‹ Histoire de la révolution sous Philippe IIChapitre 182 sur 198 · LIVRE IX (1564). i*i · texte numérisé non relu

LIVRE IX (1564). i*i

PIlilippeB'émuldes plaintes si vives formulées par la régente dos Pays-Bas contre le cirdinal de Granvellc et le président Viglius 11 lui manda, le 6 octobre, qu'il lui savait gré de ces informations, et, conm)e c'étaient choses d'imi5drtance, il exprimait le désir de recevoir des renseignements plus précis. Du reste , il assurait sa sœur qu'il donnerait toujours plus de crédit à ce qui viendrait d'elle qu'aux lettres ou aux révélations de toute autre f)ersonne, quelle qu'elle fût. Il lui déclarait aussi qu'il était faux que, avant de lui répondre sur les aflaires publiques , il demandait l'avis du cardinal. Il ajoutait que, rien n'étant décidé quant au retour de ce personnage , les seigneurs ne devaient pas all^ guerce prétexte pour se dispenser de remplir tous leurs devoirs. Il refusait cependant , de s'engager pour l'avenir ; au contraire, il recommandait à la duchesse , chaque fois qu'elle en trouverait l'occasion , de chercher à calmer Tirritation des seigneurs contre Granvellc. « En vertu des décrets du concile de Trente, le cardinal, disait-il, est tenu de résider dans son archevêché de Malines , et nous ne voyons pas comment il s'en |)ourrait excuser, ni ces seigneurs trouver mauvais qu'il y résidât. » Il voulait toutefois différer d écrire au cardinal . à ce sujet, jusqu'à ce qu'il vûi reçu la réponse de la duchesse.

Marguerite de Parme répondit, le 39 novembre, en laissant planer des soupçons plus graves encore sur les actes et les mœurs de Granvellc. Tout en disant qu'elle ne pourrait que s'en référer, au sujet du cardinal et de Viglius, à ses informations précédentes, elle se déctarait prête à exécuter les commandements du roi, s'il désirait qu'elle fit sur les actes de Granvellc une enquête ultérieure, soit secrètement, comme elle l'avait fait pour Viglius, soit par voie de justice. Et, en effet, un commissaire spécial ayant été envoyé dans la Franche-Comté afin de prendre connaissance de l'administration des finances, on saisit cette occasion pour recueillir aussi des informations sur les actions de Gran-

LEi PAVS*B/^S SOUS PïlILtPP^ lU

vollr. La tluehoss43 rejwta au roi que le retour du cardinal (>rovt>quernit un soulèvement qutî personne n'aurait la puissiince de L^mpriraer, et lui-môme serait, en oe cas, exposé â un péril imminent. Rappeler le cardinal, pour le faire résider en sari fircbevéche de Malines, selon les décrets du concile, aurait les mêmes inconvénients que s'il revenait à Bruxelles; en outre, ce serait donner matière à ce qu'on s'occupùt, plus encore qu on ne le faisait ordinairement, de la réforme des prêtres - afin qu'ils vivent comme il convient à leur caractère et non comme ils le font. ^* On dirait encore, cijoulait ia duchesse, que les r*véques, institués pour le rétablissement de la religion, 50iit ceux qui lui |K)rtent dommage, car I évéque d'Ypres est le seul dont on ait une entière satisfaction, u Or, poursuivait-elle, le roi sait quelle ^t \kk vie du cardinal, et quels exemples il donnerait a Ualines ou iiilleurs. Le mieux serait de l'envoyer à Borne. Lorsquil reçut le chapeau, n'avait-ii pas dit lui-même quil raccepUiit, afin de pouvoir, à Toccasiop, se retirer dignement à Rome, car il prévoyait déjà les dangers qui le menaçaient? Alors, non plus qu'aujourd'hui, il ne croyait pas que la résidence prescrite (>ar U- concile de Trente pût mettre un obstacle à ce dessein. » Li régente protestait enfin contre les insinuations calomnieuses que don Francès de Alava, ambassadeur d'Espagne à Paris, avait ïraiismlsesau roi contre les principaux seij^neurs des Pays-Bas, *'t surtout contre le prince d Orange; elle attribuait encore cette communication méchante aux suggestioûs de Granvelle *.

Mais Philippe II, tout en ayant déjà arrêté peut-être que Granvelle ne retournerait plus daris les Pays-Bas, lui donna, à cette époque même, un grand sujet de satisfaction en enlevant aux .seigneurs ligués celui qui passait pour leur plus dangereux insfi*

ICorrcspondanvc ih Philippe il, t. I*', pp, 3(6, 319, 33< H 333. Vùlr^mm âTRâûA, lib. IV.

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galeur. Simon Renard , le commensal ordinaire du comte d'Egmont et du prince d'Orange, nourrissait toujours Tespoir de s'aider de leur protection pour surmonter 1rs obstacles qui s'opposaient à sa rentrée au conseil d'État, lorsque la gouvernante lui commanda, de la part du roi, de se rendre en Espagne Les amis du cardinal étaient persuadés que le rusé négociateur chercherait de nouvelles excuses pour demeurer à Bruxelles; «il est trop renard, disait Viglius, pour se laisser attirer en Espagne. » Mais un second refus pouvait avoir des conséquences graves-, aussi, quels que fussent ses pressentiments, l'ancien serviteur de Charles-Quint résolut-il de se soumettre. Du reste, il déguisa sa surprise et son chagrin en faisant considérer comme une marque défaveur l'ordre menaçant du roi ; il était, disait-il, appelé en Espagne pour remplacer le garde des sceaux Tisnacq, qui luimême viendrait remplacer Viglius comme président du conseil privé. Plusieurs le crurent et vinrent lui faire la cour-, quant aux seigneurs principaux , ils cherchèrent à le confirmer dans son espoir, pourvu qu'il fût innocent de la trahison que ses adversaires lui imputaient. Mais Granvelle, plein de rancune contre le compatriote qu'il accusait d'ingratitude, n'épargna aucun effort pour précipiter sa disgrâce. Il ne se contenta point d'animer Viglius et de lui insinuer que les antécédents de Renard autorisaient un procès formel et jusqu à l'intervention m<^me du bourreau pour lui infliger la torture. Il chercha encore , par des insinuations perfides, à rendre Gonçalo Ferez et Philippe II les instruments de sa vengeance. « Que s'il veut paraître devant ses « juges, écrivit-il au secrétaire de Philippe II, je me charge, N ainsi que je l'écris à S. M., de fournir d'ici aux fiscaux assez «'*d'étoffe pour procéder contre lui. Je profiterai de cette occasion " pour rappeler ù votre seigneurie qu'il est quelquefois bien de M fouetter, comme on dit, le chien devant le Unip ; car la manière « dont on se conduira envers cet homme tire peut-être beau-

LES piYâ-iJks sous PUItfPfE If.

V coup plus 5 conséquence pour le service de S, M. qu on ue •» saurait se rimagineren Espagne, surtout sous te rapport éc Il l'exemple, non-seulement tm Flandre, mais encore dans Je>

• autres parties des Étals de Sa Mujesté. » !l ne se montrait pas moins hostile dans m lettre h Philippe II : « Reoard doit être

• momtenant h la cour de V, M, , je suis certain qu il tâchera « d y nuire : il est dans sa nature de ne pouvoir faire autrement,

• mais enfin il ne pourra y nuire autant qu'en Flaiidre* » ïl avertissait ensuite le défiant Philippe 11 que, dans les lellns^ que Ilenord écj irait aus seigneurs des Pays-Bas, iî ne manquerait pas, suivant son habitude, dédire beaucoup de mal de la cour et do la personne même du roi, et de PEspagne, et de toute U nation. Quant aux accusations qu'il f)ouj*raît avancer conu^e lui, Granvelle, le roi voudrait bien suspendre son jugement jusque ce qull QUI pu lui fournir ses moyens de défense; du re-^tt, tl avait en main toutes les preuves nécessaires pour eon vaincre cet homme des inlrigues qull avait ourdies et que lui repn>cbâil U voix publique V

Philippe H donna raison k Granvelle, et Simmi ftenard ru' revint jamais dans les Pays-Bas *.

Le concile fameujt, qui avait été réuni dh-hull ans aufmrâvant è la demande de Charles-Quint et dans le but de pacifief l Église, venait enûn de terminer se^ grands (ravaus^ de réfornie et de regénération. Âprèâ avoir été deui fois ioîer rompus, h

I Papiers d'État itu carttinunu Graimîk, U VUl, p|>. lia, m, î»-»- 29G, iiieiSU.

' « Ptitlippe neçuti Reuaid très^froidemeoti se contenta ûe lui tlonne^ un# audience fort court^^ ot ne voulut plus le voir, en ^rle qu*âpn^Â awr laugui à Madrid plusieurs années , te pauvre Ilenord y mourut ê li ûnàf rhagrin ou mttrrmtnt (fi aoCit 467^}. • Mémoire oncditl de l^éWn? <î^ St-Vineeol,

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avaieut été repris Ici 8 janvier 1562^ sous le pontificat de Pie IV, et poursuivis dès lors avec ardeur et prudence. Lu clôture définitive du concile fut prononcée à Trente, le i décembre 1563.

De tous les souvei*ains catholiques, Philippe II fui le pi-eniicr qui voulut faire exécuter les décrets de cette mémorable assemblée. Il en ordonna l'acceptation sans réserve et la publication en ses royaumes d'Espagne ; des instructions analogues furent expédiées pour ses États d'Italie, pour ses provinces des Pays-Bas, et pour tous les autres lieux de sa domination jusqu'aux Indes *.

11 s'était décidé, disait-il, à accepter le concile et à l'exécuter suivant sa teneur, parce que, en ce qui concernait le dogme, il n'y avait pas matière à la moindre difiQculté. Mais à l'égard de la réformation des abus et des excès signalés dans l'ordre ecclésiastique, comme il s'y trouvait certains articles contraires aux « prééminences» de sa personne et de la monarchie, il se proposait d'avertir, par lettres spéciales, les prélats de ce qu'ils auraient à faire après que la chose aurait été examinée dans son conseil ; et il agirait de même en Flandre et dans les autres parties de ses États * .

Le mandement du roi arriva à Bruxelles le \S août et y excita une émotion assez vive. Les uns y voyaient l'humiliation de l'autorité laïque, parce que , en plusieurs points, les décrets du concile, comme l'avait observé Philippe II lui-même, étaient grandement préjudiciables à son autorité vl à sa juridiction; d'autres , c'est-à-dire les dissidents et ceux dont la foi vacillait, devaient détester des mesures qu'ils considéraient comnie de nouvelles biirrières opfwsées à la liberté de conscience '.

I Vin D£a VY^CK^, t. k^, p. 477. — L'ordonnance coucernaul les Pays- Bas et le comté de Dourgogiie fut donnée à Madrid le 30 juillet 1501. Elle e^ct insérée dans les Papiers d'Étal du cardinal de Granveile, k. VJ II, p. 477.

> U roi à Granvelle, 6 août 4564. Papiers d'Étal, t. VIII, p. tw.

' Un historien protestant soutient que quelques articles et défiailions du concile de Trente furent trouves tant odieux / qu'ils donnèrent occasion h

^tïii

LES |>AI9^Bâ!^ SaUiJ FlllUI>l*t II,

Lia fésolution du roi dVidl excilé une surprise et autâitl filu^ graûde qu il veiidit de rompre tous rspfKjm gttlcteis avec la cotir de Rome. Daos Uû couilit pour la préséance qui avait surgi entre ïes ambassadeurs d Espagne et de Fraoce, Pie IV danna midon ij celui-ci en lui résenaiit^ aux cérémonies de la Peiileeôte, la première plaœ après le représentant de I empereur. Dan Luis »îe iiequesens, grand commaiidi^m' da Gadûtie. humilié p*tr U décision du p^m, prcrtetsta» au nom du roi PhiJtpf'C}, ttmtre [jujure qu'on lui faisiut et sti relira enfin de Hi^me par le eoumiaiidein^^nt de son màltic. Plusieurs sinaaginuiont déjà que cette querelle serdit ua obî^tacle à I intrixluctiori des décrets du concile de Trente dans les Pays-Bas j les liérétiques raiflaieni raéim? le pape qui avait eu la maladre;Bsc dofibuser le roi catholique, lorsque kts ordres de l'hilipi>e II parvituciit à Bruxelles. En leâ , transmettant à la gouvernante des Pays-Bas , il l'informa de b ^gnirication qu'il prétendait assigner au rappel de son ambossjideur, Les relations diplomatiques étaient suspendues enlre les deux cours, à la suite de rolTense qui avait été faîteau représejilanl de l'Espagne près du souverain poniifeï mais rien, ajoutail l'hitippe, ne lierait jamais capable de te détourner de lobéissana* qu'il devait au sainl^si^e en ce qui regardait la religton. Il exhortait ensuite la gouvernante à redoubler de aèfe, sous m rapport, à montrer nn courage fcrrae dans la défense du la foi, à faire publier le concile de Trente dans les Pays-Bas et à l'y faij^ exactement observer, sans qu'aucun prétexte pilt la distraira de ce soin ',

Le conseil privé, qui) la duchesse de Parme consulUi d aboitl,

'- piusieum de se distraire de ]a religion romaine ei de î-'ddjoindre ^4 ia ptf>- < tfsiaute réformée, ^Mtâsitôl que ledit coiiciJe fut $;erileineiU publie, ^ (ti'nntii^ chrûtiiqtie de Htithndf tt tt^ Zéiamie, iiv. IX.

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fut d'avis, à la pluralité des voix, qu'on devait obéir à l'ordonnance du roi; mais les seigneurs du conseil d'État manifestaient leur mécontentement de ce qu'on eût pris en Espagne une résolution si importante , sans la leur communiquer au préalable. Ils insinuaient que l'eilréme condescendance du roi serait trèsmal vue des princes d'Allemagne, exciterait leurs soupçons et les engagerait à se concerter avec les dissidents des Pays-Bas, dont l'irritation était également à craindre. Cette appréciation ayant été connue du conseil privé, quelques-uns des membres de ce collège, pour gagner les bonnes grâces des seigneurs, feignirent de changer d'opinion. Ce fut un prétexte pour amener Ja gouvernante à réunir, en cette circonstance, le conseil d'État et le conseil privé. Ils délibérèrent, sous sa présidence, après qu'elle eut exhorté chacun à exprimer librement son avis. Les opposants s'empressèrent naturellement de profiter de cetteautorisation. Ils prononcèrent des discours très-vifs contre les ecclésiastiques, qui prétendaient à dominer les princes séculiers, et se plaignirent aussi, avec amertume, du peu d'égards que le roi témoignait aux conseils et aux états des Pays-Bas , en statuant sur des affaires d une telle importance sans les consulter d'abord. Mais qu'ant aux articles de dogme ou de doctrine, les seigneurs opposants ne cessèrent de protester qu'ils res|)ectaient les résolutions du concile. Â la suite de ces discussions , le président Viglius et Joacbim Hopperus, membre du conseil privé, demeulèrent seuls de l'avis qu'il fallait se conformer à l'ordonnance si expresse du roi. La majorité de l'assemblée émit l'opinion de suspendre la publication du concile jusqu'à ce que le souverain, mieux informé, eût fait rédiger une nouvelle ordonnance conforme aux lois fondamentales du pays '.

> Vigliufi u Gruuvelie, 8 septembre 1564, Papiers d'État, t. Vili, p. 312 ; el G^all^eiie au roi, 5 octobre, CorresjjOuUancc de Philippe U, 1. 1*^, p. àtà.

LES PAVS-IMS BOm PmUF¥L tî.

La duchesse de Pamie, adopiani la résolution de lu «jjjoriKï, écrivit au roi que son mandcmient n'avîiit \rdB été trouve âUâoe|ftilïlcd'exéculion par le motif qu il ne résin-vaîl pas assez formellement les droits et hauteurs du prlnoe, de ses vassaux et sujets dans les Pays-Bas. Elle appuyait sa déclaration d un recueil sommaire des avis donnés, à 1.1 deniandt* du cjnseîl diktat, par les évéques, les conseils de justice et les universités de ces provinces. Elle lui exposait en outre que, par laca^ptation pure et «simple du concile, tous les placards de l'empereur et du roi, en matière de religion, aéraient annulés ; — ce dont les ecclésiastiques se montraient très-joyeux, disait-elle, puisqu'ils ailaieJUélre investis par là de toute l'autorité qui appartenait au souverain *.

La réponse de Philippe se faisant attendre, la régonU* insisUi pour qu'il tint compte des inconvénients qui résulteraient de I exécution pure et simple des discrets du concile. 1^ principal, disait-elle, esl que ceux de Brabant prétendront que le roi enfreint le serment quil leur a fait de ne rien innover dîifis les choses de ce pays, sans leur consentement , de manière queux aussi se considéreront comme déliés du serment de 11 délité, lin nutre, le magistrat d Anvers était bien décide à ne pas admelta* Jç concile sans des réserves expresses •,

— Le prince d'Orange, j^Iou Bentivoglio, s'opposait îititatit quit pouvml In réception du concile do Trente. Quant «tu comte d Kgmont, U eïi^eait seuïemenl qu'on rherdiât lejfi moyens de cx>ncitîer l'exécution dc^ ordres dti r<îî avec les in taré ti^ de^ provinces. — Du reste, on trouve, dans le Ménumttl du UurPKHi^» It" partie, th^p. VI), u ou analyse trè^ complet e defi délitxN^' tlons du con^d d'Biat et du conseil privé sur r accepta li un du connlt^ «io Trente.

' Papiers d'Utnt, t. VJIt, p, Î86 et su» v. , et CorrespomtariGê dt Phtitpjif tf, t i", p. 3H.

* La duchpsî^e âu rtn, 30 septembre iMk. Cotnapûml^nt^t 4f Phtitf^iL

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