‹ Histoire de la révolution médicale du XIXe siècleChapitre 8 sur 64 · BICHAT, XAVIER · texte numérisé non relu

BICHAT, XAVIER

Il établit ensuite les dilTérences qui distinguent les lois de la vie dos lois de la matière , et déduit, de ces différences, celles que, d'après lui , l'on rencontre nécessairement entre les phénomènes et les altérations des corps inertes et des corps vivants.

Il dislingue les maladies , p. lxvi : « En celles qui troublent spécialement la vie animale et celles qui altèrent particulièrement la vie organique; celles des solides et celles des fluides : celles qui allèrent la structure même des tissus, et qu'il nomme organiques; celles qui laissent ces tissus intacts ; celles qui sont aiguës et celles qui sont chroniques; celles qui proviennent d'un principe inhérent à l'économie ; vices : vénérien , scrofuleux , scorbutique , dartreux , etc. ; celles qui sont indépendantes d'un semblable principe.

Il admet de plus , dans les corps organisés, des propriétés indépendantes de la vie el qu'il nomme propriétés de tissu : extensibilité, contraclilité de tissu, faculté de se racornir. Passant à l'examen de l'organisme , il y reconnaît des fluides el des solides.

D'après lui , les fluides sont de deux espèces : « de composition et de décomposition. »

« Les solides se divisent en tissus : généraux : cellulaire , nerveux, artériel, veineux, exhalant, absorbant. Particuliers: osseux , médullaire , cartilagineux , fibreux , fibro-cartilagineux , musculaire , muqueux , séreux , synovial , glanduleux , dermoïde , èpidermoïde , pileux. Le nerveux et le musculaire se subdivisent en nerveux et musculaire de la vie organique et de la vie animale. » Il juge ainsi la réalité de sa théorie des systèmes organiques , et son influence à venir sur la science, p. lxxx, « L'idée de considérer abslraclivement les différents tissus simples de nos parties, n'est point une conception imaginaire. Elle repose sur les fondements les plus réels , et je crois qu'elle aura , sur la physiologie , comme sur la pratique médicale une puissante influence.

Il fait voir ensuite que ces tissus diffèrent par la forme , les propriétés physiques , de tissu, vitales, et par une conséquence nécessaire, sous le point de vue des altérations morbifiques dont chacun d'eux peut être affecté. Puis il ajoute : p. lxwv , « dans

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tout organe composé de tlitïérenls tissus, liui peut être malade, lesaulres rcslanliulacls. » Il complète ainsi sa pensée : p, lxxxviii. « Plus on obsenera les maladies et plus on ouvrira de cadavres , plus on se convaincra de la nécessité de considérer les maladies locales non point sous le rapport des organes composés qu'elles ne frappent presijue jamais en totalité, mais sous celui de leurs tissus divers qu'elles attaquent presque toujours isolément. Quaud les phénomènes des maladies sont sympathiques , ils suivent les mêmes lois que quand ils proviennent d'une affection directe. »

Bichat avait un trop bon esprit pour ne pas sentir lui-même l'abus qu'il fait ici de son grand principe, aussi le voyons-nous bientôt redresser sa pensée qui avait pris une dircclion trop exclusive : il ajoute en effet p. xci. « N'exagérons pas cependant cette indépendance où les tissus d'un organe sont les uns des autres sous le rapport des maladies ; la pratique nous démentirait. » 11 reconnaît ces exceptions surtout pour les maladies chroniques, le cancer, etc. Le lissu cellulaire lui paraît être le moyen de communication par lequel se propage ainsi l'alléralion d'abord

locale.

Il fait voir ensuite que la lésion morbifique d'un même tissu est toujours à peu près semblable quelque soit le point do l'organisme où siège ce tissu, considération de haute portée en palliologie ; il indi(iue lui-même ii quelle source il a puisé l'idée féconde, l'idée mère de ses travaux : //. xcm. « Pinel me paraît avoir beaucoup fait pour l'art en commençant le premier à présenter les inllamnulions par ordre de systèmes , et en embrassant d'un coup-d'œil général toutes celles du même système quels que soient les organes où celui-ci se trouve. »

Il exprime ainsi l'idée qu'il se forme de l'iiillamnialion;/. id. « il y aUjujnurs deux ordres de symptômes dans les inllannualions : n-ux qui tiennent à la nature du tissu affecté , ceux qui dépendent des fondions troublées dans l'organo où il se trouve. »

Il reconnaît que la médecine a de grands pas à faire dans l'histoire des inllanimalions; il recommande surtout, dans les recherches qui tiMiihoiit il é«l;iirfrr.' point inqiortaut de pathologie df ne pas

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perdre de vue que les altérations des systèmes offrent trois grandes lois relatives à runilormilc ou à la disparité de leurs caractères dans les différents tissus, p. cxv, « \* Parité de structure et par conséquent de maladies quelque soit le point de l'organisme ; les tissus osseux, musculaires de la vie animale , etc. %" Modifications : la peau, les muqueuses, les séreuses, etc. 3" Disparité: les glandes, les muscles involontaires, etc. »

Il fait bien observer que les dénominations d'aiguës et de chroniques ne doivent s'entendre , si l'on prend leur durée pour base de cette distinction , que des maladies observées dans un même tissu ; puisque les inflammations aiguës des os , par exemple , envisagées sous le rapport du temps qu'elles mettent à parcourir leurs périodes ordinaires, seraient précisément les phlegmasies chroniques de la peau considérées sous le môme point de vue.

Bichat précise la valeur du terme analomie pathologique , et prédit ainsi les progrès de cette science .p. xcviii, « il me semble que nous sommes à une époque ou l'anatomie pathologique doit prendre un essor nouveau. Cette science n'est pas seulement celle des dérangements organiques qui arrivent lentement comme principes ou même comme suites dans les maladies chroniques , elle se compose de l'examen de toutes les altérations que nos parties peuvent éprouver à quelque époque qu'on examine leurs maladies. »

Il fait ensuite l'histoire des différents tissus , nous ne devons pas le suivre dans tous les détails anatomiques de cet immense travail, mais indiquer seulement les principales inductions qu'il tire de ses expériences sous le point de vue de la physiologie pathologique.

I. Tissus généraux. — 4° Cellulaire , t. 1 , p. 41. — « Il est essentiellement réparateur. De cette propriété dépend la formation des cicatrices, des tumeurs, des kystes, etc. »

T Nerveux de la vie animale, t. 1, p. iiS. — « Centre des phénomènes de sensation et de mouvement volontaire, il concourt à l'établissement des sympathies physiologiques et morbides.

5" Nerveux de la vie organique, t. i , p. %15. — Envisagé par Bichat d'une manière nouvelle, chacun des ganglions devenant

36 PRÉPARATION A l.A RÉVOLITION MÉDICALE.

pour itH auleur un centre particulier, « Il présente le foyer des impressions organiques non perçues , el des mouvenienls involontaires. Il joue le principal rôle dans les phénomènes sympathiques envisagés au point de vue delà physiologie médicale.

4° Vasculuirc à saïuj rouye , t. 2, p. 245. — « Il sert de voie de transmission au sang rouge. L'artériel ipii le forme en grande partie est sans autre réaction que celle de son élaslicité ; et pour sa tunique propre dans l'impossibilité de se cicatriser lors qu'elle est divisée.

S" Vasculairc à sang noir, t. 2, p. 514. — « Il sert de voie de transmission au sang noir. Le veineux qui le forme en grande partie ne présente pas, dans sa membrane propre, une action contractile bien sensible, et cependant paraît exercer une action directe sur le mouvement du sang , surtout par ses fibres circulaires. » Nous verrons bientôt l'espèce de révolution que la découverte de l'inflamnialion de ce tissu, sous le nom de idilébite, est venue opérer non-seulement dans la théorie mais encore dans le traitement d'un assez grand nombre de maladies très-graves.

G" Capillaires, I. 2, p. 460. — « Ils sont de deux espèces, l'nn pulmonaire, l'autre général. Ils olTrent le siège de la sanguification , de la nutrition et des sécrétions. L'inllammation .s'y explique par l'excitation, l'exaltation de la sensibilité, l'apiiel du sang el l'aniiix de ce dernier dans le réseau capillaire enflammé ; tandis que d'après Boerhaave, l'impulsion et l'accumulation du sang dans les capillaires était la cause immédiate de la phlogose. I' est évident que ce sont les solides qui jouent le premier rôle dans riiiflammalion, el que les fluides n'y sont que secondaires. Les phlegmasios onl pour siège le syslème capillaire; pour principe, une alléraliun dans la sensibilité organique de ce système; pour effet, l'afflux du sang dans les vaisseaux auxquels il élail étranger, un accroissement consécuhl' ilu (alori(pie, etc. les tissus les plus riches on capillaires sont les plus exposés à rinflanunalion. »

7" Eshalant , I. 2, p. S49. — « Les hémoirliagies sont un résultat de, la perspiration anormale effectuée jiar ic dernier. » 8' Absorbant, I. 2, p. 6"77. — « L'absorption s'effectue par

un. MAT, X.VVIEK. 37

une sorte d'aspiration de ces vaisseaux , dans les cavités fermées ; les hydropisies sont la conséquence du défaut d'équilibre entre les exhalants elles absorbants. »

II. Tissus part[cllikrs. — i" oncnx, t. 3, p. S. — « Il sert en quelque sorte de passage des corps inertes aux corps organisés, par l'élément calcaire qui entre dans sa composition; ses fonctions sont dès lors moitié physiques et moitié physiologiques ; il offre une vie et des maladies peu actives dans leur marche et leur développement.

2" Médullaire , t. 3, p. lOo. — « C'est à proprement park'r un tissu cellulaire graisseux. »

J° Cartilagineux, t. 3 , p. 1 19. — « Il partage à peu prés toutes les fonctions du tissu osseux et comme ce dernier offre une vitalité , des maladies peu développées. »

4° Fibreux, t. 3 , p. Ho. — « Destiné à lier ensemble toutes les parties du squelette, à contenir différents organes, etc. il se fait surtout remarquer par sa grande résistance physique , et bien que sa sensibilité soit naturellement peu marquée on le voit devenir le point de départ d'une douleur très-vive sous l'influence d'une forte extension, comme on l'observe très-souvent dans le diastasis. »

.5" Fibro-cartilagineux, t.3., p. 2N. — « Il offre des caractères et des fondions qui participent des fonctions et des caractères propres aux tissus élémentaires dont il est composé. »

G" Musculaire de la vie animale , t. 3 , p. 22^. — « Doué de propriétés vitales très-développées , surtout de la sensibilité percevante et de la contractilité volontaire au plus haut point, il peut, par conséquent dans ses irritations et ses innammalions, offrir tous les degrés de la douleur, du spasme et des convulsions. »

7° Musculaire de la vie organique, t. 3, p. 339. — «Il forme la partie principale de tous les organes dont les fonctions ont besoin de mouvements plus ou moins étendus, affranchis du pouvoir de la volonté. Ces maladies peuvent aussi présenter pour symptômes une vive douleur, des spasmes, des anomalies du mouvement, etc. »

38 i<Hi;i'.\HAiiu.\ A u i;i;\(ii.Liiu.N .aikur-alk.

S" Muqucux, t. 4, p. 4i5. — « Il présenio le légumenl iiiUM'iio comme la peau nous offre rextcrnc. Il devient le siège lio la plupart (les vives oxcilations de l'organisme , cl d'un grand nombre de pht-nomènes importants.

«Pincl a bien senti, l'un des premiers, la nécessilc de considérer les membranes muqueuses d'une manière générale relalivcmenl aux maladies. Je crois les avoir, le premier, envisagées généralement sous le rapport analomiquo cl physiologique. Il peut devenir le siège d'une foule do maladies ; lui seul, dans une nosograpliic oii les maladies sont distribuées par systèmes , doit ocruper une place égale à celle de plusieurs.

« En même temps qu'elles protègent les organes sousjacents , les muqueuses présentent les principales voies de l'importation morbificpic, au nombre desquelles se trouvent surtout les trois grandes portes ouvertes aux maladies, savoir : la muqueuse gastrointestinale, la muqueuse pulmonaire et la muqueuse génito-urinaire. L'inllammation peut y développer la douleur, mais d'une manière moins marquée peut-être que dans les autres tissus doués d'upe aussi vive sensibilité.

« T/excitation augmente beaucoup la sécrétion des muqueuses, et dans un assez grand nombre do cas on |)ourrait avec avantage substituer, en thérapeutique , les évacuants muqueux aux dérivatifs cutanés. »

Le tissu muqueux est de tous les systèmes organiques étudiés au pnint de vue de la médecine physiologique celui qui joue le rôle le plus important. A celle occasion, Hicliat a parti<Miliéremenl bien fait remarquer t(uite l'altenlion que mérite l'estoniac par sa membrane interne sous le rapport de la physiologie pathologique. Il (lit en elT.'t,/nr. nt., t. 4, p. 4iS :

« C'est ici le cas de faire une remarque importante par rapport à l'estomac. On sait qu'il n'est aucun organe cpii joue un rôle plus marqué, dans les sympathies, cpic reiiii-ci. 1-a moindre affertion de ce visrére important répand, dans toute l'économie animale, une influence pénible. Toutes les antres parties .s'en ressenlenl. Je no crois pas même ipi'il y ail un malaise plus fatiguant cl plus général

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que celui qu'on éprouve alors dans certains cas Je crois que

l'estomac doit particulièrement ce rùle important dans les sympathies à sa surface muqueuse. »

9" Séreux, t. 4, p. 497. — Il sert surtout à favoriser le glissement respectif des organes. Il n'avait point été envisagé d'une manière générale avant le traité des membranes. Les maladies l'attaquent presque aussi souvent que le muqueux. Il offre partout des sacs sans ouverture ; il est le seul , avec le synovial, où arrivent les collections séreuses en masses considérables, où se forment les inflammations lentes et tuberculeuses. La plupart de ses modes d'adhérence n'appartiennent qu'à lui. »

40° Sij7ioviaI , t. 4, p. 551. — « Il offre beaucoup d'analogie avec le séreux par la disposition , les usages ; mais il en diffère par la nature du fluide sécrété , par la manière dont s'y forment les adhérences, etc. » Bichat a démontré, le premier, que la synovie était le résultat de la pcrspiration de ces membranes.

-f 1" Glanduleux, t. 4, p. 569. — « Il est destiné à former le plus grand nombre des fluides sécrétés. Il ne présente pas, comme la plupart des autres tissus, cette unité de constitution et de propriétés que nous avons signalée. Chaque espèce de glandes offre, en quelque sorte , ses attributs particuliers. »

Bichat, à cette occasion, repousse le caractère exclusif du solidisme, et dit, loc. cit., t. 4 , p. .589 :

«Nous exagérons tout ; sans doute, les solides auxquels les forces vitales sont surtout inhérentes se trouvent spécialement affectés dans les maladies; mais pourquoi les fluides ne le seraient-ils pas aussi?... Je ne doute pas que dans les résorptions purulentes le pus ne circule en nature dans le système sanguin. Et p. 591 : nous avons déjà assez de faits pour assurer que les fluides et surtout le sang peuvent être malades, que diverses substances hétérogènes se mêlent à lui , et peuvent agir d'une manière funeste sur

les solides Enfin, il est des cas où toute l'économie semble

simultanément affectée et dans les solides et dans les fluides

« N'exagérons donc point les théories médicales , voyons la nature dans les maladies, couimo elle est dans l'état de santé , où

40 PRÉPARATION A LA UKVOLLTIOiV MÉDICALE.

les liquides ciaboreni les lluiilos, on même temps cl par iimième

qu'ils sont excités par eux Nos abstractions n'existent presque

jamais dans la nature ; nous adoptons ordinairement un certain nombre de principes généraux en médecine , et nous nous habituons ensuite à déduire de ces principes, comme des conséquences nécessaires , toutes les explications des maladies. »

Cette manière de procéder est vicieuse en ce que les lois vitales no sont point stables , et par conséquent point calculables dans leurs effets comme les lois physiques. L'excitation des glandes est le plus ordinairement sympathique, et trouve alors sa source presque toujours dans la slinnilation de leurs canaux excréteurs. Chacune d'elles a ses maladies particulières.

i2" Dermoide, t. 4, p. 640. — « Il sert d'enveloppe extérieure à tous les animaux, et concourt plus ou moins à l'établissement de leurs rapports avec les corps qui les entourent. Il sert puissamment, surtout chez l'homme, à l'épuration organique par la perspiration, et présente de nombreuses sympathies physiologiques et pathologi(jues avec les autres systèmes, et notamment avec le muqueux..

yj" Epidermoiile , t. 4, p. 757. — « Il est destiné à protéger la peau et les muqueuses dans les parties de ces dernières où l'on observe son développement.

/i" Pileiii, t. 4, p. 792. — « H offre beaucoup moins d'importance que la plupart des autres tissus étudiés sous le point de vue de la physiologie pathologique. »

Pour compléter l'examen rapide que nous devions faire des travaux de Hichat, il nous reste a dire quelques mots sur son Traité de la vie et de la mort.

Il défmit et divise ainsi la vie , Uerherchrs pliysiolof/iques sur la rie e* la mort, p. / : « On cherche dans des considérations abstraites la définilion de la vie; on la trouvera , je crois , dans cet aperçu général : La vie est l'ensemble des fondions qui résistent ù la mort. »

I! fait consister la vie dans l'aclion des corps extérieurs sur l'organisme, cl dans la réaclion de rorgaiiisine sur les corps r\léri(Mirs. Il élablil les différences de l'arlivilé vitale relatives à

BICHAT, XAVIER. Il

l'âge, au tempéramment, etc., d'après l'état proportionnel de cette action et de cette réaction.

Il admet en nous deux vies : l'une, organique, relative à l'accroissement, à l'entretien de l'individu; l'autre, animale, qui établit ses relations avec tout ce qui l'environne. Il trouve des différences entre ces deux vies : sous le rapport des organes qui leur sont plus spécialement affectés; des fonctions de ces organes, de la durée de leur action, des influences de l'habitude , des rapports de chacune de ces deux vies, avec le moral.

Pour lui, ce qui est relatif à l'intelligence rentre dans le domaine de la vie animale ; et ce qui tient aux passions , dans celui de la vie organique. Il signale ainsi , sous ce rapport l'influence du physique sur le moral : loc. cit., p. 57 :

« Nous voyons les lésions du foie , dé l'estomac , de la rate , des intestins, du cœur, etc., déterminer, dans nos affections, une foule de variétés , d'altérations qui cessent d'avoir lieu dès l'instant où la cause qui les entretenait cesse elle-même d'exister. »

Les passions à leur tour ont un grand empire sur la vie organique, d'où naît plus spécialement l'influence réciproque du physique et du moral.

Il admet deux centres nerveux : le cerveau , comme centre de l'intelligence et de la vie animale ; le foyer épigastrique, comme centre de la vie organique et des passions. Mais pour lui , ce foyer n'est pas rigoureusement circonscrit. Voici comment il pose la question : loc. cit., p. 10. « Il n'y a point , pour les passions de centre fixe et constant comme il en existe un pour les sensations. Le foie, le poumon, la rate, l'estomac, le cœur, etc., tour à tour affectés , forment tour à tour ce foyer épigastrique si célèbre dans nos ouvrages modernes.

Il combat la théorie mécanique de l'inflammation , et pense que si , dans cette maladie , les globules rouges du sang traversent des petits vaisseaux qui , dans l'état normal n'admettaient que des fluides blancs , re n'est point parce que leur calibre est physiquement augmenté par l'effort du sang, mais seulement parce que leurs propriétés vitales se sont montées au degré convenable pour établir

4i l'UKl'AHAÏlON i IX «liVOLUllON MKDICAI.K.

ce nouveau rapport. Tl tomiine son trailé par les belles considéralions et les prufciiules relléxions physiolopiques sur la mort.

Bordeu avait élabli la vie sur Irois organes principaux : le cœur , les poumons , le cerveau , dont l'ensemble formait son trépied vital. Bicbal saisit en maître cotte idée fondamentale, étudie successivement, dans la production de la mort accidentelle, l'influence: 1° du cœur sur les poumons, le cerveau, tous les organes ; 2" des poumons sur le cœur , le cerveau , tous les organes ; 3" du cerveau sur le cœur, les poumons, tous les organes. Il fait surtout bien observer que le cœur , se contracte encore lorsque le sang revient, k ses cavités gauches, noir, sans avoir éprouvé la rénovation pulmonaire , et que c'est en le poussant k cet état dans tout l'orçianisme qu'il y détermine alors une extinction irrévocable de la vitalité.

Tels sont les principaux travaux de Bichat. Il est aisé de comprendre , même d'après cet exposé rapide , rinfluonce profonde qu'ils ont exercée sur la révolution médicale qui vient de s'opérer, et tout ce qu'à dû nécessairement y puiser l'auteur de la médecine physiologique. Mais n'anticipons pas sur les faits ; apprécions actuellement les travaux de Biclial en évitant de nous laisser éblouir par l'éclat d'un aussi beau génie.

La pensée d'étudier isolément les tissus appartient sans doute k Pinel ; mais d'après son genre d'esprit, d'après la direction qu'il donnait à ses travaux , il est presque certain que celte pensée profonde fut restée k peu près stérile dans son auteur, et que jamais il n'aurait entrepris toutes les recherches, toutes les expériences cadavériques nécessaires pour la IV'cdikIim' el pour eu obtenir les immenses résultats que nous venons de signaler dans l'anatomio générale.

Hichal s'empare de cette grande pensée, l'ne carrière nouvelle s'ouvre devant son génie scrutateur ; après (pieli|ues préludes heureux , il fonde et perfectionne en même temps une science inconnue avant la publication do son immortel ouvrage sur l'anatomie des tissus. Ouvrage aussi remarquable par l'originalité des expériences, rinlelligencc. la sagacité des recherches, la richesse dos faits

niCIIAT, XAVIEH. 43

particuliers , que par l'importance , la profondeur et la portée des aperçus généraux. La physiologie se trouve dès lors établie sur une base fixe , et la pathologie semble ne devoir plus flotter vaguement, comme par le passé , dans le vaste champ des conjectures.

Dans ses recherches sur la vie et la mort il pose avec succès les fondements impérissables sur lesquels il se proposait d'asseoir l'édifice nouveau de la physiologie médicale. La seconde partie de ce travail surtout est bien digne de la réputation de son auteur.

A côté de ces riches et nombreuses qualités, il existe quelques défauts. Bichat les eût corrigés lui-même , avec le temps , par l'expérience et la réflexion , s'il n'eût été enlevé à la science qu'il avait illustrée dans un âge oii le plus grand nombre en ont a peine acquis les premières notions positives.

Il a désigné le principe des actes de la vie par le terme de propriétés vitales. Cette expression a généralement été rejetée comme indiquant des entités imaginaires. Nous avons dans notre physiologie adopté celle de conditions vitales parce qu'elle n'exprime qu'un fait incontestable. Bichat a considéré les propriétés vitales d'une manière trop abstractive , leur a fait éprouver un trop grand nombre de divisions et de subdivisions. Il a fait jouer un trop grand rôle à leurs altérations dans la production des lésions morbifiques, lésions qui deviennent ainsi l'expression trop exclusive des maladies.

Ses expressions de sensibilité, de contractilité, de vies : organique , animale sont absolument inadmissibles puisqu'elles faussent complètement les idées qu'elles servent à manifester.

Si l'on admet les conditions vitales , il faut se borner à les distinguer par les ternies de sensibilité, et de contractilité. Chacune de ces conditions peut offrir des modifications, sans doute, mais qui ne sulliscnt point pour en faire des conditions différentes.

Cette vérité paraîtra surtout bien évidente si l'on considère que, dans certains états pathologiques, on les voit se métamorphoser les unes dans les autres. Ainsi, pour en citer un seul exemple, la sensibilité des os qui , dans l'état normal est latente , peut devenir percevante dans l'élat morbide , olc.

Bichat considère les maladies trop individuellement pour chaque

H i'ni:rAR.vrio.\ a ia nKVOLLrioN mki>h;ai,k.

lissu cl trop isolément ilc celles des tissus liés plus ou moins intimement avec le tissu affecté.

Gardien exprime cet avis Dict. des Sciences méd. , art. membrane, t. 32, p. 2iO: «Que les phlegmasies d'un tel ordre de membranes présentent des traits d'analogie frappants , (pie les inllammalions du tissu séreux n'aient jamais la ])liysiouomie des plilei^masies muiiueuscs, (pie , sous ce rapport, la classification des membranes ait rendu un service immense à la médecine d'observation , c'est ce qui est incontestable; mais il me semble qu'on a été bien moins beureux lorsqu'on a fait autant de pblegmasies différentes d'un organe qu'il entre de tissus dans sa composition. Faire de l'inûammation de ces parties autant de maladies distinctes, cl admettre encore des variétés pour cbacune d'elles , n'est-ce pas multiplier les êtres pathologiques sans nécessité? »

Nous pensons , d'après une assez longue expérience clinique , dégagée de tout esprit de système, que , sous le point de vue qui nous occupe, il faut tenir un juste milieu entre M. (laslellier, (jui a presque nié l'existence de la i)érilonile simple , telle que la comprennent généralement les bons observateurs , et Hichat ijui, dans l'isolemenl absolu des tissus à l'étal palholojjiquc , a consulté beaucoup plus la théorie que la pratique , celle-ci exigeant une expérience que la mort prématurée de ce grand physiologiste ne lui a pas laissé le temps d'ac(|uérir.

Nous sommes d'autant mieux fondé à soutenir cette opinion, (|ue Hicliat s'est condamné lui-même dans la réilexion suivante , lorsqu'il dit : « N'exagérons pas cependant cette indépendance où les tissus d'un organe sont les uns des autres sous le rapport des maladies; la jir.iliipie nous démentirait. » Cependant il esl tombé dans cette exagération, el, comme il l'u si hieii pré\u, la pralicpie. est venue condamner tout ce que la théorie |i(nivail offrir de Irop exclusif.

Dans son Trnilc de la vie et de la warl , partie essentiellemenl physiologique de ses travaux , Bichat a commis des erreurs graves; nous signalerons les principales.

Il définit la vie : « L'ensemble des fonctions qui résistent à la

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