LIVRE VII (15!21~i5G3]« 3tS
Bien loin de se laisser corrompre par les nouvelles doctrines, Henri II , surtout depuis la pacification de Câteau-Cambrésis, multiplia les châtiments et résolut même d'introduire Tinquisilion dans son royaume comme étant « le vrai moyen d'extirper « la racine de telles erreurs, punir et corriger ceux qui les com- « mettent avec leurs imitateurs, h Mais, sur les représentations des états, il eut, comme Charles-Quint, recours à un biais pour atteindre le bot qu'il avait en vue. Il fit demander au pape des pouvoirs extraordinaires pour les cardinaux français qui auraient, de leur côté, le droit de subdéléguer d'autres prélats pour qu'il fût procédé par eux • à l'introduction et observation de ladite « inquisition, en la forme et manière accoutumée de droit, sous « l'autorité du saint siège apostolique, avec Tinvocation du bras « séculier et jurisdiction temporelle. » Henri 11 insistait là-dessus avec beaucoup de force. « A quoy de ma part, ajoutait-il , je M veux tenir la main et m'employer vivement comme celuy qui M ne désire autre chose en ce monde que de voir mon peuple net M et exempt d'une telle dangereuse peste et vermine, que sont « lesdites hérésies, fausses et réprouvées doctrines ^ » La demande du roi fut accueillie par une bulle du 26 avril, et l'inquisi'* tion générale établie sous la direction des cardinaux de Lorraine, de Bourbon et de Ghâtillon V Henri II donna l'exemple d'une
> Lettre écrite par Henri II, le 43 février 4556 (4557 A. s.), à If . de Selve, son ambassadeur à Rome, dans Rjbier, t. II, pp. 677-678.
' Les inquisiteurs, autorisés à substituer à leur propre place des vicaires choisis parmi les évéques ou les doc'eurs eu théologie, exerçaient une pleine puissance d'arrêter, d'emprisonner, de punir du dernier supplice, sans égard au rang ou à la qualité, toutes les personnes atteintes ou suspectes du crime d'bérésie. Les vicaires des grands inquisiteurs étaient astreints, il est vrai, à prêter, devant le conseil du roi, le serment de ne pas s*écarter des règles canoniques dans leurs procédures, et de soumettre r.elles-ci à la décision de tribunaux supiémes, formes dans chaque diocèse,
impitoyable sévérité lorsque lui-même se rendit au sein du parlemeot de Paris pour faire arrêter cinq conseillers dont les sentimeots sur la foi lui avaient paru suspects. Celui qui s'était Je plus ooropromis, Anne du Bourg, fut ensuite pendu et brûlé en place de Grève K
De leur côté , les souverains protestants qui , en Angleterre et dans les royaumes du Nord, imposèrent la réforme à leurs sujets, se montrèrent également impitoyables. Il est inutile de rappeler les cruautés et les turpitudes de Henri VlII. Edouard VI, son successeur, continua à châtier les anabaptistes , les héréîiqtt€$y tous ceux enGn qui méprisaient le nouveau rituel *. Naguère triomphants, les sectateurs de Tanglicanisme eurent à subir des représailles terribles à Tavénement de Marie Tudor, fille de Catherine d'Aragon et femme de Philippe H. Ce fut par le fer et le feu que cette reine fanatique entreprit de restaurer le catholicisme en Angleterre. La persécution dura trois années. Dorant
sur les dix membres desquels six, au moins, devaient faire déjà partie d'une cour souveraine. 1^ parlement crut poser quelques limites à cette effrayante mesure en maintenant une distinction entre les ecdésiastiqiies et les laïques, ot en réglant que les premiers seuls seraient abandonnés aui tribunaux de Tinquisition, tandis que les autres ne pourraient être que simplement déclarés par eux hérétiques, sans jamais se voir privés du droit d*cjpi)el devant leurs jupes naturels. Histoire des ducs de Guise, t. I«», pp. U2e! 4U.
' Aprè^ avoir inlormé son aml)assadeur à Rome de l'arrestation des conseillers du Bourg et du Faur, Henri 11 ajoutait : « J'espêro bien,
(« puisque Dieu m'a donné la paix, d'employer le temps et ce que j*auray " de force en main à faire punir, chastier et extirper tous ceux qui se '• (rouveronl imitateurs de ces nouvelles doctrines, sans y épargner pcr- • sonne, de quelque qualité, ou dignité qu'ils soient ; en sorte que j>n <« purgeray et nelloyerai mon loyaume. s'il est au monde possible. » Rimer. t. II, p. 801).
^ lli'ME, rhap. XXV.
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cet espace de temps, deux cent soixaDte-dii-sept personnes. dit-on, furent brûlées, sans compter celles qui subirent d'autres peines, comme l'emprisonnement, les amendes et les oonfisca- Uons ^ Cette terrible épreuve , sans abattre l'anglicanisme, le rendit plus exclusif encore. Persécuté sous Marie Tudor, il redevient persécuteur à l'avénemcnt d'Elisabeth. L'amende , les cachots et la mort même sont décrétés contre ceux qui ne feraient pas, au moins une fois tous les six mois, acte de culte anglican. Tel fut le caractère de ces lois pénales, que la persécution, disent des auteurs non suspects, égala en principe celle qui avait rendu l'inquisition si odieuse.
Mais, ]X)ur avoir une idée plus complète de cette époque, c'est le fanatisme inexorable de Calvin qu'il faut mettre en regard de l'ardeur de Paul IV et de l'inflexibilité de Philippe II. Calvin, qui avait fui sa patrie pour échapper à la mort , Calvin, qui tonnait contre l'intolérance des souverains catholiques, se fit inquisiteur ut persécuteur à Genève. Non-seulement il subordonna l'État à l'Église, la société civile à la société religieuse, mais il proclama, lui aussi , que l'Église et l'État ont le droit de punir les hérétiques. Non content de s'arroger la haute main sur les consciences, il étendit sa vigilance jusqu'aux actes de la vie privée. Les agents du consistoire pouvaient, comme les familiers de l'inquisition, pénétrer à tout instant dans l'intérieur des maisons ; et ils venaient souvent, à l'heure des repas, surveiller la tempérance et la conversation des convives. Le sombre l^islateur de Genèvi^ alla jusqu'à fixer la forme des vêtements et des souliers, ainsi quc^ la coiffure des femmes ; de même , la dépense des repas fut ré
» Hmi:, rliap XWllI. il y eut, ajoute-t-il, parmi les personnes coiidamnées au feu cinq évéques, vingt et un ecclésiastiques, huit geuiilshommes, quatre-vingt-quatre niarcliands, cent laboureut-s, domestiques ou artisans, dnquanle-cinq femmes cl qtialre enfants.
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LES l^àVS-BAS SOUS l>IIlUrfL tl.
duiteà uiif mesure fixe. En même temps, la danse est inlortlilu oinsi que la lecture de certains livres , comm*^ ÏAmadis, De^ joueurs sont exposés au pilori; une femme est brû\ée pour avoir chanté des chansons impudiques. Pas de pitié ^ïurtout pour les blasphémateurs, les idokVres et les adultères ; ils doîvent être punis de mort ; pas de pitié non plus pour ceux qui se livrent à la wrcelîetie, mot si élastique dans la bouche des perséculeurs : ils f>onl voués au supplice du feu. De nombreux auto-da-fé viennent attester la ijuissance et le caractère inflexible de ces lois nouvelles. H est surtout un épisode digne de figurer dans les pages les^ l>lus lugubres des annales de linquisition î c'est la mort de Michel Servel. Hien ne démontra mieux Vintolérance générale de cette époque, ainsi que finconséquence des réformateurs religieux. Calvin, révolté contre l'Église de Rome, ne |3cut soulTnr que rÉ^lise de Genève reneontru également tk^ contradicteurs. Hervet est condamné comme attiêrlnnUaire^ïe^Sl oclobre 1553, et hrlilé vif en présence de Calvin lui-ni(^me, qui a voulu assister d'une fenêtre aux torluros de cet infortuné ^ !
' MiiïKEr. Mcmoirt! sur l'étabimement th fa Hé far me rfoii* Genàse. ~ ■/. Badin ci son temps , piii H^ Bauohillaet ^ p, 4î* — Uiêtoir^ (ieCaîmn, [>m AuDifv, paasim. — Histoire de France, par L. ItAPtHi., t, t, p. tÛI. — '■ Un seul honimo, dit Mignct, sïHeva cou ire œlle kirbcire exéculion :ce Mil Sébastien C^^talîou , qui c^mpo^â à celle èpoquo un livre . tif non putiteiufi» glattio hœrvtid», qti'iî n*osa cependant point avouer et ipJ*il publia ^oMS le nom Fypt)Osé de Martin BeUius. La cvi qu'il poniisn Tnt s^ui^ écho; ropinion t|u*ii souLinl, sajîs parti dans ce siècle vï^oarç-ux ol cruel qui ne f)€tmeiUiii pias l« dc^ules otqui pu uiSiraLL l'erreur réfliHjbie conutK' un crime contre Dieu. La perH»culion cla il alors ta jari.spradenceum% cruelle dos diverses commuiiioas chrétiennes, et, s^anis s'apercevoir de cet excès de contradiction, celui qui aurait été martyr dant> un lieu fie hmïi béNHVQSU dans un autre. Les Ijonimes les plus modéréf ou les plus âaux Approuvèrent le snpplke de Servel. Melanchllion y applaudit, et Théotlorcdc nè2? le pïslifia dans son lirre df h&ntiets ^hftiù pufiifufîis. Chaque époque