‹ Histoire de la révolution sous Philippe IIChapitre 6 sur 198 · INT · texte numérisé non relu

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éiinl naLumllement désigné jïour U^ nnripkrer le pretiiier. Mais qui succéderait à Ferdinand? Charles-Quînl , è celte éjmque du moins, voulait maintenir les droits éventuels de l'archiduc Maxi* niifien, Bis atné dti rot des Homains, mais à condition que fe prince d'Espagne exercerait, pendant ce règne, le vicariat en Italie, D'après les ordrt*s de rem|>ereur, Granvelle, évi^que d'Arras, écrivit, le ii mars, au duc d'AIbe^ majordome mayor du [irinoe d'Espagne , potir pressentir les intentions de celui-ci, qui d'ailleurs avait déjà été prévenu par une lettre autographe de son père. L'infani, recevant la dépik^he de l'évéque d'Arras des mains du duc d'Albe, ordanoa à Juan Vasquez, pour la sûreté du secret , de la déchiffrer lui-mt^me, sur Thetire ^ et de la lui rapporter aussitôt qu'il l'aurait mise au net. Après avoir réfléchi sur son contenu, il demanda au duc d'AIbe son senti ment. Celuici, entendant parler du projet pour la première fois et considérant su grande importance, pria le prince de vouloir bien ne prendre d*avis que de lui-même sur une chose qui le touchait. Il ajouta qoe, n'étant point au fait de ce qui regardait l'Empire, il pourrait répondre mal aux ouvertures de Tévéquc d'Arras. Le prince, pour satisfaire l'empereur, son père, n avait qu'à lui exprinier naturellement sa pensée. Alors le prince ordonna au duc d'^Albe de répondre que, ou égard à l'état oii étaient les affaires de la chrétienté, principalement du côté de l'Empire el en Italie (surtout à l'égard de Gènes, Sienne, Uiombino, Plaisance et Parme) et considérant les intrigues du pape et des Français, il pensait que si les Etats d'Italie, au point où en étaient les choses, voyaient ou entendaient qu'on se préparât dès ce moment à assurer i\ l'archiduc la succession de l'Empirej ils pourraient revenir des craintes que leur avaient inspirées les succès constants de toutes les entreprises de lempcreur jusqti'à ce jour, el en pi'endre occasion de chercher des moyens el des prétextes jKîur entreprendre conire S. M, et ho^ royaumes. O'i'il élail donc *^

VIE DE MARIE DE ItONGRIE. 91

redouter que si, dans cette conjoncture, on parlait du vicariat, lesdits États et plusieurs autres y apporteraient beaucoup de difficultés et de contradictions. En conséquence , il lui semblait qu'il était important de différer l'exécution du projet jusqu'à co que les aflfaires, en général, et celles de l'empereur et du sérénisslme roi des Romains fussent plus affermies, particulièrement du côté de l'Italie ; qu'ensuite on pourrait entrer en négociation. Qu'il serait toujours temps avec l'aidé de Dieu , en laquelle il se confiait; qu'alors on pourrait réfléchir à ce qu'il y aurait de mieux à faire pour le bien général et particulier. En communiquant cette lettre du duc d'Albe à la reine Marie, l'évéque d'Arras lui fit savoir que le roi des Romains avait »pris cet avis de bonne part et avait volontairement consenti à différer la chose, ce dont l'empereur avait eu bien grand contentement •. C'était néanmoins un échec pour la branche cadette de la maison d'Autriche et une révélation significative des arrière-pensées qui germaient dans l'esprit de l'héritier de la monarchie espagnole.

Pour ne pas troubler mal à propos l'union de la famille impériale, Charles-Quint, peut-être d'après le conseil de sa sœur, qu'il avait appelée à Augsbourg ', convint avec Ferdinand qu'il ne serait rien innové de leur vivant en ce qui concernait la succession à l'Empire. Il fut aussi question de marier le prince d'Espagne à l'une des filles du roi des Romains '.

Selon les instructions de Charles-Quint , Maximilien , roi de Bohême, se rendit en Espagne pour y épouser la princesse Marie et remplir les fonctions de régent, pendant l'absence de l'héritier présomptif, que son père appelait près de lui. Don Philippe, alors

ï Lettre de Graiivelie, évêque d'Arras, à la reine Marie, datée d'Augsbourg, le 7 mai 4548. Documents historiques, t. VII (archives de l'Etat). ' Analectes heUjiques, p. 435.

^ BucnoLTZ, t. VI, p. S 57.

m LES PAYS-B\S SOUS CttAHLES-OPI.XT.

ûgé de vîn^t et un ans, setnburqiia à Barcelone, h i novem* bre 1548, sur une flotte commandée par André Doria. Ayant pris ten'C à Gènes, il traversa la Lombardic% pénétra en Allemagne par le Tyrol, après s'rfître rencontré ù Trente avec Je duc Maurice de Saxe, qui était venu le prier d'Intercéder en faveur du landgrave de liesse ; trouva, au delà des frontières des Pays^BaSp les bandes d'ordonnanc-e que l'empereur avait envoyées au-devant de luî^ sous Je commandement^ du duc d'Arschot, et arriva enfin , le 1*"avril 1 540, à Bruxelles, ou il fut reçu par Charles-Quint son père et par ses deux tantes, Marie de Hongrie, gouvernante des Pays^ Bas, et Éléonore d'AutricJiej veuve de François l^. Pour célébrer la venue de son neveu, qui était destiné à devenir un jour le plus puissant monarque de l'Europe, Marie de Hongrie donna, dans ses palais deBinche et de Mariemont, les fêtes les plus splendides et les ]>lus chevaleresques *. Mais, d'autre part, elle joignit ses conseils salutaires aux graves et pressantes exhortations de l'empereur j elle pria le jeune prince, s'il voulait gagner raffectiou des peuples, de s'idenlifler avec eux, au lieu de demeurer exclusivement espagnol.

Dans ce moment même, Gharies-Quint et sa sœur se préoccupaient des moyens d'assurer h Tin faut la tranquille |>ossessiori des Pays-Bas. A cet effet, rcmpereur fit faire aux états de^ provinces, séparément, deux propositions tout â fait nouvelles* Ou jugera de leur importance par Tanaiyse de ce qui fut dit aux Il députés et membres de Flandre » à Bruxelles, le 25 mai 454U, en présence de Tempereur et de la reine de Hongrie : " L émis, percur a fait passer dans les Pays-Bas le prince, son lîls, afin li qu'il ait meilleur moyen de les voir et de les visiter, aussi « pour faire connaître aux habitants la bonne affection qu1l • leui* porte et pour les eonfirmer en la rnéme volonté envers

I ElK m; MtrEI\i->i, fltst. rtrs Pfujx^Emj fol, \t.

u lui. L'empereur tient pour certain que son Ris, en visitant « les Pays-Bas, et parvenant à les mieux connaître, prendra «( tant pltiS grande affection à iceux et s appliquera davantage M à tenir à l'avenir k soin diceux tel quil convient à un bon « prince pour les bien administrer. L'empereur désire aussi que <c son fils soit reçu par les diverses provinces et même par les « états de Flandre comme leur futur seigneur. Dans sa solliu citude pour le bien, le repos et la tranquillité desdits pays, « l'empereur a considéré combien il leur importe d'être possédés «t par le même prince pour éviter les inconvénients qui résulte- « raient d'un nouveau morcellement, car, séparés, ils ne pour- K raient résister aux agressions des princes voisins et leur ruine H serait immanquable. C'est pourquoi, il désire, de l'avis des « états de toutes les provinces, établir, par une Pragmatique, « des règles uniformes et certaines pour la succession, attendu que u la représentation en ligne directe et collatérale n'est point » prescrite dans le comté de Flandre, tandis qu'elle existe dans «c d'autres provinces. L'empereur veut donc qu'il soit établi que, « en ce qui touche la succession du prince souverain aux Pays- « Bas, elle ait lieu dans toutes les provinces uniformément en «c ligne directe et collatérale. Cette décision ne léserait les inté- « rets d'aucun, la reine de Bohême, fille aînée de l'empereur, à « ce autorisée par le roi de Bohême, son mari, ayant renoncé u en faveur de l'infant Philippe et de son fils (don Carlos) et ses « autres hoirs à venir, à tout ce qu'elle pourrait prétendre en la u succession directe de l'empereur, moyennant la dot qui lui a «( été assignée. L'empereur n'entend faire aucun autre change- « ment aux coutumes du pays, mais bien les respecter en ce qui « concerne les successions des particuliers ' . »

I Documents historiques, t. Vill (archives du royaume). — Du reste, le grand couseil de Mali nés el le conseil de Brabant, ayant été également

LES PAVS-BAS SOIS ClUriLES-QfiJNT*

(*nfin, qiui n'y axait aucunes apparence rie rien innover du vi* vant de renipereur et tlu roi des Romains, ainsi qu'il avait été convenu entre eux à Augsbourg *.

Il esï néanmoins certain que des tentatives furent faites auprès de Ferdinand pour qu'il crdâl l'Empire au prince d'Esipagne, L"év(>que d'Arras, qui servit dlnterraédiaire, laissa entrevoir des cômpensationB territoriales en Allemagne et^ entre autres, le duché de Wurteirrberg. Mais Ferdinand repoussa cea offres avec indignation. Il répondit à Granvelle : « que les royaumes de H ce monde étoient en la merci de la fortune, qui îe^ pou voit 6ter *. et transporter selon qu'il ptaisoit à Dieu*». Toutefois le nom, titre n et dignité étoient de telle qualité qu'on n'en pouvoit dépouiller u et priver les hommes par force ; et que de s'en démettre de tt volonté, puisqu'il n y a voit en ce monde chose si chère que la « réputation et Thonneur, il lui sembloit que cela procéderoit de w grande lâcheté et abjection de cœur *. «

L'approbation donnée par la reine Marie au nouveau projet de i-empereur n'allait f>ûint jusqu'à vouloir frustrer Ferdinand de respecta tivc de la dignité impériale. Pour concilier les prétentions émises de part et d'autre et empêcher une rupture entre les deux branches de la maison d'Autriche^ elle avait conçu un nouveau plan, qu'elle communiqua trè^-confidentiellement au roi des Romains, le 1" mai 1550, le priant à deux reprises de jeter sa lettre au feu, après en avoir pris connaissance. Il s'agissait de persuader b Ferdinand d employer tous ses efforts près du roi de Bohême pour que celui-ci consentit à s'effacer devant le prince d'Espagne, La reine disait de ce dernier : « Je le vois très-enclin « de aspirer et de se asseurer dt^ l'Empire après vous, donnant

i Hl'CBOLTZ, t. lX,p.72g-729.

' LeUre de MarUlac, titnbassadeur de FrâDce auprès de Tempereurt du ÎSjuUlet tîïSO, dans Rjeikh, Lettres et jnénmireâ d' Estai, L. Il, p. 3S3.

« ses raisons très-grandes, qu'il lui semble estre nécessaire )K)ur « le maintien de toute notre maison. » Or, il fallait empêcher à tout prix qu'il s'élevât entre les deux jeunes princes une rivalité d'où naîtraient jalousie et inimitié perpétuelles. Elle laissait d'ailleursr entrevoir que l'empereur ne renonçait point au projet d'unir son fils à Tune des filles du roi des Romains * .

Lorsqu'il fut arrivé à Augsbourg, Charles-Quint lui-même fit quelques tentatives auprès de son frère, mais sans pouvoir triompher de la résistance toujours respectueuse du roi des Romains, n résulte des lettres adressées par Ferdinand à la reine Marie et datées d'Augsbourg le 15 et le 49 juillet, que l'empereur, après une longue délibération, avait enfin trouvé préférable de ne plus revenir sur un sujet, d'où pourraient naître des divisions mortelles en la maison d'Autriche. Ferdinand se tint dès lors dans une grande réserve, décidé à ne rien faire par lui-même ni à ne mettre aucune influence en œuvre dans l'intérêt de son fils. Du reste, il laissait clairement entendre que, disposé à servir en tout l'empereur et le prince d'Espagne, il ne prêterait pas volontiers les mains à une combinaison si préjodiciable aux intérêts de l'archiduc Maximilien. Pour se soustraire à de nouvelles instances, il avait aussi déclaré qu'il se référait à ce que déciderait l'archiduc. La réponse de celui-ci fut péremptoire : la combinaison proposée ne l'intéressait pas seul, disait-il, mais elle concçrnait directement tous les princes germaniques ; donnèt-il son consentement, les autres princes pourraient s'y opposer encore •.

Cependant Charles-Quint se flattait toujours d'avoir asseK d'ascendant sur les membres de sa famille pour obtenir, tôt ou tard, leur adhésion à ses projets. Il continua ses tentatives, et,

i Docvmeiits historiques, t. VIll (archives de TÉtat).

* BucHOLTz, t. IX, p. 734 et 732. Voir aussi t. VI, p. 465.

LES PAVS-FAS SOUS CâAflLES-QtJlNT.

pour surmoiiter les cîifflcullés qu'il rGncontrait et li^ obstaclf^ qiiH prévoyait encore, il appela auprès de lui la reine Marie. Elle vint à Augsbourg au mois de septembre \ mais son intervention, quelque habile qu'elle fût, ne fît point avancer oes pénibles n^gociation,«^, ïï fut néanmoins résolu que l'archiduc Ma\irailien, dont le consentement était nécessaire, serait rappelé de Valladolid en Allemagne.

La reine Marie avait mis mn séjour à profit pour obtenir de Tempereur une concession qui intéressait au plus haut degré la prospérité de ta métropole commerciale des Pays-Bas^ Le 28 avril ^550, Charles-Quint avait publié un nouveau Placard qui confirmait, en les amplifiant à certains égards , les dispositions prév^enlives et répressives décrétées depuis 4IH9 contre les hérétiques. Comme il était fait plusieurs fois mention dans le nouvel édit de Unquisitfon et ûeB inquisileurs, les marchands d'Anvers, surtout les Ailemands et les Anglais, craignaient qu'il ne fût question d'établir dans les Pays-Bas le Saint-Oliiœ d'Espagne. Plusieurs de ces négociants étrangers, pour se soustraire aux bûchers, faisaient déjà leurs |iréparatifs de départ. La régente des Pays-Bas, comprenant les conséquences désastreuses de cette panique générale, obtint de lemperour qu'il retrancberait du placard tout ce qui concernait les inquisitmirs et, en outre, qu'il adoucirait ou niitigerait d'autres dispositions ** Cette démarche eoncilianLe et tout à fait politique fui regardée de mauvais œil par les catholiques exaltés. En Espagne de même qu'à Home, on accusa de nouveau Marie de Hongrie de favoriser les doctrines des novateurs ^.

l Ana^ect€3 beigiqueê, p, 435.

' PoUTtîS ilEUTKtlUS, p. 6i6.

'Au surplus^ Marie de Hoogrie fut souvent compromise par 2a faute de ceui qui rentouraient. En il>4t,son prédicateur en titre, frère Alexandre, c^rméjitç, jofecti^ ei convaincu d'hérésie, dut se aoustraife par U fuite à fa

VIE DE MARIR DE HOMGBIB. 99

L'archiduc Maxlmilien, roi de Bohème, étant arrivé, sur ces entrefaites, deValIadolid àAugsbourg, opposa aux désirs de l'empereur, son beau-père, une résistance plus ferme encore que n'avait été celle du roi des Romains. La déception de Charles- Quint fut d'autant plus grande qu'il avait quelque espoir, par des informations venues d'Espagne et d'autres côtés , que le roi des Romains ainsi que le roi de Bohème se laisseraient enfin persuader pour établir et conserver la grandeur de la maison d'Autriche. Cet espoir s'était encore fortifié par Tempressement que le roi de Bohème avait mis à se rendre à Augsbourg , ce dont il aurait pu se dispenser, disait Charles-Quint, s'il avait l'intention de ne pas vouloir condescendre à ce qui convenait dans l'intérêt de leur maison ^ Les dissentiments des deux branches de la Camille impériale s'étaient accrus lorsque Ferdinand eut déclaré à l'empereur son intention de demander l'aide des États de l'Empire afin de défendre la Transylvanie menacée par les Turcs. Cette proposition ayant paru intempestive à Charles-Quint, il s y était vivement opposé , et, en présence de l'obstination de son frère, n'avait pu se contenir, se laissant entraîner par la colère jusqu'à dire que Ferdinand voulait tout pour soi, mais qu'il faudrait voir enfin qui était l'empereur. Quoiqu'il fût débile et maltraité par ses indispositions , il trouverait bien la force, avait-il ajouté , de se transporter où sa présence serait nécessaire ; Ferdinand pourrait faire ce qu'il voudrait quant à sa proposition, mais il lui promettait de la faire échouer et d'avertir pleinement les états de tout ce qui se passait. En voyant l'irritation de l'empereur , Ferdinand promit d'ajourner sa proposition afin d'y p^ser encore '. Cette scène s'était passée le 22 novembre. Fersentence pronoDcée contre lui. Correspondance de Philippe II, publiée par M. Gachard, t. I«r,p.249.

1 Lamz, Correspondenz, t. III, p. 45.

« Id., ib., p. 47.

CIJAHLÊS-QaNT,

dmand ne fir. pîussemblant denen jusqu'à eeqoe, le H déeeinbfT , il adressiit à l'empareur une lettre oii, rappelaat raccès de colère du %%j il déclarait qu'il a\ait jugé convenable d'exposer froidement et par écrit les raîsoQS qui robligeaient à persister dans sa première résolution '. Ce mémoire porta au œmble le chagrin et i'irrrlation de Tempereur. Le surlendemain, i$ décembre, quoique très-souffrant, il dicta une longue lettre oii il racontait à sa sœur tout ce qui s'était passé entre lui et le roi des BomalnSî il la suppliait ensuite, avec les plus vives instances, de le rejoindre immédiatement à Augsbourg afin d employer ses eiïorls pour triompher de l'obstination de leur frère, Charles-Quint, d'une main alourdie par la goutte, ajouta les lignes suivantes : « Je puis vous œriifiet que Je n'en puis plm ^ ^ijênecrètre. Soyez certaine que je n'ai jamais senti ni ne mm « chose que le roi de France mort {François I") m'a fait ni que « celui-ci (Henri H) me voudrait faire^ comme des termes dont a le roi , notre frère , en use envers moi. Et ce que je sens le ff plus, cVstque, nonobstant tous les dbcours qu'il me fit, je ne il lui peuii connaître au visage, quand nous nous trouvons enn semble, nulle démonstration de repentir ni de honte. Enfin, je it n*aî d'autre refuge que de me retourner à Dieu , le suppliant H qu*il lui veuille donner la volonté et la connaissance et à moi «( force et patience . et que nous puissions venir en accord , ou » que si pour le moins votre venue ne sert à le convertir, qu'au « moins elle serve à me conseiller et consoler en un tel cas *. '» La gouvernante des Pays-Bas se rendit â Augsbourg et servit encore une fois d'intermédiaire entre les divers membras de la maison d'Autriche , l'empereur et son fifs, d'une part, le roi des Boraains et Farchîduc Maximilien, de l'autre. La véritable cause

' Voir celte lettre dartiï Lane, Vorreêpondmz, t III, p, ^(-^5.

VIE DE MARIE DE HONGRIE. iOi

de leurs divisions était la succession à TEmpire. Après de longues délibérations, la reine Marie fit enfin accepter une transaction par les uns et les autres. L'évéqued'Arras rédigea cet accord en la chambre de Charles-Quint le 9 mars 4 551 .

On convint que, è Tépoque où Ferdinand parviendrait à l'Empire, Philippe deviendrait roi des Romains; qu'il succéderait ensuite à son oncle, comme empereur, et que , après lui , l'Empire serait transmis à l'archiduc Maximilien, roi de Bohême. Philippe promit que, lorsqu'il arriverait à 1 Empire , uildépu- « teroit pour son lieutenant et son gouverneur, en son absence de « l'Empire, ledit seigneur roy de Bohême en tout l'Empire de la « maison germanique, en la même forme et manière que ledit « seigneur empereur (Charles-Quint) en a usé durant son admi- « nistration à l'endroit dudit seigneur roy des Romains. » Philippe devait être également le lieutenant et vicaire de Ferdinand, en Italie, dès que celui-ci serait parvenu à l'Empire, à condition « qu'il luy porteroit tout honneur, révérence et obéyssance « comme roy des Romains est tenu de faire à ung empereur. » 11 promit aussi que, comme roi des Romains, il n'interviendrait point, du vivant de l'empereur Ferdinand, dans le gouvernement des affaires de l'Empire plus avant que ce dernier ne le concéderait de sa franche volonté et pour sa plus grande sûreté ' .

^ A Tappui de cet accord, uu mémoire fui rédigé par révoque d'Arras, très-vraisemblablement d*après les iDdicaticos de la reine Marie. 11 contenait en substance les raisons suivantes : 4» Obligation de l'empereur et du roi des Romains de procurer tout ce qui peut le mieux amener le bien de TEmpire ; S^ inconvénients qui surviendraient si les maisons de France ou d'Angleterre parvenaient à la dignité impériale ou si la couronne était donnée à Tun des princes particuliers de TEmpire : la tyrannie de la maison de Valois, Thérésie de la maison de Tudor, la faiblesse d'un prince particulier, qui serait plutôt le compagnon des autres qu'un véritable empereur, sont également à redouter ; S*» la maison d'Autriche, en conservant l'Empire, pro'

an

lES P^Vâ-BAS SOUS CffAHI.iS^QCINT.

Ceâ laborieuses négociations restèrent toutefob stériles. Si flharlos-Quint avait eu la plus grande fjeine à vaincre là repu-

tége \s i^lïgioQ el sm liii^rté^ en métne temps qu'elle le défend contre les Turcs; i^ U tibt donc indispensable de dioisir pour cette grande € barge ceux de ta luâison d'Autriche encore qu'Us soient {étrangers, car eux seuiâ peuvent soutenir la foi catholique et assurer le bien du saintM^mpire; $^qm Texempledu passé autorise Ta rrangement dont on est convenu et Télec* tion immédiate d*uii second roi de^ Bo mains ; G* que ce n'est pas rendre TErapîre héréditaire quand le frère succède au frère, le neveu à ronde, le coysio 3u cousin, et que celte succession est cnusscréo par étoction ; 7" qu'il vaut bien mieux arrêter cet accord avec l'intervention de rempereur vivant que de l'ajourner jusqu'après son décès, car U faut se mettre au garde contre les pratiques des François ; 8" que la chrétietité ti^oQti; point au choix dt^s électeurs déjeunes princes plus méritants que llnfant rhilipjw et le roi de Uohôme, de meilleur entendement, d'une expérience pïus précoce, car its ont fait déji leur appreulfssaisîe du gouvernement ; qu'il faut donc tes préférer a tous autres, non à titro héréditaire, naais parce qu'ilj convienneut mieux n cette haute charge que qui que i:e soit; 9*» quo, quanta la dignité de roi des Homaius, puisqu il ^^'ugit d'opter niain^ tenant entre le prîpce d^Espugoeet l'archiduc MaximiUen, il est clair que sous le rapport de la nationalité et du langage, commu aus^si par ses possessions qui lui permettent de résider constamment dans l'Empire, ïe roi de Bohême conviendrait mieux et serait plus sympathique aux Allemands, Alais ces avantages ne suHlsent point à qui n a ta force pour soutenu un st grand pmd& et nulle aide pour subvenir à une &\ lourde charge, A considérer la puissance que Tlimpire requiert, le prince d'Espagne serait plus convenable, mr il aura la force nécessaire pour soutenir la maison d'Autriche, tenir lête aux Turcs et h la France, veiller sur la paix de Fltalie, assurer Tan ton do TEmplre, empêcher enfin que, par la dissolution de cette grande machine, la Hongrie ne soit perdue, la maison d'Autriche ruinée, et qu'eïîe n*cn traîne dans son désastre les autres possession^ de la maison de ïïoui^ gogne^ Ce serait se tromper que de supposer que le roi de Bohème pourrait être assisté des forces de l'Espagne pi le souverain de ce pays ne pii ri ici paît point à la dignité impériale, puisque, quelle que fût la tionne volonté de ce dernier, il trouverait un obstacïê dans ses propres Étatîi, car Os se piaîgncnt déjh deTnide q«*iï<! procurent quoiqu'ils soient régis par Temp^reur,

gnance de son frère et de son neveu , il lui fut impossible de triompher de l'opposition des électeurs. Ceux de Mayence et de Trêves , les seuls qui eussent comparu à la diète d'Augsbourg, disaient ouvertement qu'ils ne consentiraient point à l'arrangement proposé, parce qu'ils avaient juré de « garder la loi de « l'Empire , et qu'en outre ils s'étaient juré tous ensemble de « ne faire jamais plus un Espagnol empereur, n D'autre part, le duc Maurice de Saxe et le margrave Joachim de Brandebourg, sollidlés des premiers, ne se prêtèrent pas non plus à une combinaison qui leur paraissait défavorable aux intérêts particuliers de la Germanie. Le mai^rave Joachim invita même Ferdinand à ne paa aller plus avant, s'il ne voulait se rendre odieux à toute TAllemagne, lui et sa descendance '. En voyant la ruine de ses dernières espérances, Charles - Quint accusa son frère d'avoir cherché un appui parmi les princes protestants, et, pendant longtemps, il lui témoigna de la froideur et de la défiance.

L'infant Philippe et l'archiduc Maximilien furent renvoyés en Espagne, le premier pour y reprendre le gouvernement du royaume, le second pour en retirer sa femme et son enfant et les reconduire en Bohême.

Bientôt la haine profonde que Henri II ressentait contre Charles-Quint, qu'il regardait comme le plus mortel de ses ennemis ", et la défection désastreuse de Maurice de Saxe suscitèrent

et la discorde éclaterait si les Etats patrimouiuux du prince le soUicitaicQt

de demeurer en paix lorsque TEmpire serait en guerre » Collection de

documents historiques, t. VIII (archives de l'État).

1 MiGNET, Charles-Quint, etc., p. 43, d'après les dépêches de MariUac, aiiit)assadeur de France, à Henri II. Voir aussi Bucuoltz, oper. cit., t. VI, p. 467.

' • VersQ di Cesare dimostra (hiaramente il suc odio; ne si puo do-

•» .siderar lanto grave maie a nemico alcuno quanto ella pli desidera. La

LES rAvâ'BAS nom mkhLiii^~qmst,

des (événements qui furent comme la contre-partie des mémorabies victoires de Fa vie et de Muhll>erg.

Par une oaïncidence singulière, le jour môme (5 octobre 1554) où Waurice de Saxe arrêtait avec Henri !l une alliance secrète à Friedewald, la reine Marie écrivait à Granvclle, t^n'^que tï'Arras, qu'il faudrait mettre ce prince ïrop influent dans 1 uiipossibilité de nuire, en remployant en Hongrie contre les Turcs, Elle était aussi d'avis que l'empereur devait montrer de la confiance aux enfants de son frère , quoiquon ne tui en ait pas domié occasion, et ajourner l'affaire de la succe^ion. *t Si nous venons , disait^ *- elle, au-dessus des Fraiiçais et que te prince (Philippe) gagne «< crédit et réputation, Sa Majesté peut s'assurer de l'Empire pour « qui elle voudra. Mais si nous échouons, je liens TEmpire *« perdu, et nous en grand danger '. j» Ce^t la reine Marie qui, fa première, fait connallre à l'empereur ralliance de Maurice de Saxe et de Henri JI ; cest elle aussi qui conjure le roi des Eomains de joirïdre stis forces à celles de son frère pour résister ù rennemi commun. Dans cette crise suprÔme, elle se montre admirable de courage et de prévoyance. L'empereur la remercie des hons préparatifs qu'elle fait dans les Pays-Bas ; mais, cette fois, il doit modérer Tardeur qui pourrait lentralner trop loin, H lui déconseille de chercher bataille^ pour oe pas risquer la ^^erte totale du pays ; elle doit, au contraire, conserver ses forces pour secourir Metz , dans le cas oii les Fran^rais manifesteraient le dessein d'assiéger cette ville. De son c6té, la reine conseille à rempereur, s'il a Tintent ion de négocier avec les protestants, de délivrer Ir* landgrave de Hesse, d'agir généreusement avec lui,

m (|uttl infermitii è com naturub, cbe iif^ssufiâ medicma la sançiia fialvo la » morte o la rovina deî sno nemico. * Retaiion é% Giovanni Gapclb (IISÎ^I), (ians le recueil de M. N. Tommaseo, L ï, p. 381. ,

VIE DE MAMIB DE HONGRIE. iOli

et de i^assister mémepour Toppos^r à Maurice de Saxe, si celui-ci oe voulait se prêter de bonne foi à Ja négociation.

Charles-Quint, retiré à Inspruck, était sorti secrètement de cette ville, leW mars 1552, entre onze heures et minuit, avec le dessein de gagner les Pays-Bas et de se mettre à la tête des forces qui s*y trouvaient. Toutefois, comme il se dirigeait vers le lac de Constance, il craignit d'être surpris par les ennemis et revint sur ses pas. Des pourparlers eurent lieu à Lintz, mais les concessions de Charles-Quint ne paraissant pas assez grandes, Maurice s'approcha soudainement d'Inspruck et obligea Tempereur, alors malade, à fuir, dans la nuit du 19 mai, vers les montagnes de la Garinthie. Alors l'héroïque gouvernante des Pays-Bas redouble d'efforts ; elle se rend elle-même à Âix pour raffermir la fidélité chancelante de Télecteur de Cologne et des autres princes qui penchent pour la France. Le péril est grand; les Français s'avancent vers le Luxembourg, tandis qu'on ignore encore l'issue qu'auront les négociations entamées à Passau. La reine prie l'empereur d'engager « les États et les princes de l'Empire à secourir « les Pays-Bas contre le roi de France, selon qu'ils y sont obligés « en vertu des recez et ordonnances du saint-empire, en leur « exposant les obligations dans lesquelles ils se trouvent à l'égard « desdits pays qui, depuis la confédération (d'Augsbourg, 4549), « ont déjà fourni plus de 60,000 carolus pour leur quote dans « les aides de l'Empire, et que c'est par le moyen de Tarmée des- « dits pays que les Français se sont retirés de l'Allemagne et se » sont tournés vers Icsdits Pays-Bas '. » Chaque jour la gouvernante reçoit des nouvelles plus alarmantes. L'empereur luimême lui donne avis que le roi de France entretient de grandes intelligences à Gand, Bruges et Arras. Pour comble de malheur, quelques-uns des gentilshommes, à qui elle a confié les villes

> La!I7., Coirespontknz, t. III. p. 200. i4 mai 155i.

ils Phy^Éks éaus ruÂitLts^QtïiiVTt

fortes du Luxembourg, se montrent iàchm ou tratti'es. w II avaient " bonne rÉpulation, écrît-elle à l'empereur, mab je ne saurais *< donner le cœur aux gens ni leur ffiire garder fidélité s'ils ne '' veulent pas. »> Les trois êvêckés (Metz, Toul et Verdun) ont également ouvert leurs perles à Henri U. La gouvernante fait alors marcher des troupes vers la Moselle pour couvrir te Brabant, et vers le Rhin pour s'opposer au phis intraitable des protestants, Albert de Brandebourg. Enfin, elle avait chargé Mailin Van Rossem, ce fameux maréchal de Gueidre, qui avait fait autrefois tant de mnl aux Pays-Bas, d*opérer une diversion en Champagne. Ce redoutable capitaine, s'étant joint au c^mte do Mansfeld, avait pris Stcnay, qui lui ouvrait le passage de la Meuse, et. avec douze ou quinze mille hommes de pied et trois mille chevaux, il avait ravagé tout le pays environnant jusqu*à Grand-Pré, sur la rivière d'Aîre. Mais lorsqu'il apprit que Tamirai Annebault rassemblait des troupes à Châïons pour niarcher contre lui, et que le roi ramenait à grandes marches son armée par les Vosges pour le prendre par derrière, il se replia sur Stenay, Les Français, ayant traversé la Lorraine et le duché des Deux-Ponts, passèrent la Sarre et deux jours après la Moselle. Ils attaquèrent et prirent successivement Rodemarck, Ivoy, Damvillîers et Montmedy, usant partout avec la dernière rigueur des droite de la guerre et livrant les villes au pillage. Ils firent ensuite la conquête du duché de Bouillon, que Charles-Quint avait ôté à la maison de la Marck et que Henri II rendît à ses anciens maîtres. Des pluies opiniâtres, qui avaient succédé à des chaleurs excessives, obligèrent enfin le roi à licencier prématurément son armée, oprè^ avoir confié le gouvernement du Luxembourg au ducdeNevers*. La convention de Passau, conclue le âO août 4 552,

< SisnoKiïi, llinioif^ des Fran^ii (édition de Pari»), t. XVÎÏ, p. 45S-

46Q* — ChaHes<>uii3l avuft été eiïrêmement sRtisfaU de?? opéru lions ron-

VIE DB MAHIE DE HONGRIK. ' 107

permit peu après à Charles-Quint de venir au secours de ses Étals héréditaires.

Robertson accuse la reine Marie d'avoir outrepassé ses pouvoirs en prolongeant la captivité du landgrave de Hesse. La correspondance de la gouvernante atteste au contraire que nonseulement elle n*avait épargné aucune démarche pour hâter la délivrance du malheureux prisonnier, mais qu'elle vit même son autorité méconnue par le capitaine qui avait la garde du landgrave. Lorsque la reine lui eut ordonné de le mettre en liberté, le capitaine répondit qu'il ne le ferait point jusqu'à ce qu'il eût reçu la patente de lempereur adressée à lui-même ; et que si on le forçait, la vie du prisonnier ne serait pas en sûreté. Charies Mâma rinsolence du capitaine, mais en insinuant que, selon les hris d'Espagne, il ne pouvait le délivrer sans avoir la décharge de Vempereur,

La reine Marie approuva Charles-Quint lorsqu'il eut formé le projet de reprendre Metz. C'était |)ourtant une faute énorme. L'empereur alla consumer son temps et ses forces sous des remparts presque inexpugnables, au lieu de s'avancer avec ses soixante mille hommes dans le royaume même, oii la défense n'était pas organisée. La fortune, suivant les expressions d'un ambassadeur vénitien, protégea la France et aveugla l'empereur, qui ne sut pas profiter du moment \\q\xt fondre sur le pays ennemi. Mais Henri II commit une faute plus grande encore lorsque Fempereur, après avoir levé le siège de Metz, fut rentré dans le

duites par le maréchal de Gueldre. U écrivait à la reine Marie, de Villacb,

le 30 mai : « J'ay eu le contentement que vous pouvez penser d'avoir

» entendu comme encheminez (vous conduisez) avec Tussistauce des soi- » gneurs de par delà les affaires contre les ennemis, et mesme que vous M soyez saisi de Stenay et autres bons effccts que journellement se font ■ à rencontre d'iceulx. » Documents historiques, t. IX ( Ai-chives du royaume).

LES PAYS-BIS SOCr^ CHAHLKS-QUI^TT.

Brabani avec les débris de ses troupes. Si le roi de France avait (.mtirsuîvi sa victoire, il se serait emparé de RruxeUas; déjà l'emi>ereur avait fait seller âon cheval et préparer les bagages pour s'enfuir ^

L'année suivante, Charles-Quint, impatient de venger Taffront qull avait essuyé devant MetH, mit de benne heure ses îroupes en campagne; elles s'emparèrent des %'illes de Thérouanne cl dlie.*îdîn , qui furent littéralement rasées. De mn càié, le reine Marie avait envoyé le cximte du Hoeulx en Picardie, en lui enjoignant de suivre l'exemple des Français et de faire la guerre sans merci. Noyon, Nesie, Roy, Chauny, plus do bept cents villages^ dtton, furent réduits en cendres. On ajoute, d'après uue ancienne tradition, dénuée d'ailleurs de preuves authentiques, que les Impériaux renversèrent de fond en comble, par ordre exprès de (a gouvernante des Pays-Bas, le be^u château de Folembray, bâti par François I".

Henri 11 ajourna sa vengea ni^ jusqu'en ^ou4. Api es Tinsuccès des vaines négociations entamées par le cardinal Pôle |}our amener une pacification alors impossible, Henri H ordonna que son armée se rassemblât h Cressy en Laonnals pour le 18 juin. Elle était composée de vingt-cinq compagnies françaises et d autant de compagnies suisses, de deux régiments allemands, et de trois mille cinq cents hommes de cavalerie. Le connétable Anne de Montmorency et le maréchal de Saint-André commandaient cette armée; d autres corps moins considérables se réunissaient aussi le long de la frontière des Pays-Bas afin que les Impériaux ne pussent savoir de quel côté ils seraient attaqués *.

BienlôL le connétable vînt lui-même investir Marienbourg,

< H^talioH de Olovanui Capelio (4M4)« dati^ le rçcuaU ûe H. Toiiim^soo, i.J, p. a79.

Cette ville, que l'on croyait imprenable, se rendit le 98 juin aprèn un siège de trois jours par la trahison ou la pusillanimité de son gouverneur, le seigneur de Rissart. Henri II, arrivé au camp, changea le nom de Marienbourg en celui de Henri-Bourg, il emporta ensuite d'assaut Bou vignes et Dinant; mais il n'osa point marcher contre Namur , l'empereur étant venu camper à un quart de lieue de là et pouvant jeter toutes ses forces dans la ville '. Pour l'obliger à quitter cette position importante et l'attirer en rase campagne, le roi prit la résolution de passer la Sambre et de pénétrer dans le Hainaut. L'armée française, laissant les Impériaux derrière elle, marchait de manière à pouvoir foire volte-face si elle avait été attaquée, tandis que la cavalerie légère s'éparpillait dans la campagne et mettait le feu aux villages.

Le 21 juillet, les Français vinrent camper autour de Mariemont, où les coureurs de l'armée avaient déjà mis le feu avant l'arrivée du roi. A l'aspect de la maison de plaisir de la vaillante sœur de Charles-Quint, Henri II ne sut point maîtriser la haine qu'il éprouvait pour l'empereur et pour la gouvernante des Pays- Bas. Tenant l'épée au poing, il cria aux gentilshommes qui l'entouraient : H Or, sus, mes chevaliers, donnons dedans! » Il entra ensuite dans le parc avec ses mignons, frappa les arbres de son épée et ordonna d'activer le feu qui consumait déjà ce magnifi-

* Charles-Quint avait alors auprès de lui deux officiers italiens qui s'étaient fait remarquer autant par leur cruauté que par leurs talents, Fernand de Gonzague et J.-B. Castaldo. Le second conseillait à Tempereur de se retirer à Anvers ; le premier , au contraire , rengageait à faire bonne contenance avec les huit mille hommes qu'il pouvait avoir sous ses ordres, rassurant que, par des marches habiles, il réussirait à couvrir toutes ses places, sans livrer de bataille. Quoique Charles-Quint ne pût être transporté qu'en litière, il suivit ce dernier conseil. Sismondi, Histoire des Français, t. XVII, p. 530.

ttâ LLS tuys-njis socs ruAKtrs-ot'i^T.

La ré[>lii|tîe? (Ifi nraiivelle mérité égalemenl d être rïLëe . 'i Qtranl à Binche et MariemoTU, écrivit-il le £6 juillet, je n'en a saurai dire davantage , si noo que je l'ai senti, cumme je fai??, ti Irès-fort. Et V* M. ie prend prudemment, constamment et ♦. vèrlneasemenl, tenant les choses soumises h la fortune au M point que l'on tes doit tenir. Et certes je tieits que le roi sera .1 peu estimé par toutes gens de bon jugement de tel acte, et que *^ un chacun connoUra, avec très-grande réputation de V. M., «1 que le sentiment qu'il a ne procède que de voir qu icelle pouru voit de sorte par delà, que cela lui empêche rexplolt de sa mal- I! heureuse volonté contre le pays : mais ce qu'il a voulu faire « pour prétendre et prendre vengeance, est chose si basse qu'elle M ne devoit tomber au cœur de personne portant titre de roi *, »

Philibert Emmanuel, duc de Savoie, avait été chargé par Charles-Quint, mn oncle, de poursuivre les Français dans leur retraite. Il atteignit leur arrière-garde près du Quesnoy et lui fit

îresse, despU et rage, qu*ell6 o^ s*eii put de longtemps rapai&er : el en passant «n jour auprès, eo voulut voir la ruine; et la regardant fort piteusement, la larme à rceîl, jurj que toute la France s'en repeottroit et qu'elle se re&ceoliroil de ces feux, et qu'elle ne seroil jamais à son aise que ce t)eau Fonlaioebleâu, doot on faisoH lanl de cas ne f&t rais par terre ; n'j donieurant pierre ssur pierre. Et de fait^ elle en vomit sa rage sur la pauvre Picardie qui la sentit bien, et sa flamme». El croy que si la trefve [de Vaucelles) ue fust entievenue, que sa Tengeanee eust été grande; car elle avoit le cœur grand et dur, et CfXii mal aisément s'am&îti^isoit ; et la tenoîton, tant do son cmié que des nosires, un peu irop cruelle; mais toi est ta nature! des feramc^s, vl même des grandes, qui sont Irès-promples ù la vengeance quand oUes sont offensées. » Vi$9desdamçs ittusires, eie.

* Leswigîoaox de ces dernières lettres sont vraisemblablementà Viennt; ' mais les arclnves de Belgique possèdent les copies qui en ont été faites par le eo m le de Wynants avant ta domination française. Je dois à Tobligeance de M. Gncbard^ urcbivisle gêné l'ai du royaume, lu communication de cas prérieux documenU.

VIE DE MARIE DR HONGRIE. il^

éprouver des pertes sensibles. Henri II, cependant, continuait sa marche par Je Cambrésis, l'Artois et le comté de Saint-Pol , détruisant tout ce qu'il trouvait sur son passage, jusqu'à Renty, place devant laquelle il mit le siégeV Charles-Quint, qui avait de nouveau rejoint son armée, fit de grands efforts pour délivrer Renty, et, en approchant de cette ville, le 9 août, il engagea une escarmouche qui devint générale et où les Français eurent le dessous. Les Impériaux, maintenant leur avantage, continuèrent de cerner Tannée assiégeante de telle sorte que, dans la nuit du 1 4 au 45, Henri II fit plier ses tentes , retirer son artillerie, et, profitant des ténèbres, se rapprocha en toute hâte des frontières de son royaume '. Charles-Quint , toujours souffrant, se rendit alors à Saint-Omer, tandis que le duc de Savoie, s'avançant du c6té de Montreuil, jusqu'à la rivière d'Âuthie, traita ce pays avec une barbarie pareille à celle que les Français avaient exercée dans les Pays-Bas^.

La reine Marie rejoignit l'empereur dans l'Artois , et ils revinrent ensemble à Bruxelles.

Charles-Quint avait déjà pris la résolution irrévocable de renoncer à la souveraineté des Pays-Bas en faveur de son fils, auquel il voulait également céder ses autres États. Pour mettre son projet à exécution, il attendait impatiemment l'arrivée du prince d'Espagne, alors en Angleterre, où il venait d'épouser Marie Tudor. Le 8 septembre 4555, Philippe, ayant enfin rejoint son père à Bruxelles, Charles-Quint fixa le jour de son abdication solennelle, tandis que, de son côté, Marie de Hongrie se disposait à résigner le gouvernement des Pays-Bas.

< 81SI10NDI, Histoire des Français, t. XVII, p. 531 .

* Ces détails, plus exacts que les notlous recueillies par Sismondi et les antres historiens français, sont puisés dans les lettres de Marie de Hongrie et de révèque d'Amas.

' SiMONDi, oper. eU,, t. XVII, p. 534.

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