‹ Histoire de la révolution sous Philippe IIChapitre 34 sur 198 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

ses genoux, il s'embarqua avec ses sœurs et les officiers qu'il s'était réservés.

Des sept cent soixante-deux personnes de tous rangs et de toutes fonctions qui composaient la maison impériale, Charles- Quint avait désigné , pour le suivre dans son voyage , cent cinquante officiera ou serviteurs, parmi lesquels on distinguait trois seigneurs belges: Jean de Croy, comte du Rœulx, le S' de la Cbaulx, sommelier de corps, et Floris de Montmorency, qui portait alors le titre de seigneur de Hubermont. L'empereur s'embarqua sur le vaisseau principal, nommé VEspiritu santo ou la Bertendona, du nom de son capitaine ; les reines de France et de Hongrie montèrent sur un vaisseau flamand. La flotte réunie à Souburg mit à la voile le 4 3 septembre ; mais les vents contraires la retinrent encore jusqu'au 47, à quelques lieues de Flessingue. Elle franchit enfin les bancs de sable de la Zélande , s'engagea dans le canal de la Manche et cingla ensuite vers la côte de Biscaye. Le 28, la Bertendona jetait l'ancre dans la rade de Laredo; les reines, sœurs de Charles-Quint, débarquèrent le lendemain '.

Dès le 27 juillet, Philippe II avait écrit à la régente d'Espagne d'envoyer dans le port de Laredo l'alcade de cour Durango, avec Targent nécessaire à l'achat de tous les approvisionnements et à la réunion de tous les moyens de transport que réclamaient la venue de leur père et son voyage. Il renouvela ses instructions le 28 août et le 8 septembre; mais elles furent paralysées par la lenteur espagnole.

Deux personnages seulement se trouvaient à Laredo pour recevoir l'empereur : don Pedro Manrique, évèque de Salamanque , et Durango , alcade de cour ; encore ce dernier n'avait-il

• William Stirlino, The rhister life of the Empcwr Charles the fifth (3« édition), p. 23; Mignit, Charles-Quint, etc., p. HO.

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poiot l'argent nécessaire aux besoins du service impérial et à la solde de la flotte. La traversée uvait éié fatigante : la moitié de la suite de Charles-Quint était malade, et sept ou huit des serviteurs subaUernes avaient môme été emportés par la fièvre. L'empereur lui-même était souffrant : aussi se montra-t-H fort courroucé et exhala-t-il son humeur chagrine par des paroles piquantes. Mais, facile à dérider, ii se rasséréna lorsque la régente d'Es|>agRe, prévenue du débarquemeot, se fut hâtée d'envoyer, avec i*argent nécessaire pour la flotte, des provisians de toute espèce. Ii fut également réconforté en voyant ao-courir devers lui le plus aimé de ses chambeilans, le colonel Luis Quijada , qui lavait précédé en Espagne. Averti de l'arrivéâ de l'empereur, le fidèle majordome avait fait en trois joui's, dit-oo, cinquante-six lieues à cheval pour rejoindre son maître, Quijada arriva à Laredo le 5 octobre, et, le lendemain, Charles se mit en route pour Valladolid^ résidence de la régente d'Espagne, De Laredo à ValladoUd, on comptait cinquante-quatre lieues; Tempereur mit douze jours à les parcourir, voyageant tantôt dans une litière roulante, tantôt dans une chaise à porteurs. Il était précédé de Talcade Durango, qui commandait une escouade de cinq alguazils» armés de leur bâton de justice. Ce singulier corlégB scandaiisait fort les Flamands de la suite et faisait dire à Quijada que ks alguazils avaient plutôt lair d escorier un prisonnier qu^m emiîereur. Les reines de France et de Hongrie, également en litière, suivaient leur frère à une journée de distance. Bientôt, cependant, la route se cou \ rit de curieus de toutes les classes j les corrégidors des villes venaient lire de pompeuses adresses , tandis que les seigneurs sortaient de leurs châteaux pour baiser les mains de leur ancien souverain. Charles entra à Burgos dans la soirée du 43 octobre , au bruit des cloches qui sonnaient à grandes volées. Le surlendemain, il continua sa route, escorté par un détachement de cavalerie,

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