‹ Histoire de la révolution sous Philippe IIChapitre 160 sur 198 · LIVRE VIII (tl · texte numérisé non relu

LIVRE VIII (tl

s'en tenir éloignés. Ces projets s'étant ébruités , Bgmont reprocha an comté A'Arenberg d*étre rautenr de cette îndîscré* fion. Gelui-ci répondit fermement qu-il n*y était pour rien , et que, si leurs trames étaient connues, ils ne devaient Timputer qu*à ellx-ménies , puisqu'ils ne pariaient jamais d'antre chose. Egmont ayant répliqué que lui seul pouvait les avoir divulguées, Arenfberg maintînt ce qu'il avait dit, ajoutant que, si Ton voulait faire venir en sa présence celui qui l'accusait, il était prêt -à lui donner un démenti et à le soutenir. Du reste, le prince d'Orange et le comte d'Egmont se rendirent effectivement dans leurs gou- \ ërtnements, et le comte de Homes dans son château de Weert. Rgmontse mohtrait alors ie plus animé; il disait publiquement qu'il fallait s'unir pour (a liberté et le bien du pays '.

Granvelle, cependant, espérait encore détacher le coMe d'Egmont de la ligue, car il lui paraissait te plus traitabld et n'avmt d'autre tort, disait-ii, que de se laisser conduite et persuade!* par des hommes viis. Le cardinal avait aussi indrqué"au roî le mbyen de faire dispâraHrc l'antipathie que les Belges manifestaient contre les Kspagnolâ, auxquels ils supposaiénft qti'on voulait les soumettre comme les habitants des possessions hispaniques en Italie. Il suggérait l'idée de dionnet* à ^belquc^-uns d'etttire eux ties intérêts éh Kspagrie, en leur coriférani des* êdMmfanderies. Ils seraient naturelletnent' amenés! ainsi à tehir^le parti de la nation dominatrice, et leurs parents ^ débiteurs seraient également gagnés ^r cette voie. Que dewt ou trois des seigneurs, qui n'ont pas la Toison d'or, obtiennent une commanderîe, il en résultera, disait Granvelle, que vingt-cinq autres vivront dans Fespéranoe et seront plus soumis. Les iiabitantsdes Pays-Bas perdraient aussi l'opinion qu'ils avaient de la résolution prise par le roi de ne leur rien donner en Espagne, ce qui faisait

' Correspondance de Philippe II, t I"^ p ?48. I. 25

ÏM

LES !>JkYâ-feA$ SOITM PfffitPPE IK

plus de mal f|uon ne saurait croire. 11 voulait ùgalemeni que des seigneairs belges fussent appelés à servir' en ïtaïie, ou i|uelque^ uns de leurs .incôtrcs s étaient Ulustrés, « V. M. , ajoutail-il^ rUat le père commun de ses sujtîts, il ^t bien de leur prouver qu'dl« les traile comme ses fils, afin, qu'on m s'imagine pas que la Espagnols sont seuls considérés n>mnitî kigilimcs * car (el est lu, langage que Ion lient ici et en Italie^ » M croyait que h princ9;| d'Orange pourrait rendre d'utiles services, M on lui conférait laf vice-royauté de Sicile * .

Vivement et fiuclquefois injustement attaque^ Granvelle nmh\ Irait bc^iucoup de modération apparente. Au mois du jauvîerJ il avait engagé la gouverniinte à profiter de la firemièruoec^ion j favorable pour faire entendre au comte d'Egmont que si lui et Im tTUtn^s membres du conseil d'État étaient mécontents de ne pas j prendre part à la consulte et au renouvellement de^ magistratâ^J elIccD donnerait avisa Philippe 11, et quelle les y convoquerait j volontiers, si le roi le lui ordonnait, El afln d'enlever ^\a%.\ seigneurs tout prétexte au mécontentement qu'ils tënioignaie de le voir associé h ce travail, il avait supplié la gouvernante dai permettre qu'il cessât de prendre part à ces délibéralïoi>s, sô réservant, bien entendu j de lui communiquer en particulier son J opinion, lorsqu'elle désirerait la coonattre. U uvait même ajouté que si, en outre, ils prétendaient lécarter du gouvernement^ elle ] [iOurrait également proposer au roi de le retiixT des Pays-Bas pour ; (employer près do sa personne ou ailleurs. Marguerite de Parma \ ayant averti soo frère de ces dispositions du cardinal, Philippe IL lui avait répondu, au mois de février, qu'elle pourrait dounod suite à Couverture qu'elle se proposait de faire au3t seigneurs |

* Leltri* de Grenvelle au roU du fO mnh <5G3, âms l«s Arçhim$ rfe h matson d^ Orange-Nassau r l ï, p. 154^ c?t plus rompJHe dàos les PSa^pfrrt W Etat, LYll.pp Ai -r^b.

Livae VIII (tS65). 587

lorsqu'elle verrait qu'il était impossible d'agir autrement ; mais, après, œh » qu'elle devait différer, autant que cela dépendrait d'^dle, de l'en a\'ertir/promettant, de son c6té, de traîner aussi la chose en iofigueur : car, disait-îl, la mesure qu'il s'agirait de prendre ne omvient pas à mon service et elle est contraire à toute raison '. Étrange, artificieuse et vacillante politique !

Philippe II venait également de réitérer à Simon Renard Tordre formel.de sortir des Pays-Bas et de.se rendre en Bourgogne. Mais le prot^é et le confident des seigneurs objecta de nouveau, dans une longue requête, le déplorable état de sa santé, offlit au roi la démission de toutes aes charges et emplois, et s'efforça de le mettre en garde contre les dénonciations calom* nieuses qu'un ressentiment implacable dictait au cardinal de Granvelle '• Il était en effet hors de doute que Granvelle désirait ardemipent de se veng^* sur Renard des atteintes que portait à son jautorité et à sa réputation la ligue des seigoeurs des Pays^ Bas ^. Cette coalition acquérait de jour en jour plus de hardiesse. La gouvernante ayant ordonné 'la levée de six enseignes d'infan-

^ CmrmpondiMtv th PhilfppB 11^ t I«r,.p. ^Z6,^ Papiers d'ÈêtU, t. VII,

» Voir celte reqwôlc pleine de (aits, dans les Papiers d'État, t. V, pp. 42-26.

' Les preuves abondent à cet ég^rd. Voir notamment ce que Granvelle écrit à la duchesse de Parme (t6iV/., p 34), et au prieur de Belle- Fontaine, dans le bdt de trouver son ennemi coupable. Plus lard, après la mort do Renatd, êraîgnaot que ses amts même n'attribuassent ran flnimosité à an désir de vengeance, il déclara que. le vrai mobile do sa conduite avait toi^ jours été le bien public. Au surplus, dans une lettre à Gooçalo Perez, /du 47 juin 4563^ Granvelle déclarait que Taffaire du conseiller Renard avait porté un coup mortel à Tautorité du roi. « Lorsque Ton voit, disait-il, cet homme continuer à résider dans le pays malgré les ordres réitérés et formels du monarque, il n'est personne qui ne se promette le mi*me succès dans ce qu il, pourra tenter. •» Papiers d'État du cardinal de Granf^e, t. VII, p. 400

TES l"iYS-»4S soirs PSiLtPPC II.

tcrkv, pour remi^dierauK tmi^les de Tournai ci deVatoncienni

et iiyanJ voulu que ces enseignes dépendisâcnt ÎTnmtkiialemenl d'elle, en donna, par commission du 24 mai Id63, le command**ment ù Biondd, seigneur de Haultbois, Lm seigneurs se plaigniront aussitôt de-c^to disposition, prétendant qne, dans l^urs gouwrnofnftitfi, lout leur fût suboràonné. Le niarquî^ do Berghcs; se rendit h Tournoi (Kmr se eoncerEer à ce sujet avec le Uarop de Montigny, et le €omt6 d'Egmont y alla «paiement, tout cdn sans Vagrprnont de la gouvernante. D'un autre cùU* , te prinro d'Orange reçut à Breda fe duc de Ctèves , et n'en inTorma pn$ non [îUis la duche^t? de Parme *. Les signala ii^es de la ret^u^tr contre G ranvelle menaçaient, enfin, dosoulevcr le peuple au ca§ que le roi ne fît pas droit h leur demande \

Cependant Philippe fl ne se hâtait pas de répondre h h coude récianiation des trois seigneurs, bien que celte démard Teùt vivement mtointenH? et qu'il la considérât presque comme une injure (jersonnelle* En effet, un jour que Gonçalo Perez i^rlait au roi de la rcK|uète envoyée par 1^ trois seigneurs, Philippe Il lui protesta sur sa foi qu'il préférerait perdre sacouroni plutôt que de se rendre coupable envers Granvelle de rinjtisti qu'on lui conseillait ^. Après avoir différé quelque temps réponse selon le conseil quil tenait du cardinal lui-mt^me, PI irppe n signa enfin le 6 juin une dépi3che qu'il avait fait rédi| par Tisnacq et qui était adressée aux trois signataires tk requête du 41 mars. Cette décision, si impatiemment attend arriva h Bruxelles le 29, avec d'autres pièces » et fut remise comte d'Egmont; ses deux collègues étaient encore absents. Philipi>e n leur disait en substance : *i Qu'il avait rcçy Nr

1 Cùrrcspotidance de Philippe U, l. ]<'% p, 25î.

• Lettre de Granvelle h Gonçalo Perez, du S7 jum 1563. Ihid., p Î53

* Gonçaîo Percï à Granvelle, 4 S juin 4503, Papiers û'Êm A, Yllf-^-

Page 1