‹ Histoire de la révolution sous Philippe IIChapitre 154 sur 198 · LIVRE VIII (156â · texte numérisé non relu

LIVRE VIII (156â

Espagnols odieux à la population. Poursuivant cette longue et amère dénonciation, Granvelle disait que les seigneurs, qu'il trouvait pour adversaires , étaient en état d'hosUIité ouverte et continuelle avec les percepteurs des deniers publics, comme, du reste, avec tous ceux à qui ils devaient, ne payant et ne voulant payer quoi que ce fût, désirant le boule\ersement de Tautorité du prince et de la jtistice pour être dispensés d'acquitter leurs dettes. Ils donnaient à entendre à leurs créanciers qu'ils avaient dépensé tout leur bien au service du roi , de qui ils n'avaient obtenu ni indemnités ni récompenses; u le tout, sire, ajoutait Granvelle, afin de vous rendre odieux et de se tirer euxmêmes d'embarras. » il se plaignait ensuite des libelles qui avaient été affichés jusque sur les portes de la maison de ville et qiii contenaient contre ^ui et Tordre ecclésiastique tout entier des particularités non moins fausses qu'abominables et infernales. m Ils seraient fort aises, s'écriait Granvelle, que je ressemblasse «t au portrait qu'ils font de moi dans leur pamphlet, et je suis « ceriaih qu'alors il régnerait entre nous une excellente intelliu gence, parce qu'il y aurait communauté de mauvaises moeurs. tt Certes , poursuivait-il , je ne manquerais pas de reproches H griaves à leur adresser en face, et je saurais bien leur faire « payet" le tort qu'ils me causent, si je ne voyais que ce serait « jetdf le trouble dans les affaires, au grand détriment de Vôtre « Majesté. Je crois avoir autant d'influence qu'aucun d'entre eux tf sor le peuple, et même encore plus sur l'esprit des gens de «I bien ; aussi ne puis-je m'empécher de sourire lorsque je les u vois, dans le but de me désobliger, s'entendre pour no plus « venir maiiger à ma table. Encore quelques-uns m'assurent-ils H qu'ils s'y trouveraient avec plaisir, si ce lAtait la crainte des K autres. Malgré leur absence , je ne manque pas de compagnie, « car il vient chez moi des gentilshommes,. des conseillers et u môme des bourgeois , que j'invite afin de gagner leurs bonnes

jfiiS LES 1»ATS-^BA& Bùm PîiJ|.lPPE II

n ^vàà'^, \tmi h cm oti les nuiiv^s cherchornienl à augiticnlor h « (iiscorde. Kn dèrmiUvv, je siiis un-vconlenir et souiTic tout sans ^ leur n^pondre une seule pamlc , (i^rae que le â^rvicc de Xain M Majr<:^tu me parait Itîxigei ainsi, et que a*tte eonsidérjtmu *^ tii'occijpe. intînimeai pJug que crile de mes jnl»-Wl3 particu- «I iiers. Une chose d uiîl^urs m'encotiruge singulièrement li la u patiiïnce, c'est la certitude qua tes odvcrsitt^ vicimenidelu *i main lie Dieu, qui réconi pende toujours cour qui lui reoncttent H le snm de leur veugeanœ, ol 3ont [>erBéculétî, coainie moi, ^i (loui b foi, lu religion et la justice *. i*

Quelle qye fût lal^négation ^Jpparente de Gi un voile, quelque* euii)ir$semeai quil mit ù sacrifier ses griefs perâQnnc^s au bien j^érijéral, ^i dénonciation ctnitro Je^ principauE seigneurs de h Belgique devait produire un mal inépajaWe : elle fortifia dans I esprit, soupçonneux et diëgi m ulé de Philippe II t^ seotiments ile répulsion (|uil rcsscntutl conire ^uue ariâtociatie imp it4é — ^ jjendanle et trop attachtie k la natignaliu^, des Pays-Bas.

]}$ ûûu veaux incidents vinrent rmidre plus profonde encore l ^^ scië&ion enlre lêlite de t'ettc ariisLoeratie et le cardinal de Gran— ^^ velle. Gomme le gouvernement avâil la plus grande peine 4 Qhb*-===» nir im étala de Brabant les suljsides qui leur étaient demaodès^^ il fut question un jour, au coutHmI d I^Lil, d'rtftblir un .surinter^^vi- (ia n t f ïou r l es a (Ta ires de ce tte i u) ppr ( a r i te \ iro v i açv , Las sei gûeuc^=s voulaient réserver ce poste pour le [>rince d Ûr^jige qui, par j

pt^^venaoees et sa conduite habile, av^^it acquis la pluagranc^Sc tnflueno) mv le^ é^ats. Mais le ciirdinal rieGnmvdlc sq^pù^^m^e tantes seë forces à ce dessein, allant jus<}uà dire ^ue crliïi<i mt aeeept^rait une telle charge s mgenùt en duc de Bralxiat« cor aeul^. le 4qc avait, li, d»;oit de la remplir.jGranvelle s'«)tait i^g^àe-

I U^tre de GrarurcUc au rgiidij 1.3 mai I5fiî, diinRj^s^ f^péen iiîCtfft t.VI, pp. lilOSa»,

uvRE yiii (I56â). 369

ment montré contraire à un autre projet du prince d'Orange, qui aurait voulu envoyer le comte Louis de Nassau , son frère, dans le comté de Bourgogne pour y remplacer le seigneur de Vergy en qualité de lieutenant du gouverneur. L'amour-propre du comte d'Egmont n'avait pas été moins vivement froissé. Le seigneur de Noyelles, gouverneur de Hesdin, étant venu à mourir, Jean de Croy, comte du Bœulx , sollicita la place vacante. Portement appuyé par le comte d*Egmont, gouverneur de la province, recommandé par les principaux seigneurs de la cour, pouvant enfin invoquer les services que son père, Adrien de Croy, avait rendus à Charles-Quint, il devait s'attendre à réussir. Cependant le gouvernement de Hesdin fut donné au seigneur de Helfault, qui n'avait pour lui que la protection de Granvelle ■>

Blessés de cet échec , les seigneurs donnèrent plus d'aigreur eiplus de vivacité à leur opposition. Le marquis de Berghes suggéra aux états de Hainaut Tidée de protester contre la nomU nation de Charles de Largilla au gouvernement de Landrecies, sous prétexte qu'il était bourguignon. — Prétention nouvelle, remarquait la duchesse de Parme, car le comté de Bourgogne n'a jamais été considéré comme pays étranger : il a toujours été et il est encoi^ ressortissant au gouvernement des Pays-Bas, soumis à la même chancellerie et au même conseil privé. — Le prince d'Orange et le marquis de Berghes insistèrent aussi pour que, contre les avis réitérés do Granvelle, l'administration des aides restât entre les mains des états, espérant par ce moyen conserver et affermir leur influence. Ils ne cessaient enfin do conaëiller la convocation des états généraux, et le marquis de Berghes aurait voulu également provoquer une assemblée dos évéques, prélats et docteurs, pour s'occupa des réforpries ecclé-

I Strada, lib. 111. Notice sur la ctiule du cardinal de Gi-niivellc dans les Bulletins de t Académie royale de ïiehjique, t. XVÎ.

tRS PAYS-BAB SOUS PUTUPPE IÎ.

siasliques Toutes oos préloutions t^tiiif^nl signalées par k lïuchfôîsc fie Parme et par Granvelle comme préjudiciables au ï^erv'ice du roi. IVésimuint, non sam raison, que Simon Renard soufflait la discorde, ils exprimaient particuiièrement ïe désir) qu'il fût éloigné des Pays-Bas, soit que le roi renvoyât à Vcniso, ou que pïul^ït il lui ordonnât de se rendre en Bourgogne L.i^ fiuehesse pressait aussi son frère de hâter sa venue aux Pays-Bas, seul moyen, disait -elle, de prévenir la ruine de ces provinces '. ' Les efforts de la duchesse de Parme tendaient d ailleurs h diviser les grands qui selaietit ligués contre le principal mîmV tre. Il ne semblait pas difficile de désunir le comte d'Egmont et le prince d'Orange parce qu ils étaient dissemblables pi^csque en toutes choses, el qu'ils avaient été grands ennemis avant quHls se fussent coalisés contre Granvelle. Ui gouvernante indiqua au t'QÏ un moyen qu'elle croyait propre à atteindre ce but* Elle lut manda que, comme il l'avait consultée pour savoir d'elle slli enverrait aux gouverneurs des provinces leurs tiwrcêdes, elle lui conseillait d'en envoyer non pas 5 tous, mais seulement au prince d'Orange et au comte d'Egmont, plus libéralement néanmoins au premier qu'au second; qu'il exciterait ainsi la jalousie de l'un (x^ntreTaulreetquelous deux encourraient la haine du reste dmi ^'randîii, qui auraient été oubliés dans la distribution des libéralités royales. Marguerite de Parme eut encore recours à un autre moyen pour achever son ouvrage. LVmiKïreur Ferdinand l*' s** proposait de tenir, au mois de novembre, une diète h Prancfori

' Côrrriponifance de Philippe It, t, l*"', pp* 209, H7 et suîv.— Granvelle éf.rivait à Philippe II le C août ^SOï : ^^ Si V. M. veut dODiier la loi ou » laoodCf assurer le repQ^ de âcs États^ et fairo uo gioad bien à ta religtau« •V il est plus que nécejipaire qu'elle vienne ici rélé prochain ♦ pendant que b " geneid iié de ses ïîujuts a encore beaucoup do lionne voloultî pour clic, cl u avant que sou au tu ri té MïjH^rJe davanla.RC. D*ici^ elle pourrait tneltre '* un frein n b France, à rAllcmagne el il rAnglelerre. * /frirf., p, îlî,

LiVRB VIII (1502). 571

pour y faire conférer le titre de roi des Romains ù son fils, rarchiducMaximilien. Un des principaux seigneurs des Pays- Bas devait rq>résenter le roi d'Espagne à cette diète. La cour de Bruxelles se garda naturellement de proposer pour cette mission un des adversaires du cardinal. Le roi désigna Philippe deCroy, duc d'Arschot, voulant récompenser par une charge si honorable la froideur qu'il témoignait au prince d'Orange et se proposant aussi de gagner, par l'espérance de semblables distinctions, les autres grands qui voudraient se détacher de la coalition K Mais Orange ne subit pas tranquillement ce nouvel échec. Il résolut d aller de son chef à Francfort, malgré tout ce que la gouvernante lui put dire pour qu'il attendit au moins le consentement du roi. Le prince allégua la nécessité de ce voyage pour l'établissement de son frère, les intérêts de sa maison et le règlement de la dot de sa femme avec le duc Auguste de Saxe ; il déclara aussi qu'étant né allemand, il ne pouvait manquer à ce qu'il devait à son sang et à sa patrie. Il se contenta d'écrire au roi pour le prier de ne pas prendre son absence de mauvaise part et se mit en route, dans les derniers jours d'octobre, sans attendre la réponse de Philippe II V

Il partit même avec tant de précipitation qu'il ne voulut pas attendre Faccouchement de sa femme, laquelle, trois jours après, mit au monde une fille que, d'après les ordres du prince, on baptisa siuvant le rite catholique ^ Car, selon le témoignage des

I &TMADA, lib. m.

* Lettre de la duchesse de Parme au roi du S4 novembre 4S62, dans la Corre^Kmdance de Philippe II, t. !«, p. S2S. Voir aussi la Correspondance de CkùUaufM le Taciturne, t. II, p. 34.

' Archivée de la maison d*0range~Na9sau, t. I, p. 439. — Le roi manda à Granvelle le 23 décembre (456%) qu'il avait appris avec joie le baptême de la fille du prince d'Orange, et que la princesse s'était conressée et avait communié. Correspondance de Philippe /l, t. i. p. ?35.

37^ tes t»A¥S-iAs ^oi's i-JiiLrppE ii.

contemiiorains, il scoonduiâotl si adn/iteinent, en matière tîe rdî* gion, qutî les plus fias ne savaient rien diacorner de âr&ojvifiions. Les eathoUqiJOS lu n^jiutâiunt catholique, en le voyant a^ister journellemcnL a la messe avec sa femme, et les luthériens lu oonsidéraient comme un des leurs, sachant qu'il tolérait latlachernent secret d'Anne de Saxe aux doctrines dans lesquelles elle avait élé élewe ^ Indéf>end a mutent du prince» les comtes de 5leghem, d'Arenberg et de Mansfuld se rendirent également m Allemagne pour leurs affaires particulièreB. Les états de firahant

* HifiUion contemporaitte cil^ dans lu Correipùtidance de PhilipjK U,

l. tl, p. ïii-Y, — - ÇïiBnt au piiïïce d'Orango, lit-on dflu« la lettre ik'

Granveïîc au roî du 43 mûH561, je ne puis affirmer qu'ïl âott gâté sou* le rapport de la religion {da^mh en la religim), ïi^ayant nm entenda dire sur son compte qui puisse motiver un jugement semblable^ mais je ne vois point qu'on ^'occupe d'inatruire .sa femme dan^ le^ doctriD^iJe rÉgUiii* cathobque. L02 frères et sœurs de ce prince, qui habitent aTec lui som h même loit, et quelques-uns de^ frères du comie de Schwarlzbour^, qui m le qui II eut presque pas, forment sa société habitueUej et j^appn^iende beaucoup retTet de pareU les fréquentations..... m Papierê û'Êtal, L VI, p 551 >— Au mois do mars 4563, Granvelleiï*eipnnieil ainsi : m ,.^,, V. M. veut (]ue je lui dise si la princ4^E>se a reçu rab^lution (N'est reconciliée aviyi rËgtiso romaiite] ; quant à m\ù^ je n -en puis rien savoir, paroe que si U cbose s'esL fuite, elle a eu lieu sarts doute en secret, et noD-seulemcnljc n^ose prendre aucune informalion sur ce point, mais pas m^me parler Ji ceux qui fréquentent la -maison du prince, dans la crainte qu*i) ne me ^upçoitne desur^'eilïer ses démarcbfô^. Ce qui me ferait croire que Hen n'a étéefTeelué, c'est qu'on ne m*en dit rien de Rome.*..* Il est pourianl une chose qui m'a causa un sensible plaisir , c^e^t que le baptême de Tenfant dernièrement né ait été cêU^brê d'une manière aussi orlbodoxe, etquela prinoesso ait manifesté, oinsi que je Tai écrit, l'ialerition d'embrasser 11 religion catholique..... « Papiers d'Èiatf L VU, pp. 38 et 39» — PI tu Urdi tïranvelle, revenant sur ce fait, communiqua d'étranges soupçon» au roî, îi

lui mandait le 43 avril jfîOi : « Quelque.^ personnes ont rberché a mln->

spirer de^i soupçons au sujet du prêtre qui a baptisé la Ql^e du prince , mm je nai b cet e^uril aucun rensiMgiiemcnt bien positir " IbitL, t, VH, p. 4W.

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