‹ Histoire de la révolution médicale du XIXe siècleChapitre 57 sur 64 · II. AVANTAGES DE LA DOGTIIINE PHYSIOLOGIQUE · texte numérisé non relu

II. AVANTAGES DE LA DOGTIIINE PHYSIOLOGIQUE

Si nous n'avions à considérer que le système de Broussais, nous dirions alors avec M. Barras, Traité des (jastr., p. 47 : « Triste héritagii du Brownisme , la dirotomie pathologique est loin d'embrasser la totalité des maladies. Entre la faiblesse pure et l'inflammation vraie, il se trouve plusieurs états morbides qui refusent de se prêter aux divisions arbitraires des systématiques. »

Nous serions de plus fondé à le condamner entièrement comme insullisant, erroné; comme plus étroit encore que celui ûa Géromini , élevé sur une base analogue, d'après Taveu de M. Bérard lui-même , loc. cit.: « Quant àGéromini , s'il fonda sur l'irritation un système pathologique /j/ms complet peut-être que celui de Broussais , il est juste de dire qu'il avait été devancé par la publication des Phlegmasies chroniques. »

Enfin, nous pourrions même nous dispenser do l'examiner d'avantage d'après la manière dont le novateur l'a rendu plus exclusif encore et plus borné dans le Catéch. de la méd. phys., p. 581. Il parle de l'irritation et des sympathies, qu'il regarde comme la répétition de la première dans les différents tissus :

« Il ne peut y avoir que cela dans les maladies qui manifestent de l'activité ; et, sans la théorie de l'irritation, je défie tout médecin, quelque érudit qu'il puisse être, de se comprendre lui-même, et de diriger le traitement de l'affection la plus simple. Ils l'ont assez prouvé par la manière aussi ridicule que funeste dont ils traitaient nos infirmités jus(pi'à l'époque de la doctrine physiologique; par leur patience ridicule à attendre des crises (jui ne se

37G AVANTAGES, KNCONVKNIEMS

fonl bien souvonl qu'aux dépens du malade ; par leurs spécifiques divers appliqués aux nuances d'une niéuie alTeclion, etc. »

Mais nous voulons étudier Hroussais dans ce qu'il renferme de grand, de vrai, d'utile; c'est dire que nous allons examiner la doctrine du réformateur d'abord dans ce qu'elle peut oiïrir d'avantageux au point de vue de l'enseignement et de la pratique.

Broussais avait bien compris le génie scientifique de son siècle, et la noble émulation dont il était animé semblait avoir puise son principe de vie dans l'exemple des hommes éminents dont il avait été précédé. Il exposa ainsi lui-même les circonstances favorables à ses progrès. Traité de l'irrit. et de la fol., 2" édit., pn'f., ji. i.\i\ :

« Introduits dans le sentier de l'observation par les idées de Descartes sur la méthode, et par les conseils de Bacon, éclairés sur la nature de l'instrument qui sert pour cet objet, par les travaux de Locke et de Condillac, les Français procédaient avec zèle et avec concert à l'agrandissement de toutes les connaissances utiles : c'est à cette unanimité d'efforts (|ui' la physique, la chimie, l'histoire naturelle doivent les progrés (jui les distinguent parmi nous, et qui ont donné tant d'essor à l'industrie.

« I.o tour de la médecine était arrivé, les études de cette science, de vagues qu'elles avaient toujours été , commençaient à devenir précises, depuis qu'à la mélhoilc expérimentale du grand llaller elle ajoutait la comparaison des organes malades avec les syniplômes, et l'étude des propriétés et des forces vitales dans les lésions pathologicpiL'S. Chaussier avait bien tracé la roule de l'obser-

vati(ui physiologiipie , Pinel avait tenté l'analyse philos<)i)hiquo

des maladies, il avait émis (|iii'liini's idées que le génie de

Bichat avait fécondées, en donnant des bases solides à la pathologie Nous profitions des avis de (lomlillac pour iterfectionner

notre langage scientifiipie. »

Le novateur, d'après ses projires aveux, n'a donc pas, comme l'ont avancé (|uelqucs enthousiastes , dnuiit^ la i)remière impulsion ii sou siècle; mais il a puissamment secondé celle inipnlsion. Il n'a donc pas iiivcnlé toutes les vérités de sa doctrine, mais il a

DE LA DOCTULNE PHysiOLOGigLE. 377

pris dans le domaine de la science le plus grand nombre de ces germes précieux , et les a fait fructifier par la fécondante chaleur de son génie.

Telles sont, sur ce point important, les opinions de ceux qui ont bien étudié cette révolution médicale , et qui la jugent sans ]iréoccupation. Telle est le pensée de M. Bérard, Elog. Itist. :

« Les réformateurs, et parmi eux les plus radicaux, ont subi, et quelquefois à leur insu , la double influence que nous venons de signaler : Broussais n'y a pas échappé. S'il l'ut vilaliste pur, s'il professa plutôt le solidisme que l'humorisme , s'il s'appliqua à rattacher les maladies aux organes, à les localiser, s'il essaya enfin d'asseoir tout à la fois la physiologie et la pathologie sur cette vérité désormais impérissable : que la vie s'entretient par l'action des stimulants, c'est que, avant lui et autour de lui la science avait commencé à se mouvoir dans cette direction. A la vérité , l'impulsion qu'il lui communiqua fut si vigoureuse et si soudaine, que pliixieurs purent penser que c'était seulement de ce moment gu'on avait commencé à marcher. »

Nous admettons d'autant mieux la réalité de ces observations aussi judicieusement conçues qu'elles sont nettement exprimées , que nous y trouvons le résumé précis des vérités que nous avons démontrées sur ce sujet dans l'examen critique de la doctrine du réformateur.

Ainsi , le premier mérite que nous reconnaissons dans Broussais et dans la médecine physiologique, c'est d'avoir réuni , coordonné, mis en lumière des vérités qui se trouvaient déjà dans la science, mais sans y porter leurs fruits par défaut de chaleur et de culture ; c'est d'avoir signalé plusieurs autres vérités fondamentales et jusqu'alors inconnues; enfin, c'est d'avoir affermi la science médicale dans sa marche plus physiologique, plus expérimentale et plus positive , en la dégageant des vieilles erreurs et des préjugés sans fondement, consacrés par l'ignorance ou la crédulité des siècles passés. Et, comme l'a dit encore M. Bérard, loc. cit. :

« A sa voix , toute une génération médicale s'est émue, l'esprit de libre examen s'est introduit chez ceux-là même qui avaieut

378 AVANTACES, INCONVÉNIENTS

accepté sans discussion les principes empruntés par l'écolo à rautnrilô d'un illustre nosographe. »

Après avoir ainsi bien fixe les termes de la question, en indiquant les avantages de la médecine physiologique , nous n'y distinguerons plus ce qui appartient à troussais, à ses prédécesseurs, à SOS contemporains. Nous examinerons cette doctrine hors du cercle étroit dans lequel le système du réformateur semblait vouloir la renfermer, et telle qu'elle est sortie de la révolution médicale qui vient de s'opérer au milieu de nous. Cette manière de voir est d'autant jilus indispensable (pie nous devons étudier cette même doctrine surtout au point de vue de l'application, et que Broussais observateur ne praliipiail pas la médecine comme l'enseignait Broussais systématique.

La médecine physiologique olTre. sur le plus grand nombre des autres doctrines, même en la considérant au point de vue théoriipie , l'avantage incontestable de reposer sur une base fixe , que l'iiii pourrait même déclarer la seule vraie, la seule admissible, en lui donnant tout le développement qu'elle devrait naturellement présenter. Ainsi , sous ce rapport essentiel , celui qui doit d'abfud jixer l'atlenlion , le réformatetir a jeté , comme pierre fondamonlalc do sa dncirine, un fait positif, mais un fait insudisant; il fallait cinq colonnes à ci'Ite base de l'édifice, Broussais en a placé deux seulement. L'inconvénient se fait donc inunédiatemenl sentir ici à cMs de l'avantage; mais n'examinons d'abord quo co dernier.

Lo novateur a .sagement dit. Traité de l'irrit. et de la fol., 2' édit., f. /, prt^f., p. lxxvi : « 1/homme chez (jui le jugement remporte sur l'imagination se contient et gémit d'être forcé de demeurer dans l'ignorance des causes premières. Pour celui-là, le mot force n'est qu'une formule , lo signe d'une perception ipi'il a reçue à l'occasion d'un iiiiiiiuiiniic , et il ne s'en sert que iHnir en «liercher d'autres que ses sens puis.senl également saisir. »

Là se trouve l'idée première qui devait amener la proscription de l'outologismo et la localisation des maladies. L'occasion de celle réforme ne larde pas à so nu)nln'r dans la remar(|ue faite |>ar BruUiisuis relativement au caraelère principal (pif présentai! la

DE LA DOCTKINE PHYSIOLOGigUE. 379

mcdecinc avant rétablissement de sa doctrine, toc. cit., texte, p. m.

« Chaque maladie était considérée , non pas comme l'affection de tel ou tel organe , mais comme un groupe de symptômes portant telle ou telle dénomination, et exigeant nécessairement les débilitants et les forliflants. Lors donc que l'on rencontrait un malade , on comptait les symptômes sans s'informer de quel organe ils dépendaient. Cela fait , on donnait à l'ensemble de ces symptômes le nom de la maladie avec laquelle on trouvait qu'il avait le plus du rapports. La dénomination était tirée des anciens auteurs; mais, quant au traitement, on en puisait les bases dans le système du médecinécossais.Si la maladie appartenait aux affections stliéniqucs de Brown, on la traitait par les débilitants ; si elle se rapportait aux aslhéniques du même auteur, les stimulants étaient préférés ; et notez que ces derniers cas étaient incomparablement les plus nombreux. » Tels étaient bien, en effet, l'enseignement et la pratique de la médecine, lorsque la doctrine physiologique vint proposer les principes suivants, alors contestés par l'ignorance ou la superstition, aujourd'hui solidement établis par l'expérience :

1 ° Il ne peut exister aucune entité morbide étrangère à l'économie vivante , indépendante des organes.

2" L'état pathologique doit être avant tout placé , recherché dans l'affection des tissus vivants.

W La maladie locale n'est que le résultat de cette altération organique.

4° La maladie générale est ordinairement l'extension de la souffrance organique , par l'intermédiaire des rapports qui unissent entre eux les divers instruments de la vie.

5" Cette vie n'est elle-même que la conséquence du jeu physiologique de ces instruments; elle s'entretient par l'influence des agents extérieurs.

6" L'influence de ces agents peut être normale , d'où résulte la santé; elle peut être anormale, d'où résulte la maladie.

7" Maintenir rinlluenco normale des agents extérieurs, prévenir leur influence anormale; tel est l'objet de l'hygiène.

380 aNA.NJAOES, I.XCU.WK.MEM^S

8" Comballre l'induonce anormale de ces agents , prévenir ou roparor les désordres organiques : tel esl celui de la lliérajieutique raisonnée.

<Jue l'on ait abusé de ces principes fondamentaux auxquels nous avons cru pouvoir ainsi ramener les bases générales de la médecine physiologique, nous aurons malheureusement occasion de le reconnaître et de le déplorer; mais l'abus d'une loi n'en détruit ni la réalité, ni la portée ; or, celles (pie nous venons de poser comme axiomes de la doctrine physiologique ne périront jamais, puisqu'il est inq)ossible de ne pas reconnaître qu'elles sont l'expression de l'immuable vérité.

Les résultats avantageux que ces principes ont déjà produits dans l'enseignement et la pratique de la médecine sont immenses; ceux (lu'ils sont appelés à réaliser, lorsqu'ils auront été plus largement interprétés que ne l'a fait le réformateur, nous paraissent incalculables.

En parlant de ces grands principes physiologiques, pour s'élever à la connaissance de la pathologie, Broussais n'a pas toujours suivi la voie directe qui s'ouvrait si naturellement devant lui. Plus d'une fois il a compromis sa marche par de graves aberrations ; nous ne reculerons pas dans celte partie pénible de notre mission, lorsqu'il s'agira de les signaler; mais d'abord qu'il nous soil permis de réparer ici, relativement aux jugements portés sur le mérite essentiel ilii réformateur et de sa doctrine, les orrtMirs, disons plus, les injustices de quelques opinions contemporaines, en attendant que la postérité |>roiionce.

En considérant l'irritai ion comme lo fait capital de la pathologie, Broussais n'en comprenait-il pas bien les principales déterminations lorsqu'il disait : Traité de l'irritai ionet de la folie, p. 59 :

« Voilà donc trois ordres de puissances stimulantes et excitantes : \" les corps extérieurs : excitation convergente qui aboutit au cerveau; 2" l'innervation du cerveau sur tous les tissus: excitation divergente; 3" les stimulations résultant du mouvement des fluides assimilés ou non assimilés, au milieu des solides : oxcilalion générale qui s'exerce dans toutes les directions et qui se propage dans

nE i.A DOCTRINE rnvsiOLor.ioiE. 381

le .système nerveux. Ajoutez-y les influences des organes les uns sur les autres , soit par l'intermédiaire du cerveau , soit immédiatement par les cordons nerveux , sorte de stimulation qui se fait dans des sens déterminés, et vous aurez l'idée des principales stimulations de l'économie. »

Broussais ne savait-il donc point appli([uor cette grande loi de l'irritation à la description des maladies, lorsqu'il écrivait au milieu de tous les obstacles réunis, son remarquable traité des phlegmasies chroniques ? N'avait-il aucun mérite particulier , lorsqu'il précisait, avec autant de génie que de sagacité, les caractères de l'inflammation , ses différents modes et surtout le passage de cette maladie de l'état aigu à l'état chronique ; en faisant voir que des organes où l'on soupçonnait une atonie , une faiblesse réelle , que l'on fatiguait par l'action , alors si dangereuse , des toniques et des excitants , étaient le siège d'une phlegmasie qu'il fallait traiter par les émissions sanguines et les émollients; en démontrant que des sujets repoussés durement par l'ignorance ou l'irréflexion , avec le titre Ad malades imaginaires , étaient souvent affectés de lésions intérieures qui devenaient apparentes , pour le commun des médecins , seulement alors qu'elles étaient incurables et le plus souvent mortelles ?

Sa thérapeutique, dans cet ordre d'altérations surtout, était-elle sans avantage pour les malades , sans influence marquée sur la pratique de la médecine , lorsqu'il traçait , avec toute l'assurance et toute la mesure d'un observateur profond , les cas dans lesquels on devait recourir aux émissions sanguines , et ceux dans lesquels il était plus sage de s'en abstenir?

Enfln n'avait-il pas le mérite positif d'une grande utilité pratique et même de la nouveauté lorsqu'il traçait, avec tant de supériorité, l'histoire des phlegmasies gastro-intestinales et notamment de la gastrite , qui jusqu'alors n'avaient pas été considérées sous leur véritable aspect? lorsqu'il conseillait de saigner à fond dans les phlegmasies violentes , et de soumettre les hémorrhagies actives au traitement des inflammations?

il snflit, pourohleiiir la solution réelle de ces diverses questions,

:iSi AVANTAC.ES, INCONVÉNIENTS

ircxaminer, sans pri'vonlion o( sans iKirlialilt' , les cliangcmcnls avantageux cl fondamentaux survenus dans l'enseignement et la pratique de l'art médical , dans la doctrine des ouvrages publiés sur cet art, depuis la propagation des travaux du réformateur; il suffît de consulter l'opinion des hommes indépendants et (jui préfèrent, à leurs sympathies ou à leurs antipathies particulières, les intérêts de la science cl de la vérité. M. Bérard s'exprime ainsi Eloy. hisl. :

« Qu'un médecin des armées nous transmette le tableau fidèle (le (luelques-unes de ces maladies aigués qui frappent épidémiciuemcnl de grandes réunions d'hommes ; qu'il nous montre les ravages produits par les typhus, la dyssentcric, lai)esle.... nous ne sommes

pas surpris Mais que, dans la vie agitée des camps, dans le

désordre des ambulances , un homme ait conçu le projet de saisir jusqu'aux nuances fugitives cl presque imperceptibles de ces affections lentes qui minent sourdement l'existence que cet homme

ait laissé loin derrière lui tous ceux i\m avaient abordé celle partie de la pathologie , ou plutôt qu'il l'ail créée par la manière neuve cl hardie dont il l'a envisagée, je le confesse, mes paroles sont impuissantes à peindre l'admiration dont je me sens pénétre en présence de pareils travaux!....

« Le traité des phlegmasies chroniques était un chef-d'œuvre si l'on tient compte de l'état de la médecine en France à l'époque où

il parut Les contemporains de Broussais ont peut-être méconnu

quelipies-uns des titres qui le reconuuandenl à la postérité. L'éclat dont il eût brillé comme observateur a disparu dans l'auréole éblouissante dont il a entouré le réformateur. Adversaires cl seclaleurs , tous ont oublié le médecin pour no voir que lo systématique objet de leurs attaques ou de leur culte.

« Ouellc ajipiication .soutenue , (pielle admirable sagacité ne. fallait-il pas déployer pour distinguer toutes les nuances de la phtliisic, avant la brillante découverte de l'auscultalion médiate I El cependant Hroussais va s'élever encore en composant l'histoire des inllammulioiis chmiiii/iirs du tube diijcstif. Ici, presque tout était il faire , i.-t tout a été fait. »

DE I.A DorTRINE PUYSlOLOOlyUE. -iSS

Monlfalcon partage celte opinion, Dict. des scion, mcd. t. 26, p. i41 : « Broussais a décrit avec un talent supérieur les terminaisons des irritations, le passage à l'état chronique, etc.

M. Goupil , Expos, dcsprvi. de la noue. duct. , p. 2, juge ainsi les résultats que nous examinons : « Après avoir étudié l'irrilalion sous toutes ses formes et dans tous les tissus , Broussais en a créé pour ainsi dire l'histoire, et, aujourd'hui , la science en possède une théorie complète. Les nouvelles connaissances acquises sur cet élément du plus grand nombre des maladies ont changé presque entièrement la face de la pathologie. »

M. Barras, après avoir rendu pleine justice à Broussais relativement aux importantes vérités qu'il a déposées dans la science , le défend même contre l'accusation d'abuser des émissions sanguines dans le traitement des phlegmasies gastro-intestinales. Il parle des sujets affectés de gastralgies qui sont venus réclamer ses soins après l'exaspération de leur maladie par le traitement antiphlogistiquc, et dit : loc. cit. , p. 5/5 :

« Presque toujours les sangsues avaient été multipliées à l'infini. Moins cependant pour les malades traités par le chef de la médecine physiologique , que chez ceux traités par ses élèves. Il faut rendre justice à qui elle appartient, dans les maladies chroniques de l'estomac ce chef n'abuse pas des saignées locales. »

Assurément , cette assertion remarquable n'est pas suspecte lorsqu'elle est avancée par l'auteur du traité des gastralgies.

Si nous comparons l'enseignement médical d'aujourd'hui à celui qui existait dans les écoles avant la propagation de la doctrine physiologique , il nous est impossible de ne pas reconnaître aussitôt son heureuse influence.

A ce jargon à peine intelligible pour les initiés , à ces théories imaginaires , sans aucune portée pour le diagnostic et pour l'établissement des indications à remplir ; à ces histoires fabuleuses de groupes symptomatiques et d'entités médicales ; à ces applications tliérai)culiques incendiaires , mal calculées dans leurs effets immédiats, plus mal combinées encore dans leurs influences positivement curatives; ont succédé un langage clair, précis, à la portée

384 AVANTAGES, IXCOWKNIENTS

même (les gons du momie ; une inlerpritalion physiologique et vraie des pliénonièncs paliiologiiiues , servant de point fixe et positif à la connaissance de l'étal morbide, à la détermination des moyens les mieux appropriés pour le combattre ; l'exposé réel des conditions anormales de l'économie vivante, sans isoler un seul instant ces conditions de l'organe même qui les présente.

Des médications toujours en rapport avec l'état actuel des parties sur lesquelles on les fait agir, et tollement raisonnées dans le but essentiel qu'elles doivent remplir , que le médecin qui les met en usage peut toujours en faire comprendre l'objet et les résultats même aux personnes les plus étrangères à l'art de guérir. El pour le dire en un seul mot la médecine, de conjecturale et d'inintelligible (ju'elle était avant la doctrine physiologique , est devenue claire , positive et rationnelle depuis l'établissement de cette même doctrine.

Si de l'enseignement nous passons à la pratique dans les hôpitaux , dans les villes et déjà même dans les campagnes , nous voyons aujourd'hui la thérapeutique s'adresser toujours à des organes souffrants, et l'action des médicaments se proportionner à l'état actuel et réel de ces mêmes organes ; tandis qu'autrefois on les adressait à l'être maladie, sans même s'occuper des conditions (le la surface de rapport sur laijuelle on les faisait directement agir.

C'est ainsi , par exemple, que l'on introduisait, dans l'estomac, des fébrifuges, des antispasmodiques, des vermifuges, des vomitifs, des purgatifs , des sudorili(jues, des diurétiques, des carminalifs, des antiputrides, etc., etc., sans rechercher préalablement si la muqueuse gastrique ne se trouvait pas dans une prédisposition ou même dans un état inflammatoire que ces agents, tous pris dans la classe des excitants immédiats, devaient alors manifestement blesser avec des conséipiences désastreuses même jtour la maladie à laquelle on se proposait de les adresser. C'est ainsj ([ue l'on traitait naguère encore les dysseutcrics, par les toniques, les Vomitifs cl même les purgatifs.

I)('jà quchpies (d)servalcurs d'élite avaient n'marqué que les

DE I.V DOCTRINE PHYSIOLOOIQUE. 385

fi'lji'ifiiijos administrés dus le début di! certaines fièvres intermittentes réussissaient mal , faisaient mC'mo quelquefois passer la fièvre à l'état continu. Ils avaient dès-lors donné le conseil d'attendre le troisième ou quatrième accès pour employer les antipériodiques. Mais ce conseil n'était pas raisonné, disons même qu'il pouvait devenir très-dangereux , lorsqu'il s'agissait d'une fièvre liernicieuse par exemple.

Broussais est remonté aux principes de ces résultats et les a trouvés dans le grave inconvénient de déposer un médicament excitant sur une surface enflammée ; dès-lors en prescrivant de voir toujours , dans les indications thérapeutiques à remplir , l'état maladif idiopalliiquc ou sympathique des organes affectés, il a trèspositivement recommandé , dans les applications médicamenteuses, d'avoir toujours présent à la pensée l'état actuel de la partie sur laquelle on les fait agir.

C'est un pas immense en pathologie, c'est une loi de la médecine physiologique dont l'expérience des siècles à venir consacrera de plus en plus les bienfaits et la vérité.

Dans l'ancienne médecine , qui le plus souvent était symptômatique, on s'arrêtait presque toujours à l'apparence, et comme la faiblesse est en général ce qui frappe le plus dans les maladies , la première indication qui se présentait à remplir était de fortifier, etles premiers médicaments qui s'offraient sous la main du praticien étaient les excitants et les toniques. « J'en appelle à tous ceux qui avaient quelques notions de médecine, dit M. Bérard , loc. cit., avant l'apparition de l'examen des doctrines , n'étaient-ils pas sans cesse dominés parla crainte de la faiblesse, aussitôt qu'ils voyaient diminuer les signes de réaction dans les maladies aiguës. »

Nous ajouterons qu'il n'est pas un médecin de cette époque , s'il veut être de bonne foi , qui ne se rappelle très-positivement aujourd'hui avoir plus d'une fois aggravé , peut-être même rendues mortelles, des inflammations profondes, masquées par cette faiblesse apparente, en administrant des toniques et des excitants qui semblaient réclamés par cette insidieuse et perfide indirntinn.

WG AVANTAGES, INCONVÉNIENTS

Le réformateur a saisi celle grande question en maître ; il a découvert, signalé, couiballu , proscrit celle fausse adynamie en déuionlraul que les médicaments employés pour détruire l'effet, augmenlaienl manifestement la cause, et que le seul moyen de faire disparaître ici la faiblesse, résultai d'une inflammation intérieure plus ou moins grave, était d'attaquer franchement celle inflammation par les agents appropriés. Cette découverte nous offre encore l'un des plus beaux litres de gloire du novateur , et l'une des vérités les plus utiles et les plus impérissables de la médecine physiologique.

L'ataxie, dans les anciens systèmes, était envisagée comme une entité morbide, et combattue par le camphre, l'éther, le musc cl tous les médicaments préconisés sous le vain titre d'antispasinudi(pics , sans que l'on prit en aucune considération et la cause de cette afaxic , et l'action directe , souvent très-nuisible , des agents particuliers que l'on adressait à cet être supposé.

lîroussais fil voir que cette alcucic dépend le plus souvent d'une inflammation des centres nerveux ou des viscères dans lesquels vont se ramifier leurs principales divisions, il substitua dès-lors le traitement efficace de la cause, à la médication intempestive et dangereuse des effets.

A ces mêmes époques , la pulriditc , autre entilé paUiologiquc, était regardée comme un i)rincipe désorganisaleur , inhérent à certaines maladies caractérisées surtout par l'anéantissemenl des forces ; et dès-lors on appliquait aux tissus vivants, les muvens que l'on eùl mis cliiinitjucmciitiiu usage pour prévenir la décomposition de ces mêmes tissus privés de la vie ; sans se douter que l'on épuisait le plus souvent ainsi les derniers efforts de l'existence active.

Le réformateur, en suivant encore ici les enseignements de la saine physiologie, démontra que le meilleur moyen d'éviter la putréfaction des tissus était d'y conserver la vie, au lieu de l'anéantir par la surexcitation; à l'exemple de Timprudenl «pii dc'lruil dans son foyer , en voulant exciter une combustion trop active, il! U'A\ qu'il désirait y conserver. C'est encore au principe

organique de la décomposition putride que le novateur prescrit d'appliquer les efforts d'une thérapeutique raisonnée.

L'état pathologique nommé fièvre avait jusqu'alors été regardé comme une lésion distincte , comme une altération essentielle ; telles étaient les fièvres inflammatoire, bilieuse, muqueuse, putride, maligne, pestilentielle, etc., imposant même son nom à des maladies bien caractérisées d'ailleurs et qui semblaient s'effacer aux yeux des médecins dans leur préoccupation de l'état fébrile : telles se présentaient les fièvres, scarlatine, miliaire , varioleuse, gastrique, angineuse , cérébrale, érysipèlateuse, etc., etc.

Cette manière de voir avait le double inconvénient de fausser la théorie d'un grand nombre d'affections morbides et de conduire presque toujours à l'adoption d'une thérapeutique d'autant plus insuffisante, ou même dangereuse qu'elle s'attachait à combattre les effets en négligeant, plus souvent encore en augmentant les causes de ces mêmes effets.

Le réformateur a sapé dans ses fondements ce péristyle vénéré de l'antique édifice médical. Et si nous mettons ici de côté l'abus qu'il a fait de son principe , abus que nous signalerons bientôt , il est impossible de ne pas reconnaître que Broussais et ceux qui l'ont précédé ou secondé dans cette œuvre , ont importé dans la science médicale , au point de vue de la théorie et de la pratique , la plus grande et la plus utile de toutes les vérités qu'elle renferme.

En effet, dans les maladies indiquées et dans toutes leurs analogues, ce n'est plus la fièvre que la doctrine physiologique reconnaît et traite comme lésion essentielle et principale; c'est la cause de cette fièvre qui n'est pour elle qu'un résultat sympathique, un véritable symptôme : ce n'est plus une fièvre gastrique dont elle cherche à triompher par les anti-fcbriles , c'est une gastrite avec fièvre qu'elle attaque par les antiphlogistiques appropriés.

Il n'est plus nécessaire aujourd'hui d'insister sur la sagesse, la raison , la vérité , les bienfaits présents et futurs d'une semblable révolution , et sur toutes les conséquences particulières qui dérivent naturellement des principes généraux que nous venons d'expo. ser; la médecine physiologique est jugée par tous les observateurs

3S8 AVANTAGES, l.NCONVKMENTS

consciencieux , suus lo rappoil dos j;ranils avanla^os quo nous croyons avoir suffisamment urécisés, dont le temps et l'expérience viendront nécessairement établir l'incontestable valeur.

Malheureusemenl k côté de ces vérités , que nous avons exposées avec empressement et satisfaction , il existe des erreurs ; des erreurs même Irés-graves, très-nombreuses; nous devons actuellement les signaler avec la même impartialité.

m. INCONVÉNIENTS DE LA DOCTRINE niVSlOLOGIQUE.

Il était dans le génie de Broussais de saisir, en maître, la vérité qui se présentait k sa pensée , de la montrer vive el lumineuse , mais en même temps de la pousser au dernier terme de ses a[)plications , en les faussant presque toujours par l'élablissemenl do principes trop exclusifs et trop absolus.

Ne cherchons pas ailleurs la cause première , pour sa doctrine , des vérités fondamentales et des erreurs essentielles dont elle est remplie; et pour ceux qui ne l'ont pas bien aitpréciée dans son ensemble, des éloges sans réserve, el des criticjues sans mesure dont le réformateur et la médecine physiologique ont été l'idtjet.

Nous désirons nous tenir k distance égale de semblables extrêmes : ces vérités, nous les avons signalées avec soin ; ces erreurs , nous les indiquerons avec la même attention.

La doctrine du réformateur pèche évidemment par sa base. Ce qui existe est vrai , mais insuffisant , incomplet. Ainsi , les altéralions des conditions vitales peuvent offrir cinq modes principaux : \" nwjmrntalioni'i^ diminution', 3" perversion; 4" suspension; [)" extinction partielle.

Hroussais a bien reconnu (jn'il fallait rattacher les maladies aux altérations des conditions vitales; ce principe est vrai. Mais arrivé k l'application de ce même principe , il a cru simplifier en reconnaissant deux modes seulement dans ces altérations, l'ainjmentntiun cl la diminution, il n'a fait ipic fausser la base de sa doc- Irinc en négligeant les trois autres modes qui devaienl tout

DE LA DOCTRINE l'HYSIOLOGIQLE. 389

naturellement aussi la constituer ; il a dès-lors élevé l'édifice de son système sur unpnrte-à-faiu continuel, et s'est gratuitement privé de l'avantage de pouvoir ultérieurement exposer la théorie vraiment rationnelle et même le traitement approprié des lésions organiques, des paralysies , des asphyxies , de la gangrène , etc., etc. , maladies (jui trouvent leur source dans les trois modes principaux d'altération qu'il a supprimés sans en donner aucune raison plausible.

Il a fait plus encore , des deux modes admis , il a tellement réduit le second, la diminution, que le premier seul est resté visible dans sa doctrine ; et que dès-lors toutes les maladies par débilité ont été plutôt supposées que signalées comme réelles et comme devant figurer dans le cadre nosologique du réformateur.

Mais ce n'est pas tout, et le système qu'il voulait établir ne lui paraissait point encore assez exclusif, même en le fondant sur une seule altération des conditions delà vitalité, l'augmentation qu'il traduit par le terme d'irritation.

Bichat , et Marandel surtout , avaient reconnu quatre modes T[iTinc[p'd\ix d'irritation: ]° nutritive ; 2° secrétaire ; 3° hémorragique; i" inflammatoire. Il fallait en ajouter un cinquième : l'irritation nerveuse.

Broussais n'en admet qu'un seul : l'irritation inflammatoire. Aussi , comme nous le verrons , il ne peut plus comprendre ni traiter avec succès , les hypertrophies et les atrophies , les maladies sécrétoires, les hydropisies , les hémorragies qui ne sont pas symplômatiques d'une inflammation, toutes les névroses, etc.

Le réformateur si sévère pour le langage des autres dès qu'il croyait y voir une apparence d'ontologie, avait-il donc, même sous ce rapport , assez châtié le sien pour éviter tout reproche lorsqu'il écrivait : Catéch. de la méd. phy. p. 259 : « L'irritation saute tout à coup sur les reins.... L'irritation va se fixer dans la vessie.... L'irritation scye//e sur l'utérus, etc.

Cette irritation qui saute , se jette , va se fixer et pourtant qui n'est pas un être distinct, une entité ; cette irritation inflammatoire, disons le mot , celle inflammation va désormais remplir toute la pathologie du réformateur à très peu de chose près , et presque

;{0(> WANTAIJES, INCONVÉNIENTS

toutes les maladies vont se trouver tellement serrées , pliées , torturées , modiûôes , dénaturées entre ses mains qu'elles vont passer tant bien que mal à travers la filière de ce nosomrtre (jônéral: Broussais matérialise ainsi la médecine, comme il a matérialisé la physiologie cl la philosophie.

Aussi le pauvre savant du catéchisme dit , à propos de l'irritation : p. 588 : « Vous m'avez bouleversé la tèle à tel point que je ne vois bientôt plus autre chose que ce protée dans la prodigieuse diversité des maux physiques qui nous accablent. » Le jeune médecin lui répond : « vous êtes excusable ne m'ayant encore entendu parler que d'irritation. Mais prenez patience ; il est des maladies auxquelles l'irrilalion est tout-à-fait étrangère , vous les connaîtrez bientôt. »

Il est important de noter que nous sommes à la page 388 du volume qui n'en contient, en tout, que 468, et que le savant, ayant attendu en patience, a pu répéter aussi, avec tristesse et découragement : « je ne vois rien venir ! »

Lorsque le novateur dit : «Tout est dans l'inflammation, » penscl-il donc réellement qu'une ulcération produite par le cancer,la dartre rongeante, les scrofules, etc., que le charbon, la pustule maligne, etc., iprtin bouton de vaccine, de variole, que la cario d'un cnrlilngc, d'un os, etc., no sont que les résultats de la simple infianunalion?

Lorsqu'il conseille toujours de traiter la phlegmasie, sauf les contre-indications, par les émissions sanguines et les émollienls, n'a-t-il pas réduit sa thérapeutique à la condition exiguë de la plus pauvre uniformité. M. Barras dit à cette occasion, Trait, des (foslr., p. 21 : «On sait que le traitement de la gastrite, d'.iprès la doctrine de Broussais, est invariable, comme si les maladies chroniques de l'estomac étaient toutes identiques ; et , en supposant celte identité aussi vraie qu'elle est fausse, comme si tous les individus avaient lousla même idiosyncrasie. »

V.n ai»pli(piant la doctrine de rinflammation à la théorie des liévrf's, on raiipnrtant toutes relies que l'on a désignées snus le litre d'essentirlles à la gaslro-cnlérite , Broussais nous parait avoir lomniis deux erreurs c^ipiUdcs :

La première consiste h voir toujours dans la fièvre une véritable irritation sympathique du cœur, dont la cause principale se trouverait, d'après lui, dans une inflammation d'abord locale. N'est-il pas évident, au contraire, que dans la plupart des fièvres dites éphémères, il est impossible de reconnaître aucune pblegmasio locale, et que, dans le malaise, l'anxiété, la chaleur fébrile toute particulière, etc., on doit supposer autre chose que le résultat d'une simple excitation cardiaque.

La seconde existe dans cette prétention de rattacher les fièvres intermittentes à l'inflammation , et surtout à la gastro-entérite, en créant tout exprés, pour concilier le système et l'opposition des faits , ces phlegmasies , ces gastro-entérites intermillenles dont rien ne constate bien positivement la réalité.

M. Barras dit à cette occasion, loc. cit., p. 552 : « L'existence de quelques mouvements fébriles dans la gastralgie ne surprendra pas si l'on fait attention qu'il est des pyrcxies purement nerveuses. En eiïet, les fièvres intermittentes sont fondamentalement de cette nature, comme beaucoup d'autres l'ont soutenu, et comme le docteur Rayer l'a très-bien démontré dans le xii" volume du Dictionnaire de médecine. »

Il suffit, du reste, d'étudier avec soin la fièvre intermittente pure, sans complication, pour se convaincre qu'il n'existe alors aucune inflammation appréciable, et que la maladie se conduit, marche et se termine comme une maladie nerveuse ; enfin, que le traitement qui réussit le mieux pour la détruire n'est pas celui des phlegmasies. Or, admettre comme l'a fait Broussais, les toniques et les excitants pour moyens curatifs des inflammations intermiltentes, c'ci^l évidemment démontrer parles faits que l'on a confondu les phlegmasies avec les névroses.

Si l'on avait besoin d'autres preuves pour admettre la réalité de cette assertion , nous pourrions rapprocher les aveux pleins de naïveté des partisans de la théorie du réformateur, de ces données positives de l'expérience dégagée de tout esprit de système.

M. Goupil, Exposit. de la nonn. doctr. méd.. p. 4GH, croit prouver ainsi la réalité des phlegmasies intermittentes comme

3*.)2 ANA.\TA(iES, I.VCO.NVÉ.MENTS

Ihéorie tlos lièvres csscnlicllcs : « Ayant déinonlrc' que les lièvres essentielles èlaienl les syniptûnics d'une inllamiualion locale , l'auteur de Vlù-amen proclama que l'irrilalion pouvait être intermittente dans tous les appareils et dans tous les tissus. »

C'est, du reste, une opinion que M. Mongellaz a soutenue dans S'On Essai sur les irritations intermittentes, Paris, 1820. Ces auteurs expliquent rintermittencc des accès fébriles par l'action intermittente des causes. Voici un exemple de ces explications emprunté à l'ouvrage de M, Roche.

« Tous les médecins savent qu'il est beaucoup plus dangereux de se promener auprès d'un marais , à la chute du serein , qu'à toute autre heure du jour. Tous savent que l'on peut traverser impunément les 3Iarais-Pontins dans le courant de la journée , tandis que l'on ne s'y arrête jamais sans danger après six heures du soir. »

Nous n'avons pas aussi bien compris l'explication de l'action du soleil sur la formation des miasmes. A'ous ne comprenons même pas très-positivement celle de l'inlormittence des accès , lorsque nous voyons ces derniers , même sur le bord des marais , arriver aussi bien le matin , ii midi , (|u'après six heures du soir; déplus, tantôt devancer le moment de leur première invasion, tantôt retarder comparativement à l'accès qui précède , etc. Pourquoi chercher si loin des explications fautives lorsqu'on les trouve dans la nature même de la maladie , en la regardant comme une alTection luTveuse?

Aimerait-on mieux, par exemple, cette autre explication do M. Roche , dans laquelle se trouve une bien singulière prérogative de l'habitude :

« Aucun médecin no nie la puissance de l'haliitude dans la reproduction des accès de lièvre intermittente, mais tous la restreignent aux cas où la maladie est déjà ancienne. Cependant il est évident, d'après tout ce qui précède, ijoc l' habitude existe souvent déjà hirsfjur. le premier accès se manifeste. »

Kniin , M. Coupil nous semble se mettre en (qiposilion directe avec 1rs faits, lors(|n'i! dil, /or. rit., ji. 111 :

DE LA DOCTRINE PHYSlOLOGiQUE. 393

« De toutes les irritations , la forme inflammatoire est celle qui se présente le plus souvent avec le type intermittent; et il suffit , pour le prouver, de rappeler que , parmi les affections périodiques, les fièvres, c'est-à-dire les symptômes d'une phlcgmasie quelconque, sont les plus fréquents. » Voilà comment une première faute ne manque presque jamais de faire tomber dans une seconde plus grave encore. C'est bien le cas de dire avec M. Bérard , Eloge historique : «Voilà les sectaires! Ils s'attachent aux points les plus compromettants des doctrines, et ils les exagèrent L'auteur d'un Traité de pyrétotogic physiologique ne craignit pas de faire imprimer que le quinquina guérissait la gastro-entérite inler-

millente, comme le nitrate d'argent certaines ophthalmies Si le

maître signale dans la syphilis une série de phénomènes d'irritation, d'imprudents disciples nieront le génie spécifique de ce mal, et jusqu'à la nécessité de la contagion pour le contracter. »

Ce qui nous paraît ici plus déplorable encore, c'est de voir Broussais lui-même abuser de la crédulité de ses lecteurs , et prendre les suppositions pour des faits, lorsqu'il s'agit d'immoler jusqu'à la vérité la plus évidente à l'absolutisme irréfléchi de sa doctrine.

Le jeune médecin du Catéchisme dit, en effet, au savant qui, dans le principe, se montrait un peu récalcitrant, p. 23 : « Je vois que vous n'êtes pas convaincu par l'explication que je vous ai donnée sur le mode de développement des fièvres. Vous voulez des masses de faits, ]& vais vous en fournir à l'appui de ma théorie :

« Supposez , dans un canton , dans une ville , dans un hôpital, etc., cent maladies débutant comme celle démon père. Si elles sont toutes accueillies, les premiers jours, par les saignées faites au creux de l'estomac, elles s'arrêteront. Si elles sont traitées comme j'avais commencé à traiter celle de mon père, elles persisteront. Une moitié au moins d'entre elles deviendront mortelles , etc. »

Voilà ce que le novateur appelle des masses de faits : de vaines et puériles suppositions!... Et c'est sur une telle base qu'il

prétend établir sa doctrine des fièvres ! Ouelle fâcheuse distance entre lîrnussais observateur et Brnussais systématique , entre l'auteur des Phlr(jm(isies chroniqucx el celui du Crt/t-c/i/x/HC, disons-le même , des Trois Examens /...

Si le premier de ces ouvrages n'avait reposé que sur réchalTaudage du second, assurément il n'eût pas fixé l'attention de Pinel , de Chaussier, el mérité une mention honorable au concours des prix décennaux!...

M. Barras l'a dit avec raison, hc. cil., p. 522 : « On ne peut pas improviser la médecine , elle est fille du temps , el toute doctrine qui voudra s'élever au mépris des travaux de nos prédécesseurs n'aura qu'une existence éphémère. »

Tout système, pour oiïrir de l'empire et de la durée, doit en efl'et reposer sur l'observation ; cl celui de Rroussais n'existerait déjà plus s'il n'avait pris son véritable point d'appui sur V Histoire des phirf/masies chroniques.

En soutenant que toute maladie était locale avant d'être générale, que les diathèses des auteurs n'étaient que la répétition de l'irritation sur d'autres tissus, que les maladies alTectaicnt toujours ]irimiti\('menl et même exclusivement les solides, le réformateur attaipia de front les faits les mieux établis et les résultats les plus positifs de l'expérience. Aussi, dans les aberrations de son étrange doctrine, le voyons-nous souvent en contradiction avec lui-même.

Quelle ignorance ne trouvons-nous pas des travaux si vrais, si précieux sur la phlébite, les résorptions, les diathèses purulentes, dans ce passa;je du Cotécli. de la iiirJ. phijs.,p. iHO ?

H L'inflammation (jui s'est formée dans la plaie résultant d'une opération ne saurait s'élever à un certain degré d'intensité sans aller se réiiéter dans les principaux viscères. Il se formera donc des inflammations dans la tète, la poitrine, l'estomac et le basventre. Ces inflammations ne diffl^rrnt en rien de celles qui sont proiluiles par d'autres causes. »

Nous le demandons à tout observateur jmlic ii iix , quelles indications thérapeutiques rationnelles peuvent émaner d'une semblable, théorie? Quel sera le traitement fructueux (|iip les sujets affectes de

syphilis, de dartres, de scrofules , d'érysipèle par cause interne, defiironcles, d'anémie, dechlorose, etc., devront attendre d'un pareil système? Nous le disons avec une entière conviction : s'il est positivement défectueux sous le rapport de la science , il devient essentiellement nuixihie relativement à l'art.

Toutefois, après avoir proscrit d'une manière absolue les maladies des humeurs et les diathoses , le réformateur admet les unes et les autres à l'occasion du scorbut. Il dit en effet, prop. ccxin :

« Le scorbut est un état particulier des solides et des fluides produit par une assimilation imparfaite. Ses causes sont donc multipliées; mais le froid, le défaut de lumière, la tristesse et les mauvais aliments sont les principales. »

Ces considérations sont également applicables aux scrofules, de telle sorte que si l'on admet la première de ces dialhèses , nous ne comprenons pas qu'il soit possible de rejeter la seconde. Ici nous voyons encore l'observateur en guerre avec le systématique. M. Bérard le pensait, comme nous, lorsqu'il disait, loc. cit. :

« On ne peut douter que Broussais n'ait puisé dans sa pratique de la médecine navale les vues remarquables qu'il a publiées plus tard sur une affection funeste aux navigateurs, le scorbut, qu'il n'a point essayé de ranger dans le cadre des maladies irritatives , et dont il a franchement recherché la cause dans une altération des humeurs. »

Broussais tombe dans la même contradiction relativement aux hémorragies passives qu'il rejette d'abord et qu'il admet ensuite prop. ccxiii : h L'extravasation des fluides est un des principaux effets de l'état scorbutique , el3° Exam. t. 4 ,p. 11. « Les affinités vitales qui retiennent le sang dans le système capillaire étant diminuées, dans le scorbut, il en résulte que le sang s'écoule aisément avec la sérosité par les porosités qui s'ouvrent sur les surfaces muqueuses , etc. »

Après avoir attribué toutes les lésions organiques a l'irritation, il fait une sorte d'amende honorable aux perversions nutritives qu'il avait dépossédées du pouvoir qu'elles offrent cependant seules de produire ces mêmes lésions, lorsqu'il dit : De l'irritation et de In folie , p. T7 :

J'Jt) \\A.M.U.ES, I.NCOAVÉMEM^

« Ccrios les combinaisons moléculaires qui changent les pro-

prii'li'S cliimi(]ncs (les aliments dans le canal digestif; celles qui

allachcnt la matière mobile et circulante à la matière fixe organisée ; celles (jui détachent do celte matière les molécules (jui doivent être éliminées , etc. Ces combinaisons ne sauraient xe réduire à l'excitation produite par le contact des corps étrangers.... Si la fibre existe sous la forme qui lui est propre, c'est parce que 1rs lois (le rafjinitv vitale ont rapproché et maintenu les molécules qui la com|)Osent. ►>

ÎS'ous trouvons la même contradiction relativement aux hydropisies , même actives , (ju'il avait d'abord fait rentrer dans le domaine de l'inflammation et qu'il en isole ensuite. Il dit en effet : Catéch. p. 5S9 :

« L'hydropisic est quelquefois produite sans inflammation, par la suppression subitedel'exhalationtranspiratnire.... llestdetoule évidence que ces hydropisies quoique bien indépendantes de l'infiammation sont très-actives , et ne doivent leur existence qu'au transport de l'irritation de la peau dans les membranes et les tissus 011 se fait la collection. » Ainsi voilà les irritations secrétaires d'abord méconnues, rejetées par le novateur , substituées, dans certains cas du moins, aux irritations inllanunatoires: car il continue, loc. cit.:

Il faut mettre sur la même ligne l'hydropisic qui dépend de ce (pje l'on a bu, en fort peu de temps, une plus grande quantité de liipiidf (pie la transpiration , les urines et l'exhalation pulmonaire ne peuvent en éliminer. »

Au milieu de celte confusion dans les principes , de celte versalilé dans la théorie, du rejet des virus, par conséquent, des médicaments spécifiques , de la défaveur jetée sur les révulsifs, les t(iiii(pies , les vomitifs , les purgatifs, de cette ignorance presque absolue des maladies constitutionnelles qui fraitpent isoléinenl (ui .siniullanéuienl les S(di(les et les humeurs; de l'action des médicaments alléraiils , reconstituants de tout l'organisme, etc. , quels s(!rours peut espérer la pathologie des médications de la doctrine physiologi(iue, prati(juéc d'après le système du réformateur?

DE I.A DOCTRINE PHYSIOLOGlOrE. 397

Oserons-nous le dire : la diète , les émissions sanguines, surtout locales, surtout par les sangsues; les boissons gommeuses, quelques révulsifs, quelques altérants, quelques reconstituants, quelques toniques, mais administrés comme exception, et dans la pensée qu'ils n'ont pas d'autre effet qu'une action dérivative!....

Voilà donc à peu prés tout ce que la médecine physiologique aura le pouvoir d'opposer aux affections vermincuses dans toutes leurs variétés , à la rage , à la morsure des animaux venimeux , a l'action des poisons , à la syphilis , au scorbut , à la gale , aux scrofules, aux dartres, à la teigne, à l'anémie, au charbon, à la pustule maligne , à l'hypertrophie , à l'atrophie , à la paralysie , à la peste, à la fièvre typhoïde, aux hydropisies, au choléra indigène , épidémique , aux fièvres intermittentes simples , pernicieuses, aux névralgies, aux névroses, etc., etc. ?...

N'est-il pas affligeant de penser qu'en présence de maladies aussi graves , et de toutes celles que nous pourrions énumérer encore , le médecin , dit physiologiste , va se trouver réduit non-seulement à l'impuissance , mais encore à la déplorable nécessité , en suivant les principes de sa doctrine absolue , d'employer des moyens souvent plus dangereux que l'altération morbifique elle-même.

Ainsi , pour ne citer qu'un exemple : qu'il prenne , comme il ne manquera pas de le faire, une fièvre inlermittente pernicieuse cérvhrale , pour une (jastro-entéro-encéphalite , et qu'au lieu d'administrer immédiatement , et avec énergie les préparations de quinquina ; en suivant bien entendu les règles convenables , il pratique des émissions sanguines et donne des boissons gommeuses, comme il ne manquera pas encore de le faire , l'expérience la plus positive a, déjà depuis longtemps, appris ce que deviendra le malheureux malade au deuxième, troisième ou quatrième accès!....

Mais c'est dans l'ignorance des névroses , dans la confusion de la gastrite et de la gastralgie , que se révèlent plus particulièrement encore les désavantages et les dangers de la médecine physiologique , nous terminerons cet exposé par leur examen.

Le réformateur , placé sous l'influence progressive du système absolu qui dominait son génie d'observation, commença par

:i98 AVANTAGES, INCONVÉNIENTS

l'oxamcn sérieux des faits lelalifs à riiidainmalion qu'il décrivit, avec tant de supériorité , dans les principaux, modes qu'elle peut offrir, et dans les divers tissus qu'elle est susceptible d'affecter.

Il se passionna pour son œuvre , et ce grand fait pathologique devint bientôt son idée fixe , la condition anormale dans laquelle il voulut renfermer, progressivement, à peu près toutes les maladies. Au milieu des plilegmasies , celles de l'appareil digestif appelèrent plus particulièrement encore son attention; il lit l'histoire de la gastro-entérite , d'une manière si neuve et si lumineuse, que plusieurs médecins, d'une érudition assez bornée toutefois, le regardèrent comme l'inventeur de cette altération.

Nous avons prouvé que plusieurs observateurs l'avaient déjà signalée d'une manière assez précise, et comme l'a dit M. Barras : Supjilémcnt au trait, des (jastral. p. io9 :

« Loin de négliger l'ouverture du canal digestif on l'ouvrait déjà du temps de Willis qui vivait au milieu du xvi' siècle , et on examinait même la mu([ueuse de ce canal avec l'attention la plus scrupuleuse, comme on peut le voir dans un fait rapporté par ce

médecin Nous pouvons donc répéter ce que nous avons dit

dans le traité sur les gastralgies, c'est que si nos prédécesseurs n'ont point parlé de l'inflammalion de la muqueuse digestive dans la cardialgic , la gastrodj nie , l'hypocondrie , c'est parce que celle inflammation n'y existe pas , et non parce qu'ils l'auraient niccunnuc. »

L'histoire de la gastrite , par le réformateur , produisit toutefois une sensation si vive et si générale qu'on ne rêva bienlol plus qu'irritations digeslives, el (juc chacun se crut affecté , pour le moins, d'une phlegmasie chroni(|ue de l'estomac. On vil ainsi se reproduire le grave inconvénient d'occuper le public des idées médicales, et de fixer toute l'aUcntion sur une maladie sérieuse; on se rapjiela qu'à l'époque de Corvisart , lorsqu'il faisait des leçons sur les maladies du cœur, lous les élèves s'en croyaient affectés, et (juc les étudiants do Montpellier se regardaient comme atteints de phthisie, lorsque Baumes publiait ses recherches sur celte redonlabic alléralion.

La gastrite clironiqiie étant devenue la malailie à la mode, on vit le régime alimentaire modifie si profondément que le thé , le café, les liqueurs, le vin, le gibier, les viandes noires, les ragoûts épicés, etc. , disparurent à peu près entièrement des tables les mieux servies, et se trouvèrent bientôt remplacés par l'eau pure, les viandes blanches, le lait et les légumes herbacés. Le régime de P} thagore avait été substitué au régime d'Épicure.

La réforme ne se borna point à l'art culinaire , elle fut également remarquable dans l'art pharmaceutique : et dans les officines , la thériaque, le quinquina, la casse, l'émétique, le séné, les éthers, les élixirs, etc., naguère encore en si grande vénération, furent contraints de céder la place à la gomme , aux sangsues, à la racine de guimauve, aux émulsions, aux sirops, etc. La lancette fut à peine tirée de son étui ; mais cependant le sang coula partout en si grande abondance, par les piqûres multipliées des sangsues, que, dans l'espace de quelques années, l'espèce hirudienne fut presque entièrement détruite , à tel point que ces vers aquatiques sont aujourd'hui très-rares; heureusement que leur vertu curative est sensiblement diminuée , et que l'on a retrouvé les cas où la lancette peut avantageusement les remplacer.

Si nous rapprochons actuellement des effets bien connus aujourd'hui de ce régime et de ce traitement, ceux des commotions politiques auxquelles fut exposée la génération actuelle dans notre patrie , nous comprendrons aisément la grande , l'énorme proportion des maladies nerveuses qui vinrent alors se manifester, et les funestes inconvénients de l'erreur étrange dans laquelle tomba le réformateur en confondant ces maladies avec les inflammations.

Cette confusion est d'autant plus dangereuse , dans ses conséquences pratiques de chaque jour, que le traitement des phlegiiiasies , même à l'état chronique , est à peu près opposé à celui des névroses; et vice versa.

C'est l'idée que voulait rendre Boërhaave lorsqu'il disait : « Il est à regretter que les maladies nerveuses conservent le même nom, bien qu'elles naissent de causes opposées. Si l'on n'établit aucune différence dans leur traitement soit qu'elles résultent de la pléthore

400 AVANTAGES, INCONVi-NIENTS

soit qu'ollcs dépcndenl de l'inanition , il est facile de voir que les iiu'illeurs médicaments peuvent devenir pernicieux.»

Uroussais a reconnu lui-même les fâcheux effets de la saignée dans les maladies avec exaltation ; il dit en effet: 2' Exam. t. 1 , jj. I()S : « Les lois de l'économie sont telles que la soustraction du sang suffit en un grand nombre de cas , aussi bien que celle du calorique, pour exaller l'action organique des viscères et produire une superstimniation qui se manifeste par l'oxaspéralinn des iililegmasies, ou par des phénomènos convulsifs de la plus haute intensité. » Comment le réformateur ne s'aperçoit-il pas qu'il prend ici des névroses pour des inflammations ; et comment peut-il persister dans la prescription des émissions sanguines contre les premières de ces maladies?

La crainte exagérée des stimulants conduit également le novateur à la plus fausse des théories sur l'action de ces moyens. 11 dit en effet : Traité de }'irritationct la folie , 2' édit. , /. / , p. 48 :

« Si lîrovvn avait étudié l'irritation dans les organes au lieu de

la considérer d'une manière abstraite il aurait reconnu que les

personnes dont le régime est trop excitant , au lieu de devenir ni{»ins irritables, comme il le prétend, le deviennent d'avantage, et Unissent par ne pouvoir plus supporter aucune excitation. »

Ce principe serait vrai si les stimulants produisaient toujours des inffanmiations comme le pensait Broussais ; il est faux dans tous les cas où ces moyens ne déterminent pas de phlegmasie, d'ajirés cette loi jibysiologique établie par Bichat, et qui Inuive snrtiiul ici son application: « l'habitude émousse le sentiment, » tl'aprés l'expérience de chaque jour pour les grands buveurs, et pour ce pharmacien Huquet dont l'estomac avait pu supporter progressivement, comme boisson, le \in, rcaii-de-vic, l'alcool, enfin l'élher.

C'est particulièrement ii l'dccasiun de la (/axlrile chronique, (htnl il imiduisit une si bonne description , (jue le réformateur a sérieusement compromis sa diiclrino et fait un grand nombre de victimes en confondant cette altération avec la (jastrahjie.

Voirparloutdesinflammationsdc l'estomac, ne jamaisrecnnnaîlro franclieDictit une seule névrose dans cet organe , traiter toutes ces

DE L.\ DOCTBINE PHYSTOLOCrOLE. 401

maladies par la diète, l'eau de gomme et les sangsues; et leur convalescence, par le régime débilitant, le lait, les légumes, les fécules et les viandes blanches ; persister dans l'emploi de ces moyens sans vouloir se laisser éclairer par les plus fâcheux résultais, est un travers de sens et de raison que l'on ne comprendrait jamais dans un aussi grand observateur que Broussais , si l'on n'avait pas eu l'occasion de voir jusqu'où l'esprit de système est susceptible de porter l'aveuglement des plus profonds génies.

La gastro-manie , d'après l'expression de M. Barras , était alors tellement impérieuse que du novateur elle gagna les médecins et les gens du monde. Broussais ne voyait plus autre chose comme il est aisé de s'en convaincre en parcourant ses recueils périodiques et ses ouvrages ; il rattachait à la gastro-entérite la plupart des maladies , et ne décrivait presque aucune altération morbide sans y joindre sa phlegmasie privilégiée , au moins à titre de complication, lorsqu'il n'osait pas la présenter comme l'affection principale. Aussi quand le savant du catéchisme dit au jeune médecin :jo. 03:

« Vous croyez donc qu'une irritation habituelle de l'estomac dispose à l'apoplexie? Celui-ci lui répond : oui monsieur je le crois, parce que l'expérience l'a démontré. »

Nous admirons surtout à la page 103 le moyen ingénieux que Broussais met en usage pour se ménager le monopole de la gastrite et pour se procurer des lecteurs.

« Vous me parlez toujours , dit le savant , de ces inflammations chroniques du canal digestif; il me semble qu'il n'est nullement question de ces maladies dans les auteurs que j'ai lus. » Le jeune médecin lui répond : «Je le crois bien, monsieur, on ne les avait jamais connues avant notre époque , mais si vous aviez pris lecture de l'histoire des pliieijmasies chroniques , vous en auriez une idée , et ce serait , pour vous, pour votre famille et pour vos amis, un très-grand avantage. »

Les médecins même les plus distingués ne furent pas tous à l'abri de l'influence que nous signalons. Ainsi, M. Guercent père, dont nous reconnaissons tout le mérite comme praticien , dans son article GvsTRiTE, T)irl. dex scienc. infd., I. •/?, p. ôGo, ndmol des

gaslrilcs : 1° par empoisonnement ; 2" par mi'laslaso ; 3° essenliolles ; 4» avec catarrhe pulmonaire ; 5° avec typlius ; 6" latente ; 7° synipiomaliiiue; 8° aiguë; 9° chronique. » L'auteur confond, sous l'inspiration (lu réformatour, la gastrite avec la gastraljîic, la fièvre intermittente, clc. En clTcl, il ajoute, p. 403 : « Lroussais a fait voir (pie des inflammalious do l'estomac , souvent très-graves et mémo mortelles , se présentent tantôt sous l'apparence d'une alTeclion catarrhalo pulmonaire, tantôt sous l'aspect d'une fièvre intermittente alaxiciuc, quckiucfois même sans aucun symptôme fébrile. »

riusieurs observateurs ayant reconnu les graves erreurs de la médecine physiologique, ont avoué publicjuemenl, dans une sorte d'amende honorable, la faute (ju'ils avaient commise on adoptant sa théorie d'une manière trop exclusive. M. Alexandre Laborderie s'exprime ainsi sur ce sujet :

« La médecine physiologique a dirigé seule mes premiers pas dans la pratique médicale. Telle était ma prévention , que les maladies les moins identiques me semblaient appartenir à la même classe. En vain jo me disais : « L'identité ne peut exister dans dos affections différentes par leurs causes, leurs symptômes, leur Irailemcnl cl leurs altérations de tissus. Tout raisonnement, selon mon opinion , se taisait devant l'idée de la fiaslro-mlirile. L'occasion de réparer deux années d'erreurs n'était pas encore arrivée pour moi. »

Un des amis de M. Labordcrio, médecin comme lui, devient victime du traitement antiphlogistiqiie employé contre une gastralgie. Ce fait<( owrrc les yeux» du premier; il en lire ces conclusions: « 1" La thérapeutiipie ne repose pas tout entière sur les sangsues et l'eau de gonmic , connue l'ont prétendu les adeptes de la doctrine pl'ysiol()gi(pie; 2" il laul repousser la théorie inenscuigère qui proclame (|ue toutes les maladies résident dans l'excès du sang; II" enfin, il faut tenir compte do l'iulluiince nerveuse dont les modifications sont infinies. »

In autre médecin, M. 1)..., écrivait le 30 avril 1S2S, diidéparlemeiil dis Dcnx-Sèvrrs, ii M. llarras : « Imbu de la médecine

DE lA DOCTRINE PHYSIOLOr.IQUE. 403

physiologique, je crus dernièrement que j'étais atteint do gaslroonlérile chronique; mais les avis contenus dans votre ouvrage sur les (jaslraUjics et les enln-nl(jies m'ont presque radicalement

guéri Je compte d'aulanl plus sur vos conseils, qu'ayant été,

comme moi , victime de la nouvelle théorie médicale, vous sentirez mieux que personne le bien que cette réponse pourra me faire. »

Si nous pouvions rapporter ici les faits multipliés que nous avons recueillis depuis plus de vingt ans sur les funestes effets de la confusion des gaslro-entéritcs et des gastvo-entcralgics, nous indiquerions un grand nombre de sujets qui sont venus nous consulter, dans un état voisin du marasme et de l'épuisement complet, après avoir été soumis, depuis plusieurs mois, à la diète, au régime débilitant, aux applications de sangsues, aux boissons gorameuses, etc., et que nous avons presque tous assez prompleraent guéris par un régime en même temps doux et réparateur, par quelques opiacés et quelques boissons légèrement aromatiques ; ces malades étant affectés d'altérations nerveuses des voies digestivcs , que l'on avait prises pour des phlegmasies, et sensiblement aggravées par le traitement antiphlogistique.

Nous ne voulons pas, du reste, nous faire un grand mérite de ces guérisons qu'ont obtenues comme nous tous les praticiens qui n'ont pas adopté les principes exclusifs de la médecine physiologique.

Aujourd'hui les esprits sont assez généralement éclairés sur ces graves inconvénients d'une théorie trop absolue, et les faits de cette nature se présentent beaucoup moins fréquemment à notre observation.

M. Barras dit sur le même sujet. Traité des yastral., p. 49 : « Je ne crains pas d'afQrmer que les victimes de la nouvelle théorie des affections gastro-intestinales chroniques se multiplient d'une manière effrayante. Le professeur Doyor m'a dit et m'a autorisé il écrire qu'il avait guéri , à l'aide de la nourriture et des médicaments toniques, plus de trente personnes qu'on avaitréduites auparavant à l'état le plus déplorable par les sangsues, l'eau de gomme , 1q régime lacté , etc.; et feu le docteur Georget rencontra

Irois exemples de gastralgie hypocondriaque dans lesquels le traitement anliphlogistique eut pour résultat l'exténuation physique la plus complète, jointe aune sorte d'imbécillité. »

Appuyé sur les faits nombreux et poslifs de son excellent ouvrage, M. Barras arrive à cette induction générale, /y. (US: « iCaitrès l'expérience de tous les siècles et des meilleurs observateurs modernes, d'après le raisonnement et même le simple bon sens , on doit admettre , comme on l'a toujours fait avant la

doctrine physiologique des affections essentiellement nerveuses

En confondant les névroses avec les inflammations, les médecins physiologistes enseignent donc une fausse théorie qui expose les praticiens à des méprises toujours très-fâcheuses pour les malades, et quol(|uefois mortelles. »

Ainsi , les principaux faits de la question sont déjà bien démontrés :

1" Broussais a confondu les gaslrahjics, les hypocondries, etc., avec la fjaxfrite chroHii/uc, les (jastro-cnlvruUjics avec les gaftfro-rutérilcs; comme nous l'avons prouvé ])ar le texte même des ouvrages du réformateur, et notamment des /)ro;>fMj/?o»j.vccf.ii, ccciii, rcr.iv, cccxxxvi.cccxLiii, cccxlvi, etc. ; et comme il le dit de la manière la plus positive, Catôch. de la méd. phys., p. 220 : « Dans les gastrites et les gastro-entérites chronicpies, l'influence des voies digeslivcs sur le cerveau n'est pas moins reniarquable : lorsqu'une personne fort irritable est attaquée de ces inllammalioiis, leur effet sur le moral se manifeste par l'inquiétude, la tristesse, les pressentiments funestes, comme on l'observe chez tous les hypocondriaques. »

2" De cette confusion dans la théorie sont résultés , pour la pratique , des désavantages tellement graves , tellement prononcés, (pie cette révolution, trés-fâcheuse sous ce point de vue cajtital , devait amener, comme nous l'avons déjà dit , une conire-révolulion Broussais avait surtout effectué la première, M. Barras devait parliculiérement opérer la seconde. W dit à cette occasion, Suppl. ou Traité dis (jastral., p. 220 : « Kn établissant une différence tranchée entre les névroses et les inllanimalions gasiro-inteslinales.

DE LA DOCTUl.NE PIIYSIOLOOIQLE. 405

nous avons été assez heureux pour faire changer le traitement de ces névroses qui ne consistait alors que dans l'usage exclusif des sangsues , de l'eau de gomme et du régime maigre ; cet usage est aujourd'hui, 1838, généralement abandonné, du moins dans la capitale ; car les mémoires à consulter que nous recevons des provinces prouvent que l'on y abuse encore des antiphlogistiques

La conlre-révolution de cette partie de la thérai)eutique est à peu prés complète. Les médecins physiologistes eux-mêmes , qui ont fait commettre tant de fautes graves en assimilant les gastro-enléralgies aux gastro-entérites, en les traitant toutes par les mêmes moyens, reviennent de leurs erreurs. »

Il ajoute, Traité des gastrites, p. G19 : « C'est ainsi que le docteur Boisseau , qui , dans le Dictionnaire abrégé des sciences médicales , avait confondu toutes les névroses de l'estomac et des intestins avec la gastro-entérite chronique, sépare actuellement les névroses de l'inflammation du canal alimentaire, comme on le voit dans sa Nosographie organique. » Georget dit également, Dict. de méd., t. 21, p. 29 : « Un disciple judicieux de la nouvelle école, M. Roche , tout en rattachant les névroses à l'irritation, les a cependant distinguées des autres maladies, en les désignant sous le nom d'irritations nerveuses. »

La. Gazette médicale da 13 février 1830 assure que le réformateur a positivement éprouvé sur lui-même le danger des débilitants, le grand avantage du vin, des consommés, etc., dans les gastralgies prises et traitées pour des gastrites ; qu'il a été soustrait à l'influence d'une faiblesse mortelle, dans un cas de ce genre , par les moyens réparateurs.

On ne comprendrait pas bien , par la simple théorie , les funestes effets des émissions sanguines , des boissons gommeuses , de la diète, du lait, des aliments végétaux, herbacés, etc., dans les névroses en général, et dans les gaslro-cntéralgies en particulier, si les faits les mieux constatés ne démontraient la réalité de ce principe.

Ainsi Baglivi avait déjà fait observer que « les délayants et les mucilagineux développent l'irritabilité nerveuse et prolongent les maux des nerfs. » Wbyll attribue la fréquence de l'hypocondrie ,

406 AVANTAGES, INCOISVÉMESTS

dans le bas-pciiplo du nord de l'Angleterre, à l'abus du laii, de l'orge, des pois, du gruau, des choux, des pommes do terre, etc. M. Barras lui-même, loc. cit., p. 322, pense quo « les ramollissements de la muqueuse digeslive sont peut-être plutôt le résultat des relâchants employés contre la gastrite prétendue , que de la gastrite elle-même. Il croit (pic l'endosmose de M. Dutrocliet pourrait Lieu jouer un certain rôle dans cette altération. »

Du reste, M. Barras n'est pas plus, comme il le reconnaît luimême , l'auteur exclusif de cette contre-révolution , que Broussais ne l'avait été de la révolution précédente. En elïel, d'après M. Barras, llippocrate et Galien ont décrit les gastralgies; Sydcnham, Tissot, Wliytl , Schniidtmann , etc., les ont même bien observées.

11 ajoute, Trnftî- des (jastral., p. 310 : « La plupart de ces médecins , entre autres Sydenhani , l'un des plus grands observateurs du XVII'' siècle, s'accordent k dire que les perles immodérées ou intempestives du fluide sanguin entraînent la délicatesse , l'atonie et la mobililé de ce système; que des névroses variées en s(tnl fréquemment la suite; ils le prouvent en rapportant une multitude de faits particuliers. Tissot, Viridel, Van-Swiéten, Wliyli, etc., en citent plusieurs de ce genre. »

Le dernier de ces auteurs distingue même avec sagacité la gastralgie de la gastrite, et dit, Traité dcxmalad. nerv. : « Ladélicatosse extrême des nerfs de l'estomac et des intestins ne doit pas être confondue avec ce senlinionl vif on celte augmentation de (sensibilité cpii est une suite de l'état inllammatoirc.EnolTel, quand il y a inflammation , tout ce qui est irritant cause do la douleur à l'eslomac el aux intestins ; tandis quo , dans le cas do névrose , co sont les substances insii»ides , etc. »

M. Barras ajoute. Traité des (joslnil., ji. 4.ï7 : « 11 inq)orte d'autant plus de ne pas confondre les gastrites et les gastralgies, que ce qui guérit les phiegniasies de l'estomac peut exaspérer cl même créer ses maladies nerveuses, olcpic les moyens curatifs de celles-ci .sont contraires dans celles-là. » Il dit aussi, Inc. ctt., p. 3t0 : « Voulez-vdus une dilTéroncc encore plus tranchée, >ous la trouverez duus la production des névroses par les évacuations

DE LA DOCTIUNE l'UYSlOLOUIQUE. 407

sanguines. 11 me semble du moins que c'est là une preuve décisive de la non-identité des inflammations et des maux de nerfs. En effet, les saignées elles hémorragies copieuses étant les principaux moyens curatifs des phlegmasies , guériraient aussi les névroses, si l'état morbide qui les constitue ne différait pas essentiellement de l'état inflammatoire. Or, loin de guérir les maladies nerveuses, ces évacuations les créent très-souvent et les entretiennent presque toujours. »

D'un autre côté, l'eflicacité des excitants et des toniques dans les gastralgies est aujourd'hui constatée par l'expérience , comme le prouvent les faits rapportés par Fred. Hoffmann , Schmitdmann, Barras, etc., et ceux que nous pourrions fournir en assez grand nombre. Il en est de même des préparations d'opium. M. Barras, loc. cit., p. 211, parle d'un homme de trente-six ans qui s'exprime ainsi relativement à l'heureuse influence de ce médicament :

« L'opium est enfin venu à mou secours. L'usage de cette substance m'a procuré une nouvelle vie. Sans elle je ne pourrais plus exister. Un quart de grain de ce précieux suc calme mes douleurs, chasse la tristesse et me rend la gaîtc. » Or, tous les praticiens savent, aujourd'hui surtout, que ces moyens seraient loin do réussir dans une véritable gastrite.

Les prétentions de M. Barras , et nous devons le dire à sa louange , ne sont pas plus exclusives relativement à la contre-révolution qu'il a produite lorsqu'il parle du traitement des gastralgies. 11 dit en efl'et que ce traitement n'est pas nouveau ; que de Uaën , par exemple, en employait un semblable au sien pour le fond. 11 ajoute que cela est d'autant plus remarquable qu'on ne pourra pas accuser cet auteur d'avoir méconnu les phlegmasies , et dit, loc. cit., p. 5iS :

« On sait en effet que de Haën professait déjà, du moins en grande partie, les principes de la médecine physiologique, cl qu'il voyait aussi très-souvent des phlegmasies là où ses confrères n'en voyaient pas ; qu'en succédant à Stoll dans la chaire de clinique de lafacullô de Vienne, il regarda comme iullammiUoircs toutes les

maladies que son prédécesseur regardait comme bilieuses, et qu'il prodigua la saignée comme StoU avait prodigué l'émélique.»

M. Barras offre encore, à notre sens, sur Broussais le grand avantage d'être aussi peu exclusif, aussi judicieux dans la conception de sa doctrine, qu'il est modeste dans son exposition. Il dit en effet, loc. cit., p. GOO :

« L'amour de la vérité m'oblige à faire une concession aux médecins physiologistes : il est trés-vrai que les douleurs névralgiques

peuvent s'accompagner de phlegmasie Mais tel est le grand

inconvénient, le danger même des systèmes de médecine, on veut les adapter à tous les faits; tandis qu'ils ne conviennent qu'à quelques-uns. » Lorsque Schmidlmann, qui s'est occupé avec beaucoup de succès des névroses digestives, dit que la gastralgie peut se compliquer de gastrite , et qu'alors il faut traiter d'abord par les adoucissants, ensuite par les toniques, M. Barras s'empresse de reconnaître la vérité de cette observation, et conclut ainsi ,/). 354 : « Je n'attaque pas la médecine physiologique, je ne voudrais en détruire que les abus. »

Celle manière de voir et d'agir est très-sage, elle précise avec une grande vérité le point de vue où devraient toujours se placer ceux qui prétendent juger la doctrine du réformateur. M. Barras va niémi' jiis(prà condanmcr Johnson qui vient se poser en adversaire de Bniussais avec des idées aussi absolues que celles du novateur. Il dit en effet, Suppl. nu Traité des qastraL,p. 246 :

« Johnson faisant jouer à la sensibilité morbide do l'eslomac le n'ile que les médecins physiologistes ont fait jouer à la ga.strile, soulienl (pie celle sensibilité est le point de déitarl de toutes les affections liypocondria{]ues, et (ju'elle peut les occasionner sans so montrer elle-même par le moindre trouble des fondions digestives. Celle opinion a le défaut d'être irop exclusive. »

La confusion des gastro-entérites et des gaslro-enlérahjies, disons même des névroses propremenl dites et des inpimunations, e>l donc l'une des erreurs les plus graves et surtout les plus dangereuses de 1.1 médecine jiliysiologique. Les faits oliservés par Willis , Cjieyne. Whyll, Bocrhaavc. Viridcl, Lorry, de Hacn , Fred.

Hoffmann, Tissol, Raulin, Pomme, Réveillon, Comparclli, Pinel, LouycM-Villcrmay, Esquirol, Goorgct, plus réccramenl cl plus spécialement encore par M.M. Amétlée Dupau , Schmicllmann, Johnson et Barras, le démontrent jusqu'à l'évidence, en faisant comprendre tout l'avantage et toute l'utilité de la contre-révolution qui vient de s'opérer.

Une circonstance de celte réaction doit surtout fixer raltenlion des observateurs , c'est sa presque simultanéité en Italie , en Allemagne , en Angleterre , en France , par les travaux de Comparelti , de Schmidtmann, de Johnson et de M. Barras. Ce dernier dit en parlant des trois médecins étrangers, Suppl. au Traité des gaslral., p. 5 :

« Nous invoquerons leurs témoignages avec d'autant plus de plaisir que leurs doclrincs sont conformes à la nôtre , sauf de légères dissidences qui ne portent que sur des points accessoires , et ne viennent peut-être que de la différence de climat, de mœurs, de constitutions individuelles, etc. Ces autorités doivent, ce nous semble, exciter l'intérêt des lecteurs. Nous espérons du moins que les plus difficiles à convaincre, s'il y en a encore, ne pourront s'empêcher de nous accorder quelque confiance quand ils verront que nos principes, qui ne sont que le résultat de l'expérience de tous les siècles, se trouvent confirmés par l'observation de trois célèbres praticiens modernes, et en harmonie avec les idées répandues en Italie , en Allemagne et en Angleterre , sur les maladies qui font le sujet de notre étude.

« On doit être frappé, en effet, do voir que quatre médecins , qui ont étudié les gastro-entéralgies d'une manière spéciale et dans des pays différents , en aient conçu à peu de chose près la même opinion. Cette conformité de vues et de sentiments est d'autant plus digne d'être remarquée que trois de ces médecins ont souffert eux-mêmes les maux qu'ils ont décrits , et que le quatrième était dans les circonstances les plus favorables pour les bien observer.» Nous savons que M. Barras avait éprouvé une gastralgie très-grave; Schidtmann était sujet à la colique nerveuse, et Johnson à la susceptibilité gastrique do la même nature.

410 AVANTAGES , INCONVÉNIENTS DE LA DOCTRINE rUYSlOLOGIQUE.

Tels sont les principaux désavantages que nous paraît offrir la médecine physiologique en l'ôludiant au double point do vuo de la théorie et de la pratique; il nous reste maintenant, pour compléter nos considérations sur cette même doctrine , à préciser ce qui en restera de vraiment utile pour la science et i>onr l'art ; enfin, à présenter le résumé du jugement que nous avons cru devoir porter sur la révolution médicale qui vient de s'effectuer sous le titre iVclablisscmcnt de la doctrine phy$iohgi<]ue.

UTILITÉ rOSITI\E DE LA UÉVOLITION MÉUICILE

£1 exislo, comme nous l'avons déjà dit, plus do rapports qu'on ne le pense généralement entre les révolutions des sciences et les révolutions politiques. Le progrès des idées les prépare, la nécessité les détermine, l'entiiousiasmc les accomplit, l'expérience les juge , le calme et la raison épurent les résultais qu'elles ont effectués.

Lorsque ces révolutions n'ont pour principe que le vertige cl l'erreur, pour moyen d'exécution que la turbulence des passions , l'effroi les accompagne , le désastre les suit ; elles passent , à la manière d'un sinistre, sur une époque tout cnliôre !...

Lorsqu'elles sont fondées sur la raison et la vérilé , le temps les amène irrésistiblement; la force morale des choses les accomplit sans violence et sans commotion ; l'expérience consacre tous leurs principes à la satisfaction , à l'avantage de la génération présente et des générations à venir.

Enfin , lorsque leur première impulsion reconnaît pour mobile un mélange d'erreurs et de vérités, souvent une circonstance imprévue les détermiuc , une lullo , uu combat les accompagucut , un

i-li ITILITÉ POSITIVE

succès de vogue les décide, une grande irrésûlulion les suill... 5Iais bientôt la réflexion vient prendre la place de l'enthousiasme qui s'évanouit; la raison, la vérité, qui sont inaltérables dans leur force et dans leur puissance , parce que leur puissance et leur force reposent dans leur essence propre , et non dans l'cxallalion de leurs moyens, reprennent tout l'empire; l'erreur se dissipe, et les germes fructueux de la révolution qui vIcmU de s'effectuer, du système qui va s'établir sont désormais fécondés cl développés pour le perfectionnement de l'intelligence et le bien-être de l'iuiraanité !...

La première de ces révolutions appartient aux pays barbares , la seconde se voit chez les nations calmes et sages qui s'inspirent au foyer toujours pur de la raison suprême , la troisième se manifeste chez les peuples dont la civilisation est très-avancée.

Hâtons-nous de le dire, c'est à ce dernier mode qu'appartient la révolution médicale dont Broussais fut le principal acteur. Enfant hybride, et cependant bien remanpiable, de l'erreur et de la vérité, sa doctrine a remué profondément tout le domaine de la science, comme l'a bien reconnu M. Droz lorsqu'il dit , Eloge funèbre :

« Je laisse aux pairs de M. Broussais le soin d'apprécier el de faire valoir ses travaux qui donnèrent aux idées un si prodiyicux mnurcmcnt. Or, si l'on veut savoir quel prix attachaient à ces travaux les pairs du réformateur, écoutons les accents de leur dernier adieu sur la tombe même de cet homme célèbre :

« Dans les armées, dit M. le baron Larrey, au milieu du fracas de la guerre , dans les hôpitaux , en France et dans les pays étrangers, il a partout observé avec le discernement du génie

Parvenu à l'apogée de sa gloire , ce professeur remarquable dévelop|)a SCS principes avec l'éloquence de la conviction. »

« Bepose en paix, cher collègue, ajoute M. Orlila , lu as le rare bonheur de (piilter cette terre certain d'avoir imprimé à la science un immense mouvement dont la postérité le tiendra compte. Admirateurs sincères de la réforme médicale qup lu as iirovnquée sur Luit de points , et au sucrés do la(|uelle tu as si puissamniout contribué , nous luédilerons religicuseuicnl les o,'Uvres «pie lu nous

DE LA RI^:VOLUTIOi\ MÉDICALE. 413

lègues; nous nous efforcerons de les féconder, et, n'en doute pas , nous transmettrons à nos neveux les belles maximes d'un dqiùt précieux ijui a rendu ton nom immortel, et qui excitera à jamais les sentiments de la plus vive reconnaissance. »

« Oui, messieurs, disait également M. Bouillaud dans la même occasion , un astre des plus lumineux vient de s'éteindre dans le monde médical!... Broussais est du petit nombre de ces hommes qu'on honore bien plus en disant ce qu'ils ont fait qu'en disant ce fju'ils ont été.»

31. Gasc , remontant aux plus belles années du réformateur, s'exprimait ainsi : « Qui ne se rappelle cette époque d'enthousiasme? Broussais était alors dans la force de l'âge , et poursuivait son œuvre avec l'inspiration d'un réformateur et la logique d'un talent supérieur. Il bouleversa le sol médical, et se trouva tout à

coup à la tête d'une immense révolution Personne n'avait un

coup d'œil plus juste , un diagnostic plus rapide et plus sûr, et ne traçait d'une manière plus lucide l'histoire d'une maladie. C'est ainsi que le grand praticien ne le cédait en rien au grand écrivain. »

D'après ces éclatants et graves témoignages, la question d'avenir, envisagée d'une manière absolue, se trouve donc jugée relativement à la révolution médicale qui vient de s'effectuer, à la doctrine physiologique dont l'établissement présente le plus important résultat de cette révolution.

Oui sans doute il restera de cette même révolution et de cette doctrine quelque chose de vraiment utile pour la science et pour l'art ; mais il s'agit actuellement de préciser quelle sera la nature et l'étendue de cet impérissable héritage légué par le réformateur et par notre siècle à la reconnaissance de la postérité.

Pour éviter toute confusion dans l'exposé de ce troisième chapitre, nous le diviserons en deux paragraphes principaux :

]" Fixation des résultats utiles de la révolution médicale ; 2° Résumé dujufjcment porté sur cette révolution.

h \ \ ITII.ITÉ POSITIVE

Page 1