‹ Histoire de la révolution sous Philippe IIChapitre 189 sur 198 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

qui devint évéque de Gand , et Bernard , professeur de droit canon. Selon les intentions exprimées par le roi et pour n'éveiller aucun soupçon au dehors , on donna pour prétexte à cette convocation extraordinaire les difBcultés résultant des décrets du concile de Trente».

La régente écrivit en même temps au prince d'Orange, alors retenu en HoKande parles affaires de son gouvernement, pour qu'il hâtât son retour à Bruxelles et qu il assistât aux déHbérations sur lïnstruction rapportée par le comte d'Egmont. Elle réitéra plusieurs fois cette invitation , démontrant ainsi Timpor-» tance qu'elle attachait à l'intervention de ce seigneur, dont l'as-* cendant était dès lors reconnu '.

Les (commissaires désignés étant arrivés à la cour, la régente consulta le conseil d'État sur la forme qu'il faudrait donner aut conférences. Quelques-uns proposèrent une délibération en commun ; mais le prince d'Orange, le comte d'Egmont et le comte de Hornes firent prévaloir un avis contraire , soutenant que FintentioQ du roi ne pouvait être que les membres du conseil déclalrassent leur opinion- en présence d'étrangers. Ce point arrêté, la duchesse fit appeler les commissaires et, les ayant fait asseoir àr pari, leur déclara brièvement la vraie cause pour laquelle elle les avait convoqués ; elle leur recommanda le secret , puis leur fit distribuer des. extraits de l'instruction du roi, traduits en latin et en français , les invitant à revenir dans quelque^ jours pour exprimer leur avis sur chaque article en particulier, et ensuite sur l'ensemble. Les délibérations, commencées le 1'^ juin, devinrent très-vives, surtout lorsqu'il s'agit du châtiment des hérétiques, le prince d'Orange et ses amis cherchant à obtenir un avis conformée leurs idées de modération , et les évéques leur résis-

' Mémorial dé Boppbbvs, Î^ partie., chap. IV.

' Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. Il, p. 94 et suiv.

LES PAVS-IIM »W» PHILIPPE tt.

tant avpcnpinîètretr Enfin, Bprh^ um discussion qui sepuoton*

gea pendant trois jmirs> les rommîî=saires arrêtèrent et signèr^Dl la réjw)lQUon ge*n<*rale qui leur aviiit été demamlée. Col avié, quanta rinstrurtion du peuple, la réformation des ecck^iastiques et des écoles, indiquait que le concile de Trente y avait fort bien pourvu et qu'il ne s agisgyit que de mettre en œuvre ce qui avait été stipulé dans ses décrets. En ce qui (^occrnait le mode employé pour la répression des hérésies , lea commissaires déclarèrent qu'il ne convenait en aucune façon de changer les placardai 01 les ordonnances pub liés depuis plus de trenle-cinq ans. Cependant, pour éviter le scandale et prévenir des tumultes j d autre part, pour tie plus fournir aux juges un prétexte de se refuser à Texécution des placards, Im ootnmîssaires suggérEitent Hdée d'adresser aux conseils de justice une instruction secrète qui lea autoriserait à établir une distinclion entre les sectes» de même qu'entre les accusés selon leur âge et leur qualité , et à graduer les peines en conséquence. « On punirait de mort les hérétiques obstinés» mais, en d'autres cas, on pourrait avoir recours aux galères ou au bannissement perpétue!, avec con fi scatioû de^ biens î Téxil pourrait mémo n'être que temj>oraire en considéra^ tion des mérites de la personne accusée. Mais cette indulgence ne devait pas s'étendre aux ministres, docteurs, relaps et sédi* tit^u3c. Quant h ceux qui auraient contrevenu aux placards par vaine curiosité, nonchalance ou autres causes semblables, sans qu1ls fussent réellement hérétiques ou sectaires, il suffirait de les châtier par verges ou fouets, de leur inOiger des amendes ou de les bannir. » Lorsque le conseil d'État fui appelé à délibérer sur cet avîs, quelques-uns de ses membres voulaient se référer à la résolution proposée par les commissaires; mais le prince d'Orange, le comte d*Fgmont, le comte de Hornes et le comte de Mansfeld objectèrent que le roi n'avait pas demandé Tavis da consiil Quel fe que fût leur manière do voir, ifs devaient donc

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s'abstenir, pour le moment, de la faire connaître. La l'égente se borna , en conséquence , à transmettre en Espagne l'avis des évoques et des autres commissaires, en informant le roi que l'absence d'ordres formels de sa part avait motivé l'abstention du conseil d'État. Il attendrait qu'il en fût requis pour exprimer son opinion sur cette grave matière , dont on pourrait saisir également les gouverneurs et les conseils des provinces '.

Bientôt les illusions du comte d'Egmont se dissipèrent, tandis que les prévisions du prince d'Orange se justiQaient entièrement. Celui-ci, loin de partager la satisfaction de son collègue, lui avait reproché, d'un ton moqueur et amer, qull était la dupe des artifices espagnols *. Egmont dut en convenir quand il eut connaissance de nouvelles dépêches données à Val^ ladolid, le 4 3 mai, et où le roi, en prescrivant le licenciement des pensionnaires allemands et surtout l'exécution rigoureuse des édits contre les anabaptistes, ce tenait aucun compte de ses conférences avec le délégué de la gouvernante et du conseil d'État des Pays-Bas. Malgré tous les efforts de la duchesse de Parme pour calmer l'irritation du comte d'Egmont et de ses amis, elle y échoua. Ils répliquèrent qu'ils ne pouvaient se fler aux paroles ni aux promesses du roi, puisque, trois jours après le départ du comte d'Egmont, il avait, à Tinsu de ce dernier, expédié des lettres en contradiction avec les paroles qu'il lui avait dites et avec l'instruction dont il l'avait chargé. Un tel artiflce, ajoutaientils, avait sans doute pour but de leur faire perdre et leur crédit et leur réputation *.

< iMémorialûe HoprEims, 2« partie, chap. V.

• BlNTIVOGLIO, liv. H.

' Gonralo Perez hiftmait lui-même le peu de franchise, les indécisions et surtout les défiances exagérées de Philippe 11 ; à propos des nouvelles lettres qui détruisaient tout le fruit de la mission du comte d*Egmout, il nwiidait eu secrétaire de la duchesse de Parme : « Sa Majesté se Crom|)e et

tes PAY3-BJLS SOTS paiLtFPE II.

D'après le témoignage imposant iJe la duchossede Parme, le tn^onlentement des seigneurs était fondé sur quatre |>oïnts , priDcipaux. Le prf^mier concernait rinfuiisitiont contre hqiieltw* le peuple s'élevait à grands cris, à catisp de la manière dont quelques inquisiteurs procéiiaient ; on allait jusqu'à dire que eclt^ forme d'inquisition était pire que celle d'H??pagne. De là une^ irritation extrême qui se manifestait quelquefois avec aiidace> C'est ainsi que, le 1^' juillet^ on avait trouvé placardé, aut portes de la cour et de l'église de Sto-Gudu le, un libelle contenant des blasphèmes contre les gens (i'KgUse, le saint concile de Trente, , et réclamant le faculté de vivre conformément à la confessioal d'Augslxiurg. Le second point concernait le différend entre rommune de Bruges et Tinquisitcur Titelmao, soutenu par Tévéque diocésain, lesquels ne cherchaient, selon Popinion de beau-^ coup de personnes, qu'à introduire des nouveautés pour eias^ pérer le peuple. C'était même la cause principale du retard qu'apportaient les états de Brabant et ceux des autres provinces à voter les aides^ Le troisième point était relatif au châtJment des anabaptistes repentis, dont plusieurs étaient rentrés dans to* jgîron de lÉglise, do telle manière que des prêtres même avai^fr* prié et sollicité peureux. Ordonner maintenant leur supplice, ce seraitp disait la régente^ mécontenter les magistrats, et, selon ce que rapportait le comte d'I^gmont^ annuler les promessea ver-

so trompera û^m beautxmp d'aiïîrires» en Im traitant corfime elle fnft, (ant< avec celui-ci « taat'ôt avecceLui-ïà, cacbaitt à ceux qu^èllecomâiil te certaines choses et lêur eu conhani d^autrcs. Il ne faut donc pas s'i^taniit^r que des dépêctae^"^ dîRercnles, cl même qui se contredisent, soient ûeH tes par Je roi, et cela arrive non-seulement pour la Flandre, ma î$ pour les attira provinces. Les Tnconvéutont^ qui en peuvenl résulter sont faciles à conopvoîr, . NiTiamicq, ni CouitewHIe, o*eurcïil connaissance de la dépêche remîaon au comte d'Egraoni » et Riiy Gomeï ©t moi nous n avons ri«ï su de& ïettfft^ qu'ils écrivirent de VàUadolïd, i» Cùrreipondanc^ de PkiUppe !f, t. îw, p, aif^ji

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baies du roi. Le quatrième point, enfin, concernait les pensionnaires allemands dont il paraissait que le roi voulait se décharger, tandis que ie comte avait compris et s*était cru autorisé à dire le contraire. Ce personnage, considérant les nouvelles dépêches comme un désaveu et un démenti, s'était vivement emporté contre la duplicité du roi et avait donné un libre cours à sa colère, au sein même du conseil d'État et en présence de la gouvernante *.

En envoyant au nKmarque les avis des évéques sur les points oontenusdans l'instruction dont le comte d'Ëgmont était porteur, la régente donnait aussi des détails sur l'état de la religion : d'après les rapports des curés aux évéques, le nombre des communiants avait augmenté, lors des dernières Pâques. A Anvers même, beaucoup de personnes revenaient de leurs erreurs et se rétractaient. Le carême y avait été observé rigoureusement nonseulement par les indigènes, mais aussi par les Anglais, les Hanséates et autres étrangers. Du reste, la gouvernante attribuait ce résultat à la défense expresse qu'elle avait fait faire, au commencement du carême, tant à Anvers qu'à Bruxelles, de vendre de la viande et des œufs, fût-ce même dans les hôtelleries, il d'autres que ceux qui avaient licence du curé V

Les principaux seigneurs donnaient l'exemple en observant les pratiques extérieures du catholicisme. A son retour d'Ës|)agne, le comte d'Ëgmont était allé faire ses pàques au monastère de Groenendael. Le prince d'Orange avait accompli le même devoir à Breda, et, lors de la naissance de son fils, quoiqu'il lui eât donné pour parrains deux princes luthériens, le duc de Saxe et le landgrave de Hesse, il avait voulu que le baptême fût célébré avec les cérémonies catholiques '.

> CorreÊponâance de Philippe II, t. I*', pp. 355, 36t et 3G4. ' ibidem, pp. 354 et 355.

' Archives de la maison (tOrange-Nassau, t. 1»», pp. 3i<, 374 et 384. Strada confond, daprès la remarque de M. Groen, Tenfant dont il 8*agit 1. 34

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La régente venait aussi d'informer le roi qu'elle avait Qni par ordonner que le concile de Trente fût mis à exécution, selon le désir qu'il avait si souvent manifesté. Toutefois, le mandement de la gouvernante des Pays-Bas n'était point une acceptation pure et simple, du moins en ce qui touchait aux matières de discipline et de juridiction ; des réserves formelles devaient garantir, sous ce rapport , les prérogatives du pouvoir laid '.

D'autre part, la régente insistait pour que le roi, selon le vœu des seigneurs, étendit l'autorité du conseil d'État. Elle ne voyait, pour rétablir l'ordre dans les affaires, d'autre moyen, disait*elle, que de donner au conseil d'État la prééminence sur les deux autres, en y faisant traiter, sbus sa présidence, toutes les affaires majeures qui étaient actuellement soumises au conseil des Onan<:es et au conseil privé '.

La réponse du roi, qui s'était fait attendre près de trois mois,

ici avec le célèbre Maurice, né deux années plus tard. Le premier eut une mort prématurée.

1 Ces réserves étaient rappelées dans les lettres circulaires adressées par la duchesse de Parme aux évéques et aux conseils de justice. La première, du 44 juillet 4565, contenait ces mots : « Et pour ce que, entre les articles - dudit saint G)ncile, il y en a aussi aucuns concernant les régales, droits. » haulteurs et prééminences de Sa Majesté, les vassaux, estats et subjetz, « lesquels pour le bien et repos du pays, et pour non reculer ou retarder le a fait de sa sainte religion, et éviter tout débat, contradiction et opposi- « tion, ue conviendroit de changer ou innover; S. M. entend que, en ce «> regard, on se conduise comme jusques ores a esté fait, sans comme dit u est rien y changer ou innover, etc. • ~ Dans la lettre adressée, le ik juillet, aux conseils et aux autorités laïques, la gouvernante disait : • L'intention de Sa Majesté est que cette publication se fasse sans préju- « dicc des haulteurs, droits, prééminences et juridiction d*icclle, ses •• vassaux, estats et subjetz, lesquels Ton entend debvoir demeurer en tel « estât qu*ils ont esté jusques ores, sans rien y changer et innover, etc. » Placards de Flandre, vol. II et IV.

' Correspondance de Philipj e II, 1. 1», p. 3G3.

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arriva enfin pour détruire les dernières illusions, les dernières espérances de la gouvernante et de la nnajortté du conseil d'État. File avait été écrite au bois de Ségovie et portait la date du W octobre. Le roi prétendait que ses dépêches de Valladolid ne différaient point du contenu des lettres qu'il avait remises au comte d'Egmont. Mais, comme il avait été consulté par la du-» chesse sur le châtiment à infliger aux anabaptistes arrêtés, il avait ordonné qu'il Mt fait justice de quelques-uns d'entre eux, parce que cela était nécessaire. Du reste, il voulait qu'il en fAt usé ainsi non>>seulement à leur égard, mais h l'égard de tous ceux que l'on saisirait, sans tenir compte de leur qualité. Il avait éprouvé un grand déplaisir de ce qui s'était dit, aux Pays-Bas, touchant l'inquisition. Cette institution n'était pas nouvelle; car on obser* vait ce qui s'était toujours pratiqué du temps de l'empereur, son père, et depuis qu'il lui avait succédé. Il voulait donc que l'inquisition continuât d'être exercée par les inquisiteurs en la forme et manière usitées jusqu'alors, et comme il leur appartenait par droits divins et humains. Les inconvénients redoutés seraient bien plus grands et plus manifestes si Ton empêchait les inquisiteurs de remplir leur devoir. Aussi ne saurait-il souSHr qu'on tentât de les discréditer ou qu'on refusât de leur donner assistance. Les placards de l'empereur et les siens devaient être exécutés fermement, et rien ne pouvait être changé dans les instructions des inquisiteurs. Il importait, au contraire, que la gouvernante prit à cœur l'exécution rigoureuse des édits et qu'elle ne cessât de favoriser, d'honorer et d'animer les inquisiteurs.

Les mêmes recommandations étaient répétées , avec plus de force encore , dans l'apostille mise en marge de l'avis des évêques et autres commissaii*es qui avaient été assemblés sous la présidence de la duchesse de Parme ; le roi exigeait, en outre, qu'on lui signalât les juges qui se refuseraient à l'exécution stricte des édits, pour qu'il les remplaçât par d'autres de plm de cœur et de meilleur zèle.

LES PAVS-BàS 90US PHIUPPE IK

Eù ce qui touchait la préériïinence que l'on demandait pour îe Cfmseil d'État, il ajoamail sa dédsion, à cause de rimportance de In matière. Mais, d'autre part, if avait statué, selon l'avis de ïa duchesse, qu1l y aurait d<^sormais un président du conseil d'État et un président du conseil privé. l{ avait conféré la présî* denee du n^nscif d'Etal au docteur Charfes Tisnaoq, qui serait remplacé, près de su personne, par \e docleur Hopperus \ le président de l'autre collège serait désigné ultérieurement *.

Philip|)eaffecta cejïendant de faire une concession asse^ grande aux sergneurs des Pays-Bas, en adoptant , h Tégard du mrdinal deGranvelle, l'avis qui lui avait été également suggéré par la duchesse de Parme. Le prince d'Orange et ses amisniguoraîent plus l'intervention mystérieuse du souverain dans la retraite de leur principal antagoniste. Granvalle lui-même avait révélé au roi que le prince d'Orange , bien qu'il montrét toujours une grande réserve, parlait de la lettre qui avait déterminé sa sortie des Pays-Bas; le cardinal s'en étonnait, car il n'avait montra cette lettre qu'à la duchesse de Parme i mais celfe-ci Favail communiquée, disaitHl, h Armenleros> qui, peut-être, pour complaire aux seigneurs, leur en avait révélé le contenu \

Il était vraisemblable aussi que la régente avait aufonsé celte comnninication, soit pour gagner tout à fait la confiance des

i Le roi à ta duchesse de Parme, 17 et 20 octobre ^565 dans le Biérnoria! de HoppERts, t^partiSi chap. VIL et dans la Correâpûniancê de Philippe f/, I. ks p, 373*

^ GranveUe au roi, ^8 juin *565- Correipondanee de PhUtppe //, t I*', p. 3B6. — L*attHu(lQ froide ot drconspecl^ dtj Guiliaumu de Nassau contrastait âingulièremt'nt avec IVfîervesçence (luI régnait dans les rangs de ta noblesse, exaspérée conli'e GrauvelJe Morillon mandait au carditiaL le JO décembre 1564 : » 1^ sec^rùtaire du prince d'Orange m'a juré n'avoir nen ouï dire, ni eti bien ni en mal, audit prince, depuis le départ de Tnti^e «ei|^€une, • Papier» d'État, L Vltl, p. 574.

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