G0 DE LA DOCTRINE MEDICALE
présentent plus ces discordances qui surgissaient alors que rinterprétation des symptômes laissait une plus grande latitude aux erreurs. Aujourd'hui, hors les cas très-ditficiles, cas que présente toute pratique, même dans des sciences plus simples que la pathologie, l'examen attentif produit promptement l'accord sur la nature du mal. Reste le traitement : ici encore le progrès sur l'antiquité est grand, et d'ailleurs il se poursuit tous les jours; la notion des substances actives, leur juste emploi, la recherche de leur spécificité, tout se perfectionne.
Un fait qui me tombe sous les yeux servira, entre beaucoup, à faire voir ce qu'est devenu le diagnostic dans les mains de la médecine moderne. Une femme jeune encore s'aperçoit en se levant qu'elle se tient péniblement debout, qu'elle chancelle en marchant ; ce qui l'inquiète surtout, c'est qu'elle ne peut plus aller en ligne droite, elle est entraînée malgré elle toujours du côté gauche. Il y a strabisme, et la vision est troublée; mais l'intelligence est intacte, ainsi que la sensibilité. Voilà des symptômes singuliers; à quoi les rapporter? D'après des notions précises de physiologie et de pathologie, le médecin diagnostique qu'il y a lésion du cervelet, épancliement sanguin dans cet organe, et il ajoute que très-probablement la malade guérira. La malade guérit en effet, et le diagnostic est certain, bien que, fort heureusement, il n'y ait pas eu d'autopsie pour le confirmer.
Ainsi munie de connaissances solides qui s'acquièrent par le labeur et par l'expérience, et qui font à la fois sa règle et sa force, la médecine combat les maladies, laissant à la nature ce que la nature suffit à guérir, l'aidant là où elle peut lui porter secours, palliant là où il ne reste que la palliation, agissant énergique-
ment là où riiitervenlion de Tart est puissante, remplissant chacun de ces offices avec lumière,et apprenant tous les jours, sans que son savoir doive jamais espérer plus que de diminuer le mal et d'augmenter le bien dans un ordre de choses à la fois si clément et si inclément.
A coté de ceux qui ne croient pas à la médecine (c'est un petit nombre), il y a ceux (c'est un grand nombre) qui y croient trop, je veux dire ceux qui, mécontents des limites nécessaires d'un art salutaire, cherchent dans le surnaturel et le charlatanisme d'illusoires secours. La crédulilé est une dupe qui s'offre d'elle-même, depuis l'humble village qui a son sorcier guérisseur jusqu'aux splendides demeures où le sorcier ne fait que changer d'allure et d'habit.
« Je connais, dit M. Rostan, des gens d'esprit qui (i croient fermement s'être garantis du choléra avec « une ceinture de soie cramoisie. J'en connais d'autres « qui portent trois marrons dans leur poche pour se c( préserver de tous maux. Ces gens-là ne croient pas à « la science. M. N... ne croit pas à la médecine, mais « il croit à la moutarde blanche. 31. X., autre incré- « dule, croit à la médecine Leroy; M. de M. croit à « l'homœopathie. » A la bonne heure ; mais, laissant à une meilleure instruction qui répande des idées justes sur la maladie et sur la guérison le soin de restreindre la mauvaise herbe de la crédulité, j'indiquerai un domaine où l'empire de la médecine est entier, sans aucune intervention de la crédulité d'une part, du charlatanisme d'autre part, et où ses services sont aussi grands que son empire; je veux dire l'hygiène publique. Là il n'y a place ni à l'homœopathie, ni au somnambulisme, ni au docteur noir ou rouge, ni au spiritisme. Les illusions subjectives ne peuvent rien ;