‹ Histoire de la révolution sous Philippe IIChapitre 110 sur 198 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

férences entre la gouveroante et son principal conseiller étaient, au surplus, très-rares. Granvelle avait tidopté la coutume de se concerter avec la régente, sur la plupart des affaires; par lettres et par billets, alors même qu'ils se trouvaient dans la même ville et souvent dans la même maison '. Peut-être agissait-il ainsi pour ne pas éveiller la jalousie des grands ; mais il fut bientôt impossible de ne pas reconnaître l'influence prépon* dérante de Tévéque d'Arras. Quoique simple conseiller d'État, il était réellement le premier et le principal ministre de la gouvernante des Pays-Bas *, plutôt par le commandement exprès du roi que par une sincère inclination de la duchesse de Parme. On remarquait que celle-ci ne faisait jamais voir au conseil d'État les lettres qui lui venaient d'Espagne ou d'ailleurs, qu'elle n'en eût communiqué en particulier avec Granvelle ou qu'elle ne lui en eût écrit. Il les examinait tout seul dans le cabinet, puis il renvoyait les dépêches à la gouvernante ou à Viglius, qui en donnait lecture au conseil d'État, mais en omettant les articles sur lesquels le cardinal: avait tracé quelques lignes pour qu'ils ne fussent pas connus '.

Indépendamment de la communauté des vues, un noble sentiment de reconnaissance expliquait l'attachement que Viglius ne cessa de professer pour le cardinal de Granvelle, aussi longtemps que celui-ci fut le vrai ministre des Pays-Bas. Viglius, qui avait déjà fourni une carrière plus longue que celle de Granvelle, ap-

1 Strada, qui avait eu à sa disposition les archives de la maison Farnèse, nous apprend qu'il possédait un gros volume des lettres et billets que Granvelle envoyait, à toute heure, à la duchesse de Parme.

' Cest ainsi que Sébastien de TAubespine écrivait à sa cour (de Gand, 34 juillet 4559) : « M. d'Arras demeure ici principal ministre et quasitout pour estre ladite dame «duchesse de Parme) assez nouvelle es affaires du pays. ■ Négociations, lettres, etc., p. 55.

' Strada, lib. 111.

tt:S PàYS-llAS SOCâ PHILIPPE II*

pelait moins encore l'attention par les dignités dont il était combié que par ses immenses travaux comme professeur, comme jurisrconsulte, comme savant, comme diplomate, comme président du conseil privé. Cette vie si pleine justifiait la devise adoptée par I illustre président : Vtta mortalium vigilia. Viglius d AylU de Zuichera était né le 19 octobre 1507 dans le château de Barra* huys, au village de Wirdura, en Frise. Sa famille, sans être opulente, avait un rang honorable. Placé sous la direction de son oncle paternel, Buchon d'Aytta, doyen du chapitre de la Haye, Viglius fit ses premières études à Devenler et à Leyde; après avoir reçu fa tonsure cléricale, à Tàge de quinze ans, il se rendit à rUniversité de Louvain et y passa près de quatre années pour s*y perfectionner dans la connaissance des langues andenneset y commencer son cours de droit. Il poursuivit ses études juri* diques â runiversité de Dôîe et les acheva ^ sous la direction d Alciat, à Avignon, puis à Valeaoe, en Dauphiné, oîi il i-eçut fe bonnet de docte'ur, le 8 mai 15Î9. Ayant suivi Aleiat, son maître, à Bourges, il ne tarda point à le remplacer dans sa chaire lorsque le célèbre juiisconsulte milanais eut été rappelé a Ravie. Maii lui-même voulut voir Tltalie^ et les hommes les plus éoiinenls cherchèrent à Ty retenir en lui procurant la chaire des institutes à l'université de Padoue. Son mérite appelait déjà lattentioa générale. îl déclina presque en même tem}>s I honneur que se prof)osait de lui faire Charles-Quint, en le choisissant comme précepteur de Hnfant d'Espagne, et l'ofTre bienveillante de la république de Venise, qui aurait voulu lui assurer un emploi élevé dans Tordre judiciaire en Chypre '* Désirant revoir sa patrie dont

* Viglius lui-même a rapporté les motife tout lUtcmires qui avaient engagé quelques grands de la cour de remperour à le désirer pour inslituteur de rinfanL d'l^s[>3gne : « Viglius, eujus nomen jùm nonnullis ionoteiQere 1 ccppit, ab miigais viris in aula imperiatl solJidtatus fuit, ut Phiiippum

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