‹ Histoire de la révolution sous Philippe IIChapitre 137 sur 198 · LIVRE VII (15â · texte numérisé non relu

LIVRE VII (15â

ordonnance atteignait les Juifs du Portugal nouvellement convertis et venus comme marchands dans les Pays-Bas : ils étaient accusés de rester attachés à leur ancienne foi et de pratiquer secrètement les cérémonies judaKques. Des reproches analogues étaient dirigés contre les Mores convertis, qui se trou vaient al teint s par la même mesure '.

Charles-Quint, accédant à la demande de sa sœur, n'avait plus mentionné les inquisiteurs dans Tédit confirmatif donné à Augsbourg : mais ceux-ci ne furent pas supprimés. Les inquisitears généraux Buard Tapper et Michel Drutius continuèrent à remplir leur office, en vertu de la commission qu'ils tenaient du pape Paul III. En 4553, des inquisiteursspéciaux ou subdélégués > furent, en outre, envoyés par la gouvernante dans TOver-Yssel et même dans la province de Groningue, avec la mission d'extirper la secte des anabaptistes, de visiter les monastères de femmes, ob, disaitron, régnaient beaucoup de désordres, et d'y opérer les réformes nécessaires. L'empereur avait aussi renouvelé, le 31 mai 4550, l'instruction donnée aux inquisiteurs généraux cinq années auparavant. D'autres instructions vinrent successivement compléter et encore fortifier cette organisation déjà si puissante. Le 34 janvier 4554 (4555 n. s.) l'empereur statua que les conseils de justice et les officiers royaux , municipaux et autres, ne permettraient aux hérétiques détenus dans leurs prisons, à la poursuite des inquisiteurs, de parler ou communiquer avec qui que ce fût, sans le contentement de ces derniers ; que les mêmes conseils ou officiers auraient à déférer à la réquisition des inquisiteurs, lorsque ceux-ci réclameraient leur présence pour le prononcé des jugements rendus par eux, ou les

' Voir le texte de cet édii daos les Placards de Flandre. * Cétaient François Soiinius, chanoine d'Uirechi, et Hermao Letroatius, doyen de Téglise de Notre-Dame, dans la même ville.

inviteraient à faire annoter et inventorier les biens des (lersonnes infectées ou suspectes d'hérésie, qui se seraient absentées par crainte de la justice ; enfin, qu'ils veilleraient à ce que les biens meubles ou immeubles des individus incarcérés, ou en état de prévention pour le fait d'hérésie, ne fussent transportés ou vendus à d'autres. Une seconde disposition du 4*^ février de la même année enjoignit à tous huissiers et sergents d'armes de mettre à exécution les citations, ajournements, intimations, actes et ordonnances, quels qu'ils fussent, émanés des inquisiteurs ou de leurs subdélégués. Charles-Quint adressa en même temps aux évèques une lettre où il les invitait à se faire informer, par leurs archidiacres, doyens ruraux et curés, de ceux qui étaient suspects d'hérésie, ou qui n'allaient pas à la messe, au sermon et à confesse, ou qui possédaient ou étaient soupçonnés d'avoir des livres défendus, et de les signaler aux inquisiteurs K

Les ternbles placards de Charles-Quint, exécutés avecrigueur^ vouèrent à la mort ou à l'exil une foule de religionnaires appar* tenant à toutes les sectes et à toutes les classes de la société, môme à la noblesse. Des historiens ont porté à cent mille le nombre des habitants des Pays-Bas qui furent exécutés, pour cause d'hérésie , pendant le règne de l'empereur. Si l'on ne peut affirmer l'exactitude de ce chiffre , si l'on doit même supposer qu'il a été exagéré, il est hors de doute néanmoins que la vérité, quelle qu'elle soit , est de nature à faire frémir. On n'en serait pas loin , peut-être, en évaluant à cinquante mille au moins le nombre des victimes *.

Cependant Charles-Quint, ne voulant pas voir que la persécu-

• Correspondance de Philippe 11, t. l'f, p. cxxi.

' Le chiffre de cent mille, donDé par Grotius , nous paraît exagéré. Mais, d'autre part, il ne faut pas perdre de vue que la reiaUon vénitienne, cittH» ci-dessus, porte à trente mille le nombre des anabaptistes seuls qui

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