‹ Histoire de la révolution médicale du XIXe siècleChapitre 58 sur 64 · I. FIXATION DES IIÉSULTATS DE LA RÉVOLUTION MÉDICALE · texte numérisé non relu

I. FIXATION DES IIÉSULTATS DE LA RÉVOLUTION MÉDICALE

Il ne s'ajîil plus acIucUemenl d'établir les avantages présents de la médecine pliysioloj^ique et do i;i révolution qui l'a fait naître el grandir; il faut traiter leur ([ucstion d'avenir, el prévoir n(tn-seulcmonl si des vérités en découleront ullérieuremenl pour l'enseicnemenl el la pratique ; mais préciser le nombre el la portée de CCS vérités.

Ce n'est point par do vaines conjectures que nous désirons arriver à la solution de cet important problème; ainsi conduite, cette entreprise nous paraîtrait vaine et sans résultats fructueux. C'est encore par l'expérience et l'obscrvalion que nous voulons procéder, en nous élevant, de la vérité des faits accomplis, ii la ciinnaissance positive de ceux qui ne peuvent manquer de se réaliser un jour.

Avant rétablissomcul de la doctrine physiologique. « trois sectes |iriniipalos, a dit M. Juhu Cross, dans son livre intitulé : Paris et Mnnipcllivr, traduit de l'anglais par Elie Revel, p. 51, s'étaient élevées sur les débris de toutes les autres : les mécaniciens , les (impiriijues et les Galénistes oocupaient exclusivement le domaine de la médecine. C'est à notre Brovvn qu'appartient la gloire do les avoir toutes anéanties I...

« Il faut pourtant l'avouer, le Brownismc no put jouir paisiblement de sa nouvelle conquête ; quelques partisans des anciennes idées formèrent une opposition active ; leur parti se grossit des mécontents , cl la vicloiro fut complète au moment où Pinel arbora

l'étondard de la révolte Enfant de l'enipirismo ralionntd et de

l'analyse Baconienne , la nosograpliie philiisupliiipie fut longtemps regardée on Franco comme l'ouvrage le plus parfait qui eût encore paru sur la pathologie. »

M. Bouillaud signale également une sorte de filiation [irogressivc dans la succession des novateurs, et dit, EInijr funthrc : « I.es illustres réfiirmateurs, les vrais législateurs des sciences forment une série continue , une surression logique cl nécessaire ; de sorte que le

dernier n'est réellement que le continuateur do celui qui l'a iraniôilialeincnl précédé, et ainsi des autres; ils se supposent les uns les autres. »

Nous retrouvons la même pensée dans l'Eloge historique, par M. Bérard : « Parcourir la roule qui a été frayée par des devanciers , mais aller plus loin qu'eux après avoir suivi leurs traces , voilà les titres de gloire de presque tous les hommes qui se sont distingués dans les sciences. Les doctrines enfantent les doctrines, les hommes de génie se transmettent leur héritage, et, connue on l'a dit avec raison, ils se supposent les uns les autres

« Deux circonstances importantes : l'apparition des Elementa medicinœ de Brown et de la Nosographie philosophique avaient préparé la venue de la doctrine physiologique. »

Ajoutons que la doctrine physiologique, à son tour, a sensihlement développé l'impulsion de l'anatomie pathologique, et fait naître en France le Traité des gastralgies, par M. Barras; en Angleterre, celui de James Johnson sur le même sujet.

« Broussais, dit encore M. Bouillaud, fut donc l'héritier naturel, légitime, j'ai presque dit prédestiné de Bichat et de Pinel luimême : tous deux avaient préparé la révolution dont il fut le promoteur. »

Ainsi, môme à ce titre, le réformateur serait assuré de laisser dans la science et dans l'art quelque chose de réellement utile. Nous voulons parler de la destruction du Brovvnisme et de ses conséquences pratiques, du développement de l'anatomie médicale et morbide ; enfin, d'une manière indirecte, de la connaissance beaucoup plus positive et plus pratique des aflections nerveuses, des gastro-entéralgies plus spécialement encore, si bien observées et décrites avec tant de soin par les auteurs de la contre-révolution.

L'influence de Broussais ne fut pas aussi favorable à la physiologie, à la philosophie, à la phrénologie.

Bichat, Chaussier, Uicherand, Adelon , Magendie , etc., avaient mis la première en honneur; c'était en quehjue sorte la science à la mode, et partout, en France, on la professait avec succès et distinction. Aujourd'hui, cette science a presque disparu du

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programme de renseignement. Faussc-e dans ses applications à la pallioloL'ie par le système exclusif du réfonuateur, elle ressent eiuore ailuelleinonl les fâcheuses conséquences du naufrage momentané de la doctrine qui lui avait emprunté son nom.

Kii voyant celte même doctrine réduite à des conditions si minimes par la prétention du réformateur à /'wn/<<5 Wic(//ca/c, la masse des lionimcs inatteutifs, superficiels et prévenus dit et répéta partout cette funeste absurdité :

« Voilà donc en réalité la doctrine que peut enfanter la physiologie , voilà donc la véritable médecine jiliysiolûgique ! » Et la physiologie fut frappée de ridicule, de nullité, de réprobation !...

Mais le temps de la réparation aura son tour, la physiologie reprendra dans l'enseignement le rang distingué qu'elle n'aurait pas dû perdre, et les bons esprits s'empresseront de reconnaître (prune science ne doit pas répondre des abus que l'on fait de ses principes.

La philosophie aurait également plus d'une réclamation à faire sous le point de vue des dommages que lui causa le novateur. Il compromit sérieusement le sensualisme en voulant le faire prévaloir; il prostitua de nouveau le beau titre de philosophie, en voulant matérialiser la science qu'il sert à désigner.

Knfin , comme l'a dit M. Bérard, en parlant de la phrénologie : « Dans le cours de sa vive polémique, Broussais avait rencontré les organologistcs sur son passage, et il leur avait lancé quelques-uns de ces traits dont se relevaient si difficilement ceux (ju'ils avaient atteints. Il essaya jtlus tard de faire revivre l'hypothèse de Gall , mais il l'avait tuée ; il n'a plus galvanisé qu'un cadavre I »

Toutefois , dans cette aiipréciation rigoureuse n'oublions pas que chez Broussais il existait deux hommes bien différents : 1° l'observateur de génie, 2' le .systématique exclusif; et que dès-lors, s'il fui peu favorable aux progrès des sciences accessoires k la médecine, il ne devait jias en être ainsi pour la médecine proprement dite, et surtout pour la pathologie pratique.

I,c plus grand nombre des réformateurs furent des hduunes de cabinet, des génies plus ou moins brillants que leur propre

DE I.V RIÎVOI.ITION MÉDICAI-E. 417

organisalion éloignait des sages lenteurs de l'expérience, pour les entraîner dans les régions élevées de la généralisation systématique ; des liommes, par conséquent, qui n'importèrent le plus souvent dans la science que les produits de leur imagination.

Le novateur français ne doit pas être placé dans cette catégorie. En elTet, comme l'a très-bien fait observer 31. Bérard, loc. cit.: « Celte vie laborieuse , ces éludes cliniques consciencieuses et opiniâtres , éclairées journellement par la dissection des cadavres , établissent une différence immense entre Broussais et la plupart des réformateurs qui l'ont précédé. Son esprit était déjà mûri [lar l'observation lorsqu'il vint jeter un audacieux défi à ceux qui avaient été ses maîtres ; et quand il terrassa ses adversaires, ce fut autant par la solidité de son savoir que par la puissance de sa logique. »

En effet, Broussais avait composé, dam le calme de la raison ^ sons la dictée de l'expérience lapins éclairée, son savant Traité des phlerpnasics clironùjucs, avant d'écrire, ab irato, &on Premier Examen des doctrines.

Aussi , lorsque M. Bérard a pu dire , en parlant du réformateur écossais, loc. cit.: « Brovvn, créateur d'une doctrine dont l'imagination a fait tous les frais , a cependant légué à Broussais la proposition qui fait la pierre angulaire de son édifice médical , savoir : « La vie ne s'entretient qne par fincitation , elle n'est que le résultat de l'action des irritants sur l'incitabililé des organes, » il nous est à plus forte raison permis d'ajouter à l'occasion du novateur français : Broussais , dont la doctrine est établie sur les faits les mieux observés, sur les principes physiologiques les plus incontestables , à laquelle on peut seulement reprocher trop de généralisation dans ces faits , trop d'exclusion dans l'application de ces principes, offrira nécessairement des erreurs qu'il faudra bannir de la science ; mais il présentera nécessairement aussi des vérités fondamentales autour desquelles iront désormais se ranger les vérités nouvelles que le temps et l'expérience viendront également consacrer pour le perfectionnement ultérieur de la médecine physiologique.

Il serait donc iinporlanUlo signaler ici non-sculonienl les acquisitions acluelics de celle doctrine, mais encore celles qu'elle devra faire un jour pour mériter le beau titre dont la décora son auteur.

Les détracteurs de Broussais , et particulièrement les médecins étrangers , n'ont voulu voir dans sa doctrine que le système étroit par lequel il s'efforçait de la ramènera l'utopie de l' unité mcdicalc.

C'est ainsi que Scliinidtmann dit , à l'occasion d'une épidémie qui avait régné à Oldendorf au printemps de 1824 : « Quoique je connusse la nouvelle doctrine de Broussais, je n'en donnais pas moins courageusement l'émélique , persuadé qu'en prenant toutes les maladies pour des inflammations, et en plaçant leur siège dans l'estomac et les intestins grêles , cet auteur rêvait et avait des hallucinations comme Brown et les autres fondateurs de systèmes. »

>'e rien voir de [dus dans la doctrine du réformateur que la théorie de l'irritation et de la gastro-entérite, est assurément la juger sans la comprendre.

La vérité commande , pour l'apprécier à sa juste valeur, de se placer entre cet extrême et la prétention exagérée de son auteur , de ses sectateurs enthousiastes qui signalent celle doctrine à l'admiration do la postérité comme le prototype de la perfection médicale.

Nous devons d'abord tenir compte au novateur du courage qu'il a montré dans la conception de celle immense entreprise , et de la puissante énergie (pi'il a déployée dans son exécution.

H II faut, dit M. Munfalcon, Diclionn. des scicnc. iiiéJ., t. ?rt, ji. 150, reconnaître autant de courage que de génie dans l'auleur de la nouvelle doctrine : la seule idée de la révolution qu'il espère opérer est effrayante, car si les médecins ont généralement moins de préjugés que les autres hommes, en revanche, ils tiennent beaucoup |iius à ceux ((u'ils ont. »

In second fait également bien établi , c'est la profonde sensation produite par la doctrine du réformateur, et l'influence qu'elle a constamment exercée jusqu'ici , depuis son établissement, sur l'engeigncincnt el la pratique de la médecine.

« Comme la pfditique, dit encore M. Monfalcon, loc. cil., h

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médecine a ses idées libérales; en vain la prévention, l'envie, l'ignorance se liguent pour les étouffer ; elles font chaque jour des conquêtes nouvelles, elles s'insinuent dans l'esprit même de leurs ennemis, malgré eux; et tous les obstacles qu'on leur oppose ne font qu'avancer et rendre plus certain le moment de leur triomphe.»

M. John Cross, loc. cit., p. 7/, s'exprime ainsi sur la manière dont la médecine physiologique pénètre dans la conviction même de ses détracteurs : « En attendant que paraisse un jugement officiel et définitif, plusieurs professeurs rendent un hommage secret aux idées fondamentales de la nouvelle doctrine. L'un nie les crises et les métastases ; l'autre reconnait les irritations abdominales pour la cause des fièvres. Quoique cela soit dit dans le courant d'une leçon, l'auditoire n'a pas le temps de signaler le tribut qu'on paie à la réforme, parce que le nom de Broussais n'est jamais prononcé, et qu'avant de glisser l'insinuation, on commence par protester de son attachement à la médecine hippocratique.

« Les élèves n'imitent pas leurs professeurs dans l'observation des bienséances; ils sont franchement Broussistes et ne perdent jamais l'occasion de le prouver. Je me souviens qu'à l'ouverture des cours de cette année , le professeur qui prononçait le discours d'usage dit quelques mots contre les prétentions des novateurs modernes. Comme il désignait assez clairement la doctrine de Broussais, il s'éleva dans l'amphithéâtre des trépignements et des murmures d'improbation qui couvrirent la voix de l'orateur et l'obligèrent de s'interrompre. »

31. Cross parle ici de la faculté de Paris, et son livre s'imprimait en 1820. Cet auteur nous donne, d'un autre côté, la raison do l'enthousiasme des élèves et de la réserve des professeurs lorsqu'il ajoute, p. i JS :

« Du haut de sa chaire , Broussais condamne également au feu les bouquins parcheminés des anciens et les magnifiques éditions

des livres modernes ; et/;. i5i : Celui-ci oublie peut-être trop

souvent , dans ses déclamations de tribun , ce qu'on doit aux cheveux blancs du respectable auteur du Traite de l'aliénation mentale. »

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Nous l'avons di'jà dit, lo réfornialciir accordait, en ciïel , beaucoup trop de prix à ces succès d'une vogue épliéiiière , en iniprisant les moyens si naturels el si convenants de s'attacher les hommes de sens et de savoir, de mériter et de gagner en même temps leurs suffrages.

Il fallait toute la solidité de sa doctrine pour la faire survivre aux légilinies réactions, aux préventions inévitables de tant d'amourspropres blessés , disons-lc même , de tant d'humiliations personnelles.

L'invasion de cette doctrine dans le domaine de la science et de l'art, malgré tous ces obstacles réunis, est donc la meilleure preuve de la vérité de ses principes, et de l'inutilité des formes excentriques el souvent condamnables dont sou auteur a dès-lors pris sur lui toute la responsabilité.

M. John Cross dit encore à cette occasion, loc. cit., p. 70: « Je voudrais que Broussais recherchât moins les suffrages des jeunes gens. Peut-être sont-ils plus persuadés par le style impétueux de ses écrits , le ton fougueux et déclamatoire de ses leçons publiques, que par la solidité de ses raisonnements. Si quelque chose devait flatter le réformateur, si quelque circonstance devait prouver le mérite de ses doctrines , ce serait la conduite de tous los hommes à qui le droit de juger est garanti par l'âge el par le talent. Parmi les praticiens de la capitale, parmi tous les i)rofesseurs de l'école , aucun n'a pris la plume pour réfuter les idées de IJroussais. Après la vogue qu'elles oui dejiuis quelques années, ce silence ne peut être du mépris. »

Voilà pour le passé , pour le présent de la médecine physiologique ; abordons franchement sa question d'avenir.

M. Monfalcon s'exprime ainsi à cette occasion, loc. cil., p. ISO : « I,ors(pie la nouvelle doctrine aura été exposée avec tous ses dévelo|)pemeiits, nul doute qu'elle ne triomphe de toutes les objections des critiques; elle a été jusqu'à présent trop peu examinée et discutée pour qu'on puisse prononcer sur elle délinilivement; mais déjà combien elle parait exacte , lumineuse ! combien il est facile de prédire sa victoire I »

Si 51. Monfalcon veut parler ici de la doctrine physiologique rectifiée, perfectionnée par les résultats de l'expérience, nous adopterons toutes les conséquences de sa prédiction ; mais s'il considère cette doctrine telle qu'elle est sortie des mains du réformateur, en la poussant à toutes les conséquences du système exclusif sur lequel Broussais cherchait à la fonder, les faits et l'observation ne nous permettent plus de partager cette croyance , et de prédire à la médecine physiologique un aussi brillant avenir.

Nous allons démontrer ces deux propositions en exposant, soulignés et par ordre , les principes de cette doctrine qui resteront dans la science et dans l'art ; en indiquant ceux qu'il faut modifier et ceux qu'il faut proscrire pour la faire arriver à la perfection qu'elle est susceptible d'acquérir.

« L'idée de rapporter tous les phénomènes des êtres vivants aux lois qui régissent la matière inorganique, dit M. Bérard, loc. cit., a été considérée comme le pas le plus hardi qu'on ait pu faire en philosophie. Je le veux, mais ce pas a trop souvent été fait dans les ténèbres , et Broussais ne paraît pas avoir été tenté de s'y aventurer. L'élève, l'admirateur et l'ami de Bichat ne pouvait manquer de proclamer le vitalisme. »

Ainsi , la doctrine du réformateur est entièrement fondée sur le vitalisme physiologique , et la première loi qu'il établit peut se poser ainsi foroiulée :

]" Le corps vivant se trouve sous l' empiredeconditions propres, et régi par des lois étrangères aux lois, aux conditions de la matière inerte.

Broussais distingue la force vitale, qu'il regarde comme une cause première , des propriétés vitales. Pour lui , ce qu'il nomme la chimie virante est l'instrument de la force vitale; et les propriétés vitales se réduisent à la contractilité. Nous avons démontré qu'il existait ici confusion, défaut de forme, et que, sans changer le fond , on devrait ainsi formuler cette seconde loi de la doctrine physiologique :

2° Les conditions vitales apparentes par les effets dont elles sont le principe^ et les agens extérieurs, l'occasion, peuvent se

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réduire à deux amenticllcs : 1° faculté de sentir, 2" faculté de se contracter, scnsibililé, contractililô. On peut même rendre cette faculté complexe par le terme d'excitahilité , sans toutefois identifier absolument les deux éléments qui la constituent.

Arrivée à la détermination de la vie et des moyens susceptibles de l'entretenir, la doctrine physiologique doit formuler ainsi cette troisième loi qu'elle emprunte au système de Rrown.

3" La vie est un fait complexe qui paraît s'entretenir par l'exercice de l'excitabilité ; elle se soutient en effet par l'action des stimulants extérieurs, et tout ce qui auijmcnte les phénonomènes vitaux est stimulant.

Dans la nécessité de préciser le passage de la santé à la maladie, et de caractériser en môme temps ces deux états opposés , la doflrino physiologique élalilil celte quatrième loi :

4" L'influence des arjens extérieurs et la réaction vitale qui la suit peuvent Mre normales . d'oii résulte la santé ; elles peuvent ftrc anormales, d'où résulte la maladie.

Il s'agit actuellement de savoir si la maladie est un être distinct résumant l'ensemble des symptômes de l'état morbide, ou se trouvant représenté par un principe virulent, venimeux, vénéneux, toxique, etc. : ou si celte maladie n'est que la simple altération des conditions vitales qui doit toujours être comprise comme inhérente à l'organe affecté dont il ne faut, par conséquent , jamais l'isoler.

Vn proscrivant l'ontologie médicale, Broussais a bien mérité de la science. En refusant même de reconn.iitrc à ce titre les virus, les venins, les poisons, etc., il eût encore été dans le vrai. Mais, en soutenant que les maladies produites par ces agens étaient i(lenti(pies aux mêmes altérations déterminées par tout autre modificateur, et ne prenaient aucun caractère spécial de la nature do leur cause , il est tombé dans une exclusion erronée ; et l'expérience a déjà fait justice du principe qu'il prétendait établir sur ce fdndrnicnt ruineux. Il était plus judicieux, comme l'observe M. John Cross lorsqu'il disait, lor. cit., p. Hi :

« Il ne siilFit pas de découvrir l'organe malade, il faut encore

déterminer poiirquoi il l'est, comment il l'est, et tic quelle manière il est possible de faire qu'il ne le soit plus ; car c'est en cela que consiste la connaissance de ce qu'on doit entendre par la nature d'une maladie. »

Toutefois , la science et l'art conserveront , sous le rapport de cette importante question, les lois suivantes ainsi formulées :

5" // ne peut exister aucune entité morbide étranf/cre à l'économie vivante , et complètement isolée des organes ;

6° L'état patholofiique doit être avant tout placé, recherché dans l'affection des tissus vivants ;

1" Toute maladie locale n'est que le résultat de l'altération des conditions naturelles de l'organe affecté.

Il s'agit dès-lors de préciser quelles sont les altérations générales de ces conditions de la vitalité. Le réformateur avait bien compris d'abord la nécessité de n'en exclure aucune puisqu'il a dit: « La doctrine physiologique repose nécessairement sur toutes les modifications que peut éprouver la vie. »

Mais , dans son extrême désir de simplifler , il arrive par degrés à ne voir bientôt plus qu'un seul mode principal , dans ces altéralions, l'augmentation, et par vouloir ainsi ramener presque toutes les maladies à l'inflammation proprement dite. On sent aussitôt qu'un tel principe ne doit pas rester dans la science , et que les faits les plus positifs en repoussent au contraire l'admission. Toutefois , cette base de la doctrine physiologique n'est point fausse , comme l'ont annoncé quelques esprits superficiels, elle est au contraire essentiellement vraie , mais en même temps bien incomplète. Ainsi, la loi , formulée d'après l'idée la plus générale du réformateur devra présenter encore un axiome impérissable en l'exprimant ainsi :

8° L'altération des conditions vitales , envisagée dans tous ses modes , présente l'origine et le premier élément des maladies qui peuvent se développer dans l'organisme , en y comprenant pour rjxiehiues-unes la présence d'un agent morbide particulier.

Mais si l'on cherclic à préciser ces niodfs , la doctrine physiologique indii^uaul seulement l'augmentation comme très-fré(iueule ,

42i iriLiiiî POSITIVE

et la diminution comme très-rare, n'offre point de loi qui puisse rester dans la science.

Il faudra pour établir cette loi d'une manière invariable , admettre les cinq modes principaux d'altération des conditions vitales: 1° aïKjmcntation ; t" diminution; 3" perversion; 4° suspension; '6° extinction partielle. On trouvera dès-lors avec facilité la théorie du plus grand nombre des maladies ; tandis que Hniussais , dans son système exclusif, incomplet, insuffisant, une fois sorti des plilegmasies , qu'il a décrites en maître , marche d'erreurs en erreurs en rattachant toutes les autres altérations morbides à des types auxquels il est impossible de les rapporter.

D'après le réformateur , « une maladie est toujours locale avant de se généraliser; il n'est aucun agent qui puisse déterminer direclemenl une altération pathologique dans tous les systèmes à la fois, et les symptômes plus ou moins généraux que l'on a pris pour les caractères de ces affections morbides , ne sont autre chose que les effets sympathiques d'une lésion primitivement locale. » 11 pose, à celte occasion , des principes vrais relativement aux symiialhies morbiliqucs , mais il fait encore un grand abus de leur application, ^ous formulerons ainsi les lois de la doctrine physiologiijue sur cet objet im|)ortant.

9° Chacun des organes de l'économie virante offre son excitabilité spéciale, et des rapports particuliers avec tel ou tel antre orgnur , indépendamment de ceux qui le rattachent à tout l'oryanisme. Ces rapports généraux et particuliers sont établis surtout par le moyen des nerfs; c'est ce c/ui constitue le lien sijmpalhigue au moyen duquel une maladie d'abord locale peut se généraliser d'une manière plus ou moins complète ;

10" t'ertains organes (]ui. dans l'état normal, ne semblent pas accuser une grande excitabilité , peuvent , dans l'état morbide, en acquérir une telle qu'ils deviennent des fayevs d'impression et de réaction, de véritables sens pathologiques. »

1 1" L'irritation d'abord développée dans un seul organe peut te répéter dans un ou plusieuvs autres. C'est ainsi que se inanifottrnl les sympathies morbides^

Pai'laut (le ces principes qui sont vrais et qui resteront à jamais dans la science , le réformateur veut expliquer toutes les diathèses des auteurs par cette répétition sympathique de l'irritation. On pourrait tout au plus admettre cette explication pliysiolo^'iquo pour la généralisation de certaines phlegmasies , de quelques alîeclions nerveuses, etc.; mais l'expérience ne permet pas de l'adopter pour les scrofules, les dartres, le cancer, la syphilis, la résorption purulente, l'anémie, etc., etc. Sous ce rapport, la doctrine de Broussais n'offre aucune loi que nous puissions établir sur les faits. Nous dirons la même chose relativement aux constitutions médicales, aux crises , ii la nature médicatrice , k la marche , à la durée des maladies , etc. ; ce sont autant de questions de pathologie générale mal comprises par le novateur , et qu'il est important d'harmoniser avec la doctrine physiologique pour conibler ces lacunes graves qui la rendent si positivement incomplète.

Arrivé au grand fait de l'inflammation , Broussais en précise la nature et le siège avec le talent d'un grand observateur. Ce qu'il apprécie plus spécialement encore avec toute la portée du vrai génie , c'est le passage de l'état aigu h l'état chronique , et la nécessité de traiter aussi , par les antiphlogisliques , ce dernier mode inflammatoire nonobstant les apparences illusoires qui l'ont souvent fait prendre pour toute autre maladie. ]\ous pouvons encore sous ce rapport formuler deux lois invariables qui appartiennent à la médecine physiologique :

12° L' inflammation devient chronique en se prolongeant par l'action continuée d'un stimulant ;

13° Tant que la phlegmasie persiste dans un tissu, même à l'état chronique et latent, il faut persister dans l'emploi du traitement approprié à cet état, en le subordonnant toutefois aux dispositions locales et générales , en évitant les stimulants intempestifs susceptibles d'entretenir cette phlcgmasie que nous supposons ici la maladie principale.

Le réformateur abuse ensuite bien étrangement des applications qu'il fait de l'irritation et de l'inflanmiation ;ï la théorie du pins grand nombre des altérations morbides , et surtout de la gastro-entérite

à laquelle il donne une importance exagérée. En voulant détruire l'enlilé fièvre, il cliorche à rattacher toutes celles que Ton nomme essentielles à riullammation du tube dij;eslif. M. Bérard nous semble un peu dépasser la réalité de riiisloire lorsqu'il dit à cette occasion , /or. cit. : « Prnclamons-le : sur deux points importants de celle grande question Broussais a eu la gloire de faire accepter ses idées à ses contemporains : la réduction de ces fièvres à une seule , dont l'intensité varie , et la coexistence de celte flèvrc avec l'inflammation de certaines parties du tube digestif. »

Si M. Bérard ne voulait parler ici que des flèvres adynamique et entéro-mésentérique, nous lui accorderions que les contemporains du réformateur ont en effet adopté ses idées sur ces deux fièvres, bien que celte adoption fût encore loin d'être unanime, comme le prouvent un assez grand nombre de réclamations ; mais alors il ne s'agit que d'un très-pelit point de la question , et ce succès, comparé aux prétentions dunovateurne méritait pas d'être proclamé.

Si au contraire M. Bérard comprend, comme Broussais, dans celle manière de voir toutes les fièvres essentielles , nous trouvons ici une erreur grave, car nous ne pensons nullement (pie les médecins observateurs aient admis la fièvre typhoïde comme le résultat d'une simple gastro-entérite ; et la fièvre intermitlenlo pure , comme un |)liénomèno sympathique de celte inflammation.

Sons ce rapport , la doctrine physioiogiiiue peut encore établir une loi , mais pour devenir inallaquable , elle doit être ainsi formulée :

1 4" Les fièvres inflammatoire , hilieuxe , mufjueuse , putride , maligne , des auteurs, ne sont point des maladies essentielles , mais le sijtnptAme d'une inflammation affectant le plus ordinairement l'appareil digestif, ou d'un empoisonnement miasmatique.

Ouant ;i la théorie dos fièvres typhoïde , intermitlenles , pernicieuses, etc. , elle n'est bien représentée par aucun des principes du réformateur, cl M. Bérard lui-même semble revenir à cet avis lorsiju'il ajoute :

« Mais le débat a été transporté dans ces dernières années sur un terrain où la médecine physiologique combat peut-être avec moins d'avantages. Si, en effet, la phlogose partielle du tube digestif ne suffisait pas , même en invoquant les sjTnpathies , pour rendre compte des symptômes formidables des fièvres graves ; si celte phlogose avait un caractère spécial , et un siège déterminé dans l'intestin ; si elle était la conséquence d'une altération du sang , qui aurait en même temps allumé la fièvre , il faut avouer que celle-ci ne pourrait être complètement assimilée à la flèvre symptomatique de la pneumonie ou de la péritonite. »

11 existe par conséquent encore ici une lacune à remplir , dans la médecine physiologique, relativement: 1" aux fièvres intermittentes pures, que l'expérience placera peut-être définitivement un jour dans la classe des affections nerveuses; avec imminence de congestion, pendant l'accès, lorsqu'elles prennent le caractère pernicieux; 2° au typhus, aux fièvres typhoïdes , jaune, au choléra épidémique, à la peste, etc., que l'observation pourra bien ranger à l'avenir dans la catégorie des empoisonnements miasmatiques en considérant cette altération générale des humeurs comme la maladie principale, et l'inflammation gastro-intestinale, quand elle se manifeste, seulement comme l'affection secondaire.

C'est surtout en étudiant les phlegmasies du tube digestif que Broussais a découvert l'une des plus importantes \érités de sa doctrine : la coïncidence fréquente d'une grande faiblesse apparente avec une inflammation grave de cet appareil ; disons plus , le rapport de cause à cet effet , de la seconde avec la première ; et, par une conséquence pratique du plus haut intérêt pour la vie des malades , le pernicieux inconvénient de suivre ici les principes de Brown, ceux de Pinel lui-même, en administrant les toniques et les excitants pour combattre cette faiblesse illusoire , cette fausse adynamie. La médecine physiologique peut encore formuler ici une loi de la plus grande importance et qui restera nécessairement dans la science et dans l'art.

15" La faiblesse apparente ou symptomatir/ue est hrnucoup plus commune dam l'étal morbide que la faiblesse idiopathique

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OU réelle. Celle fausse adiitiamie rihuUc ordinairement de l'ernltalinn el de la concentration de la ritalilc sur un point important de I' or(janisme , et le plus souvent sur les poumons ou sur la mu(jveusc gastro-intestinale. On doit exclusiremenl nlhKjuer ici l' inflammation, cause de la faiblesse, par les anlipliloijistifues appropriés. Toute médication excitante el Ionique dirigée contre cette adijnamie symptomatiquc offrirait les plus funestes résultats.

Le réfdniiateur ayant également reconnu (jue le groupe de sj niplûmes désigné par quelques auteurs comme une entité , sous le litre d'ataxie, dépendait d'une irritation directe ou sympatliique de l'encéphale avec irritation sympathique ou directe de la muqueuse digeslive , signala de même l'inconvénient sérieux de combattre celte alaxie symptomatiquc par les antispasmodiques prétendus, et (jui sont tous des irritants directs. La doctrine iiliysiulogique établit dès-lors ici une loi aussi positive , aussi durable que la précédente.

16" L' alaxie ne doit jamais être envisagée comme une entité morbide, ni traitée par les excitants nommés antispasmodiques ; il faut toujours !i voir, au contraire, le sijmptome d'une irritation encéphalique directe ou sgmpathiquc , et la comballre par le Irailemrut antiphlogistique approprié à la maladie principale qui la détermine.

Hroussais a de même bien fait observer que la disposition particulière à certaines maladies, el désignée par les auteurs sous le nom de putridité, n'était point une tendance à la décom|)Osilion amenée i)ar l'adynamie réelle; mais encore un effet de la faiblesse apparente, el iiroduite par les causes que nous avons assignées à la fausse adynamio ; que dès-lors les antiputrides , qui sont également des irritants, ne pouvaient produire que des résultats funestes. La médecine physiologique a donc formulé sur cet objet une loi du plus haut intérêt .

17" La putridité des auteurs n'est point une disposition essentielle à la décomposition des tissus, réclamant l'usage des mogens chimiquement emplogrs pour prévenir ou combattre la puiré faction; mais Ir sgmplôme d'une violente concentration

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inlhnnmatoire , surtout avec empoisonuement miaitinatique , repoussant par conséquent l'usage des antiputrides qui sont des excitants, et réclamant celui des moyens antiphlorjistiques appropriés à cette inflammation dont elle n'est que le résultat, et subordonnés à l'état actuel du sujet.

Le point le plus défectueux de la doctrine physiologique est assurément la théorie des névroses. L'irritation nerveuse est presque partout confondue avec l'irritation inflammatoire , et cette doctrine est encore actuellement dans l'impossibilité de formuler sur ces maladies une seule loi qui puisse rester dans la science.

Les hémorragies se trouvent rattachées à l'inflammation par le réformateur, mais d'une manière trop exclusive, puisque les premières peuvent exister sans la seconde , et vice versa ; puisqu'il arrive quelquefois des hémorragies positives , bien que Broussais ne les admette pas. Toutefois, la médecine physiologique a démontré que, dans le cas de coïncidence d'une hémorragie et d'une inflammation , c'est bien plus spécialement cette dernière qui doit offrir les indications à remplir. C'est ainsi que la dyssenterie , par exemple, doit être combattue, non point comme un écoulement sanguin, mais comme une violente phlegmasie intestinale. Ce principe fécond en résultats pratiques est devenu l'occasion d'une loi très-importante , et que l'on peut ainsi formuler :

Mi" L'inflammation d'un tissu, très-vasculaire surtout, peut devenir l'occasion d'une hémorragie. Dans ce cas, c'est à l'inflammation qu'il faut adresser le traitement comme à la maladie, et ne considérer l'hémorragie qu'à titre de symptôme et de complication.

Le novateur n'a pas été très-heureux dans sa théorie des maladies exanthématiques , lorsqu'il a voulu ne voir dans la rougeole , la scarlatine, la variole, etc., par exemple, qu'une crise, une métastase de la gastro-entérite. Mais il a fait observer avec raison que la flévre est l'effet et non la cause de ces éruptions. Delà cette loi que la médecine physiologique doit formuler ainsi :

19" C'est par un grand abus de sens et de mots que l'on dit communément flècres érysipélatcxm , miliaire , scarlalincusc ,

rulicolcuxe , rarialcuse . de. ; au liru de déslfiner ces allhaliuns par les Icnncs de variole, rougeole, scarlatine, miliaire, érysipèle , etc.; l'exanthème étant ici la maladie principale ; la fièvre, seulement le symptôme, et cette confusion pouvant avoir des conséquences fâcheuses pour la pratique.

Broussais a mal compris la théorie des lésions organiques, en vouianl toujours les faire dériver iinniédialement de rinllammalion ; Uiudis qu'il est impossible de les concevoir sans une véritable perversion nutritive; l'augmentation des conditions vitales ne pouvant amener qu'une augmentation dans la quantité du tissu affecte, mais nullement une altération durable dans sa qualité.

Aussi , bien que les partisans exclusifs du novateur aient beaucoup vanté sa théorie des tubercules, du cancer et des autres lésions organiques, nous partageons l'opinion de M. IJérard , lorstju'il dit, toc. cit. :

« il y a lieu de s'étonner que des sectateurs zélés de Hroussais n'aient trouvé ii louer dans son Histoire de la phthisie pulmonaire que ce qui concerne l'étiologic des tubercules , c'csl-.Vdire la partie la plus contestable d'un travail qui a des litres beaucoup |(lus sérieux à nos éloges. »

Il s'étonne également des attaques dirigées par Hroussais contre les anatomo-pathologistes, et dit, lac. cit. : « Le jugement porté p.'ir troussais sur les anatomo-pathologistes modernes n'est pas la particularité la moins piquante de cette troisième édition de \'l:x<imen des doctrines viédicates.

« Broussais, qui localisa les maladies, qui les matérialisa en (piehjue sorte, qui recommanda toute sa vie de n'y voir que des organes souffrants , Broussais combat les an:itomo-])athologistes modernes comme il fit des essentialistes au début de la réforme. Il b'ur reproche amèrement de vouloir subordonner l'idée de maladie il (('lie d'alléralion de texture des organes; de ne voir dans les

.syiiiplûmes (jue la révélation de ces désorganisations Peu .s'en

faut (jue dans les mots tubercule, sipiirrhe, mélanoso, cncéplialoïdc , Broussais ne voie une nouvelle ontologie à comhallre. »

C'est encore une partie de la pathologie que le temps et

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l'expérience devront harmoniser avec la doclrino pliysiologique pour complôlcr tout ce qui lui manque sur ce poial important , car elle ne présente ici aucune loi dont nous voulussions garantir la vérité , la durée , ni l'utilité pratique.

Arrivée a l'examen des moyens susceptibles de maintenir l'état normal de l'organisme, de prévenir ses altérations, de combattre ces dernières lorsqu'elles sont effectuées, la médecine physiologique nous offre également un mélange de vérités fondamentales et d'erreurs graves.

Après avoir prouvé que l'influence des agens extérieurs produit la santé ou la maladie, suivant qu'elle est normale ou anormale sur l'organisme, la doctrine physiologique établit les deux lois suivantes :

20" Maintenir l'influence normale des agens extérieurs, prévenir leur influence anormale; tel est l'objet de Niijgiène.

Nous voudrions, pour compléter cette généralité, que l'on ajoutât : Régler, d'après la même loi, tous les appétits, toutes les impulsions affectives, intellectuelles, et toutes les déterminations volontaires. En effet, si les causes de la santé, de la maladie se trouvent ordinairement dans l'action des modificateurs étrangers , elles doivent en même temps être recherchées dans la manière dont l'organisme se dispose lui-même à provoquer, k recevoir cette action. C'est une considération du plus haut intérêt dont la doctrine physiologique ne s'est point sullisamment occupée.

21° Combattre l'influence anormale des agens extérieurs, prévenir ou réparer les désordres organiques ; tel est l'objet de la thérapeutique raisonnée.

Nous ferons ici, pour la thérapeutique, les mêmes réflexions que nous venons d'exposer relativement à l'hygiène , et nous ajouterons que leur oubli devient souvent une cause de la durée, disons même de l'incurabilité d'un assez grand nombre de maladies.

Sous le rapport des indications à remplir, la doctrine physiologique se trouve nécessairement incomplète lorsqu'il s'agit de préciser ces indications , puisqu'elles ne sont le plus souvent qu'une irritation et le plus rarement qu'une faiblesse à combattre, les trois

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aiilros modes palliolof!i(|ucs l'ianl nétilitiés. La loi qn'ollp peut l'ialilir sur ce point important ne sera donc admissible (jiraiitanl qu'on voudra la formuler d'une manière générale d'après celle rédaction :

22° Les rcrilablcs indications thérapeutiques doivent être puisées : r dam la connaissance des modificateurs qui ont altéré les conditions vitales de l'organe primitivement affecté; 3° dans celle de la nature même de cette altération; 5" dans celle de l'influence sympatltii/ue de cet onjane sur les autres; 4" enfin dans celle des modificateurs qui peuvent rétablir l'état normal, ("est dire que ces indications doivent émanei' de la nature même des maladies.

Comme le fait très-bien observer M. John Cross, loc. cit., p. (ji : « La médecine de M. Broussais est toujours active, et jamais expectante , parce qu'il n'attend jamais les prétendus r//'or/x conserrateurs de la nature, cl ceux auxquels les médecins donnent le nom de crises. »

Dans les maladies très-graves, dans les violentes inflammations surtout, le jtrincipe du réformateur est vrai, fécond en résultats pratiipies ; mais, dans un grand nombre d'altérations légères ou mal déterminées à leur début , les applications abusives (ju'il fait (le ce |irincipe offrent d'assez graves inconvéniens.

La doctrine physiologique est liieii plus constamment dans la réalité lorsqu'elle établit ces belles et grandes lois relatives à l'application des agens thérapeuti(iues :

i.i" Les médicaments doivent toujours être appropriés à l'état actuel des orqanes avec lesquels on les met en contact.

ii" L'état du tube diijestif doit toujours être bien apprécié avant l'ingestion d'aucun médicament , et surtout de ceux qui peuvent ij déterminer de l'irritation.

Ces deux lois désormais impérissables doivent toujours être [trésentesii la pensée du médecin lorsqu'il rédige une prescrijttion. Leur ignorance ou leur oubli devient encore, mémo aujourd'hui , l'occasion d'nn grand nombre de maladies graves déterminées par le Iraitemcnl même (ju** l'on adresse à d'autres altérations.

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C'est ainsi que nous avons vu plusieurs malades succomber aux progrès d'une gaslro-entérile pruduile par l'aclion du sulfate de quinine employé sans précaution pour combattre des lièvres intermittentes. Il est impossible d'appeler trop fortement rattenlion des praticiens sur ces grands principes de la médecine physiologique.

Parvenue au traitement de l'inflammation, la doctrine du réformateur établit une première loi d'une grande importance pratique en la formulant ainsi :

25° Les émissions sanguines doivent être employées largement chez les sujets vigoureux, d'une bonne constitution , au début d'une violente inflammation aiguë.

C'est en effet par l'insuffisant emploi de ce moyen , ou par l'hésitation des praticiens à le mettre en usage assez promptemcnt (ju'un grand nombre de phlegmasies deviennent mortelles, ou du moins très-dangereuses, par les conséquences qu'elles entraînent; la thérapeutique étant presque toujours incapable de réparer le préjudice attaché à ce défaut de précision pour saisir immédiatement cette première opportunité des larges émissions sanguines.

La médecine physiologique formule ensuite avec sagesse et vérité plusieurs autres lois relatives à l'inconvénient des émissions sanguines dans certains cas ; à la préférence qu'il faut accorder, suivant les indications, à la saignée veineuse sur la saignée capillaire , et vice versa.

WLcs émissions sangtiines doivent être ménagées, et peuvent même devenir nuisibles chez les sujets d'une frêle organisation, dans les phlegmasies chroniques, et même dans les aiguës entées sur les premières , lorsqu'elles sont compliquées de lésions organiques profondes , avec prostration des forces, etc.

27° Les saignées veineuses ou artérielles sont préférables dans les inflammations parenchymateuses, lorsqu'il faut obtenir beaucoup de sang, ou qu'il est essentiel de soustraire promptemcnt un viscère important à ta vie, le cerveau, le poumon, par exemple, aux accidents imminents d'une forte congestion.

28" Les saignées capillaires , telles que celles q%ii sont

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