IV. THERAPEUTIQUE
Il est aisé de prévoir , d'après les principes du réformateur , l'uniformité dosa thérapeutique dans les affections inflammaloiros; les dangers, l'insuffisance, ou la nullité de ses médications dans toutes les maladies étrangères à cette première division de sa dichotomie pathologique, dans laquelle il a fait rentrer si péniblement , et si contrairement h l'expérience , à peu près toutes les infirmités humaines.
P.rovvn avait aussi fait une dichotomie pathologique , mais opposée à celle de Broussais. Les deux réformateurs ont proscrit la médecine expectanle si souvent utile , toujours prudente et sage lorsqu'elle ne s'abandonne pas sans mesure à la stérile contemplation des maladies. Qu'ont-ils mis à la place de celte consciencieuse réscne de la médecine hippocratiquc?
Le novateur écossais voyant presque toujours la d(''bHité bien rarement lexch de force , conseilla , dans la très-grande majorité des cas, les excitants et les toiii(]ues; dans un très-petit nombre d'occasions , les calmants et les débilitants.
\a' réformateur français au contraire , croyant observer partout l'excès de force, et pres(iue jamais la débilité , |)rcscrivil, dans lo plus grand nombre des occasions, les débilitants et les calmants;
DE L\ DOCTRINE IMlYSIOLOGiyLE. 357
et, dans un petit nombre de cas exceptionnels, seulement les excitants et les toniques.
Sans doute , la thérapeutique de Brown est plus souvent en défaut , plus meurtrière que celle de Broussais ; mais on n'en comprend pas moins toute rinsutUsance disons même tous les dangers de cette dernière puisqu'elle ne s'adresse qu'aux lésions de quantité, abandonnant sans aucun secours toutes les altérations de qualité; puisque, même dans le mode pathologique exclusif auquel nous la voyons s'opposer , elle combat à peu près exclusivement l'irritation et l'inflammation, et cela par un seul ordre de moyens : les débilitants , savoir les émissions sanguines et les émoUicnts. Ainsi, la thérapeutique de Broussais est insuffisante parce qu'elle n'attaque pas toutes les maladies et que dans les maladies qu'elle attaque elle ne le fait que par une classe d'agents à l'exclusion des autres. Elle est dangereuse parce qu'elle prend à contre-sens toutes les maladies qui ne rentrent pas dans l'inflamuialion et quelle néglige absolument toutes celles qui se rattachent à des lésions de qualité.
Au milieu de ces graves défauts , la thérapeutique du réformateur nous offre des avantages que nous voulons également signaler : il conseille, dans l'application des médicaments, de ne pas seulement avoir en perspective l'influence curative que l'on se propose, mais d'approprier toujours ces agents à l'état des organes avec lesquels ils vont se trouver eu contact ; de bien apprécier les dispositions actuelles de l'estomac et des intestins avant l'administration intérieure des remèdes actifs.
Il veut que l'on raisonne autant qu'il est possible toutes ses applications thérapeuti(jues en proscrivant toujours les données de l'empirisme comme essentiellement contraires aux progrés de la science et de l'art. Ce principe serait plus sage et plus vrai s'il était moins exclusif.
Arrivé à la détermination des agents thérapeutiques , il en est un qu'il met en première ligne, et qui domine toute sa médication: c\sl l'émission sanguine. Ici, nous devons le dire , Broussais est beaucoup plus vrai , beaucoup plus sage qu'on ne le pense
358 EXAMEN CRITIQIE
généralement. Il distingue très-bien les cas dans lesquels on doit préférer la saignée des gros vaisseaux à la saignée ca]tiilaire ; ceux pour lesquels ce dernier genre d'émission convient mieux.
Toutefois on reconnaît sa grande prédilection pour les applications de sangsues ; mais il est rare qu'il en abuse dans le traitement des véritables inflammations soit à l'état aigu, soit à l'état chronique ; il précise même avec soin , surtout pour ce dernier étal , les circonstances dans lesquelles ce moyen non-seulement n'est plus indiqué mais pourrait même devenir essentiellement dangereux : sous ce point de vue , les reproches que l'on a faits au réformateur devaient bien plutôt s'adresser à ceux des adeptes qui ont outré sa théorie déjà trop exclusive, et qui n'ont pas été en position de voir (pie Rroussais pratiquait la médecine beaucoup moins syslémati(]uemcnl qu'il ne l'enseignait.
Où le novateur a fait des émissions sanguines un abus déplorable, funeste et que l'on ne peut condamner avec trop de sévérité, c'est dans toutes les maladies que son hallucination systématique lui faisait prendre pour des phleginasies , et notamment dans la syphilis, les scrofules, toute la classe des affections nerveuses cl iiiiis spécialement dans les gastralgies , les entéralgies, etc., etc.
Il a bien fait apprécier la nécessité di' la diète , des aliments très-doux , des boissons tempérantes et de l'éloignemenl des excitants pour les inflammations avec réaction fébrile et notamment pour relies île l'appareil digestif. Mais il est tombé dans un bien étrange abus de tous ces moyens pour les gaslro-enléralgies, et pour un grand nombre d'altérations diuit la perversion des conditions vitales formait le caractère fondamental . etc.
Il a mal compris le système de la dérivation médicale dont il parle sous le titre do révulsion. Aussi la médecine physiologique ne retire-t-ello qu'un bien faible avantage do cette méthode si |)uissanl(' lorsipi'clle fsl bien appliipiée.
Il a beaucoup trop négligé l'emploi des vomitifs et surtout des purgatifs dans sa terreur panique de l'irritation gastro-intestinale , •'l dans son idée fixo do confontln- toujours les embarras gastriques inti-slinaux av(!(; la gastrite et l'entérite. Il n'a pas apprécié
DE LA DOCTRINE l'HYSlOLOGlyDE. 359
l'intlucncc modificalive de l'éniélique employé d'après les principes du (•ontro-stimulisme ; a-t-il mieux entendu la doctrine du controslimulisme elle-même?
Il ne s'est formé aucune idée juste et pratique de l'action: 'I" altérante , de certains médicaments , du mercure par exemple ; 2° reconstituante de plusieurs autres , du fer surtout, etc.
Il a réduit aux conditions les plus minimes l'utilité des excitants diffusibles, des toniques et des astringents, et n'a vu, dans l'action anti-périodique de plusieurs d'entre eux, du quinquina lui-même, qu'un simple phénomène de révulsion :
>ous insisterions davantage sur ces considérations si nous ne devions actuellement les développer dans l'exposition des avantages et des désavantages de la doctrine dite physiologique envisagée au double point de vue de la théorie et de la pratique. Toutefois, il résulte des considérations précédentes que si le système du réformateur n'est à proprement parler que la doctrine de l'irritation, sa thérapeutique se réduit à celle desphlegmasies et particulièrement de la gastro-entérite par les émissions sanguines elles émoUients.
UA\T v(iHs. l^(:o^vÉMt^Ts de la imum: riivsioKMiioi e.
Nous croyons avoir fait consciencicusemcnl l'exposé critique de la révolution médicale qui vient de s'opérer au milieu de nous , sous la dénomination do médecine pliysiologiquo , on la considérant dans ses diverses phases depuis son origine jusipi'à ce jour.
Nous devons actuellement résumer toutes les considérations que nous avons présentées en citant textuellement les auteurs à r.iiqtui de leurs opinions , pour arriver sûrement ;iu |iiin(i|i;il résultat de ce travail , dont l'objet essentiel est de préciser l'inpiirncc, les araninfjrs cl les dharanfagcs de la doctrine dite physiologique envisagée au double point de vue de la théorie cl de la |iratique.
C'est par leurs fruits surtout qu'il faut juger tous les syslùmes en |iolili(pic , en philosophie comme on médecine; c'est sur des faits positifs qu'il faut asseoir ce jugement, en procédant de la vérité (le, |;i lliéorie , au succès, à la réalité de raïqtlication.
Ainsi , au lieu do nous abandonner à des r.iisonnemiMils plus mi umiii spécieux pour ou contre la médecine piiysiolojjicjue , au lieu
AVANTAGES, INCUAVÉMEMS DE LA DOCTULNE IMlV^IOl.OGiyLE. 361
de la blâmer avec passion , ou de la préconiser avec enthousiasme, nous examinerons , sans parlialilé , les faits accomplis , et nous chercherons à bien apprécier, 1° l'influence qu'elle a positivement exercée depuis son origine jusqu'à ce jour, sur l'enseiguemcnl et sur la pratique de la médecine ; 2" ses avantages ; 3" ses inconvénients.
Une doctrine sans aucune valeur traverse ordinairement son époque sans effet et sans retentissement; une doctrine large, vraie, éminemment pratique , réunit l'assentiment de tous les bons esprits, et se trouve ensuite importée dans la science et dans l'art avec toute la force d'une loi. La médecine physiologique s'est évidemment placée entre ces deux extrêmes. La prétention de vouloir nier son influence favorable serait aussi contraire à la vérité , que celle de la présenter comme un modèle à suivre exclusivement dans la théorie comme dans l'application. C'est donc à mesurer nettement les proportions relatives de ces deux conditions opposées que se réduit ici toute la question.
M. Bérard s'exprime ainsi relativement à ce point important, Eloije historique : « Si Broussais agita vivement les esprits par son Examen des doctrines, il exerça sur la thérapeutique une influence que ses adversaires eux-mêmes ont subie. Oui , la méthode salutaire qui domine aujourd'hui en France dans le traitement des maladies aiguës est son ouvrage , et chaque jour, en formulant leurs prescriptions au lit du malade, ses détracteurs rendent un hommage forcé à l'auteur de la doctrine physiologique. »
Un peu plus loin, M. Bérard expose d'une manière bien persuasive les premières impressions que lui fit éprouver la lecture de VExamcn : « Comment de jeunes imaginations n'auraient-elles pas été émues par un semblable tableau ! Les impressions que j'en ai reçues autrefois sont encore vivantes comme au premier jour. C'était au début de mes étude* , et dans un hôpital de province, où
j'érrivais Ips proscriplinns d'un V("'néralt|p profossonr (|iii cherchait h nous inculqiuT les principes de (îaubius et de Boerliaave , et aux yeux de qui Pinel était un hardi novateur. Phis d'une fois, au souvenir des pages entraînantes de ce livre, que je venais de lire en cachette, j'ai senti ma main se raidir ;in moment de tracer sur le cahier la prescription irritante tpic mon vieux maître opposait depuis quarante ans aux plus reduulables accidents des lièvres continues. »
Toute la jeunesse de l'époque fut, en effet, entraînée dans cet impétueux mouvement (jue le réformateur vint iiiquimer à la science médicale ; et ce premier succès d'enthousiasme nous expliiiuo le retentissement du bruit de celle doctrine dans tout le monde civilisé, avant que les esprits sérieux eussent eu même le temps de la méditer, et d'en soumettre les principes fondamentaux au creuset de l'observation.
Si lîroussais eût alors été professeur à l'école , si le système qu'il voulait établir avait été présenté sous les formes académiques et jn;jé dans le silence et le recueillement avant sa publication , au lieu d'être jeté , sans examen, dans un virulent pamphlet, dans un manifeste de guerre , comme l'ont dit ses ]dus zélés partisans, il est certain que cet étrange système , dans lequel un vdil l'erreur et la vérité se combattre incessamment, n'aurait offert ni rélonnaiil et prodigieux résultat do ses débuts, ni le délaissement aussi peu mérité de ses derniers instants.
L'isolement ou se trouvait le réformateur n'ayant pour appui que, son génie, l'irritation presque générale qu'il souleva contre lui, le petit vernis do persécution dont il aimait à s'entourer, le ton d'inspiration (pi'il prenait dans ses discours et dans ses écrits, la violence et l'excenlririlé de ses allaipms , la simplicité, disons-le même le caractère paradoxal de ses priniijtes, l'environnèrent , pendant queh|ucs années, de prestiges et d'ilhisions, en attendant que le temps et l'expérience vinssent le mettre on face do la réalité.
La jeunesse, qui lui avait improvisé celle ovation par une impulsion généreuse , et bien [irobablemenl sans le comprendre, ne put
le soulenir, à l'heure du jugement, contre les décrets d'un aréopage qu'il avait si cruellement blessé , si profondément indisposé contre lui.
Ce jugement, nous aurons le courage et la justice de le dire, fut aussi loin du vrai , aussi contraire à l'équité , que cette ovation avait été gratuite et peu fondée. C'est entre ces deux extrêmes que nous avons le désir et l'espérance de flxer la doctrine du réformateur, en nous appuyant sur une base impérissable, sur les faits, l'expérience et l'observation.
Si M. Barras eût mieux interprété le système de Broussais et les conditions de son développement, il aurait compris ses brillants débuts sans le frapper d'une réprobation aussi absolue, lorsqu'il dit, loc. cit., p. 509 :
« En lisant l'histoire de la médecine de notre époque , nos successeurs auront de la peine à croire que des médecins, d'ailleurs très-instruits, se soient laissé dominer par des idées systématiques capables de faire commettre les fautes les plus grossières. »
Ce jugement de M. Barras nous étonne d'autant plus que, dans quelques endroits de son ouvrage, il rend pleine justice au talent du réformateur. La cause dont nous venons de parler : nne lésion d'nmour-propre, dont Broussais n'était que trop prodigue, peut seule nous expliquer la sévérité de cette première sentence. Une citation prouvera la réalité de notre manière de voir pour M. Barras, comme pour tous ceux qui l'ont imité dans ces polémiques où nous ne voulons, du reste, ni justifier ni condamner personne.
M. Barras ajoute, loc. cit., p. S09 : « On trouvera peut-être ce
langage «n peu dur, mais dire des injures n'est pas raisonner,
et celles que les médecins physiologistes m'adressent ne m'empêcheront pas de combattre les erreurs de leur théorie avec la puissance des faits. Ces médecins se sont arrogé le droit de critiquer amèrement , d'invectiver même ceux qui n'adoptent pas tous leurs
principes Ni l'estime que vous manifestez d'ailleurs pour le
talent des hommes qui la professent , ni l'aveu des services qu'ils ont rendus ne peuvent vous garantir des personnalités acerbes dont ils font habituellement usage.»
3Gi AVANTAGES, INCONVÉMENTS
Il faut bien le dire ici, persoune assurémcnl n'a porlé plus de préjudice à la doctrine de Broussais que Broussais lui-même, par la manière peu convenante et peu mesurée dont il a traité ses adversaires, même les plus honorables, en donnant, de cette déplorable, conduite les prétextes les plus frivoles. Aussi, bien résolu de le défendre , pour le fond , dans un certain nombre de points de la médecine piiysiologique , nous ne le sommes pas moins de l'abandonner partout sous le rapport de la forme. Nous en dirons autant pour ceux de ses antagonistes dont les virulentes sorties ne sont point, à notre sens, légitimées par celles du réformateur.
IVous le redirons , toutefois, avec d'autres formes, avec des principes moins exclusifs et moins tranchants , Broussais eût produit sans doute moins de commotion , d'étourdissement et d'enthousiasme, peut-être fût-il arrivé moins vite; mais il eût en même temps occasionné moins de scandale , et porté dans les esprits une conviction plus facile, plus vraie, plus profonde et plus durable.
Le novateur eût excité des synii)alhies bien plus nombreuses, bien plus favorables à l'établissement de sa doctrine s'il eût mis à la place de tant de propositions, que leur suffisance , leur prétention et leur intolérance ont fait généralement repousser, des projtositions sages et bien établies, telles que celles-ci , par exemple. De l'irritation cl de la folie, â' édit. ,1.1, préf. p. lxv :
« Après beaucoup de vacillations dans sa marche , la médecine suit enfin la seule route qui puisse la conduire à la vérité : L'observation des rapports de l'homme avec les modificateurs rxirrnrs , rt des organes de l' homme les uns avec les autres. De loulcs parts celte méthode prévaut dans les ouvrages cl dans la pratique , soit qu'on l'avoue , soit (ju'on refuse d'en convenir : c'est la miUhode ])h\isiolo(ii(iuc , parce (]u'ellc ne peut être suivie sans que l'on étudie la vie, qui seule rend les organes ainsi modiliablos. Toutefois, il ne faut i)as s'y méprendre, ce n'est pas l'abslraclion vie i|u'il s'agit d'étudier, mais les organes vivants.
« Si l'observateur s'épuise en méditations sur des propriétés , sur des forces considérées indépendamment des organes ou des corps de la nature (jui ont sur eux de l'action, il manquera son but
1)K I.A DOCTRINE rTIYSIULOr.IQUE. 36o
nprès beaucoup de travail , il ne connaîtra ni les organes, ni les agents ; il ne connaîtra que les rêves de son imagination, il aura la tèlc remplie d'illusions. C'est ainsi que s'égarèrent les anciens; les modernes n'ont point échappé à ce piège, et l'on se prépare encore aujourd'hui à le tendre sous les pas de nos contemporains. »
Il est dans la nature de l'homme sérieux et sage de repousser les moyens violents, de se laisser convaincre par des raisons solides; mais de se soulever contre le sarcasme et l'ironie, et d'abandonner les discussions scientifiques aussitôt qu'elles deviennent des disputes d'amour-propre, toujours nuisibles à la science et même à la considération de ceux qui la cultivent. Or, ces hommes sages et sérieux , que Broussais aurait dû préférer à la multitude, qu'il aurait dû chercher avant tout à convaincre de la réalité de ses principes, auraient admis et propagé les réflexions que nous venons de citer , où tout est vrai , judicieux , bien exprimé , sans outrecuidance et sans injure pour personne. Mais, de bonne foi , qu'ontils dû penser des citations qui vont suivre, et que nous prenons entre mille du même ordre? 3' Examen, t. i,p. •/ ;
« Certes la doctrine physiologique a vaincu, mais la mauvaise foi ose le nier et cherche à chaque instant à détourner l'attention des médecins de la source d'où elle émane, en faisant mentir l'histoire. Pour mellre les choses à leur véritable place, et n'être pas le jouet des coteries, il n'y a , pour l'homme impartial , d'autre moyen que de porter ses regards sur les systèmes de tous les siècles , afin de découvrir les sources des idées qui gouvernent aujourd'hui le monde médical. »
Ils ont trouvé ces prétentions exorbitantes, pour ne rien dire de plus, et leur premier mouvement a tout naturellement été de les réduire à leur juste valeur, avec une disposition assez conséquente à les placer au-dessous ; d'autant mieux que toute cette préface est une déclamation rien moins que séante. Traité de l'irritation et de la folie, â'édit., t. 1 , préf.,p. lxxiii : Broussais parle des hommes qui ne partagent pas ses idées médicales et philosophiques:
« Prenant le ton et le langage des fanatiques en religion, auxquels ils ont la prétention de se substituer, ils insinuent, quedis-je,
;iGG AVANT.vr.Es, inconvénients
ils proi'Ianienl ii liaulo voix qu'on no peut èire homme de Lien à moins d'être de leur parti. Peu s'en faut qu'ils ne déclarent dignes du gibet ceux qu'ils nomment les sensualisles ! Qui itourrail être dupe du soin olTuicux qu'ils prennent do distin^'uer en eux , pour excuser leur vertu , l'homme privé du philosophe , et d'en tirer la prétendue preuve d'une conviction non avouée en faveur de principes opposés , ou d'une inconséquence digne de pitié ? » Us ont trouvé celle sortie sans dignité , sans convenance et surtout d'une bien remarquable obscurité.
Catli. de la mcd. phy. p. 44S : lorsque le savant dit avec complaisance au jeune médecin : « Vous avez je le sais de nombreux parlisants dans la capitale; mais en comptez-vous autant dans les provinces et chez l'étranger? » Celui-ci lui répond, eu élevant la tête et la voix :
« Beaucoup , monsieur , je vous l'assure , plusieurs de nos grandes villes ont reconnu les bienfaits de notre doctrine : elle prédomine manifestement à Lyon ; Bordeaux commence à la voir fleurir dans son enceinte ; malgré les déclamations furibondes et ijrossières d'un ignorant la presque lolalilé des médecins de Versailles ont déjà su lui rendre justice ; Toulouse à la vérité la connaît à peine , mais l'école de Montpellier possède un professeur qui l'a déjà fait goûter à la plupart des élèves ; celle de Slrasbourt; se voit forcée à la recevoir de quelques-uns des siens , et l'hôpital militaire d'instruction de celle ville la fait briller du plus vif éclat :
« Elle triomphe à Nancy et dans les murs de Metz ; Brest , Toulon, et tous nos ports de mer ont donné les premiers, en France, l'exemple de celle salutaire adoption. Marseille, Nantes, Hennés oui longtenqis résisté, mais désormais nous y comidons un certain nombre de nos condisciples les plus distingués, dont les succès ont déjà fixé l'attention publique ; une foule de petites villes se sont rendues depuis longtemps à l'évidence (jui caratériso notre précieuse doctrine , et les campagnes commencent à ressentir ses bienfaits.
« I.a Belgique s'est distinguée, d'une manière toute particulière;.... il n'est aucune d(; nos propositions iiui ne soil
DE LA DOCTRINE PHYSIOT-OGIQUE. 367
incessamment méditée et commentée par les professeurs les plus renommés des universités de ce royaume :
« Un jeune professeur a transplante celle doctrine dans l'université de Gotlingue;.... les autres écoles d'Allemagne et celles d'Angleterre n'en ont encore qu'une idée confuse ; mais l'Espagne en jouit, déjà, depuis plusieurs années, par les soins du docteur Hurtado qui l'a rendue Irioni pliante dans la ville même de Madrid :
« L'Italie est sur le point de changer son Brovvnismc pour la médecine physiologique plusieurs élèves très-remarquables de noire
professeur ont éclairé quelques points des États-Unis d'Amérique ; et les médecins formés dans nos écoles de marine ont répandu notre doctrine dans la plupart des Antilles, au Sénégal, à Pondichéri , à Calcutta et dans presque tous les établissements de l'Inde ;
« Partout, on se félicite de cette heureuse acquisition ; partout les jeunes apôtres de nos principes l'emportent sur les parlisants des routines surannées!
« Jugez parla, monsieur, si vos craintes sur les obstacles qu'on nous oppose sont bien fondées. Croyez que les plus puissants se trouvent à Paris même, à cause de la résistance des corps savants.... Mais qu'importe l'opposition des noms célèbres : ils n'empôclieront pas la vérité d'être connue.... et ceux qui la rejettent avec tant d'opiniâtreté se trouveront bientôt seuls au milieu d'une nouvelle génération de médecins plus éclairés, plus fermes et surtout plus ardents qu'eux. »
Us n'ont vu dans cette longue énumération que des déclarations remplies de jactance et de prétention , bien déplacées , surtout dans la bouche du réformateur, et loin de craindre l'accomplissement de sa terrible prophétie , ils ont trouvé dans le ton même et dans les manières du prophète l'assurance qu'elle ne se réaliserait jamais.
Ce n'est pas tout encore, le trop crédule savant ajoute : loc. cit., p. 452: « Si ce que vous me dites est vrai, comme je suis porté k le croire , votre triomphe sera moins éloigné que je ne l'avais d'abord pensé. »
Et lorsqu'il s'étonne que les adversaires de la doctrine
physiologiquo ne l'aiont [upiiit « iL'ful(''i' en forino par b voie de l'impression, » le jeune médecin lui répond :
« Ktablissons ici une distinction importante : les professeurs de l'école , les membres de l'académie des sciences , ceux de l'académie de médecine, n'ont point publié d'ouvrages contrôla doctrine pbysiolojriquo; ils auraient craint de se compromettre. Seulement on a vu paraître à plusieurs reprises des livres contre l'auteur de celte doctrine , composés par des jeunes gens qui pensaient faire leur cour ii la Faculté.... ils se livraient à des personnalités injurieuses , où débitaient des mensonges grossiers : aussi n'ont-ils inspiré (lue le mrpris. »
Ils n'ont vu dans une attaque aussi peu convenante qu'une provocation à laquelle aucun d'eux n'a trouvé sage de répondre, précisément par la raison que donne le réformateur: « pour ne passe compromettre. » Us auraient volontiers abordé une discussion polie , académique ; mais une dispute acerbe , ironique el mordante ne leur paraissait ni d'un bon goût , ni fructueuse pour la science ; ils ont dû s'abstenir surtout d'après celte remarque ajoutée par le jeune médecin :
« Les attaques dirigées contre notre doctrine ont toujours /?or^' malheur à ceux qui les ont tentées. » C'était en faire en clTel un nolime taurjere.
Mais voici quebpie chose de plus curieux encore. L'diïicieux savant fait cette remarquable question : loc. cit., p. 454 :
« Ses ouvrages ont-ils élé bien accueillis du public? « Le jeune médecin répond, sans même se donner \r temps de réflécliir: « à tel point que les éditions ne cessent do s'en multiplier, el que pour obtenir la faveur du public , les auteurs dos ouvrages nouveaux ont élé obligés de les commenter ou de les copier. Ainsi les rédacteurs du grand Dictionnaire des sciences m('dicalrs, cpii était conunencé avant notre doctrine , se sont vus forcés d'en prendre la couleur \\i)\\r éviter mie rliiilr comjilcte, etc., elc. »
Us ont trouvé (pie lo jeune médecin fuit un peu trop l'article dans cette citation , el i|i:e railleur n'y diuine pas la preuve d'un lac! bien délirai , cl d'une liii'u grande niodeslio.
Le savant, toujours si plein de bienveillance pour la doctrine et pour son auteur, dit au jeune médecin, à propos île la phdiisie pulmonaire qu'il prétendait guérir quelquefois et prévenir toujours, loc. cit. , p. 90 :
« Je vous souhaite des succès qui justifient pleinement votre manière de voir. » Celui-ci répond , avec la plus grande assurance : « nous les avons obtenus, nous les obtenons tous les jours, ces succès; et les familles dirigées par les médecins physiologistes, ont aussi peu de phthisie que de fièvres putrides, malignes; etc. nous prévenons tout cela quand on nous appelle de bonne heure , et quand on suit nos conseils. »
Alors le savant Béat au comble du ravissement et de l'enthousiasme laisse échapper malgré lui cette exclamation bien naturelle :
« Vous êtes vraiment admirables , messieurs les physiologistes!.... »
Ils ont pensé que rien ne pouvait égaler ici la suffisance et la présomption du jeune médecin , si ce n'est la prévoyance du réformateur , et son savoir faire pour s'attirer des clients ainsi qu'à ses adeptes, car il ne faut pas perdre de vue que le catéchisme de la médecine physiologique est un factum destiné au public.
Mais voici une dernière citation qui dépasse toute mesure : le savant, dans les élans de sa reconnaissance pour les éminenls services que la doctrine physiologique dit avoir rendus même à la chirurgie, épanche ainsi naïvement le sentiment qui l'inspire: loc. cit., p. 460 :
« Je fais des vœux ardents pour que votre doctrine, dit-il au jeune médecin , répande bientôt son heureuse influence sur la chirurgie; car malgré toutes les précautions hygiéniques que je puis prendre pour conserver ma santé , je ne saurais répondre que ma tête ne sera pas fracassée ;;«»• une tuile détachée du toit, ou ma jambe rompue par une voiture qu'un ivrogne de cocher aura fait verser en chemin. »
Celui-ci répond avec un grand sérieux : « la révolution que vous désirez , monsieur, est déjà opérée dans l'enseignement chirurgical de Paris: les professeurs qui attirent aujourd'hui la foule des
élèves ne (loivcnl ces succès qu'à t'udojition qu'ils ont faite de notre ductrinc. »
Le jeune médecin fait ensuite invasion dans la médecine vétérinaire , et le savant, qui marche d'ébahissemenl en ébahissenicnt,
lui formule celte question : « quoi I la médecine vétérinaire aussi
vous vous connaissez donc dans les maladies des animaux? »
Le jeune mrdccin lui répond comme on le comprend bien par nno triple affirmation, puis il ajoute, p. 402:
« Nous verrons si les savants que celle médecine compte au rang do nos académiciens se montreront aussi entêtés que nos anciens docteurs. S'ils résistent, lanl pis pour eux; leurs élèves, qui sont aussi les nôtres , auront toute la gloire do cette utile révolution. »
Alors le savant au comble de l'admiration ne jieul jdus retenir l'explosion de ses vœux et de son enthousiasme et dit : « puisque la doctrine physiologique est devenue si nécessaire au bonheur de la société , d'où vient que son auteur n'a pas encore publié un traité complet de médecine?»
Les hommes sages et sérieux , enfin , on lisant ces passages (ju'ils se sont abstenus do qualifier et surtout de commenter , ont été dominés par un sentiment pénible , qui momentanément a fait tairo tous les autres : le regret profond do voir l'auteur des phlcgmasies chroniques descendre jusqu'au déplorable niveau du catéchisme de la médecine physiologique !....
Toutefois, il existait, dans la révolution médicale dont Rroussais était le chef, un principe de fécondation et de vie, qui, malgré les obstacles apportés parles fautes et les excentricités du réformateur, la faisait marcher invinciblement vers la destruction des préjugés et des erreurs qu'elle avait pour mission de combattre et d'anéantir.
Les hommes graves et consciencieux adoptèrent dans renseignement el dans la prati(|ue un certain nombre des principes de la nouvelle doctrine , tout en déplorant les formes exclusives et violentes sous lesquelles on la présentait ; et nous devons le dire , a l'honneur de la médecine physiologi(|ue ; dans les écoles , dans
les hôpitaux, dans l'exercice civil et militaire, la science et l'ait prirent une face nouvelle et semblèrent s'harmoniser de plus en plus avec les progrès de l'intelligence et de la raison.
CommeleditencoreM. Buvard, Éloij.lmt. : « Ce n'est pas seulement une jeunesse inexpérimentée qui se laissait captiver par l'éloquence de Broussais; il y avait des séductions pour tous dans la simplicité du dogme physiologique , la facilité merveilleuse avec laquelle il se prêtait cependant à l'explication des modes pathologiques les plus variés, l'espoir d'arriver à l'unité, cette utopie de tous les temps, que poursuivent, sans jamais l'atteindre , médecins, naturalistes et philosophes, et surtout dans le ton de convielion d'un réformateur, aUîrmant que sa doctrine reposait sur des bases inébranlables, et aurait prochainement, sur la population, une influence plus marquée que la découverte de la vaccine. »
M. Bérard parle ensuite des combats que la doctrine physiologique eut il soutenir. Ce point a besoin d'un commentaire , peutêtre même d'une rectification. L'auteur ajoute en effet :
« Les hommes que Broussais avait attaqués avaient pu affecter des formes dédaigneuses , et se taire tant que leur adversaire n'avait parlé qu'à la foule assemblée dans un amphithéâtre ; mais , après l'apparition de ce terrible Examen , que tout le monde voulut lire, il fallait répondre , il fallait combattre ou se déclarer vaincu. Hélas I j'ai regret de le dire , le combat eut lieu , quelquefois avec des armes ;>eM loyales. On essaya de se défendre sur certains points que la réforme avait attaqués , et lorsqu'on fut enfin contraint de les abandonner, on prétendit qu'ils avaient été conquis par d'autres que Broussais; on lui nia ses découvertes. Il a eu le sort des hommes de génie. »
Nous avons eu besoin de trouver le nom de M. Bérard à la fin de cet article pour ne pas adopter la pensée qu'il avait été rédigé par Broussais lui-même ; c'est, en effet, une fidèle copie do plusieurs passages de VExameu des doctrines.
Comment M. Bérard a-t-il pu croire et surtout écrire que refuser de répondre à l'inconvenant pamphlet du réformateur diiiil s' avouer vaincu, lorsque c'était prouver luiil siinplenant que l'un conservait
'Mi AVA^TA(".E^;, INmwf.MF.XTS
l'eslime de soi-mt''nio , ol que Ton lenait à ne pas perdre celle des autres? .Nous fi'licilons , au ooniraire, les niôdcciiis reconuiiandables qui n'ont pas daij,MU' comprendre un aussi scandaleux appel. Où M. Bérard a-t-il donc vu qu'un combat sérieux avait eu lieu entre Broussais et ses plus redoutables adversaires , avec humiliation pour ces derniers el victoire éclatante pour le réformateur?
Pour démontrer l'illusion ipie s'est faite notre honorable confrère, nous pourrions invoquer l'iiistoirc médicale de celle épo(iue; nous préférons le témoignage de Broussais lui-même , il ne sera pas suspect. Il dit, comme nous l'avons déjà vu, Caili. de la méd. pinjs., p. 455 :
«Les professeurs de l'école, les 7nembres de l'académie des sciences, ceux de l'académie de médecine n'ont point publié d'ouvrages contre la doctrine physioloi!ii]ue; ils auraient craint de se compromettre : seulement on a vu paraître à plusieurs reprises des livres contre l'auteur de cette doctrine , composés presque tous par des jeunes gens qui pensaient faire leur cour à la faculté. »
Lorsque le savant demande au jeune médecin, p. 454 : « Est-ce que votre chef n'a point réfuté ces ouvrages? celui-ci ré|)ond : « Non, monsieur, il a laissé ce soin à ses élèves Il s'est contenté de résoudre dans ses cours les objections assez spécieuses pour imposer aux personnes peu instruites. »
Nous devons noter que ce passage s'imitrimait » n 1824, et que le 1" Examen est de 1816. Ainsi, entre Broussais, qui désirait ce combat, qui se plaint dans le 2'' Examen de ne l'avoir pas obtenu , qui déclare dans l'ouvrage que nous venons de citer ipie le combat décisif n'a pas eu lieu, el M. Bérard qui en donne les détails el les résultats , le lecteur pourra choisir et prononcer.
Comment M. Bérard a-t-il cru voir une attaque déloyale de la part des adversaires du réformateur, lors(iu'ils ont avancé quo, parmi les découvertes que Broussais annonçait avec tant de prèsoniiition comme sa propriété, plusieurs n'étaient |)as nouvelles? Surtout lorsipie M. Bérard dit lui-même quehpies lignes plus bas : « Ce n'esl p.is ipi'on ne puisse trouver dans certains écrits antérieurs à ceux de Broussais l'idée de rapporter les fièvres
DE l.A DOCTIUNE l'IlYSlOLOGigLE. 373
essonliclles à qiicltiue lésion locale, ou le conseil d'opposer aux maladicsaiguës une tliérapeuUiiue moins funeste que celle de lîrown. Mais, je le demande, quel retentissement avaient ou parmi nous des propositions mortes en naissant? Se souvenait-on en France des assertions de Baglivi sur la nature des flèvres malignes ? Y avaiton tenu compte des vues de Reil sur la cause prochaine des maladies et la nécessité de les localiser? Et, pour en finir avec des prétentions plus modernes , Caffiu ou Prost avaient-ils porté la plus légère atteinte à la domination de Pinel? avaient-ils commencé la réforme , ou dissipé le moins du monde les ténèbres qui nous entouraient? »
Si les découvertes dont parle M. Bérard, si beaucoup d'autres qu'il n'indique pas, et que nous avons signalées en faisant l'exposition de la doctrine physiologicpie, avaient été verbalement émises par leurs auteurs, puis oubliées ensuite, nous comprendrions un semblable raisonnement; mais ces vérités étaient écrites dans les annales de la science , et dans un si grand nombre de pages , qu'il est au moins permis d'accuser le défaut d'érudition de Broussais, lorsqu'il vient les publier comme sa propriété; et que nonseulement il n'est pas déloyal , mais qu'il est même du devoir d'un homme probe et consciencieux de signaler des erreurs de ce genre lorsqu'elles se glissent dans la science.
Pour les avantages de l'application d'une découverte , il existe en eiïet deux mérites , celui de Vinvcntion et celui de la propagation. Nous avons, sous ce dernier rapport, largement accordé au réformateur la part de gloire qui doit naturellement lui revenir; mais nous eussions cru manquer essentiellement à l'équité en dépossédant les auteurs de ces innovations du mérite réel de les avoir trouvées; par cela seul qu'ils avaient manqué d'occasion , de pouvoir ou de savoir faire, pour les livrer au grand jour de la publicité.
Ce défaut de justice nous eût même semblé s'aggraver de toute la portée de l'inculpation que M. Bérard lui-même adresse à l'auteur de la doctrine physiologique, lorsqu'il dit, loc. cit. : « Peut-être la postérité reprochera-l-elle à Broussais de n'avoir fait comparaître,
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dans l'cxamon des doctrines, ses devanciers cl ses contemporains que pour les immoler à ses principes. »
Nous eussions désirô no pas revenir sur cette queslion de priorité , mais il nous était impossible do laisser passer sans examen les rédexions fautives d'un confrère dont l'opinion doit avoir beaucoup de poids. Nous nous empressons, du reste, de reconnaître tellement la véracité de M. Bérard, que nous avons l'assurance de le voir immédiatement revenir d'un moment d'illusion , et do déclarer que nous n'avons eu, dans celle réclamation, qu'une seule pensée , celle de faire juger Broussais sans passion et sans partialité.
Nous croyons, du reste, avoir démontré (|ue le réformateur a créé les principaux obstacles à l'établissement de sa doctrine; si nous avions besoin d'une dernière preuve , l'un de ses élèves les plus distingués viendrait lui-même nous la fournir. M. Monfalcon dit en olTot, Dirl. drx xcicnc. méiL, t. 20, p. 1 U :
« L'auteur do la nouvelle doctrine se fùl peut-être concilié plus promptemenl do nombreux sulTraucs s'il eût voulu s'abstenir des sorties violentes qu'il s'est permises contre des savants justement célèbres; plus df modération aurait sans doule ajouté à la bonté do sa cause et décidé plusieurs de ses partisans socrets. La conviction intime d'avoir trouvé la vérité , celle ardeur, cet enthousiasme qui anime et entraîne les hommes à grandes vues, ont fait méconnaître quelquefois à Broussais celle réserve , celle politesse, cette franchise décente que mettent dans leurs discussions les médecins qui se respectent. »
Broussais lui-même avait senti le grave iiiconvénieul qno vient de signaler M. Monfalcon , puisqu'il fait dire à son jeune médecin du Catécliigmc , en parlant de lui-même, ji. 464 :
« Il accueille toutes les objections (ju'on lui fait, et y répond en écartant Inuir (licjrcur et toute prrsonnaliliK »
Il sullil de lire les ouvrages cpie In réformalenr a puldiés f/r/*?//.v pour se convaincre ([u'il n'a pas tenu à la bonne résolution qu'il somblail avoir prise on érrivanl ce passage.
Toutefois , nous le redirons encore ici . la doctrine du
réformateur a manifestement exercé l'inflncnce lapins profonde sur la médecine au point de vue de la théorie comme à celui de la pratique , non-seulement en France , mais dans le plus grand nombre des pays civilisés, depuis son établissement jusqu'à ce jour. Voyons actuellement quels ont été , quels sont encore aujourd'hui les avantages et les désavantages de cette inlluence incontestable.