‹ Histoire de la révolution médicale du XIXe siècleChapitre 7 sur 64 · BICHAT, XAVIER · texte numérisé non relu

BICHAT, XAVIER

Bichat lit dans l'ouvrage de Pinel ce passage remarquable : « Il faut, pour bien observer, une distribution des maladies simple , régulière et fondée invariablement sur les rapports de

STRUCTURE, OU les fonctions organiques des parties L'état

inflammatoire a , en effet , des propriétés communes quelle que soit la partie qui en est attaquée , et ces points de contact sont d'autant plus marqués qu'il y a plus d'analogie dans les tissus et les fonctions organiques des parties. » Ajoutons que dans sa classification des phlcgmasies l'auteur de la nosographie philosophique les avait distinguées en inflammations cutanées, des membranes muqueuses , séreuses , des tissus cellulaires , fibreux, etc. , et que plus tard il y ajouta celles dont l'auteur de l'anatomie générale agrandit le domaine de cette science.

Frappé de la profondeur, de la fécondité de cette pensée, de la vérité de ce grand principe , Bichat en recherche l'application et s'aperçoit aussitôt que dans l'état de nos connaissances analomiqucs

iS l'IUil'AllAlKi.N A LA IIKV ULU 1 ION MKWli.ALt.

elle est impossible , mi du moins lellemenl bornée, que ses résultais deviendraient à peu prés nuls pour la science et pour l'art.

Cette réflexion est un trait de lumière qui excite , éclaire , enflamme ce puissant génie. L'anatomie des tissus va se trouver, du même jet , en même temps créée et presque portée à son dernier degré de perfection. Avant d'eniror dans l'examen de cet immortel ouvrage , nous devons indiquer les ininciitaux traits de la vie scientifique de son auteur, dont la médecine aura toujours à dépkuer la perte si prématurée.

Kicliat naquit à Tlioirette , département de l'Ain .le II novembre 1771. Il fit ses premières études médicales à Lyon, sous M. A. l'eiii, dont il fut l'élève et l'ami. Le siège de celle ville et la crise révolutionnaire l'amenèrent à Paris vers la fin de 1793. Il y devint bientôt l'élève particulier et l'ami intime du célèbre Desaull.

Lu 179o, après avoir pleuré bien amèrement la mort de son bienfaiteur, il recueille les précieux travaux de ce maître fameux, el bientôt les i>ublie en deux volumes sous le titre iVlKiarcs chirurgicales de Desaull. Sans se laisser abattre par la perte d'un soutien aussi puissant, il s'élance dans la carrière protégé par son amour de la science et par la seule force de son génie.

Dans la même année, il professe des cours particuliers d'analomie avec le plus grand succès, et prélude au grand travail cpi'il devait entreprendre sur toutes les membranes, par son mémoire sur les .synoviales, qu'il fit imprimer en 1798, el dans lequel il indique la véritable source de la synovie. Il publie eu outre un mémoire sur les membranes en général , un autre sur les organes symétricpies.

En 1799, il fait paraître les leçons de Desault , un volume, sous le titre de Maladies des voies vrinaircs.

En 1800, il est nommé médecin de l'Ilôtel-Dieu de Paris; il |iublie s<m Traité des memhraiies et ses licclierclies sur la rie et lu murt. En 18UI , son beau Traité d'analumie ijéuérale appliquée à la plujsiiilixjic et à la médecine , (|ualr(! volumes. Il travaille ensuite l'anatomie ])alliologi({ue et la matière médicale; cummcucu uu Traite d'anatumic descriptive dont il ne peut

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acliever que les deux premiers volumes , et qu'il laisse à compléter à M3I. Roux et Buisson, ses élèves. Il meurt à Paris , le 22 juillet 1802, avant d'avoir atteint sa trenle-deuxiérae année.

Sandifort , dernier élève de l'école de Loyde, en voyant les débuts (le Bichal, dit à l'un de nos compatriotes : « Dans six ans, votre Bichat aura dépassé notre Boërhaave. »

Après la mort de Bichat , Corvisart écrivit au premier consul Napoléon : « Bichat vient de mourir sur un champ de bataille qui compte aussi plus d'une victime. Personne, en si peu de temps, n'a fait autant de choses et aussi bien. » Un double monument fut bientôt érigé dans l'Hôtel-Dieu même à la mémoire de Desault et de Bichat!

Ce n'est point dans les écrits de ses prédécesseurs que ce génie si essentiellement original a cherché les notions dont il a besoin pour fonder la science qui devait l'immortaliser. Il nous en donne lui-même la raison quelque temps avant sa mort : « Si je suis allé si vite , c'est que j'ai peu lu. Les livres ne doivent être que le mémorial des faits ; or, en est-il besoin dans une science où les matériaux sont toujours près de nous , où nous avons les livres vivants , on quelque sorte, des morts et des malades. » Du reste, Dupuytren, autre génie également original dans son genre , et dont nous avons été l'élève particulier, pensait et agissait à cet égard absolument comme Bichat.

Les livres étant à peu près muets sur l'anatomie des tissus , c'est dans la nature seule qu'il trouvera ses inspirations ; c'est par les travaux les plus assidus , les plus opiniâtres , les expériences les plus ingénieuses, les plus positives et souvent même les plus dangereuses pour sa propre santé, qu'il va recueillir et coordonner les riches matériaux de ses immortels écrits.

Les membranes synoviales ne paraissent pas avoir été connues avant lui. La plupart des autres avaient été jusqu'alors envisagées comme faisant partie intégrante des organes auxquels on les trouve associées. Bichat les étudia dans leur ensemble comme des tissus particuliers , et précisa les caractères communs à chacune des espèces, quel que fût leur siège dans l'organisme.

'M) l'nfP\R\TION A I\ P.fVOLLTtON MfOirAI.E.

Il fil connaître ses idées sur ce point et sur plusieurs autres de la physiolojiit^ , d'abord dans ses cours cl dans les mémoires qu'il publia successivement, ensuite dans son Traité des membranes, qui ne fut, comme il le «lit lui-même, que le prélude à son grand travail sur l'anatomie générale.

Rordcu , Barlliez, l'école de Montpellier et surtout celle de Paris avaient admis, sous différents noms, une force dévie qu'il ne fallait pas confondre avec celle qui régit les corps inertes. Ce principe était alors établi comme fondement de toute bonne philosophie médicale. Hichal prit aussi les forces vitales comme bas(f de sa théorie physiologique; mais il ne les réduisit point ainsi aux conditions d'un être abstrait.

Il regarda les membranes comme ayant une existence, une vitalité des fondions et des maladies bien distinctes de celles des organes dont elles forment les annexes , et cette conception devint la pensée-mére de tous ses travaux sur l'anatomie des tissus, il décomposa la machine humaine ilans les éléments simples qui la constituent par leur union.

Il regarda les altérations organiques des tissus comme le caractère essentiel et fondamental des maladies. Ce principe constitua dés lors pour lui la base la jdus solide et la plus positive de la pathologie. Aussi , ouvrit-il plus de six cents cadavres dans l'espace de six mois.

Il supposa que les maladies frappaient d'abord un tissu avant d'envahir l'organe entier, et que le genre de vitalité de chacun de ces tissus les assujettissait à des maladies qui leur étaient propres. D'après lui , la diversité do leurs actions |ihysioIogiques dérivait de la même source ; il est aisé île comprendre (pie , dans sa théra- |piMili(piC , les médicaments devaient être rangés d'après le mode d'action qu'on leur supposait sur la vitalité des organes.

Ueydelet a dil avec beaucoup do justesse: « Avant Richat, l'anatomie était purement chirurgicale; par ses soins, elle est devenue médicale. »

C'est particulièrement on les envisageant sous ce dernier pdint de vue, que nous allons voir les travaux de Hiihai imprimer à la

BICHAT, XAVIER. lîl

science une direction nouvelle , et devenir la base fondamentale de la médecine physiologique. Nous devons donc particulièrement examiner à ce double litre VAnatomie générale et le Traité de la vie et de lamort.

Bichat commence par indiquer la marche qu'il va suivre : Anatomie générale , préface, p. v : « Le {tlan de mon ouvrage consiste à considérer isolément et à présenter avec tous leurs attributs chacun des systèmes simples qui, par leurs combinaisons diverses, forment nos organes ; la base de ce plan est anatomique , mais les détails qu'il embrasse appartiennent aussi à la médecine et à la

physiologie Expériences sur les animaux vivants, essais avec

divers réactifs sur les tissus organisés , dissections , ouvertures cadavériques, observation de l'homme en santé et en maladie,

voilà les sources où j'ai puisé; ce sont celles de la nature p.\i...

La doctrine générale de cet ouvrage ne porte précisément l'empreinte d'aucune de celles qui régnent en médecine et en physiologie. Opposée à celle de Boërhaave , elle diffère de celle de Stahl et de celle des auteurs qui, comme lui, ont tout rapporté, dans l'économie vivante à un principe unique , principe abstrait , idéal et purement imaginaire quelque soit le nom d'âme , de principe vital, d'archée, etc. , sous lequel on le désigne.

Analyser avec précision les propriétés des corps vivants , montrer que tout phénomène physiologique se rapporte en dernière analyse à ces propriétés considérées dans leur état naturel , que tout phénomène pathologique dérive de leur augmentation , de leur diminution ou de leur altération ; que tout phénomène thérapeutique a pour principe leur retour au type naturel dont elles

étaient écartées, etc Voilà toute la doctrine générale de cet

ouvrage.... p. vm.... Le rapport des propriétés comme causes, avec les phénomènes comme effets, est un axiome presque fastidieux à répéter aujourd'hui en physique , en chimie , en astronomie , etc. « Si cet ouvrage établit un axiome analogue dans les sciences physiologiques, il aura rempli son but. »

Il détermine ainsi les caractères fondamentaux et distinctifs des sciences physiologique et médicale : loc. cil. Considérations

32 PnKPARVTION A I.A RÉVOl.LTION .Ml-DICAIE.

générales, p. xxxv. « Il y a dans la nature deux classes d'êtres, deux classes de propriétés, deux classes de sciences. Les êtres sont organiques ou inorganiques; les propriétés , vitales ou non vitales ; les sciences, physiologiques ou pliysi(iucs. Les animaux et les végétaux sont organiques; les minéraux, inorganiques ; scnsiliilité, contractilité, voilà les propriétés vitales; gravité, afllnité, élasticité, etc., voilà les propriétés physiques. La physiologie , la médecine présentent les sciences [diysiologiques ; l'astronomie , la physique , la chimie, etc., composent les sciences physiques.... /*. xxxti. Les propriétés vitales sont le premier mnbilo auquel il faut remonter, quelque soit le phénomène physiologique ou médical que vous éludiez. »

Il fait observer que Newton dérobe le secret du Créateur en rattachant à une cause unique, l'attraction, tous les phénomènes de la nature physique ; découverte dont abusa Boërhaave en l'appllipiaul an\ pliénonténes de la vie. Qno Stahl opéra une véritable révolution dans la science physiologique en faisant apjirécier le défaut de rapport qui existe entre les lois de la matière inerte et les |>hénomènes vitaux. « D'où l'on vit surgir l'archée de Vanhelmont, le jjrincipe vital de Barthez , l'irritabilité de Ilaller. »

liifhat admet , comme premier mobile de la vie , la sensibilité et la contraclilité. Il divise la sensibilité en organique et animale; et la contractilité , en organique insensible , organique sensible et animale.

Il voit dans les maladies des altérations de ces propriétés, et veut cpie l'on adresse chaque médicament employé à la propriété lésée, à l'espèce de lésion (]u'elle présente, en réglant les indications fondamentales sur ces deux condilious essentielles. Puis il ajoute; Loc. cil., Com. (jni.p. i,. « (Jnelipies auteurs n'ont vu, dans les maladies que force ou faiblesse, et par conséquent, dans les médicaments, que débilitants ou fortifiants. Cette idée est vraie en partie, mais elle est fausse quand on la généralise trop. » Il ne prévoyait pas alors que cette assertion très-juste deviemlrail une critique positive de la doctrine exclusive dont ses travaux devaient être l'orcasion.

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