‹ Histoire de la révolution sous Philippe IIChapitre 184 sur 198 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

primer les âmes et de leur ravir la liberté de la foi. Il exprima enfin le vœu que Ton demandât formellement au roi la modération des placards, l'amélioration de la justice et des frnanceset, pour atCeindre ce but, la réorganisation du conseil d'État et sa préémiûence sur tous les autres collèges. Le prince avait parlé jusqu'à sépfc heures du soir, avec une véhémence extraordinaire, sur toutes les questions qui avaient été débattues au conseil d'État et dont le pays tout entier ne cessait de se préoccuper. Après cette harangue , qui avait fait sur tous les auditeurs une impression profonde, la duchesse de Parme leva la séance et remit au lendemain la résolution à prendre. Vigitus était resté interdit devant la parole, pleine de force et d'éclat, de Guillaume de Nassau. Il ne se dissimulait point que, à l'exception de Ber« laymont, tous les autres membres du conseil approuvaient les opinions émises par le prince d'Orange. Il rentra chez lui, très-ému, et passa la nuit à méditer la réponse qu'il ferait le lendemain, et dont le résultat lui inspirait plus de crainte que d'espoir. Cette extrême contention d'esprit kii devint ftilale. Le matin, tandis qu'on l'habillait, il fut frappé d'apoplexie. Joachim Hopperas le remplaça provisoirement au conseil et n& fit, en réalité, qu'écrire sous la dictée du prince d'Orange et du marquis de Berghes les modifications, que ces seigneurs voulaient introduire dans les instructions préparées parViglius^ les additions qu'ils suggérèrent concernaient principalement la modération des placards et la convocation des états généraux. En résumé, l'instruction donnée par la duchesse' de Parme au comte d'Kgmont contenait un exposé de la situation des Pays-Bas sous les rapports de la religion , de la justice et des finances. Le délégué du conseil devait particulièrement insister auprès du roi pour qu'il vint dans ces provinces et , en cas d'empêchement , pour qu'il transmit à la gouvernante des instructions précises sur la conduite qu^elle aurait à tenir, et pour qu'il

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remédiât, par des avances de fonds, à la détresse financière du pays *.

Dès que l'envoi du comte d'Egmont à Madrid eut été arrêté, le gouvernement se hâta de convoquer les états de Brabant afin de profiter dû contentement qu'ils devaient éprouver de cette réso* lution, et d'obtenir ainsi les subsides si longtemps di£Férés. De son côté, Egmont voulut se concerter avec ses amis absents et les appela également à Bruxelles. Le \ 5 janvier \ 565 , les états donnèrent enfin leur consentement à VcUde sollicitée par le gouvernement, et on fit aussi courir ie bruit qu'ils avaient accordé an comte tl'Egmont 25,000 livres pour son voyage •.

Egmont partit tle Bruxelles le \ 8 janvier sur un cheval de eourse et alla coucher à Mons, oii il fut reçu et fétoyé par ie duc d'Ârschot. Il menait avec lui six gentilshommes tle sa maison, un secrétaire, un contréleur, un-cuisinier, un courrier, sans parler des autres serviteurs ; tous étaient uniformément vèins de easaques de velours noir^ quant à 4eur maître, il se distinguait par un habit fourré de léopard ou de loup-cervier. Plusieurs de ses amis voulurent l'accompagner jusqu'à la frontière de France. On distinguait parmi ces derniers le comte de Hooghstraeten , Bréderode, Culembourg et le jeune <;orate de Mansfeld, qui le suivirent jusqu'à Cambrai '.

'ï Vita Viglii, § 88, dans les Anàlecla de Hoykktk de pAPCNORSCHT^'t. I*', p. 40. — La source et commencement îles troubles suscités aux Pay»ytas , etc. (MS. de la bibliothèqoe de Bourgogne). — Correspondance de Philippe 11, t. I»r, pp. 337 et 343. — Le cardinal Bentivoglio n*hési(e pas à dire que le discours prenoncépar le prince d'Orange faisait honDciir à sa clairvoyance et à sa prudence.

* Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. VIII, p. 631.

* Le comte de Culembourg avait eu l'intention de raccompagner même jTïsqu'en Espagne. Mais chacun s'était empressé de le dissuader dans r^ntérêt de sa sûreté personnelle, et par Tappréhension des contrariétés

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