‹ Histoire de la révolution sous Philippe IIChapitre 185 sur 198 · LIVRE IX (iSfiS). 4C · texte numérisé non relu

LIVRE IX (iSfiS). 4C

Un inddent regrettable se passa pendant te court séjour que le conDte d'Egmont fit dans cette ville avec les amis qui lui servaient de cortège. Dans un banquet donné à la citadelle et oit Maximi** lien de Bei^hes, archevêque de Cambrai, avait été invité, ce pré^ lat fut en butte aux insultes les plus grossières '. Excités par la chaleur du vin, quelques-^uns des convives, le comte de Hoogh* straeten et Bréderode surtout, avaient déjà tenu des propos hardis et désobligeants pour Tarchevéque forsque, vers la fin du repas, trois ou quatre d'entre eux se mirent à parler du prochain départ du comte d'Egmont. Bréderode fil alors observer qu'il n'était pas convenable de laisser partir un personnage d'aussi haute importance pour le pays, parce que, dans le cas où il lui arriverait quelque malheur dans son voyage, la Flandre ferait une perte immense, et qu'on ne trouverait point è le remplacer. — « Rassurez-vous , répondit ironiquement l'archevêque de Cambrai, il se présentera bien quelque Egmont nouveau. >* — Ces mots mirent Bréderode hors de lui-même. — « Comment, s'écria-t*il en blasphémant , fout-il que nous supportions pareilles choses de ce

411e poûrrall lui susdtcr TinqliîsitioD, à vausie de ses Dpiniions religieuses. Il y avait un mois à peine qu il avait rétabli le messe dans son château de GuJembourg, après Ty avoir pi*09critc ; mais tout portait à croire. que c'était la crainte qui avait dicté cette conduite plutôt qu'un retour siocère à de meilleurs sentiments. Il fut remplacé par le baron d'Aubigny (Jean de Kassenghien). Un autre noble, Warluzei, homme sur et recommandé par Bréderode, accompagna Egmont jusqu'à Orléans. Papiers d^Ètat, t. VIII, pp. 650-65Î

1 L^arcfaevêqwe de Cambrai, qui avait séjourné qoelque temps à Bruxellesi au mois d'août 4564, passait pour un partisan de GranvoIIe: mais ce n'était point l'avis do Morillon. « II n'est pas si mal avec la noblesse, écrivait Morillon au cnrdinal, qu'il en fait courir le bruit, et il se trouve journellement aux festins. Il a un maître d'hôtel qui est fort noté d'être huguenot , et ce n'est pas le soûl en sa maison. «> Papiers fi*Ê}at, l. VÎIf, p. Î7a.

Liîs riYa-liJis §005 rrittJppH n,

prêtre?*— Calem bon nï gjnuUi, on s\idressiint h l'archevêque i — a Cest plutôt à mus à vous appliquer ce que vous venez de dire ; car si vous veniez ^ mourir, on trouverait bien racilement doq cents sujets de votre mérite pour vous reraplacer sur le siège de Cambrai. i* L'archevêque prit un verre de vin et, pour couper court à toutes ces discussions, porlû la ganté de Bréderode qui ne voulut pas ^accepter. Pirjué de ce refus, le prélat lui dit qu'il voulait en connaître le moUf , d'autant plus qu'il n'avait Jamais cessé de lui être utile et agréable, autant que ceîn lui a%^ait été possible, en toure circonstance, Bréderode se borna h lui répondre en colère ^ qu'il ne voulait pas accepter cette santé ni boire davantage. « L'archevtS^ue» fécbédela tournure que prenait la dispute, répéla plusieurs fois qu'il voulait connaître le motif de ce nouveau refus- Quoique le comte d'Egmont h priât de ne pas presser davantai^e Bréderode aur ce point, parce que le vin lui avait porté à la léte, le prélat revint à la charge et déclara quij voulait absolument connaître les inotiFs d'un refus aussi désobligeant. Alors, échauffé au dernier point, Bréderode saisit le bassin dans lequel ou devait se laver les mains et le lança vers rarchevéque. Ce vase l'ayant touché à la poitrine et Teau s'étant répandue sur ses vêtements il sft leva^ et, a'adressant à tous : « Comment, dit-il, c*est ainsi qu'on me traite, et c'est pour m'insulter ainsi que Ton m'a invite! Eh bieni sachez que j*ai des parents et des amis qui répondent pour moL « Eu oc moment, le jeune comte de Mansfeld se leva de table, et, s'approchant du prélat, le pria de vouloir bien ne point prendre cette affaire en mauvaise part et de ne point s'en offenser, parce que son oncle (Bréderode) n'avait eu aucune mauvaise intention* En disant cela, il se. trouvait très-près de l'archevêquecelui-ci le œpoussa avec te bras en disant i i* Otez-vous de làl Quel est ce jeune homme qui vient ici me prêcher? »• Irrité de ce geste, le jeune seigneur leva la main sur lui, acœmpagnant

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cette action de paroles grossières, et Taurait maltraité si on ne Teût retenu aussitôt, car il fit le geste de lever le poing, et mém& de porter la main à son poignard ; mais le comte d'Egmont et les autres les séparèrent. Le lendemain, Egmont alla dîner seul avec l'archevêque et chercha à le calmer ; le soir, Bréderode et io reste de la compagnie vinrent souper avec le prélat. Avant de se mettre à table, l'archevêque, Egmont, Hooghstraeten et Cuiemboui^ passèrent avec Bréderode dans un appartement sé^ paré, où ils s'entretinrent seuls environ une heure, occupés sans doute de la réconciliation ; ils en sortirent ensuite pour souper, et, après être restés à table une demi-heure à peine, chacun s'ea retourna chez soi ^

Parmi tous les propos tenus par Bréderode dans sa déplorable altercation avec Tarchevêque de Cambrai, un point surtout était digne de reniarque. 11 avait laissé entrevoir que lui et ses amis étaient agités de craintes sérieuses pour la sûreté du comte d'Egmont. Telle était leur conviction sincère; car elle avait donné lieu, de leur part, à un acte d'une certaine gravité. Sept d'entre eux; Bréderode, Mansfeld, Guiembourg, Philippe de Sainte-Aldegonde , Hoc^hstraeten , Salm et Warluzel, avaient rédigé à Cambrai même, le 26 janvier, et signé de leur sang, une déclaration portant que, pleins de gratitude envei*s le comte d'Egmont, dont le voyage avait pour but le salut des Pays-Bas, ils lui promettaient, en foi do gentilshommes et chevaliers d'honneur, s'il lui survenait quelque notable préjudice, d'en tirer ven* geancesur le cardinal de Granvelle ou sur ceux qui auraient été les complices ou les instigateurs du dommage. Cet engagement

* Les. détails de cette scène furent donnés par le comte de Culembourg lui-même à Pero Lopez, employé du gouvernement général des Pays-Bas, Ce dernier les résuma dans une lettre à Granvelle portant la date du 7 février 4R65; elle a été insérée dans les Papiers d*Ét<U, t. VIII, p. 684 et suiv. Nous en avons extrait les incidents principaux.

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solennel fut scellé du cachet du comte de Hoogbstraeten et remis entre les mains de la comtesse d'Egmont ^

Cependant les craintes manifestées par les amis du comte d'Egmont ne devaient pas se réaliser.. Philippe II, ajouraaDt ses desseins, allait faire un accueil gracieux au vainqueur de Gra* vélines, bien que son voyage et surtout la nature de sa mission ne lui fussaat nullement agréables. Dès qu'il avait été informé du projet qui se débattait au conseil d'Étal des Pays-Bas , il avait fait écrire par Gonçalo Perez à Tomàs Ârmenteros que la duchesse de Parme devait empêcher ce voyage, en usant à cet effet des meilleurs moyens qu'elle trouverait , n'étant pas convenable, disait-il, qu'Egmont vienne en Espagne, dans un moment où Renard s'y trouve, et pour d autres motifs encore. Cette lettre, datée du 23 décembre 4564, arriva trop tard. La duchesse de Parme répondit, le 45 février 4565, qu'elle n'avait pu se conformer aux intentions de Sa Majesté, vu que le comte d'Egmont était déjà parti, et qu'elle n'avait pas jugé à propos de le rappeler en route , pour ne pas le mécontenter de même que tous les seigneurs, ses amis, en suspendant un voyage dans le résultat duquel ils avaient grande confiance. C'est parce que le roi avait tardé à se décider sur les représentations qui lui avaient été faites, concernant les besoins du pays, que les seigneurs, ajoutait^elle , avaient insisté sur l'envoi d'un personnage marquant en Espagne. Elle n'avait pu s'y opposer, quoiqu'elle eût tâché, autant qu'il était en elle, de contrarier cette mission. Elle avait, entre autres, fait représenter par Armenteros au comte d'Egmont la convenance d'attendre au moins' le retour de Simon Renard, pour ne pas faire croire qu il se rendait à Madrid dans le but de défendre celui-ci ; mais le comte avait eu l'air de

» Le texte de la pièce, analysée ci-dessus, se froiive dans les Archivée de !a maison d'Oraufjc-Nassau, t. 1'', p. 345.

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