LIVRE VII
plus de trente mille individus, infectés de cette hérésie, avaient été exécutés par autorité de justice. » Un très-grand nombre de curés et de moines propageaient aussi, directement ou indirectement, les doctrines luthériennes K
Cq)endant la persistance de Charles-Quiht avait rencontré, dans quelques provinces, des objections très-graves, même une opfN)6ition déddée. LesétatsdelaGueIdre, en refusant d'admettre llnqixîsition, s'étaient appuyés sur le traité de Yenloo du 7 septembre 45i3, qui avait réglé les conditions de la transmission de eette proviiice à l'empereur. De même, le Luxembourg et Groningue avaient été exemptés d'une juridiction, qu'il était si facile de transformer en tyrannie* £nGn, les états de Brabant finirent aussi par loi opposer leurs privilèges, et avec tant de fMre, que, depuis 4699, les pouvoirs^ des inquisiteurs avaient été comme paralysés dans cette importante province '.
Cette opposition acquit plus de vigueur et donna lieu à des incidents significatifs lorsque, à la sollicitatiflh de l'infant Philippe et des seigneurs espagnols qui l'entouraient 3, Charles- Qaint publia, le 98 avril 4550, un nouveau placard ou édit perpétue! qui confirmait et amplifiait les dispositions pré\'entives et répressives, insérées dans les ordonnances précédentes. Désormais nul ne pouvait être admis ou reçu dans une ville ou un village des Pays-Bas, à moins qu'il ne produisit un certificat du chef de la paroisse de son dernier domicile ; nul non plus ne pouvait tenùr école sans rautorisation des principaux oflQciers civils et de l'ordinaire. Mais ce qui provoqua surtout les alarmes et le mé-
i Le témoignage contemporaiD de Wesenbeke est formel à cet égard. Jl cite notamment le curé de Melseu, près d Anvers (4524); M. Pierre, pasteur de Douai (4538); Pierre Alexandre, carmélite, prédicateur de Marie do Hongrie (4544) ; Rolant Galon, jacobin, prêcheur à Anvers (4549), etc.
* Correspondance de Philippe 11, t. I*»", pp. cxxni et cxxiv.
' Déduction de Vinnocence du comte de Homes, p. H.
LES ïiiVS-EAS SOUS PHlUPPe tl.
contentement des Brabançons, principalement d^ marchands d'Anvers, c'est que, dans le nouvel édit, il était fait mention différentes fols de Vinquisition et des inquisiletârs. On vil là un moyen détourné d'établir le saint-office d'Espagne, et le conseil de Brabant refusa formellement de sceller le placard au %H avril, formalité nécessaire pour quil reçût force de loi dans la principale province des Pays-Bas. La gouvernante ayant commandé au chancelier de Brabant d'y faire apposer le sceau du duché, le magistrat d'Anvers exposa au conseil que rexéculion de Tordon* nance entraînerait la ruine du pays et principalement celle de cette ville commerçante* Déjà, en effet, les craintes les plus vives s*étaient répandues parmi les négociants étrangers, surtout les Allemands et les Anglais^ qui résidaient dans la métropole commerciale des Pays-Bas. Les transactions s'arrêtaient; les prÎDcipaux marchands diminuaient leur train, cessaient leurs achats et leurs ex péditionSj faisaient même leurs préparatifs pour iibandonner la ville; le prix des maisons diminuait aussi ; Tartisan se trouvait sans ouvrage el sans argent ; enfin, déjà se manifestaient les signes infaillibles d'une décadence, qui devait être rapide si Ton ne se hâtait de la prévenir. Du reste, le mécontentement se propagea dans les autres villes du firabant, qui appuyèrent les pressantes réclamations de la commune d'Anvers. Marie de Hongrie, après avoir d'abord obéi aux ordres de Tem* pereur, reconnut que des concessions étaient impérieusement exigées» si Fon ne voulait porter une attemte irréparable à la popularité de Charles-Quint et provoquer une résistance que tant d'embarras extérieurs pouvaient rendre menaçante. Elle était confirmée dans ces sages prévisions par les exhortations de quel-* ques-nns de ses conseillers, parmi lesquels se distinguait Vîglîus qui, plus tard, se fit honneur de la modération qu'il montra en celte circonstance, La régente se rendit à Augsbourg, où Charles- Quint tenait alors la diète de l'Empire, et obtint nou-seulement
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de lui qu'il retrancherait du placard du 28 avril tout ce qui concernait les inquisiteurs, dont la dénomination fut remplacée par celle de yens wdésiastiques, mais en ouU*e qu'il adoucirait ou initierait d'autres dispositions '. De cette révision sortit Védit con/irmatif, donnée Âugsbourg le 25 septembre 15^. Il convient de l'analyser rapidement comme le résumé do la législation introduite par Charles-Quint pour la répression des hérésies.
Ce dernier placard décrétait la peine de mort, par le fer, la fusse ou le feUj contre ceux qui vendaient, achetaient, copiaient ou recevaient dos livres hérétiques ; peignaient ou vendaient des livres satiriques contre la vierge Marie, les salntâ ou les membres de l'ordre ecclésiastique; brisaient ou effaçaient les images faites en leur honneur ; tenaient ou permettaient chez eux des conventicules; disputaient sur la sainte Écriture en public ou en secret ; prêchaient ou soutenaient les doctrines des auteurs réprouvés. Il défendait de loger, de recevoir ou de favoriser les hérétiques, il prononçait l'exclusion de toute charge ou état honorable contre ceux qui avaient été con* vaincus ou suspectés d'hérésie, même après qu'ils auraient été reçus à pénitence. 11 provoquait à la délation, en adjugeant aux délateurs la moitié des biens de celui qu'ils auraient fait condamner. Il prescrivait aux cours souveraines et provinciales d'adjoindre aux juges ecclésiastiques, lorsqu'elles en seraient requises par eux, un membre de leur corps, afin d'être présent aux ioibrma tiens que ces juges auraient à prendre, et aux pro-
« Jkseription, par Wesbmbexb, pp. 39-40. — Correspondance de Phi- Upp» U, t. W, p. cxxiv. -^ Histoire des Pays-Bas, par Km. de Meterem , liv. II. — Ce dernier, à propos do la démarche de Marie de Hongrie, ajoute ; • Cette bonne œuvre fut pri^ de si mauvaise part par les inquisiteurs eu Espagne qu'ils écrivirent à Tempereur envers lequel ils raccusèr^nt el disoient que c^étoit une hérétique. »
LES FA¥S-B^S SOUS TUIHnî*! 11.
reliures qui i*ii seraient la suite. U imposait auâsi ^ tous offiHers et vassaux de (empereur I obligation fie prêter aide et assistant' aux juges ecclésiastiques, pour l'arrestation et la déteïitioo ûi^ personnes infectées d'hérésie, U interdisait expressèmeni aux juges de modérer k^ peines II pmnûfiçait la nullité de toutes aliénations, donations, cessions» transports, testaments, faits par des hérétiques, depuis la première contravention aux ordon* nances commise par eux, 1] menaçait du châtiment réservé atit coupables les personnes qui auraient écrit ou présente des roqu^fs en grâce pour des contumaces* Enfin, il déclarait pasMbles de la hart les libraires qui vendraient des livres renfermant dc^ erreu! contre la foi.
Les boui^mestres et échevins d'Anvers, qui avaient pris, dan» rintérét de cette grande ville, initiative de Topposition, ne soumirent point immédiatement à la volonté du souverain, bii que lempereur eût consenti que les marchands étrangers ne seraient pas traités avec la môme ngueur que les babiUiïiladti pays. H avait été décidé, en efTet, que la partie de ledit qm autorisait à casser les contrats et les tcstamenls faits par drs hérétiques^ avant mémo qu ilâ eussEcnt été condamnés, ne sernii pas observée à Anvers, dans la crainte de troubler trop profondément le commerce «, Cependant les magistrats de cette ville, avant d ^autoriser la publication de Tédit du 55 septembre, réclamèrent un acte, sous le grand sceau de Brabant, pour servir de sauve^gardeà leurs libertés, et déclarèrent ensuite que la publication se ferait sans pouvoir porter préjudice à leurs privilèges *,
Un autre placard avait révoqué les privilèges octroyés précé^ demmcnl aux nouvmuœ baptisés et leur avait oi'donné de sortir du pays, sous peine de la vie et de confiscation des biens. Cette
' GhûTius, Lib. 1.
' Vitrrespomianre de PhiUppfil, t. l", pp, cixxtT elcxxv.