‹ Histoire de la révolution sous Philippe IIChapitre 35 sur 198 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

SOUS les ordres de don Francisco de Beaumont. A Cabezon, der* nière étape avant Valladolid, il trouva don Carlos, son petit-fils, qu'il ne connaissait pas encore. Ce prince, alors âgé de douze ans, était issu du premier mariage de Philippe avec dofia Maria, infante de Portugal. Charles-Quint le fit souper avec lui, le retint longtemps pour l'étudier et se montra peu satisfait de l'éducation , des manières et des penchants extraordinaires de l'adolescent qui , par l'abdication de son aïeul , était devenu l'héritier présomptif de la monarchie espagnole. « Je le trouve présomptueux, dit-il à sa sœur Éléonore ; sa contenance et son humeur ne me plaisent pas, et je ne sais ce qu'il pourra devenir avec le temps *. »

Triste et préoccupé, il arriva enfin à Valladolid, alors capitale de la monarchie espagnole , et fut reçu très-simplement dans le palais par la princesse régente , qui se conformait à ses instructions; mais il exprima le désir que les plus grands honneurs fussent rendus aux reines, ses sœurs, attendues pour le lendemain. Charles-Quint passa quatorze jours à Valladolid , s'occupant des afEadres d'État, mais ayant aussi des conférences fréquentes avec le prieur de Yuste et le général de l'ordre des hiéronymites. Le 4 novembre , après avoir diné en public , il se sépara de la régente d'Espagne, sa fille, du prince, son petit-fils, des reines, ses sœurs , et sortit de Valladolid sans permettre à aucun des grands, des prélats , des gentilshommes, des conseillers et des officiers de cour, de dépasser la porte del Carapo. Il ne prit qu'une petite escorte de cavaliers et quarante hallebardiers qui, sous les ordres de leur lieutenant, devaient le suivre jusqu'au village de Jarandilla, dans la vallée dominée par le monastère de Yuste. Après sept petites journées de marche , il alla coucher, le 1 1 , à Tornavacas, près du Rio Xerte, dans la Sierra de

» MiGisBT, CharleS'Quint, etc., p. 457.

LES PAYS-BAS SOIS PflTIJPPE Th

Grcdos, qui le séparait de la Vera de Plasencta, terme du voyage. Quelque nide que tilt le passage , il aîma mieux, f>our abréger la route, franchir les montagnes que les tourner. Les babîtatits de îa vallée se relayèrent pour aplanir les obstacles et porter sa litière. Lorsqu'il parvint au sommet de la brèche d'où se découvroit la Verade Plasencia^ il la contempla pendant quelque temps, puis, tournant ses yeux du côté du nord^ vers le pays qu'il venait de traverser, il dit : <f Je no franchirai plus d'autre passage que celui de la mort. '^ Descendant alors h Jarandilîa, il s'^^tabîit dans le château, mis à sa disposition par le comte d'Oropeza, jusqu'à ce que l'habitation qu'il avait fait construire au monastère de Yusle fût prête à le recevoir \

Charles-Quint venait de réaliser son désir le plus viT et le plus constant ; il s'était détaché du monde ; il avait gagné cette solitude que, depuis plus de vingt ans, il entrevoyait comme le terme et la récompense de ses travaux. Mais, quel que fût son détachement des choses humaines^ il n'avait point Tîntention de perdre la vigueur de son esprit dans l'oisiveté, ni d'appliquer sa vaste expérience aux intrigues et aux détails secondaires d'un couvent, Jusqu'à la fin de sa vie, il suivit attentivement la succession des ih'énçmenls, donnant à Philippe lî des conseils virils, s1nléressant â sa réputation et l'encourageant à maintenir invariablement la grandeur de sa dynastie

' SriRuntÏH, The doister Hfe, etc., p. iG; Mig.set, Charles-Qumt , été., chap. lïl^ passim.

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