip. 2iO : « Vous voyez donc, monsieur, que les principales névroses, celles des fonctions de relation, se rattachent d'une manière très-étroite au grand phénomène de l'inflammation. Bientôt vous allez être convaincu qu'il en est exactement ainsi des névroses des fonctions intérieures ; et p. j?i/.«En effet, l'histoire des névroses intérieures est préparée par celles des névroses de relation : et vous allez les voir partir , comme elles, de l'inflammation, ou pour le moins de l'irritation des organes. »
Ici l'étonnement du bénévole savant augmente ; il se permet une objection dont la réponse est curieuse, et dit, lue. cit., p. 241 :
« Je suis tout étonné de voir tant de rapports entre les inflammations et les névroses. Toutefois, la manière dont vous avez enchaîné les faits relatifs à ces deux ordres de maladies me paraît fort naturelle, du moins je ne me sens pas assez instruit en médecine pour l'attaquer ; mais parlez-moi franchement , suppléez à mon ignorance , et faites-vous à vous-même les objections qu'un médecin pourrait vous faire. »
« La seule qui pourrait être faite avec quelque apparence de fondement, répond le jeune médecin, quoiqu'elle ne soit que spécieuse , c'est que plusieurs névroses étant mobiles , on ne saurait les attribuer à un point d'inflammation. Mais remettons à demain la solution de cette objection. »
La nuit porta conseil; aussi, le jeune médecin, sentant bien qu'il s'était fourvoyé, s'empresse d'ajouter, lorsqu'il est en présence de son crédule interlocuteur, ]>. 2'iO :
33G EXAMEN t lllïlnl E
« l-!li bien! ces irrilalions moliiles, anilnilaiilcs, ou alTcctanf toujours le uii-me siège, ne (Jilïorunl que forl peu des irrilalions fixes; elles sont produites par les mêmes causes, elles ccdenl aux mêmes moyens curalifs. »
Le réformateur dit encore, loc. cit., p. 203 : «Lorsque l'inflnnimation, qui n'est qu'une espèce d'irrilalion, existe dans un organe queIcon(|ue , les nerfs qui apparlienuLMil à cet organe s'en ressentent, et il y a névrose. »
Si les principes de Broussais ne sont pas très-nettement établis dans les Examens des doctrines, il est évident (]u'ils ne laissent rien à désirer, sous ce rapport, dans le Cathccliisme de la méd. pliys., et que le novateur confond absolument les névroses proprement dites avec les inflammations étudiées d'une manière générale, ^ous trouverons la uiême erreur capitale dans sa théorie de chacune de ces maladies considérées en particulier.
Broussais connaissait très-bien le mouvement circulatoire sanfçuin ; il a décrit avec talent ses modes principaux à l'état pliysiologi(]ne , ses modifications anormales dans les tyi>es fondamentaux des phlogmasies; mais il ignorait complètement l'inllux ou mouvement nerveux qui, dans les conditions de la santé , devient le principe d'action et de vie de chacun de nos organes; cl qui , dans les affections dont nous parlons, peut accumuler un surcroil de vitalité dans certaines parties , y développer des accidents instantanés, mobiles, souvent inlerniiltents , avec une exaltation de la sensibilité quelquefois portée juscjn'au degré le plus intolérable de la douleur, sans aucune fiuxion inflammatoire, et sans laisser aucune trace matérielle appréciable dans le siège de cette exaltation lorsque ce raptus nerveux a cessé.
Ces phénomènes sont faciles à comprendre aussi bien dans l'état normal cpie dans l'état pat!iologi(|ue, si l'on ailnict l'existence d'un lliiide, nerveux, d'une électricité animale offrant l'encéidiale pour point de départ , pour centre de retour, et les nerfs pour conducteurs.
Mais, en supposant que l'on ne voulût point admettre celle hypothèse (jue nous avons appuyée par des faits dans le Truite de
DE LA DOCTRINE PHYSIOLOGIQUE. S^l
plujsiolùfiie, los phénoinonos tlonl nous venons de parler n'en seraient pas moins inconleslablcs, puisqu'ils sont garantis par l'observation. C'est pour ne les avoir pas bien interprétés que le réformateur a si complètement ignoré la véritable natnre des névroses, et si gravement compromis sa doctrine en les confondant avec les inflammations, comme il avait identifié les mouvements circulatoire et nerveux.
Plusieurs de ses disciples les plus distingués l'ont abandonné dans cette voie si fausse et si contraire à l'expérience. Ainsi , M. Roche , par exemple, rapporte bien les névroses à l'irritation ; mais il les distingue des inflammations en les désignant sous le titre d'irritations nerveuses; il admet que les névroses peuvent exister dans le système nerveux sans changement appréciable d'organisation; cl qu'elles consistent (/ajw l'accumulation du fluide nerveux dans un tissu. »
Georget dit aussi, Dict. de méd., t. 21, p. 3G : « Les névroses sont distinctes des phlegmasies; » p. 57 : « La plupart des névroses ont leur siège dans le cerveau ou dans les cordons nerveux ; p.jj : Presque toutes les névroses sont des maladies intermittentes.....
presque toutes sans fièvre Le peu de danger des névroses est
d'autant plus remarquable que les symptômes de ces maladies sont ordinairement très-graves en apparence. Les autopsies n'ont jusqu'ici rien offert de satisfaisant ; les malades qui meurent succombent pour la plupart à des affections accidentelles , souvent étrangères à l'affection primitive , quelquefois cependant consécutives à celle-ci. »
M. Barras, dans son Traité des gastralgies, dont les premiers rudiments parurent en 1825 et 182G dans la Revue médicale, a particulièrement appelé l'attention des observateurs sur les affections nerveuses , en démontrant jusqu'à l'évidence que Broussais avait commis une erreur capitale et dangereuse en les confondant avec l'inflammation; et, comme nous le verrons bientôt, si le réformateur fit une révolution en pathologie par ses travaux sur la gastrite, Barras, par les siens sur la gastralgie, fit en médecine une contre-révolution non moins remarquable au point de viio do
338 EXAMEN CRITIOIE
la tliéorio cl de la i»raliiiuu. Il dit, Trutlr lUx ijiislr. cl enterai., 3'" édil., introd., ji. v :
« La doctrine physiologique a rendu de grands services à la médecine, je suis loin de les contester; mais, en détruisant d'anciennes erreurs, elle en a créé de nouvelles, dont quelques-unes sont peut-être aussi danjrereuses que celles qui existaient auparavant. Parmi ces nouvelles erreurs, il en est une surtout contre laquelle on ne saurait prolester avec trop d'énergie, parce qu'elle tend à faire cl fait en effet de nombreuses victimes : c'est celle qui consiste à regarder les névroses comme des inflammations, et à les traiter constamment par les antiphlogistiques. Je n'hésite point k le dire , celle innovation fait rétrograder la science , et devient souvent
funeste aux malades P. 6 :
« Il appartenait au réformateur de nos jours de porter atteinte à cette branche de l'édifice médical , consolidé par plus de vingt siècles d'expérience. D'abord démolie pièce ù pièce, et sapée ensuite jusque dans ses fondements, elle serait déjà renversée do fond en comble si un reste de pudeur n'eùl pas retenu la main (pii l'a frappée. »
« Ce n'est pas que ce réformateur nie l'irritation nerveuse ; il en parle, au contraire, beaucoup en théorie; mais c'est pour l'assimilera l'état phlegmasique, et soutenir qu'elle entraîne nécessairement cet état. Ainsi , selon lui , l'irritation du système nerveux ne serait autre chose que le itremier degré de rinnanunalion ; et, quand il en vient à la pratique, il ne voit aucune différence entre
ces maladies Certes il faut avoir du courage pour rayer ainsi
d'un trait de plume presque toutes les maladies nerveuses, et pour les introduire de vive force dans la classe des inflammations. >> M. Barras ajoute que le réformateur a fait une fausse application de l'analomie des tissus à la doctrine physiologiipie, en méconnais- .sanl les bases principales sur lesquelles il divail la fonder; et dil , Inc. cit., p. 8 :
n Kn proie à la manie des unités, ces médecins ignorent ou feignent d'ignorer, (ju'en raison de son tissu , de ses prfqtriélés \itdes et de ses fondions, chaque sysU'Mne organique rsl sujet à
11E i.A no( TiiiNE l'nvsiuuir.iouE. 339
éprouver des affections spéciales indépcmlaïuinonl de celles qui lui sont communes avec les autres systèmes , et auxquelles il im- Itrime même une pliysionomic particulière. El ils se disent médecins pliysiologistL'S !...
« Un palhologiste qui retranche la classe des névroses, et confond ces maladies avec les inflammations, ressemble à un anatomiste qui retrancherait la névrologie , et confondrait les nerfs avec les vaisseaux sanguins; » et/>. H : « Il ne s'agit donc pas de savoir s'il y a des névroses essentielles , on ne peut raisonnablement en nier l'existence : toute la (piestion consiste à les distinguer dos phlegmasies surtout à l'état chronique. »
Toutefois, M. Barras n'est pas exclusif dans sa doctrine , et nous le voyons, avec plaisir, accorder lui-même des éloges au réformateur. Il ajoute, toc. cit., p. 41 :
« Tâchons de tenir un juste milieu entre les médecins qui proscrivent toutes les névroses et ceux qui auparavant en admettaient un trop grand nombre. On sait aujourd'hui que la plupart des symptômes qui caractérisent les maladies nerveuses peuvent dépendre d'une phlegmasie aiguë ou chronique , d'une lésion organique, d'un corps étranger; d'où il faut conclure que les
névroses essentielles sont moins fréquentes qu'on ne le pensait autrefois ; que des maladies regardées comme telles , il y a quarante ans, sont de véritables inflammations latentes, alors peu connues, et que Broussais, précédé en cela par Pujol, a bien mérité de la science pour avoir décrit ces inflammations, principalement celles de la muqueuse digestive , beaucoup mieux qu'on ne l'avait fait avant son Histoire des phlegmasies chroniques. »
Si nous consultons actuellement les ouvrages d'un grand nombre de médecins distingués , qui ont fait une étude particulière des affections nerveuses , tels que Willis , Cheyne, Whytt , Boerhaave, Viridet , Lorry, Tissot , Raulin , Pomme , Réveillon, Pinel, Louyer- Villermay, Esquirol, Georget, Amédée Duparc, etc.; si nous consultons surtout l'expérience clinique, nous sentirons de plus en plus combien, sous ce rapport, la doctrine du réformateur est fausse,,
3iO EXAMEN CRITiytE
insiidisante et tlaiigerousc. On coiiiinviKlra loulc riniilililé des l'iïoils faits par Broussais el par quelques-uns de ses élèves pour expliquer la périodicité si naturelle des névroses , jtar la vaine théorie des inflamnialions inlcrmillentes.
Autant il est physiologique de voir une phlegmasie marcher sous le type continu , autant il est ordinaire de voir les névroses, les névralgies plus particulièrement encore , se manifester avec les conditions d'une périodicité plus ou moins régulière. Si nous groupons autour de ce caractère fondamental des maladies nerveuses l'absence de la fièvre secondaire; la disproportion du développement des symptômes et du danger de l'altération; l'apparition brusque, instantanée des accidents qui marchent par crises; leur disiHisition subite et souvent sans aucune transition appréciable de l'état pathologique à l'état physiologique; la nature déchirante, électrique, brûlante, pulsativc, des douleurs dans leurs grands développements ; le peu de succès , souvent même les graves inconvénients des émissions sanguines dans le traitement de ces maladies; les avantages manjués des narcotiques pour faire cesser les principaux accidents de ces altérations; l'eiricacilé des préparations de (piimiuina pour en prévenir les retours périodiques; l'absence d'une altération matérielle appréciable dans les nerfs affectés, lorsque le malade succombe à d'autres lésions pendant le cours de celles-ci t|ui ne sont presque jamais mortelles par elles-mêmes, nous aurons mis dans toute son évidence l'erreur fondaiiicnlale du réformateur lorsqu'il confond les névroses avec les inflammations dont les caractères essentiels sont diamétralement opposés à ceux que nous venons d'énumérer.
C'est en conséquence du symptôme principal des affections nerveuses que nous avions dés l'année 1817 émis la pensée, qui même ii cette époque n'était peut-être pas nouvelle , que les lièvres intermittentes pures et sans complication inflammatoire, pourraient bien apjjurtenir à ces affections ; et les fièvres iiernicieuscs projiremfnl dites, n'être rien autre chose (ju'une fièvre inlerniitlcnle avec imminence de congestion, i)endant l'accès, vers l'un des organes centraux; le cerveau, les poumons, l'eslouiac, etc., i)ar exemple ;
DE LA DOCTRINE l'HVSlOI.UGKJLE. 341
d'où résulteraient des fièvres pernicieuses encéphaliques , pulmonaires, gastriques , etc.
Sans accorder à cette théorie plus de valeur qu'elle n'en mérite , nous ferons observer qu'elle est avec les faits en assez parfaite harmonie; tandis que celle du réformateur , qui les rattache à la gastro-entérite intermittente , ne pourra jamais soutenir l'épreuve de l'observation.
MM. Rayer et Brachet de Lyon , considèrent aussi les fièvres intermittentes comme des affections nerveuses le premier les rapporte au système cérébro-spinal ; le second , au système ganglionaire. Georget partage l'opinion de ces deux médecins distingués.
Pour mieux apprécier encore les erreurs de la médecine physiologique relativement à cet ordre d'affections morbides , nous la suivrons dans ses applications aux névralgies , aux principales névroses des appareils digestif, respiratoire, etc.
1° Némialgies. — Les travaux d'habiles anatomistes et notamment de Gall , 3Iagendie , Ch. Bell , Flourens , Laurencet , Foville , etc., sur le système nerveux, ont nécessairement appelé l'attention des médecins sur les maladies de cet important système et fait rectifier plusieurs graves erreurs pathologiques. Les névralgies proprement dites se rapportent plus particulièrement aux affections du système cérébro-spinal ; celles du système ganglionaire sont plus spécialement relatives aux névroses des organes dans lesquels ce dernier vient surtout se ramifier.
Les nerfs peuvent éprouver à peu près toutes les altérations des autres tissus , deux principales doivent ici fixer notre attention : 1° l'inflammation ; 2" la névralgie.
L'infiammalion comparativement à la névralgie est excessivement rare. M. Barras dit à cette occasion : loc. cit., p. 8 :
« L'appareil nerveux est susceptible , comme les autres tissus de contracter l'état inflammatoire et d'éprouver des dégénérescences
organiques Nous ferons observer, toutefois, que la neiirite
est beaucoup plus rare qu'on ne pourrait le penser ; je suis convaincu que de simples névralgies , et des phlegmasies du système
342 EXAMEN r.UITloiE
lynipliuliquc oui souvent été prises pour des inllammalions des
nerfs Je suis également persuadé que , dans la plupart des cas
où la neurilo ne paraît point douteuse, rinflanimation est bornée au névrilèmc, et que le tissu nerveux en est tout-à-fail exempt. »
Boerhaave avait déjà exprimé la même opinion , précisément dans les mêmes termes. IVous avons, de notre côté, dès l'année 1819, rattaché le tétanos trauniatitiue à rinflanimation du névrilème ; établi sur des observations et des autopsies cadavériques cette vérité qui semble admise aujourd'hui par les observateurs. C'est à cette première altération que s'est arrêté Broussàis, il n'a point compris la théorie de la seconde.
La nôvrahjie consiste en effet seulement dans l'auirnienlation extra-normale de l'influx nerveux avec douleur intolérable, mais sans fluxion réellement inflammatoire ; si la partie s'injecte et rougit momentanément c'est en vertu de ce principe: nbi Ktimulus ilii /Itixus ; mais c'est une simple injection passagère qui disparaît avecla crise nerveuse , cl dès-lors ne saurait être confondue avec rinflammalinn , sons peine do regarder, comme une iihlegmasio, le gonflement inslanlané d'une organe ércctile sous rinflucnce d'une légère excitation.
L'inflammation peut être la conséquence de ces crises nerveuses Irès-répétécs. C'est alors seulement que la maladie prend un caractère beaucoup plus dangereux et qu'elle peut devenir mortelle. Tant (pie l'alléralionest à l'état de névralgie , les crises sont intermittentes ; nous en trouvons la raison physiologique dans la nécessité des intervalles de calme pour permelire la réparation du principe nerveux conservateur de la vie, et dont l'épuiscmenl entraînerait la mort, comme on le voit dans les douleurs Irèsviolenles et |)rolongées jusqu'à ce funeste résultat.
I.orsipie la maladie prend le caraclére d'une véritable nourile, elle est alors ou continue, ou seulement rémittente; mais jamais franchement intermittente , de là sa gravité , ses dangers lors(|ne la malailin siège dans un nerf principal et que les crises sont dévohppéos avec beaucoup d'intensité.
^0Ms avons vu un cas de ( e uenre. à l'hôpilal du Mans en 1S2.').
La maladie dilnita par une sciatique névralgique et devint ensuite une sciatique inllaunnatoirc en signalant son passage par les changements que nous venons d'indiquer. Le malade succomba au sixième jour do l'inflammation.
A l'autopsie le nerf présenta une augmentation d'un quart dans son volume , son névrilème était plus injecté , la pulpe nerveuse plus jaune et plus molle que du côté sain.
C'est dans les cas de ce genre, comme nous l'avons prouvé pour le tétanos traumaliquc surtout, qu'il faut saigner largement, et ne pas se borner , comme l'indique Broussais , à quelques applications de sangsues. Mais dans les simples névralgies , ce moyen serait plus nuisible qu'utile. C'est aux opicacés, surtout par la méthode endcrmique , aux dérivatifs, dans quelques occasions, même à la section du nerf qu'il faut avoir confiance.
Ainsi dans ce genre de maladie , sous le rapport de la théorie comme sous celui de la pratique , la médecine dite physiologique est entièrement erronée. Nous demanderons actuellement si les cas dans lesquels Cotugno a trouvé le nerf sciatique infiltré ; Cirillo un autre nerf tuméfié , sa substance aussi consistante qu'un tendon: Chaussier, le nerf femoro-poplité plus volumineux, ses vaisseaux variqueux , etc. , étaient des neurites ou des névralgies ?
2° Gastralgies, Entéralgies. — C'est ici plus particulièrement encore que la doctrine du réformateur est essentiellement fautive dans ses principes, dangereuse dans ses applications. Les succès réels de ses travaux sur la fjastro-entvnte lui donnèrent de tels vertiges qu'il ne vit bientôt plus que cette altération en pathologie , et que , sans comprendre qu'il pouvait exister dans l'estomac et les intestins autre chose qu'une inflammation aiguë ou chronique , il voulut rattacher à celte lésion à peu près toutes les autres maladies.
Il était impossible aux observateurs d'admettre des idées aussi contraires à l'expérience , aussi dangereusement exclusives , et , comme nons l'avons dit , cette prétendue réforme fit bientôt naître une contre-révolution. Les praticiens attaquèrent celte prétention
;J44 E.VAME.N ciimyiE
ilu i-L'forinalcur de vouloir confondre la gastro-enléralgic avec la gaslro-enlérile, cl surloul de souiueltrc ces deux maladies au niniic traitement.
Avant (iiic Broussais eût appelé l'attention des médecins sur les maladies gastro-intestinales, la gastralgie, aussi nommée cardialgie , gastro-dynie , n'était pas encore très-bien appréciée dans sa véritable nature. Les uns la regardaient comme une faiblesse d'estomac, d'autres au contraires comme un siiasme de cet organe. CuUen la confondit avec plusieurs altérations du même viscère sous le titre commun de (lij.sjjcpsic.
M. Parisel en 1813, Dict. des Scien. Mvd. t. 4, ji. o!l , la décrit moins à titre de maladie principale, qu'à litre de complication d'autres altérations dont elle deviendrait le symptôme dominant; il (listiniîue en effet des cardialgies saburrale , llatulente , spasmodi(juc , liémorrhoïdale , etc. Broussais a donc , même sous ce point de vue , rendu indirectement un service à la science , tout en y consignant de graves erreurs.
En ISIO, M. Cliamberel, lac. cit., t. Il, p. HO , dit en parlant de la gastro-dynie : « Les nosologistes désignent sous ce nom une névrose de la digestion. »
Liilin (jcorget après avoir établi les caractères les plus propres à dilTérencier la gastrite cl la gastralgie, continue Dicl. de mcd. I. I i , ji. S : « Des considérations qui précèdent nous croyons que l'un peut conclure que l'opinion de M. Broussais, sur la nature des gastralgies dites nerveuses est loin d'être démontrée ; que dans l'état actuel de la science on doit admettre des douleurs d'estomac indépendantes d'une gastrite , dont la cause est inconnue el que l'on peul appeler nerveuses. »
C'est surtout à M. Barras que nous devons d'avoir bien éclairé la question dans son traité des gastralgies et des enléralgies dont la première édition parut en avril 1827; la seconde, en octobre do la même année ; la troisième , en 1829 ; cl le snp|dément . en I8.'{S. hans cet ouvrage remaripiable , basé sur l'observation raisonné»* , la doctrine dite, physiologique a reçu la jdus sérieuse de toutes les alti'intes qu'on pouvait lui porter ; elle a été frappée au cœur.
DE LA DOCTKUNE PllYSlOLOliiylE. 345
M. Barras ilit: loc. cit., p. Il: «Avant la doclrinp physiologique , les auteurs admettaient généralement des affections nerveuses de cet organe elles étaient connues sous les noms de (jastrahjies,
gasirodynic , cardialgie , h ijpocondrie, elc Remettant tout
en question , Broussais et ses partisanls exclusifs ne veulent point admettre de névroses gastriques ; à leurs yeux toutes les maladies regardées comme telles jusqu'à ce jour sont des gastro-entérites chroniques qu'il faut traiter par les sangsues à l'épigastre , l'eau
de gomme et le régime atonique Je ferai voir par des faits que
le principal organe de la digestion est souvent atteint d'affections
purement nerveuses qui s'aggravent par ce traitement anti-
phlogislique. »
Toutefois, l'auteur rend justice à Broussais et dit: loc. cit., p. 210 : « La vérité est que les médecins ne savaient pas, avant la nouvelle doctrine , que l'inllammation de la muqueuse digestive fût aussi fréquente qu'elle l'est réellement ; qu'on la connaît infiniment mieux aujourd'hui qu'autrefois , et qu'on ne lui donnait pas alors le nom de (jastro-entérite : le plus beau titre de gloire de Broussais sera toujours d'avoir étendu et perfectionné l'histoire de cette maladie, »
Malheureusement à côté de cet éloge se trouve une critique bien amère et , qu'à notre sens , ne justifient pas même les manières un peu brusques du réformateur : M. Barras dit en en effet , loc. cit., p, 44 :
H Nous ne descendrons point dans l'arène avec des hommes qui, immolant à leur système tout ce qu'il y a de plus sacré en médecine, semblent se faire un jeu delabonne foi et de la probité médicale. » Il ajoute: p. 46 1 : « C'est vraiment une chose inconcevable et en même temps bien affligeante , que la légèreté avec laquelle les médecins physiologistes admettent l'existence de l'inllammation gastrique. A les entendre, l'estomac serait un foyer cnmbuslible toujours prêt à s'enflammer. V.I p. 458 : La gastro-entérite latente ne parait être si commune que parce qu'on regarde les névroses gastriques comme des inflammations. Quand on sera revenu de cette opinion erronée , on verra (|ue les affections nerveuses du système digestif
346 EXAMEN CKITIQIE
so rencontrent bien plus fréquemment que la phlegmasie clironique. Et p. 402: Si je disais que celte gastro-manie fait peut-être autant do victimes (juc la gastro-entérite elle-même , on orierail au paradoxe , et il n'y a cepcmlant rion de plus vrai. »
C'est en observant sur lui-même que M. Barras a compris d'abord toute la dilTérence qui existait entre une (jasirilc et une gaslralriie, c'est en s'élevant par degrés des faits à la tbéorie qu'il a su fonder positivement celle de celte dernière altération , et bien faire comprendre les inconvénients et les dangers qui résultaient nécessairement de sa confusion avec la première , d'après les principes de la doctrine physiologique.
M, Barras fait observer que , dans ces derniers temps , l'une des causes les plus ordinaires de la gastralgie fut l'abus des débilitants employés pour guérir des gastrites chroniques réelles ou snp|iosées. Il rapporte ainsi les principaux faits observés sur lui-même : loc. cit., p. 21 :
« Après avoir éjirouvé quelques accidents névralgiques dans différentes jiarties , en mars 1815, ayant alors 36 ans, de vifs chagrins me causèrent — une espèce de fièvre intermittente irré-
guliére il n'y avait point de frisson, l'appétit se conservait en
bon état. Emétiquc, purgatif, vin de Séguin; maigreur, faiblesse; cessation des médicaments , habitation à la campagne ; huit jours après retour de la santé. Il ne me restait qu'une légère toux, pour laquelle on me conseilla l'eau de gruau coupée avec du lait. Je continuai ensuite à en prendre par habitude , je no crois pas cet abus étranger à la gastralgie que j'éprouvai plus lard. »
Ayant ensuite ressenti des douleurs d'estomac , M. Barras consulti' un célèi)re médecin auquel dit-il la doctrine ]iIiysiologi(|uc csl très familière . on le juge atteint d'une gasiro-entérite chronique ; il est soumis au traitement de rigueur. Il ajoute , p. 28 :
« l.es sangsues m'affaiblirent sans diminuer les souffrances de l'estomac , l'eau do gomme occasionna des souffrances exlrêmoincnl violentes qui me forcèrent de suspendre l'emploi de celle Imisson. »
lin lliéorie , lello asserlinn imun.iil sembler exagérée, Il suffi!
DE LA DOCTRINE l'HYSIOLOGiyUE. 347
d'avoir bien observé pour être persuadé que les gommeux et les mucilagineux , utiles et bien supportés dans la gastrite , sont nuisibles et souvent même vomis dansla gastralgie. Nous n'avons jamais oublié ce que nous dit M. Orfila dans une conversion relative à Broussais et à sa doctrine :
« Je souffrais de l'estomac , ce médecin m'a estropié par l'usage exclusif de l'eau de gomme et du lait. Je me suis guéri par un régime plus substantiel et par l'eau vineuse. » Il existait chez notre savant toxicologiste : gastrahjie et non tjastrite.
51. Barras continue : p. 20. « Tout ce qui se passait dans le principal organe de la digestion je le sentais comme s'il se fut passé sur l'organe du tact ; la présence des aliments y était perçue
comme elle l'aurait été sur la main Mais une chose digne de
remarque, c'est que les liquides me faisaient plus souffrir que les solides , et les aliments mucilagineux bien plus que ceux d'une
autre nature Autant la susceptibilité était en excès dans
l'appareil gastrique , autant elle était en défaut dans les autres parties Si vivre c'est sentir, comme on l'a dit, je ne vivais plus
alors que par l'estomac, tout mon être sensitif était réduit à cet organe. »
Après avoir éprouvé tous les inconvénients du traitement de la gastrite chronique, M. Barras abandonne la doctrine du réformamateur , et dit p. 57 :
« Monpremier soin fut d'appeler M. le professeur Fouquier
Vous n'avez point d'inflammation , me dit-il , vous n'en avez jamais eu ; c'est une rjastrahjie , un excès de sensibilité des nerfs de l'estomac, rien déplus. Aliments substantiels et légers, vin de Bordeaux étendu d'eau, etc., guérison. »
M. Barras rapporte un grand nombre de faits du même ordre et qui tous prouvent , jusqu'à l'évidence , combien la gastralgie diffère de la gastrite , combien le traitement de l'une est contraire à l'autre, et combien il est par conséquent erroné , dangereux do les confondre comme l'a fait Broussais. 11 ajoute : loc. cit., p. ââ :
« S'il y a quelque chose de vrai en médecine c'est que les antiphlogistiques guérissent les inflammations , et que les fortifiants.
'■\W EXAMEN CRITIOIE
les aggravenl. Or, le contraire ayant lieu dans la gastralgie , on doit en conclure que celle affection n'est pas plilegmasique.... L'observation m'a appris que l'abus des délayants occasionne la gastralgie, comme l'abus des irritants produit l;i gastrite. »
Le réfonnaleur demande iju'on lui dislingue la gastrite de la gastralgie. Voici d'après l'expérience notre réponse à cet appel :
Il est toujours facile d'éviter l'erreur capitale dans laquelle Broussais est tombé. Dans la gastralgie les causes sont plutôt morales que pliysi(iues , la langue est molle, blanche, large, muqueuse rarement très-sèche , la douleur épigastrique vive , le méléorismc fréquent , la soif souvent nulle , souvent même il existe dégoût pour les boissons, fatigues d'estomac ou faim canine ; du reste apyrexie , conservation de la force musculaire , de l'embonpoint , de l'activité d'esprit , de l'énergie morale , sympathies nombreuses vers l'encéphale , de[)uis la simple céphalalgie , jusqu'à la plus vive douleur de la migraine ou de la névralgie , depuis les plus faibles et les plus passagères bizarreries du caractère , jusqu'aux plus fortes aberrations de l'hypocondrie et de la monomanie. Bons effets des boissons légèrement excitantes et toniques, des aliments secs, substantiels, surtout des viandes rôties et grillées , des 0|)iacés , etc. Mauvais résultais des boissons mucilagineuses , gommeuses , du lait , des farineux , des aliments aqueux , des crudités , de la diète , des émissions sanguines, etc. , etc.
T)ans les gastrites au contraire , les causes sonlplutûl matérielles que morales, la langue est sèche, rugueuse, étroite, acérée, rouge au moins sur les bords , à la pointe , avec érection des papilles , la douleur é|)igastrique plus obtuse mais bien jtlus développée par la pression. Le méléorismo moins fré(iuenl , la soif vive avec appétence des boissons fraîches, gommeuses, mucilagineuses, dégoût, anorexie, fièvre plus ou moins intense, brisement de la force musculaire, amaigrissement assez rapide, paresse de l'esprit, diminulion de l'énergie morale, idulôl céphalalgie gra\,iliv(^ que syiniialhies bien dévelop|»ées sur l'innervation eiicéphali(|ue et sur les dispositions affectives. Bons effets des buissons
DE LA DOCTRINE PHYSIOI-OOIOIE. 3W
tempérantes, des aliments très-peu nutritifs, et inrine de la diète alisolue , des émissions sanguines locales , mauvais résultats des boissons excitantes et toniques , des aliments substantiels, presque toujours même répugnance , dégoût pour les aliments tirés du règne animal , le plus souvent augmentation des accidents par les opiacés, les antispasmodiques, etc.
Il nous eût été facile d'étendre d'avantage ce parallèle indispensable dans la question ; nous avons préféré le réduire à ses traits les plus saillants afin de prouver que, sous tous le rapports, la gastrite et la gastralgie sont deux maladies essentiellement opposées, et qu'il ne fallait rien moins que l'aveuglement systématique du réformateur pour les confondre ainsi au grand préjudice de la science et de l'humanité. Si l'on trouvait cette conclusion exagérée, que l'on veuille bien méditer le traité des gastralgies de M. Barras, celui de James Johnson ; les écrits de Frédéric Hoiïmann , de Schmidtmann , que remontant même vers une époque antérieure on lise ceux de Sydenham, de Dehaën , de Stoll, de Lorry, de Tissot, de Whylt , de Comparetti . etc. L'on sentira dès-lors qu'elle est encore au-dessous de la vérité. Les mêmes considérations s'appliquant aux autres névroses de l'appareil digestif , comparées aux phlegmasies de cet appareil , avec la seule difl'érencc du siège, il nous semble pour le moins inutile de les étudier en particulier dans une question de simples généralités.
3° Migraine. — Cette maladie très-commune , encore nommée hémicranie, et si diversement classée parles auteurs ofTre tous les caractères d'une névrose et paraît le plus souvent liée , tantôt à l'embarras de l'estomac, quelquefois à la gastrite mais bien plus souvent encore à la gastralgie. Broussais ne l'a pas d'avantage comprise dans sa théorie ni dans le traitement qu'elle exige, et qui consiste surtout à faire disparaître l'état nerveux de l'estomac lorsqu'elle est symptomatique , ce qui s'observe dans la grande majorité des cas.
4° Hypocondrie, Monomanie, Folie. — Nous rapprochons ces Irois variétés d'une même altération , parce qu'elles peuvent se
MiO EXAMEN CRiriyliE
tiévtilopper |iio};ri'Ssivi'inL'iil, de la |)reniièro ;i la Iroisiùnio, sous l'iiilluence des mêmes causes , par le fait seul de la même allératioii primitive.
Le réformateur ne voit encore dans ces maladies qu'un résultat de l'irritation ; il dit : « l'hypocondrie ne devient complète (jue par \c dévclopponu'nl d'une gaslro-enlérilc cluonicpic (pii agit avec énergie sur un cerveau fort irritable et or^'anisé d'une certaine manière. »
S'adressanl au crédule professeur dont la femme avait été folle, le jeune médecin lui dit , Cath. de la Mcd. phy. p, 2i(j :
« Dans les gastrites et les gastro-entérites l'inlluenco des voies digcslivcs sur le cerveau n'est pas moins remarqnalile; lorsiiu'une personne fort irritable est attaquée de ces iullammalions, leur ellet sur le moral se manifeste par l'inquiétude , la tristesse , les pressentiments funestes, comme on l'observe chez tous les hypocondria(jues. Elle va même jusqu'à faire perdre entièrement la raison, ainsi (ju'il est arrivé à M""" votre épouse. »
IJroussais ajoute, Traité de l'irrit. et de la fol.,'i'' édit. ,
/i. 555 : « La folie ne peut provenir que de l'irritation de
l'encéphale; ►> et S' Examen , propos, cxxiii ; «La manie suppose Idujiiurs une irritation du cerveau. » Enfin , il est entièrement c\diii\i propos, cxxiv : «Aucune inllammalion extra-cérébrale no peut produire la manie sans le concours de celle de l'estomac et des intestins (jr(Ves; et propos, cr.r.xi.ni : « On guérit l'hypocondrie par les moyens ijui guérissent les gastrites chroniipies;
cljiropos. cccLix : «La folie, et la gastrite chronique, dont elle dépend, doivent être traitées par les saignées locales, par les aMtiplilogisli(pies et par la révulsion. »
Il est évident que la doctrine de lîroussais est encore ici fautive, iiifompléle et même dangereuse. En elTot, rien de jibis rare cpio de vdir la gastrite vraie compliquée d'hypocondrie, de mitnonianio et de folie, iliende plus ordinaire que de rencontrer ces altérations mentales avec la gastralgie.
Iloerhaave , Harras et beaucoup d'autres bons observateurs ont constaté la réalité de ces fails. Marras dil, lue. cit., p. f!(li :
DE I.A DOCTRINE PHYSIOLOfilOUE. 3S1
« Il est d'observation que les hypocontlriaques sont pei) sujets aux phlegQiasies. Hoffmann assure que les fièvres continues, épidémiques ou contagieuses les attaquent difficilement. »
Ce sont en effet des sujets beaucoup moins sanguins que nerveux, nous le voyons surtout pour les hypocondriaques les plus célèbres, tels que Pascal, J.-J. Rousseau, Bernardin de Saint-Pierre, Gilbert, Millevoye , Zimmermann , etc. Cette réunion de génies monomaniaques légitime bien , du reste , la sentence de Sénèque : «ÎS'uUum est ingenium sine mixlurâ dément iw. »
Enfin, les autopsies des sujets morts d'hypocondrie sont également contraires à la théorie inllammatoire du réformateur.
Ainsi , Comparelti a trouvé , sur un hypocondriaque mort à (juarante ans, les ganglions splanchniques , et notamment le sémilunaire, très-petits, couverts de graisse, avec une enveloppe l'crme, rugueuse, à peine rougeàtre. Les ganglions abdominaux de ce mélancolique étaient desséchés , racornis , pins durs, plus petits, plus pâles que dans l'état normal. Pomme admet aussi ce racornissement des nerfs dans les névralgies.
M. Rostan , partisan très-zélé de l'anatomie pathologique , dit que, chez les hypocondriaques, les altérations trouvées après la mort ne peuvent être considérées comme la cause des phénomènes morbides qu'ils ont éprouvés pendant la vie.
Toutefois, M. Rarras ne tombe-t-il pas ici dans l'exclusion du réformateur, lorsqu'il veut localiser dans l'estomac le siège constant de l'hypocondrie, et qu'il dit, loc. cit., p. 20^ :
« 31. Barbier ne me paraît pas fondé lorsqu'il attribue l'hypocondrie à l'irritation du plexus solaire; c'est placer dans un endroit obscur ce que l'on a pour ainsi dire sous les yeux; c'est explicpier le connu par l'inconnu , car on connaît mieux les maladies de l'estomac que celle de ce plexus. »
Celte raison nous semble bien peu concluante. Nous ne trouvons, au contraire , rien de plus pliysiologi(|ue et de plus naturel que de placer dans le centre nerveux ganglionaire le siège des névroses caractérisées par la perturbation des facultés affectives.
Ainsi, la doctrine dite physiologique est encore ici, dans la
'Hii. EXAMEN r.RITIOlE
pnntle niajorilé des cas, en opposition diroolo avec l'oxp/Tience ; el itlus (l'une fois nous avons vu , dans la praliijue dos parlisants exclusifs de cette doctrine, des liypocondria(iues, des fous, des inonomaniaques immolés par le traitement de la gastro-entérite , de Tencéphalite, etc., alors qu'ils auraient pu guérir par le traitement rationnel de la gastralgie et de l'entéralgie.
5" ÉriLEPSiE, CATALEPSIE, ciiouKE , otc. — Lc novatcur place encore ces maladies dans la classe des irritations, et ne voit rien de mieux à leur opposer que le traitement antiphlogistitjue.
Georget dit à cette occasion, Dicl. de méd., t. 12, p- 18i : « Quelle est la nature de l'épilepsie? Suivant les uns, l'épilepsic
est une maladie nerveuse; suivant Broussais , l'épilepsie est
une variété de l'irritation cérébrale. » Geurget ajoute , Dict. de méd., t. Si , p- 55 : « Ce serait une singulière encéphalite que celle dont la durée ne serait que de quehpies minutes, et (pii reviendrait périodiquement seulement une fois chaque jour, chaque semaine ou chaciue année.»
Esquirol reconnaît deux variétés de l'épilepsie: S' idiopathiquc, pouvant dé|>endre d'une lésion organique de l'encéphale, mais le plus souvent d'une simple altération nerveuse de cet appareil ; 2° xyinpalhifjur, offrant son point de dépari dans un autre viscère, par exemple : l'estomac , les intestins, le foie , l'utérus, etc. »
Il n'est i)as rare, en effet, d'observer le vertige éi>ilepli(pie dans la gastralgii' hyiiocondriacpie, et si le malade succombe, de ne trouver alors aucune trace de lésion matérielle, soil dans l'estomac, soil dans le cerveau et ses annexes.
C'est ainsi que les altérations rencontrées dans l'encéphale des épilepliques par Honnet , Morgagni , Haillie, Greding, Meckel , Wt'uzel , Esquirol el beaucoup d'autres aiialomo-pathologistes ne prouvent absolimienl rien relalivemenl ii la nature de cette maladie, puisque les mêmes altérations ont été signalées chez des sujets qui n'avaient jamais éprouvé aucune atlaipie d'épilepsie, ni symptonialiipie, ni rèellemenl idiopathique.
Gcorgol ajoute à celle occasion, loc. rit., i. 12, p. IHô : « On
DE T.A DnrT?,I\F PnY-^inT.OCTnrK. 353
pout iliro que les ouvertures de corps n'ont rien appris de satisfaisant sur la cause prochaine de l'épiiepsie. Cette cause consiste bien dans une disposition particulière du cerveau; mais jusqu'ici les roclierchcs d'anatomie pathologique n'ont pu faire découvrir cette disposition de la structure cérébrale. Il dit, p. 415 : « L'épiiepsie
est quelquefois manifestement héréditaire Un père épileptiquc
a engendré huit enfants tous épileptiques. »
Ainsi, le réformateur, en niant l'existence des maladies héréditaires, en regardant l'épiiepsie comme une inflammation encéphalique, a manifestement commis deux graves erreurs théoriques et pratiques.
La catalepsie , la chorée , l'éclampsie , le vertige, les convulsions , etc., qui , d'après les meilleurs observateurs, sont essentiellement des maladies nerveuses, présentent les mêmes erreurs de principe et d'application dans la doctrine dite physiologique.
6° Palpitations. — Rien n'est plus ordinaire que d'observer, chez les sujets nerveux , des anomalies dans les mouvements du centre circulatoire, sous l'influence d'une simple névrose; et de voir, d'après les principes exclusifs du novateur, ces névroses confondues avec l'inflammation du cœur ou de ses enveloppes, avec les maladies organiques de ce viscère, et, par une fâcheuse conséquence, de rencontrer des sujets dont la santé, la vie même ont été compromises par des saignées intempestives et des débilitants qui ont eu pour effet d'augmenter ces lésions fonctionnelles , en développant encore les conditions nerveuses dont elles émanent, et que l'on aurait aisément guéries par le régime tonique , les ferrugineux et les calmants appropriés. Chaque jour nous avons l'occasion de déplorer les abus de la doctrine de Broussais relativement à ce genre d'altérations.
7° Angine de poitrine, asthme, dyspnées, coqueluche, etc. — Toutes ces maladies sont encore placées, par le réformateur, dans la classe des irritations inflammatoires. Il veut même que l'on supprime entièrement la stcrno-cardialgic ou angine de poitrine du
nombre dos maladies, cl dil, i" Examen . /. 2, p. Si 4 : «Ce fut Guillaume Héborden qui, le premier, s'avisa d'ériger en maladie essentielle ce s) inplùme des maladies du cœur, qui n'est autre chose <ju'un étranglement subit du cercle circulatoire au point qu'occupe le cœur, avec certaines sensations.»
Cette déOniliun est peu propre à démontrer l'erreur dos nombreux observateurs qui placent aujourd'hui l'angine de poitrine parmi les névroses, mais sans nier que certaines altérations organiques du cœur puissent produire des symptômes analogues à ceux qui servent à la caractériser. L'exclusion est encore ici du côté du réformateur.
Nous dirons la même chose pour l'asthme et pour la plupart des dyspnées nerveuses. Admettra-t-on d'avantage ses idées sur la coqueluche lorsqu'il ajoute, 2'' Examen , p. 569 : « Celte espèce de catarrhe franchit fort aisément les limites de l'irritation qui ne produit que la toux, pour se changer en une inflammation fort intense de l'appareil pulmonaire, et pour se compliquer avec la gastro-entérite. » Il conseille, en conséquence, les émissions sanguines locales et les anliphlogistiques.
Ici la médecine physiologique est encore en défaut; les praticiens savent, en effet, que dans ces altérations, en les supposant même conipli(piées , c'est l'élément nerveux qui prédomine dans la grande majorité des cas, et que si les sangsues deviennent quelt|uefois utiles, c'est plutôt contre les complications que contre la maladie principale, dont le traitement essentiel consiste dans les calmants, les antispasmodiques, et les dérivatifs sagement administrés.
8" IlvsTKRiE, NYMPHOMANIE, PRiAPisME , clc. — Le réformateur ne trouve également dans ces maladies iju'un résultat de l'irritation, cl, comme Pujol , semltle rapporter l'hystérie, par exemple, à la métritc chronique. Le plus grand nombre des observateurs , au contraire, voient dans ces altérations de véritables névroses qu'il faut combattre par les calmants, les antispasmodiques, les aphrodisiaques, au lieu do se renfermer dans les émissions sanguines el les moyens purement anliphlogistiques, utiles seulement dans les coni|dirationH, mai.s niii.sibles contrôla maladie principal»'.
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