LIVRE VII
lion stimulait le zèle des sectaires au lieu de le refroidir, regrettait de n'avoir pas employé des moyens plus terribles encore ^K)ur extirper l'hérésie dans les Pays-Bas. De son aveu même , il s'était d'abord proposé d'y introduire l'inquisition espagnole. Écrivant du monastère de Yuste, le 25 mai 4558, à la princesse dona Juana, régente d'Espagne, il expliquait en ces termes la conduite qu'il avait tenue pour la défense de la religion catholique dans les Pays-Bas. « Je voulais , disait-il , y établir l'inçut- « sition (et il ne peut s'agir ici que de l'inquisition d'Espagne) afin i< de prévenir et châtier ces hérésies que le voisinage de l'Alle- « magne, de l'Angleterre et de la France y avait propagées. Tou& « s'y opposèrent, disant qu'il rCy avait point de juifs parmi euac. «< Après quelques discussions , on s'arrêta à ce parti : qu'une (c ordonnance serait promulguée , où l'on déclarerait que toutes «< personnes , de quelque état ou condition qu'elles fussent , qui « tomberaient en l'un des cas y spécifiés, seraient, ipso facto, «c condamnées au supplice du feu et leurs biens confîsqués. Pour M Texécution de cet édit , on nomma certains commissaires qui « furent chargés de s'enquérir des coupables et de les dénoncer «( aux justices dans le ressort desquelles elles demeureraient : « celles-ci, après avoir vérifié le délit, devaient faire brûler vifs . « les obstinés, et couper la tête à ceux qui se réconcilieraient avec u l'Église. Les choses se sont ainsi passées, quoiqu'ils en soient « très-mécontents , et non sans quelque raison , vu l'extrême « rigueur de cette ordonnance. Mais j'y ai été contraint pai: ta •« nécessité de prendre une telle mesure *. >»
furent châtiés en vertu des édits de Charles-Quint. Eu ajoiifaBt à ce chiffre vingt mille victimes des autres sectes, condamnés à la mort, à Texil, etc., on approche, ce nous semble, de lu vérité. Le chiffre de cinquante mille est affirmé par Guillaume le Taciturne dans sa Justification,
* Sur le séjour de Charles-Quint au monastère de Yuste, par GAcnAfiD, dans les Bulletins de F Académie royak de Bruxelles, t. XII.
510 LES PAYS-BAS SOrS PHILIPPE II.
Il est néanmoins très-douteux que Charies-Quint, nialgré toute la popularité dont il jouissait dans les Pays-Bas , eût réussi à y introduire le saint-oRice d'Espagne. Le nom seul de ce tribunal était en exécration dans tous les autres États soumis à Tempereur, et les Belges n'eussent pas montré sans doute moins de répugnance, moins de colère, que les Napolitains. Ceux-ci, en 1547, menacés de l'inquisition, s'étaient soulevés contre les espagnols, en avaient tué plus de trois cents et contraint le viceroi à se réfugier dans le château *.
Si Ton ne tenait pas compte des idées dominantes à cette époque, on pourrait s'étonner à l)on droit quun souverain, dont l'esprit n'était nullement porté à la rigueur , se fût laissé entraîner à des mesures si cruelles contre une partie de ses sujets. Mais, il ne faut pus perdre de vue que, depuis la diète de Worms de 1521, Charles-Quint avait assumé la mission de raflemiir le catholicisme ébranlé par Luther. Il ne faut pas oublier non plus que si le réformateur de Wittomberg menaçait seulement la papauté, d'autres sectaires, plus audacieux , sefTorçaient de détruire la société même. Les horribles excès des anabaptistes auraient pu servir d'excuse à la sévérité de Charles-Quint. Toutefois, cette inflexible rigueur devait être principalement attrilHiée ri la force de la religion qui exigeait alors de tous, grands ou petits, une soumission absolue. En punissant Ihérésie dans les Pays-Bas, Charlos-Quint s'appuyait sur le droit public de cette opoque, qui raulorisail à ne point admettre l'exercice d'une autre religion que la sienne. Ce principe était invoqué à Paris, à l.ondres ot à Genève même, aussi bien qu à Bruxelles. La libi^rte lîp iriigion, telle rpion la comprenait alors, n'avait été admisi' '\\w dans ^e^laino^ rentrées rlc l'Allemagne ; enrore y (^tait-elli^
• Voir l(^ «Jéliiils «le w souIÏMcnieiit «l.in- los fk^iv(hf:» publiées piii HiBiKR, frttirs rt wémoirrs fl'Estaf, t. II.