‹ Histoire de la révolution sous Philippe IIChapitre 148 sur 198 · LIVRE VIII (i · texte numérisé non relu

LIVRE VIII (i

une dissimulation poussée à l'excès, le prince réussit è surmonter tous les obstacles. Qu'il fût protestant au fond du cœur, indifférent seulement ou sceptique, jusqu'alors il avait cependant professe'; ouvertement le catholicisme, et il n'était point encore disposé h une abjuration. En demandant le consentement de Philipf;e II, le? février 4560, il lui disait que, par ce mariage, il espérait acquérir plus d'influence sur les seigneurs d'Allemagne, dans rintérét même du roi, et il protestait d'ailleurs de son attachement invariable k la vraie rdigion catholvpte ^ En effet. Guil-* laume fit alors piibUer dans sa princifMuté d'Orange un édit qui interdisait « tous presches publics el particuliers, sans l'ex-^ « presse licence des conseillers et du vicaire de i'évéque, à peine « de confiscation, de corps et de biens. »

La réponse de Philippe II du prince d'Orange, datée du 24. lé^ vrîer 41^60, fut dilatoire. Elle conlenaitv' en substance, qat l'affaire était trop importante pour qu'il ne prit pas l'avis de la gouvernante des Pays-Bas, à qui il transmettait ses instructions v Il renvoya effectivement la lettre du prince à la duchesse de Parme, en lui laissant le soin de statuer sur ct^te requête, après en avoir conféré secrètement avec Viglius elGranveUe: Dof reste, elle était autorisée à déclarer au prince, si elle trouvait que le j^iot de la religion fût ré^lé d'une manière satisfaisante, que le roi ne désapprouvi^it pas son mariage, et à le détourner, au contraire, d'y donner suite, au cas qu'elle eAt des doutes à cet égard '. La duchesse de Parinie, qui n'avait eu aucune connaissance préalable delà démarche faite porle prinoeatiprès^unoi, marqua une très-vive surprise en recevant la lettre de son frère. Toq^.en comprenant qu'il importait de ménager un des seig4»eurs

t Corn spondance de Guillaume le Taciturne, l. I, p. 432.

f là., t. l*r, p. 435.

* /6., lettredatée du 26 février 1560.

lES PAY*^liS 9ùm pmu^PE

les plus influents du pays^ elle nliésita \^s néanmoins h se montrer peu favorable au mariage projeté, parc^ qu*eHe îe croyait propre à donner des espérances aux hérétiques des Pays-Bas A la vérité, disait-elle, rélceteur Auguste avait consenti à œquc» sa nièce vécût catholiquement, pour le eas où le mariage s'accomplirait; mais on n'était pas encore a^uré à cet égard de lu volonté de la princesse; d'ailleurs, les anciens concile-s ainsi que lf*s canons défendaient aux catholiques d'époiiser des hérè* ] tiques. Graiivelîe n'avait pas vu avec moins de peine le projet du prince d'Orange ; lui aussi déclara au roi qu*une telic allianci» j servirait peu 1^ int<*réts do ipAài et ceux de la religion, touÉ eir avouant que jamais il n'avait rien remarqué chez le prîûceqiùJ pût lui faire concevoir de^ soupçons df^avantageux K Dans Uïiel conférence particulière avec le prince, GranvHIe ajouta qulf fallait avoir grand égard à l'opinion du monde et que déjà Ton liarhit étrangement de sa sceur, mariée avec le comte Van deH j HergheenGueldre. Guillaume s^attacha h réfuter ce><5 objeetîons ;| n Le rai et tout le monde avaient pu connaître, rfit-il , le lèîiî qu'il avait toujours montré jtoiir la religion, et il s*étaît condui lie celte manière non-seulement comme serviteur du roi, mais^ encore pour l'apaisement de sa firopre conscience; quant à sa femme, quelle qu'elle fût, il ne consentirait jamais qu'elle vécût autrement que comme vraie catholique; netait-il pas d'ailleurs au pouvoir du roi de le châtier et elle aussi, dans leurs personnes et dans leurs bienst comme il serait jusle, pour le cas oïl ils c^ntrevinssait aux édita royaux ? i« Le prince ajoutait, au surplus^ que, dans les Pays-Bas, les mariages étaient libres; que l eleeteur de Saxe nVtant pas l'ennemi du roi et que luï-nitE^me .s 'étant mis en r^le pour ce qui concerna il la religion ouUmt que

* Lettre de Granvelle au roi, du 1 7 Tniir^ 1 5G0, dans 1«s Pt%pwr$ ff*Êkti i cantinai (h GmnvfHe, l. VI, p. 59.

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cela lui était possible, il aurait pu se remarier proprio moiu; roaia qu'il avait bien voulu faire acte de dduroission poor témoigner son profof^ respect au roi. li reconnaissait que les informations de l^èque d'Arras touchant sa sœur étaient eiactes. La cause de cette conduite, éi^it^l, devait être attribuée à un sien preschmtr ; du reste, il avait fait avertir sa sœurde se défaire de ce prêcheur el de vivre cathoKquemeni, oemme les édits royaux rexigeaient aveirraîsen; silmn, ^ie risquait, elle et son mari, de devoir se rendre fugitifs ou d'aller mendier ; il lui avait encore recommandé dedurvelller réducation de ses enfants, afinqu% ne s'exposassent pointé perdre leurs biens en adoptantde mauvaises opinions. Sa mur kii ayant répondu que soa prêcheur avait été approuvé pâH^le eonsei) de Gueklre , il avait répliquéque celan'éta|t poitic dtyjttble, puisqM c'était ce conseil qui s'élevoit' centré' iui^< et qo^il la cbnjursiit enfiD'de l-éloigner. *-r^hiH)veUè liii avait deleatiAé aussi cèmment son frère, probablement Louis de Nassau, récemment de retour dans le pays, après unelongue absence, se ccmdùtsait maintenant au séjet de la religion. Le fnrince répondit qu'il verrait a\*ee lui à ta messe, etse eonfdrmait à toutes les pratiques des cathoFiques. L'évéque Tayaut exhorté à le foire instruire, GuîllaunDO répliqtia qu'il Vavait fait et te faisait sou* A*eDt-,q!ie son frère lui avait d'aîlleors e^pprimé le^ déstr^d'ètre îostniiît comme qtiélqu'un qui, dès son e^ifance, n'avait pas été initié aux doctrines de la religion catholique; que, pour mieux I^édairer, il avait même prié té marquis deBerghes de lui prêter un' turé fort savant; qu'il était vrai que son frère mangeait de la chair secrètement à cause d'une indisposition qu'il avait et à làqiielle le poisson était contraire, mais que c'était par le conseil du médecin çt avec l'autorisation du curé. Tout en ra|)prouvant, Granvelle lui recommanda d'éviter le scandale, parce qu'il serait plus mal pris et plus gravement interprété de lui que d'un putre : le roi, ajoutait-il, risquerait plutôt de perdre ses royaumes que

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de Lolérer, sans châliment , des chos^ contraires â la religkuu Comme le firince soliicttait vivement une prompte décbian, lii duchesse de Parme, après avoir hésité pendant quelque temjjs, Tiippela enfin, le 46 mars, à l'issue du conseil, et. en présence de 1 Granvelie et de VigiiuB, lui fit entendre qu'il était indispensable desavoir si la jeune princesse sétait engagée elle-même à comporter comme une vraie catholique; or, comme elle n'avait pas cette assura ncei son devoir l'obligeait, ajouta4*elle, à prenda* les ordres du roi. Alors le prince, un |Jtiu troublé, répéta les rai^ \ sons qu'il avait déjà données à révoque d'Arras, ajoutant qull avait toujours fait pïx^fessîon d'honneur en toutes choses et qu'4 ] trouvait donc étrange que le roi se méfiât de lui, ne lui ayanli donné pourœla aucun molif II finit par déclarer qu'il tui était impossihie de susiiendre k^ négociations du mariage, comme le, désirait la duchesse, jusqu'à ce qu'elle reçût de nouvelles lettres du roi, car déjà les noces avaient €^té fixées à huit jours après la] mi-caréme, au plus tard K

Guillaume, s'étant rendu en Hollande, écrik it do la Haye i la duchesse de Parme que, puisque la première assurance qu il a Veut donnée ne paraissait pas suirisaute, il avait exigé du la] princesse de Saxe une déclaration particulière touchait t lo poinl de la religion, aân d 6ter au roi et à la gouvernante tout scru^ pule '. n s'était mis craccord, à cet effet, avec les députés du dur de Saxe venus à Deventer.

Mais plusieui^ obstacles selevèi^nt et firent même suppoperj h la grande satisfaction du roi, que le projet du prince n'aurait

< Lettre de la ducbes€£ au mi, du tS mars i^û, dans la Corrt'9pondan ile Marguerite d'Aut fichât ducheme tk Parme, avec Philippe //, publiée | le baron de nc[IIeol>erg (BriixcUeîï, I84ï, i vol. îo 4"), pp, 56Ô-Î7*.

' Lettre du 8 avril dans les Archivts dp la niaigon ti'Omttgr, t. W, p. ^, Le prtnee écrivit te même jour et ûêm Im mêmes lenne^si a Granvel^ Cùrresponthmre fie Cuifîfmme le Tanutrnê, t. l^^p. 437,

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